La répression, le coût trop élevé des réformes sociétales en Arabie Saoudite dénoncé

L’Arabie Saoudite n’en finit pas d’être épinglée par des associations de défense des droits humains, parmi lesquels Human Rights Watch. Malgré d’importantes réformes sociales menées ces dernières années sous l’autorité du prince héritier Mohammed Ben Salmane, celles-ci ont été « accompagnées d’une répression accrue et de pratiques abusives visant à réduire au silence les dissidents et les détracteurs du gouvernement », a signifié l’ONG dans un récent rapport.

« Le prix élevé du changement : la répression sous le régime du prince héritier saoudien entache ses réformes. » C’est dans ce document de 62 pages, rendu public début novembre, que Human Rights Watch (HRW) pointe du doigt le revers peu flatteur des réformes sociétales, bénéficiant particulièrement aux femmes et aux jeunes, que Mohammed Ben Salmane (MBS) met en place depuis son ascension au rang de prince héritier en 2017. L’ONG dénonce ainsi la poursuite en Arabie Saoudite, depuis 2017, « de pratiques arbitraires et abusives de la part des autorités saoudiennes, visant des dissidents et des activistes, ainsi que la totale impunité dont bénéficient les responsables de ces abus ».

« Mohammed Ben Salmane a permis la création d’un secteur de loisirs et à autoriser les femmes à voyager et à conduire, mais sous sa supervision, les autorités saoudiennes ont également emprisonné un grand nombre des principaux intellectuels et activistes réformistes du pays, dont certains avaient précisément milité en faveur de ces changements », déplore Michael Page.

Si le royaume saoudien, qui ouvre son territoire au tourisme, voulait réellement être réformiste, il « ne soumettrait pas ses principaux activistes à des actes de harcèlement, à la prison et aux mauvais traitements », note le directeur adjoint de la branche au Moyen-Orient de HRW.

 

Un Etat de droit qui peut être « remis en cause à volonté »

Sur la base d’entretiens avec des dissidents saoudiens, de documents judiciaires, des déclarations officielles et de l’analyse des médias mainstream et sociaux, HRW a été en mesure d’avancer que les autorités mobilisent tous leurs moyens pour écarter toute personne susceptible de devenir un obstacle à l’ascension au trône de MBS. Ainsi, « la persistance des abus démontre que l’État de droit demeure fragile en Arabie Saoudite et qu’il peut être remis en cause à volonté par les dirigeants politiques du pays », indique HRW.

En ce sens, des religieux et des intellectuels très réputés, des activistes des droits humains, des hommes d’affaires et des membres de la famille royale soudainement accusés de corruption, sont passés par les geôles saoudiennes depuis 2017, pour beaucoup sans en sortir à ce jour. Des campagnes d’arrestations qui ont souvent été « accompagnées de campagnes de diffamation et de dénigrement des personnes arrêtées, dans les médias pro-gouvernementaux du pays ».

« L’arrestation de citoyens pour avoir critiqué pacifiquement la politique du gouvernement ou milité en faveur des droits humains n’est pas une nouveauté en Arabie saoudite, mais ce qui distingue les vagues d’arrestations survenues depuis 2017, c’est le nombre et la diversité des personnes visées durant une courte période, ainsi que l’apparition de nouvelles pratiques répressives », indique HRW, citant des gardes à vue arbitraires pour de longues périodes, « deux ans dans certains cas, sans inculpation, ni procès », l’extorsion de fonds en échange de la remise en liberté de détenus, « hors de tout processus légal », et la recherche de condamnations à mort « pour des actes qui n’ont rien à voir avec des crimes identifiables ».

L’aspect répressif de l’action du prince héritier n’a pas reçu une grande attention de la part de la communauté internationale jusqu’en octobre 2018, après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, qui avait alors sérieusement écorné l’image de MBS. Cependant, il n’est encore que peu sanctionné dans les faits par les Etats, l’Arabie comptant encore de nombreux (et puissants) alliés, en particulier parmi les pays occidentaux.

