Une inauguration en grande pompe pour l’Institut français de civilisation musulmane à Lyon avec Castaner

L’Institut français de civilisation musulmane (IFCM), présidé par le recteur de la Grande Mosquée de Lyon Kamel Kabtane, a été inauguré en grande pompe, jeudi 19 septembre, en présence de Christophe Castaner. Le ministre de l’Intérieur a loué un établissement qui porte une « vision d’un islam ouvert » et « qui s’inscrit pleinement dans la République ».

 

 

 

« Vive l’IFCM, vive Lyon et vive la République ! » Jeudi 19 septembre fut un grand jour pour Kamel Kabtane, qui a toutes les raisons de jubiler. Vingt-cinq ans après l’inauguration de la Grande Mosquée de Lyon dont il est le recteur, c’est au tour de l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM) d’être inauguré. Trois ans après la pose de la première pierre, la cérémonie a vu la présence du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, et de son prédécesseur, le maire de Lyon, Gérard Collomb.

A Lyon et sa région, « vous êtes à l’avant de la construction de cet islam (…) qui adhère pleinement aux valeurs de la République », a déclaré le ministre en charge des Cultes, qui a plaidé dans son discours pour « un islam pleinement représentatif, pleinement ancré dans les territoires ». Référence est faite aux conclusions des Assises territoriales de l’islam de France, organisées au second semestre de l’année 2018, et à l’issue desquelles une départementalisation du culte musulman a été plébiscitée. Un mode d’organisation qui s’est structuré dans la région lyonnaise bien avant les Assises, et ce en dehors du Conseil français du culte musulman (CFCM).

« S’opposer à ceux qui veulent construire les murs du communautarisme »

« L’Etat n’a pas à structurer lui-même une religion. L’Etat n’a pas à dicter des règles d’organisation à un culte. Ce serait contraire à la laïcité », a-t-il réaffirmé sur un ton similaire au discours prononcé à Strasbourg en mai au cours d’un iftar du Ramadan. « Mais c’est en revanche le rôle de l’Etat, pleinement, de s’assurer du respect des lois de la République et notamment de la loi de 1905. C’est pleinement à l’Etat de veiller à la liberté religieuse (…), de refuser les influences et les ingérences étrangères (…), de s’opposer à ceux qui veulent construire les murs du communautarisme pour y interdire la République. »

« La laïcité, ce n’est pas le combat contre les religions, c’est n’en privilégier aucune et de les respecter chacune dès lors qu’elles acceptent et respectent les lois de la République. (…) Je sais que c’est cette vision d’un islam ouvert, qui parle aux autres cultures et qui les respectent, qui s’inscrit pleinement dans la République sur vous portez ici à l’IFCM », a fait part Christophe Castaner, qui martèle sa volonté de l’Etat de « nous battre partout contre la haine, contre les atteintes aux lieux de culte » qui sont « inacceptables et insupportables ».

 

L’IFCM comme « un instrument de paix »

« Comment ne pas voir en France que la connaissance de l’islam est une nécessité absolue alors qu’il représente la deuxième religion de notre pays, alors que, dans ses arts et ses sciences, notre culture occidentale porte de multiples témoignages d’échanges et d’hybridation avec la civilisation musulmane », a fait part Gérard Collomb, pour qui l’IFCM « répond ainsi parfaitement dans sa forme à sa vocation : être un lieu d’échanges, de transmission des savoirs, de diffusion des arts et, ce faisant, un instrument de paix ».

Il faut, ajoute-t-il, « donner à voir toute (la) richesse » de l’islam et ainsi permettre de « faire reculer le dénuement intellectuel sur lequel prospère souvent ce mal (l’obscurantisme) dont chacun connaît désormais sa folie destructrice ».

Des mots qui témoignent de l’indéfectible soutien du maire de Lyon, comme ses prédécesseurs dont « la fidélité n’a pas vacillé » depuis le début des années 1980, a reconnu Kamel Kabtane.

 

De grandes ambitions affichées

« Les activités « hors les murs » vont pouvoir investir leur maison », l’IFCM, comme les formations laïques à destination, entre autres, de cadres religieux, en partenariat avec l’Université catholique de Lyon et l’université Lyon 3. « Il est une bataille intellectuelle à mener contre toutes les intolérances, les ignorances », a soutenu son président. Une bataille dont il présage « une victoire pacifique plus forte et plus durable que celle des armes. »

L’IFCM, à quelques pas de la Grande Mosquée de Lyon, affiche de grandes ambitions, parmi lesquelles celui de créer une formation universitaire « non confessionnelle », du niveau de la licence, et qui « serait prêt à être mis en œuvre dès l’année prochaine (septembre 2020) si le ministère de l’Enseignement supérieur, de l’Education nationale et de l’Intérieur trouvaient les moyens d’ouvrir un poste d’enseignant-chercheur en islamologie et un poste administratif pour assurer la bonne mise en place de ce cursus original », a lancé Kamel Kabtane.

« « Donnons-nous les moyens de développer non pas l’islam en France mais l’islam de France. (…) Ensemble, nous devrions nous donner entre 5 et 10 ans pour former nos imams ici, en France, et nulle part ailleurs », a-t-il plaidé.

Un financement saoudien « sans aucune condition » pour l’IFCM

De tels ambitions exigent nécessairement de lourds financements pour l’IFCM, qui aura coûté 11 millions d’euros. Sa vocation étant strictement culturel, trois millions d’euros ont été injectés par l’Etat, la Ville de Lyon et sa métropole. Entre 1,5 et 2 millions d’euros ont, quant à eux, été octroyés par la Ligue islamique mondiale (LIM).

Si le financement des collectivités publiques permet à ces dernières d’avoir un droit de regard sur les activités de l’IFCM, celui de la LIM est « donation sans aucune condition » qui vient, aux yeux de Kamel Kabtane, « concrétiser la volonté de la LIM de soutenir et de promouvoir un islam modéré, un islam de paix, d’ouverture et de fraternité envers les autres ». Après Paris, son secrétaire général, Mohammed Ben Abdul Karim Al-Issa, n’a pas manqué de se rendre à l’inauguration de l’IFCM, s’affichant ainsi aux côtés de Christophe Castaner.

Pour Gérard Collomb, « la création de l’IFCM ouvre un vaste champ des possibles ». Le bel édifice, qui s’étale sur 2 700 m2 et cinq niveaux, compte un amphithéâtre, un espace d’expositions, huit salles dédiées à l’enseignement, des laboratoires de langue, une médiathèque ouverte à tous et constitué avec l’aide, entre autres, du prêtre Christian Delorme et de la famille de l’universitaire Ali Merad. ou encore un salon de thé. Outre les formations laïques précitées, des cours de langue arabe et de français langue étrangère (FLE) seront dispensés à l’IFCM, qui se veut aussi un lieu de conférences, de débats, de séminaires et d’expositions.

