La France et Facebook vont collaborer pour lutter contre la haine sur le réseau social

Emmanuel Macron a annoncé lundi, lors d’un discours au Forum sur la gouvernance de l’Internet, la création d’un groupe de travail composé d’employés de Facebook et de membres issus d’autorités françaises. Une première.

La France veut franchir un nouveau palier dans sa lutte contre les discours haineux sur les réseaux sociaux. Le président de la République Emmanuel Macron a annoncé, lundi 12 novembre, dans un discours au Forum sur la gouvernance de l’Internet, la mise en place d’un groupe de travail commun avec Facebook. Le groupe de Mark Zuckerberg a donné son accord à une expérience de six mois, début 2019, dans laquelle des représentants des autorités françaises devraient pouvoir accéder aux outils, aux méthodes et au personnel du réseau social chargés de faire la chasse aux contenus racistes, antisémites, homophobes ou sexistes. « C’est une première. Et une démarche expérimentale très innovante, qui illustre la méthode coopérative que je prône », a expliqué M. Macron.

Ce groupe, d’une petite dizaine de personnes, sera composé pour moitié de salariés de Facebook. Et pour l’autre moitié de membres – ingénieurs, juristes… – sélectionnés par le secrétariat d’Etat au numérique, et issus d’autorités et ministères français : l’Arcep, chargé des télécoms et de la régulation technique de l’Internet ; le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), responsable notamment des contenus des télévisions et des radios ; la Dinsic, direction interministérielle des systèmes d’information et de communication…

 

Un fonctionnement qui reste flou

Pour l’Elysée, l’expérience sera un moyen d’« attester ou non si l’entreprise est de bonne foi et fait les efforts nécessaires » pour lutter contre les contenus haineux. Cette « expérience pilote » doit permettre d’initier un dialogue permanent et approfondi entre le géant de l’Internet et les autorités, dont les discussions sont jusqu’ici complexes et intermittentes. L’entourage d’Emmanuel Macron cite comme inspiration la régulation des secteurs bancaire ou nucléaire, où des agents publics vérifient les process des entreprises concernées.

Des questions de respect du secret des affaires ou de la vie privée pourraient se poser

Toutefois, l’instauration de ce groupe pose de nombreuses questions. Egalement en discussion avec l’Elysée, Google a d’ailleurs jugé prématuré de s’engager dès maintenant dans la même démarche. Le fonctionnement du groupe créé avec Facebook reste flou à ce stade : son programme de travail sera précisé lors de ses premières réunions. Il ne disposera pas de pouvoirs de réquisition et le périmètre exact des informations internes auquel il aura accès dépendra de la bonne volonté du réseau social. Des questions de respect du secret des affaires ou de la vie privée pourraient se poser. D’une manière générale, il est encore difficile de prédire si le projet donnera des résultats intéressants.

Chez Facebook, on assure que les membres pourront, si besoin, se rendre en Irlande, à Dublin, au siège européen de l’entreprise, ou aux Etats-Unis, dans la Silicon Valley, au quartier général de Menlo Park. Par ailleurs, on peut se demander si la démarche pourrait inspirer d’autres Etats à demander le même accès aux infrastructures de l’entreprise californienne.

Bonne volonté

Selon l’Elysée comme Facebook, la genèse de ce groupe de travail remonte à la discussion du mois de mai tenue entre le PDG Mark Zuckerberg et Emmanuel Macron, lors du sommet Tech for Good, à Paris. Le chef de l’Etat a expliqué au patron du réseau social qu’il vaudrait mieux collaborer pour éviter le vote d’un texte comme la loi mise en place début 2018 par l’Allemagne : celle-ci expose les plates-formes à d’importantes amendes si elles ne suppriment pas très rapidement les contenus violents.

De son côté, le patron de Facebook trouve un intérêt dans la démarche du président français, explique Nick Clegg, son nouveau vice-président des affaires globales, dans un communiqué :

« Comme le dit Mark Zuckerberg, nous croyons qu’avec l’importance croissante prise par Internet dans la vie des gens il y aura besoin d’une régulation. La meilleure façon de s’assurer qu’une régulation soit intelligente et efficace pour les gens est d’amener les gouvernements, les régulateurs et les entreprises à travailler ensemble, en apprenant les uns des autres et en explorant de nouvelles idées. Nous sommes reconnaissants envers le gouvernement français pour son leadership dans cette approche de corégulation. »

Réguler les contenus partagés par plus de deux milliards d’utilisateurs

Facebook espère que ce groupe de travail lui permettra de faire saisir à la France l’ampleur de la tâche qui consiste à réguler les contenus partagés par plus de deux milliards d’utilisateurs du monde entier. Cet argument de la complexité est souvent évoqué par le réseau social, qui fait régulièrement face à des polémiques sur des contenus maintenus en ligne malgré leur caractère violent ou raciste. Autrefois plus désinvolte, la compagnie américaine veut convaincre les Etats de sa bonne volonté.

