Le Danemark interdit le voile intégral dans les espaces publics

Le parlement danois a adopté, jeudi 31 mai, à une large majorité une loi interdisant le port du voile intégral islamique, et d’autres accessoires recouvrant le visage, dans l’espace public.

Les Danois rejoignent en cela plusieurs autres pays européens dont la France, qui avait impulsé le mouvement en 2011.

Il n’y a pas eu de suspense. Par 75 voix contre 30, avec des suffrages venant aussi bien des députés de l’opposition sociale-démocrate que du Parti populaire danois (soutien du gouvernement sans y participer, classé anti-immigration et populiste), les parlementaires danois ont adopté jeudi 31 mai le projet de loi interdisant le port du voile intégral islamique (de type « burqa » ou « niqab ») dans l’espace public.

Porté par le gouvernement de droite, le texte de la nouvelle loi ne vise pas explicitement le voile. Il concerne également d’autres accessoires vestimentaires dissimulant le visage. « Toute personne qui, dans des lieux publics, porte un vêtement qui lui cache le visage est passible d’amende », stipule-t-il.

Entrée en vigueur le 1er août

Cette nouvelle loi danoise entrera en vigueur le 1er août prochain. À partir de cette date, une infraction sera sanctionnée d’une amende de 1 000 couronnes danoises (134 €). En cas d’infractions répétées, l’amende pourra grimper jusqu’à 10 000 couronnes.

Mesurer l’impact de cette loi dans le royaume danois serait hasardeux. Aucune statistique officielle ne permet de connaître le nombre de femmes portant le niqab ou la burqa au Danemark.

La population musulmane, sans être négligeable, compte peu parmi les 5,8 millions d’habitants, dont 5 millions de Danois.

À côté des plus de 63 000 ressortissants originaires de Turquie, la communauté étrangère la plus importante dans le pays, on compte des populations d’autres pays majoritairement musulmans : 40 000 personnes originaires de Syrie, 32 000 d’Irak, 26 000 du Liban, 25 000 du Pakistan, 23 000 de Bosnie, 21 000 de Somalie et d’Iran, 18 000 d’Afghanistan, 11 000 du Maroc.

Une liste européenne qui s’allonge

Après la France en 2010, la Belgique, ou plus récemment l’Allemagne ou l’Autriche, le Danemark légifère donc à son tour sur ce sujet.

La France a été le premier pays d’Europe à interdire le voile intégral dans l’espace public, avec une loi « interdisant la dissimulation du visage dans l’espace publique » promulguée en octobre 2010, appliquée depuis avril 2011. Validée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 2014, elle prévoit jusqu’à 150 € d’amende en cas d’infraction.

La Belgique a suivi, en 2011. Les contrevenants sont passibles d’une condamnation allant jusqu’à sept jours de prison et d’une amende. La CEDH a validé cette interdiction en 2017.

La Bulgarie, en 2016, a aussi interdit le port du voile intégral en public, sauf pour raisons de santé ou professionnelles. Aux Pays-Bas, les députés ont voté cette même année un projet de loi l’interdisant dans les écoles, hôpitaux, transports en commun, sous peine d’amende allant jusqu’à 405 €.

L’Allemagne interdit le port du voile intégral depuis 2017 dans certains contextes, notamment pour les fonctionnaires qui doivent avoir le visage totalement découvert dans le cadre de leurs fonctions. La loi oblige également à se découvrir en cas de vérification d’identité.

2017 a également été l’année de l’entrée en vigueur de l’interdiction du voile islamique intégral dans les lieux publics en Autriche. Les amendes pouvant aller jusqu’à 150 €.

D’autres pays, enfin, gardent une législation plus souple. En Italie, hormis deux régions tenues par la Ligue (extrême droite) – la Lombardie et la Vénétie – qui ont interdit le voile intégral et la burqa dans les hôpitaux et les bâtiments publics, une loi ancienne (1975) interdit de sortir le visage couvert. Les tribunaux ont systématiquement retoqué les arrêtés municipaux s’en prévalant pour interdire le voile intégral, au motif que celui-ci résultait plus d’une tradition que d’une volonté de dissimuler son identité.

Au Royaume-Uni, des directives de 2007 du ministère de l’Éducation permettent aux directeurs d’établissements scolaires d’interdire le niqab. Dans les services de santé publique, la décision est à la discrétion des hôpitaux.

En Suède, enfin, le voile est autorisé. Seuls les établissements scolaires peuvent depuis 2006 l’interdire s’il nuit à la communication entre élève et enseignant, s’il est dangereux – dans un laboratoire, en sport – ou s’il contrevient aux règles d’hygiène.

 

La Croix