« Il ne s’agit pas de vraies réformes si elles se produisent dans une dystopie où les activistes des droits humains sont emprisonnés et où la liberté d’expression n’existe que pour ceux qui les dénigrent ouvertement », a souligné Michael Page. Son organisation appelle l’Arabie Saoudite à manifester son engagement pour les droits humains en libérant les prisonniers politiques, en abandonnant les accusations fallacieuses formulées contre des dissidents, en rendant justice pour les abus tels que la torture ou les sanctions arbitraires et en mettant en place des réformes garantissant les libertés d’expression, d’association et de réunion, ainsi qu’un système judiciaire indépendant.

Saphirnews

Attaque au couteau lors d’un spectacle musical en Arabie saoudite

Trois membres d’une troupe de théâtre sont dans un état stable après avoir été poignardés sur scène lundi à Riyad. C’est la première attaque du genre depuis la mise en place d’un plan de promotion du divertissement par les autorités.

Trois personnes ont été blessées, lundi 11 novembre, dans une attaque au couteau à Riyad alors qu’elles participaient à un spectacle musical, a rapporté la télévision d’État saoudienne. « La police de Riyad a arrêté un résident arabe en possession d’un couteau, après qu’il a poignardé deux hommes et une femme faisant partie d’une troupe de théâtre », a indiqué la chaîne Al-Ekhbariya, précisant que les blessés étaient dans un état stable.

Selon des images de la télévision d’État, l’homme s’est rué sur la scène pour attaquer les comédiens, vêtus de costumes. La télévision n’a pas précisé la nationalité de l’assaillant, mais le journal progouvernemental Okaz a avancé qu’il s’agissait d’un Yéménite de 33 ans, en citant la police de la capitale.

« Vision 2030″

C’est la première attaque du genre depuis la mise en place d’un plan de promotion du divertissement par les autorités auprès des citoyens saoudiens. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane souhaite débarrasser l’Arabie saoudite de son image de pays ultraconservateur avec l’autorisation de conduire pour les femmes, la réouverture de salles de cinéma, des concerts mixtes et autres spectacles.

Des stars internationales comme la chanteuse américaine Janet Jackson, le rappeur américain 50 Cent ou encore le groupe sud-coréen BTS se sont ainsi déjà produites sur une scène saoudienne, chose inimaginable il y a encore deux ans.

Le développement de l’industrie du divertissement mais aussi du tourisme fait partie du plan « Vision 2030 » du prince héritier, qui vise à diversifier l’économie du royaume ultradépendant du pétrole.

Mais ces réformes ont entraîné la crispation des plus conservateurs. Cette année, des militants des droits de l’Homme ont annoncé l’arrestation du religieux Omar al-Muqbil pour avoir critiqué l’organisme chargé du plan de promotion du divertissement, affirmant que les concerts qu’il organisait étaient en train « d’effacer l’identité originale de la société saoudienne ».

 

France 24- AFP

Tourisme : l’opération séduction de l’Arabie saoudite

Le Royaume a lancé une vaste campagne de communication destinée à inviter les touristes à découvrir un pays qui s’affranchit parfois du respect des droits de l’homme.

L’affiche ressemble à n’importe quelle autre publicité pour un club de vacances dans un pays exotique. Placardée sur la façade d’un immeuble haussmannien au coeur des grands boulevards parisiens, un archipel exotique bordé d’eaux turquoises vous invite à découvrir… l’Arabie saoudite. Une destination inédite tant le Royaume du Golfe est historiquement fermé aux touristes mais aussi régulièrement accusé d’atteintes aux droits de l’homme. L’ONG Reporters sans frontières n’a d’ailleurs pas manqué de signaler que l’installation de cette réclame XXL, au début du mois d’octobre, tombait presque jour pour jour après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, tué et démembré par des agents de Riyad au sein du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

RSF a saisi la justice française la semaine dernière pour obtenir, en vain, le retrait de l’affiche au nom d’une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine. « A notre connaissance, 32 journalistes sont incarcérés dans ce pays. On ne peut laisser croire à tous les passants que l’Arabie saoudite est un paradis désertique en faisant fi des oppressions quotidiennes », dénonce Christophe Deloire, journaliste et secrétaire général de RSF.