Mais c’est aussi pour éviter une réglementation lourde, à l’allemande, que Facebook entrouvre ses portes à la France. Les cadres de la société ne cachent pas leurs critiques de l’initiative de Berlin, qui pénaliserait la liberté d’expression en forçant les entreprises à dépublier de nombreux contenus pour éviter des amendes.

« La puissance publique n’est pas au niveau »

Du côté de l’Elysée, l’initiative avec Facebook est un moyen de se poser en défenseur d’une voie médiane plus souple, entre le laisser-faire et le vote d’une loi « rigide ». L’équipe de M. Macron ne souhaite pas « laisser aux plates-formes numériques le soin de définir les limites de la liberté d’expression », car cela « revient à leur confier un pouvoir quasi jurisprudentiel ». Mais la présidence de la République estime aussi que, « sur les sujets techniques, la puissance publique n’est pas au niveau de Google, Facebook ou Amazon ». Ce test serait un moyen de combler ce fossé.

Plus largement, Emmanuel Macron cherche à montrer qu’il n’est pas inactif face aux géants du numérique, dans la perspective des élections européennes de mai 2019 : le groupe de travail avec Facebook est vu comme un prolongement des sommets élyséens Tech for Good et Choose France, qui, selon nos informations, seront reconduits en 2019, en mai et en janvier. L’initiative est aussi présentée comme une extension du projet français de taxation des grandes plates-formes, de la loi française sur la manipulation de l’information, du règlement européen sur les données personnelles ou de la récente directive européenne sur les droits d’auteur.

L’Elysée comme Facebook espèrent que l’expérimentation contribuera à faire émerger un « nouveau schéma de régulation ». Les deux parties n’excluent pas qu’elle puisse être élargie à d’autres types de thèmes ou à d’autres pays.

Rapport Avia

Ce test s’inscrit aussi dans une offensive plus vaste, menée à Paris ou à Bruxelles, pour réguler les contenus en ligne en changeant les règles établies depuis 2000 par la directive sur le commerce électronique, qui distingue les statuts d’éditeur, responsable des contenus et celui d’hébergeur. « Il faudra faire évoluer le cadre légal », a expliqué Emmanuel Macron, prônant, comme le récent rapport de la députée La République en marche de Paris, Laetitia Avia, la création d’un « tiers statut » appelé « accélérateur de contenus » : celui-ci concernerait les réseaux sociaux et les moteurs de recherche comme Facebook, YouTube ou Google, qui ne produisent pas leurs contenus mais les « éditorialisent » en les classant, notamment via des algorithmes.

Cette nouvelle réglementation pourrait aussi, pour le gouvernement, être l’occasion de bousculer l’architecture des régulateurs français, dont aucun n’est aujourd’hui dédié aux contenus du Web. Le rapport Avia préconise ainsi de créer un régulateur dédié au racisme et à la haine sur Internet ou d’étendre les pouvoirs du CSA, de longue date demandeur d’avoir autorité sur les contenus en ligne.

 

Le Monde.fr

L’Arabie embarque des stars de la tech dans sa mégalopole du futur

En pleine affaire Khashoggi, Neom, le projet titanesque et écolo voulu par Mohammed Ben Salmane, a dévoilé son conseil consultatif où siégeront Marc Andreessen, Travis Kalanick et Masayoshi Son.

 

Qui dit projet pharaonique, dit équipe de choc. Saudi press agency, l’agence de presse officielle de l’Arabie saoudite, a indiqué en début de semaine que le projet  de mégalopole du futur Neom venait de constituer son conseil consultatif.

Cet « advisory board » est composé de 18 membres et y figurent plusieurs pointures de la tech, dont  l’ancien patron d’Uber Travis Kalanick, le pionnier du Web et investisseur Marc Andreessen ou encore Masayoshi Son, PDG de SoftBank depuis 1981. Un temps cité, Jony Ive, chef de la conception chez Apple, a finalement été retiré de la liste.

D’autres personnalités, comme Andrew Liveris (ancien PDG de Dow Chemical Company), Neelie Kroes (ancienne commissaire européenne à la Concurrence) ou encore Alexandra Cousteau, militante écologiste et fille de l’explorateur français, siégeront dans ce conseil de star.

250 fois la taille de Paris

En s’entourant de grands noms, l’Arabie saoudite veut donner un gage de sérieux à son chantier fou, dans lequel 500 milliards de dollars devraient être engloutis. Un coup de com’ à  un projet annoncé voici quelques mois.

