La Bible désormais traduite en 674 langues

Selon l’Alliance biblique universelle (ABU), l’année 2017 a vu l’achèvement de la traduction des Écritures dans 49 langues supplémentaires, parlées au total par plus de 580 millions de personnes.

Elomwe et txitxopi au Mozambique, zotung chin au Myanmar, drekay à Taïwan, Jaraï et tay au Vietnam, tarao en Inde, epie au Nigeria, pere au Cameroun, ou encore poqomchi au Guatemala… Il est désormais possible de lire la Bible dans toutes ces langues, parlées à travers le monde.

L’Alliance biblique universelle (ABU), qui se mobilise pour que le plus grand nombre de personnes puissent avoir accès à la Bible dans leur langue maternelle, a publié le 8 mars son Rapport 2017 sur l’accès aux Écritures dans le monde. Selon ce rapport, à la fin de l’année 2017, 674 langues disposaient de la Bible intégrale, soit 49 de plus que les années précédentes.

Dans les camps de réfugiés

Ainsi, au Soudan du Sud, la publication de la première Bible en langue mabane (parlée par environ 90 000 locuteurs à la frontière du Soudan) a été célébrée lors d’un rassemblement de 10 000 personnes, dont beaucoup venues des camps de réfugiés de toute la région.

« Quand une communauté reçoit les Écritures dans sa langue, il se passe quelque chose de profond. Les gens sentent que Dieu leur parle directement et commencent à éprouver une forme d’espérance », souligne-t-on dans le communiqué de l’Alliance biblique française (ABF) accompagnant la publication de ce Rapport de l’ABU.

En 2017, les Sociétés bibliques ont contribué à l’achèvement de traductions des Écritures dans 49 langues parlées par plus de 580 millions de personnes. C’était une « première » pour 20 langues : 7 communautés ont reçu la toute première Bible complète dans leur langue, 4 ont reçu leur premier Nouveau Testament, et 9 communautés ont reçu leurs premiers – ou de nouveaux – livrets bibliques.

209 millions de personnes sans accès à la Bible

Ces 674 langues disposant de la Bible ne représentent toutefois qu’une petite partie des langues parlées dans le monde. « 209 millions de personnes de par le monde n’ont toujours pas la possibilité d’entrer en contact avec le moindre passage de l’Écriture dans leur langue », reconnaît l’organisation, qui insiste sur le travail qui reste à accomplir « si nous voulons qu’au moins certains livres de la Bible soient disponibles dans les 3 773 langues restantes ».

On estime en effet à près de 7 100 (1), le nombre total de langues parlées dans le monde. Parmi elles, 3 324 bénéficient dorénavant d’au moins un livre biblique.

L’Alliance biblique universelle (ABU) est composée de 148 Sociétés bibliques nationales, dont l’Alliance biblique française. Fondée en 1818, l’ABF « a pour objectif de promouvoir la Bible, dans un esprit d’ouverture, sans prosélytisme ni parti pris doctrinal », rappelle Laurene de la Chapelle, chargée de communication de cette association interconfessionnelle qui se veut « au service de l’ensemble des Églises et mouvements ».

Pour fêter ses 200 ans, l’Alliance biblique française offrira l’opportunité au grand public de créer la Bible-média de demain, sous le nom de « HackMyBible », du 28 au 30 septembre prochains.

Ce week-end-là, une centaine de personnes réunies au Liberty Living Lab à Paris seront invités à réaliser 8 prototypes. « Les équipes, constituées de webdesigners créatifs et de passionnés de la Bible (2), travailleront sans interruption pendant deux jours, avec l’objectif de faire perdurer la transmission de la Bible aux futures générations », poursuit Laurene de la Chapelle. Ces versions à usages interactifs de la Bible seront ensuite développées.

 

La Croix

Suède : vers l’interdiction de cours de religion dans les écoles confessionnelles?

A six mois des élections législatives, le parti social-démocrate au pouvoir en Suède, a annoncé mi-mars qu’il souhaite l’interdiction des cours de religion dans les écoles confessionnelles sous contrat avec l’Etat.

Les sociaux-démocrates ont motivé ce projet de loi par la crainte de la propagation d’une « ségrégation scolaire » dans un pays qui a accueilli, depuis 2012, plus de 400 000 migrants. Pour Anna Ekström, ministre de l’Education, « ce sont les enseignants et les éducateurs qui doivent être responsables des écoles suédoises, pas les imams et les prêtres ».

Le sort de 71 écoles confessionnelles sous contrat en Suède, dont 59 chrétiens, onze musulmanes et une juive, se place désormais entre les mains des électeurs. Elles représentent 5 % des écoles sous contrat dans le pays.

Jusqu’à présent, le projet de loi n’a pas encore reçu le soutien de la majorité parlementaire, mais le ministre de l’Administration publique, Ardalan Shekarabi, un des principaux leaders du parti, s’est montré confiant, affirmant que le parti réussirait à convaincre l’électorat d’ici aux législatives du 9 septembre.