Entre 50 et 100 milliards d’euros investis

Ryad prend le pari malgré tout. L’Arabie saoudite a annoncé fin septembre qu’elle allait délivrer pour la première fois des visas de tourisme, ouvrant ses portes aux vacanciers de 49 pays. Pour les convaincre que le Royaume est une destination de rêve, le prince héritier Mohammed Ben Salman compte sur l’expertise française. Sa visite officielle en France, il y a plus d’un an, avait abouti à un partenariat pour développer le parc touristique saoudien, notamment à Al-Ula, site millénaire classé par l’Unesco, afin d’y développer les infrastructures adaptées. Le montant total de l’investissement est estimé entre 50 et 100 milliards d’euros. Depuis, la langue de Molière se fait de plus en plus entendre dans le désert. Une agence de développement destinée à piloter le projet d’Al-Ula a été créée avec sa tête Gérard Mestrallet, ex-PDG d’Engie. Sans surprise, c’est Jean Nouvel, le plus célèbre des architectes français, qui est à la manoeuvre pour dessiner un futur « resort » troglodyte à la lisière du site. Sur place, des prestigieuses écoles françaises s’efforcent à former la population locale aux métiers de la gastronomie et de l’hôtellerie tandis qu’à Djeddah, plus au sud, l’Opéra de Paris travaille à l’édification du premier équivalent saoudien. Le tout sera mis en avant par les plus grandes agences de communication de la place parisienne – Publicis, Havas, Image 7 et DGM conseil – qui ont toutes signé de juteux contrats pour améliorer l’image controversée du Royaume dans l’Hexagone.

Expo à l’institut du monde arabe

Sur la très chic place Vendôme à Paris, c’est une autre imposante affiche aux allures de conte des Mille et Une Nuits qui appelle à découvrir les ruines d’Al-Ula. L’Institut du monde arabe a d’ailleurs ouvert une exposition autour de l’oasis et ses sanctuaires creusés dans la roche. Jack Lang, le président de l’établissement, avait été invité sur le site il y a cinq ans, avant que le pays entame son ouverture internationale.

« Lorsque j’ai été sollicité en 2017 par la Commission royale pour Al-Ula à réfléchir aux moyens pour mettre en avant le site, j’ai proposé une exposition pour faire découvrir ses merveilles archéologiques », nous raconte l’ancien ministre de la culture. « Le développement du tourisme suppose aussi que le pays soit moins rigoriste et les effets sont déjà visibles pour les femmes et la jeunesse saoudienne », ajoute-t-il. Néanmoins, l’image de l’Arabie saoudite reste associée pour beaucoup à la répression. Sadiq Khan, le maire de Londres, a décidé de bannir toutes les affiches de publicité provenant de pays qui ne respectent pas les droits des personnes LGBT, dont l’Arabie saoudite, où l’homosexualité est considérée comme un crime.

 

L’Express- L’Expansion

Abus sexuels dans l’Eglise : Les évêques de France votent le principe d’une « somme forfaitaire » pour les victimes

Les évêques de France ont voté samedi en faveur d’une « somme forfaitaire » destinée à la « reconnaissance de la souffrance » des victimes des prêtres pédocriminels lorsqu’elles étaient mineures, a annoncé à la presse Eric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France (CEF). Les évêques ont voté « très largement », selon lui, ce dispositif dont le montant n’a toutefois pas été annoncé.

Les évêques, réunis à Lourdes (Hautes-Pyrénées), ont assuré ainsi reconnaître l’« agression subie », mais aussi le « silence, la négligence, l’indifférence, l’absence de réaction, de mauvaises décisions ou des dysfonctionnements au sein de l’Eglise », a-t-il dit, parlant de « manquements d’ordres divers au sein de l’Église ». Ce n’est « ni une indemnisation qui dépend de la justice de notre pays ou de la justice canonique, ni une réparation », a expliqué Eric de Moulins-Beaufort.

Montant définitif en avril prochain

Son montant sera proposé aux évêques lors de leur prochaine rencontre à Lourdes en avril prochain, tout comme le fonds de dotation spécifique, qui permettra de verser le forfait. Le versement interviendra donc à la suite de cette rencontre. Les victimes d’agressions concernées sont celles pour lesquelles les faits sont prescrits. Pour celles dont les dossiers judiciaires sont encore en cours, le versement interviendra après. « Chaque évêque prendra l’initiative de renouer avec les personnes victimes qu’il connaît » pour leur proposer ce forfait.

