Irlande, les évêques vent debout contre la légalisation de l’avortement

Le gouvernement irlandais a annoncé l’organisation au printemps 2018 d’un référendum sur la libéralisation de l’interruption volontaire de grossesse, interdite dans le pays.Après avoir été en 1983 l’un des fers de lance de la campagne pour son interdiction totale, l’épiscopat irlandais est resté, depuis des décennies, en première ligne de l’opposition à tout assouplissement.

 

Cédant aux pressions des militants pro-avortement, le gouvernement irlandais a annoncé, mardi 26 septembre, l’organisation au printemps 2018 d’un référendum sur l’interruption volontaire de grossesse, actuellement illégale dans le pays, sauf en cas de menace pour la vie de la mère.

Cette consultation populaire aura lieu « en mai ou juin 2018 », a précisé Dublin dans un communiqué. Elle devrait donc avoir lieu quelques semaines avant une probable visite du pape François en Irlande, à l’occasion de la Rencontre mondiale des familles prévue à l’été prochain.

Dans un pays très fortement ancré dans la tradition catholique, le référendum porterait, plus spécifiquement, sur le huitième amendement de la Constitution irlandaise, qui garantit « le droit à la vie » de l’embryon, en tenant compte du « droit égal à la vie de la mère ».

Les évêques irlandais n’ont pas encore publié de déclaration officielle après l’annonce gouvernementale. Mais ils se mobilisent, depuis des mois, pour faire peser leur voix dans ce débat, en condamnant régulièrement un projet de loi aux conséquences « dramatiques, moralement inacceptables » et en défendant « le caractère sacré de la vie depuis sa conception ».

Un rejet de toute modification constitutionnelle

Après avoir été en 1983 l’un des fers de lance de la campagne pour son interdiction totale, l’épiscopat irlandais est en effet resté, depuis des décennies, en première ligne de l’opposition à tout projet d’assouplissement ou de libéralisation de l’avortement.

Fin août, plusieurs d’entre eux – dont Mgr Diarmuid Martin, archevêque de Dublin, ou encore Mgr Eamon Martin, archevêque d’Armagh et primat de toute l’Irlande – ont rencontré d’éminentes figures gouvernementales – parmi lesquelles le premier ministre, Leo Varadkar, médecin de formation à l’initiative du référendum. Ils ont réaffirmé, parmi d’autres sujets, leur « opposition » à une éventuelle modification constitutionnelle.

S’appuyer sur la mobilisation citoyenne

En plus d’agir directement sur le plan politique, l’Église souhaite aussi s’appuyer aussi sur la mobilisation citoyenne pour peser sur le gouvernement. Et si possible, au-delà de sa sphère de fidèles.

« Nous encourageons les catholiques et les autres à contacter leurs politiciens pour exprimer leur inquiétude au sujet de l’amendement proposé, et leur demander de respecter le droit égal à la vie d’une mère et de son enfant à naître en toutes circonstances », écrivaient-ils dans un communiqué publié en février 2016 sur le site de la conférence épiscopale irlandaise (ICBC).

L’Église irlandaise a toutefois perdu de sa crédibilité sur les questions éthiques, en raison d’une sécularisation croissante mais aussi des multiples scandales de pédophilie ayant impliqué le clergé local. En 2015, malgré sa longue mobilisation pour sensibiliser « aux risques liés à une modification de la définition du mariage », l’Irlande avait par exemple été le premier pays au monde à voter – avec 62,1 % de voix – en faveur de la légalisation du mariage homosexuel.

D’autres révisions de la constitution

Outre la question de l’IVG, le gouvernement semble vouloir également moderniser d’autres volets de la constitution, en en gommant certaines références religieuses, avec plusieurs autres référendums annoncés pour 2018 et 2019.

Un vote sur l’interdiction du blasphème, établie par l’article 40.6.1 de la Constitution, devrait ainsi être à l’ordre du jour d’une nouvelle consultation populaire prévue en octobre prochain.

 

La Croix