Macron envisage d’amender la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat

Emmanuel Macron pourrait amender la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat pour accompagner la restructuration de l’islam de France sur laquelle le chef de l’Etat planche depuis un an et demi. C’est ce qu’affirme, dans son édition du lundi 5 novembre, L’Opinion, qui s’est procuré l’avant-projet. « Il est possible que [la loi de 1905] soit de nouveau amendée », a commenté la ministre de la justice, Nicole Belloubet, sur France Inter, lundi matin. « La réflexion est en cours et nous ne faisons pas de commentaire à ce stade »,précise-t-on à l’Elysée.

 

Face à la poussée de l’intégrisme islamiste, le gouvernement veut adapter la loi de 1905. « Les objectifs sont de responsabiliser les gérants des lieux de culte, de prévenir les dérives et de réduire l’influence étrangère », confie un conseiller du président à L’Opinion. Pour cela, le projet à l’étude prévoit de créer une « qualité cultuelle » des associations, qui leur conférerait de nouveaux droits mais aussi de nouveaux devoirs. Avec l’idée que ce statut soit suffisamment incitatif pour convaincre les associations cultuelles de l’adopter.

Aujourd’hui, elles sont quelque 4 000 qui relèvent du statut de la loi de 1901, assorti de certaines caractéristiques leur permettant d’être régies par la loi de 1905 et donc de bénéficier des avantages fiscaux qui y sont liés. Mais, notamment dans le culte musulman, certaines structures préfèrent rester sous le régime général de 1901, et s’épargner ainsi les obligations de transparence assorties.

 

Diversifier les ressources

Au cœur de la réforme voulue par l’Elysée, l’argent. Le gouvernement envisage en effet de permettre aux futures associations cultuelles de « posséder et administrer » des immeubles affectés au culte pour en tirer des revenus locatifs. Des ressources propres qui favoriseraient leur autonomie financière. L’exécutif avait déjà tenté de faire passer cette mesure dans un article de la loi sur le droit à l’erreur mais y avait renoncé devant les réticences de sa majorité parlementaire en janvier. Autre bouffée d’oxygène pour les associations cultuelles : elles pourraient à l’avenir recevoir des aides de l’Etat « pour réparations et rénovation énergétique », alors qu’elles n’ont aujourd’hui accès à aucune subvention publique.

 

En diversifiant les ressources de ces associations, l’exécutif veut limiter l’influence étrangère sur le sol français. Le texte prévoit pour ce faire qu’elles soient soumises à de nouvelles obligations en matière de transparence financière. Il prévoit aussi que l’administration puisse s’opposer à tout apport supérieur à 10 000 euros (qui doit lui être notifié), et ce « aux fins d’assurer le respect de l’ordre public et de la sécurité publique ». Il s’agit, précise la note, de « réduire les capacités d’influence et de mainmise d’acteurs étrangers étatiques, paraétatiques et privés ».

L’exécutif travaille également à une disposition « antipustch » qui doterait les associations d’un bouclier juridique contre les « prises d’intérêt inamicales », selon l’avant-projet cité par L’Opinion. Il veut également étoffer les pouvoirs de la police des cultes, en réprimant plus fortement les infractions des prédicateurs.

La réforme de la loi de 1905 serait la première étape de la réorganisation de l’islam de France, notamment avec son volet sur la formation des imams, sur lequel se penche Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a beaucoup consulté depuis un an et demi. Et il semble que son opinion ait été amenée à évoluer.

« La place de l’islam, deuxième religion pratiquée dans la France contemporaine, n’appelle pas une révision de la loi de 1905, qui a posé les bases de la laïcité à la française », était-il écrit dans le programme du candidat d’En marche !. Le 11 février, dans un entretien au Journal du dimanche, le président ne l’excluait plus. Aujourd’hui, il franchit une nouvelle étape. Il devrait présenter sa vision globale sur le sujet en janvier 2019. Pour une réforme en début d’année.

 

Le Monde.fr

Qui sont les juifs américains ?

Alors que vient d’avoir lieu, dans une synagogue de Pittsburgh, le plus violent attentat antisémite de l’histoire des États-Unis, « La Croix » propose un portrait de la communauté juive, qui représente à peine plus de 2 % de la population américaine.

Les États-Unis comptent la plus grande diaspora juive du monde : environ 6,7 millions de personnes, soit un peu plus de 2 % de la population américaine. Elle constitue la troisième communauté religieuse du pays, après les protestants et les catholiques.

Alors que la présence juive aux États-Unis remonte au début du XVIIe siècle, elle est aujourd’hui très liée aux différentes vagues d’immigration, en premier lieu celle des Ashkénazes ayant fui les persécutions et la misère en Europe de l’Est à partir du XIXe siècle. Environ deux millions de juifs auraient quitté la Russie et l’Europe Centrale pour les États-Unis entre 1881 et 1914, emportant avec eux une mémoire des pogroms et des opinions politiques progressistes qui vont durablement marquer la communauté juive américaine, historiquement acquise au parti démocrate depuis le New Deal de Franklin D. Roosevelt en 1932.