Saphirnews

Le pape François dramatise les tensions dans l’Eglise catholique en évoquant l’hypothèse d’un « schisme »

Dans l’avion qui le ramenait de son voyage en Afrique, le chef de l’Eglise catholique a répondu vertement aux cercles conservateurs qui le critiquent.

Le pape François contre-attaque, et contre-attaque fort. Lors de la conférence de presse qu’il a tenue dans l’avion qui le ramenait de son voyage dans trois pays africains de l’océan Indien, mardi 10 septembre, le chef de l’Eglise catholique a répondu vertement aux cercles conservateurs qui le critiquent de manière de plus en plus bruyante, au point, pour certains, de mettre en cause sa légitimité pontificale. « Je n’ai pas peur », leur a-t-il opposé.

Durant le vol aller, le 4 septembre, il avait lancé : « C’est un honneur que les Américains m’attaquent », à propos du livre de Nicolas Senèze, Comment l’Amérique veut changer de pape (Bayard), qui décrit les efforts de cénacles catholiques conservateurs américains pour « changer de pape », notamment en raison de désaccords sur son discours économique et ses critiques contre la mondialisation.

Interrogé mardi sur cette confrontation, il a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’un « schisme » (la question lui avait été posée à propos de l’Eglise américaine). Il a accusé ses adversaires d’introduire de « l’idéologie » dans la doctrine de l’Eglise. « Et quand la doctrine ruisselle d’idéologie, il y a la possibilité d’un schisme », a-t-il affirmé.

Il a pris pour exemple ceux qui l’accusent d’être « trop communiste »et a expliqué qu’il suivait simplement les traces et les enseignements de ses prédécesseurs, à la suite du concile Vatican II (concile qui, de 1962 à 1965, a actualisé la place et le discours de l’Eglise dans la société contemporaine). « Par exemple, les choses sociales que je dis, c’est la même chose que ce qu’avait dit Jean-Paul II. La même chose ! Je le copie ! » La référence ne manque pas de malice, Jean-Paul II étant une référence absolue pour les courants conservateurs.

« Je n’ai pas peur des schismes »

Le pape François s’est attardé sur l’histoire des schismes, nombreux dans l’histoire du christianisme et du catholicisme. De ce survol, il a tiré une conclusion : « Les schismatiques, systématiquement, se coupent du peuple, de la foi du peuple. » Selon lui, « le chemin du schisme n’est pas chrétien ». Mais, a-t-il répété sans se lasser : « Moi, je n’ai pas peur des schismes. » Cependant, il dit « prier pour qu’il n’y en ait pas », par sollicitude pour la santé spirituelle de ceux qui seraient tentés d’en provoquer un. « Je prie pour qu’il n’y ait pas de schisme, mais je n’ai pas peur », a-t-il résumé.

Cette offensive du pape est d’autant plus remarquable qu’il a pour règle, justement, de ne pas répondre aux attaques. Cette stratégie avait connu une application spectaculaire en août 2018. L’archevêque Carlo Maria Vigano, ancien nonce aux Etats-Unis, venait de publier une lettre ouverte accusant François d’avoir protégé le cardinal américain Theodore McCarrick, contre qui existent des accusations de violences sexuelles (qu’il nie). Ce prélat a été défroqué depuis. Mgr Vigano allait jusqu’à demander la démission du pontife argentin. Cet épisode est décrit dans le livre du journaliste Nicolas Senèze comme une « tentative de putsch ».

Or, dans l’avion qui le ramenait d’Irlande, deux jours plus tard, le pape avait répondu aux journalistes qu’il ne dirait « pas un mot » de cette charge portée contre lui. Il leur avait juste recommandé de faire leur travail d’enquête pour se faire une opinion sur la véracité des accusations de l’ancien nonce. Peu après, il avait ordonné une investigation au Vatican sur ces mêmes accusations. On ne sait ni si elle est achevée ni quelles en sont les conclusions.

Un automne qui s’annonce chargé et mouvementé

Parler aujourd’hui, aussi longuement et avec autant d’insistance, de l’hypothèse d’un schisme a, pour le pontife jésuite, une triple fonction. D’abord, cela dramatise les attaques portées contre lui, tant le concept de schisme est teinté de connotations négatives et graves, et cela réaffirme sa volonté de maintenir son cap en dépit des pressions.

En second lieu, cela place ses adversaires dans une position de dissidents, de minoritaires, en délicatesse avec l’institution et sa doxa. Or ceux-ci n’ont de cesse d’accuser le pape d’avoir lui-même introduit la rupture dans la doctrine de l’Eglise, de l’avoir subvertie par le sommet et d’imposer des conceptions hétérodoxes – certains vont jusqu’à employer le mot hérétique.

Enfin, peut-être est-ce aussi un acte d’autorité à l’orée d’un automne qui promet d’être chargé et mouvementé au Vatican. En octobre, un synode des évêques sur l’Amazonie devrait aborder la question de l’ordination d’hommes mariés pour palier le manque de prêtres et améliorer la prise en charge pastorale de cette immense région. A une date encore inconnue, devrait en outre être enfin publiée la nouvelle Constitution vaticane, qui pourrait impulser d’autres changements substantiels dans le fonctionnement de l’Eglise et qui a déjà suscité des remous à l’intérieur de la curie romaine.

Des critiques « d’un peu partout, y compris de la curie »

Le pape a d’ailleurs expliqué, mardi, que les critiques à son encontre « ne viennent pas seulement des Américains » mais « d’un peu partout, y compris de la curie » romaine. Il a assuré qu’il était disposé à entendre toute critique « loyale » faite ouvertement. « Quelques fois, cela me fâche », a-t-il concédé, mais « je tire toujours un avantage des critiques, toujours ».

