Un sommet sur les abus sexuels en février prochain au Vatican

Les présidents des conférences épiscopales du monde entier sont convoqués à Rome du 21 au 24 février 2019 sur la question de la protection des mineurs

Le pape François a décidé de réunir, du 21 au 24 février prochain à Rome, les présidents des conférences épiscopales du monde entier sur la question de la protection des mineurs, a annoncé mercredi 12 septembre le Vatican à l’issue de la rencontre bimestrielle du Conseil des cardinaux.

Après les révélations en cascade aux États-Unis, puis les accusations d’un ancien nonce contre l’inertie de la Curie et le pape lui-même, le travail du dernier « C9 », de lundi à mercredi au Vatican, aura été logiquement consacré en grande partie à cette délicate question des abus sexuels dans l’Église. Les six cardinaux présents à Rome, qui dès lundi avaient d’ailleurs assuré le pape de leur « pleine solidarité », ont donc « amplement réfléchi avec le pape sur le thème des abus », selon leur communiqué final.

« Si l’Église se révèle incapable de répondre de tout son cœur à cette question toutes nos autres activités en seront touchées »

Au cours des sessions, le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston, est par ailleurs longuement revenu sur le travail de la Commission pontificale pour la protection des mineurs qu’il préside et qui s’était justement réunie le week-end précédent. En marge de celle-ci, le cardinal américain avait insisté sur la nécessité de faire de la lutte contre les abus une « priorité ». « Si l’Église se révèle incapable de répondre de tout son cœur à cette question et d’en faire une priorité, toutes nos autres activités d’évangélisation, d’œuvre de charité et d’éducation, en seront touchées », avait-il mis en garde dans un entretien à VaticanNews.

Pour souligner cette urgence, le pape a donc accueilli l’idée de son conseil de convoquer à Rome les présidents de toutes les conférences épiscopales du monde « pour parler de la prévention des abus sur les mineurs et les adultes vulnérables ».

Une réunion inédite jusqu’ici. Pour l’instant, en effet, seuls des épiscopats particuliers avaient été convoqués sur ce sujet (l’Irlande en 2010 avec Benoît XVI, le Chili cette année avec François). Mais la réunion n’aura pas non plus le format d’une assemblée spéciale du Synode des évêques au cours desquelles sont convoqués les présidents d’épiscopat, mais aussi les cardinaux de Curie et des invités du pape.

Moins d’une démarche synodale, il s’agira donc surtout pour le pape François, en s’appuyant sur les présidents des conférences épiscopales, de souligner l’importance de ces dernières. Il entend bien, en effet, leur donner plus de poids dans la lutte contre les abus alors que ses prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoît XVI, mettaient d’abord en avant l’autorité de chaque évêque. Avec l’effet pervers de souvent paralyser ces organes intermédiaires dont ils se méfiaient.

Aujourd’hui, les choses ont radicalement changé. Les révélations successives d’affaires étouffées par des évêques au fil des décennies ont gravement mis à mal l’autorité épiscopale, soulignant la nécessité d’échelons intermédiaires auxquels ils doivent rendre des comptes. Le cas de l’Irlande, cité en exemple par le pape pendant son voyage fin août, est ici remarquable : chaque diocèse y est désormais régulièrement audité par un organisme mis en place par la conférence épiscopale, mais indépendant.

En Allemagne, 4,4 % des clercs auraient abusé d’enfant sur cette période

François, qui, à Dublin, a dit sa volonté d’« un plus grand engagement pour éliminer ce fléau dans l’Église, quel qu’en soit le prix, moral et de souffrances », sait que ce « prix » sera élevé. La transparence qu’il promeut a pour effet de multiplier et d’accélérer les révélations sur le sujet. Mercredi encore, en Allemagne, la publication anticipée par Die Zeit d’un rapport commandé par la Conférence des évêques allemands révélait qu’au moins 3 677 enfants ont été abusés par 1 670 clercs sur une période allant de 1946 à 2014… L’analyse de ces chiffres démontre, selon le rapport, que 4,4 % des clercs auraient abusé d’enfant sur cette période. Une statistique édifiante qui montre à quel point, d’après les auteurs du rapport, les abus sexuels étaient un mal institué dans l’Église allemande.

Désormais conscient de la souffrance des victimes, François rejette cette attitude et souligne, au contraire, que la cause profonde des abus se trouve dans un « cléricalisme » à l’origine d’une véritable « culture de l’abus », ainsi qu’il l’explique dans sa « Lettre au peuple de Dieu », publiée le 20 août dernier.

Une analyse loin, toutefois, d’être partagée par tous. Aux États-Unis, des évêques n’hésitent pas à soutenir les accusations de l’ancien nonce Vigano et à déclarer publiquement que la cause des abus réside non dans le cléricalisme mais dans la présence d’homosexuels au sein du clergé. Les déclarations ambiguës du président des évêques américains au lendemain de la publication du « témoignage » de Mgr Vigano et semblant donner l’impression qu’il allait dans ce sens, ne sont d’ailleurs sans doute pas étrangères à sa rencontre ce midi avec le pape.

Ailleurs, et sans le dire publiquement, beaucoup d’évêques, par manque de formation sur les abus ou par opposition idéologique avec le pape, penchent aussi dans ce sens. François sait qu’il doit convaincre et la rencontre de février sera pour cela cruciale. D’ici là, le rôle des laïcs à qui le pape a demandé de l’aide dans sa lettre ne sera pas négligeable. Comme le relève le théologien américain Massimo Faggioli, « la partie non épiscopale de l’Église a cinq mois pour s’assurer que sa conférence épiscopale et son président ont entendu ce qu’ils doivent entendre et écouter ».

 

La Croix

Macron à l’écoute des juifs de France

À l’occasion du Nouvel an juif, le président Macron a présenté ses vœux à la communauté juive de France, le mardi 4 septembre à Paris.

Il n’a pas pris la parole au micro, mais a écouté les inquiétudes et demandes des responsables communautaires, qui s’alarment de la montée de l’antisémitisme et de l’islamisme radical.

C’est dans un climat particulièrement chaleureux, entre bains de foule, selfies et applaudissements, que le président de la République a été reçu par plus d’un millier de responsables de la communauté de juive de France, ce mardi 4 septembre au soir, sous les hautes et claires voûtes de la grande synagogue de la Victoire, dans le 9e arrondissement de Paris.

