Comment le ramadan entraîne une pénurie d’Uber chaque soir

Le service de VTC a observé une baisse du nombre de chauffeurs disponibles en milieu de soirée depuis samedi.

 

C’est un effet inattendu du ramadan. Depuis samedi et le début de la période de jeûne chez les musulmans, plusieurs utilisateurs d’Uber, célèbre service de VTC, ont fait part de leur difficulté à trouver un véhicule à partir de 21h30. Soit approximativement l’heure où le soleil se couche, moment où les pratiquants sont de nouveau autorisés à boire et à se restaurer. Une raréfaction qui a une incidence sur les tarifs car l’entreprise incite ses conducteurs à travailler en augmentant le prix de la course.

«Oui, on a observé ce phénomène, confirme au Parisien la communication d’Uber. C’est le cas aussi lors de certains événements culturels, sportifs ou météorologiques, durant lesquels des chauffeurs se déconnectent de l’application.» Samy est de ceux là. Lui qui travaille depuis trois ans pour le service de VTC raconte être «crevé après avoir conduit des heures sans manger et sans boire, surtout ce week-end où il a fait très chaud. Que les gens ne soient pas contents parce qu’il y a moins de voitures et que ça coûte plus cher, je m’en fous. On n’est pas un service public. J’ai besoin de respecter ce moment et j’en ai aussi envie».

Si la rupture du jeûne a autant de répercussions sur Uber, c’est en raison de la sociologie des chauffeurs de la société. «La majorité des chauffeurs qui travaillent avec nous sont originaires des banlieues, potentiellement d’origine maghrébine et de confession musulmane», décrivait le responsable de la communication de la branche française de l’entreprise, Grégoire Kopp, à Capital en 2016.

Si Samy raconte manger rapidement pour ne pas perdre une trop grosse partie de sa rente nocturne, certains de ses collègues «font l’aller-retour pour manger avec leur famille avant de reprendre le travail». «Les gens qui râlent parce qu’ils attendent cinq minutes s’inquiètent-ils de l’état de santé des chauffeurs?, s’agace Sayah Baaroun, secrétaire général du syndicat SCP-VTC. Uber vise cette communauté dans son recrutement, donc ça se voit lors du ramadan. Ils sont considérés comme de la chair à canon, ils ont quand même le droit de profiter de ce moment.» Et tenter de concilier tant bien que mal religion et travail.

 

Le Parisien