Le fonds de dotation sera alimenté par un financement « auprès des évêques, des prêtres coupables quand ils sont vivants, et des fidèles qui voudront bien venir nous aider », a-t-il souligné, « mais cela ne peut être qu’une démarche volontaire des fidèles », selon le président de la CEF.

 

AFP

Deux ex-employés de Twitter sont poursuivis pour espionnage au profit de l’Arabie saoudite

La justice américaine poursuit deux ex-employés de Twitter pour espionnage au profit de l’Arabie saoudite. Ils auraient profité de leur position dans l’entreprise pour accéder aux données personnelles de milliers de membres du réseau social, dont des opposants au régime.

L’affaire est particulièrement gênante pour Twitter. Aux États-Unis, deux anciens employés du réseau social sont poursuivis en justice parce qu’ils sont soupçonnés d’avoir agi pour le compte d’une puissance étrangère, en l’occurrence l’Arabie saoudite, rapporte le Washington Post le 6 novembre. Les deux suspects, un Américain et un Saoudien, auraient profité de leur position dans la société pour espionner des membres du site communautaire, en particulier des opposants au régime de Riyad.

Bien que cette opération d’espionnage se soit déroulée dans un temps plutôt bref, entre fin 2014 et le printemps 2015, elle a permis de cibler des milliers d’individus, d’après David L. Anderson, le procureur pour le nord de la Californie. Il est reproché aux deux hommes d’avoir « exploité les systèmes internes de Twitter pour obtenir des informations personnelles ». Le suspect américain n’aurait visé que 3 profils, mais son ex-collègue saoudien en aurait, lui, ciblé plus de 6 000.

Une seule arrestation

Cependant, seul un des deux individus a pu être interpellé par les autorités. Il s’agit de l’Américain, lorsqu’il se trouvait à Seattle. Il officiait chez Twitter comme responsable des partenariats avec les médias. Le Saoudien, lui, travaillait comme ingénieur missionné pour garantir la fiabilité du site. Il se trouverait aujourd’hui en Arabie saoudite et, si c’est le cas, il est extrêmement improbable de penser que Riyad accepte d’extrader l’un de ses nationaux — cette posture s’est vue lors de l’affaire Jamal Khashoggi.

Les autorités américaines soupçonnent également un troisième individu d’être impliqué dans cette affaire. Celui-ci, de nationalité saoudienne, ne travaillait pas pour Twitter, mais aurait servi d’intermédiaire entre le gouvernement saoudien et les deux taupes. Poursuivi du même chef d’accusation d’espionnage, il se trouverait lui aussi quelque part dans le royaume wahhabite. Là encore, la perspective d’une arrestation et d’une extradition vers les USA semble illusoire.

« Nous ne permettrons pas que les entreprises américaines ou la technologie américaine deviennent des outils de répression étrangère en violation de la loi américaine », a réagi David L. Anderson. Surtout, l’affaire pose la question de la manière dont Twitter protège les données de ses membres et de quelle façon elle déploie des garde-fous pour éviter des abus en interne, avec des employés profitant de leurs privilèges techniques pour accéder à des informations qui devraient rester hors de leur portée.

Cloisonnement insuffisant ?

En principe, Twitter a des procédures internes pour cloisonner les accès. C’est ce qu’a confirmé un porte-parole du groupe au Washington Post : « Nous comprenons les risques incroyables auxquels font face de nombreuses personnes qui utilisent Twitter pour partager leurs points de vue avec le monde et demander des comptes à ceux qui sont au pouvoir. Nous avons des outils en place pour protéger leur vie privée et leur capacité d’accomplir leur travail essentiel ».

Cependant, il n’en demeure pas moins que le réseau social est susceptible d’accéder, dans des cas particuliers, à des données sensibles. Cela peut se justifier dans des cas où il y a des demandes dans le cadre d’enquêtes judiciaires ou administratives par exemple, où en cas de péril imminent, comme une menace de suicide. En principe, ces accès sont restreints « à un groupe limité d’employés formés et contrôlés ». De toute évidence, les mailles étaient trop lâches.

Numerama

Selon un sondage, 42 % des musulmans de France disent avoir été discriminés à cause de leur religion

Malgré la difficulté d’isoler les causes du racisme, les musulmans le subissent plus que le reste de la population, selon l’IFOP.