Après des premiers ministres et des ministres de l’intérieur les années précédentes, Emmanuel Macron était le premier chef de l’État à honorer un rendez-vous instauré en 2006, après l’assassinat d’Ilan Halimi : la présentation des vœux des pouvoirs publics à la communauté juive à l’occasion du mois de Tichri. Celui-ci marque le début de la nouvelle année hébraïque, et commencera ce dimanche 9 septembre avec la fête de Roch Hachana (littéralement « la tête de l’année »).

De Nicolas Sarkozy à Michel Boujenah

Outre les différents responsables communautaires, de nombreuses personnalités étaient au rendez-vous : ministres (dont le ministre de l’agriculture Stéphane Travert), parlementaires (dont le président du SénatGérard Larcher), ambassadeurs, élus locaux, mais aussi l’ancien président Nicolas Sarkozy, chaleureusement applaudi à son arrivée, ou encore des acteurs comme Michel Boujenah ou Francis Huster.

Le père Louis-Marie Coudray, chargé des relations avec le judaïsme à la Conférence des évêques de France, représentait l’Eglise catholique, tandis que l’évêque nommé de Nanterre, Mgr Matthieu Rougé, était présent à titre personnel.

A la déception d’une partie de l’assistance, le président Macron n’a pas pris la parole au micro, « se contentant » d’écouter les discours des trois orateurs : Joël Mergui, président du consistoire, Haïm Korsia, grand rabbin de France, et Michel Gugenheim, grand rabbin de Paris.

Les inquiétudes d’une communauté

Le premier a voulu lire dans ce silence une volonté de « préférer les actes à la parole » tandis que le deuxième est allé jusqu’à comparer Emmanuel Macron au mur des Lamentations de Jérusalem : « Nous lui confions nos peines et nos espoirs sans qu’il ne nous réponde, alors que nous savons bien qu’il nous entend ! »

Inquiétudes et préoccupations étaient en effet manifestes dans les différentes interventions : celles de voir l’antisémitisme se déployer sur les réseaux sociaux, par exemple, mais aussi la France devenir peu à peu une « terre d’exil »pour les juifs – qui la quittent notamment pour Israël –, après avoir été longtemps une « terre d’asile ».

 

Pointant « l’islamisme qui ronge notre XXIe siècle », Joël Mergui a fustigé sans ambages la « mauvaise conscience » qui pousse selon lui la société française à « tout accepter, tout pardonner, aux nouveaux damnés de la terre, parce qu’ils ont connu la misère et la colonisation ».

« Laïcité de repli », « laïcité généreuse »

Quelques instants plus tard, Joël Mergui a également déploré une certaine « laïcité de repli » qui, en croyant lutter contre l’islamisme radical, ferait des juifs de France des « victimes collatérales ». « Les juifs ne demandent aucun traitement de faveur, aucun privilège particulier, mais l’application rigoureuse des libertés individuelles », a-t-il énoncé, citant l’exemple de l’abattage rituel.

Haïm Korsia a quant à lui félicité le président pour la « laïcité généreuse » développée lors du dernier diner du CRIF, le 9 mars dernier – c’était le premier auquel Emmanuel Macron participait en tant que chef de l’Etat. Le grand rabbin l’a également remercié pour sa présence inattendue aux funérailles de Mireille Knoll, l’octogénaire juive tuée en mars à Paris.

Un voyage « prochain » en Israël ?

Parmi les demandes adressées à Emmanuel Macron, Haïm Korsia a surtout insisté sur la nécessité de la formation et l’éducation des jeunes citoyens, pour « extirper les racines de l’ignorance ».

Quant à Joël Mergui, il a réitéré une demande récurrente de la communauté juive : que le chef de l’État reconnaisse Jérusalem comme capitale d’Israël. Il a d’ailleurs signalé que le président Macron lui avait assuré qu’il se rendrait « prochainement » en Israël, sans plus de précision. Emmanuel Macron lui aurait également dit avoir à cœur de « soutenir et inaugurer » le futur centre européen du judaïsme. Celui-ci, en travaux dans le 17e arrondissement de Paris, pourrait ouvrir au premier semestre 2019.

 

La Croix

Suisse : une formation pour aumôniers hospitaliers musulmans lancée

Fruit d’une collaboration entre le canton de Zurich, le Centre Suisse Islam et Société (CSIS) de l’Université de Fribourg et l’association faîtière des organisations musulmanes du canton de Zurich (VIOZ), une formation continue intitulée « Aumônerie et accompagnement dans un contexte interreligieux » sera lancée dès le 1er septembre.

Douze personnes – six hommes et six femmes selon le portail catholique suisse Cath – ayant des connaissances avancées en théologie islamique y participeront en vue d’être employée comme aumôniers hospitaliers dans le service public.

À travers cette formation, les autorités de Zurich souhaitent répondre à « un besoin en aumôniers musulmans qualifiés pour les patients musulmans dans la détresse ou en fin de vie qui se fait sentir depuis plusieurs années ».

Pour ce faire, les 12 participants assisteront à une formation théorique qui prendra fin au mois d’octobre avant de suivre un stage pratique auprès d’établissements publics avec l’encadrement des aumôniers chrétiens. Les participants à cette formation universitaire auront également à passer un test de sécurité auprès de l’Office de l’exécution judiciaire.

Selon le professeur Hansjörg Schmid du CSIS, « cette formation permettra aux aumôniers d’acquérir des compétences professionnelles pour l’accompagnement dans un contexte interreligieux et interculturel au sein des institutions publiques telles que les hôpitaux ». Cette initiative a ainsi reçu le soutien des Églises chrétiennes de Zurich (catholique et protestante).

 

Saphirnews

Protestantisme, ces femmes qui se veulent libres et résistantes

L’assemblée du Désert a rassemblé, dimanche 2 septembre, plusieurs centaines de protestants.

250 ans après la libération de Marie Durand, figure historique du protestantisme français, la place de la femme était au cœur de ce rendez-vous annuel.