En revanche, il a montré son aversion pour les critiques faites « sous la table », par « ceux qui te font des sourires et après te poignardent dans le dos ». Il y voit la signature de « petits groupes fermés qui ne veulent pas entendre la réponse à la critique » et qui « lancent la pierre en se cachant la main ». « Faire une critique sans vouloir entendre la réponse ni vouloir dialoguer, a-t-il insisté, ce n’est pas vouloir du bien à l’Eglise et c’est suivre une idée fixe, non ? Comme changer de pape, changer de style, faire un schisme. »

Pour faire bonne mesure, François s’en est pris au contenu des critiques qui lui sont faites par ces cercles conservateurs. Il leur a reproché d’avoir une « idéologie ascétique » consistant à donner « le primat d’une morale ascétique sur la morale du peuple de Dieu ». Comme souvent, il les a qualifiés de « rigides ». « Aujourd’hui, a-t-il ajouté, nous avons tellement d’écoles de rigidité dans l’Eglise, qui ne sont pas des schismes mais qui sont des chemins chrétiens de type schismatique. Et, à la fin, ils finiront mal. »

Le Monde.fr

La destruction de la tombe du Prophète à Médine sur les rails

Un plan visant à détruire la tombe du Prophète située dans la mosquée de Médine, le deuxième lieu saint de l’islam, et à déplacer le corps vers un cimetière voisin est envisagé en Arabie Saoudite, a révélé lundi 1er septembre le journal britannique The Independent. C’est du moins ce que préconise un rapport de 61 pages qui circule entre les mains des responsables en charge du lieu saint.

La mosquée du Prophète, Masjid Al-Nabawi, à Médine, qui renferme la tombe de Muhammad, attire chaque année des millions de visiteurs musulmans. Mais les autorités religieuses wahhabites craignent que son tombeau ne devienne un lieu d’idolâtrie. Le corps du Prophète, selon le document, pourrait être déplacé dans le cimetière voisin d’al-Baqi, et placé dans une tombe anonyme, pour éviter tout recueillement.

Plusieurs membres de la famille de Muhammad reposent déjà dans ce cimetière. En 1924 déjà, toutes les inscriptions des tombes ont été enlevées, pour que les pèlerins ne sachent pas où ils sont enterrés, et qu’ils ne prient pas sur leurs tombes. Le père du Prophète y a été déplacé dans les années 1970.

Le document recommande aussi de retirer le Dôme vert, qui surplombe la tombe et les chambres qui l’entourent. Ces dernières, utilisées par les femmes et les filles du Prophète, devraient aussi être détruites, pour les mêmes raisons. Ces pièces attenantes sont particulièrement chéries par les chiites en raison de leur lien particulier avec Fatima, la plus jeune des filles de Muhammad et épouse du calife Ali.

S’il n’a pas encore été officiellement validé, le projet ne manquera pas de susciter la controverse dans le monde musulman. L’approbation par les autorités saoudiennes du déplacement du corps du Prophète du deuxième lieu le plus saint de l’islam devrait également exacerber des tensions entre sunnites et chiites, déjà vives à cause des conflits syriens et irakiens. Rien n’est dit sur les tombes des califes Abu Bakr et Omar, enterrés près du Prophète, mais leurs corps seraient de facto déplacés avec Muhammad si le projet est approuvé.

Les autorités, accusées depuis longtemps de détruire le patrimoine historique de La Mecque, avait expliqué l’an dernier agir avec « le plus grand soin » s’agissant des lieux saints. Le projet à Médine révélé, de fortes inquiétudes sont renouvelées.

 

Saphirnews

Une nouvelle frappe saoudienne aurait fait plus de 100 morts au Yémen

Alors que depuis l’été, les fronts se multiplient, les alliances s’érodent et les villes changent de maîtres, une constante demeure dans la guerre qui sévit au Yémen. On continue de périr, dans les territoires tenus par les rebelles houthistes, sous les bombes de l’Arabie saoudite et de sa coalition. Dimanche 1er septembre, dans la localité de Dhamar, sous le contrôle des rebelles combattus par Riyad, une frappe visant un centre de détention a fait plus de 100 morts, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Sanaa, qui avait visité le site à plusieurs reprises.

A la tête du CICR au Yémen, Franz Rauchenstein, joint par Le Monde à Sanaa, dénonce un incident « très grave », rappelant que les prisonniers sont protégés, en situation de conflit, par le droit international. La coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen a pour sa part soutenu qu’elle « n’avait pas été informée » du fait que le bâtiment servait de prison. « C’est une cible militaire légitime où sont stockés des drones et des systèmes de défense aériens », a assuré, lors d’une conférence de presse, le porte-parole de la coalition, Turki Al-Maliki. « Les milices houthistes portent l’entière responsabilité » de cette frappe car elles utilisent « ce site comme un lieu de détention de citoyens yéménites [victimes de] disparitions forcées », a-t-il dénoncé.

Pour M. Rauchenstein cependant, l’attaque de la coalition n’est pas un incident ordinaire : « Il ne s’agit pas d’un cas où des civils sont des victimes collatérales. Ce centre de détention, assez connu, où des prisonniers capturés en situation de combat sont enfermés depuis parfois plus de deux ans, a été spécifiquement ciblé pour des motivations qui restent à déterminer. » L’émissaire de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Yémen, Martin Griffiths, a dit pour sa part « espérer que la coalition lance une enquête ».

Depuis l’intervention de l’Arabie saoudite contre les houthistes qui ont pris le contrôle de larges pans du territoire du pays à partir de 2014, la guerre a tué des dizaines de milliers de Yéménites. Les nombreuses pertes civiles causées par les bombardements de la coalition et par les actions des autres belligérants se conjuguent à une crise humanitaire considérée par l’ONU comme la plus grave au monde, alimentée par l’effondrement des institutions et le morcellement croissant du pays.

Confrontations

La descente vers le chaos s’est même accélérée avec les confrontations, au sein même de la coalition antihouthiste, entre les partisans d’Abd Rabbo Mansour Hadi, le président yéménite en exil en Arabie saoudite, soutenu par le royaume, et les séparatistes du sud du Yémen protégés par les Emirats arabes unis. Ces confrontations entre ces forces formellement alliées ont pris une dimension inédite dans le courant du mois d’août à Aden, la deuxième ville du pays, laissant planer le spectre d’une guerre dans la guerre.

Les séparatistes ont pris le contrôle d’Aden et s’y sont maintenus grâce au soutien d’Abou Dhabi. L’aviation émiratie a même bombardé un convoi militaire gouvernemental soutenu par les forces saoudiennes. Tandis que leurs alliés s’affrontent sur le terrain, les divergences d’intérêts se creusent entre les deux principaux membres de la coalition.