Victime de discriminations jusqu’aux années 1950, la communauté juive des États-Unis a, par la suite, profité dans son ensemble de la prospérité de l’après-guerre et d’une plus grande ouverture de la société américaine, sans pour autant changer radicalement d’affinités politiques. Ainsi plus de 70 % des juifs américains ont voté en faveur d’Hillary Clinton aux élections présidentielle de 2016. Une part non négligeable de la communauté juive américaine, principalement la frange religieuse orthodoxe et conservatrice, a néanmoins été séduite par la proposition de Donald Trump de déménager l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

La Shoah au cœur de l’identité

« La mémoire des persécutions pousse les juifs libéraux, majoritaires, du côté de ceux qui sont dans la souffrance : les militants des droits civiques pour les Noirs dans les années 1960, et aujourd’hui les réfugiés », commente Laura Hobson Faure, maîtresse de conférences à Paris-III. L’historienne note que l’auteur de l’attentat de la synagogue de Pittsburgh, le 27 octobre, ciblait dans ses messages haineux l’organisation HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society), importante ONG juive qui avait affirmé son soutien aux réfugiés syriens.

 

Des responsables religieux juifs ont accusé Donald Trump d’avoir une part de responsabilité dans cet attentat. « Vos paroles et vos politiques ont enhardi un mouvement nationaliste blanc qui grandit de plus en plus », ont-ils écrit dans une lettre ouverte publiée le lendemain de la tuerie. D’après l’Anti-Defamation League, principale association de lutte contre l’antisémitisme aux États-Unis, le nombre d’actes antisémites aurait bondi de 57 % entre 2016 et 2017, soit la plus forte recrudescence jamais constatée par l’association.

« Il y a, depuis l’élection de Trump, un retour du sentiment d’insécurité chez les Juifs américains, mais qui était néanmoins moins fort qu’en France car il n’y a pas le même héritage de la Shoah », nuance Laura Hobson Faure, « de ce fait les attaques antisémites provoquaient un sentiment de danger moins imminent, mais l’attaque de Pittsburgh change tout, car il y a eu des morts, de surcroît, dans un lieu de culte. Les synagogues aux États-Unis ne sont pas équipées d’un fort appareil de sécurité, car il y avait justement le sentiment de vivre dans une société ouverte au Judaïsme. »

 

La Shoah occupe toutefois une place centrale dans la définition d’une identité juive américaine. Dans un sondage d’ampleur daté de 2013, le Pew Research Center établissait que la mémoire de la Shoah était le critère le plus unanimement cité pour définir les caractéristiques fondamentales de l’identité juive (73 %), devant l’attachement à Israël (43 %) et le respect des Dix Commandements (19 %). Deux tiers des juifs américains sondés affirme ainsi que la culture et la tradition importent plus que la religion.

 

La Croix

À Grande-Synthe, le préfet du Nord fait fermer le Centre Zahra France

La fermeture pour six mois de l’association religieuse chiite Centre Zahra France à Grande-Synthe a été ordonnée par le préfet du Nord, deux semaines après une vaste opération antiterroriste visant ses dirigeants.

Accusé de contribuer à « la diffusion de l’islam radical chiite à l’échelle européenne », le Centre Zahra France, à Grande-Synthe, est visé par un ordre de fermeture, pris par le préfet du Nord. « Est prononcée, pour une durée de six mois, la fermeture du lieu de culte’Centre Zahra’», est-il indiqué dans un arrêté daté du 15 octobre.

Visé par une vaste opération antiterroriste

L’association religieuse chiite avait fait l’objet, le 2 octobre, d’une vaste opération antiterroriste impliquant 200 policiers, à l’issue de laquelle trois personnes avaient été placées en garde à vue. Selon un communiqué de la préfecture du Nord, les activités du Centre Zahra France étaient « particulièrement suivies en raison du soutien marqué par ses dirigeants à plusieurs organisations terroristes et en faveur de mouvements prônant des idées contraires aux valeurs de la République ». Dans le même temps, les fonds de l’association avaient été gelés pour une durée de six mois.

 

Mais quelle est cette association fondée en 2005 ? Sur son site Internet, elle dit avoir pour but « de faire connaître le message de l’islam à travers le regard du Prophète et de sa famille ; de les faire connaître, de traduire leurs pensées et de témoigner de leurs œuvres ». Dirigée par Yahia Gouasmi, Jamel Tahiri et Abdelkrim Khalid, elle se présente au premier abord comme un centre spirituel compilant des citations du Coran ou des vidéos théologiques.

Proximité idéologique avec l’Iran

Parmi celles-ci, on retrouve par exemple un discours d’Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, mouvement politico-militaire chiite libanais, lié à la République islamique d’Iran. De même, dans un article daté du 11 février dernier, le centre Zahra célèbre le 39e anniversaire de la « victoire de la Révolution islamique » en Iran, « cette Révolution qui a contrecarré tous les plans de l’impérialo-sionisme ». Cette proximité idéologique avec l’Iran est confirmée par Romain Caillet, spécialiste de la sphère djihadiste.