Le ministre a insisté sur le fait que ce projet de loi ne suggérait pas la fermeture des écoles confessionnelles. Il reste que le retrait probable des cours de religion ne manque pas d’être considéré, par les responsables des écoles visées et des organisations religieuses, comme une atteinte à la liberté de culte et d’enseignement.

 

Saphirnews

Une centaine d’imams d’Algérie envoyés en France pour Ramadan 2018

Le Maroc et l’Algérie préparent chaque année leur bataillon d’imams à envoyer vers l’Europe pendant la période du Ramadan afin d’assurer principalement les veillées de prières nocturnes dans des mosquées.

L’Algérie a d’ores et déjà annoncé l’envoi de 150 imams dont 100 rien que pour la France, a annoncé Mohamed Aissa, ministre des Affaires religieuses et des Waqfs, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue jeudi 15 mars à Alger.

« Nous avons choisi 150 imams, parmi les meilleurs qui ont exprimé le vœu d’aller à l’étranger pour diriger les prières durant le mois sacré de ramadan. La France bénéficiera du plus grand nombre d’imams (100), vu la forte concentration de la communauté algérienne qui y est établie, et les 50 autres seront répartis à travers plusieurs pays, comme l’Allemagne, l’Italie, la Grande Bretagne, la Belgique et le Canada », a-t-il déclaré à l’issue d’une rencontre avec le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.

Ces imams, qualifiés d’« ambassadeurs de la paix », ont été sélectionnés parmi les meilleurs sur la base de leur connaissance de la psalmodie et de leur aptitude à prêcher un islam modéré, selon Mohamed Aissa qui s’est félicité, selon l’APS, que la France « se tourne vers l’expérience algérienne qui forme de bons imams en mesure d’inviter l’entité musulmane française à se mettre au service de leur société, à défendre leur Nation et à promouvoir l’Islam de modération », citant l’Institut Al Ghazali de la Grande mosquée de Paris.

 

Saphirnews

Le Sénat veut la transparence sur le financement des lieux de cultes

Dans le cadre de l’examen du projet de loi sur le droit à l’erreur, les sénateurs ont adopté un amendement qui vise à imposer une obligation de transparence sur le financement des lieux de culte.

Mardi 20 mars, les sénateurs voteront sur le projet de loi « pour un État au service d’une société de confiance » qui instaure notamment un droit à l’erreur. Dans le cadre du travail en séance, les élus ont adopté, jeudi 15 mars, un amendement sur le financement des lieux de cultes.

Cette mesure vise à instaurer « une obligation de transparence et de contrôle de l’origine des financements pour la construction d’un lieu de culte ». Adopté à une très large majorité, l’amendement prévoit de contraindre tout maître d’ouvrage d’un lieu de culte à produire un plan de financement prévisionnel, et un bilan financier à l’issue de sa réalisation, mentionnant l’origine des fonds et certifié par un commissaire aux comptes.

Cette mesure figurait en 2015 parmi les préconisations du rapport sur « Les collectivités territoriales et le financement des lieux de culte » du sénateur centriste Hervé Maurey, qui a présenté jeudi l’amendement. Dans son rapport, l’élu de l’Eure ne prenait pas position sur la question des financements étrangers des mosquées, mais dénonçait le fait qu’on ne sait pas ce qu’ils représentent. Sur la base, notamment, du rapport Maurey, l’Observatoire de la laïcité avait adopté en 2016 un avis en faveur d’un tel renforcement du contrôle du financement.

L’Observatoire de laïcité préconise un contrôle financier renforcé

« Mon rapport est arrivé dans le contexte des attentats et je n’ai pas voulu alors insister pour ne pas avoir l’air d’utiliser la situation, explique Hervé Maurey. Mais trois ans ont passé et nous en sommes toujours au même point, les pouvoirs publics promettent qu’ils vont agir et rien n’avance. » Agacé, le sénateur a donc saisi l’occasion du projet de loi sur la confiance pour revenir à la charge.

Remise en cause d’une liberté

En séance, le représentant du gouvernement a demandé le retrait de l’amendement. « Le ministre de l’intérieur conduit actuellement une réflexion sur le régime juridique des cultes. Ce sujet en fait partie » a expliqué Olivier Dussopt, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des comptes publics, jugeant en substance cette démarche était prématurée.

Sur le fond, le sénateur Les Républicains Philippe Bas a pour sa part émis une critique : « Pour la première fois en plus d’un siècle d’application de la loi de 1905, on franchit une limite : cet amendement légifère pour toutes les religions de notre pays. Faut-il remettre en cause la liberté qui prévalait jusqu’ici au nom de la transparence ? Nous avons les moyens de contrôler les mosquées qui appellent au crime, on l’a vu avec l’état d’urgence. N’englobons pas toutes les religions dans cette mesure. »

L’amendement qui avait reçu la signature de 70 sénateurs a toutefois été adopté à une très large majorité. « Cette mesure de transparence doit permettre de connaître enfin la réalité sur l’origine des fonds des projets de construction d’édifices religieux et notamment des mosquées » se félicite l’auteur de l’amendement.