L’élimination des houthistes, obsession saoudienne insatisfaite malgré la violence de la campagne aérienne menée par le royaume contre les territoires qu’ils contrôlent ne semble pas être une priorité des Emiratis. Ces derniers, qui réduisent leur présence militaire au sol, entendent surtout conserver dans le sud du pays, une zone d’influence qui pourrait s’accommoder de l’indépendance de ce territoire. Dans cette guerre qui se ramifie, où ses ennemis se maintiennent et où ses alliés s’écartent, l’Arabie saoudite semble prise dans une impasse dont la frappe de dimanche ne fait que rappeler le caractère sanglant.

Le Monde.fr

Antisémitisme: fin d’une vive polémique entre le Grand Orient de France et le Crif

La principale obédience maçonnique française a retiré, lundi, un texte qui accusait le Conseil représentatif des institutions juives de France de favoriser l’antisémitisme. Explications.

«Non, les francs-maçons ne sont pas antisémites, comme ils ne sont ni racistes, ni xénophobes». Le communiqué publié par le Grand Orient de France, lundi, et signé par le Grand Maître Jean-Philippe Hubsch, n’est pas banal. À quelques jours du Convent annuel de la première obédience maçonnique de France, qui se tient à Rouen du 29 au 31 août, ce document entend clore une polémique qui s’est enflammée avec le Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France.

Un membre de l’une des 1360 loges de cette obédience – la loge parisienne «Maximilien l’Incorruptible», qui totalise 53.000 membres – a en effet rédigé en juin dernier ce que les francs-maçons appellent un «vœu», c’est-à-dire une courte note d’orientation destinée à être soumise au vote de l’assemblée générale, qui se réunit à Rouen cette fin de semaine.

Ce texte demandait tout simplement aux responsables du Grand Orient de «ne plus participer aux différents événements organisés par le Conseil représentatif des institutions juives de France». Motif de ce boycott de l’institution la plus représentative des juifs en France à côté des instances religieuses: le «suivisme» du Crif, selon le rédacteur du vœu, de la «politique d’Israël», qualifiée de «politique de l’extrême droite religieuse». Le texte dénonçant au passage «le grignotage par Israël des territoires palestiniens». Ce qui conduirait à une «montée de l’antisémitisme».

Ce vœu, une fois adopté par la loge, a été ensuite transmis au congrès régional du Grand Orient pour vote et approbation. Puis il a été inscrit et publié, dans le dossier des membres de l’assemblée générale nationale, le Convent. Ce qui a alors conduit certains francs-maçons à en prendre connaissance. Scandalisés par son contenu, ils ont décidé de le rendre public il y a quelques jours, déclenchant cette violente polémique.

De la colère à l’incompréhension

«Je suis passé de la colère, puis de la stupéfaction à l’incompréhension», explique Francis Kalifat, le président du Crif. «Comment une institution comme la Franc-Maçonnerie pouvait-elle émettre un vœu à la limite diffamatoire pour le Crif et à la limite antisémite par les termes employés? Certes, j’ai aussitôt reconnu la prose mélenchonienne qui n’hésite pas, c’est un comble, à rendre le Crif responsable de l’antisémitisme mais j’ai eu très vite une conversation avec le Grand Maître du Grand Orient. Il était aussi effondré que moi. Il m’a expliqué l’origine du problème. Nous nous sommes trouvés en osmose de pensée sur cette affaire.»

C’est le texte de ce «vœu» que le Grand Orient a donc formellement décidé, lundi, de retirer définitivement. Comment toutefois un tel «vœu» a-t-il failli arriver au Convent national du Grand Orient?

L’origine du problème est double, explique une source interne à cette organisation. Un franc-maçon connu pour ses «opinions antisioniste et mélenchoniste», membre d’une loge «partageant cette même vision», a effectivement rédigé ce texte. Il aurait dû être soumis à un vote de niveau régional avant d’être destiné au vote national du Convent. Mais il est passé à travers les mailles du filet sans que l’instance régionale ne puisse le consulter. Il s’est alors retrouvé dans le catalogue des vœux à voter par les délégués nationaux.

Le 26 août, explique plus officiellement le Grand Orient par communiqué, la commission régionale saisie de ce texte a «légitimement décidé de le retirer» pour deux raisons. La première tient à la forme: «ce vœu, indique la même source, n’a jamais été présenté au congrès de la région de rattachement de cette loge (Région Paris 3) et il n’aurait pas dû être transmis pour analyse au Convent». La seconde concerne le fond: «comment, indique ce même communiqué, peut-on imaginer que des francs-maçons du Grand Orient de France puissent être antisémites? L’antimaçonnisme et l’antisémitisme sont deux formes de haines, souvent jointes dans l’obsession du complot judéo-maçonnique, et le sang de nos ancêtres juifs et francs-maçons n’a que trop coulé dans l’histoire».

La haine d’Israël

«L’affaire est désamorcée mais le mal est fait, regrette une source interne au Grand Orient qui requiert l’anonymat. Le Grand Orient est progressiste. Il a des loges en Israël. Il est favorable à une solution à deux États indépendants. Mais il n’a strictement rien à voir avec l’antisémitisme. La justice maçonnique interne sera probablement saisie.»

«L’affaire est close» pour Francis Kalifat, le président du Crif, qui se dit «pleinement satisfait» de la façon dont le Grand Orient a réagi pour la traiter et il assure qu’«il n’y a pas de rupture entre le Crif et le Grand Orient».

Mais ce responsable se montre très inquiet car une «telle polémique ne se serait jamais produite» il y a quelques années: «la société française est perméable à la diffusion d’un nouvel antisémitisme, observe Francis Kalifat, qui n’est pas suffisamment combattu et traité: la haine d’Israël. S’il est légitime de critiquer la politique israélienne – et personne ne s’en prive en Israël -, cela ne peut pas conduire à la délégitimation de l’existence de l’État d’Israël. Or, c’est précisément ce que vise ce nouvel antisémitisme. Sous ce masque, il travaille à la fin d’Israël. Il est donc urgent en France de passer de franchir un pas indispensable. L’Assemblée nationale française doit voter la résolution présentée par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance) qui inclut, dans la définition de l’antisémitisme, la haine d’Israël».

 

Le Figaro.fr

Jugé dangereux, un manuel d’apprentissage de l’islam interdit aux enfants en France

Un manuel d’apprentissage de l’islam destiné aux enfants a été frappé d’une interdiction de vente et de mise à disposition auprès des mineurs en France par un arrêté du ministère de l’Intérieur daté du 5 juillet et publié dans le Journal officiel vendredi 23 août.