Mais le Centre Zahra France ne se limite pas aux contenus religieux. Sur son site, l’association relaie aussi les articles du Parti antisioniste (PAS), qui a vu le jour en 2009 et compte 300 000 abonnés sur Facebook. Il se présente explicitement comme émanant du Centre Zahra France et se veut le « porte-étendard du combat contre le sionisme ». « N’ayez aucun doute, ce combat est d’ores et déjà gagné : le sionisme vit ses dernières années », est-il même affirmé sur le site de l’organisation fondée et toujours dirigée par Yahia Gouasmi.

Dieudonné et Alain Soral

Ce dernier a mené une liste antisioniste aux élections européennes de 2009 avec Dieudonné et Alain Soral. En janvier 2015, dans un communiqué après l’attaque de Charlie Hebdo, Yahia Gouasmi condamnait « avec force la responsabilité du sionisme dans cet attentat ».

 

Outre le Parti antisioniste, le Centre Zahra héberge plusieurs organisations, comme la Fédération chiite de France ou France Marianne Télé. Les autorités françaises soupçonnent celles-ci de légitimer le djihad et de faire l’apologie de mouvements comme le Hamas palestinien et la branche militaire du Hezbollah, qui figurent sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

« C’est une communauté très fermée, on ne sait pas trop ce qu’il se passe à l’intérieur, il y a souvent des gardes devant l’entrée », témoignait auprès de l’AFP une riveraine, sous couvert d’anonymat. Contactée par La Croix, la mairie de Grande-Synthe, qui précisait n’avoir aucun lien avec cette association, avait expliqué savoir que les dirigeants de l’organisation étaient suivis de près depuis quelque temps mais assure n’avoir jamais fait elle-même de signalement.

 

La Croix

Au ministère de l’intérieur, l’islam de France reste une priorité

La création d’un cadre pour l’islam de France et la formation des imams sont les priorités de la politique de Christophe Castaner envers les cultes.

Pas de révolution place Beauvau. En matière de politique des cultes, l’action du nouveau ministre de l’intérieur Christophe Castaner, nommé le 16 octobre pour succéder à Gérard Collomb, devrait s’inscrire dans la continuité de celle de son prédécesseur.

« Il n’y a pas de mystère, les chantiers principaux demeurent ceux qui ont été clairement affichés par le président de la République dans son discours au Conseil français du culte musulman (CFCM) en juin 2017 », fait-on savoir au ministère. Prioritaire entre tous, le dossier de la structuration de l’islam de France devrait avancer dans les mois qui viennent pour aboutir à une série d’annonces d’ici au début de l’année 2019.

 

« Les musulmans ont envie de s’impliquer »

Afin d’associer les fidèles musulmans à ce travail, des assises territoriales de l’islam se sont tenues à l’échelle nationale tout au long de l’été. Les conclusions, transmises début octobre par les préfets au ministère de l’intérieur, seront prochainement présentées au premier ministre et au président de la République.

« Il en ressort que les musulmans ont envie de s’impliquer dans l’organisation et le financement de leur religion », a déclaré Christophe Castaner dans d’un entretien au JDD paru le 21 octobre. Reste à savoir quelles actions concrètes émergeront de ces débats.

 

Poursuivre le dialogue

Pour l’heure, le calendrier demeure flou, de même que la nature des travaux préparatoires, qui auront lieu durant l’automne. Les sujets les plus pressants sont néanmoins identifiés. « La formation des imams est un autre sujet essentiel, sur lequel il y a un vrai consensus avec les acteurs du culte musulman », commente-t-on place Beauvau. « Ils sont confrontés à des situations sociales parfois très inquiétantes, parfois à des radicalisations, et il faut qu’ils soient formés pour y faire face. »

Il apparaît notamment crucial au gouvernement que cette formation ait lieu en France dans un cadre institutionnel, pour s’assurer que les imams peuvent s’exprimer en français, et possèdent une connaissance des lois de la République.

Le ministère de l’intérieur entend poursuivre le dialogue ouvert par le biais des assises territoriales de l’islam avec les acteurs du culte musulman. « Ce n’est pas une discussion ponctuelle, l’idée est de maintenir le lien, on va voir sous quel format et avec quels interlocuteurs cela va se poursuivre », poursuit un conseiller du ministre. Pour lui, le dialogue avec le CFCM, « même très régulier », ne saurait être « l’alpha et l’oméga » des interlocuteurs de l’État.

 

La Croix

La Chine reconnaît l’existence de camps de détention pour musulmans

Après avoir nié l’enfermement d’environ un million de citoyens du Xinjiang, les autorités cherchent à lui donner une base légale.

Durant des mois, Pékin a nié avec force l’existence des camps secrets de détention de musulmans au Xinjiang, malgré l’accumulation de preuves récoltées par des ONG et des médias étrangers. Mais cette semaine, le Parti communiste chinois a brusquement changé de discours et tenté de justifier l’enfermement d’environ un million de citoyens, majoritairement issus de l’ethnie ouïghoure, en proposant des amendements à la loi «anti-extrémisme». Ces nouveaux textes cherchent à donner un cadre légal à l’utilisation de «centres de formation professionnelle» pour «éduquer et transformer» les personnes influencées par une idéologie extrémiste et leur offrir des «opportunités d’emploi».

