Loi contre le « séparatisme » : ce que prépare le gouvernement

Dans son discours de politique générale, Jean Castex a annoncé la préparation d’un projet de loi contre le « séparatisme » ou le repli communautaire, lequel serait à l’origine des phénomènes de radicalisation violente et notamment de l’islamisme. La commission sur l’application des principes de laïcité présidée par Bernard Stasi en 2003 avait théorisé l’écueil auquel font face les pouvoirs publics vis-à-vis de l’islam : « La difficulté est de concilier deux exigences. Le souhait d’accorder les mêmes droits à l’Islam qu’aux autres religions et la crainte d’ouvrir des espaces d’influence à une aile militante qui ne se conçoit pas comme une religion, mais comme un projet politique global. »

Seize ans après, la loi antiséparatisme est censée viser cette « aile militante ». Une terminologie définie par le comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), dirigée par le préfet Frédéric Rose, désormais directeur de cabinet de la ministre déléguée à la citoyenneté auprès de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur.

Critère de séparatisme

Pour le CIPDR, l’islamisme englobe toutes ces notions. Selon lui, c’est « une doctrine sociopolitique visant à soumettre les membres d’un groupe aux normes supposées propres à cette entité. Il conduit dans certains territoires à un repli communautaire ». Facteur aggravant : ses partisans considèrent les préceptes religieux comme supérieurs aux lois de la république. Comme il est impossible de sonder les cœurs pour savoir qui situe Dieu au-dessus de la loi commune, les pouvoirs publics ont établi des critères de tentation « séparatiste ». Le nombre de départs d’un même quartier vers la Syrie en guerre pour faire le djihad constitue le marqueur numéro un.

Le projet de loi lancé par le nouveau Premier ministre, qui sera connu à la rentrée, s’appuiera sur les dispositifs existants créés par l’ex-titulaire de la Place Beauvau, Christophe Castaner, et son secrétaire d’État Laurent Nuñez, sous l’égide du CIPDR. Ainsi les cellules départementales de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire (CLIR) devraient être renforcées. Elles sont censées faire échec « aux actes qui sapent les principes constitutionnelles : la liberté, l’égalité, la fraternité mais aussi la laïcité, l’égalité homme femme, l’indivisibilité de la République et l’unicité du peuple français », selon le ministère de l’Intérieur. Les pouvoirs des préfets seront également renforcés pour prévenir les défaillances républicaines dans la gestion des services publics locaux. De même qu’ils devront contrôler plus drastiquement encore les financements étrangers pour les associations organisant l’exercice du culte.

Égalité femme-homme contre le séparatisme

Certaines sources au sein du nouveau gouvernement évoquent la possibilité d’inclure dans la loi les discriminations à l’encontre des femmes qui seraient empêchées d’entrer dans certains commerces ou même dans des lieux de culte, « des interdits, selon eux, qui tiendraient plus de la coutume ou de la culture que de la religion stricto sensu ». La lutte contre la polygamie fait aussi partie des pistes de réflexion.

Le futur projet de loi antiséparatisme devrait ainsi consacrer l’égalité femme-homme dans tous les actes de la vie sociale sous peine de poursuites dans la vie civile ou de licenciement dans la vie professionnelle, dans la fonction publique comme dans les entreprises privées. L’égalité des sexes pourrait désormais être inscrite dans les statuts de toutes les associations.

Quid des « boys club » ?

Du rififi à venir pour les « boys club » comme le Jockey Club ou l’Automobile club de France, interdits aux femmes ? À moins que seules les associations cultuelles (comprendre musulmanes) ne soient visées. Une reconstitution du ministère de l’Identité nationale qui ne dirait pas son nom ?

« Ce sont des pistes de réflexion : aucune décision n’est prise à ce jour. Mais l’idée principale, c’est que personne ne doit bricoler ses propres lois et vivre à part », fait-on savoir au gouvernement.

Déterminé ou pas, il devra respecter la loi de 1905 qui empêche l’État de se mêler de la façon dont les croyants organisent leur culte.

 

Le Point

En Turquie, l’ex-basilique Sainte-Sophie va être transformée en mosquée

Le site, classé au patrimoine mondial par l’UNESCO, restera ouvert à tous les visiteurs. Mais l’enjeu politique est ailleurs et cette décision est critiquée par plusieurs pays dont la France.

 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé ce vendredi 10 juillet la transformation de l’ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée, en dépit de mises en garde à l’étranger, après qu’un tribunal a révoqué le statut de musée de ce haut lieu du tourisme à Istanbul.

Le Conseil d’État, plus haut tribunal administratif de Turquie, a accédé à la requête de plusieurs associations en révoquant une décision gouvernementale datant de 1934 conférant à Sainte-Sophie le statut de musée.

Peu après cette décision, M. Erdogan a annoncé que l’ex-Basilique byzantine de l’ancienne Constantinople serait ouverte aux prières musulmanes en tant que mosquée le vendredi 24 juillet. “Comme toutes les autres mosquées, les portes de Sainte-Sophie resteraient ouvertes à tous, Turcs et étrangers, musulmans et non-musulmans”, a-t-il ajouté dans un discours.

Œuvre architecturale majeure construite au VIe siècle par les Byzantins qui y couronnaient leurs empereurs, Sainte-Sophie est un site classé au patrimoine mondial par l’UNESCO, et l’une des principales attractions touristiques d’Istanbul avec quelque 3,8 millions de visiteurs en 2019.

Convertie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, elle a été transformée en musée en 1934 par le dirigeant de la jeune République turque, Mustafa Kemal, soucieux de “l’offrir à l’humanité”.

Le Conseil d’État a annulé cette décision vendredi, expliquant dans ses attendus que selon les actes de propriété au nom de la Fondation Mehmet Fatih, du nom du sultan ottoman qui a conquis Constantinople, Sainte-Sophie était inscrite comme une mosquée et que cette qualification ne pouvait être modifiée.

Une “provocation” pour la Grèce, “profonds regrets” de l’UNESCO

Même si une reconversion de Sainte-Sophie en mosquée n’empêchera pas les touristes de toutes les croyances de s’y rendre ―ils sont nombreux à visiter chaque jour la Mosquée bleue voisine―, modifier le statut d’un lieu aussi emblématique dans l’histoire du christianisme suscite des tensions.

Plusieurs pays, notamment la Russie et la Grèce, qui suivent de près le sort du patrimoine byzantin en Turquie, ainsi que les États-Unis et la France, avaient notamment mis en garde Ankara contre la transformation de Sainte-Sophie.

Ainsi, la Grèce, par la voix de son Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, a condamné avec la plus grande fermeté” la décision de la justice turque. Ce choix “impacte non seulement les relations entre la Grèce et la Turquie. Mais aussi les relations de cette dernière avec l’Union européenne, l’UNESCO, et la communauté mondiale dans son ensemble”, a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a lui déclaré dans un communiqué que “la France déplore la décision du Conseil d’État turc de modifier le statut de musée de Sainte-Sophie et le décret du Président Erdogan la plaçant sous l’autorité de la direction des affaires religieuses. Ces décisions remettent en cause l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque.”

Washington a fait part de sa “déception” et l’Église orthodoxe russe a elle regretté que l’“inquiétude” de “millions de Chrétiens” n’ait pas été entendue par le tribunal turc.

La directrice de l’Unesco Audrey Azoulay a indiqué dans un communiqué que l’organisation “regrettait profondément” la décision des autorités turques, “prise sans dialogue préalable”.

