Ces associations chrétiennes au service de chômeurs plus fragiles

L’Assemblée nationale doit commencer à examiner mardi 29 mai le projet de loi sur l’avenir professionnel, qui inclut la réforme de l’assurance-chômage.

Ces dernières années, les associations catholiques d’aide à la recherche d’emploi ont dû s’adapter pour épauler des chômeurs plus affectés psychologiquement par les aléas de leurs carrières.

C’est après un « burn-out », entraînant une « profonde remise en question professionnelle », que Delphine, 39 ans, a décidé de quitter en décembre le secteur de la communication associative, vers lequel elle s’était orientée à sa sortie des Beaux-Arts. Quelques mois plus tôt, cette catholique au parcours atypique avait entendu parler, par le « bouche-à-oreille », de l’accompagnement à la recherche d’emploi proposé par des professionnels bénévoles de l’Association Chrétienne pour le travail et l’emploi (Acte).

Le rendez-vous est aussitôt pris. « J’avais vraiment besoin de faire le point, de reprendre confiance en moi », explique-t-elle, désormais en quête d’une nouvelle offre dans le domaine culturel. « Pendant trois mois, nous proposons aux inscrits de poser les crayons, de réfléchir au sens qu’ils veulent donner à leur vie. Ensuite, seulement, ils rentrent dans une phase active de recherche par le biais d’ateliers », explique Odile Boyer, consultante depuis 2006 chez Acte, en soulignant voir toujours affluer « des gens motivés, même s’ils peuvent être abîmés par ce qu’ils viennent de vivre ».

Acte remet les cadres sur le chemin de l’emploi

Des chômeurs plus affectés psychologiquement

Sentiment d’avoir été « broyé », « cassé » par sa hiérarchie, chômage « de très longue durée », pression exacerbée dans les entreprises, concurrence rude à l’embauche, marché plus précaire pour les jeunes, difficultés pour les mères au foyer à retrouver un travail après une période de pause… Ces dernières années, plusieurs associations catholiques d’aide à la recherche d’emploi ont été approchées par de nouvelles « classes » de chômeurs, plus affectées psychologiquement par les aléas de leurs parcours professionnels. Un constat qui s’applique particulièrement, notent-elles, aux candidats seniors.

« Beaucoup d’entre eux, découragés après des mois de recherches infructueuses, se sont enfermés dans une spirale négative et sont prêts à abandonner : il faut alors leur expliquer qu’il y a toujours de l’offre, et leur réapprendre à savoir se vendre », explique Gérard Tanchon, directeur depuis quatre ans du Groupe recherche emploi (GRE), rattaché au Mouvement chrétien des cadres dirigeants (MCC), qui mise sur « la synergie positive » de séances par petits groupes, animées par des professionnels en activité, pour optimiser leurs « retours dans le circuit ».

Pour les cadres de plus de 40 ans

« Parmi eux, beaucoup doivent concéder à de gros sacrifices salariaux, et certains n’arrivent malheureusement pas à se réinsérer dans le contexte actuel », déplore Gérard Langlois, directeur depuis deux ans du réseau Passage et Transition (Petra), qui organise chaque année, avec les religieuses de l’Assomption, plusieurs sessions pour les cadres de plus de 40 ans en recherche d’emploi depuis au moins un an. Face à ces nouveaux profils, certaines associations ont complètement revu leur mode d’accompagnement.

« Il y a vingt-cinq ans, les gens qui arrivaient aux sessions étaient très formels, ils n’osaient pas dire un mot plus haut que l’autre : c’était finalement une petite reproduction du monde de l’entreprise. Cela n’est plus du tout le cas aujourd’hui, ils prennent plus librement la parole », explique Gérard Langlois, qui s’était lui-même inscrit, dans les années 1990, à une session Petra après un licenciement. À l’époque, les participants étaient à 90 % des quinquagénaires hommes. Aujourd’hui, les sessions de son association sont aux deux tiers composées de femmes, et comptent de nombreuses personnes divorcées. Conséquence pratique : « nous n’organisons plus de sessions pendant les vacances scolaires, pour permettre aussi aux familles séparées de voir leurs enfants. »

Dépression, éclatement des cellules familiales, perte de repères, « honte » sociale… Beaucoup d’associations ont intégré un volet « psychologique », plus personnalisé, à leur formation. Pour les plus fragiles d’entre eux, le GRE s’apprête même à proposer, en parallèle à ses ateliers classiques, un accompagnement spirituel dispensé par un prêtre. « Le chômage est une détresse humaine dont on n’a pas idée, peu perceptible parce que les demandeurs d’emploi prennent garde à donner le change en public », poursuit Gérard Langlois, « c’est essentiel, dès lors, de redoubler d’attention pour leur faire comprendre que nous sommes là pour s’intéresser vraiment à ce qu’ils disent, et à ce qu’ils sont ».

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Les paroisses s’engagent à leur tour

Les matinales de l’emploi
L’église Saint-Pothin organise ainsi chaque jeudi matin à Lyon (Rhône) un temps de prière et d’échange entre actifs et demandeurs d’emploi, autour de conseils concrets et de partage de carnets d’adresses.

SFX-Emploi
Cette association, rattachée à la paroisse Saint-François Xavier (Paris VIIe), « propose à ceux qui sont en rupture de carrière de se mettre en binôme avec des accompagnateurs, actifs bénévoles, qui les suivent personnellement pendant plusieurs mois », explique François Spriet, son coordinateur.

Le club Saint-Vincent
Il réunit, chaque lundi soir à la paroisse Notre-Dame de Compassion de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), des cadres en recherche d’emploi pour leur faire expérimenter des méthodes de recherche et de préparation aux entretiens « apparentées aux techniques du marketing ».

 

La Croix