Malgré la difficulté d’isoler les causes du racisme, les musulmans de France le subissent de plein fouet, bien plus que le reste de la population. C’est la conclusion, sans appel, d’un récent sondage IFOP commandé par le gouvernement et la Fondation Jean Jaurès, publié mercredi dans Le Parisien.

Selon cette étude réalisée pour la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), 42 % des musulmans vivant en France affirment avoir fait l’objet d’au moins une forme de discrimination liée à leur religion, et ce au moins une fois au cours de leur vie.

60 % des femmes portant souvent le voile ont été discriminées au moins une fois au cours de leur vie, et 37 % d’entre elles ont été exposées à des insultes ou des injures à caractère diffamatoire. Mais 44 % des femmes qui ne portent jamais le voile l’ont aussi été. Quoi qu’il en soit, les femmes sont nettement plus victimes de discrimination dans la recherche d’un emploi, notamment les femmes voilées.

Selon Ismail Ferhat, de la Fondation Jean Jaurès, « le constat est inquiétant : il signifie que les musulmanes cumulent discriminations genrées et religieuses, une logique cumulée qui prend probablement sa racine, au moins partiellement, dans les polémiques incessantes sur le foulard. Ceci est confirmé dans l’enquête. »

Les discriminations vécues par les musulmans de France sont vécues « lors d’un contrôle » de police (13 %), « lors de la recherche d’un emploi » (17 %) ou encore d’un logement (14 %). L’étude relève également que les discriminations touchent davantage les personnes de 30 à 40 ans et les femmes (46 %, contre 38 % chez les hommes).

Près d’un musulman sur cinq a déjà été discriminé lors de la recherche d’un emploi

Dans son analyse de l’étude, François Kraus, directeur du pôle politique et actualités de l’IFOP, écrit que « l’observation des pratiques discriminantes vis-à-vis de cette minorité repose aujourd’hui avant tout sur les témoignages individuels recueillis par les instances de lutte contre la discrimination ou par des associations comme le CFCM ou le CCIF », qui ne permettent pas d’objectiver le phénomène. Cette étude, écrit-t-il, vise donc à combler ce manque.

Ce sondage a été réalisé par interview au téléphone, du 26 août au 18 septembre, c’est-à-dire avant la dernière polémique sur le voile et, surtout, note François Kraus, avant l’attaque de la préfecture de police de Paris. L’IFOP a constitué un échantillon de 1 007 personnes représentatif de la population de religion musulmane (personne s’identifiant elle-même comme musulmane) âgée de 15 ans et plus.

Parce qu’il n’existe pas de données statistiques qui permettraient de déterminer ce que serait un échantillon représentatif des musulmans de France, l’IFOP a déterminé des quotas à partir d’une étude IFOP – Institut Montaigne réalisée au printemps 2016 auprès d’un échantillon de 15 459 personnes. L’institut de sondage a également réalisé un « échantillon témoin » de 962 personnes non musulmanes.

Des agressions verbales et physiques surreprésentées

Dans son analyse, François Kraus, qui a mené l’étude pour l’IFOP, écrit que « si racisme et discriminations forment un continuum inextricable d’un même phénomène, il s’avère également important d’en mesurer la partie immergée de l’iceberg à travers l’évaluation des agressions, dont les musulmans peuvent directement faire l’objet. Or, au regard de ces résultats, il apparaît que leur ampleur est aussi nettement plus grande que pour le reste de la population. »

Selon cette étude, un musulman sur quatre (24 %) a été exposé à une agression verbale au cours de sa vie, contre 9 % chez les non-musulmans. En outre, 7 % de musulmans ont fait l’objet d’agressions physiques (contre 3 % dans le reste de la population).

Si l’on ne prend que la période des cinq dernières années, 40 % des musulmans estiment avoir fait l’objet de comportements racistes (contre 17 % chez les non-musulmans). Parmi eux pour 16 %, cela était dû à la religion, et pour 15 %, à leur couleur de peau.