Après le vote des sénateurs, mardi 20 mars, les deux chambres tenteront de trouver un terrain d’entente sur le texte lors d’une commission mixte paritaire. L’amendement Maurey risque d’avoir plus des difficultés à convaincre l’Assemblée nationale où La République en marche est nettement majoritaire.

 

La Croix

Israël veut simplifier le divorce religieux, même pour les étrangers résidant sur son sol

EXPLICATION Un projet de loi adopté en première lecture au Parlement israélien lundi 5 mars, prévoit des sanctions pour les hommes juifs non israéliens qui refusent d’accorder le divorce à leurs épouses.

Le guet reste cet acte indispensable pour qu’une femme obtienne le divorce et donc la possibilité de se remarier.

1/Quels sont les faits ?

La Knesset, le parlement israélien, a adopté lundi 5 mars en première lecture un projet de loi qui permettrait aux tribunaux rabbiniques israéliens de sanctionner les hommes juifs non israéliens qui refuseraient d’accorder le divorce à leurs épouses… à condition qu’ils vivent en Israël.

Concrètement, et s’il était définitivement adopté, il autoriserait les tribunaux israéliens à sanctionner les hommes juifs étrangers vivant dans le pays.

Le projet de loi vise à régler le problème des femmes juives agunot(littéralement « enchaînées ») qui se voient refuser le divorce religieux par leur mari. La loi juive traditionnelle permet aux hommes d’épouser une seconde femme dans certaines circonstances, mais pas aux femmes.

« Nous avons un vrai problème avec l’ex-Union soviétique », a expliqué au Times of Israël la députée Aliza Lavie du parti centriste et laïc Yesh Atid, qui milite en faveur d’une version du projet de loi depuis 2013 en octobre. De riches ressortissants refuseraient le divorce à leurs épouses juives « pour des raisons financières ». Aujourd’hui, les tribunaux locaux ne peuvent pas venir en aide aux femmes qui ne sont ni citoyennes, ni résidentes du pays.

Grâce à ces nouvelles mesures, les cours rabbiniques israéliennes pourront faire pression sur les maris d’où qu’ils viennent, s’ils mettent les pieds sur le sol israélien. Parmi les sanctions qui devraient être appliquées : des amendes, des avoirs gelés et même des peines d’emprisonnement de courte durée.

2/ Quel est le contexte ?

Aujourd’hui, la rupture du mariage religieux juif est compliquée et largement défavorable aux femmes. En effet, selon le droit rabbinique, pour être libérée de son mariage, l’épouse doit obtenir de la part de son mari un document indispensable, le guet, sans quoi, le divorce civil seul ne pourrait être admis. Cet acte de divorce est encadré par le Beth-Din (commission rabbinique).

La loi juive traditionnelle accorde aux hommes la possibilité de se remarier mais aussi de refuser de consentir à la séparation. Auquel cas, la femme ne peut envisager de secondes noces.

Sans la reconnaissance du divorce religieux, le remariage est qualifié d’adultère. De même, si la femme venait à avoir des enfants, ces derniers seraient désignés comme étant des mamzer (bâtards), une qualification encore infamante et qui rend quasi-impossible leur mariage avec un juif ou une juive à l’âge adulte.

3/ Quelles sont les réactions ?

Membre du courant massorti (situé entre le judaïsme orthodoxe et le judaïsme libéral) et rabbin à Paris, Yeshaya Dalsace exprime son scepticisme quant à ce projet de loi. Le texte, rappelle-t-il d’abord, n’a pas dépassé la première lecture et peut encore, d’ici à la troisième et dernière lecture, être modifié ou retiré.

Au-delà, il redoute qu’il n’ait « aucune efficacité réelle ». « Je ne pense pas que cette loi soit effective parce que l’État d’Israël n’a pas de pouvoir sur des citoyens étrangers, compte tenu des accords internationaux », note-t-il.

 

La Croix

Arabie saoudite : Mohammed ben Salman veut « régler ses comptes avec la partie politisée du clergé »

Le fils du roi Salman, âgé de 32 ans, a promis un véritable aggiornamento du wahhabisme saoudien. Politologue expert de l’islam politique et professeur associé à Sciences Po Paris, Stéphane Lacroix revient pour Jeune Afrique sur la portée réelle et les conséquences de ce tournant annoncé.