Venue dimanche 2 septembre, comme chaque année, à l’Assemblée du désert de Mialet, Caroline Cousinié est pasteure au sein du consistoire de Piémont des Cévennes. Âgée de 39 ans, mère de deux enfants, elle a épousé, sur les bancs de la faculté de théologie, un autre pasteur. « J’avais peur d’être dans son ombre », confie-t-elle. Dans le même consistoire mais en charge de paroisses distinctes, le couple pastoral exerce aujourd’hui avec des sensibilités différentes. « Lui est plus ancré dans des notions politiques, tandis que je suis davantage sensible à la place des individus, à l’humain », témoigne-t-elle. Dans l’Église protestante unie, un pasteur sur trois est une femme. « C’est une fierté, poursuit Caroline Cousinié. Chacun, homme ou femme, doit pouvoir trouver sa place. Il appartient à nous tous de savoir vivre ensemble. »

Une Église qui a su faire bouger les lignes

La place de la femme dans l’Église protestante était au cœur de ce rassemblement annuel, qui commémorait Marie Durand (1711-1776), et d’autres « Femmes du désert ». Deux cent cinquante ans après la libération de cette figure historique du protestantisme luthéro-réformé français, l’acte de résistance de cette femme qui refusa d’abjurer sa foi, malgré 38 années d’emprisonnement dans la tour de Constance d’Aigues-Mortes (Gard), continue d’inspirer. De nombreuses protestantes disent en effet puiser encore une certaine force dans Marie Durand, l’une des rares femmes dont on ait aujourd’hui le témoignage écrit.

« Les protestantes vivent avec leur temps », constate Valérie Duval-Poujol, théologienne baptiste. Pasteures, professeurs de théologie, Présidentes d’union… Ces responsabilités auxquelles elles ont accédé depuis une cinquantaine d’années sont le résultat, selon elle, d’une Église qui a su faire bouger les lignes. « Nous avons la chance d’être liés au texte biblique, et seulement au texte. Cela nous permet sans doute d’avancer plus vite que s’il fallait faire bouger les traditions », estime la théologienne, rappelant que le début du mouvement féministe en France est très protestant, et citant, entre autres, Évelyne Sullerot, fille de pasteur, cofondatrice du mouvement français pour le planning familial.

Au XXIe siècle, être femme protestante n’est pas sans défi. « La génération précédente a revendiqué et gagné des droits. Nous pouvons aller plus loin, souligne encore Valérie Duval-Poujol. L’enjeu actuel est sans doute une prise de décision plus affirmée avec les hommes. Ce qui serait normal, ce serait que l’humanité marche sur ses deux jambes, que les talents des deux genres soient utilisés en complémentarité, en égalité. »

Trois protestantes du XXIe siècle habitées par le « même esprit de justice »

Dans les allées, Anne Heimerdinger, pasteure depuis moins de trois ans dans le consistoire du Vaunage Vistrenque, en charge des paroisses du littoral, salue de nombreuses têtes connues. À 49 ans, divorcée, mère de cinq enfants, elle ne considère pas son entrée « tardive » dans le pastorat comme un rôle. « C’est pour moi le seul moyen de partager ce que j’ai reçu. J’aime être au service. » Au sein du consistoire, elle dit ressentir « une grande liberté » de pouvoir être elle-même.

Si « être libre » est le maître mot de son engagement, la résistance, devise de Marie Durand, l’est également. Mais pour elle, résister ne doit pas se restreindre à des grands actes brandis comme des symboles. « Aller à la rencontre de l’autre est, en soit, déjà, une forme de résistance : le découvrir tel qu’il est en faisant fi des cases dans lesquels la société essaie de l’enfermer. Il y a encore trop de stéréotypes dans notre société. Je pense notamment aux exclus, aux migrants, aux homosexuels… Rester libre face à un discours ambiant demande une forme d’audace. »

Cette audace, cette capacité d’oser est également la clé de la place des femmes dans l’Église protestante, affirme Valérie Duval-Poujol. En guise d’inspiration plus contemporaine, dans le sillage de Marie Durand, elle cite trois protestantes du XXIe siècle, « aux combats différents, mais habitées par le même esprit de justice » : le docteur Irène Frachon, lanceuse d’alerte contre le Mediator, Geneviève Jacques, présidente de la Cimade jusqu’à cet été, et la luthérienne Leymah Gbowee, au Liberia, prix Nobel de la Paix 2011.

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« La résistance de Marie Durand a forgé l’identité du protestantisme »

Inès Kirschleger, maître de conférence en littérature française à l’université de Toulon, spécialiste de la spiritualité réformée à l’âge classique (17e et 18e siècle).

« Marie Durand a voulu résister à l’abjuration jusqu’au bout, et éventuellement jusqu’à la mort. Cette résistance s’est manifestée par une grande constance dans la façon dont elle a supporté sa captivité. Elle a pris un rôle au sein des prisonnières en devenant la porte-parole car elle était éduquée, elle savait lire et écrire. Elle est devenue une légende et a été très fortement idéalisée. Son courage, malgré son jeune âge et son inexpérience, lui a permis de porter haut et fort une voix d’opposition face à une autorité politique. Les témoignages, dans l’Histoire, comme celui de Marie Durand sont rares. Seule une dizaine, sur la période, existent, notamment celui écrit, juste après la révocation de l’édit de Nantes, par Blanche Gamond, exilée, arrêtée, incarcérée dans des conditions extrêmes. Ces textes sont souvent très énergiques dans la manière d’exprimer la résistance. »

 

La Croix

La Chine détiendrait un million de Ouïgours dans « des camps d’internement »

L’ONU s’inquiète du sort de ces musulmans chinois détenus en secret pour de longues durées, sans poursuites ou jugements. Ce que le régime dément.

 

Internement dans des « camps de déradicalisation », torture, lavage de cerveau… Depuis plusieurs mois, la Chine est accusée d’avoir arrêté et interné plusieurs centaines de milliers de Ouïgours, minorité musulmane de la région du Xinjiang, à l’extrême nord-ouest du pays.

Pour les Nations unies (ONU), pas moins d’un million de Ouïgours seraient détenus dans des camps en Chine, ce que nie le régime du président Xi Jinping. Des témoignages de rescapés et d’ONG font état de torture et d’endoctrinement dans ces camps. Face à cette situation, des élus américains réclament des sanctions envers des responsables chinois et l’Allemagne a décidé de mettre fin aux expulsions des Ouïgours vers la Chine.