Pour François Kraus, « les violences verbales, physiques ou symboliques qui affectent la plupart des musulmans ne se réduisent pas au rejet de leur confession mais aussi d’autres facteurs comme le racisme, la xénophobie, l’âgisme ou le classisme. L’enchevêtrement des représentations négatives de l’Islam, notamment autour des enjeux liés au terrorisme, au féminisme et à l’immigration, oblige notamment à prendre en compte la dimension intersectionnelle des phénomènes de rejet dont ces adeptes sont l’objet. En cela, l’ampleur des agressions tous motifs confondus qui affectent les musulmans vivant en France ne peut se réduire uniquement à celles liées à leur religion. »

Le Monde.fr

Macron va inaugurer mardi le Centre européen du judaïsme à Paris

Emmanuel Macron inaugure mardi soir à Paris le nouveau Centre européen du judaïsme (CEJ), vaste ensemble culturel et religieux qui se veut un «lieu d’échanges» et une «vitrine du judaïsme européen».

Le président de la République inaugure à partir de 18h30 les 5000 m2 de bâtiments situés dans le XVIIe arrondissement, et comprenant notamment une synagogue de 600 places, des salles de spectacle et d’exposition, des espaces d’études et de conférences ainsi qu’une médiathèque.

«Ce sera d’abord un lieu d’ouverture et d’échanges, qui permettra, au-delà de l’aspect religieux, de mieux connaître l’histoire, les fêtes, la culture, et toutes les nuances et sensibilités qui font les richesses de la communauté juive française», a affirmé à l’AFP Joël Mergui, président du Consistoire, l’instance représentative du judaïsme. Le projet «a pour ambition d’être le plus grand centre culturel du judaïsme en Europe», rappelle l’Elysée.

Joël Mergui, qui porte ce projet depuis plus de dix ans, espère en faire une «vitrine du judaïsme européen», ce qui sera un atout dans la «lutte contre l’antisémitisme» après «les années troubles de 2012 et 2015» – avec l’attentat perpétré par Mohamed Merah dans une école juive à Toulouse en 2012, et la prise d’otages de l’Hyper Cacher dans l’Est parisien en 2015.

L’inauguration se fera en présence notamment de la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse et de la maire de Paris Anne Hidalgo. «Tous les représentants des cultes sont invités», a ajouté Joël Mergui.

Evaluée à un peu moins de 500.000 personnes, la communauté juive française est de très loin la première d’Europe.

 

Le Figaro- AFP

Laïcité : « Le port du voile dans l’espace public n’est pas mon affaire », dixit Macron

A l’heure où des élus réclament de nouvelles lois d’interdiction du voile en France, Emmanuel Macron, en voyage officiel à La Réunion, a affirmé que « le port du voile dans l’espace public n’est pas (son) affaire », au nom de la laïcité, lors d’une interview accordée à Réunion la 1ère et à Antenne Réunion jeudi 24 octobre.

A la question d’un journaliste « Le port du voile est-il « souhaitable » dans l’espace public ? » (qui rappelle les termes mêmes du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer) posé au chef de l’Etat, la réponse de ce dernier est direct.

« Le port du voile dans l’espace public n’est pas mon affaire. C’est ça la laïcité », a-t-il balayé. Et d’ajouter : « Le port du voile dans les services publics, à l’école, quand on éduque nos enfants, c’est mon affaire. C’est ça la laïcité. »

« Quand on est dans un espace où le service public est rendu, il y a un devoir de neutralité des agents. Quand on éduque nos enfants – et c’est pour ça que ça vaut pour l’école maternelle, l’école, le collège, le lycée, et pas pour l’université -, on demande à ceux qui les éduquent, comme aux enfants, de ne pas avoir de signes religieux », a ainsi précisé le président de la République.

Il n’a pas évoqué à cette occasion le cas des accompagnateurs et accompagnatrices scolaires sur lequel, rappelons-le, le Conseil d’Etat a tranché contre l’interdiction du port des signes religieux.Toutefois, le Premier ministre Edouard Philippe avait rappelé, le 15 octobre, la ligne de son gouvernement en la matière, à savoir celui de dire non à une nouvelle loi d’interdiction visant les parents lors de sorties avec l’école.