« Nous retournons à ce que nous étions avant, un pays à l’islam modéré, ouvert à toutes les religions et au monde », déclarait le 24 octobre 2017 le jeune prince héritier mais véritable maître du royaume d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane fils du roi Salman, alias « MbS ». Une révolution, semble-t-il, au pays si souvent accusé d’exporter sa version rigide de l’islam, le wahhabisme, aux quatre coins du monde et dont l’écrivain algérien Kamel Daoud a pu écrire qu’il était « un Daesh qui a réussi ».

 

Dans son projet de modernisation du pays et de légitimation personnelle, le prince Mohammed n’y va pas, lui, par quatre chemins, comme l’a prouvé la spectaculaire arrestation de dizaines de princes et décideurs économiques accusés de corruption, en novembre.

Deux mois auparavant, le clergé wahhabite, lié à la dynastie Saoud par un pacte remontant au XVIIIe siècle, avait aussi reçu un coup de semonce, avec l’arrestation d’une dizaine de religieux jugés trop hostiles au pouvoir.

Quelle est la portée, et quelles pourraient être les conséquences de cet aggiornamento annoncé du wahhabisme saoudien ? Politologue expert de l’islam politique et professeur associé à Sciences Po Paris, Stéphane Lacroix explique le sens de cette initiative.

Jeune Afrique : Comment avez-vous reçu cette annonce de modération du wahhabisme ?

Stéphane Lacroix : Je lis la déclaration d’octobre de MbS comme un règlement de compte, non pas avec le clergé dans sa totalité, mais avec les islamistes, c’est-à-dire la partie politisée du clergé, notamment le mouvement de la Sahwa [mouvement islamiste hybride entre wahhabisme et Frères musulmans], à laquelle on fait porter le chapeau du conservatisme.

Le prince cherche ainsi à justifier la répression, qui était déjà enclenchée au moment où il a fait cette déclaration. Il prend par ailleurs la date de 1979, année de la révolution iranienne qui marque la montée de l’islam politique dans la région, pour point de départ de la prise de contrôle supposée du pays par les radicaux, comme si le conservatisme n’avait pas existé auparavant en Arabie saoudite. Il laisse ainsi entendre que ces idées sont venues de l’extérieur, pointant l’idéologie des Frères musulmans et des autres mouvements extérieurs à l’Arabie saoudite comme facteurs d’une « radicalisation » de l’islam saoudien.

Le retour à un « islam local modéré », n’est-ce pas le discours que l’on entend dans beaucoup de capitales arabes ?

Il fait exactement ce que font tous les pouvoirs arabes en ce moment, en développant un nouveau discours islamique de la « modération » qui essaie de redéfinir l’islam en termes nationaux, un discours inédit en Arabie saoudite.

 

Plus étonnant, il dénonce des dénaturations étrangères, alors que c’est plutôt l’Arabie saoudite qui est partout accusée, au Moyen-Orient – à tort ou à raison -, d’avoir dénaturé les traditions locales. Ce faisant, il exonère les oulémas officiels qui sont présentés comme des modérés dont la doctrine aurait été dévoyée. Il veut éviter de se les mettre à dos tout en parvenant à les faire plier sur un certain nombre de choses qui constituent en réalité une remise en cause fondamentale du pacte originel.

En termes simplifiés, ce pacte confiait aux princes le contrôle du politique et aux oulémas la charge de définir de la vie en société, chacun respectant le domaine réservé de l’autre.

Or depuis 2015, ce modus vivendi est remis en cause. En 2016 MbS retire à la police religieuse le droit de procéder à des arrestations. Il coupe ainsi le bras du clergé et lui retire la possibilité de faire appliquer ses normes. Avec les décisions de 2017 – permission données aux femmes de conduire, possibilité d’ouverture de salles de spectacles – il s’arroge le droit de dicter la norme sociale, ce qui relevait de l’autorité cléricale.

S’agit-il d’une rupture de ce pacte originel ?

Il y a en tout cas clairement la volonté de le redéfinir. MbS a besoin d’un islam officiel semblable à ce que l’on peut voir en Égypte ou ailleurs, où le rôle des oulémas se réduit à légitimer les décisions du politique sans l’autorité propre qu’ils avaient jusque-là en Arabie saoudite. L’idée n’est pas de briser l’alliance, mais de redéfinir ses termes pour finir de mettre les oulémas sous tutelle.

 

Il s’agit donc d’une réforme très politique…

En effet. Il y a eu une accélération radicale du processus de construction étatique et nationale depuis 2015 sur un modèle absolutiste. Pour MbS, il n’y a d’État qu’absolutiste quand l’Arabie saoudite était en quelque sorte une survivance d’un modèle d’État autoritaire prémoderne, avec une gouvernance consensuelle, horizontale.

Son idée est de transformer l’Arabie saoudite en un État arabe autoritaire comme les autres, avec sa verticale du pouvoir. Cette opération assez brutale implique de redéfinir complètement le rapport entre le politique et le religieux.

 

Une telle redéfinition est-elle compatible avec l’« ADN » du wahhabisme ?

