Erdogan veut réévaluer ses liens économiques avec Israël

Le président turc a également appelé les pays islamiques à prendre des mesures contre les pays qui transféreront leur ambassade à Jérusalem

 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dit qu’il va revoir les liens économiques et commerciaux avec Israël, et il a appelé les pays islamiques à soutenir une décision récente d’appeler à des sanctions économiques contre n’importe quel pays qui suivrait les Etats-Unis dans le transfert de leur ambassade à Jérusalem ou reconnaîtrait la ville comme la capitale d’Israël.

Les relations entre Israël et la Turquie se sont fortement détériorée après les affrontements de la semaine dernière à la frontière d’Israël et de Gaza où des dizaines de Palestiniens ont été tués, entraînant une confrontation diplomatique qui a vu les ambassadeurs et les consuls des deux pays être expulsés ou rentrer dans leurs pays respectifs.

 

Erdogan, qui s’exprimait à des journalistes alors qu’il rentrait en Turquie depuis la Bosnie-Herzegovie dimanche, a déclaré que les membres de l’Organisation de Coopération Islamique (OCI), que le Turquie préside actuellement, devraient suivre leur résolution de sanctionner les pays qui reconnaissent Jérusalem comme la capitale d’Israël. L’OCI a également appelé ses états membres et la communauté internationale à mettre en place un boycott des produits en provenance des implantations israéliennes en Cisjordanie.

« J’espère que les pays de l’OCI mettront en pratique la décision de l’embargo », a déclaré Erdogan, selon le quotidien Hurriyet. « Bien sûr, nous évaluerons aussi la situation. En ce qui concerne la Turquie, nous évaluerons nos liens, économiques et commerciaux en particulier, avec [Israël]… Nous prendrons des mesures dans cette direction après les élections ».

Les élections de Turquie pour la présidence et le parlement sont prévues pour le 24 juin.

 

Au sujet des récentes émeutes à la frontière de Gaza, Erdogan a noté que l’OCI a incité les Nations Unies à envoyer une force de maintien de la paix pour protéger la bande de Gaza d’Israël.

« Nous pensons que cela les dérangera et que ce ne sera pas facile pour Israël de tirer sur les forces des Nations Unies », a-t-il dit.

Lors d’une rencontre extraordinaire de l’OCI vendredi, le conseil composé de 57 membres a indiqué dans un communiqué final sa « détermination pour prendre les mesures politiques, économiques et autres contre les pays qui reconnaissent Al-Quds [Jérusalem] comme la capitale d’Israël ou transfèrent leurs ambassades là-bas ».

La rencontre, organisée par le Turquie à Istanbul, a été convoquée à la suite des affrontements à Gaza de la semaine dernière lors de manifestations prévues pour coïncider avec le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, tout comme pour marquer la Nakba palestinienne, ou ce que les Palestiniens appellent la « catastrophe » de la fondation de l’Israël en 1948. Depuis la décision américaine, le Guatemala et le Paraguay ont tous les deux ouvert des ambassades à Jérusalem.

Erdogan cherche depuis longtemps à incarner le rôle du dirigeant musulman dans l’ensemble du monde islamique, retenant ainsi rarement ses attaques verbales contre Israël même si Ankara a des relations diplomatiques avec l’état juif.

Dans une crise diplomatique qui a éclaté la semaine dernière – menaçant un accord de 2016 qui permettait la reprise de liens diplomatiques complets après six années d’hostilité – la Turquie a ordonné à l’ambassadeur israélien de quitter son territoire pour une période de temps non spécifiée.

La Turquie avait déjà retiré son ambassadeur à Tel Aviv pour des consultations alors qu’Israël avait donné l’ordre au consul turc à Jérusalem de partir, aussi pour une période de temps non spécifiée. Quelques heures plus tard, Ankara a expulsé le consul d’Israël.

Erdogan s’est également engagé dans un échange acerbe sur Twitter avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qu’il a accusé d’avoir « le sang des Palestiniens » sur les mains, alors que Netanyahu l’a accusé en réponse de soutenir le Hamas et d’être un soutien des « massacres et de la terreur ».

Selon le Ministère de la Santé de Gaza contrôlé par le Hamas, 64 Palestiniens ont été tués lundi et mardi derniers alors que les forces de sécurités israéliennes ont ouvert le feu sur des manifestants qui cherchaient à traverser la frontière de sécurité. Israël affirme que le Hamas, un groupe terroriste qui souhaite détruire l’état d’Israël, a organisé les manifestations pour couvrir ses tentatives de traverser la frontière et de mener des attaques terroristes en territoire israélien.

De nombreux pays de la communauté internationale ont critiqué Israël pour les morts, même si l’armée israélienne et le Hamas ont tous les deux noté que la plupart des morts étaient des membres de groupes terroristes gazaouis. Un officiel du Hamas, Salah Bardawil, a déclaré mecredi que 50 des victimes étaient des membres du Hamas. Le Jihad Islamique a ensuite déclaré que 3 des morts faisaient partie du groupe.

 

The Times of Israël

À Paris, le denier se met au Web pour stimuler les donateurs

Pour la première fois, le diocèse de Paris a impulsé une campagne pour le denier sur Internet afin de stimuler ce don chez les moins de 50 ans.