 

  • La Chine détiendrait un million de Ouïgours

Début août, le comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale a affirmé disposer de nombreuses informations crédibles selon lesquelles un million de Ouïgours sont détenus dans « des camps d’internement géants placés sous le sceau du secret ».

 

Dans ses conclusions, ce comité s’est alarmé des « nombreux cas d’internement d’un grand nombre d’Ouïgours et d’autres minorités musulmanes, détenus en secret et souvent pour de longues durées, sans être inculpés ou jugés, sous prétexte de la lutte contre le terrorisme ou l’extrémisme religieux ».

Ces centres se trouveraient dans le Xinjiang, qui compte environ 22 millions d’habitants dont près de la moitié de Ouïgours d’origine turque, parmi lesquels beaucoup se plaignent de discriminations de la part de la majorité han. Les « élèves », selon l’expression du gouvernement désignant les personnes internées, sont regroupés par sections selon leur exposition supposée aux « idées extrémistes ». Ils sont contraints de suivre des sessions « internes » ou « externes » de quelques jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois lors desquelles ils se font enseigner le mandarin, ainsi que les lois et l’idéologie communiste. De véritables cours de « lavage de cerveau », selon des Ouïgours en exil, contactés par Le Monde, qui en ont suivi à l’époque.

Des témoignages d’ancien rescapés de ces camps font également apparaître que la torture y est fréquente. Dans une enquête sur le sujet publiée jeudi, Libération a recueilli le témoignage d’Omurbel Eli, qui a été interné une vingtaine de jours dans « un centre de transformation par l’éducation ». Il y « décrit sa cellule où s’entassaient une quarantaine de détenus, tous musulmans, les deux caméras de surveillance, le sommeil à tour de rôle, l’unique douche mensuelle, les heures passées alignés en rangs, les punitions corporelles et les tentatives de suicide », énumère le quotidien.

La province du Xinjiang, où vivent la majorité des Ouïgours à l’extrême nord-ouest de la Chine, vit ainsi sous une forte présence policière. Les checkpoints des forces de l’ordre et les caméras de surveillance sont omniprésents dans la région. En 2017, le gouvernement chinois a interdit « les barbes anormalement longues » et le hijab dans cette région frontalière de l’Afghanistan et du Pakistan, et a ordonné à tous les conducteurs d’installer des dispositifs de localisation GPS dans leur véhicule.

 

Face à ces accusations, la Chine a vigoureusement démenti à la mi-août la détention dans des centres de rééducation d’un million de Ouïgours. Lors d’une audition devant un comité des droits de l’homme de l’ONU, Ma Youqing, directeur du département du travail du Front uni, agence du Parti communiste chinois (PCC), a affirmé que « les citoyens du Xinjiang, y compris les Ouïgours, jouissent des mêmes libertés et des mêmes droits ».

Et selon lui, « l’argument d’un million de Ouïgours détenus dans des centres de rééducation est totalement faux ». Il affirme au contraire :

« Il n’y a aucune politique visant une minorité ethnique en particulier, ni limitant les droits et la liberté de religion du peuple ouïgour. »

Le parti au pouvoir en Chine justifie la surveillance de la population par les menaces posées par l’extrémisme islamiste, le terrorisme et le séparatisme. Des attentats imputés à des « séparatistes » ou à des musulmans radicalisés ont ainsi fait des centaines de morts ces dernières années dans la région ainsi qu’ailleurs dans le pays.

Dans un long éditorial, le Global Times, un influent quotidien proche du PCC, a défendu la politique sécuritaire qui a permis « d’éviter » que le Xinjiang devienne une nouvelle Syrie.

« Des politiciens et médias des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux ont intensément critiqué la gouvernance du Xinjiang, parlant de massives violations des droits de l’homme et qualifiant la région de prison à ciel ouvert. Leur objectif est de semer le trouble au Xinjiang, et de détruire la stabilité si péniblement accomplie dans la région. »

Grâce au durcissement sécuritaire, « le Xinjiang a été sauvé alors qu’il était au bord du chaos, évitant le sort d’une nouvelle Syrie ou d’une nouvelle Libye », insiste l’éditorial.

 

  • Des élus américains demandent des sanctions, Berlin arrête les expulsions d’Ouïgours

Face à cette situation, des membres du Congrès américains – républicains et démocrates – ont adressé une lettre au secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, et à celui du Trésor, Steve Mnuchin, leur demandant de sanctionner sept responsables chinois et deux sociétés productrices d’équipements de surveillance. Une initiative dénoncée par la Chine.

« Les Etats-Unis n’ont aucun droit de critiquer la Chine et de s’ériger en juge dans ce domaine », a déclaré devant la presse la porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying, évoquant les problèmes de discrimination raciale dans ce pays.

« Ces parlementaires, payés par le contribuable américain, devraient s’occuper de leur travail (…) au lieu de mettre leur nez dans les affaires des autres pays. »

De son côté, l’Allemagne a décidé, jeudi, de mettre fin à toutes les expulsions de demandeurs d’asile ouïgours vers la Chine en raison des risques encourus. Cette annonce du ministère de l’intérieur survient après que Berlin a reconnu avoir expulsé par erreur début avril un demandeur d’asile ouïgour, alors que son dossier devait encore faire l’objet d’un examen par l’Office de l’immigration.

La parlementaire écologiste à l’origine de la clarification du gouvernement, Margarete Bause, a qualifié l’expulsion de « scandaleuse », affirmant que la vie des Ouïgours était « en danger » une fois expulsés vers la Chine. L’avocat du jeune homme, Leo Borgmann, a fait savoir qu’il n’avait plus eu de nouvelles de l’intéressé depuis : « Il n’a donné aucun signe de vie, nous craignons qu’il ait été arrêté. »

 

Le Monde.fr

Pourquoi la justice de l’Église passe-t-elle après la justice civile ?

La pétition demandant la démission du cardinal Philippe Barbarin a réactivé, ces derniers jours, l’affaire Preynat et les débats qui l’entourent, notamment concernant la procédure canonique contre ce prêtre, qui n’a toujours pas abouti.

De manière constante, l’Église de France fait valoir que la justice interne de l’Église ne peut se prononcer avant la fin des procédures judiciaires civiles.