Emmanuel Macron, qui a dénoncé, en coulisses, les amalgames et jugé « irresponsable de stigmatiser une partie de la communauté nationale » quelques jours plus tôt, a fustigé « le débat qui consiste à ne stigmatiser qu’un seul signe religieux », ce qu’il « n’aime pas ». « Ce qu’il se passe dans l’espace public, ce n’est pas l’affaire de l’État et du président de la République. La laïcité, ça n’est pas cela », a-t-il répété, rappelant l’une des principes fondamentaux de la loi de 1905, celui de « permettre (à chaque citoyen) de croire et de ne pas croire librement ».


Un président intraitable contre le communautarisme

Emmanuel Macron a aussi martelé l’importance de lutter contre le communautarisme. « Il y a aujourd’hui des femmes et des hommes, citoyens français, qui disent : « De par ma religion, je n’adhère plus aux valeurs de la République » », a-t-il indiqué. « Le voile, aujourd’hui, est utilisé dans certains quartiers, est utilisé dans certaines circonstances, par certains – qui ne sont pas majoritaires -, comme un élément de revendication, et comme un des instruments ou des signaux d’une forme de séparatisme dans la République, de ce qu’on appelle un communautarisme », a indiqué le président.

« Ça (le séparatisme), c’est un problème pour moi. (…) Et dans ce cas-là, j’ai un problème avec l’utilisation, la revendication, en quelque sorte, qui devient politique, de ce séparatisme. Si on confond les sujets, à ce moment-là on se met en situation de ne pas pouvoir véritablement régler le cœur du problème qu’à la République française, qui est le communautarisme », a-t-il appuyé.

Un grand discours d’Emmanuel Macron sur la laïcité est attendu dans les prochaines semaines mais il en a esquissé des lignes directrices depuis l’île de La Réunion. « Ce sont des débats importants, il faut les avoir sans que ce soit une réponse à une provocation d’un élu du RN ou à l’humiliation de qui que ce soit », a déclaré le chef de l’Etat lors de son déplacement à Mayotte mardi 22 octobre, promettant de revenir sur le débat autour de la laïcité « de manière apaisée quand je considérerai que c’est le bon moment ». « On a parfois tendance à confondre le débat sur la laïcité qui a un cadre, celui de 1905, et la question de l’islam », avait-il ajouté. Pour lui, « ce qui est important, c’est que notre pays ne se divise pas ».

Saphirnews

Plus de 60 morts dans un attentat contre une mosquée en Afghanistan

Vendredi noir dans le district d’Haska Mina, dans l’est de l’Afghanistan. Au moins 62 personnes ont été tuées dans une attaque perpétrée contre une mosquée du village de Jaw Dara, en pleine prière hebdomadaire vendredi 18 octobre.

Selon le porte-parole du gouverneur de la province de Nangarhar, Attaullah Khogyani, « des explosifs qui avaient été placés à l’intérieur de la mosquée ont été déclenchés », a-t-il affirmé. Selon des témoignages rapportés par l’AFP, le toit du lieu de culte s’est effondré sur les fidèles, au nombre d’environ 350 ce vendredi sur les 700 que peut contenir la mosquée.

L’attentat, qui n’a pas été revendiqué est le plus meurtrier de l’année en Afghanistan, après celui qui avait fait 91 morts en août lors d’un mariage à Kaboul, revendiqué cette fois par l’Etat islamique.

La veille de l’attaque, un rapport de la Mission de l’ONU en Afghanistan (Manua) a déploré 1 174 morts et 3 139 blessés entre le 1er juillet et le 30 septembre 2019, un nombre de victimes « sans précédent » en un trimestre depuis plus d’une décennie. « Tuer de la sorte autant de civils en pleine prière est un crime de guerre », a dénoncé Amnesty International, déplorant une « escalade » de la violence en Afghanistan dont les premières victimes sont les civils.

 

Saphirnews

Fiche « détection » à la radicalisation : quand l’Université de Cergy-Pontoise déraille

Fiche « détection » à la radicalisation : quand l'Université de Cergy-Pontoise déraille

 

A la direction de l’Université de Cergy-Pontoise (UCP), on a bel et bien déraillé au nom de « la vigilance ». Clément Carbonnier, professeur d’économie à l’UCP, a dénoncé publiquement un email envoyé à tous les personnels de l’université, lundi 14 octobre, les invitant à remonter les « signaux faibles » de la radicalisation. « J’ai honte », a-t-il écrit sur son compte Twitter en reprenant quelques critères qui devraient « alerter » selon le mail reçu.