Quelle est la réalité de ces camps ?

Depuis le printemps 2017, le pouvoir chinois a développé l’internement à grande échelle de citoyens musulmans de la province du Turkestan oriental (ou Xinjiang). Selon de multiples témoignages et enquêtes, environ 10% de la population musulmane de la région serait détenue dans des dizaines de centres de détention extrajudiciaires, visibles sur des images satellites. Sous prétexte de lutte antiterroriste, les autorités arrêtent arbitrairement des citoyens de tout âge. La plupart disparaissent sans donner de nouvelles, enfermés sans limite de durée dans des cellules surpeuplées, soumis à un endoctrinement politique intensif, centré sur l’apprentissage par cœur des «pensées de Xi Jinping», le président chinois.

Sur quelle base se font ces arrestations ?

Toute marque de conviction religieuse, de respect de la tradition locale ou de liens avec l’étranger peut être considérée comme signe de «radicalisation» ou de «sympathie terroriste». Dans une région soumise à un contrôle policier de type totalitaire, la liste des infractions qui sont susceptibles d’envoyer un habitant derrière les barreaux est kafkaïenne. Par exemple : ne pas boire d’alcool ou fumer, utiliser la messagerie Whatsapp, être jeune et porter une longue barbe ou un foulard, refuser de livrer ses données biométriques, participer à des funérailles traditionnelles, parler avec quelqu’un qui a voyagé à l’étranger, ne pas laisser un fonctionnaire dormir dans son lit, tenter de se suicider lors d’une garde à vue, appeler son enfant Medina ou Mohammed, posséder plusieurs couteaux, refuser d’écouter la radio d’Etat ou de dénoncer ses proches… La liste d’interdits vient de s’allonger avec une loi «anti-halal», votée lundi dernier. Selon l’AFP, qui reprend un article publié par la municipalité d’Urumqi, la capitale de la province, les cadres du Parti ont reçu l’ordre de poster sur les réseaux sociaux ce serment : «Je crois au marxisme-léninisme. Je lève l’étendard et combats jusqu’au bout la mode du halal, ferme dans ma croyance, et même jusqu’à la mort». Le Global Times, journal officiel du Parti, justifie ce texte par le fait que le halal favorise «l’enlisement dans l’extrémisme religieux».

Quelle est la justification de ces camps ?

Plusieurs attentats terroristes ont été commis ces dernières années par des commandos ouïghours, faisant une centaine de victimes, et des dizaines de Chinois musulmans avaient rejoint l’Etat islamique en Syrie. Mais la radicalisation reste vraisemblablement marginale, et la plupart des arrestations touchent des citoyens lambda, séparés brutalement de leurs enfants envoyés en orphelinat. Depuis deux semaines, plusieurs sources affirment qu’un déplacement massif de prisonniers est organisé par chemin de fer et par avion vers des prisons de provinces chinoises éloignées – sans que cette information puisse être pour le moment vérifiée.

Quelle est la réaction de la communauté internationale ?

Pendant de longs mois, les gouvernements et organisations internationales ont gardé le silence, notamment parce que la censure et l’intimidation des Ouïghours, qui s’opère jusqu’en France, empêchaient de vérifier les informations. En août, les Nations unies ont pour la première fois réclamé la fermeture des camps. Vendredi, des élus du Congrès américain ont rendu un long rapport sur la «répression sans précédent» de la minorité musulmane chinoise, qui, selon eux, pourrait «constituer un «crime contre l’humanité», et ont annoncé leur intention de nommer Ilham Toti, un universitaire pacifiste ouïghour emprisonné à vie, pour le prix Nobel de la paix 2019. Depuis l’arrestation de ce dernier en 2014, les arrestations de chercheurs et professeurs chinois musulmans se sont multipliées. Mercredi, l’Ecole des hautes études pratiques (EPHE) a dénoncé la condamnation à mort de son docteur honoris clausa, le géographe chinois d’origine ouïghoure Tiyip Taspholat, qui avait disparu en février 2016 à Pékin. Selon le président de l’EPHE, il est reproché à son homologue de l’université du Xinjiang de «nourrir un attachement secret pour sa culture».

 

Libération.fr

La plupart des Occidentaux favorables à l’interdiction du voile intégral

Selon une récente enquête du Pew Research Center, la majorité des adultes non-musulmans d’Europe occidentale se disent opposés au port de vêtements féminins musulmans masquant le visage.

Le Pew Research Center vient de publier une enquête sur la réaction des Occidentaux non-musulmans à l’égard de la burqa (vêtement afghan couvrant complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux), du niqab (voile intégral ne laissant apparaître qu’une fente pour les yeux) et autre voile intégral.

Réalisée dans 15 pays d’Europe occidentale – Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède et Suisse –, cette étude montre une claire opposition au fait de cacher son visage en public.

Aux Pays-Bas, 66 % des adultes considèrent que les femmes musulmanes vivant dans le pays ne devraient pas être autorisées à porter un vêtement religieux couvrant leur visage, et 15 % considèrent que tout vêtement religieux devrait être interdit.

