L’Arabie saoudite, « première source de financement » de l’islam extrémiste britannique

Outre-Manche, sa publication embarrasse la première ministre Teresa May, alors que le pays a été frappé, depuis le mois de mars, par trois attentats djihadistes. Mercredi 5 juillet, un think tank britannique conservateur, le Henry Jackson Society, a affirmé dans son étude « Les financements étrangers de l’extrémisme religieux au Royaume-Uni » que les dons saoudiens étaient la principale source de financement de l’islam radical en Grande-Bretagne.

« Si certaines organisations du Golfe ou d’Iran se sont rendues coupables de promouvoir le fondamentalisme, celles d’Arabie saoudite sont assurément en tête de liste », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Tom Wilson, l’un des membres de l’institut de recherche et auteur de l’étude.

Outre la formation d’imams anglais en Arabie saoudite, ce soutien aurait pris la forme de « dotations accordées aux mosquées et aux institutions éducatives islamiques » qui ont « accueilli des prêcheurs radicaux » et diffusé « une littérature extrémiste », affirme le rapport.

 

Des flux financiers opaques

En dénonçant « un manque d’informations disponibles » sur le sujet, entretenu par « le ministère de l’intérieur britannique », le document rappelle que l’engagement, pris en 2015 par le gouvernement conservateur, d’analyser le financement étranger des supports de propagation du fondamentalisme n’a encore donné lieu, jusqu’ici, à aucune publication. Il exhorte, en outre, les autorités à exiger plus de transparence dans les flux reçus de l’étranger, et notamment de l’Arabie saoudite, premier partenaire commercial du Royaume-Uni au Moyen-Orient.

Aussitôt après sa publication, l’ambassade saoudienne à Londres a « catégoriquement » démenti les affirmations du rapport de la Henry Jackson Society. « Nous ne tolérons, ni ne tolérerons les actions et l’idéologie du radicalisme violent, et nous ne nous arrêterons que lorsque ces organisations seront détruites », a-t-elle réaffirmé.

Exporter « l’idéologie wahhabite »

Pourtant, il est bien connu que cette stratégie saoudienne de dons, à l’étranger, pour la construction d’édifices religieux a largement permis, ces cinq dernières décennies, à cette pétromonarchie de diffuser tout autour du monde son « wahhabisme », doctrine sectaire qui alimente et inspire l’extrémisme sunnite. Et l’Europe est loin d’être épargnée.

Depuis les années 1960, le royaume « a dépensé des millions de dollars pour exporter l’idéologie wahhabite, notamment dans les communautés musulmanes des pays occidentaux », avance l’étude.

Une affirmation avancée, en avril, à La Croix, par Fatiha Dazi-Héni, politologue spécialiste de la péninsule arabique, chercheuse à l’institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem) et auteur de l’ouvrage l’Arabie saoudite en 100 questions (1) : « Le royaume est une terre de prédication, qui ne renoncera jamais à son credo de financer et de soutenir une action islamique partout où la communauté islamique est présente ».

Des soupçons de « connivence »

Espagne, Italie, Suisse, Allemagne… Comment le royaume saoudien a-t-il pu implanter aussi librement ses structures, dans des pays occidentaux qui auraient pu paraître alors imperméables à la diffusion de l’idéologie wahhabite ? Nombreux sont ceux qui évoquent une connivence, sur fonds de transactions commerciales, des gouvernements européens avec la pétromonarchie.

En Belgique, le roi Baudouin a par exemple laissé dès 1969 le royaume installer, « à grands frais, le Centre islamique et culturel de Belgique (CICB), devenu aussi le siège européen de la Ligue islamique mondiale, une ONG panislamique et prosélyte », rappelait en 2013 un article paru dans Le Vif, L’Express.

En France, l’Arabie saoudite a installé à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le bureau de sa Ligue islamique mondiale, dans des locaux attenants à la mosquée Ibn Abdelaziz. Elle a aussi très largement contribué à la construction de mosquées, comme par exemple celle d’Évry (Essonne) ou la grande mosquée de Lyon (Rhône).

 

La Croix