Un coup politique pour Erdogan

Controversée à l’international, la décision de transformer Sainte-Sophie en mosquée est cependant réclamée depuis des années par une partie de la population turque, dont le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan.

Jusqu’à récemment, le président turc ne s’était cependant jamais montré très favorable au projet. Mais dans un contexte où sa popularité s’effondre depuis plusieurs mois tandis les relations de la Turquie avec ses alliés occidentaux se détériorent, la position de Erdogan a peu à peu évolué. L’an dernier, il a qualifié la transformation du monument en musée de “très grosse erreur”.

En annonçant le changement de statut ce vendredi, Recep Erdogan cherche donc avant tout à rallier l’électorat conservateur, sur fond de crise économique due à la pandémie de nouveau coronavirus et un contexte régional difficile.

“Sainte-Sophie est probablement le symbole le plus visible du passé ottoman de la Turquie et Erdogan l’instrumentalise pour galvaniser sa base et toiser ses rivaux à la maison comme à l’étranger”, décortique Anthony Skinner, du cabinet de consultants Verisk Maplecroft.

Depuis l’arrivée de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir en 2003, les activités liées à l’islam se sont multipliées à l’intérieur de Sainte-Sophie, avec notamment des séances de lecture du Coran ou des prières collectives sur le parvis du monument.

“Je suis très ému. Le fait que Sainte-Sophie perde son statut de musée et redevienne une mosquée comble tous les musulmans”, a déclaré à l’AFP Mucayit Celik, un Stambouliote rencontré devant le monument. “C’est une décision que j’attends depuis des années. C’est une honte qu’elle ne soit pas intervenue auparavant, c’est pour cela que je suis très heureux”, renchérit Umut Cagri, un autre habitant d’Istanbul.

Quelques centaines de personnes se sont rassemblées devant l’ex-basilique, où un dispositif policier renforcé a été déployé, agitant des drapeaux turcs et scandant “les chaînes ont été brisées” pour fêter la décision du Conseil d’État.

Masque sur le visage en raison du coronavirus, ils ont accompli la prière collective du soir.

 

Le HuffPost / AFP

Aperçus sur l’entreprenariat musulman en France

Is Tea Halal? Is Caffeine Halal?

L’usage marchand du halal est né à la fin du XXe siècle avec la rencontre du néolibéralisme et du fondamentalisme religieux. Les contraintes exercées par les systèmes d’actions profanes, le capitalisme et la bureaucratie, ont remplacé les commandements éthiques des religions d’hier. Si le capitalisme est protéiforme, un de ses aspects les plus visibles, c’est le commerce. Qu’aujourd’hui se développe un entreprenariat musulman, ou plus généralement une activité économique basée sur un produit religieux, relève avant tout d’une réalité économique bien moins que d’une motivation religieuse. L’économie islamique mondiale, elle aussi impactée par la mondialisation, a vu se développer le marché du halal dans tous les secteurs, à tel point qu’en 2015, il pesait plus de 4000 milliards de dollars dans le monde et près de 5 milliards d’euros en France[1]. L’islam est une religion qui rythme la vie quotidienne, avec des fidèles qui accordent une place prépondérante au dispositif juridique lié à la pratique, avec en toile de fond, la recommandation du bien et l’interdiction du mal. Le quotidien des musulmans en a tellement été inondé que dans l’inconscient collectif, le halal,principalement restreint à l’alimentation, est associé à un pilier de l’islam[2].

 

En France, une partie grandissante de musulmans qui souhaite s’affranchir notamment d’une idéologie islamiste décevante, se retrouve autour du marché, en consommant non seulement halal mais en se lançant aussi dans les affaires dites halal dans tous les domaines : médiatique, culturel, alimentaire, loisirs, conseil, réseaux sociaux, etc. L’islam de marché veut faire émerger une conscience éthique (halal) chez le consommateur musulman. L’entreprenariat dans le domaine du religieux, encouragé par le modèle prophétique, pense désormais l’islam comme un produit : il ne vise plus à réformer les âmes mais à répondre à la demande du consommateur. Cette culture consumériste influence les dynamiques identitaires pour les recomposer en style de vie qu’il est possible d’exprimer grâce aux biens de consommation. Une vaste gamme de choix de produits de consommations et de service qui relève de plus en plus d’un supermarché du religieux où le fidèle s’adonne à de la « consommation de la foi ».

 

Aux multiples déceptions du passé fait place une recherche personnelle du salut, une réalisation de soi, qui passe par une quête du succès économique garanti par l’entreprenariat.  La crise économique et les difficultés d’accès au marché du travail mais aussi l’opportunisme et le goût pour les affaires poussent de plus en plus de musulmans à développer des activités indépendantes. Ces Français musulmans veulent en finir avec le fatalisme et l’échec social en devenant acteurs de leur destin, et se lancent dans les affaires plutôt que de stagner ou de sombrer, parfois, dans un désespoir qui les jetterait dans une mouvance radicale.  C’est ainsi que, ces dernières années, on a vu se multiplier des entreprises de tendance[3] musulmanes dans les grandes métropoles, principalement dans le secteur de l’alimentation. Ces entrepreneurs de tendance répondent à des aspirations concrètes, rompre avec l’exploitation et la domination afin de maximiser leur bien-être et diriger leur vie à leur guise. Nous ne connaissons pas leur nombre exact, ils ne sont pas encore, à l’instar des entrepreneurs juifs[4] et chrétiens[5], organisés en groupe ou structure.

 

La conviction religieuse personnelle se traduit par une pratique entrepreneuriale où la maximisation du profit n’est limitée que par la rigueur éthique qu’elle implique, comme celle de l’interdiction de la pornographie, de la vente d’armes, du commerce de l’alcool, de la pratique de l’usure… le tout dans une charité traditionnelle qui impose un geste envers les plus démunis. Sur le plan religieux, la zakat (impôt religieux obligatoire), la sadaqa (don volontaire), le waqf (biens de mainmorte) sont ainsi reconsidérés pour dynamiser l’économie sociale et prendre le relai de l’Etat-providence pour aider à la construction de mosquées, d’écoles musulmanes, offrir des repas aux plus démunis pendant le mois de Ramadan, etc. Adopter une conduite islamique pour soi et en faire bénéficier les autres permet d’accumuler des bonnes œuvres (hassanat) en vue de préparer son Salut dans l’Au-delà.

 

D’un autre côté, si les fondamentalistes religieux ont profité de cet intérêt pour le halal pour gagner en visibilité, s’enrichir et promouvoir une certaine vision de la religion, il faut néanmoins distinguer affaires et éthique. En effet, le caractère islamique apparent de cet entreprenariat n’est nullement une garantie d’islamité et peut s’avérer trompeur. Car la rencontre entre un capitalisme moderne et la tradition islamique peut générer une schizophrénie dans les attitudes et annihiler le caractère foncier de l’éthique entrepreneuriale. L’offre religieuse est repensée dans l’unique but de réaliser des profits. Ce « business halal » a permis à une frange de la mouvance salafiste et frériste en particulier de se lancer dans les affaires. Si certains entrepreneurs, une fois leur sécurité financière assurée, choisissent d’influer sur la vie politique locale, sur la question de la mixité par exemple, d’autres font aussi le choix de quitter la France, faire leur hijra, pour vivre en terre musulmane[6]. Au nihilisme du martyr en Syrie ou dans les cités, s’opposerait celui de la vie dans les affaires au sein d’un environnement musulman où la promotion individuelle et l’acculturation financière orientent les choix migratoires.  D’autres, dans une logique de globalisation, reconsidèrent les frontières du marché du travail à l’échelle mondiale et choisissent de s’expatrier opportunément dans les pays du Golfe, en particulier dans les Émirats, pour s’épanouir économiquement. Émigrer s’inscrit ainsi dans un contexte de mondialisation marchande où chacun tente de s’affirmer individuellement. La fierté d’être musulman ne passe plus par la revendication politique mais par une performance économique affichée.