Le livre Apprendre le Tawhid aux enfants, édité par la maison d’édition Al-Haramayn, est une traduction adaptée en français des écrits du fondateur du wahhabisme Mohammed Ibn Abd al-Wahhab. Il est présenté dans la quatrième de couverture comme un ouvrage bilingue français/arabe qui constitue « une épître bénéfique à propos de ce que l’on doit enseigner à l’enfant bien avant de lui apprendre le Coran, pour qu’il devienne une personne accomplie sur la base du monothéisme de l’islam originel » à l’aide d’exercices de coloriage et d’écriture en arabe.

Le manuel « contient des propos susceptibles d’inciter à la discrimination ou à la haine envers les personnes ne pratiquant pas l’islam wahhabite promu par l’ouvrage et présente donc un danger pour les mineurs qui pourraient l’acquérir ou le consulter », fait part l’arrêté.

En conséquence, il est désormais interdit « de proposer, de donner ou de vendre cette publication à des mineurs », « de l’exposer à la vue du public en quelque lieu que ce soit, et notamment à l’extérieur ou à l’intérieur des magasins ou des kiosques, et de faire pour elle de la publicité par la voie d’affiches » et « d’effectuer, en faveur de cette publication, de la publicité au moyen de prospectus, d’annonces ou insertions publiées dans la presse, de lettres-circulaires adressées aux acquéreurs éventuels ou d’émissions radiodiffusées ou télévisées ».

 

Saphirnews

Le grand pèlerinage musulman à La Mecque toujours plus connecté

Applications « intelligentes », corans sur tablettes et gadgets pieux: le grand pèlerinage à La Mecque accélère sa mutation technologique entamée il y a quelques années et se projette de plus en plus comme un évènement religieux 2.0.

Au sommet du mont Arafat, de nombreux pèlerins se sont recueillis samedi les yeux rivés sur les versets coraniques affichés sur leurs smartphones ou tablettes qui ont remplacé les livres religieux.

« Bien sûr que je lis le coran sur mon téléphone (…) c’est beaucoup plus simple », confie Ahmad Salim, un enseignant égyptien de 46 ans venu en Arabie saoudite pour ce pèlerinage qui est un des cinq piliers de l’islam.

Pour la première fois cette année, la 5G (5e génération de standards pour réseau mobile), une technologie permettant de faire circuler plus rapidement de grands volumes de données, a été déployée à La Mecque (ouest) et ses environs.

Les entreprises de télécommunications Zain et Nokia ont, dans la foulée, annoncé une « démonstration de réalité virtuelle avancée » pour « permettre aux visiteurs de faire l’expérience du hajj à distance, comme s’ils y étaient », la 5G pouvant transmettre « des flux vidéo 360 degrés de haute définition » en temps réel.

De nombreux pèlerins rivalisent de selfies jour et nuit et ne manquent pas de partager de multiples vidéos de leur pèlerinage avec leurs proches restés au pays.

Près de 2,5 millions de fidèles venus du monde entier sont venus effectuer le hajj cette année.

La technologie permet aussi de faciliter la logistique pour ce qui est un des plus grands rassemblements au monde.

Le ministère saoudien du hajj envoie quotidiennement aux fidèles des textos prodiguant toutes sortes de conseils.

Une panoplie d’applications propose depuis quelques années d’aider les fidèles venus des quatre coins du monde à trouver leur chemin, obtenir des soins médicaux d’urgence ou suivre les rites sans encombres.

Grande nouveauté cette année, la dématérialisation de tous les visas hajj, délivrés pour la première fois en ligne sans passer par les consulats. Une personne habitant dans un village ou une ville n’ayant ni consulat ni ambassade saoudienne, n’a plus besoin de se déplacer et peut faire la demande par internet puis imprimer son visa.

« C’est une réussite », estime un responsable du ministère du hajj, Hatem ben Hassan Qadi.

« C’est très pratique, surtout pour ceux voyageant en famille », confirme le Jordanien Abderrahmane Shdaifat, 44 ans, qui accomplit le hajj pour la première fois.

– « Facilite le hajj » –

Mais c’est surtout l’amélioration de la sécurité qui focalise le plus l’attention des ingénieurs et pouvoirs publics. Ils planchent sur des solutions informatiques capables de prévenir les drames qui ont marqué le hajj dans le passé, comme en 2015 quand un mouvement de panique avait coûté la vie à quelque 2.300 fidèles.

Depuis cette bousculade meurtrière, la pire de l’histoire du hajj, les autorités équipent aussi des pèlerins d’un bracelet électronique stockant leurs données personnelles. L’initiative est en phase de généralisation.

« Toutes les données y sont stockées, un peu comme une carte d’identité. Si tu ne sais ni lire ni écrire et que tu te perds en chemin, tu peux le montrer à n’importe qui et il t’aidera à trouver ton adresse. La technologie facilite le hajj », estime Sami Abdelaziz, un pèlerin saoudien de 37 ans, casquette vissée sur la tête.

« Si un pèlerin s’égare, son groupe pourra connaître sa position. C’est très utile », abonde le Jordanien Abderrahmane Shdaifat qui s’abrite sous un parapluie en raison de fortes pluies qui se sont abattues lundi sur la vallée de Mina, près de La Mecque, où les pèlerins étaient rassemblés.

Abderrahmane Shdaifat montre un deuxième bracelet qu’il porte au poignet et qui donne accès au métro reliant les différentes sites du pèlerinage autour de La Mecque.

Et puis, assure l’Egyptien Ahmad Salim, « quasiment tous les pèlerins ont » un gadget appelé alarme ou réveil islamique, qui sonne l’heure des cinq prières quotidiennes.

 

AFP

Les Alpes, refuge estival des juifs orthodoxes

Depuis des décennies, des membres de la communauté juive orthodoxe passent leurs vacances d’été dans les Alpes françaises. Cette saison, ils seront environ trois mille à se ressourcer dans des établissements qui ont été privatisés.

A l’Alpe d’Huez, à Tignes, aux Ménuires ou à la Plagne, c’est partout la même curiosité. Les touristes de passage, sandwich à la main, finissent par s’arrêter devant ces jeunes filles qui s’aventurent sur des paddles en longues jupes noires et gilets de sauvetage flashy. Ils stoppent net pour laisser passer un groupe de barbus en VTT, dont les casques laissent échapper des papillotes sautillantes. Comme beaucoup, ils découvrent que c’est dans les Alpes françaises, depuis des décennies, que la communauté juive orthodoxe prend ses quartiers d’été, profitant de stations largement vidées de leurs vacanciers.