En France, ils sont respectivement 51 % des adultes à considérer que les femmes musulmanes ne devraient pas être autorisées à couvrir leur visage, et 23 % à considérer que tout vêtement féminin musulman devrait être interdit.

 

De même au Royaume-Uni, 53 % des adultes non-musulmans acceptent que les musulmanes vivant au Royaume-Uni soient autorisées à porter des vêtements religieux tant que ceux-ci ne couvrent pas leur visage, et 19 % souhaitent interdire tous vêtements féminins musulmans.

Les pays les plus opposés au port d’un vêtement couvrant le visage sont ceux qui ont promulgué des lois allant dans ce sens, à commencer par le Danemark (22 % d’opposition à tout vêtement musulman) où une loi, entrée en vigueur en août dernier, rend illégal le fait de masquer son visage en public, sauf en cas de grand froid.

L’Autriche (24 % d’opposition à tout vêtement musulman), la Belgique (28 %), l’Italie (31 %) et l’Espagne (24 %) ont également promulgué des lois semblables ces dernières années. Même si, le plus souvent, ces lois récemment promulguées ne ciblent pas explicitement la burqa ou le niqab.

Le Portugal et la Finlande font exception

Dans cette enquête, le Portugal et la Finlande font exception : seulement 12 % de Portugais et 14 % des Finlandais se disent opposés au port de tout vêtement couvrant le visage. Et 52 % des Portugais sont d’accord pour autoriser le port de n’importe quel vêtement religieux.

On peut donc dire, selon Pew Research Center, que de « telles lois sont conformes aux attitudes d’une grande partie des Européens occidentaux sur la question ».

Cette même enquête du Pew research Center montre aussi que la majorité des Européens occidentaux non-musulmans accepte les minorités religieuses, y compris les musulmans. Par exemple, 66 % d’adultes non-musulmans dans ces 15 pays disent qu’ils accepteraient un musulman dans leur famille. En France, 57 % des adultes non-musulmans seraient ouverts à l’éventualité d’accueillir un musulman dans leur famille.

Pourtant, même parmi ces Européens ayant une attitude ouverte envers les musulmans, 55 % se disent opposés au voile intégral. Cela se constate notamment en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suisse et en Autriche, des pays qui ont été touchés ces dernières années par des attentats islamiques et chez qui la volonté d’interdire de tels vêtements est expliquée par des motifs de sécurité.

 

La Croix

Un sommet sur les abus sexuels en février prochain au Vatican

Les présidents des conférences épiscopales du monde entier sont convoqués à Rome du 21 au 24 février 2019 sur la question de la protection des mineurs

Le pape François a décidé de réunir, du 21 au 24 février prochain à Rome, les présidents des conférences épiscopales du monde entier sur la question de la protection des mineurs, a annoncé mercredi 12 septembre le Vatican à l’issue de la rencontre bimestrielle du Conseil des cardinaux.

Après les révélations en cascade aux États-Unis, puis les accusations d’un ancien nonce contre l’inertie de la Curie et le pape lui-même, le travail du dernier « C9 », de lundi à mercredi au Vatican, aura été logiquement consacré en grande partie à cette délicate question des abus sexuels dans l’Église. Les six cardinaux présents à Rome, qui dès lundi avaient d’ailleurs assuré le pape de leur « pleine solidarité », ont donc « amplement réfléchi avec le pape sur le thème des abus », selon leur communiqué final.

« Si l’Église se révèle incapable de répondre de tout son cœur à cette question toutes nos autres activités en seront touchées »

Au cours des sessions, le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston, est par ailleurs longuement revenu sur le travail de la Commission pontificale pour la protection des mineurs qu’il préside et qui s’était justement réunie le week-end précédent. En marge de celle-ci, le cardinal américain avait insisté sur la nécessité de faire de la lutte contre les abus une « priorité ». « Si l’Église se révèle incapable de répondre de tout son cœur à cette question et d’en faire une priorité, toutes nos autres activités d’évangélisation, d’œuvre de charité et d’éducation, en seront touchées », avait-il mis en garde dans un entretien à VaticanNews.

Pour souligner cette urgence, le pape a donc accueilli l’idée de son conseil de convoquer à Rome les présidents de toutes les conférences épiscopales du monde « pour parler de la prévention des abus sur les mineurs et les adultes vulnérables ».

Une réunion inédite jusqu’ici. Pour l’instant, en effet, seuls des épiscopats particuliers avaient été convoqués sur ce sujet (l’Irlande en 2010 avec Benoît XVI, le Chili cette année avec François). Mais la réunion n’aura pas non plus le format d’une assemblée spéciale du Synode des évêques au cours desquelles sont convoqués les présidents d’épiscopat, mais aussi les cardinaux de Curie et des invités du pape.

Moins d’une démarche synodale, il s’agira donc surtout pour le pape François, en s’appuyant sur les présidents des conférences épiscopales, de souligner l’importance de ces dernières. Il entend bien, en effet, leur donner plus de poids dans la lutte contre les abus alors que ses prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoît XVI, mettaient d’abord en avant l’autorité de chaque évêque. Avec l’effet pervers de souvent paralyser ces organes intermédiaires dont ils se méfiaient.