Toutes les traditions religieuses évoluent et les textes peuvent être lus de différentes manières. Quand le chef de la Ligue islamique mondiale vient à Paris dire que, si l’Arabie saoudite a un problème avec l’Iran, elle n’a pas de problème avec les chiites, frères en islam, il est très loin de la base doctrinale wahhabite qui stigmatise les chiites.

Mais pour peu que le pouvoir s’en donne les moyens, la tradition peut être réécrite comme peut être réécrite l’histoire. Quel consensus cette opération arrivera-t-il à obtenir ? Il y aura bien sûr des franges qui considéreront qu’il s’agit là d’une trahison, d’une dénaturation.

Les religieux, gardiens de la doctrine wahhabite, peuvent-ils laisser faire ?

Dans une certaine mesure, car les oulémas wahhabites officiels ont profondément intériorisé quelque chose de propre au sunnisme, qui est l’obéissance au prince. Le clergé officiel n’est pas habitué à critiquer et, dans cette histoire, les vrais ennemis du trône sont les oulémas politisés comme ceux qui se sont fait arrêter en septembre 2017.

Certains d’entre eux étaient dans une rhétorique de démocratisation après les Printemps arabes, quand d’autres avaient un discours opposé, franchement conservateur.

La question est maintenant de savoir à quel point MbS va réussir à promouvoir des clercs qui ne se contentent pas de se taire, mais qui participent activement à l’opération et donnent une légitimation religieuse active aux décisions du pouvoir. Dans le pire des cas, les oulémas officiels resteront silencieux.

S’agit-il d’un plan de communication, ou d’un plan de réforme sincère ?

Je ne doute pas que son projet de réforme du système saoudien soit sincère. Plus trivialement, il contribue à sa montée en puissance.Ce sont les deux faces de la même médaille, d’un côté la construction de son pouvoir avec un ultra-autoritarisme inédit en Arabie et de l’autre un projet, réel et dont il est convaincu, de restructuration économique, social et étatique du pays.

 

Jeune Afrique

Belgique : l’enseignement officiel flamand veut l’interdiction du voile à l’école

Le pouvoir organisateur de l’enseignement officiel de la communauté flamande GO ! Onderwijs, un des principaux réseaux éducatifs en Flandre, a annoncé, vendredi 1er mars, son intention de faire appel de la décision rendue vendredi 23 février par le tribunal correctionnel de Tongres, en région flamande, autorisant le port de signes religieux à l’école.

Le tribunal avait donné raison à onze élèves dont les parents avaient saisi la justice contre l’interdiction du port du voile inscrite dans le règlement intérieur de deux écoles à Maasmechelen, dans la province belge de Limbourg.

La justice a estimé qu’il n’avait pas été suffisamment démontré l’existence de ségrégation entre les élèves ou de contrainte à se convertir dans l’enceinte scolaire.

Les jeunes filles ont ainsi été autorisées à porter le foulard dans l’enceinte des établissements. L’interdiction reste cependant en vigueur, GO ! Onderwijs ayant interjeté appel au jugement.

En 2014, le Conseil d’Etat avait reconnu que GO ! Onderwijs pouvait interdire le port de signes religieux dans les écoles. Cependant, cette interdiction ne pouvait être générale et devait répondre aux conditions mises par la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) en matière de la liberté religieuse. L’instance avait donc permis à ces jeunes filles de porter le voile car « aucune situation problématique concrète » n’a été démontré par les responsables des deux écoles.

 

Saphirnews

Le nouveau plan national de prévention de la « radicalisation islamiste » dévoilé

Edouard Philippe a dévoilé, vendredi 23 février, le plan national de prévention de la radicalisation promis au début de quinquennat par Emmanuel Macron. Quelles en sont les principales mesures ?

« Prévenir pour protéger », tel est le mot d’ordre du nouveau plan national de prévention de la radicalisation dévoilé vendredi 23 février à Lille par le Premier ministre Edouard Philippe. A l’issue d’une réunion du Comité Interministériel de la prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) pour laquelle une dizaine de ministres et de secrétaires d’Etat ont fait le déplacement à Lille, le chef du gouvernement a dévoilé une série de mesures « pour réorienter la politique de prévention » de la « radicalisation islamiste ».

« La radicalisation islamiste menace notre société, pas seulement quand elle conduit à la violence. Elle nous défie en vérité à chaque fois que les lois de la République sont mises en balance avec les préceptes religieux, (…) à chaque fois qu’à l’école, le statut de la connaissance se voit opposer la revendication de la croyance, à chaque fois que, dans l’espace public, il est porté atteinte aux exigences minimales de la vie en société », a déclaré le Premier ministre lors de la conférence de presse de présentation du rapport aux 60 mesures. Au 20 février 2018, 19 745 individus sont recensés au Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT).


Quelles sont les principales mesures du plan ?