 

A l’ombre de la vague fondamentaliste, une nouvelle religiosité est en train de naître où le désengagement vis-à-vis de l’identité et du politique laisse place à un nouveau sacre de l’individu et à une reconfiguration dans l’espace culturel[7]. En France, le voile est sur ce point emblématique : il dérive de l’islam politique et se déploie en masse sur le marché vestimentaire. Le succès grandissant du prêt-à-porter féminin (boutiques, ventes en ligne) ne se dément pas. Dans un contexte de globalisation et de réislamisation simultanées, le voile oblige les femmes à de nouveaux compromis, entre revendications identitaires et extraversion culturelle. L’acculturation se nourrit ainsi de ce symbole identitaire où la pudeur islamique coïncide avec une offre marchande de masse qui suit les courants de la mode internationale véhiculée par les hijabistas, ces fashionistas qui diffusent sur la blogosphère et les réseaux sociaux l’idée qu’on peut suivre la mode tout en étant musulmane. Dans une simple logique consumériste, les Instagrameuses voilées[8] qui comptent des millions d’abonnés, en particulier des jeunes femmes voilées, reflètent cette marchandisation du corps couvert exposé sur les réseaux sociaux, dans la lignée des Kardashian et de Nabilla, entres autres, qui elles, sont plus découvertes. Sur les réseaux sociaux, le voile s’oppose de façon radicale au monde occidental de gestion des mœurs et de dressage des corps.

 

Pour qu’une idéologie soit diffusée au plus grand nombre, il faut savoir user de l’outil puissant de communication que sont les réseaux sociaux. Amr Khaled[9], célèbre prédicateur dans le monde arabe, qui compte des millions d’abonnés sur Facebook et Youtube, est un des chantres de l’islam de marché. Dans une logique de marketing et par conviction idéologique, il veut faire de l’islam une religion entrepreneuriale dans la lignée de certains mouvements pentecôtistes aux Etats-Unis, en s’efforçant de créer des croyants proactifs[10]. Dans ses prêches télévisés, il s’appuie à la fois sur la morale musulmane et sur les techniques de réalisation personnelle occidentales. A l’instar d’Amr Khaled, prédicateurs et cheikhs agissant en véritables coaches, ils sont de plus en plus nombreux à prôner l’engagement positif du musulman dans la société, qui passe aussi par l’entreprenariat. Ces cheikhs médiatiques s’opposent à l’oisiveté, vice que dénonce l’islam, et invitent le croyant à s’investir dans le domaine social et économique pour participer au développement de leur pays. Le réseau social professionnel LinkedIn a vu, ces cinq dernières années, émerger des professionnels musulmans dits visibles (barbus et femmes voilées) qui échangent autour de leur activité ou de leur employabilité. Aujourd’hui, dans le monde musulman, tout est mis en œuvre pour associer la religion avec les théories du management et de l’édification personnelle. Dans les pays du Golfe, le prédicateur Tariq al-Suwaidan[11] en est un parfait exemple. Formé aux Etats-Unis, il s’inspire notamment d’ouvrages de discipline managériale et présente dans ses émissions télévisées les théories du management d’un point de vue musulman, une sorte de « pensée managériale et pensée islamique ».

 

Dans un monde musulman disparate, le champ économique fournit aux nouvelles religiosités un support concret et global – le marché – mais aussi des éléments d’une éthique entrepreneuriale. Le marché a permis au musulman de renouer avec sa matrice identitaire religieuse. Vivre en conformité avec ses valeurs et ses croyances s’exprime d’une manière qui doit être visible, où il s’agit surtout de s’afficher en tant que musulman dans l’espace public. La littérature de l’accomplissement personnel et le savoir managérial s’imposent comme le meilleur moyen pour instaurer une religiosité proactive. La France, qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe, profite de ce courant et a vu croître ces dernières années l’entreprenariat musulman avec de plus en plus de femmes entrepreneures. Grâce au halal, le marché permet de promouvoir des valeurs islamiques présentées comme émancipatrices pour chacun. Ce phénomène majeur a en effet produit une réaffirmation identitaire. Les styles de vie opèrent une modification sur le terrain de l’acculturation culturelle et marchande où cohabitent un mode de vie « à la française » et un mode de vie « à la musulmane ». Aux organisations économiques catholiques et juives viendront probablement s’ajouter dans le paysage économique français des organisations musulmanes.

 

Fatima Achouri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] https://www.leconomiste.com/article/973290-halal-ces-marches-prendre-dans-le-monde

[2] En France, près de 40% des musulmans pensent que c’est le cas.

[3] Au référent religieux

[4] UPJF (Union des patrons et des professionnels juifs de France)

[5] EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens)

 

[6] L’Égypte est une destination privilégiée de la mouvance salafiste pour effectuer la hijra

[7] Religion, le retour ? Entre violence, marché et politique, revue du MAUSS, La Découverte, 2017

[8] Dian Pelangi, Halima ou Habiba da Silva sont des Instagrameuses voilées très suivies. Elles influencent des millions de jeunes femmes voilées à travers le monde en s’affichant dans leur quotidien.

[9] Il est égyptien, c’est l’un des plus célèbre et populaire télé-prédicateur dans le monde arabe. Il compte plus de 30 millions d’abonnés sur Facebook et plus de 930 milles sur Youtube.

[10] Haenni Patrick, L’islam de marché, Seuil, 2005

[11] C’est un entrepreneur koweïtien, auteur, conférencier-coach, et leader des Frères Musulmans Koweïtiens. Il est célèbre dans le monde arabe et dans les communautés musulmanes à travers le monde notamment pour son coaching en management dans ses programmes télévisés

En Chine, les Ouïghours victimes d’une politique de contrôle des naissances imposée

Tests de grossesse, stérilisation ou avortements forcés… Une enquête menée par l’agence Associated Press montre qu’une campagne brutale de contrôle des naissances est menée au Xinjiang par les autorités chinoises à l’encontre de minorités, notamment la communauté ouïghoure, principalement musulmane, qui représente un peu moins de la moitié des 25 millions de personnes vivant dans cette région.

Sur la base de statistiques du gouvernement chinois, de documents officiels et d’entretiens effectués auprès d’anciennes détenues, ces mesures prises au cours des quatre dernières années peuvent être qualifiées de « génocide démographique », estiment des experts.

Les données collectées montrent que l’État chinois soumet les femmes de ces minorités à des tests de grossesse, les forcent à se faire poser des stérilets, à se faire stériliser ou avorter. Alors que l’utilisation de dispositifs intra-utérins et que le nombre de stérilisations ont baissé au niveau national, ils sont en augmentation dans le Xinjiang, avance AP dans son enquête publiée lundi 29 juin.

« Ils veulent nous détruire en tant que peuple »

Ces mesures de contrôle de la population sont appuyées par des menaces de détention. Les journalistes d’AP ont découvert qu’avoir « trop » d’enfants pouvait être une raison suffisante pour être envoyé dans un camp. Les parents de trois enfants ou plus sont séparés de leur famille s’ils ne sont pas capables de s’acquitter d’importantes amendes.