Aujourd’hui, les choses ont radicalement changé. Les révélations successives d’affaires étouffées par des évêques au fil des décennies ont gravement mis à mal l’autorité épiscopale, soulignant la nécessité d’échelons intermédiaires auxquels ils doivent rendre des comptes. Le cas de l’Irlande, cité en exemple par le pape pendant son voyage fin août, est ici remarquable : chaque diocèse y est désormais régulièrement audité par un organisme mis en place par la conférence épiscopale, mais indépendant.

En Allemagne, 4,4 % des clercs auraient abusé d’enfant sur cette période

François, qui, à Dublin, a dit sa volonté d’« un plus grand engagement pour éliminer ce fléau dans l’Église, quel qu’en soit le prix, moral et de souffrances », sait que ce « prix » sera élevé. La transparence qu’il promeut a pour effet de multiplier et d’accélérer les révélations sur le sujet. Mercredi encore, en Allemagne, la publication anticipée par Die Zeit d’un rapport commandé par la Conférence des évêques allemands révélait qu’au moins 3 677 enfants ont été abusés par 1 670 clercs sur une période allant de 1946 à 2014… L’analyse de ces chiffres démontre, selon le rapport, que 4,4 % des clercs auraient abusé d’enfant sur cette période. Une statistique édifiante qui montre à quel point, d’après les auteurs du rapport, les abus sexuels étaient un mal institué dans l’Église allemande.

Désormais conscient de la souffrance des victimes, François rejette cette attitude et souligne, au contraire, que la cause profonde des abus se trouve dans un « cléricalisme » à l’origine d’une véritable « culture de l’abus », ainsi qu’il l’explique dans sa « Lettre au peuple de Dieu », publiée le 20 août dernier.

Une analyse loin, toutefois, d’être partagée par tous. Aux États-Unis, des évêques n’hésitent pas à soutenir les accusations de l’ancien nonce Vigano et à déclarer publiquement que la cause des abus réside non dans le cléricalisme mais dans la présence d’homosexuels au sein du clergé. Les déclarations ambiguës du président des évêques américains au lendemain de la publication du « témoignage » de Mgr Vigano et semblant donner l’impression qu’il allait dans ce sens, ne sont d’ailleurs sans doute pas étrangères à sa rencontre ce midi avec le pape.

Ailleurs, et sans le dire publiquement, beaucoup d’évêques, par manque de formation sur les abus ou par opposition idéologique avec le pape, penchent aussi dans ce sens. François sait qu’il doit convaincre et la rencontre de février sera pour cela cruciale. D’ici là, le rôle des laïcs à qui le pape a demandé de l’aide dans sa lettre ne sera pas négligeable. Comme le relève le théologien américain Massimo Faggioli, « la partie non épiscopale de l’Église a cinq mois pour s’assurer que sa conférence épiscopale et son président ont entendu ce qu’ils doivent entendre et écouter ».

 

La Croix

Macron à l’écoute des juifs de France

À l’occasion du Nouvel an juif, le président Macron a présenté ses vœux à la communauté juive de France, le mardi 4 septembre à Paris.

Il n’a pas pris la parole au micro, mais a écouté les inquiétudes et demandes des responsables communautaires, qui s’alarment de la montée de l’antisémitisme et de l’islamisme radical.

C’est dans un climat particulièrement chaleureux, entre bains de foule, selfies et applaudissements, que le président de la République a été reçu par plus d’un millier de responsables de la communauté de juive de France, ce mardi 4 septembre au soir, sous les hautes et claires voûtes de la grande synagogue de la Victoire, dans le 9e arrondissement de Paris.

Après des premiers ministres et des ministres de l’intérieur les années précédentes, Emmanuel Macron était le premier chef de l’État à honorer un rendez-vous instauré en 2006, après l’assassinat d’Ilan Halimi : la présentation des vœux des pouvoirs publics à la communauté juive à l’occasion du mois de Tichri. Celui-ci marque le début de la nouvelle année hébraïque, et commencera ce dimanche 9 septembre avec la fête de Roch Hachana (littéralement « la tête de l’année »).

De Nicolas Sarkozy à Michel Boujenah

Outre les différents responsables communautaires, de nombreuses personnalités étaient au rendez-vous : ministres (dont le ministre de l’agriculture Stéphane Travert), parlementaires (dont le président du SénatGérard Larcher), ambassadeurs, élus locaux, mais aussi l’ancien président Nicolas Sarkozy, chaleureusement applaudi à son arrivée, ou encore des acteurs comme Michel Boujenah ou Francis Huster.

Le père Louis-Marie Coudray, chargé des relations avec le judaïsme à la Conférence des évêques de France, représentait l’Eglise catholique, tandis que l’évêque nommé de Nanterre, Mgr Matthieu Rougé, était présent à titre personnel.