Un engouement qui se confirme : cette saison, ils seront environ trois mille à venir se ressourcer en Savoie et en Haute-Savoie. « L’été, les religieux ne peuvent pas aller à la plage, pour des raisons de pudeur : ils ne peuvent pas côtoyer des femmes en maillot de bain. Donc la montagne est une solution de repli idéale », explique Yossi Ghebali, à la tête de Royal Dream. Comme une dizaine d’autres associations ou tour-opérateurs, la société organise des « vacances casher » dans les Alpes.

Ecole talmudique

L’origine de cet intérêt pour les sommets savoyards n’est pas établie. « En 1943, Megève puis Saint-Gervais ont recueilli plus d’un millier de juifs qui avaient été assignés à résidence par les Italiens, qui occupaient le territoire depuis novembre 1942, assure l’historien local Gabriel Grandjacques. Jusqu’à l’arrivée des Allemands, en septembre 1943, les juifs ont vécu dans une espèce de “paradis autogéré” en Haute-Savoie. » Pour d’autres, c’est la proximité d’Aix-les-Bains et de sa commune voisine Tresserve, où est situé un centre juif orthodoxe, internationalement réputé grâce aux enseignements dispensés à l’école talmudique, qui font la renommée des Alpes dans les milieux orthodoxes.

La publicité de ces séjours ne passe que par la presse communautaire, mais elle suffit à garantir, cette saison encore, la privatisation d’une quinzaine d’hôtels ou de résidences dans les Alpes. « Les juifs orthodoxes représentent environ 20 % de la population touristique totale de la station au mois d’août », se réjouit François Badjily, le directeur de l’office du tourisme de l’Alpe d’Huez.

C’est pour cette clientèle que Royal Dream a privatisé, du 28 juillet au 28 août, l’Hôtel Belambra Club Le Terra Nova de La Plagne. « 60 % de nos clients viennent d’Angleterre ou de Belgique, et sont très pratiquants. Ils veulent se protéger du contact avec l’extérieur »,précise le voyagiste. Ce dernier profite donc de la basse saison dans les stations alpines pour négocier avec les propriétaires de résidences ou d’hôtels, en entrée ou milieu de gamme, afin qu’ils lui accordent « une gestion libre à 100 % » de leurs établissements.

« On fait venir de Paris la nourriture casher, ainsi que l’équipe de ménage, les traiteurs, les animateurs, les serveurs… » Yossi Ghebali, voyagiste de Royal Dream

C’est à cette condition qu’il peut garantir à ses clients des vacances conformes à la règle juive la plus drastique, qui commence par la cashérisation des cuisines. Après un grand nettoyage, tout le matériel en métal est soumis à la pyrolyse. Ensuite, « on fait venir de Paris la nourriture casher, ainsi que l’équipe de ménage, les traiteurs, les animateurs, les serveurs… », détaille l’organisateur. « Un rabbin ou, au minimum, un surveillant rituel assermenté par les autorités communautaires, est présent sur place durant tout le séjour pour garantir la casherout », ajoute Gregory Harrous, de voyagercacher.com.

Une salle est généralement dédiée aux offices religieux. Et si l’hôtel dispose d’une piscine, des créneaux horaires régissent son utilisation par les hommes et par les femmes. Pendant le shabbat, les ascenseurs, les portes magnétiques et les éclairages automatiques dans les couloirs sont désactivés. Pour le reste, l’ambiance varie selon le degré de pratique de la clientèle. Les communautés les plus religieuses, les hassidim ou les loubavitch (dont beaucoup viennent d’Israël), se déplacent en famille et en groupe de 50 à 100 personnes, avec leur propre rabbin. Les hommes prient, étudient, assistent à des conférences, pendant que les femmes et les enfants profitent des animations.

Laser games

A l’office du tourisme de l’Alpe d’Huez, le directeur note juste que l’« arrivée massive de familles orthodoxes, têtes couvertes et vêtues de noir, ça impressionne. Il y a des gens que ça heurte, surtout parmi les touristes. Les locaux, eux, sont habitués ».

A La Rosière, où l’agence MyTour a privatisé l’hôtel 4 étoiles Hyatt Centric, on attend au mois d’août une clientèle plus huppée, « qui choisit l’hôtel pour ne pas avoir à apporter ses boîtes de thon et sa charcuterie, et qui aime faire des excursions en Suisse, en Italie… »Benjamin Parienti, directeur de Kangourou Club, organise carrément un « séjour casher pour célibataires » aux Deux-Alpes. Pionnier du secteur il y a vingt-neuf ans, il propose à une clientèle traditionaliste (c’est-à-dire plus « cool ») des soirées dansantes, des activités sportives, des laser games et des programmes de soins en spa…

Le Monde.fr

Hajj 2019 : des milliers de pèlerins de France cloués au sol, enquête sur une vague d’annulations inédite

 C’était le voyage de leur vie et le voici qu’il tombe à l’eau. La désillusion est cruelle pour Iman et son mari. « C’est un rêve qui nous a été arraché », nous confie cette jeune femme de 29 ans, originaire de Lille. Après de longs mois de préparation, « on a su la veille de notre départ (vers l’Arabie Saoudite jeudi 1er août, ndlr) que nous n’aurons pas les visas », raconte-t-elle.

Ce voyage étant souhaité de longue date, elle ne cache pas sa « déception totale », couplée à « un gros sentiment de frustration » de ne pouvoir « aller sur les terres du Prophète » Muhammad pour accomplir le cinquième et dernier pilier de l’islam. « Regarder les vidéos de La Mecque et se dire qu’on n’aurait pu y être » n’est pas facile à digérer. « On s’imaginait déjà là-bas. On voit les pèlerins et on se dit que ça y est, c’est notre tour, on va y aller. Au final, notre rêve a été détruit à quelques heures du départ »supposé, témoigne Iman, pour qui le coût du voyage en couple s’est élevé à « un peu plus de 10 000 € ».

Comme elle, ce sont des milliers d’aspirants pèlerins en France qui ont cette année été privés de Hajj, faute de visas délivrés par l’Arabie Saoudite. Selon nos sources, ce ne sont pas moins de 3 000 personnes qui ont vu, ces derniers jours, leur participation à la saison du Hajj 2019, qui se tient du 9 au 14 août, annulée. Ils seraient même entre 4 000 et 5 000 musulmans, répartis entre plusieurs agences, à avoir réservé un voyage qu’ils ne pourront malheureusement pas effectuer. De mémoire des professionnels du secteur, jamais autant de personnes n’auront été lésées en une seule et même saison du grand pèlerinage.

 

A qui la faute ?

Si 2019 marque l’instauration complète du visa électronique pour les pèlerins français, aucun lien de cause à effet n’est à voir là-dedans (voir encadré plus bas).

