Au séminaire israélite, les futurs rabbins sont formés au dialogue judéo-chrétien

En juillet, le séminaire israélite de France a lancé un cycle de formation sur le catholicisme. Destiné aux futurs rabbins, il veut permettre d’« endiguer la méfiance »

Un cycle de formation pour « endiguer la méfiance » et « faire tomber les clichés ». Mi-juillet, le Séminaire israélite de France (SIF) a lancé un module, à destination des futurs rabbins, sur le catholicisme. Dispensé par le père Louis-Marie Coudray, directeur du service national pour les relations avec le judaïsme (SNRJ) de la Conférence des évêques, il aspire à former les élèves « aux évolutions des relations judéo-chrétiennes, en leur donnant des clés de compréhension pour leur permettre de s’y adapter ». Cet enseignement doit reprendre dès octobre.

Directeur du séminaire, le grand rabbin Olivier Kaufmann, est à l’origine du projet. « Les communautés juives semblaient demandeuses d’une telle formation. Et du côté des élèves, je sentais aussi une frustration à ne pas aborder certaines choses clairement », explique-t-il. Il a reçu dès le début le soutien de Michel Gurfinkiel, administrateur du Consistoire central et président de la Commission du dialogue interreligieux.

Assumer « la part de responsabilité du christianisme »

Certes, « des choses existaient avant, mais j’ai voulu franchir un pas en institutionnalisant ce module et en l’érigeant comme un enseignement obligatoire et régulier », poursuit-il. Il souhaite notamment dans cette nouvelle formation « favoriser l’écoute, l’échange, sans tomber dans le syncrétisme et sans gommer les spécificités de chaque religion »

 

Présentation de l’Église, débats sur la perception de chaque culte… « Cette leçon inaugurale a été, pour moi, une vraie découverte. C’est la première fois que je rencontrais et discutais aussi ouvertement avec un représentant de l’Église catholique », souligne Raphaël Horowitz, séminariste. « Avec la profusion d’éléments accessibles sur Internet, nous avons le sentiment de connaître l’autre à travers les bribes d’informations qui nous parviennent, ce qui peut nous pousser à passer à côté d’une vraie rencontre ».

Pour le père Coudray, qui a vécu trente-cinq en Israël, de tels échanges sont devenus indispensables. « Mon expérience en Terre sainte m’a fait percevoir à quel point la connaissance du christianisme était réduite et négative, au sein de la communauté juive. Cette dernière appréhende souvent nos rapports autour de trois points de focalisation historiques : les croisades, l’inquisition, et la Shoah », explique le bénédictin.

Il a choisi de ne pas éluder ces événements en les abordant dès le début de son intervention et en « assumant la part de responsabilité du christianisme » tout en la replaçant « dans sa juste proportion ». Avant d’évoquer le changement du regard de l’Église sur les religions non-chrétiennes, après la publication, en 1965, de la déclaration conciliaire Nostra Ætate, proposant un commentaire théologique sur les relations entre Israël et l’Église.

« Je n’étais pas là pour faire de la propagande, de l’apologétique, poursuit le père Coudray. Mais nous ne pouvons plus, dans le climat actuel, nous permettre de vivre complètement isolés, sans essayer de discuter des éventuelles discordances ».

« Il faudra un jour en faire de même avec l’islam »

Du côté des élèves comme des organisateurs, chacun s’est félicité du déroulement de cette première journée. « Les étudiants ont tout de suite été à l’aise face à ce langage franc : ils ont posé très librement leurs questions », affirme le rabbin Olivier Kaufmann. Deux élèves avaient même travaillé, en amont, le sujet.

L’enjeu n’est pas mince, explique-t-il. Il s’agit de créer une « nouvelle génération de représentants juifs qui pourra vraiment devenir actrice du dialogue interreligieux, et éviter que ce dernier ne reste l’apanage d’un petit noyau de spécialistes ». Pour en arriver là, il reste du chemin à parcourir.

Dans les mois à venir, le père Coudray ambitionne d’aborder, avec ses élèves, le développement dogmatique de la foi chrétienne, les « irréductibles différences théologiques » entre les deux religions, ou encore la liturgie de l’Église. « Nous n’en sommes qu’au début de la démarche, mais nous avons aussi conscience qu’il faudra un jour en faire de même avec l’islam », envisage Olivier Kaufmann.

 

La Croix