La Belgique durcit le ton face au salafisme

 

Le secrétaire d’État à l’asile et à la migration a reconnu avoir décidé en mars 2017 le retrait de la carte de séjour d’un imam égyptien de la Grande mosquée de Bruxelles. Mais celui-ci a déposé un recours.

Au-delà, cette décision marque la volonté des autorités de tirer les leçons des attentats récents et de lutter contre les sources du « radicalisme en Belgique ».

Les autorités belges ont décidé de tirer les leçons de la commission d’enquête mise sur pied en avril 2016 à la suite des attentats qui ont frappé la Belgique le 22 mars. Parmi d’autres thèmes, celle-ci était chargée d’enquêter sur « la montée en puissance du radicalisme » et « les liens entre ces phénomènes et les terribles événements » qui ont frappé le pays.

Le rapport final de la commission sur ce volet n’est pas encore publié, mais le secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Theo Francken (N-VA) a reconnu mardi 3 octobre avoir retiré au mois de mars « la carte de séjour de l’imam » d’origine égyptienne, Abdelhadi Sewif, de la Grande Mosquée de Bruxelles.

Dangereux pour la sécurité nationale

« J’ai reçu des informations qui sont très claires sur le fait que c’est un homme dangereux pour la sécurité nationale de notre pays, c’est un salafiste », a-t-il précisé à la RTBF. « Les services de sécurité demandent à l’Office des étrangers de lui retirer son droit de séjour parce qu’il est un imam radical salafiste, wahhabite, qui a des idées très radicales contre notre société, pour la charia ».

Abdelhadi Sewif, 48 ans, est arrivé en Belgique en 2004. Il donne les sermons du vendredi à la Grande mosquée, enregistrés et diffusés en ligne, et enseigne au Centre islamique et culturel de Belgique (CICB) qui se trouve dans l’enceinte même de la Grande mosquée. Il affirme avoir toujours prêché un « islam modéré ».

Il a d’ailleurs déposé un recours au mois de juin auprès du Conseil du contentieux des étrangers, qui doit se prononcer le 24 octobre sur la validité de la décision. Le recours n’étant pas suspensif, il avait « en théorie jusqu’à fin mai 2017 pour quitter le territoire », mais il se trouvait toujours à Bruxelles mardi.

Durcissement des autorités belges

Au-delà, cette décision marque un durcissement des autorités belges contre l’islam salafiste, et en particulier cette mosquée accusée d’avoir diffusé l’islam wahhabite dans tout le pays.

Organisées non sans peine au printemps, les auditions de l’imam adjoint et du directeur du CICB ont eu un effet désastreux pour eux. Les entretiens se sont déroulés « dans un climat tendu, révélant un gouffre entre les parlementaires et les dirigeants de ce lieu emblématique du culte musulman en Belgique », rapportait la presse belge.

Tous deux ont contesté que des jeunes Belges partis faire le djihad en Syrie aient reçu une formation à la Grande mosquée, « même si dans certains dossiers judiciaires ce passage apparaît ». Et ils n’ont « pas convaincu la commission du caractère modéré de l’islam pratiqué dans cet édifice religieux, restant flous sur le financement de l’institution ».

Une mosquée confiée à l’Arabie saoudite

De fait, celle-ci a un statut à part : la Grande mosquée de Bruxelles, le siège du Centre islamique et culturel de Belgique, est installée dans un pavillon du parc du Cinquantenaire dont le roi Baudouin a donné les clés en 1967 au roi Fayçal d’Arabie saoudite. Un bail emphytéotique de 99 ans a été signé en 1969, que les autorités belges souhaiteraient casser pour faire revenir l’établissement dans le giron des mosquées reconnues – et donc contrôlées – par l’État.

Theo Francken reconnaît que le problème est là. « Moi je ne suis pas le ministre de l’intérieur, ni le ministre de la justice, a-t-il déclaré à la RTBF. S’il y a d’autres prêcheurs de haine dans la grande mosquée de Bruxelles, ou dans des autres mosquées en Belgique, il est clair que je prendrai des mesures qui sont de ma compétence. Est-ce qu’on doit être plus clair et plus vigilant par rapport aux sources financières des mosquées ? Oui ! Mais j’ai aussi compris que Koen Geens (NDLR : ministre fédéral de la justice) avait pris des mesures pour commencer un vrai combat contre les islamistes radicaux dans des mosquées qui sont financées par des États du Golfe. »

La commission d’enquête parlementaire a déjà publié trois rapports intermédiaires sur le travail des services de secours le jour des attentats, le soutien aux victimes et la façon dont les services de renseignement et de police, la justice, etc. avaient fait face à la menace terroriste. Elle devrait conclure dans les semaines à venir son rapport sur « le radicalisme en Belgique », dernier volet de son mandat.

 

La Croix