Après la naissance de son troisième enfant, Gulnar Omirzakh, une Kazakhe née en Chine, s’est vu ordonner par le gouvernement de porter un stérilet. Deux ans plus tard, en janvier 2018, quatre représentants des autorités vêtus de tenues militaires ont frappé à sa porte. Ils lui ont donné trois jours pour payer une amende de 2 685 dollars pour avoir eu plus de deux enfants. Ils l’ont avertie qu’en cas de refus, elle pourrait rejoindre son mari dans un camp. D’après des organisations de défense des droits humains, au moins un million de musulmans seraient internés dans ce qu’elles appellent des camps de rééducation politique.

« Empêcher les gens d’avoir des enfants n’est pas une bonne chose », estime Gulnar Omirzakh, qui a dû s’endetter pour rassembler l’argent avant de fuir vers le Kazakhstan. « Ils veulent nous détruire en tant que peuple”.

Le taux des naissances dans les districts de Hotan et de Kashgar, majoritairement ouïghours, ont plongé de 60 % entre 2015 et 2018, selon les statistiques des autorités. Les centaines de millions de dollars utilisés par le gouvernement pour contrôler les naissances ont fait passer le Xinjiang de l’un des territoires les plus dynamiques du pays démographiquement en l’un des plus faibles, en seulement quelques années.

« Cela fait partie d’une plus vaste campagne pour asservir les Ouïghours », analyse l’universitaire Adrian Zenz, spécialiste du Xinjiang et du Tibet.

Le ministère des Affaires étrangères chinois et le gouvernement du Xinjiang n’ont pas répondu aux multiples sollicitations d’AP. Pékin a cependant expliqué par le passé que ces mesures étaient justes car elles autorisent les membres de la communauté des Han, majoritaire en Chine, et ceux des minorités à avoir le même nombre d’enfants.

Lors de la période de la politique de l’enfant unique, abandonnée en 2015, les autorités ont encouragé, parfois forcé, les mesures de contraceptions, de stérilisations ou d’avortements au sein des Han, mais les minorités avaient le droit d’avoir deux enfants et même trois s’ils vivaient à la campagne.

Des stérilisations forcées

Ces dispositions ont changé depuis l’arrivée au pouvoir en 2013 du président Xi Jinping, l’un des dirigeants les plus autoritaires depuis des décennies. Peu après sa prise de fonction, le gouvernement a changé les règles du contrôle des naissances en autorisant les Han à avoir deux ou trois enfants, comme les minorités.

Même si cela peut paraître égalitaire sur le papier, dans la pratique, les Han échappent le plus souvent aux avortements, aux stérilisations, à la pose de dispositifs intra-utérin ou encore à la détention s’ils ont « trop » d’enfants, contrairement aux minorités du Xinjiang. Des membres des communautés musulmanes vivant en milieu rural comme les Omirzakh ont même été punis pour avoir eu trois enfants, alors même que cela est autorisé par la loi.

Une quinzaine de Ouïghours et de Kazakhs ont rapporté à AP qu’ils connaissent des personnes internées ou détenues pour avoir eu « trop » d’enfants. Certaines ont passé des années en prison voire des décennies. Au sein de ces camps, les femmes ont été soumises à la pose de stérilets ou à des mesures de stérilisation. En 2019, dans un reportage de France 24, Gulbahar Jalilova, une Ouïghoure de 54 ans, détenue 15 mois à Urumqi, la capitale de Xinjiang, avait déjà apporté ce même type de témoignage. « Nous devions passer la main par une petite ouverture dans la porte », avait-elle expliqué.  « Nous avions vite compris qu’après les injections, les femmes n’avaient plus leurs règles ».

Une ancienne détenue, Tursunay Ziyawudun, a raconté une histoire similaire à AP. Elle a également reçu des injections qui ont entraîné l’arrêt de ses règles. Elle a par ailleurs reçu des coups à l’estomac lors d’interrogatoires. Elle ne peut désormais plus avoir d’enfants. Selon elles, les femmes du camp ont subi des examens gynécologiques et les autorités les ont averties qu’elles s’exposaient un avortement si elles tombaient enceintes.

En 2014, plus de 200 000 dispositifs intra-utérins ont été posés dans la région du Xinjiang. Quatre ans plus tard, ce chiffre avait augmenté de 60 % passant à 330 000, alors que dans le même temps, il avait baissé dans toutes les autres régions chinoises. Les statistiques gouvernementales ont aussi montré une intensification des stérilisations dans le Xinjiang.

Zumret Dawut, une Ouïghoure mère de trois enfants, a raconté qu’après sa libération d’un camp d’internement en 2018, les autorités l’ont forcé à se faire stériliser, sous peine d’être de nouveau détenue. « J’étais tellement en colère », a-t-elle témoigné. « Je voulais tellement un autre fils ».

« C’est un génocide »

Les autorités chinoises ont lancé cette campagne de contrôle des naissances parce qu’elles s’inquiètent, si la population augmente de manière exponentielle, selon AP, d’une poussée de la pauvreté et de l’extrémisme au Xinjiang, un immense territoire longtemps frappé par des attentats meurtriers, attribués par Pékin à des séparatistes et des islamistes. Mais bien que ce le programme rappelle la politique de l’enfant unique, il diffère des anciennes mesures car il vise un groupe ethnique bien particulier, soulignent les spécialistes.

« L’objectif n’est peut-être pas d’éliminer complètement la population ouïghoure, mais cela diminuera considérablement sa vitalité et permettra de l’assimiler plus facilement », analyse Darren Byler, un spécialiste des Ouïghours de l’Université du Colorado.

D’autres experts vont même plus loin. « C’est un génocide, point final », n’hésite pas à résumer Joanne Smith Finley, qui travaille à l’Université de Newcastle. « Ce n’est pas une tuerie de masse choquante et immédiate, mais c’est un génocide, lent, douloureux et progressif ».

 

France 24 / Associated Press

La Grèce inquiète d’une possible reconversion de Sainte-Sophie en mosquée par la Turquie

La Grèce, par la voie du ministère de la Culture, a adressé, jeudi 25 juin, une lettre aux représentants des États membres de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) pour faire part de ses inquiétudes concernant le projet de reconversion de Sainte-Sophie par la Turquie.

Ce joyau d’Istanbul, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, fut une ancienne basilique, reconverti en mosquée en 1453 du temps où Istanbul s’appelait encore Constantinople. Le monument, qui est l’un des plus visités de la Turquie, est un musée depuis 1934 par décret de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie actuelle.

« Sainte-Sophie ne doit pas être privée de son caractère universel et transformée en lieu de culte musulman », a fait savoir la ministre de la Culture, Lina Mendoni, rappelant que toute reconversion du monument doit être soumise au préalable à l’UNESCO dont la Turquie a signé la convention en 1972.

« Un monument de valeur universelle comme Sainte-Sophie est instrumentalisé pour servir les intérêts politiques nationaux » et « ce que le gouvernement turc et le président Erdogan tentent de faire aujourd’hui est de raviver le fanatisme nationaliste et religieux », a-t-elle également écrit, appelant de ses vœux à l’organisation d’une réunion rapide des membres de l’UNESCO pour discuter de cette question hautement sensible qui empoisonne les relations entre la Grèce et la Turquie depuis des années.