La pétition demandant la démission du cardinal Philippe Barbarin, lancée mardi 21 août, et qui approchait jeudi 23 août après-midi les 60 000 signatures, a remis au cœur des débats l’affaire Preynat, et sa gestion par l’archevêque de Lyon. Se pose en particulier à nouveau la question, récurrente, de savoir comment s’articulent justice canonique et justice civile.

En effet, avec le père Pierre Vignon, prêtre canoniste du diocèse de Valence à l’origine de la pétition, certains s’interrogent sur le fait que le père Bernard Preynat n’ait toujours pas été sanctionné par l’Église. Beaucoup, et notamment les victimes de ce prêtre qui a reconnu avoir abusé sexuellement de plusieurs dizaines de jeunes garçons dans les années 1970 et 1980, attendent qu’il soit renvoyé de l’état clérical. Or l’Église, de son côté, fait valoir que la procédure canonique ne peut avancer tant que la procédure pénale ne sera pas achevée.

C’est cette position que l’Église met en avant, invariablement, ces dernières années. On pourrait pourtant penser que la justice civile et la justice interne de l’Église sont deux institutions parallèles.

« La justice canonique doit attendre que la justice civile se soit prononcée »

« De façon totalement abstraite, il pourrait être possible que les deux soient indépendantes, explique Emmanuel Tawil, avocat et maître de conférences à l’université Paris II Panthéon-Assas, spécialiste du droit canonique. Mais dans la réalité, il y a des règles qui ont été posées par la Conférence des évêques de France, et qui établissent que la justice canonique doit attendre que la justice pénale étatique se soit prononcée. Et il y a à cela une raison logique : si un juge canonique instruisait avant la justice étatique, il aurait alors connaissance d’éléments qu’il serait dans l’obligation de transmettre à la justice civile, et ce faisant, il trahirait son propre secret de l’instruction. » Le juriste souligne que ces dispositions figurent dans les Directives pour le traitement des cas d’abus sexuels, adoptées par les évêques de France lors de leurs assemblées plénières de 2012 et 2015 qui prévoient l’obligation de coopérer avec la justice étatique : « L’Église n’est pas une contre-société. »

Du côté de l’Église lyonnaise, on fait aujourd’hui valoir une raison légèrement différente. « Le fait est qu’après demande de conseils auprès de professionnels de la justice, il apparaît clairement que poursuivre l’enquête pour le procès canonique, constituerait une entrave, ou a minima, une interférence dans l’enquête civile », assure Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon. D’où la suspension de la procédure canonique visant le père Preynat. « Nous n’allions pas attendre d’être en infraction », ajoute Mgr Gobilliard.

« Il manque sans doute une meilleure communication »

Dans bien des affaires similaires, c’est encore un autre argument qui est mis en avant, concernant plutôt la présomption d’innocence : des sanctions canoniques prises avant un procès pénal désigneraient d’office la personne sanctionnée comme coupable, portant atteinte à la présomption d’innocence qui prévaut en droit français. Pour certains, cet argument, pas plus que les autres, n’est convaincant, notamment dans le cas de Bernard Preynat, pour expliquer l’absence de sanction.

« Bernard Preynat ayant reconnu les faits, l’archevêque aurait dû le suspendre a divinis immédiatement. ! », commente, véhémente, une canoniste, qui assure que « dans les tribunaux d’Église, on a “viré” des prêtres pour beaucoup moins que ça ».

D’une manière générale, la diversité des raisons invoquées ne facilite pas la compréhension. « Le dispositif adopté par la Conférence des évêques de France est un des meilleurs systèmes qui soient. Le problème, c’est que beaucoup de gens dans les diocèses ne connaissent pas leurs propres normes !, déplore un bon connaisseur du sujet. Il manque sans doute une meilleure communication, afin de pouvoir dire clairement combien de procédures sont en cours, combien de procès canoniques attendent la fin de la procédure civile, combien de demandes de levée de prescription ont été faites… »

 

La Croix

Israël, le parcours du combattant des anciens haredim

En 2059, la moitié de la population israélienne sera ultraorthodoxe. Communauté en plein boom démographique, la part de ceux qui veulent en sortir est aussi en augmentation. Une décision encore souvent très mal accueillie par leurs proches.

« J’ai 23 ans, j’ai quitté les haredim en avril 2017. Quand je me suis marié, à 20 ans, j’ai quitté le foyer familial pour la première fois. À partir de là, j’ai commencé à prendre de la distance et à comprendre qu’il existait un monde différent de celui dans lequel j’avais vécu jusque-là. Un monde dans lequel on est libre de prendre ses propres décisions. »

Jean bleu et tee-shirt à manches courtes, Chanan ressemble à n’importe quel jeune homme de son âge. Pourtant, il y a quelques mois encore, il ne sortait jamais sans sa chemise blanche, son chapeau et son costume noirs, la tenue classique des hommes haredim, les juifs ultraorthodoxes.

« Ma femme a divorcé au bout d’un an et demi. Je suis retourné chez mes parents mais rien n’était plus comme avant, je voulais partir. Quand ils s’en sont rendu compte, ce sont eux qui m’ont demandé de partir. » Comme la plupart des autres haredim qui quittent leur communauté, depuis son départ, Chanan a perdu tout contact avec sa famille, ou presque. Seules ses sœurs acceptent encore de le rencontrer.

Être ex-haredim, une perte de repères

En octobre 2017, une vidéo du rabbin Gershon Edelstein, important responsable de la communauté ultraorthodoxe, avait fait parler d’elle. Il y incitait les familles à ne pas rejeter leurs enfants si ces derniers exprimaient le désir de quitter les haredim, allant jusqu’à demander aux parents de faire preuve de compassion.

Si certains y ont vu une réelle avancée, Bette Harpeer reste très critique. Elle est l’une des fondatrices et la responsable du bureau à Jérusalem de l’association Hillel, créée en 1991, qui aide les ex-haredim dans toutes les étapes de leur nouvelle vie, aussi bien pour quitter leur ancien style vestimentaire que pour toutes sortes de démarches administratives, telles que l’inscription au service militaire.

