La Jeunesse ouvrière chrétienne mobilise les paroisses pour « l’emploi digne »

Une enquête de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), rendue publique aujourd’hui, souligne les difficultés croissantes des jeunes à accéder à l’autonomie et à un emploi digne.
Face à la précarisation de leurs situations, le mouvement, qui interpellera en avril les décideurs politiques et sociaux du pays, encourage aussi des initiatives paroissiales locales.

Depuis plusieurs mois, d’intrigants panneaux trônent au fond de l’église Saint-Joseph d’Asnières, de celle du Sacré-Cœur de Colombes ou encore de la paroisse Saint-Paul de Nanterre (Hauts-de-Seine). Parsemés de fiches individuelles, ils recensent les petites annonces professionnelles des jeunes jocistes du département en recherche d’emploi. Cette initiative, portée par l’antenne fédérale de Colombes dans le cadre de la campagne nationale d’action « Dignes et travailleurs, notre défi pour demain », lancée par le mouvement en septembre dernier, est inédite en France.

« Elle aspire à mobiliser tout le réseau paroissial du département autour des attentes professionnelles de ces jeunes », explique Maïlys Benassi, la présidente fédérale de l’antenne Nord-Centre des Hauts-de-Seine. Chaque premier mardi du mois, la jeune femme consigne, avec d’autres accompagnateurs du mouvement, les demandes de « coups de pouce »de ces jeunes – que ce soit pour trouver un stage, un contrat ou une alternance – sur des fiches placardées ensuite dans cinq paroisses des alentours.

Un contrat et un « smiley »

« Outre ces panneaux, qui restent en permanence à la vue de tous les fidèles, nous profitons aussi, tous les deux mois environ, du temps des annonces, à la fin de la messe, pour diffuser à voix haute les demandes professionnelles de nos jocistes »,se réjouit la jeune femme.

Cédric Joilan, 27 ans, en CDD dans un cabinet de comptable, a fait l’expérience de ce systèmequi lui a « mis le pied à l’étrier ». Jociste depuis le lycée, le jeune homme a réussi à obtenir, en partie grâce à cette initiative, un contrat en alternance d’un an, en 2015, chez EDF. C’est en effet après avoir entendu sa petite annonce à la sortie de la messe qu’un paroissien, salarié du géant électrique, s’est décidé à lui proposer son aide. Refonte de son CV, amélioration de sa lettre de motivation, préparation de son entretien… Le jeune homme parvient à décrocher son contrat. Les responsables de son antenne fédérale ont alors accolé un « smiley » à sa fiche, pour signifier publiquement que le bouche-à-oreille avait fonctionné.

C’est ce qui pousse Thomas, 23 ans, à ne pas désespérer. Le jeune homme, un habitué lui aussi de la permanence de Colombes, est à la recherche depuis plusieurs mois d’un contrat en alternance dans le graphisme. Tout en condamnant un système qui marche « beaucoup par pistons », il espère être le prochain sur la liste des jocistes contactés par tel ou tel paroissien. Parce que, résume-t-il, « sans contacts professionnels, pas de boulot ».

 

« Les catholiques devraient se sentir plus concernés par leur situation »

Amer constat qui renforce, aux yeux de la présidente de la JOC Aina Rinà Rajaonary, le rôle de l’Église. « Dans une société qui prend peu en compte les jeunes du milieu ouvrier, les catholiques devraient se sentir plus concernés par leur situation », déplore la jeune femme, élue à la tête du mouvement en mai 2015. Comme elle, plusieurs responsables du mouvement espèrent voir se multiplier, dans d’autres villes de France, l’initiative développée dans les paroisses des Hauts-de-Seine.

En attendant, le mouvement continue d’encourager les nombreuses initiatives locales déjà existantes. Parmi les démarches d’aide les plus répandues figurent notamment celles des permanences Temps d’accueil pour la formation et l’emploi (Tafe), et depuis peu, des rendez-vous des Comités jeunes privés d’emploi (CJPE), réunissant des centaines de jeunes à travers la France, pour les aider à rebondir professionnellement : échanges de tuyaux, constitution de réseaux d’aide, soutien pendant de difficiles périodes de chômage, simulation d’entretiens professionnels…

Guillaume Fache, 28 ans, doit à ces temps d’échange « une fière chandelle ». Le jeune homme, qui a commencé à fréquenter la permanence de l’antenne jociste de Lille-Nord alors qu’il était en troisième année de licence d’économie, a réussi à obtenir, en partie grâce à cet accompagnement, un premier stage à la Banque alimentaire. Quelques mois plus tard, « la perm’» l’aide à monter un dossier pour postuler à un master de management stratégique des affaires à Grenoble. Sa candidature est retenue. Diplômé en mars dernier – « une reconnaissance très gratifiante dans ma famille, qui a fait peu d’études », confie-t-il –, il s’apprête, après plusieurs mois d’arrêt liés à un accident de voiture, à reprendre ses recherches. Et espère décrocher, « d’ici un ou deux mois », son premier emploi.

 

La Croix