En réponse, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré que le statut de Sainte-Sophie n’est pas un sujet d’affaires internationales, mais une question de souveraineté nationale, rapporte Anadolu citant la chaîne turque NTV.


L’authenticité du décret de 1934 examinée

Le souhait de Recep Tayyip Erdogan et ses partisans de reconvertir de Sainte-Sophie en mosquée n’est plus un secret pour personne. Néanmoins, la menace du changement pèse de plus en plus lourd.

Pour la première fois depuis la transformation du monument en musée, un imam a récité au sein même de l’ancienne basilique la sourate Al-Fath (« La victoire éclatante »), vendredi 29 mai, le jour actant le début de la reprise des cultes dans les mosquées turques. Cette action visait alors à célébrer le 567e anniversaire de la conquête de Constantinople par le sultan ottoman Mehmet II en 1453, célébré chaque année le 29 mai dans le pays.

Le Conseil d’Etat, la plus haute instance administrative turque, examine actuellement l’authenticité du décret transformant Sainte-Sophie en musée. Une réponse serait attendue pour le 2 juillet.

Saphirnews

Tunisie : qui se cache derrière la formation « islamo-nationaliste » Al Karama ?

Le Parlement tunisien a rejeté, dans la nuit de 9 au 10 juin 2020, une motion qui demandait officiellement à la France de présenter des excuses à la Tunisie pour les crimes commis « pendant et après la colonisation ». Cette motion était présentée par la coalition Al Karama, un parti islamo-nationaliste comptant 19 élus sur 217 députés, qui en avait fait une promesse électorale lors des législatives d’octobre 2019. Mais même si ce texte était voué à l’échec, il n’en traduit pas moins un sentiment antifrançais présent dans l’opinion tunisienne.

Après plus de 15 heures de débats, qui n’ont que peu abordé le fond de la question, le texte a recueilli 77 voix pour, loin des 109 voix nécessaires pour être voté. Présenté sans débat préalable, ni travail de préparation, le texte avait peu de chances de recueillir la majorité, dans un Parlement très divisé. Mais même s’il n’a pas obtenu la majorité nécessaire, il convient de noter que seuls cinq députés ont voté contre. Tandis que 46 autres s’abstenaient.

Les élus d’Al Karama se sont présentés au Parlement en arborant un tee-shirt sur lequel était inscrit « meurtre et torture, la brutalité du colonialisme français ». Le texte proposait d’exiger des excuses de Paris, ainsi que des indemnisations pour les « assassinats », « viols », « exils forcés d’opposants », le « pillage des ressources naturelles » et le soutien à la dictature. Cela concerne « tous les crimes commis depuis 1881 », date du début du protectorat, y compris le soutien apporté au régime de Zine el Abidine Ben Ali lorsque celui-ci était aux abois début 2011.

« Coalition pour la dignité »

Apparemment, la proposition d’Al Karama (signifiant en arabe « coalition pour la dignité ») était donc d’abord un coup politique. « Nous voulons penser hors du cadre, rester hors système si on peut dire, tout en respectant les institutions. (…) Notre politique est de pousser le prochain gouvernement à être ouvert à d’autres partenaires et à d’autres idées », expliquait son chef de file, l’avocat Seifeddine Makhlouf, dans une interview à Jeune Afrique en décembre 2019.

Lequel Seifeddine Makhlouf, né en 1975, a fondé ce parti en janvier 2019. « Connu pour être proche des cercles islamistes radicaux, il s’est illustré (…)  en prenant la défense » de terroristes présumés, selon le site kapitalis. Ce qui lui vaut parfois le surnom d’« avocat des terroristes »… Ses deux grandes idées, dixit la même source : « poursuivre en justice » les dirigeants du syndicat UGTT, « qu’il accuse d’avoir détruit l’économie tunisienne, et ce pour des raisons de corruption »; « demander des excuses à la France pour les crimes commis en Tunisie durant la période coloniale ».

Qualifié par l’AFP d’« islamo-nationaliste », le petit parti semble avoir fait de la provocation l’une de ses armes favorites. Avec comme objectif la volonté de faire parler de lui. Lors du débat sur la motion, un élu issu d’Al Karama, Ridha Jaouadi, a estimé que « les centres culturels de l’occupation française sont plus dangereux que les bases militaires ». Il les accuse de mener « une invasion culturelle qui détruit la morale et les valeurs » des Tunisiens. Cet ancien imam avait été limogé en 2015 de la principale mosquée de Sfax (est du pays) par les autorités tunisiennes qui l’avaient qualifié d’extrémiste, puis accusé de « collecte d’argent » sans autorisation.

L’élève a-t-il dépassé le maître ?

Le 26 février, jour de l’intronisation du chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, un autre élu du parti, Mohammed Affas (cité par le site kapitalis), avait lancé au Premier ministre : « Vous êtes contre les lois criminalisant l’homosexualité et la consommation de la drogue. Vous annoncez publiquement et sans honte que vous consommez de l’alcool et vous défiez la charia de Dieu. » Et d’ajouter : « Vous faites tout cela pour plaire aux Français. »

Kapitalis, qui décidément n’aime visiblement pas Al Karama, n’hésite pas à le qualifier de « satellite » de la formation d’inspiration islamiste Ennahdha. Selon ce site, Ennahdha « a mis en selle la coalition Al Karama pour qu’elle s’acquitte, pour elle, des besognes pas très recommandables ». Mais toujours selon la même source, le « satellite » se serait ensuite émancipé… Ce faisant, l’action des amis de Seifeddine Makhlouf les aurait « rapprochés des bases d’Ennahdha, qui retrouvent en eux la fougue perdue de leur parti devenu par trop sage ». Ce qui a contribué à faire perdre des voix à ce dernier lors des législatives d’octobre 2019, analyse le site.

Sentiment anti-français

Dans le même temps, en s’attaquant à Paris, Seifeddine Makhlouf et ses amis savent ce qu’il font. Ils ravivent ainsi « un sentiment anti-français exprimé lors de la révolution de 2011 ; certains avaient alors hurlé ‘dégage’devant l’ambassade de France », rapporte Jeune Afrique.

Le discours d’Al Karama « peut être partagé par une large frange de la population », explique Seifeddine Makhlouf dans l’interview déjà citée. Il est au moins partagé, semble-t-il, par une majorité de parlementaires… « La plupart des députés des différents groupes et ceux indépendants ont souligné lors de leurs interventions la nécessité pour la France de présenter ses excuses au peuple tunisien pour la période de colonisation, mais leurs avis ont divergé concernant le vote de cette motion », notait ainsi le grand quotidien francophone La Presse à l’issue du débat sur la motion finalement rejeté par le Parlement.