Les haredim en sont effectivement exemptés pour pouvoir se consacrer à l’étude de la Torah, et ceux qui souhaitent rejoindre les bancs de Tsahal y bénéficient souvent d’un accueil particulier.

« Les haredim sont une communauté très spécifique. Ceux qui décident de la quitter ont besoin d’une aide précise, que nous savons leur apporter », affirme Bette Harpeer, elle-même fille d’un ex-haredim. Son expérience au quotidien ne témoigne d’aucune évolution de la communauté envers ces anciens membres.

« La rupture nette avec la famille reste la norme. Une des premières choses à laquelle les ex-haredim font face, c’est la solitude. Ils perdent tous leurs repères. »Depuis la création de l’association, près de 14 000 personnes ont déjà été accueillies.

Rien qu’à Jérusalem, chaque année, ils sont plusieurs centaines à frapper à la porte de Hillel. À l’entrée, une simple pancarte annonce la couleur : « Hillel, le droit de choisir », autrement dit le droit de quitter cette communauté s’ils le désirent.

La réinsertion dans la société civile

Pour Bette Harpeer, la décision de quitter les haredim est souvent liée à une perte de la foi, ainsi qu’à un sentiment d’étouffement. Élevés dans une société où toutes les décisions qui les concernent sont prises par une tierce personne, les ex-haredim considèrent leur départ comme un pas vers la liberté et l’autonomie personnelle.

Selon une récente étude du Taub Center for Social Policy Studies, à 13 ans, près de 20 % des élèves ayant effectué leur primaire dans une école religieuse quitteraient cet enseignement.

À Jérusalem, la communauté haredim est omniprésente, et aider ceux qui souhaitent la quitter n’est pas toujours facile. Régulièrement, des responsables religieux accusent Hillel de « voler » ses ouailles en les convainquant de partir. « Pour éviter les problèmes, on demande à ceux qui viennent nous voir de formuler clairement leur désir de partir, à l’écrit ou à l’oral. »

L’aide de Hillel dure plusieurs semaines, voire plusieurs mois. En plus d’une assistance technique pour certaines démarches administratives, l’association enseigne des choses élémentaires, comme apprendre à se comporter en société.

Chanan, qui explique avoir aujourd’hui « autant d’amis anciens haredim » que « d’amis de la société civile », se souvient bien de ses premiers instants d’ex-haredim. « Le simple fait de s’adresser à une femme en public était compliqué. Hillel nous aide à construire des repères. »

Toujours selon l’étude du Taub Center for Social Policy Studies, en 2059 les haredim représenteront 50 % de la population israélienne quand, à l’inverse, le reste de la société deviendra moins religieux. À terme, le fossé risque donc de se creuser, rendant peut-être encore un peu plus difficile le départ des ex-haredim.

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Le Patriarcat latin condamne la loi sur « l’État-nation »

« Excluante », « politique » et « discriminatoire » : le Patriarcat latin de Jérusalem n’a pas mâché ses mots contre la nouvelle Loi fondamentale approuvée par le Parlement israélien le 19 juillet, qui définit Israël comme État-nation du peuple juif.

Dans un communiqué publié lundi 30 juillet, le Patriarcat a fermement condamné une loi qui exclut « de manière flagrante » les Palestiniens citoyens d’Israël (20 % de la population), leur signifiant qu’ils « ne sont pas chez eux dans ce pays ».

Pour le Patriarcat, ce texte contrevient à la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies, mais aussi à la déclaration d’indépendance d’Israël, dans laquelle les pères fondateurs s’engageaient à garantir à tous les citoyens une égalité de droits.

Les chrétiens d’Israël, conclut le communiqué, « appellent tous les citoyens de l’État d’Israël qui croient encore au concept fondamental d’égalité (…) à faire entendre leur opposition à ce texte et à avertir des dangers qui en émanent pour l’avenir de ce pays ».

 

La Croix

Le numérique pour faciliter le pèlerinage de la Mecque

L’Arabie saoudite a accueilli début août un « hackathon » de trois jours. Cette réunion de développeurs informatiques visait à trouver des solutions innovantes pour améliorer le confort et la sécurité des pèlerins musulmans.

Comment faciliter la vie des pèlerins et prévenir les accidents mortels pendant le hajj ? Ce sont les questions sur lesquelles ont planché, pendant trois jours, près de 3 000 développeurs informatiques réunis à Jeddah, en Arabie saoudite, à l’initiative de la fédération saoudienne pour la cybersécurité et la programmation, dans le cadre du plus grand « hackathon » jamais réalisé.

Le hajj est pour les musulmans le pèlerinage aux lieux saints de La Mecque et de Médine en Arabie saoudite. Il est l’un des cinq piliers de l’islam et se tient une fois par an, cette année du 19 au 24 août prochain.

Accidents à répétition

Près de deux millions de fidèles sont attendus pour effectuer ce pèlerinage. Or ce rendez-vous a été émaillé d’accidents mortels à répétition ces dernières années. En septembre 2015, un mouvement de foule avait coûté la vie à quelque 2 300 fidèles. Plus tôt dans le mois, une centaine de personnes avaient été tuées dans la chute d’une grue sur le chantier d’agrandissement de la grande mosquée.

La succession de drames mortels a mis en cause la capacité de l’État saoudien à assurer la sécurité des lieux saints, qui ont également été la cible, par le passé, de groupes terroristes. Or dans son plan de modernisation du royaume, le prince Mohammed Ben Salmane souhaite développer le tourisme religieux. Il prévoit de tripler le nombre de pèlerins pour en accueillir jusqu’à six millions pour le hajj.

 

La recherche de nouveaux outils

Le hackaton organisé à Jeddah a donc réuni des développeurs du monde. Ils ont rivalisé pour concevoir, durant trois jours, de nouveaux services numériques pouvant être utiles aux pèlerins. Cinq jeunes femmes saoudiennes, yéménites et érythréennes ont travaillé à la conception d’une application permettant aux ambulanciers d’atteindre rapidement des personnes ayant besoin de soins médicaux, à travers un système de géolocalisation.

Deux Pakistanais se sont associés à des étudiants d’Asie de l’est pour créer une « laisse virtuelle » permettant de localiser des proches perdus dans la marée humaine, grâce à des bracelets électroniques. Quatre Saoudiens ont, quant à eux, proposé le concept de poubelles à capteurs qui avertissent les éboueurs quand celles-ci sont pleines.