La future mégalopole, qui sera établie au nord-ouest du royaume, devrait s’étendre sur 26.500 kilomètres carrés, soit 250 fois Paris. Aucune date d’achèvement des travaux n’est données pour ce projet 100 % écolo, qui promet d’immenses espaces verts, des voitures autonomes et de l’énergie propre. Le royaume espère y développer les secteurs de l’énergie, la biotechnologie du divertissement et du numérique.

Le projet s’inscrit pleinement dans le programme de diversification économique « Vision 2030 » lancé un an plus tôt par Mohammed Ben Salmane, le prince héritier d’Arabie saoudite. Celui que l’on surnomme « MBS » espère diversifier l’économie du pays, droguée à la rente pétrolière.

La divulgation de ce conseil de stars ne tombe pas au meilleur moment pour ses membres, alors que la tension monte entre Riyad et Washington après la disparition d’un journaliste et dissident saoudien, en Turquie. Très critique envers le régime, il s’était exilé aux Etats-Unis l’an dernier, et rédigeait occasionnellement des articles pour le Washington Post.

 

Les Echos.fr

Au Cap-Vert, des cimetières juifs restaurés avec l’aide du Maroc

Le Cap-Vert a été, mardi 6 novembre, le théâtre de l’inauguration de deux cimetières juifs ayant fait l’objet de travaux de restauration qui ont commencé quelques années plus tôt. La cérémonie s’est tenue à l’île Santo Antão devant de nombreuses figures politiques et publiques.

Le projet a vu la participation de plusieurs donateurs privés, mais le Maroc y a contribué de manière conséquente. Bien qu’aucune information n’ait été divulguée sur le montant exact de la contribution du roi Mohammed VI, Carol Castiel, la coordinatrice du projet, a estimé à 100 000 dollars les montants fournis par le roi en 2013 pour la restauration de deux cimetières.

Les travaux de restauration des cimetières – quatre au total – ont été initiés par le Projet de l’héritage juif au Cap-Vert afin de sauvegarder ces patrimoines culturels où reposent plusieurs familles séfarades originaires du Maroc et du Gibraltar, venues au Cap-Vert dans le courant du XIXe siècle.

Pour Carlos Wahnon Veiga, ambassadeur du Cap-Vert aux États unis et ancien Premier ministre, ces travaux de reconstruction vont bien au-delà de la sauvegarde du patrimoine culturel. « Il s‘agit d’un projet initié par une organisation juive, soutenu par un pays musulman, le Maroc, dans un pays chrétien, le Cap-Vert », a-t-il décrit avant de reconnaître que l’initiative reste « un très bon exemple de tolérance dans le monde ». Le Cap-Vert, ancienne colonie portugaise au large de la côte nord-ouest de l’Afrique, est indépendante depuis 1975.

 

Saphirnews

Propagation de la haine contre les Rohingyas : Facebook reconnait sa responsabilité

À près de deux ans des élections législatives en Birmanie, le groupe Facebook a décidé de faire son mea culpa quant à sa lourde responsabilité dans la propagation d’appel à la haine contre les Rohingyas, après la publication lundi 5 novembre des résultats d’une enquête réalisée par une ONG indépendante et commandée par Facebook lui-même.

L’ONU, qui a décrit les massacres et les persécutions des Rohingyas comme un « nettoyage ethnique », avait soulevé en mars la contribution conséquente des réseaux sociaux, Facebook en particulier, dans des actes définis comme des « crimes contre l’humanité ».

Le groupe vient de reconnaître que ses plateformes (Facebook, Whatsapp, Instagram et Messenger) ont représenté un véritable cadre pour des dirigeants politiques de diffuser massivement et rapidement des thèses et points de vue à l’origine de la haine des Rohingyas en Birmanie.

« Le rapport conclut qu’avant cette année, nous n’en faisions pas assez pour empêcher que notre plate-forme ne soit utilisée pour semer la division et inciter à la violence en dehors du réseau. Nous sommes d’accord que nous pouvons et devons en faire plus », a déclaré Alex Warofka, responsable de la liberté d’expression sur Facebook. Des recommandations en matière de charte et de modération des contenus ont été adressées au groupe, qui est prié de faire preuve de plus de sévérité contre les discours de haine.

 

Saphirnews

Aux États-Unis, les organisations catholiques s’inquiètent d’une baisse des dons

Les organisations catholiques américaines craignent une baisse des dons à la suite des scandales sexuels qui secouent l’Église

Les conséquences des affaires d’abus sexuels risquent de se faire sentir aux États-Unis. Craignant une baisse des dons, plusieurs organisation catholiques américaines ont multiplié les efforts afin de rétablir la confiance, selon le site d’information Crux, qui note que certains donateurs redoutent que leur argent soit utilisé pour payer des procédures judiciaires.