EDUCATION. Le gouvernement souhaite « systématiser » l’éducation aux médias et à l’information, pour « prémunir les élèves face au risque de radicalisation dans l’espace numérique et aux théories du complot », ceci « tout en développant leur pensée critique et la culture du débat ».

RESEAUX SOCIAUX. Edouard Philippe veut aussi « enrayer efficacement la diffusion de la propagande terroriste sur Internet » en réclamant des grandes plateformes numériques de mettre en place des outils d’ici mai 2018 permettant d’identifier et de supprimer des contenus « moins d’une heure après leur mise en ligne ». Le cas échéant, la France plaidera pour une initiative législative européenne en ce sens.

FONCTION PUBLIQUE. De nouvelles dispositions législatives visant à écarter les agents de la fonction publique considérés comme radicalisés sont à l’étude. Sont visés en particulier ceux « en contact avec des publics sur lesquels il est susceptible d’avoir une influence, et dont le comportement porte atteinte aux obligations de neutralité, de respect du principe de laïcité, voire comporte des risques d’engagement dans un processus de radicalisation ».

JUSTICE & PRISON. Le gouvernement annonce la création de 1 500 places de prison pour isoler les détenus radicalisés des autres, dont 450 d’ici à la fin de l’année. Outre la création de nouveaux quartiers de prise en charge des personnes radicalisées (QPR), quatre nouveaux quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) seront créés, passant leur nombre à sept. A ce jour, 1 123 détenus de droit commun ont été identifiés comme radicalisés dont 504 sont détenus pour des faits de terrorisme islamiste.

Trois nouveaux centres de prise en charge individualisée en milieu ouvert à destination des personnes radicalisées ou en voie de radicalisation seront aussi créés. Ces personnes, dont certaines revenues de la zone irako-syrienne, seront suivies par « un référent cultuel ».

Selon les dernières statistiques, 255 personnes majeures – à 56,8 % des hommes – sont recensés comme des « revenants » de la zone irako-syrienne, ainsi que 68 mineurs dont 66 ont moins de 13 ans. Ils sont encore un millier à être « sur zone » (680 adultes et plus de 500 enfants dont 53 seulement ont plus de 13 ans).

SANTE & SPORTS. Le gouvernement prévoit d’organiser cette année des États généraux de la recherche et de la clinique en psychologie et en psychiatrie sur la radicalisation et favoriser la diffusion des bonnes pratiques.

Il souhaite également « développer une culture commune de la vigilance dans le champ sportif en lien avec les référents « radicalisation » du ministère des Sports », qui passe par la sensibilisation des cadres techniques des fédérations sportives comme les organisateurs d’activités physiques et sportives non instituées et l’intégration de la prévention de la radicalisation « à la formation interfédérale des éducateurs sportifs et des formateurs de formateurs ».

Saphirnews

Arabie Saoudite : les femmes obtiennent le droit de créer leurs entreprises sans permission

Khadija Bint Khuwaylid était une noble commerçante mecquoise. Avant de recevoir la révélation, Muhammad, celui qui ne sera autre que le Prophète de l’islam, était même son employé, chargé de conduire des caravanes pour le compte de celle qui deviendra bientôt sa femme.

Plus de 1 400 ans après cet épisode, voici que les Saoudiennes ont désormais le droit d’ouvrir leurs propres entreprises dans le royaume sans avoir à présenter une preuve de permission d’un tuteur masculin pour engager des procédures administratives.

L’annonce a été faite dimanche 18 février par le ministère du Commerce et de l’Investissement. Cette nouvelle mesure, adoptée sous l’impulsion du jeune prince héritier Mohammed Ben Salmane, vise à stimuler la participation des femmes dans le secteur privé, en faisant passer la force de travail féminine de 22 % à plus de 30 % d’ici 2030.

Elle suit d’autres en faveur des femmes comme le droit de conduire dès le mois de juin.

 

Saphirnews

Ron Cahlili: «En Israël, les juifs français sont renvoyés à leur « arabité »»

Fils d’immigrés égyptiens, Ron Cahlili, 59 ans , se définit comme «un homme de gauche et activiste mizrahi», nom donné en Israël aux juifs «orientaux», victimes de discrimination à leur arrivée en Israël dans les années 50 et 60. Documentariste et chroniqueur éclairé du multiculturalisme israélien pour le quotidien israélien Haaretz, ce touche-à-tout (par ailleurs romancier jeunesse, homme de radio, éphémère patron d’une chaîne télévisée mizrahi) vient de signer pour la chaîne publique israélienne Kan11 une série en trois épisodes consacrée à l’alyah(littéralement la «montée» vers la Terre sainte, soit l’immigration en Israël) des juifs français. Selon plusieurs études, entre 10 et 30 % de ces olim (nouveaux arrivants) feraient demi-tour au bout d’un an. Ceux qui restent sont régulièrement la cible de préjugés, dans le monde du travail ou les médias, réduits au rôle de «Marocains à gourmettes», comme le dit un interviewé du documentaire. Pour Ron Cahlili, c’est là que résident les racines de cette alyah douloureuse : ces nouveaux Israéliens sont vus par leurs compatriotes comme des «tsarfokaim»,expression qui donne son titre à sa série, traduite ainsi : «Un peu français, très séfarades». Une façon de les renvoyer à leur «arabité», et d’en faire les victimes d’un racisme qu’ils ne s’attendaient pas à éprouver.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur l’alyah française ?

