Arabie saoudite et wahhabisme  : trois questions pour comprendre

Les femmes, empêchées de conduire par la loi, ont été autorisées, mercredi 27 septembre, par un décret royal à le faire en Arabie saoudite.

Ce pays, devenu royaume en 1932, est né au XVIIIe siècle d’une alliance théologico-politique inédite, nouée entre un prédicateur fondamentaliste musulman et le chef de la tribu des Saoud.

D’abord minoritaire, et même vigoureusement combattu par les autres courants de l’islam, le wahhabisme tente aujourd’hui de s’imposer comme l’orthodoxie musulmane.

 

À quand remonte le royaume saoudien ?

C’est en Arabie que le prophète de l’islam, Mohammed, a vécu et prêché. Mais une fois l’empire musulman créé – avec pour capitale Damas puis Bagdad –, celle-ci perd son caractère central. « La division politique est la caractéristique principale de la péninsule arabe depuis les origines, avec la décentralisation et l’effritement économique », note la doctorante Yara El Khoury.

Au XVIIIe siècle, l’un des clans – celui des Saoud – parvient à prendre l’ascendant sur les autres : il domine le Najd, région de plateaux située au centre de la péninsule qui, aujourd’hui encore, constitue le noyau du pouvoir de la famille royale.

En 1744, le chef des Saoud scelle un pacte avec un prédicateur prônant un retour aux fondements de l’islam : Mohammed ben Abdelwahhab (qui donnera son nom au « wahhabisme »). Devenue dynastie à la fin du XVIIIe siècle, la famille Saoud étend progressivement son influence sur la péninsule arabique. En 1802, ses troupes occupent Médine et l’oasis de Taëf. L’année suivante, ils prennent la Mecque.

Bien des péripéties surviendront avant la création, en 1932, du royaume d’Arabie saoudite par la fusion entre les provinces du Najd et du Hedjaz.

Qu’est-ce que le wahhabisme ?

Fils d’un juge religieux, devenu prédicateur itinérant, Mohammed ben Abdelwahhab s’insurge contre les formes de religiosité populaire : l’adoration du prophète, de sa famille, de ses compagnons ou des saints, dont il veut la destruction des tombeaux. Il prône un retour aux pratiques « authentiques ». Son premier ouvrage s’intitule Le livre de l’unicité. Il plaide également pour une application stricte de la loi islamique.

Exilé pour son radicalisme, il trouve refuge chez Mohammed Ben Saoud, « au fait de la nouvelle prédication et ayant compris le bénéfice politique qu’il pouvait en tirer », note Yara El Khoury. De fait, « l’arrivée du prédicateur lance une dynamique de conquêtes qui va augmenter les ressources ».

Le théologien et juriste Ibn Taymiyya (XIIIe siècle), appartenant à l’école hanbalite, auteur d’une abondante production sur le djihad, est la principale référence de Mohammed ben Abdelwahhab : les Saoudiens se disent donc « hanbalites » et refusent l’étiquette de « wahhabites ». Quant à Ibn Taymiyya, il reste l’un des auteurs les plus cités par les salafistes actuels.

« Puritain, austère, conquérant », le wahhabisme est également exclusiviste, et même « sectaire » selon l’historien tunisien Hamadi Redissi, auteur de Le Pacte de Nadjd ou comment l’islam sectaire est devenu l’islam (2007) – paru en poche sous le titre : Une histoire du wahhabisme (Seuil, 2016). De fait, les wahhabites ne cessent d’accuser les autres musulmans de déviance, d’« innovation » (bid’a), ou encore – les soufis notamment – d’« associationnisme », considérant qu’ils associent d’autres divinités à Dieu.

Quelle est l’influence actuelle du wahhabisme ?

« Partie de rien ou presque », l’alliance entre les Saoud et Abdelwahhab « est parvenue à imposer son empreinte rigoriste à une partie de la péninsule arabique (dont les lieux saints de l’islam) », constate Hamadi Redissi. « Après de multiples péripéties, la doctrine wahhabite s’est diffusée, à partir du XXsiècle, du Maroc à l’Inde, non plus par le glaive, mais par ses affinités avec le fondamentalisme, par le prosélytisme, l’alliance avec diverses puissances, parmi lesquelles – à travers l’ argument du pétrole – les États-Unis ».

En un sens, le wahhabisme apparaît aujourd’hui comme précurseur des mouvements « réformistes » du XIXe siècle. Combattu par les tenants de l’islam traditionnel, puis par les premiers réformistes, il imprègne finalement et les uns et les autres. Il est « en passe de devenir l’islam majoritaire dans de nombreux pays de tradition musulmane », s’inquiète Hamadi Redissi.

 

La Croix