« Quiconque travaille dans une organisation catholique subit les conséquences de cette crise », a déclaré à Crux Donna Markham, présidente de Catholic Charities USA, cinquième plus importante organisation caritative des États-Unis  : « On ne pourra voir l’impact sur les dons qu’après les fêtes, mais plusieurs de nos importants donateurs nous ont fait savoir qu’ils n’enverraient plus d’argent tant que les évêques n’auront pas nettoyé les écuries. »

Selon Scott Rembold, vice-président de l’Université catholique d’Amérique, une vingtaine de donateurs de l’institution se seraient également mis en retrait, choqués par la publication d’un rapport paru en juin sur les abus sexuels commis par des prêtres dans l’État de Pennsylvanie.

Si la plupart des organisations catholiques interrogées par Crux affirme qu’il est trop tôt pour constater les retombées des affaires d’abus sexuels, la situation a poussé l’université à suspendre la construction d’une nouvelle résidence sur son campus.

Refus de payer les frais judiciaires

« Nous sommes en pleine tempête », note Michael J. L. LaCivita, directeur de la communication de la Catholic Near East Welfare Association. D’après lui, les abus sexuels viendraient compliquer une situation financière déjà obscurcie par une nouvelle loi sur les dons en 2017. Il ajoute que plusieurs donateurs lui ont fait savoir leur inquiétude de voir leur argent être employé pour payer les frais judiciaires de l’Église plutôt qu’à des fins caritatives.

« Cela est absolument hors de question », a tenu à préciser Donna Markham, qui a adressé une lettre le 31 octobre à tous les donateurs afin de les rassurer sur cette question, et exprimer sa crainte que les retombées du scandale n’affectent les plus démunis.

Des associations de donateurs ont offert l’expertise de leurs membres en matière de finances et de relations publiques à des diocèses afin de les aider à traverser cette crise. Cette mobilisation leur a donné l’occasion de souligner leur exigence de vérité et de sérieux de la part de l’Église dans la gestion des affaires d’abus sexuels. « Nos membres ne veulent pas que leur argent soit employé afin de perpétuer des pratiques qui autorisent des abus », a affirmé Alexia Kelly, la présidente de Fadica, une associations de bienfaiteurs catholiques, lors d’une interview à Crux.

 

La Croix

Structurer l’islam de France : l’exécutif entre dans le concret

Soucieux de mieux structurer l’islam de France, l’exécutif envisage de revoir le droit des cultes sans toucher aux grands principes de la loi de 1905.

Lundi 5 novembre, les ministres de la justice et de l’intérieur ont annoncé que le gouvernement va entamer une consultation des représentants des cultes.

Le président Emmanuel Macron s’est engagé à donner au culte musulman les moyens de prendre sa place en France tout en exigeant de ses instances plus de transparence et d’indépendance vis-à-vis des puissances étrangères.

Après s’être donné le temps de la réflexion, sur ce sujet juridiquement complexe et politiquement sensible, l’exécutif s’apprête à entrer dans le concret. Le gouvernement commencera à consulter les représentants des cultes « dès la semaine prochaine », ont annoncé lundi 5 novembre les ministres de la justice et de l’intérieur.

Ils étaient interrogés à la suite de la publication, le matin même, d’un article de l’Opinion évoquant un « projet de texte » du gouvernement qui envisagerait un toilettage de la loi de 1905. Il ne s’agirait pas de toucher aux grands équilibres de ce texte historique qui consacre la liberté de conscience et la séparation des Églises et de l’État, mais de revoir le régime des cultes pour clarifier l’organisation et le financement de l’islam.

Un texte au parlement début 2019

« Il ne s’agit pas de réécrire la loi de 1905 », a expliqué sur France Inter la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, en précisant : « Elle a été tant de fois (amendée), il est possible qu’elle le soit à nouveau ». « Les réflexions sont en cours » et des consultations doivent être engagées « dès la semaine prochaine avec l’ensemble des représentants des cultes », a expliqué de son côté le ministre de l’intérieur Christophe Castaner.

L’avant-projet de loi dévoilé par l’Opinion est « un document de réflexion (…), rien d’autre que cela » a-t-il prévenu. Ce texte a été conçu pour préparer un projet de loi qui pourrait être « déposé au Parlement début 2019 », selon le journal.