Pendant la campagne de la présidentielle en octobre 2019, franceinfo Afrique avait observé l’émergence d’un courant anti-français en Tunisie. Devant l’envoyé spécial du site à Tunis, certains partisans du futur président Kaïs Saïed souhaitaient ainsi ouvertement que leur pays s’éloigne de l’influence de l’ancien colonisateur français. Avant le scrutin du 13 octobre, ce dernier se voulait rassurant dans une interview (à L’Obs) : « Nos rapports avec la France, avec l’Europe d’une manière générale, sont dictés par la géographie et on ne changera pas la géographie. (…) Dépassons les moments tumultueux pour écrire une nouvelle histoire ensemble. »

Mais avant d’être nommée chargée de sa communication, Rachida Ennaïfer, l’une de ses proches, expliquait à franceinfo Afrique : Kais Saïed « a déclaré qu’il respecterait les accords internationaux de la Tunisie tout en veillant à préserver les intérêts réciproques. Quand il y a déséquilibre, il faudra rééquilibrer. » Et de préciser : « Dans certaines régions (…), la population tunisienne voit les richesses lui passer sous le nez. Il est donc temps de penser à des rééquilibrages. Mais pour autant, les relations entre la Tunisie et la France seront maintenues. »

 

Franceinfo Afrique

Île-de-France : ces exorcistes religieux qui inquiètent la DGSI

« Roqya » ou « hijama » ne sont pas des termes encore répandus auprès du grand public. Mais ces pratiques en pleine expansion, notamment en Île-de-France, sont dans le viseur des autorités. Le Parisien révèle que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) s’y intéresse de très près et que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) les pointe du doigt dans un rapport. Bilel Ainine, docteur en sciences politiques, chercheur au CNRS et auteur du rapport « Nouvelles dérives sectaires sous couvert de pratiques rigoristes en islam », évoque « certaines pratiques déviantes portées par des actions religieuses aux agissements douteux ».

La journaliste Lou Syrah s’était longuement confiée au Point il y a quelques mois concernant la roqya, un exorcisme destiné à chasser les djinns, et la hijama, une médecine prophétique qui consiste notamment à appliquer des ventouses et à pratiquer des saignées sur le corps du « patient ». « Il y a plusieurs types de cabinets en France et plusieurs façons de pratiquer », nous racontait la journaliste. « De manière générale, la saignée est réalisée sur des zones dites « points sunna » sur lesquels les guérisseurs vont placer des ventouses chauffées à la bougie. C’est une pratique qui ressemble aux saignées par ventouses que faisaient nos grands-parents à ceci près qu’il est question d’invoquer Dieu pendant la séance. »

 

« Pratiques déviantes » et « racket »

Le Parisien explique que les cabinets proposant cette pratique se sont multipliés en Île-de-France et notamment en Seine-Saint-Denis. Les commerçants « profitent de l’attrait exercé par cette offre thérapeutique médico-spirituelle en proposant des formules qui, en plus d’être le plus souvent en rupture avec les rituels traditionnels de l’islam en la matière, recèlent des pratiques déviantes qui relève du pénal ». Bilel Ainine évoque « un aspect mercantile » qui, « dans de nombreux cas, flirte avec le racket », et des dizaines de victimes escroquées chaque année, alors que les séances se monnayeraient entre 50 et 100 euros généralement, avec un paiement en liquide.

 

« Plusieurs dizaines de négoces de ces pratiques ont pignon sur rue, sans compter les nombreux particuliers et les centres de formation » selon un agent du renseignement interrogé par Le Parisien, qui dénonce une pratique « commerciale, communautaire, en lien avec le séparatisme et particulièrement prisée par les femmes mais qui n’est pas nécessairement en lien avec la radicalisation ». Selon lui, des séances de formation sont également proposées. Entre 10 et 40 personnes se retrouveraient dans des hôtels et paieraient entre 500 et 1 000 euros pour se voir remettre de faux « certificats de praticien ». La communication se fait sur Internet, via les réseaux sociaux, les plateformes de vidéo en ligne, ou par bouche-à-oreille.

Anne Josse, secrétaire générale de la Miviludes, appelle à « la vigilance ». Selon elle, les dérives se multiplient et peu de victimes osent porter plainte, alors que ces pratiques tendent « à se banaliser en raison d’un regain d’intérêt pour les rituels magico-religieux et d’une forte demande du public ».

 

Le Point

Coronavirus : la reprise des célébrations religieuses autorisée

Le gouvernement a publié, vendredi soir, un décret autorisant une reprise immédiate des cultes publics. Le Conseil français du culte musulman a toutefois annoncé que la prière de l’Aïd, dimanche, ne pourrait avoir lieu dans les mosquées.

Les cérémonies religieuses avec une participation des fidèles vont pouvoir reprendre dès samedi 23 mai. Le ministère de l’intérieur a annoncé, vendredi soir, la parution d’un décret autorisant une reprise immédiate des cultes publics, sous réserve du respect de règles sanitaires, même si l’objectif affiché par la place Beauvau reste la « reprise généralisée des cérémonies religieuses le 3 juin ». Les mesures s’appliquent à « toute personne de 11 ans et plus qui accède ou demeure dans ces établissements », selon le décret.

Ce nouveau décret était devenu nécessaire depuis que le Conseil d’Etat avait annulé, lundi 18 mai, le maintien de l’interdiction générale et absolue des cérémonies religieuses édictée dès le début du déconfinement. La plus haute juridiction administrative avait jugé que si elle pouvait être admise dans la première phase de lutte contre l’épidémie de Covid-19, cette interdiction était « disproportionnée » depuis le déconfinement progressif et constituait de ce fait une « atteinte grave et manifestement illégale »à la liberté de culte. Le juge administratif avait donné huit jours au gouvernement − soit avant mardi − pour autoriser une reprise, sous conditions sanitaires, des rassemblements religieux dans les lieux de culte. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, s’est entretenu de ce sujet avec les représentants des principaux cultes vendredi matin.

Appliquer les gestes barrières et de distanciation

Selon le communiqué du ministère de l’intérieur, les lieux de cultes seront tenus de faire appliquer en leur sein tous les gestes barrières et de distanciation exigés dans les autres lieux accueillant du public. Ils devront faire respecter la distance d’au moins un mètre entre les participants aux cérémonies. Ces participants devront porter un masque et se désinfecter les mains à l’entrée. Les préfets pourront ordonner la fermeture si les règles n’étaient pas appliquées. Pour le reste, il revient aux autorités de chaque confession d’établir des recommandations adaptées aux spécificités de chaque pratique rituelle.

l est cependant peu probable que tous les cultes reprennent leurs activités publiques immédiatement. Une reprise rapide était surtout réclamée par une partie des catholiques. Ce sont d’ailleurs uniquement des associations catholiques − d’inspiration traditionaliste ou identitaire − qui avaient saisi le Conseil d’Etat pour contester le maintien de l’interdiction des célébrations.

Un débat a d’ailleurs échauffé la sphère catholique, ces derniers jours, sur la question de savoir si la Conférence des évêques de France (CEF) avait été suffisamment active en faveur de cette reprise dans la mesure où elle n’a pas saisi le Conseil d’Etat. Le décret du gouvernement interviendra trop tard pour célébrer l’Ascension, mais elle devrait permettre les célébrations de la Pentecôte, dimanche 31 mai.

« Guide pratique » de reprise des cultes

Les autres cultes, en revanche, s’en remettent depuis le début de l’épidémie aux consignes sanitaires gouvernementales. Vendredi, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé que la fête de l’Aïd, qui marque la fin du mois de ramadan, aurait lieu dimanche 24 mai. Il a aussitôt précisé que « compte tenu du contexte de pandémie », la prière de l’Aïd ne pourrait avoir lieu dans les mosquées. L’institution représentative du culte musulman ajoute que tout en annonçant la reprise, le ministre de l’intérieur « a réaffirmé la recommandation des autorités médico-scientifiques et des pouvoirs publics de différer cette reprise au mois de juin pour mieux analyser les effets du lever de confinement ».

