Ali Merad (1930-2017) : de l’école coranique de Laghouat aux universités de Lyon et de Paris

Le Pr Ali Merad, qui vient de rendre son dernier souffle à Dieu à l’âge de 87 ans, était peu connu du grand public et largement ignoré, aussi, des musulmans. Cet universitaire à la retraite, installé de longue date, avec son épouse, sur les hauteurs de Lyon, était pourtant une des grandes figures de l’islamologie, et un pionnier du dialogue islamo-chrétien. Avec lui disparaît un érudit remarquable qui faisait honneur autant à l’Algérie, sa patrie d’origine, qu’à la France et à toute la communauté universitaire internationale.

Né en 1930 à Laghouat, sur les bords du Sahara algérien, le petit Ali a connu dans cette cité une double scolarité : celle de l’école coranique et celle de la République coloniale. Il en a conservé un grand attachement au Coran (qu’il connaissait par cœur) et un goût de l’étude qu’il a eu la chance de pouvoir développer.

Étudiant à Alger, il est habité de convictions nationalistes, mais il aime, également, l’héritage culturel français. Comme son compatriote et ami le Pr Mohammed Arkoun (1928-2010), il est d’ailleurs amené à poursuivre ses études en France, du fait de ses grandes qualités intellectuelles. En 1956, il obtient l’agrégation d’arabe.

Douze ans plus tard, en 1968, il se verra reconnu le titre de docteur d’État es Lettres. Il sera, dès lors, un éminent professeur des universités. En 1974, il fonde l’Institut universitaire d’études arabes et islamiques de Lyon, qu’il dirigera plusieurs années. Bientôt, il devient responsable de la formation doctorale « Études arabes et islamiques » de l’Université Jean-Moulin-Lyon-III.

Ses qualités, ses travaux, sa notoriété le font finalement appeler à l’université Paris-III-Sorbonne-Nouvelle pour y diriger un institut du même type que celui qu’il avait créé à Lyon. Durant plusieurs années, il sera membre du jury d’agrégation d’arabe et membre du Conseil national des universités.

Un vulgarisateur de la connaissance sur l’islam

La grande œuvre d’Ali Merad, celle qui restera dans l’Histoire et demeurera longtemps encore d’un intérêt indispensable, est son travail sur « le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940, un essai d’histoire religieuse et sociale », qui a fait l’objet de sa thèse de doctorat d’État, et spécialement l’attention qu’il a portée à la principale figure de l’Association des oulémas musulmans algériens, Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), à qui il a consacré une thèse complémentaire sous le titre « Ibn Bâdis, commentateur du Coran ». Les deux thèses ont été publiées, et constituent sur cette période clé de l’histoire de l’islam d’Algérie des sources incontournables.

Parmi les autres publications du Pr Merad se distinguent également trois volumes de la célèbre collection « Que sais-je ? » des Presses universitaires de France (PUF) : L’islam contemporain (1987), L’Exégèse coranique (1998) et La Tradition musulmane (2001), qui tous se sont vendus à des milliers d’exemplaires.

Son dernier livre, paru aux éditions Desclée de Brouwer en 2008 , avait pour sujet « Le califat : une autorité pour l’islam ? ». L’érudit avait le souci de vulgariser la connaissance sur l’islam, afin qu’elles soit accessible au plus grand nombre, et il sut être, en cela, un excellent pédagogue.

 

Un pionnier du dialogue interreligieux

Ayant été dès sa jeunesse au contact de chrétiens respectueux des musulmans et pour lesquels il éprouvait de l’amitié, Ali Merad a été toute sa vie attaché au dialogue interreligieux dont il aura été un des pionniers. Ainsi, dès 1953, il écrit, à Alger, un article intitulé « Jésus et nous ». En 1972, il participe à un livre écrit à trois voix, avec l’intellectuel juif Armand Abecassis et avec l’ecclésiastique catholique Daniel Pezeril, intitulé N’avons-nous pas le même Père ?, publié aux Éditions (lyonnaises) du Chalet.

Plus tard, en 1975, il publie, chez le même éditeur, un ouvrage consacré à Charles de Foucauld au regard de l’islam. Durant plusieurs années, il sera très présent, en différents lieux du monde, dans des colloques rassemblant des intellectuels et des religieux appartenant à la « famille abrahamique ».

Ses obsèques ont eu lieu vendredi 26 mai, après la prière du vendredi, à 14h15. C’est à Dieu que nous appartenons et c’est vers Lui que nous retournons.

Saphirnews