Avantages fiscaux

Deux grandes catégories d’association permettent aux cultes de s’organiser : les associations loi 1901 et les associations cultuelles créées par la loi de 1905. Ces dernières ont droit à un certain nombre d’avantages fiscaux ou la possibilité de recevoir des dons et legs. Mais en contrepartie, l’objet de ces associations doit être strictement limité au service du culte (financement des bâtiments et des clercs…) et un contrôle administratif s’exerce donc sur la destination de leurs fonds.

Dans les faits, la plupart des communautés de fidèles musulmans optent pour le régime juridique de 1901 qui offre plus de souplesse. Le document cité par l’Opinion envisagerait de promouvoir le modèle associatif 1905 avec à la clé une forme de donnant-donnant : d’un côté plus de contrôle, de l’autre l’ouverture à de nouvelles ressources comme la possibilité de tirer des revenus d’un bien immobilier ou l’accès à des subventions publiques au titre de la rénovation énergétique des lieux de culte.

L’objet des associations 1905 pourrait aussi être un peu élargi : les associations 1905 sont formées pour l’exercice du culte mais aussi « pour le soutien à cet exercice » selon la nouvelle formulation envisagée.

Des dispositions « anti-putsch »

Dans le document cité, le gouvernement prévoirait d’inciter les confessions à recourir au statut 1905. L’association « devra alors passer “par une démarche obligatoire et préalable de reconnaissance” de sa qualité cultuelle auprès du préfet pour “une durée renouvelable de 5 ans” », écrit l’Opinion. Ce « tampon administratif » pourrait lui être retiré en cas de manquement ou d’atteinte à l’ordre public.

L’avant-projet prévoit enfin de muscler la lutte contre les prédicateurs radicaux. Les sanctions en cas d’incitation à ne pas respecter la loi seraient alourdies. Une disposition « anti-putsch » devrait servir de « bouclier juridique » contre les « prises de contrôle inamicales » d’associations par certains prédicateurs.

En 2006, Nicolas Sarkozy n’avait pas donné suite au rapport Machelon qui proposait d’assouplir le régime des associations cultuelles trop contraignant. Emmanuel Macron s’apprête-t-il à faire un choix beaucoup plus radical en imposant un modèle 1905 assoupli tout en renforçant le contrôle des cultes ?

Lors de son allocution télévisée du 16 octobre 2018, Emmanuel Macron avait affirmé que « la reconquête républicaine » passe notamment « par une autre organisation des religions ». Bien des incertitudes devront encore être levées sur les projets de la majorité.

 

La Croix

En Israël, la peur de la dissolution de l’identité juive

L’union hautement médiatisée, mi-octobre, d’un acteur juif israélien et d’une journaliste musulmane arabe israélienne a suscité des réactions virulentes dans le pays.Ce mariage réactive la peur récurrente de voir se dissoudre l’identité juive.

Arié Dery, ministre de l’intérieur, a dénoncé « l’assimilation qui consume le peuple juif » tandis qu’Oren Hazan, membre du parti Likoud, exclu de la Knesset pour avoir tenu des propos misogynes et racistes, accusait le marié de s’être « islamisé » en épousant une musulmane. Depuis le 10 octobre et le mariage de Tsahi Alevi, un acteur juif israélien, avec Lucy Aharish, une journaliste musulmane arabe israélienne, la planète politique est en émoi. Si certains ont félicité le couple, d’autres, à droite de l’échiquier politique pour la plupart, ont dénoncé un mariage mixte synonyme de dissolution de la judéité dès lors qu’elle serait en contact avec une autre religion, relançant un débat récurrent dans le pays

« En août, j’ai été invité au mariage d’un ami à Jaffa. Il est musulman et sa femme, née juive, s’est récemment convertie à l’islam. Je me souviens qu’à l’extérieur de la salle de mariage, un groupe de juifs extrémistes criait que ce mariage était une perte de ’dignité’ pour le ’peuple juif.’ » Étudiant en cinéma, Saud Kassas fait partie des 20 % de Palestiniens naturalisés Israéliens que compte aujourd’hui la société israélienne. Il se souvient avec précision de ce jour où les membres de Lehava, groupuscule d’extrême droite dirigé par Bentzi Gosptein, un rabbin déjà plusieurs fois arrêté pour des faits de violence contre des Arabes, a tenté de perturber la cérémonie. Pour ce jeune musulman non pratiquant, ces réactions extrêmes témoignent d’un réel refus des mariages mixtes par une partie de la population israélienne, doublée d’un fond de racisme envers les Palestiniens. « Au sein de la religion musulmane aussi, les mariages mixtes ne sont pas accueillis avec beaucoup d’enthousiasme. Mais ils ne provoquent pas de tels débordements de haine », souligne Saud Kassas.