« Bonjour, il existe deux types de menaces d’attaques terroristes : la menace exogène liée à des individus extérieurs à la structure (type Bataclan) ; et la menace endogène où c’est un ou plusieurs individus appartenant à la structure qui commettent les attentats (type Préfecture de police) », lit-on dans le mail en question provenant du « référent radicalisation » qui dirige également la direction de l’Hygiène, de la Sécurité et de l’Environnement de l’établissement universitaire.

Souhaitant attirer l’attention des enseignants et des personnels de l’université sur la « menace endogène », l’auteur du mail a fourni en pièce jointe un tableau à remplir pour signaler les comportements suspects d’un « étudiant ou collègue ».

Le tableau comporte trois volets qui complète l’identité d’une personne suspectée. Les « signaux de rupture » incluent la rupture familiale, sociale et scolaire/professionnelle, dont l’« absentéisme récurrent aux heures de prière et le vendredi ». Les « phénomènes d’isolement » et de « remise en cause » figurent également dans cette première catégorie.

La fiche appelle aussi à relever les « signaux d’appartenance », à l’instar du « changement de tenue vestimentaire », comme le « port d’une djellaba » ou d’un « pantalon dont les jambes s’arrentent à mi-molets », le « port de la barbe sans moustache », l’« arrêt de consommation de boissons alcoolisées » ou de « nourriture à base de porc », le changement des comportements avec les femmes et l’« intérêt soudain pour l’actualité nationale et internationale » ainsi que pour « la religion ».

Le troisième volet concerne les « signaux inquiétants liés au comportement d’une personne connue », incluant les « phénomènes d’acculturation » dont la « fréquentation d’individus radicalisés » et de l’« apprentissage intense de nouvelles pratiques « religieuses » » ; et la « légitimation de la violence ou d’une idéologie ».

Mieux encore dans la bêtise, la case « dissimulation des signaux faibles » peut aussi être cochée. Une véritable fichage de la honte d’autant qu’il cible uniquement les personnes de confession musulmane sur la base de « signes » ne disant absolument rien de l’état de l’individu.

 

Les excuses de l’université, la réaction de sa ministre de tutelle

A peine dévoilé au grand public, le tollé est immediat. Le président de l’UCP, François Germinet, a estimé qu’il s’agissait d’une « maladresse » de la part de l’auteur, qui a pris seul cette initiative. « Je ne l’accable pas. Il a cru bien faire, car beaucoup de personnels viennent le voir pour lui demander quoi faire s’ils sont témoins de tels comportements », a expliqué François Germinet, avant de s’excuser « publiquement auprès des personnes qui ont été blessées ».

Par ailleurs, le président de l’UCP a rédigé un rectificatif dès qu’il a eu connaissance de l’email. « Nous souhaitons lever toute ambiguïté quant à son objet. La démarche de l’établissement consistait à apporter une assistance aux personnes qui peuvent être touchées par ces phénomènes et, en aucun cas, organiser un système d’alerte », plaide l’université.

Elle dit regretter « d’avoir pu heurter ou choquer certaines personnes au sein de l’université et à l’extérieur par une formulation inappropriée et source d’incompréhension » avant de présenter « ses excuses ».

L’UCP a rappelé qu’elle « a toujours été une université de la diversité, porteuse de valeurs de tolérance et d’ouverture ». Son président a d’ailleurs ajouté que, « quand un débat national s’ouvre sur le voile à l’université, (il est) le premier à monter au créneau pour demander de (les) laisser tranquilles ».

« Je désapprouve la « fiche de remontée de signaux faibles », justement retirée par l’@UniversiteCergy. Si la lutte contre la radicalisation appelle la vigilance de chacun, ce combat ne sera jamais gagnant s’il s’appuie sur des préjugés et des caricatures », a réagi la ministre de l’Enseignement supérieure, Frédérique Vidal.

Cette affaire intervient plusieurs jours après le discours du président de la République appelant la société à la « vigilance » mais aussi des propos de son ministre de l’intérieur, Christophe Castaner sur les « signes de radicalisation » à relever.

Saphirnews