Mais l’application qui a emporté le premier prix – et la récompense attenante d’un million de riyals saoudiens, soit 230 000 € – est celle d’une équipe de quatre jeunes saoudiennes, qui ont imaginé un logiciel de traduction des panneaux de signalisation de l’arabe vers la langue natale des fidèles. Les deuxième et troisième places ont été respectivement attribuées à deux applications permettant de payer électroniquement via son smartphone et d’envoyer sa localisation ainsi que des photos à ses proches.

Des solutions déjà proposées

Sur le portail Internet du gouvernement saoudien, une liste d’applications mobiles est d’ores et déjà conseillée aux fidèles qui s’apprêtent à effectuer le célèbre pèlerinage cette année. Beaucoup d’entre elles permettent de se déplacer facilement à l’intérieur de la grande Mosquée. Plusieurs autres indiquent les toilettes et les points d’eau à proximité, ou encore le contact des services médicaux les plus proches.

D’autres encore donnent la possibilité aux pèlerins de signaler les incivilités dont ils seraient témoins. Une application, nommée « Hadaj » permet même de faciliter, photo à l’appui, l’achat du mouton sacrificiel faisant partie du rituel du hajj.

 

La Croix

L’impressionnant succès du tourisme halal

Les musulmans sont convoités par l’industrie touristique, qui développe de nombreux hébergements en adéquation avec leurs règles religieuses : nourriture halal, séparation des hommes et des femmes… Les professionnels tablent sur 260 milliards de recettes en 2026.

« Pourquoi ne pas essayer Gold Coast pour un Ramadan plus frais cette année ? » L’invitation a été lancée par le site d’une station balnéaire de la côte est australienne, au début des années 2010. Gold Coast voulait ainsi profiter des températures de son hiver austral pour attirer une clientèle de touristes musulmans à la recherche d’un environnement propice au respect des règles du « halal ». C’est-à-dire de ce qui est licite selon leur religion.

Année après année, un nombre croissant de destinations ou d’hébergements souhaitent profiter d’une niche touristique récente : le tourisme halal. Une niche que les professionnels du secteur des loisirs espèrent voir devenir un palais doré.

193 milliards d’euros de recettes en 2020

Selon le récent rapport sur l’économie islamique mondiale de Thomson Reuters, le tourisme halal pourrait représenter 283 milliards de dollars en 2022 (248 milliards d’euros) soit 14 % des recettes globales du secteur. La tendance est la même dans les études de l’organisation Crescent Rating, basée à Singapour, qui s’est spécialisée sur l’accompagnement et les analyses de ce créneau touristique. On est passé de 25 millions de voyageurs musulmans en 2000 à 131 millions l’année dernière. Crescent Rating table sur 158 millions de voyageurs en 2020 et 220 milliards de dollars (193 milliards d’euros).

Plages et piscines séparées

Le phénomène est particulièrement impressionnant en Turquie, sur la côté méditerranéenne. « Des dizaines de complexes balnéaires se sont spécialisés dans l’accueil d’une clientèle qui veut à la fois profiter de vacances comme tout le monde, mais sans risque de compromis avec leur croyance ou de se sentir stigmatisée », dit Rebecca Widrig.

De nombreuses infrastructures ne se contentent souvent pas de garantir une nourriture 100 % halal ou un environnement sans alcool. Corans et tapis de prière dans les chambres avec indication de la direction de la Mecque, salles de prière collectives et salles d’ablution ou encore piscines et plages séparées pour hommes et femmes sont proposés. « Plus les séjours sont balnéaires, plus les clients recherchent un haut niveau de respect des règles halal, et notamment des installations non mixtes », observe Rebecca Widrig.

La Turquie en tête

« La Turquie s’est d’autant plus spécialisée sur ce créneau que son industrie touristique traditionnelle s’est effondrée en raison des attentats, note Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme. D’autres pays ont été dans le même cas et tentent aussi de monter en puissance dans le tourisme halal, la Tunisie par exemple. »

« La Turquie a été l’un des pionniers de cette tendance qui a vraiment émergé au début des années 2000, indique Rebecca Widrig, responsable marketing France du site de voyages britannique HalalBooking.com qui s’affirme comme le leader mondial des réservations en ligne de tourisme halal. Au départ, cela s’adressait surtout à une clientèle locale. Mais le pays a vite compris qu’elle pouvait en tirer parti pour son industrie touristique. »

Aujourd’hui, 95 % des réservations sur le site concernent le pays, soit quelques 35 000 par an.

 

Des jeunes générations plus aisées

Cette nouvelle branche de l’industrie touristique ne connaît pas de frontières. De l’Espagne à la Thaïlande en passant par le Japon ou la France, des hôtels ou des chambres d’hôtes vantent leur nourriture halal, la présence d’établissements spécialisés à proximité, ou encore leurs piscines sans vis-à-vis.

Communautarisme religieux  ? La plupart de ces hébergements rappellent que ces hébergements accueillent aussi les non-musulmans qui peuvent se laisser séduire par leur atmosphère familiale.

Classes moyennes

L’essor des classes moyennes à travers le monde vient nourrir le phénomène. En Europe, notamment en France, les jeunes générations sont convoitées par les professionnels. « Notre clientèle est surtout composée de jeunes familles entre 25 et 40 ans avec deux enfants, dit Rebecca Widrig. Une population aux moyens financiers plus importants que leurs parents et aux codes de loisirs différents. »

Selon la consultante et essayiste Fatima Achouri, auteur de Islam 2.0 (1), c’est notamment le cas en France. « Ce qu’on appelait le retour au pays d’origine pour voir la famille n’est pas une pratique révolue, bien au contraire, dit-elle. Mais les jeunes générations qui font partie des classes moyennes, voire supérieures, aspirent aussi à d’autres types de vacances avec une offre religieuse marquée. Beaucoup désirent afficher leur islamité sans être stigmatisés, montrer qu’ils font partie d’une communauté en suivant des règles qu’ils ne peuvent pas toujours appliquer facilement en France. »

De plus en plus de niches touristiques

« Le succès du tourisme halal se nourrit de plusieurs éléments, dit Didier Arino, de Protourisme. La montée d’une revendication identitaire religieuse se conjugue avec une tendance lourde du tourisme qui se divise de plus en plus en niches. On part de moins en moins en vacances avec ceux qui ne nous ressemblent pas. »

 

(1) edition Michalon

La Croix

La Knesset adopte une loi controversée définissant Israël comme Etat juif

Le texte voté cette nuit fait de Jérusalem la capitale « complète et unifiée » d’Israël et retire à l’arabe son statut de langue officielle au côté de l’hébreu. Un député arabe israélien a dénoncé « la mort de la démocratie ».