En Israël, seules les unions religieuses sont célébrées. Pour les couples mixtes, les options sont alors réduites : une majorité d’entre eux se marient à l’étranger puis reviennent faire reconnaître leur union auprès du ministère de l’intérieur tandis que d’autres choisissent le mariage de droit commun. Sans être l’égal du mariage, celui-ci implique que les partenaires, peu importe leur sexe ou leur religion, vivent sous le même toit et qu’ils partagent des responsabilités financières.

 

Première femme rabbin ordonnée au sein du « Judaïsme humaniste », Sivan Maas défend un judaïsme pluriel et tolérant, où la liberté individuelle est la première des valeurs. Condamnant sévèrement les paroles violentes répandues après le mariage des deux célébrités, elle est convaincue que le mariage mixte n’a rien d’une perte de la judéité. « Le judaïsme a toujours été pluriel, et il l’est toujours. Contrairement à d’autres, je ne pense pas que mes enfants seront moins juifs s’ils fréquentent des non juifs. »

Débat autour de l’assimilation

Au sein de l’Agence juive, Yigal Palmor dénonce les réactions les plus virulentes suscitées après le 10 octobre, mais considère le mariage mixte « comme la perte d’un membre ». Directeur des affaires publiques et des communications au sein de l’organisation créée pour faire le lien entre Israël et les juifs de l’étranger, il considère que ce débat sur « l’assimilation ou non » a « plusieurs facteurs ». « Le racisme anti-arabes, tout d’abord, est le fait d’une minorité, mais il existe bel et bien. La religion et l’impossibilité de se marier en dehors du cercle religieux en Israël jouent aussi un rôle très important, tout comme l’Histoire. Les juifs ont toujours été une minorité persécutée, ce qui peut expliquer ce sentiment très fort encore aujourd’hui d’une ’perte de la communauté’ lors de mariages mixtes. »

Dans son petit appartement en bordure de Mea Sharim, un des quartiers ultra-orthodoxes de Jérusalem, Rav Henri Kahn écrit depuis plusieurs décennies pour le magazine Kountrass, une revue en français destinée aux Haredim. Défenseur d’une « orthodoxie pure et ouverte », ce Strasbourgeois, arrivé en Israël en 1969, témoigne d’un certain « retour à la religion » en Israël, voire d’une « tendance à la radicalisation » chez certains, une idée que partage Idan Yaron, sociologue et anthropologue à Jérusalem. Selon lui, cette tendance a favorisé la libération de la parole chez certains hommes politiques comme Oren Hazan ou Arié Dery. « Avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement très à droite, certaines expressions jusque-là politiquement incorrectes sont désormais acceptées voire bienvenues. »

 

La Croix

Islam de France : l’exécutif prêt à revoir le droit des cultes

Soucieux de mieux structurer l’islam de France, l’exécutif envisage de revoir le droit des cultes sans toucher aux grands principes de la loi de 1905.

 

Pourquoi la question des cultes refait-elle surface ?

Emmanuel Macron qui s’est engagé à mieux structurer l’islam a pris le temps de la réflexion sur ce sujet aussi complexe que sensible. Une consultation de tous les acteurs a notamment été conduite entre juin et fin septembre sous la houlette du ministère de l’intérieur. L’exécutif entre désormais dans la phase de concrétisation avec l’objectif de présenter son projet début 2019. Actuellement, un travail interministériel est mené par les spécialistes de l’intérieur, de la chancellerie ou de Bercy. Dans ce contexte, le journal l’Opinion a fait état, lundi 5 novembre, d’une réforme de la loi de 1905. « Un document de réflexion (…), rien d’autre que cela », a aussitôt tenu à relativiser le ministre de l’intérieur Christophe Castaner. La piste envisagée est néanmoins sérieuse, selon plusieurs bons connaisseurs du dossier.

► Quelle est la réforme envisagée ?

Difficile, du fait même du principe de séparation des Églises et de l’État, d’organiser l’islam contre son gré, par exemple en créant une taxe halal pour financer les lieux de culte. Le gouvernement semble donc privilégier une autre piste. Pour donner un cadre juridique à leurs activités, les confessions historiques recourent à la fois aux statuts associatifs de la loi de 1901 (pour un projet caritatif, culturel…) et de celle de 1905 pour les activités cultuelles (les associations diocésaines pour l’Église catholique).

Ce deuxième régime offre certains avantages, notamment fiscaux, mais il est plus contraignant, l’administration exerçant un contrôle financier. Pour cette raison, les communautés musulmanes y recourent peu. L’objectif du gouvernement serait donc de revoir sur ce point la loi de 1905 : le statut d’association cultuelle serait rendu plus attractif, ouvrant droit à de nouveaux modes de ressources ou de subventions. En contrepartie, l’administration se verrait conférer une forme de labellisation a priori des associations cultuelles.