A la déception d’une partie de l’assistance, le président Macron n’a pas pris la parole au micro, « se contentant » d’écouter les discours des trois orateurs : Joël Mergui, président du consistoire, Haïm Korsia, grand rabbin de France, et Michel Gugenheim, grand rabbin de Paris.

Les inquiétudes d’une communauté

Le premier a voulu lire dans ce silence une volonté de « préférer les actes à la parole » tandis que le deuxième est allé jusqu’à comparer Emmanuel Macron au mur des Lamentations de Jérusalem : « Nous lui confions nos peines et nos espoirs sans qu’il ne nous réponde, alors que nous savons bien qu’il nous entend ! »

Inquiétudes et préoccupations étaient en effet manifestes dans les différentes interventions : celles de voir l’antisémitisme se déployer sur les réseaux sociaux, par exemple, mais aussi la France devenir peu à peu une « terre d’exil »pour les juifs – qui la quittent notamment pour Israël –, après avoir été longtemps une « terre d’asile ».

 

Pointant « l’islamisme qui ronge notre XXIe siècle », Joël Mergui a fustigé sans ambages la « mauvaise conscience » qui pousse selon lui la société française à « tout accepter, tout pardonner, aux nouveaux damnés de la terre, parce qu’ils ont connu la misère et la colonisation ».

« Laïcité de repli », « laïcité généreuse »

Quelques instants plus tard, Joël Mergui a également déploré une certaine « laïcité de repli » qui, en croyant lutter contre l’islamisme radical, ferait des juifs de France des « victimes collatérales ». « Les juifs ne demandent aucun traitement de faveur, aucun privilège particulier, mais l’application rigoureuse des libertés individuelles », a-t-il énoncé, citant l’exemple de l’abattage rituel.

Haïm Korsia a quant à lui félicité le président pour la « laïcité généreuse » développée lors du dernier diner du CRIF, le 9 mars dernier – c’était le premier auquel Emmanuel Macron participait en tant que chef de l’Etat. Le grand rabbin l’a également remercié pour sa présence inattendue aux funérailles de Mireille Knoll, l’octogénaire juive tuée en mars à Paris.

Un voyage « prochain » en Israël ?

Parmi les demandes adressées à Emmanuel Macron, Haïm Korsia a surtout insisté sur la nécessité de la formation et l’éducation des jeunes citoyens, pour « extirper les racines de l’ignorance ».

Quant à Joël Mergui, il a réitéré une demande récurrente de la communauté juive : que le chef de l’État reconnaisse Jérusalem comme capitale d’Israël. Il a d’ailleurs signalé que le président Macron lui avait assuré qu’il se rendrait « prochainement » en Israël, sans plus de précision. Emmanuel Macron lui aurait également dit avoir à cœur de « soutenir et inaugurer » le futur centre européen du judaïsme. Celui-ci, en travaux dans le 17e arrondissement de Paris, pourrait ouvrir au premier semestre 2019.

 

La Croix

Suisse : une formation pour aumôniers hospitaliers musulmans lancée

Fruit d’une collaboration entre le canton de Zurich, le Centre Suisse Islam et Société (CSIS) de l’Université de Fribourg et l’association faîtière des organisations musulmanes du canton de Zurich (VIOZ), une formation continue intitulée « Aumônerie et accompagnement dans un contexte interreligieux » sera lancée dès le 1er septembre.

Douze personnes – six hommes et six femmes selon le portail catholique suisse Cath – ayant des connaissances avancées en théologie islamique y participeront en vue d’être employée comme aumôniers hospitaliers dans le service public.

À travers cette formation, les autorités de Zurich souhaitent répondre à « un besoin en aumôniers musulmans qualifiés pour les patients musulmans dans la détresse ou en fin de vie qui se fait sentir depuis plusieurs années ».

Pour ce faire, les 12 participants assisteront à une formation théorique qui prendra fin au mois d’octobre avant de suivre un stage pratique auprès d’établissements publics avec l’encadrement des aumôniers chrétiens. Les participants à cette formation universitaire auront également à passer un test de sécurité auprès de l’Office de l’exécution judiciaire.

Selon le professeur Hansjörg Schmid du CSIS, « cette formation permettra aux aumôniers d’acquérir des compétences professionnelles pour l’accompagnement dans un contexte interreligieux et interculturel au sein des institutions publiques telles que les hôpitaux ». Cette initiative a ainsi reçu le soutien des Églises chrétiennes de Zurich (catholique et protestante).

 

Saphirnews

Protestantisme, ces femmes qui se veulent libres et résistantes

L’assemblée du Désert a rassemblé, dimanche 2 septembre, plusieurs centaines de protestants.

250 ans après la libération de Marie Durand, figure historique du protestantisme français, la place de la femme était au cœur de ce rendez-vous annuel.