Le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) a pour sa part diffusé vendredi un « guide pratique » de reprise des cultes. Pour inciter ses Eglises adhérentes à la prudence, il insiste sur le fait que certaines des pratiques rituelles des évangéliques, « avec l’importance du chant, de la cène souvent hebdomadaire, des salutations et discussions prolongées en fin de culte, des temps de café ou agapes, la présence de plusieurs générations, fait de nos rassemblements des événements à risque ». Il demande de prévoir 4 m2 pour chaque fidèle et suggère de reporter les baptêmes et les agapes, repas pris en commun.

Le Monde

Le Ramadan, un mois sacré aussi pour le marché

Depuis le début du XXIe siècle, le marché du halal est florissant et très lucratif, en France comme partout dans le monde. Il s’inscrit dans un islam de marché qui diffuse massivement des produits religieux et culturels et se caractérise par une stratégie de désenclavement qui replace le religieux dans une sphère marchande globale, non religieuse. Cette offre est pensée en termes de produits de consommation sur un marché où le facteur idéologique et les réflexes identitaires sont délaissés sur l’autel du profit. Le seul canal pour exprimer les revendications des déçus du discours islamique devient le marché et marque, dès lors, l’expression d’une nouvelle religiosité. On est là dans une simple logique consumériste dans laquelle le message religieux passe souvent au second plan car plus ce dernier est mis en avant, plus le public se réduit. Il s’agit de penser l’islam comme un produit non plus destiné à réformer les âmes mais à s’adapter à la demande du consommateur. Et les chiffres du marché halal ne démentent pas cette réalité : ce dernier pèse plus de cinq milliards d’euros en France et connaît une constante progression ces dix dernières années. Pendant ce mois de jeûne du Ramadan, malgré le confinement et les files d’attente devant les grandes surfaces, les consommateurs sont, comme tous les ans, au rendez-vous de l’offre « Spécial Ramadan » proposée par quelques marques (Délice Ikbal, Isla mondial, Biladi, pour ne citer qu’elles) qui se disputent le marché. Si les grandes et moyennes surfaces adoptent une véritable stratégie de développement sur l’offre halal ces dernières années, les boucheries halal et les épiceries orientales, elles, restent le canal de distribution privilégié des consommateurs musulmans.

 

Le Ramadan, dans les représentations, est vécu comme un mois de privations, alimentaires surtout, qui relègue la dimension spirituelle au second plan. Pilier de l’islam très suivi par les musulmans en France[1], le Ramadan est traditionnellement un mois où la journée se terminait, dès la rupture du jeûne, à la mosquée, pour écouter la lecture du Coran (tarawih) récitée par l’imam, dans une ambiance plus festive que spirituelle. Le Ramadan est en effet dominé par sa dimension sociale et communautaire. Cette conscience communautaire dans sa dimension locale est perceptible parmi les populations de banlieues dites « sensibles » où la pression sociale exercée par les coreligionnaires est plus forte. Ainsi, il est bien vu de se montrer à la mosquée, de se retrouver avec d’autres fidèles, afin de s’offrir une parenthèse agréable après une longue journée. Durant ce mois, comme le reste de l’année, la forme et l’apparence prennent le pas sur l’esprit d’adoration, l’ardeur du sentiment, la sincérité et la spontanéité. On écoute, parfois distraitement, l’imam qui vante les mérites du mois de jeûne tout en valorisant sa dimension solidaire. En effet, durant ce mois, la dimension de la purification matérielle à travers l’aumône (zakat) est sans cesse rappelée aux fidèles. L’imam appelle aux dons pour aider les plus démunis, favoriser les projets de construction de lieux de culte et de leurs frais de fonctionnement. Si les mosquées sont fermées à la prière, elles restent actives sur le volet de la solidarité, plus importante à cette période de l’année : des musulmans, suivant leurs moyens, y font toutes sortes de dons, en particulier alimentaires, mais aussi sur Internet. Les réseaux sociaux sont en effet un puissant relai pour communiquer autour d’événements caritatifs afin de favoriser l’entraide communautaire.

Sur le volet religieux, dans un contexte d’épidémie obligeant à la fermeture des lieux de culte, nous constatons que les grandes organisations représentatives de l’islam telles que le CFCM[2] ainsi que les grandes mosquées (Paris, Lyon, Marseille) sont restées bien silencieuses alors que, à l’instar d’autres communautés religieuses, elles auraient pu saisir l’opportunité offerte par Internet pour maintenir un lien spirituel avec les fidèles et proposer des contenus en ligne. Les rares initiatives proposées sont à mettre au crédit du CFCM via sa plateforme téléphonique d’assistance spirituelle, accessible 7j/7 et 24h/24[3], mais qui, de l’aveu même de certains de ses utilisateurs, est un échec (les personnes tombent sur un répondeur). La mosquée de Paris quant à elle diffuse uniquement sur YouTube le prêche du vendredi. En dehors de ces rares initiatives, là encore, c’est à l’échelle locale que des démarches audacieuses ont émergé de la part d’acteurs plus modestes (imams, prédicateurs ou personnes versées dans les sciences islamiques) qui proposent après la rupture du jeûne la lecture du Coran (tarawih)[4], de l’exégèse coranique et des invocations via les réseaux sociaux tels que Facebook, YouTube ou Zoom. En ce mois de jeûne en partie confiné, les fidèles sont encore peu nombreux le soir sur Internet, bien qu’ils le soient un peu plus le vendredi, jour saint en islam. Plusieurs raisons à cela, à commencer par l’ignorance de l’existence de ces contenus proposés sur Internet mais aussi par le fait que les personnes prient chez elles, par le manque de temps (surtout pour les femmes), par le désintérêt pour tout contenu religieux ou, tout simplement, par la fatigue. Du côté des prédicateurs et imams 2.0 connus et moins connus, pas de rupture pendant le Ramadan, tous continuent de proposer des contenus variés (conférences, cours) en rapport avec le mois de jeûne, à destination d’un public plus ou moins averti[5]. Dans l’ensemble, il s’agit de contenus sous forme de mode d’emploi pratique autour du Ramadan s’adressant à l’internaute dont la culture religieuse est très basique. Ainsi, l’essentiel des injonctions, basées sur un corpus juridique, prend le pas sur l’éthique et la spiritualité (comment faire ceci, pourquoi ne pas faire cela, comment gagner ceci…) avec des méthodes qui s’apparentent parfois aux techniques de bien-être et de coaching mental. Le marché des prédicateurs monopolise l’hétéronomie et enseigne au musulman comment il doit se comporter, ce qu’il doit faire et ce qu’il lui est permis d’espérer. Ces prédicateurs, à quelques exceptions près, s’inscrivent – au même titre que les femmes que nous verrons plus loin – dans une stratégie commerciale dans laquelle la plateforme YouTube, principalement, joue un rôle dans leurs succès. Il suffit de voir l’évolution, au fil des années, dans la mise en scène, image et communication, de ces contenus vidéo grâce à leur monétisation mais aussi grâce à des soutiens financiers extérieurs.