► Tous les cultes seraient-ils concernés ?

Toutes les confessions seraient forcément concernées par une révision du régime des cultes. Lors de son intervention télévisée du 16 octobre, Emmanuel Macron avait d’ailleurs évoqué de façon lapidaire « une autre organisation des religions ». Le gouvernement consultera les représentants des cultes « dès la semaine prochaine » a précisé, lundi 5 novembre, la ministre de la justice Nicole Belloubet. La majorité assure qu’il s’agit d’opérer un toilettage technique de la loi de 1905 et non pas de toucher aux grands équilibres de ce texte.

Le député LREM Florent Boudié pilote depuis six mois un groupe de réflexion sur le sujet auquel participent une vingtaine d’élus. « Tout l’enjeu est de renforcer notre pacte laïc en l’adaptant à la nouvelle réalité religieuse du pays. Nous voulons à la fois apporter plus de transparence dans l’islam de France et donner aux musulmans modérés des outils pour mieux résister aux courants fondamentalistes. » Mais sur ce dossier où les mesures les plus techniques ont une portée politique, chacun attend les arbitrages précis du gouvernement. Hier, le député Les Républicains Éric Ciotti s’est montré réservé à l’idée de toucher à « un pilier porteur de notre République ». « Attention, la loi de 1905, c’est incendiaire », a aussi mis en garde le chef de file du mouvement Génération-s, Benoît Hamon.

 

La Croix

Macron envisage d’amender la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat

Emmanuel Macron pourrait amender la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat pour accompagner la restructuration de l’islam de France sur laquelle le chef de l’Etat planche depuis un an et demi. C’est ce qu’affirme, dans son édition du lundi 5 novembre, L’Opinion, qui s’est procuré l’avant-projet. « Il est possible que [la loi de 1905] soit de nouveau amendée », a commenté la ministre de la justice, Nicole Belloubet, sur France Inter, lundi matin. « La réflexion est en cours et nous ne faisons pas de commentaire à ce stade »,précise-t-on à l’Elysée.

 

Face à la poussée de l’intégrisme islamiste, le gouvernement veut adapter la loi de 1905. « Les objectifs sont de responsabiliser les gérants des lieux de culte, de prévenir les dérives et de réduire l’influence étrangère », confie un conseiller du président à L’Opinion. Pour cela, le projet à l’étude prévoit de créer une « qualité cultuelle » des associations, qui leur conférerait de nouveaux droits mais aussi de nouveaux devoirs. Avec l’idée que ce statut soit suffisamment incitatif pour convaincre les associations cultuelles de l’adopter.

Aujourd’hui, elles sont quelque 4 000 qui relèvent du statut de la loi de 1901, assorti de certaines caractéristiques leur permettant d’être régies par la loi de 1905 et donc de bénéficier des avantages fiscaux qui y sont liés. Mais, notamment dans le culte musulman, certaines structures préfèrent rester sous le régime général de 1901, et s’épargner ainsi les obligations de transparence assorties.

 

Diversifier les ressources

Au cœur de la réforme voulue par l’Elysée, l’argent. Le gouvernement envisage en effet de permettre aux futures associations cultuelles de « posséder et administrer » des immeubles affectés au culte pour en tirer des revenus locatifs. Des ressources propres qui favoriseraient leur autonomie financière. L’exécutif avait déjà tenté de faire passer cette mesure dans un article de la loi sur le droit à l’erreur mais y avait renoncé devant les réticences de sa majorité parlementaire en janvier. Autre bouffée d’oxygène pour les associations cultuelles : elles pourraient à l’avenir recevoir des aides de l’Etat « pour réparations et rénovation énergétique », alors qu’elles n’ont aujourd’hui accès à aucune subvention publique.

 

En diversifiant les ressources de ces associations, l’exécutif veut limiter l’influence étrangère sur le sol français. Le texte prévoit pour ce faire qu’elles soient soumises à de nouvelles obligations en matière de transparence financière. Il prévoit aussi que l’administration puisse s’opposer à tout apport supérieur à 10 000 euros (qui doit lui être notifié), et ce « aux fins d’assurer le respect de l’ordre public et de la sécurité publique ». Il s’agit, précise la note, de « réduire les capacités d’influence et de mainmise d’acteurs étrangers étatiques, paraétatiques et privés ».

L’exécutif travaille également à une disposition « antipustch » qui doterait les associations d’un bouclier juridique contre les « prises d’intérêt inamicales », selon l’avant-projet cité par L’Opinion. Il veut également étoffer les pouvoirs de la police des cultes, en réprimant plus fortement les infractions des prédicateurs.