Venue dimanche 2 septembre, comme chaque année, à l’Assemblée du désert de Mialet, Caroline Cousinié est pasteure au sein du consistoire de Piémont des Cévennes. Âgée de 39 ans, mère de deux enfants, elle a épousé, sur les bancs de la faculté de théologie, un autre pasteur. « J’avais peur d’être dans son ombre », confie-t-elle. Dans le même consistoire mais en charge de paroisses distinctes, le couple pastoral exerce aujourd’hui avec des sensibilités différentes. « Lui est plus ancré dans des notions politiques, tandis que je suis davantage sensible à la place des individus, à l’humain », témoigne-t-elle. Dans l’Église protestante unie, un pasteur sur trois est une femme. « C’est une fierté, poursuit Caroline Cousinié. Chacun, homme ou femme, doit pouvoir trouver sa place. Il appartient à nous tous de savoir vivre ensemble. »

Une Église qui a su faire bouger les lignes

La place de la femme dans l’Église protestante était au cœur de ce rassemblement annuel, qui commémorait Marie Durand (1711-1776), et d’autres « Femmes du désert ». Deux cent cinquante ans après la libération de cette figure historique du protestantisme luthéro-réformé français, l’acte de résistance de cette femme qui refusa d’abjurer sa foi, malgré 38 années d’emprisonnement dans la tour de Constance d’Aigues-Mortes (Gard), continue d’inspirer. De nombreuses protestantes disent en effet puiser encore une certaine force dans Marie Durand, l’une des rares femmes dont on ait aujourd’hui le témoignage écrit.

« Les protestantes vivent avec leur temps », constate Valérie Duval-Poujol, théologienne baptiste. Pasteures, professeurs de théologie, Présidentes d’union… Ces responsabilités auxquelles elles ont accédé depuis une cinquantaine d’années sont le résultat, selon elle, d’une Église qui a su faire bouger les lignes. « Nous avons la chance d’être liés au texte biblique, et seulement au texte. Cela nous permet sans doute d’avancer plus vite que s’il fallait faire bouger les traditions », estime la théologienne, rappelant que le début du mouvement féministe en France est très protestant, et citant, entre autres, Évelyne Sullerot, fille de pasteur, cofondatrice du mouvement français pour le planning familial.

Au XXIe siècle, être femme protestante n’est pas sans défi. « La génération précédente a revendiqué et gagné des droits. Nous pouvons aller plus loin, souligne encore Valérie Duval-Poujol. L’enjeu actuel est sans doute une prise de décision plus affirmée avec les hommes. Ce qui serait normal, ce serait que l’humanité marche sur ses deux jambes, que les talents des deux genres soient utilisés en complémentarité, en égalité. »

Trois protestantes du XXIe siècle habitées par le « même esprit de justice »

Dans les allées, Anne Heimerdinger, pasteure depuis moins de trois ans dans le consistoire du Vaunage Vistrenque, en charge des paroisses du littoral, salue de nombreuses têtes connues. À 49 ans, divorcée, mère de cinq enfants, elle ne considère pas son entrée « tardive » dans le pastorat comme un rôle. « C’est pour moi le seul moyen de partager ce que j’ai reçu. J’aime être au service. » Au sein du consistoire, elle dit ressentir « une grande liberté » de pouvoir être elle-même.

Si « être libre » est le maître mot de son engagement, la résistance, devise de Marie Durand, l’est également. Mais pour elle, résister ne doit pas se restreindre à des grands actes brandis comme des symboles. « Aller à la rencontre de l’autre est, en soit, déjà, une forme de résistance : le découvrir tel qu’il est en faisant fi des cases dans lesquels la société essaie de l’enfermer. Il y a encore trop de stéréotypes dans notre société. Je pense notamment aux exclus, aux migrants, aux homosexuels… Rester libre face à un discours ambiant demande une forme d’audace. »

Cette audace, cette capacité d’oser est également la clé de la place des femmes dans l’Église protestante, affirme Valérie Duval-Poujol. En guise d’inspiration plus contemporaine, dans le sillage de Marie Durand, elle cite trois protestantes du XXIe siècle, « aux combats différents, mais habitées par le même esprit de justice » : le docteur Irène Frachon, lanceuse d’alerte contre le Mediator, Geneviève Jacques, présidente de la Cimade jusqu’à cet été, et la luthérienne Leymah Gbowee, au Liberia, prix Nobel de la Paix 2011.

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« La résistance de Marie Durand a forgé l’identité du protestantisme »

Inès Kirschleger, maître de conférence en littérature française à l’université de Toulon, spécialiste de la spiritualité réformée à l’âge classique (17e et 18e siècle).

« Marie Durand a voulu résister à l’abjuration jusqu’au bout, et éventuellement jusqu’à la mort. Cette résistance s’est manifestée par une grande constance dans la façon dont elle a supporté sa captivité. Elle a pris un rôle au sein des prisonnières en devenant la porte-parole car elle était éduquée, elle savait lire et écrire. Elle est devenue une légende et a été très fortement idéalisée. Son courage, malgré son jeune âge et son inexpérience, lui a permis de porter haut et fort une voix d’opposition face à une autorité politique. Les témoignages, dans l’Histoire, comme celui de Marie Durand sont rares. Seule une dizaine, sur la période, existent, notamment celui écrit, juste après la révocation de l’édit de Nantes, par Blanche Gamond, exilée, arrêtée, incarcérée dans des conditions extrêmes. Ces textes sont souvent très énergiques dans la manière d’exprimer la résistance. »

 

La Croix