Air France, Renault, Accor et d’autres entreprises accusées de discrimination à l’embauche

Un test commandé par le gouvernement blâme sept entreprises, qui se sont rapidement déclarées « indignées » par les « conclusions erronées » de l’étude.

Le gouvernement a critiqué jeudi 6 février sept entreprises françaises − Air France, Accor, Altran, Arkéma, Renault, Rexel et Sopra Steria − pour « présomption de discrimination à l’embauche » à la faveur d’une campagne de testing qu’il avait commanditée. Ces entreprises, à l’exception de Renault, qui n’avait pas encore réagi jeudi soir, se sont immédiatement déclarées « indignées » par les « faiblesses manifestes de la méthodologie utilisée, qui aboutit à des conclusions erronées ».

Une première version de cette étude avait été révélée par France Inter début janvier sur un plus grand échantillon (103 entreprises) et aucun nom d’entreprise n’était alors sorti. Les résultats dévoilés jeudi portent sur 40 grandes entreprises de l’indice boursier SBF 120. L’étude, conduite par des chercheurs de l’université de Paris-Est-Créteil entre octobre 2018 et janvier 2019, sera mise en ligne.

Les noms à consonance maghrébine plus facilement écartés

Selon les ministères du travail, du logement et le secrétariat chargé de la lutte contre les discriminations, qui ont présenté ces résultats jeudi, il s’agit du « plus grand testing jamais réalisé en France sur l’emploi ». Emmanuel Macron avait promis une telle enquête en mai 2018 à l’occasion de l’annonce de mesures pour les banlieues.

En 2016, un précédent testing, qui portait sur un envoi bien moins nombreux de candidatures, avait épinglé AccorHotels et Courtepaille. La question du « name and shame », qui consiste à montrer du doigt telle ou telle entreprise, fait débat.

« Sur l’ensemble des entreprises testées, il est estimé que le taux de succès du candidat dont le nom a une consonance maghrébine est de 9,3 % contre 12,5 % pour le candidat avec un nom à consonance européenne », ce qui représente « 25 % en moins de chances » d’avoir une réponse − de bonne réception ou donnant une information − font savoir les ministères.

Une étude avec des limites

« Ces tests correspondent à l’envoi de 10 349 candidatures fictives ou demandes d’information », candidatures spontanées ou répondant à une offre, précisent-ils. Ces demandes d’information, concernant des postes d’hôtesses d’accueil et de techniciens de maintenance, sont envoyées par paires : une avec un nom à consonance européenne et une avec un nom à connaissance maghrébine.

Cette étude a « ses limites », a cependant reconnu jeudi le gouvernement, des limites mises en avant par les chercheurs eux-mêmes. Les candidatures ont été envoyées à des managers alors que certaines entreprises ont « recours à des bases centralisées par les directions RH (ressources humaines) et à des ATS (applicant tracking system), c’est-à-dire une application ou une solution web qui assiste les RH dans les étapes du recrutement ».

S’ajoute à cela la question de la sous-traitance, largement utilisée pour les métiers testés, ce qui modifie la réponse aux CV des services des ressources humaines des entreprises. Les sept entreprises mises en cause, avec lesquelles le gouvernement dialogue depuis plusieurs semaines, ont déjà critiqué cette étude auprès des ministères impliqués.

Air Liquide applique une discrimination positive

Interrogée jeudi, Air France « conteste totalement la méthodologie et les conclusions du rapport » qui « ne reflètent absolument pas la culture, les valeurs et les pratiques de l’entreprise », d’autant qu’elles reposent sur des candidatures spontanées. « Nous recrutons 4 000 personnes par an en France sur un marché d’ingénieurs ou règne la pénurie, nous ne pouvons pas nous permettre de faire de la discrimination », a réagi de son côté une porte-parole de l’entreprise Altran. A noter que l’étude souligne le cas d’une entreprise, Air Liquide, pratiquant une discrimination « à l’envers » qui « avantage le candidat potentiellement discriminé ».

Le gouvernement a déclaré jeudi qu’il relancerait « une nouvelle vague de testing avec un cahier des charges prenant en compte les marges de progrès identifiées sur la première étude ». Les représentants des trois ministères n’ont cependant pas précisé quand serait présentée une « stratégie gouvernementale » contre les discriminations à l’embauche, pourtant annoncée par la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

Le Monde