C’est un marqueur identitaire promu par la droite israélienne de longue date. Par 62 voix contre 55, les députés de la Knesset ont adopté, dans la soirée du 18 juillet, une loi controversée définissant Israël comme « foyer national du peuple juif ». Ce texte, prenant force de Loi fondamentale dans un pays sans Constitution, regroupe des éléments qui figuraient déjà dans la déclaration d’indépendance de 1948, dans d’autres lois ou bien ne faisant l’objet d’aucune contestation. Le texte passe en revue les attributs de souveraineté, comme le drapeau, l’hymne national, le calendrier juif.

Mais il comporte aussi des clauses plus sensibles. Il définit Jérusalem comme la capitale « complète et unifiée » d’Israël, alors que le statut de la ville ne devrait être tranché, selon le consensus international, qu’au terme de négociations de paix avec les Palestiniens. Il dégrade la langue arabe en ne lui accordant qu’un statut spécial, la seule langue d’Etat étant l’hébreu. Enfin, il accorde une « valeur nationale » au développement de communautés juives, que l’Etat devrait encourager.

Cette dernière mention a fait l’objet de négociations en début de semaine. Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, et le ministre de l’éducation, Naftali Bennett, leader de la droite messianique, ont convenu d’abandonner la formule initiale, critiquée par les juristes, qui autorisait la formation de communautés exclusivement juives. Même le président, Réouven Rivlin, avait adressé une lettre aux députés pour s’émouvoir de cette initiative discriminatoire.

Cette loi est « la mort de la démocratie », s’est ému le député Ahmad Tibi, de la Liste arabe unie. Elle était débattue depuis sept ans, sous de nombreuses formes, par les députés. Elle avait même été le prétexte à l’implosion du gouvernement fin 2014 et à la convocation d’élections anticipées par M. Nétanyahou. Ses adversaires estiment que l’équilibre entre les principes démocratiques et la nature juive de l’Etat se trouve menacé.

Ces derniers jours, les alertes sur ce front se sont multipliées à la Knesset, notamment au travers de deux autres textes. Le premier, voté le 16 juillet, est associé à une célèbre organisation non gouvernementale (ONG), Breaking the Silence. Composée de vétérans de l’armée, elle documente les crimes et les abus commis par les occupants de la Cisjordanie, ainsi que lors des guerres successives dans la bande de Gaza. La nouvelle loi stipule que dorénavant, les individus et les organisations qui promeuvent des poursuites judiciaires à l’étranger contre les soldats israéliens ne seront plus autorisés à intervenir dans les lycées.

Le paradoxe est que Breaking the Silence, organisation honnie par la droite, n’a jamais milité pour que de hauts gradés ou de simples soldats soient traduits devant un tribunal international. L’ONG n’a fait que recueillir les témoignages, les recouper et essayer d’en extraire une cohérence en matière de règles d’engagement. Mais elle est devenue pour ses détracteurs le symbole d’une « cinquième colonne » fantasmée.

Au dernier moment de la discussion parlementaire, un amendement a été ajouté par le député du Likoud Amir Ohana. Il étend l’application de la loi aux individus et organisations appelant à « des actes politiques contre l’Etat d’Israël ». Les termes vagues de cette incrimination ouvrent la porte à une stigmatisation publique en fonction de critères purement partisans.

« Il s’agit d’un pic historique dans les atteintes à la liberté d’expression en Israël, explique Michael Sfard, avocat de renom défendant la plupart des ONG mises en cause par la droite. Il y a trois semaines, j’étais à Londres, où j’ai rencontré une vingtaine de députés de tous les partis. Est-ce que j’ai dénoncé la colonisation ? Absolument. Est-ce que cela signifie que je serai interdit d’intervenir dans les lycées ? » L’avocat dit n’avoir « aucun doute » sur l’extension future de cette loi au-delà du système scolaire.

L’amendement de dernière minute se veut une réponse à l’intervention devant le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), en octobre 2016, de Hagaï El-Ad, directeur de l’ONG B’Tselem. Celui-ci avait alors dénoncé la poursuite de l’occupation, appelant le Conseil à agir. La coalition avait, dès lors, redoublé d’efforts pour mettre en cause les ONG dites de gauche. « Les députés avancent avec de plus en plus de confiance contre les Palestiniens, mais aussi contre ceux, en Israël, qui s’opposent à cette injustice, explique Hagaï El-Ad.Ils sont partis à la chasse aux traîtres. »

La troisième loi votée à la Knesset concerne les recours en justice de Palestiniens, essentiellement de la zone C (60 % de la Cisjordanie), s’estimant atteints dans leurs droits par l’occupant israélien. Certains dénoncent l’expropriation de leurs terres par les colons ou la destruction de leur maison. D’autres contestent l’interdiction qui leur est opposée de voyager en sortant via Israël.

Jusqu’à présent, ces Palestiniens saisissaient directement la Haute Cour de justice. Mais dorénavant, c’est un tribunal civil ordinaire qui examinera leurs plaintes en première instance. Pour les initiateurs du projet, c’est une façon d’offrir aux colons le même cadre juridique que les autres citoyens israéliens. L’autre justification est l’engorgement de la Haute Cour, qui doit gérer près de dix mille dossiers par an.

Derrière ces arguments apparaît en réalité une avancée importante vers l’annexion. « Il s’agit de normaliser la présence israélienne en Cisjordanie, pour en faire un simple district israélien, explique Michael Sfard. Historiquement, c’est la loi militaire qui s’appliquait en Cisjordanie. Mais les députés de droite promeuvent différentes initiatives pour que toutes les lois votées à la Knesset s’appliquent aussi aux juifs vivant en Cisjordanie. Une façon d’étendre la souveraineté politique et juridique d’Israël.

 

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