Par ailleurs, et contrairement à des informations qui circulent allègrement sur la Toile, les visas de ces pèlerins n’ont pas été « annulés » par l’Arabie Saoudite, et encore moins « à la dernière minute ». Le choix des mots est important : les visas n’ont tout bonnement pas été attribués de base aux agences dont les pèlerins dépendaient, en conscience ou non.

Car des centaines de personnes ont, en effet, donné leur confiance à des structures commerciales ou associatives sans agrément qui ont elles-mêmes fait confiance à des agences qui disposent habituellement du précieux quota. Habituellement jusqu’à cette année 2019, l’Arabie Saoudite ayant décidé, plusieurs mois avant le Hajj, de leur retirer l’agrément pour des raisons qui ne sont pas rendues publiques par les autorités compétentes. Nous n’avons pas été en mesure de joindre l’ambassade d’Arabie Saoudite en France sur ce sujet.

Amen Voyage International, une agence bien connue qui siège à Paris, fait partie des structures qui n’ont pas vu l’agrément Hajj leur être renouvelé cette année. En date du 26 mars, une réunion d’information a été organisée en région parisienne par le consulat d’Arabie Saoudite afin que les responsables d’agences puissent « prendre connaissance de la nouvelle procédure de dématérialisation des visas », comme en témoigne la Coordination des organisateurs Hajj de France (CHF) sur son site.

A cette date, la liste des agences agréées n’avait pas encore été communiquée ; elle a circulé courant du mois d’avril, indique à Saphirnews un professionnel du secteur du Hajj bien informé qui souhaite rester anonyme. Cette liste que Saphirnews a pu consulter compte 63 structures et le nom d’Amen Voyages, qui attendait à elle seule quelque 2 000 visas, n’y figure effectivement pas.

L’agrément est « renouvelable chaque année tant qu’il n’y a pas d’incident. En cas de souci, l’administration saoudienne nous écrit largement en avance » pour expliquer la nature du problème, « cinq-six mois avant le début du pèlerinage », plaide Salah Mabrouk, le directeur d’Amen Voyage, auprès de Saphirnews. « Cette année, nous n’avions a priori aucun souci à nous faire car tout s’était bien passé l’année dernière », indique-t-il. Assurant n’avoir reçu cette année aucune notification officielle de refus de l’agrément de la part des autorités saoudiennes, l’homme, qui revient de plusieurs semaines en Arabie, avait un espoir, en conséquence, de se voir délivrer des visas jusqu’à ces derniers jours, en l’occurrence fin juillet. « Mais attention : j’ai informé mes clients » en amont des difficultés que son agence a rencontré pour obtenir les visas, se défendant de toute forme d’escroquerie.

Ses clients, en l’occurrence, ce sont principalement des agences. Salah Mabrouk ne s’en cache pas : sur les 2 000 visas environ qu’il obtient chaque année de l’Arabie Saoudite, c’est un très faible nombre de personnes qu’il fait partir directement via Amen Voyage, « 10 à 15 personnes cette année ». Les 1 900 autres places sont revendues par package à des structures partenaires qui sont, elles, non agréées Hajj.

Serait-ce pour ce fonctionnement, le recours massif à la vente en sous-traitance, que son agrément n’a pas été renouvelé, comme nous le laissent entendre des professionnels du Hajj ? Non, pour Salah Mabrouk, qui argue que ses pratiques, qui n’ont rien d’illégales tant qu’il ne fait pas commerce des visas seuls, sont connues dans le milieu, sans que cela n’ait posé problème aux autorités saoudiennes. Du moins jusque là.

 

A la bataille judiciaire, une bataille d’image engagée

Tawhid Travel fait partie des clients partenaires d’Amen. Cette agence de voyages, qui opère depuis quelques années exclusivement dans le secteur du pèlerinage, doit désormais rendre des comptes à ses 650 clients dont l’argent a bel et bien été engagé.

Elle a annoncé, mercredi 31 juillet, l’annulation du séjour hajj pour ses pèlerins. « Un véritable coup de massue » pour l’agence, qui indique avoir « toujours respecté (ses) engagements ».

« Tout a été payé en temps et en heure. (…) En tout, ce sont des sommes astronomiques que nous avons avancées qui partent en fumée juste à cause de ce problème de visa dont nous sommes les premières victimes », explique la direction de l’agence dans un communiqué, sans jamais citer le nom d’Amen Voyage. « C’est une terrible et une cruelle désillusion mais nous assumerons nos responsabilités. Vous avez signé un contrat qui nous engage et nous ferons valoir nos droits et les vôtres auprès des tribunaux compétents », a-t-elle fait part.

Selon nos informations, Tawhid Travel, qui estime avoir été floué par Amen Voyage, a porté plainte contre cette dernière, mercredi 31 juillet, pour « abus de confiance » et « chantage ». En réponse à de telles accusations, Salah Mabrouk nous déclare n’avoir rien à se reprocher : « Tawhid Travel a mal géré son dossier, ils n’ont pas informé leur clientèle de la réalité des choses » qu’Amen Voyages leur aurait communiqué. Ce sera à la justice de trancher, si la procédure est menée jusqu’à son terme.

Iman et son mari font partie des clients de Tawhid Travel. Ce n’est pas tant à l’Arabie Saoudite qu’elle en veut mais, plus globalement, « aux agences agréés qui revendent des visas qu’ils n’ont pas » comme aux agences non agréées qui ne sont pas clairs sur leur statut. « J’en veux aussi à Tawhid car, même si elle se positionne en victime, c’est elle qui a organisé le voyage, c’est avec elle qu’un contrat a été signé », un document dans lequel « le nom d’Amen voyages n’a pas été communiqué », déclare-t-elle.

Les responsables de Tawhid Travel « connaissent le milieu. (…) Ils auraient pu voir cette situation venir et prendre leurs dispositions » pour éviter la catastrophe aux pèlerins. « Je préfère me dire qu’ils sont naïfs plutôt que malhonnêtes », ajoute Iman, la direction de Tawhid ayant assuré à tous ses clients le remboursement des voyages « jusqu’au dernier centime ».

 

Se faire rembourser, un enjeu de taille

La principale préoccupation des aspirants pèlerins lésés chaque année est de savoir s’ils pourront récupérer un remboursement partiel – si ce n’est total – de leur voyage dont le coût tourne généralement vers les 6000 €. Une demande légitime des clients qui peut s’avérer très difficile à honorer par certaines agences : ce sont de très grosses sommes pouvant aller jusqu’à plusieurs millions d’euros qu’elles engagent, et ce très tôt dans l’année, bien avant la confirmation du renouvellement de leur agrément, afin de sécuriser des places d’avion ou encore des chambres d’hôtels, entre autres services permettant une organisation optimale du Hajj. Une fois ces services réservés, il est compliqué, voire même impossible, pour les agences de récupérer l’argent des prestataires, à quelques jours du grand pèlerinage.