Il y a un an, j’étais avec mes enfants sur une plage de Tel-Aviv, très fréquentée par les Français, qu’ils soient nouveaux immigrants ou touristes. Nous étions installés entre des jeunes Telaviviens et un groupe de touristes français célébrant bruyamment un anniversaire. Beaucoup d’alcool, de rires, de musique. A un moment, les Telaviviens, en colère, ont commencé à crier sur les Français : «Allez-vous en ! Vous nous avez pris tous les appartements et maintenant vous voulez nous prendre la mer ?» Et l’une d’eux a laissé échapper : «Que faire… Ce sont des tsarfokaim…» Ce mot composé de «français» et «marocains» en hébreu est une appellation péjorative pour désigner les Séfarades. J’étais stupéfié ! Cette expression, je m’en souviens depuis mon enfance. J’étais persuadé qu’elle était dépassée. A l’époque, traiter quelqu’un detsarfokaim en Israël, c’était une façon de dire : «Ne joue pas au Français élégant, tu n’es qu’un balourd venu des montagnes de l’Atlas ! Ne fais pas semblant d’être européen, tu n’es qu’un Nord-Africain, un primitif, un ignorant, destiné à un métier manuel, si métier tu trouves !» En entendant cette expression en 2017, j’ai soudain réalisé qu’Israël ne tirait pas les enseignements nécessaires de l’échec de l’intégration des juifs d’Afrique du Nord des années 50 jusqu’à 70. Et que ce péché originel, qui désintègre encore aujourd’hui la société israélienne, est sur le point de se répéter avec l’arrivée des juifs français depuis une quinzaine d’années.

En d’autres termes, selon vous, les Français qui font leur alyah, pour la plupart Séfarades, découvrent qu’en Israël ils sont mizrahim (orientaux) avant d’être juifs…

Oui, ils sont «marqués» dès leur arrivée. Ils découvrent qu’ils appartiennent à cette catégorie humiliante dédiée aux immigrants juifs originaires des pays musulmans, une «case» inventée par l’establishment sioniste dès la création de l’Etat d’Israël. Car le mot mizrahim a mis dans le même sac – et un sac peu enviable ! – l’intellectuel du Caire, le bourgeois de Bagdad, l’érudit de Casablanca ou l’orfèvre de Sanaa pour les réduire en un seul archétype : le juif ignorant, vulgaire, parasite, sans idéologie et sans passé. Qui a besoin d’être réhabilité et assisté, pour qui il faut créer des villes propres, appelées alors «villes de développement», des écoles de catégorie inférieure consacrées essentiellement à la formation professionnelle les destinant au travail en usines. A ce jour, il reste un énorme écart entre les mizrahim et les Ashkénazes, dans presque tous les domaines : l’éducation, les salaires, l’emploi, la représentativité, les zones d’habitation, etc. Ce n’est plus aussi net que dans les années 50, mais les écarts sont là. Pour une personne au nom à connotation mizrahi – comme Azoulay ou Elmaleh – qui bénéficierait en France d’une relative égalité des chances, il serait très difficile de trouver un emploi convenable en Israël, d’être admis dans une grande université ou dans une unité d’élite de l’armée. Israël n’est pas seulement raciste envers les Arabes, il l’est aussi envers les juifs mizrahi. Pour l’élite juive, il n’y a pas de grande différence entre les deux groupes. En Israël, il existe une psychose terrible envers «l’arabité». Cette psychose est tellement pathologique qu’elle permet à l’Israël moderne de fouiller la génétique des immigrés venus de France pour y chercher des restes d’«arabisme» : «Vous êtes français ? Attendez, où est né votre grand-père ?» En Israël, dès lors qu’on se rend compte que vos grands-parents sont nés en Afrique du Nord, on vous catégorise immédiatement comme mizrahi. Les juifs immigrés français sont renvoyés à leur « arabité ».

Quelle image ont les Franco-Israéliens arrivés en Israël ces quinze dernières années aux yeux du reste du pays ?

