À Bologne, la leçon sociale du pape François

En déplacement dimanche 1er octobre en Émilie-Romagne (nord de l’Italie), le pape François a largement développé sa vision de la doctrine sociale de l’Église.

C’est à une véritable « leçon de doctrine sociale » que le pape François s’est livré, dimanche 1er octobre, au cours de son 17e voyage en Italie. De Césène à Bologne, dans cette Émilie-Romagne passionnée de politique et très active dans le domaine social, tous les champs de l’action sociale ont été balayés.

À Césène, ville natale des papes Pie VI (1775-1799) et Pie VII (1799-1823), et dont il venait rappeler le souvenir à l’occasion du tricentenaire de la naissance du premier, c’est aux hommes politiques qu’il s’est d’abord adressés. Il a plaidé pour une « bonne politique » qui ne soit « ni esclave, ni maître et ne se laisse pas absorber par les ambitions individuelles, la pression des factions et les centres d’intérêt ».

L’homme politique doit savoir mettre ses propres idées au service de la communauté, les ouvrir au débat et les harmoniser au nom du service pour le bien commun, a expliqué François. Pour lui, le politique « porte sa croix », tel un « martyr » au service du bien commun.

« Rouvrir le dialogue » en jeunes et anciens

Juste après, dans la cathédrale de la petite ville, François s’est concentré sur la famille, appelant, pour stimuler la jeunesse, à « rouvrir le dialogue avec les anciens ».

« Les personnes âgées vont à la retraite, mais pas leur vocation, et ils doivent donner à tous, spécialement aux jeunes, la sagesse de la vie », a-t-il expliqué. « C’est le rêve de l’ancien qui fera que le jeune aille de l’avant et prophétise » mais « c’est justement au jeune de faire rêver l’ancien ».

Le pape a aussi déploré que la situation socio-économique actuelle soit néfaste au rapport parents-enfants. Il a appelé à ce que « les parents puissent jouer avec leurs enfants, et puissent perdre du temps avec eux ».

Aux migrants : « J’ai voulu voir vos yeux dans les miens »

À Bologne, ensuite, longtemps ville modèle du catholicisme social en Italie, le pape François est revenu sur la question des migrants, de nombreuses fois abordée ces derniers jours.

« J’ai voulu voir vos yeux dans les miens », a dit le pape aux migrants qu’il a rencontré au centre d’accueil régional et qu’il a longuement pris le temps de saluer un à un.

Pour lui, en effet, seules la proximité, l’amitié et la miséricorde permettent de réellement se rendre compte des souffrances et des problèmes des migrants et d’éloigner les jugements « froids et durs » qui transforment le prochain en ennemi.

« L’intégration commence par la connaissance », a-t-il dit invitant à aider à l’insertion des migrants et invitant ceux-ci à s’ouvrir à la culture de leur terre d’accueil et à en respecter les lois.

« Il est nécessaire qu’un plus grand nombre de pays adopte des programmes de soutien à l’accueil, privés et communautaires, et ouvre des couloirs humanitaires pour les réfugiés en situation difficile », a également lancé le pape à destination de la communauté internationale.

« Ne cédons jamais la solidarité à la logique du profit financier »

Sur la grand-place de la ville, le pape s’est ensuite adressé au monde du travail, revenant cette fois sur la crise économique.

« Ne cédons jamais la solidarité à la logique du profit financier, parce qu’ainsi, nous l’enlevons aux plus faibles qui en ont le plus besoin », a-t-il exhorté. Il a rappelé la longue tradition coopérative de l’Émilie-Romagne et souligné que « chercher une solution juste n’est pas un rêve du passé, mais un engagement, un travail, qui a besoin aujourd’hui de tous ».

Estimant que les causes de la crise se trouvent dans la « trahison du bien commun, de la part des individus et des groupes de pouvoir », il a martelé qu’il est « nécessaire d’enlever la centralité à la loi du profit et de l’assigner à la personne, et au bien commun ».

Pour cela, « il faut augmenter les opportunités de travail digne », et cette tâche incombe à la société tout entière, a lancé François sous des applaudissements nourris.

Aux étudiants : « Rêvez grand »

Enfin, François ne pouvait venir à Bologne sans visiter la plus ancienne université d’Occident. Et, là encore, c’est sous le signe de la lutte pour les droits sociaux que le pape a axé son discours aux étudiants.

« L’Université est faite pour l’étude du droit, la recherche de ce qui défend les gens, régit la vie commune et protège de la logique du plus fort, de la violence et de l’arbitraire », a-t-il expliqué.

« Tel est le défi d’aujourd’hui : affirmer les droits des personnes et des peuples, les plus faibles, ceux qui sont rejetés et la création, notre maison commune », a continué le pape. Il a mis en garde les étudiants : « Ne croyez pas celui qui vous dit que lutter pour cela est inutile et que rien ne changera ! Ne vous contentez pas de petits rêves, mais rêvez grand».

Déjeuner dans une église

Auparavant, François était allé déjeuner à la basilique Saint-Pétrone, une des plus grandes églises européennes. De grande stables avaient été dressées dans la nef pour un « déjeuner de solidarité » avec des pauvres, des migrants et des détenus.

Si le geste a pu faire grincer les dents de ceux pour qui l’église ne doit être que le lieu de la liturgie eucharistique, François l’a totalement assumé. Il a rappelé notamment, lors de la messe finale de son voyage célébrée dans le stade Renato-Dall’Ara, que « de l’Eucharistie aux pauvres, nous allons à la rencontre de Jésus ».

En conclusion de sa journée, il s’agissait en effet pour le pape de laisser aux Bolognais trois « P » comme points de repère de son voyage : la Parole, le pain et les pauvres.

Et de rappeler aux milliers de fidèles présents les mots du cardinal Lercaro, archevêque de Bologne pendant le concile et pionnier de l’« Église des pauvres » : « Si nous partageons le pain du ciel, comment ne le partagerions-nous pas le pain terrestre ? ».

 

La Croix