Pour limiter la casse et procéder à des remboursements en engageant le moins possible leurs fonds propres, plusieurs agences entendent jouer leur assurance cette année… ce que ne peuvent faire les structures associatives. C’est le cas, par exemple, d’une mosquée de la région parisienne que nous n’avons pu joindre et qui se retrouve aujourd’hui avec quelque 300 pèlerins à devoir rembourser cette année.

 

Un coup financier et moral pour les pèlerins lésés

Au-delà du coup financier engendré par l’annulation surprise du départ vers les lieux saints de l’islam, le coup psychologique est lourd à porter pour les pèlerins. « Cela fait des années qu’on se prépare à ce voyage », et plus encore ces derniers mois, indique Iman.

« Ce n’est pas tant l’argent (le problème) mais l’organisation qu’il a fallu mettre en place. J’ai deux enfants, il a fallu les faire garder. Mes parents sont revenus exprès du Maroc pour faire garder mes enfants alors qu’ils auraient pu y rester plus longtemps. Mon mari, qui est kinésithérapeute en libéral, a du trouver un remplaçant pour les deux semaines d’absence. C’est à perte maintenant pour lui, il ne peut pas annuler ses congés. Moi, je suis salariée, j’ai dû prendre des congés. Je n’ai que 30 jours par an de congé et j’en ai perdu 15 pour rien », fait part la jeune femme, pour qui le préjudice est « au niveau de l’organisation familiale, du travail et, surtout, du moral ».

Face à une telle affaire, il n’est jamais de trop pour rappeler aux personnes souhaitant accomplir le grand pèlerinage l’importance de s’assurer, entre autres critères, que la structure vers laquelle il se tourne soit agréée Hajj par l’Arabie Saoudite afin de limiter au maximum les déconvenues.

« Les autorités saoudiennes ont expérimenté cette année les visas électroniques pour les pèlerins français. Les seules difficultés dont on a eu connaissance concernaient nos compatriotes de Mayotte », déclare à SaphirNews Mostafa Mihraje, consul général de France à Jeddah. « Après une démarche au niveau politique et grâce à la bonne réactivité des autorités saoudiennes, tout est rentré dans l’ordre et chaque agence a eu les visas pour son contingent. »
Saphirnews

La burqa et le niqab bannis dans les lieux publics aux Pays-Bas

Le port du voile intégral, tel que la burqa ou le niqab, est interdit aux Pays-Bas depuis jeudi dans les écoles, les hôpitaux, les bâtiments publics et les transports en commun, conformément à une nouvelle loi dont l’application fait débat.

La loi concerne, selon les estimations, entre 200 et 400 femmes qui portent la burqa ou le niqab, dans un pays qui compte 17 millions d’habitants. Dès l’entrée en vigueur jeudi, son application suscitait des critiques au sein de l’opinion publique.

Après une quinzaine d’années de tergiversations politiques sur le sujet, le parlement néerlandais — dominé par une coalition centriste — a finalement voté la loi en juin 2018, plusieurs années après leurs voisins belges et français.

Le port du voile reste toutefois autorisé dans la rue, contrairement à la législation en vigueur depuis 2010 en France, où la burqa et le niqab sont interdits dans tous les espaces publics. La Belgique, le Danemark et l’Autriche ont adopté une législation similaire.

L’initiative aux Pays-Bas était venue du député anti-islam Geert Wilders, qui, fort de sa popularité à ce moment-là, avait proposé en 2005 le vote d’une législation sur le voile intégral. Le leader du Parti pour la liberté (PVV) — bien moins populaire depuis — a estimé jeudi dans un tweet que désormais, la « prochaine étape » devait être l’interdiction du simple voile recouvrant les cheveux.

– « Pouvoir se regarder » –

« Ridicule. Je trouve que c’est ridicule. On devrait respecter les valeurs de chacun et je pense que c’est la loi la plus stupide à laquelle ils (les politiques) aient jamais pensé », a déclaré à l’AFP Anne Spillner, 28 ans, dans les rues de La Haye.

« Je pense que le processus législatif a été mauvais parce que la loi ne peut pas être appliquée », estimait de son côté Jan Jans, 57 ans.

Sous peine d’une amende de 150 euros, il est désormais interdit aux Pays-Bas de porter des vêtements qui couvrent le visage dans les établissements d’enseignement, les institutions et les bâtiments publics, dans les hôpitaux et dans les transports en commun.

« Dans ces endroits, il est important pour la sécurité publique et pour le bon fonctionnement des services publics que tout le monde puisse se reconnaître et se regarder », estime le ministère de l’Intérieur. Il est donc interdit dans ces lieux de porter des vêtements rendant le visage méconnaissable, comme un casque intégral, une cagoule ou une burqa.

– « Je ne dis rien » –

Pour faire appliquer la loi, le ministère indique qu’il incombe aux employés des écoles, des hôpitaux et des institutions et aux chauffeurs de refuser l’accès à une femme portant un voile intégral. Si celle-ci insiste pour entrer, « ils peuvent appeler la police ».

Mais cette dernière, qui demande régulièrement au gouvernement des moyens supplémentaires, a affirmé qu’elle ne considérait pas l’application de la loi interdisant le voile intégral comme étant une « priorité absolue ».

En réponse, le secteur des transports en commun a annoncé que les chauffeurs n’arrêteraient pas leur bus, tram, train ou métro pour faire descendre une femme en infraction ou pour attendre l’arrivée des forces de l’ordre, car cela entraînerait des retards.

« Faut-il arrêter le bus et attendre l’arrivée de la police? Cela peut prendre une demi-heure, et nos chauffeurs n’ont pas l’autorité de faire descendre quelqu’un de force ou de lui infliger une amende », a déclaré Pedro Peters, président de l’association représentant les transports en commun néerlandais (OVNL).

« Les chauffeurs peuvent donc aussi très bien dire: « Je ne dis rien » », a-t-il insisté, cité par la télévision publique néerlandaise NOS.

Plusieurs hôpitaux du pays ont également déclaré qu’ils « ne refuseraient pas de prodiguer des soins à qui que ce soit, peu importe les vêtements portés ».

 

AFP