La réforme de la loi de 1905 serait la première étape de la réorganisation de l’islam de France, notamment avec son volet sur la formation des imams, sur lequel se penche Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a beaucoup consulté depuis un an et demi. Et il semble que son opinion ait été amenée à évoluer.

« La place de l’islam, deuxième religion pratiquée dans la France contemporaine, n’appelle pas une révision de la loi de 1905, qui a posé les bases de la laïcité à la française », était-il écrit dans le programme du candidat d’En marche !. Le 11 février, dans un entretien au Journal du dimanche, le président ne l’excluait plus. Aujourd’hui, il franchit une nouvelle étape. Il devrait présenter sa vision globale sur le sujet en janvier 2019. Pour une réforme en début d’année.

 

Le Monde.fr

Qui sont les juifs américains ?

Alors que vient d’avoir lieu, dans une synagogue de Pittsburgh, le plus violent attentat antisémite de l’histoire des États-Unis, « La Croix » propose un portrait de la communauté juive, qui représente à peine plus de 2 % de la population américaine.

Les États-Unis comptent la plus grande diaspora juive du monde : environ 6,7 millions de personnes, soit un peu plus de 2 % de la population américaine. Elle constitue la troisième communauté religieuse du pays, après les protestants et les catholiques.

Alors que la présence juive aux États-Unis remonte au début du XVIIe siècle, elle est aujourd’hui très liée aux différentes vagues d’immigration, en premier lieu celle des Ashkénazes ayant fui les persécutions et la misère en Europe de l’Est à partir du XIXe siècle. Environ deux millions de juifs auraient quitté la Russie et l’Europe Centrale pour les États-Unis entre 1881 et 1914, emportant avec eux une mémoire des pogroms et des opinions politiques progressistes qui vont durablement marquer la communauté juive américaine, historiquement acquise au parti démocrate depuis le New Deal de Franklin D. Roosevelt en 1932.

Victime de discriminations jusqu’aux années 1950, la communauté juive des États-Unis a, par la suite, profité dans son ensemble de la prospérité de l’après-guerre et d’une plus grande ouverture de la société américaine, sans pour autant changer radicalement d’affinités politiques. Ainsi plus de 70 % des juifs américains ont voté en faveur d’Hillary Clinton aux élections présidentielle de 2016. Une part non négligeable de la communauté juive américaine, principalement la frange religieuse orthodoxe et conservatrice, a néanmoins été séduite par la proposition de Donald Trump de déménager l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

La Shoah au cœur de l’identité

« La mémoire des persécutions pousse les juifs libéraux, majoritaires, du côté de ceux qui sont dans la souffrance : les militants des droits civiques pour les Noirs dans les années 1960, et aujourd’hui les réfugiés », commente Laura Hobson Faure, maîtresse de conférences à Paris-III. L’historienne note que l’auteur de l’attentat de la synagogue de Pittsburgh, le 27 octobre, ciblait dans ses messages haineux l’organisation HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society), importante ONG juive qui avait affirmé son soutien aux réfugiés syriens.

 

Des responsables religieux juifs ont accusé Donald Trump d’avoir une part de responsabilité dans cet attentat. « Vos paroles et vos politiques ont enhardi un mouvement nationaliste blanc qui grandit de plus en plus », ont-ils écrit dans une lettre ouverte publiée le lendemain de la tuerie. D’après l’Anti-Defamation League, principale association de lutte contre l’antisémitisme aux États-Unis, le nombre d’actes antisémites aurait bondi de 57 % entre 2016 et 2017, soit la plus forte recrudescence jamais constatée par l’association.

« Il y a, depuis l’élection de Trump, un retour du sentiment d’insécurité chez les Juifs américains, mais qui était néanmoins moins fort qu’en France car il n’y a pas le même héritage de la Shoah », nuance Laura Hobson Faure, « de ce fait les attaques antisémites provoquaient un sentiment de danger moins imminent, mais l’attaque de Pittsburgh change tout, car il y a eu des morts, de surcroît, dans un lieu de culte. Les synagogues aux États-Unis ne sont pas équipées d’un fort appareil de sécurité, car il y avait justement le sentiment de vivre dans une société ouverte au Judaïsme. »

 

La Shoah occupe toutefois une place centrale dans la définition d’une identité juive américaine. Dans un sondage d’ampleur daté de 2013, le Pew Research Center établissait que la mémoire de la Shoah était le critère le plus unanimement cité pour définir les caractéristiques fondamentales de l’identité juive (73 %), devant l’attachement à Israël (43 %) et le respect des Dix Commandements (19 %). Deux tiers des juifs américains sondés affirme ainsi que la culture et la tradition importent plus que la religion.

 

La Croix