Selon une étude récente, près d’un quart de la population israélienne est convaincue que les olim français sont «vulgaires», «sans-gêne», «radins», «religieux-pratiquants», «de droite»… Bref, tous les préjugés accolés généralement aux mizrahim. Lorsque les personnes sondées ont dû «classer» les vagues d’immigrations en Israël, les nouveaux immigrants originaires des Etats-Unis et de l’ex-Union soviétique se trouvaient parmi les plus «désirables». Les «moins désirables» étaient ceux originaires d’Ethiopie et de l’alyah française. Il faut reconnaître que certains stéréotypes sont assez justes. Il est vrai que la plupart des olim français de ces dernières années sont plus à droite, plus religieux. Après la fin de l’immigration des juifs «nantis», en raison de toutes sortes de lois fiscales, en Israël et en France, les juifs de classes socio-économiques inférieures ont commencé à arriver ici. Les bermudas et les mocassins à la mode ont été remplacés par une large kippa, les tsitsit[« franges » rituelles au coin des vêtements] et une étoile de David au cou. Et les médias israéliens, principalement ashkénazes, n’aiment pas cette vague d’immigration. La couverture médiatique se fait d’une manière péjorative, les réussites de certains immigrants français sont balayées sous le tapis.

Qu’est-ce qui vous a surpris chez ces nouveaux Franco-Israéliens ?

Au-delà de leur haut niveau d’éducation, ce qui n’est hélas pas le cas de la majorité des mizrahim que je connais en Israël, je retiens leur grande naïveté. La plupart des immigrés français avec lesquels j’ai parlé, qu’ils soient colons en Cisjordanie ou riches habitants de Tel-Aviv et Netanya, religieux ou laïcs, venant de Paris ou de Marseille, tous aiment infiniment Israël, sans aucun cynisme, sans l’ombre d’une critique. A leurs yeux, Nétanyahou est le roi ultime d’Israël, leur admiration en est embarrassante. Pour eux, immigrer en Israël, c’est vivre dans la peau du roi David. Leurs propos sur Israël me rappellent les discours de mes parents, presque messianiques, mystiques. Ils se préoccupent peu de l’occupation. Beaucoup d’entre eux utilisent l’expression «Israël, ma maison» [qui est aussi le nom du parti ultranationaliste du ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, ndlr], mais oublient que les Palestiniens vivent dans cette même maison depuis des centaines d’années.

Pourtant, malgré son enthousiasme, cette alyah connaît un important taux d’échec.

Israël ne sait pas comment approcher cette alyah occidentale, nantie, instruite. Cette «alyah par choix». Ces trente dernières années, les dernières grandes alyah étaient des «alyah de sauvetage». Des communautés juives retenues contre leur gré, en ex-URSS ou en Ethiopie notamment, à qui Israël a tout fait pour ouvrir les portes. Israël aime particulièrement ces vagues d’immigration qui présentent le pays sous un jour favorable aux yeux de la communauté internationale et font de ces nouveaux immigrants des ressortissants disciplinés, qui doivent sans cesse remercier la patrie. L’alyah de France est différente. Même si tous les olim français ne sont pas homogènes, notamment dans leur rapport à la religion et leurs revenus (beaucoup souffrent d’ailleurs de la faible couverture sociale), ils sont majoritairement aisés, urbains, ils ont choisi de vivre ici. Israël doit changer son logiciel et s’adresser à eux comme à des personnes modernes et non des rescapés du tiers-monde ! On sait bien que la France n’expulse pas ses juifs, bien au contraire…

Votre documentaire a provoqué de vives réactions. Certains voient dans votre grille de lecture, basée sur le clivage Ashkénazes contre Séfarades, une vision passéiste et caricaturale, inadaptée à la question de l’alyah française…

Les médias et l’establishment israélien n’aiment pas parler des ethnies. Le traitement des mizrahim reste le problème le plus refoulé de la société israélienne, c’est «le génie dans la bouteille». On met en garde les intellectuels et les militants : libérer ce mauvais génie risque d’instaurer le chaos. La société israélienne, qui est assez jeune, serait alors décomposée. Le ciment qui la maintient n’est pas assez robuste. Il faut louer les bienfaits de l’intégration, du creuset des cultures, un peuple fait d’un seul bloc déclamant bien évidemment un seul et même discours, le discours sioniste ! Evoquer autre chose, c’est être un traître. J’appartiens tout à fait à ce groupe-là. La plupart de mes films parlent des différences intolérables entre mizrahim et Ashkénazes. Cette série a certes été diffusée sur une chaîne publique, en soi une formidable victoire, mais le buzz s’est fait sur les réseaux sociaux, sous le radar des médias traditionnels et, notamment grâce aux olim de France pour qui j’avais préparé une version sur YouTube avec sous-titres en français. Certains d’entre eux avaient des remarques, c’est vrai, vous l’avez dit, mais c’est toujours ainsi. Il s’agit d’une série très critique envers la société israélienne et les olim n’aiment pas ça, quel que soit leur pays d’origine. Ils s’identifieront toujours les yeux fermés à leur nouveau pays et voudront démontrer leur patriotisme. Pour être critique envers votre pays, il faut tout d’abord vous y sentir chez vous.

 

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