 

L’affirmation fréquente disant que l’alimentation occupe une place centrale durant le mois de Ramadan est corroborée par la multitude de contenus Internet proposant des recettes « Spécial Ramadan », faisant ainsi la part belle à tout ce qui a trait à l’alimentaire et à la consommation, reléguant au second plan tout ce qui a trait au religieux. Des blogueuses culinaires présentent des recettes où l’on frôle parfois l’indigestion à la vue de tables trop remplies. Elles proposent dans un contexte très concurrentiel[6] des recettes, souvent sur un ton enjoué, et tant pis pour la charge mentale qu’elles subissent avec le confinement[7], car l’essentiel est de présenter la plus belle table et les plus beaux mets. Ces instagrameuses ou Youtubeuses professionnelles influencent le quotidien de milliers de femmes en recherche de recettes, d’idées, voire de modèles. Sur YouTube, les vlogs « Spécial Ramadan » rencontrent également un franc succès. Des familles ou des célibataires souriants, dans un intérieur soigné, affichent fièrement leur quotidien de jeûneurs. Là encore, il s’agit de publier une identité virtuelle, celle des réseaux sociaux, bien souvent décalée de la réalité. Ainsi, cette forme particulière de représentation des musulmans, qui relègue le religieux au second plan, a pour effet d’impacter positivement le tragique de milliers de musulmans à travers le monde. Il s’agit de vendre du rêve, telle est la magie des réseaux sociaux ! Ce qui compte au final, c’est d’être vu, de récolter des likes et des abonnés dans une démarche commerciale qui, si le succès est là, sera récompensée par la célèbre plateforme.

Finalement, nous voyons que ce mois de Ramadan, malgré son caractère inédit et la fermeture des lieux de culte, n’est pas si différemment vécu des années précédentes si on en juge par les habitudes des musulmans. Autre conséquence des mosquées fermées, comme nous le disait un fidèle, « ça fait du bien cette année, le Ramadan. C’est plus calme, le soir », pointant ainsi une problématique récurrente, celles des nuisances sonores et de l’irrespect de l’espace public à la sortie des tarawih (après la dernière prière du soir) par certains fidèles et durant la nuit par certains jeunes dans les « quartiers », oublieux de leur environnement.  Que peut-on conclure de tout ceci ? Que les musulmans, dans leur grande majorité, et malgré la contrainte du confinement, ne sont pas plus en quête de contenus religieux que les années précédentes. Ceux qui profitent de ce temps de confinement pour s’adonner à la spiritualité restent une minorité. Les fidèles que nous avons interrogés, quand ils ne travaillent pas, dorment, se distraient en naviguant ou en regardant des séries sur Internet, jouent aux jeux vidéo… Ramadan ou pas, Internet répond ainsi aussi bien à un désir consumériste des uns qu’à la curiosité intellectuelle des autres. Le croyant y puise en fonction de ses envies ou de ses besoins une offre de biens labélisés religieux – mais pas forcément – qui lui procure le sentiment d’appartenir à une communauté. Pour une grande majorité de musulmans, dans la vie comme sur Internet, la quête religieuse est individuelle, elle répond à une logique libérale où tout se consomme pourvu que l’étiquette soit religieuse.

 

Fatima Achouri

 

 

[1] Il est suivi par plus de 70 % des musulmans en France.

[2] Conseil français du culte musulman.

 

[3] Face au Covid-19, nos imams et nos aumôniers sont à votre écoute (01 45 23 81 39- 08 00 13 00 00)

[4] Ambiance Tarawih (Ficra synergie musulmane) propose une lecture du Coran et une traduction en français d’invocation (dou’aa) tous les soirs sur Youtube aux alentours de 22h30 destiné en majorité à un public francophone.

[5] Comment réussir ses dix dernières nuits de jeûne ? Comment se repentir grâce l’invocation ? Quelle invocation pour renouveler sa foi ? Invocation pour ne plus avoir aucun péché…

[6] Le nombre des blogueuses culinaires (francophone et arabophone) a explosé ces cinq dernières années. Une blogueuse francophone compte en moyenne 200 000 abonnés sur sa chaîne Youtube, principalement des femmes. Durant le Ramadan, les recettes « Spécial Ramadan » comptabilisent des millions de vues.

[7] 70 % des femmes pendant le confinement assurent la majeure partie des tâches.

Messe en voiture dans la Marne: «Pour la communion, allumez vos feux de détresse!»

A Châlons-en-Champagne, la messe redémarre… en voiture! Dimanche, environ 500 fidèles dans quelque deux cents véhicules se sont rangés à un mètre l’un de l’autre sur le parking du hall des expositions pour entendre une messe célébrée par l’évêque local.

«Cette messe en voiture, c’est plus qu’un dépannage. C’est une vraie messe. C’est une victoire de la vie», explique à l’AFP Mgr Touvet, évêque de Châlons, à l’origine de l’initiative. Une première en France selon lui.

C’est en tout cas «une première expérience» plutôt exaltante pour Catherine, une senior, parmi les premières à s’engager dès 9H sur les trois hectares du parking où sera dite la messe à 10h30.

«La messe m’a vraiment manqué», confie-t-elle, vitre ouverte et masque sur le visage. Elle dit son plaisir de retrouver enfin les croyants ensemble après deux mois de confinement.

A l’intérieur de l’habitacle, l’autoradio est déjà branché sur RCF Coeur de Champagne, la radio diocésaine qui retransmet la messe en direct pour éviter que les croyants sortent de leur voiture.

A deux ou trois voitures de là, Pascal est venu du sud d’Epernay sans peur aucune à la célébration. «Pourquoi avoir peur ? Il faut vivre ! On va être enfin tous ensemble, ne serait-ce que par la radio», dit-il.

Un peu plus loin dans sa petit Fiat bleu pastel, Marie-Lorène, la cinquantaine, s’enthousiasme de la «riche idée» de son évêque. «Il faut innover. L’église est dans le monde. Elle s’adapte», proclame-t-elle.

«On est catholiques. On a des idées», ajoute en écho Mgr Touvet avant de gagner son autel de campagne installé dans une remorque de camion.

– Feux de détresse –

Au bas de l’estrade improvisée où la croix et une statue de la Vierge trônent en majesté, une dizaine de prêtres et de diacres sont disposés en arc de cercle, leurs sièges soigneusement distants les uns des autres.

Ils distribueront les hosties, «3 à 4.000, au cas où», indique Florent Masson, en charge de la communication au diocèse de Châlons.

«La consigne c’est : si les gens veulent recevoir la communion, ils mettront leurs feux de détresse», leur avait expliqué peu avant la messe l’un des prêtres en charge de la liturgie.

L’image est singulière: des dizaines de feux de détresse se mettent à clignoter sur le parking. Les prêtres s’avancent entre les rangées de voitures. Des vitres ouvertes se tendent des mains en coupe préalablement passées au gel hydroalcoolique.

«Des mains propres donnent l’hostie, des mains propres le reçoivent», résume Mgr Touvet. «A situation exceptionnelle, disposition exceptionnelle», ajoute-t-il.

Pour passer sous les fourches caudines de la préfecture, le diocèse de Châlons a en effet déployé des trésors d’ingéniosité pour rendre possible un évènement préparé en plein confinement.

Les règles sanitaires étaient drastiques : pas plus de quatre personnes par voiture venue d’un rayon de cent kilomètres autour de Châlons-en-Champagne, masques et gel obligatoires, covoiturage interdit, défense de sortir des voitures…

«Nous n’avons obtenu l’autorisation qu’au début de la semaine dernière après une quinzaine de jours de travail», signale Florent Passion.

Ce dimanche, il peut répondre positivement à la question qui angoissait tant selon lui l’équipe d’organisation: «Est-ce que c’est possible?»

«J’espère que cela va continuer», suggère un fidèle. «Dans quelques jours nous célèbrerons la Pentecôte dans nos églises retrouvées. Ou encore ici», répondait sans certitude l’évêque de Châlons dans son sermon. «Et nous accomplirons les signes du Royaume dans ce monde blessé et terrassé par un petit virus invisible».

 

La Croix