À quoi sert le denier de l’Église ? La réponse à cette question, beaucoup de personnes ne l’ont pas, certains ignorant même son existence. Ce qui explique sans doute que la moyenne d’âge des donateurs soit de 68 ans. C’est ce constat qui a poussé le diocèse de Paris, encouragé par le professionnel du digital Émile Duport, à lancer en décembre une campagne de communication entièrement sur le Web. « Étant dans la tranche d’âge qui ne pense pas à donner au denier, je m’étonnais de ne jamais recevoir d’e-mail de rappel, ni de sollicitation sur les réseaux sociaux », raconte-t-il. Avec cette campagne exclusivement numérique, une première en France, le diocèse entend informer sur le rôle et l’importance du denier, expliquer à quoi il sert, et surtout, stimuler de nouveaux donateurs.

 

Renouveler les donateurs

Pages Facebook et Twitter, toilettage de la plate-forme de dons, vidéos Web jeunes et un slogan (« du fun, de l’info et du don ») : la campagne du diocèse cherche clairement à toucher la génération Y. Par effet de rebond, c’est la génération d’au-dessus, les quarantenaires, qui s’est sentie la plus concernée par cet appel à faire un geste pour la communauté.

« On a déjà gagné 100 donateurs en ligne par rapport à l’année dernière, soit une augmentation de 12 % », se réjouit Patricia Veyres, responsable du denier de l’Église de Paris. Et l’âge moyen des donateurs en ligne a baissé de cinq ans. Les nouveaux venus : des quarantenaires.

L’objectif premier de la campagne du diocèse de Paris est donc surtout de fidéliser de nouveaux donateurs, dans cette génération d’adulte qui n’a pas pris le relais des anciens. « Nous encourageons à donner 1 % des revenus, un chiffre rassurant pour les trentenaires et quarantenaires », explique Émile Duport.

Le Denier, une ressource essentielle pour L’Église

En dix ans, les diocèses français ont perdu 250 000 donateurs. Pour l’instant, le montant de la récolte annuelle se maintient, mais c’est uniquement grâce à une générosité accrue des anciens donateurs. Ils parviennent pour l’instant à compenser la relève qui tarde à venir.

Avec 254 534 702 € euros récoltés en 2016, le denier représente 40 % des ressources de l’Église. Il permet de faire vivre 12 000 prêtres et de rémunérer 11 000 salariés, entretenir les paroisses et financer les diverses activités de l’Église.

En décembre, la Conférence des évêques de France a lancé pour la première fois une campagne de communication nationale sur le denier de l’Église. 2000 affiches et 4 500 spots à la radio ont appelé les croyants à manifester leur appartenance et leur confiance dans L’Église à travers ce don. Le diocèse de Paris a fait un pas de plus.

 

Un « acte missionnaire »

Dans la vidéo de lancement de la campagne parisienne, quelques personnalités comme Natasha St-Pier accompagnent les ténors du diocèse pour exhorter les croyants à mettre la main à la poche pour leur paroisse. Avec une question principale à méditer : comment serait le monde s’il n’y avait pas d’Église ?

Aujourd’hui, les diocèses d’Île-de-France se fédèrent peu à peu autour de jedonneaudenier.org, et des regroupements semblables pour mutualiser le denier ont lieu dans les régions. Pour Émile Duport, « il y a enfin une véritable prise de conscience que le digital est le levier pour pérenniser les revenus de l’Église. »

 

La Croix

Le judaïsme à l’épreuve du sionisme

Le 14 mai 1948, il y a 70 ans, David Ben Gourion proclamait la création de l’État d’Israël. Comment l’avènement du projet sioniste a-t-il affecté le judaïsme qui, pendant deux millénaires, se vivait en dehors de sa terre de naissance ?

Pour une grande partie du monde juif – et quoique certains auteurs le contestent, dont l’historien israélien Shlomo Sand –, la création de l’État d’Israël en 1948 a réalisé l’attente bimillénaire de la fin de l’exil, qui durait depuis la destruction du Temple de Jérusalem en 70 après Jésus-Christ par les Romains.

Ce « retour » des Juifs dans l’ancien pays biblique de Canaan accomplit une prière centrale de la liturgie juive (Amida), où les fidèles demandent à Dieu d’y être un jour à nouveau rassemblés.

Pourtant, dès l’invention du sionisme à la fin du XIXe siècle, ce mouvement a divisé le judaïsme européen, au sein duquel il est apparu. Il a longtemps été combattu par les autorités rabbiniques.

« Même parmi les juifs qui ont accepté le sionisme, il y avait des désaccords profonds : certains n’y voyaient qu’une forme de philanthropie collective, un pays refuge ouvrant ses portes aux rescapés des pogroms, puis de la Shoah ; mais d’autres y lisaient déjà les prémices de la rédemption – et ce, même si les pionniers du sionisme n’étaient pas des juifs pratiquants », explique Denis Charbit, professeur de science politique à l’université ouverte d’Israël, qui vient de publier un livre d’entretiens entre deux penseurs juifs sur le sujet.

La rédemption en marche ?

Le sionisme comporte-t-il une dimension messianique ? Si la question a été clivante pendant des décennies, un consensus semble s’être dégagé après 1967. La victoire israélienne à la guerre des Six jours a été considérée par de nombreux juifs comme un « miracle » relevant de l’intervention divine, tandis que la redécouverte de certains sites historiques juifs après l’annexion de Jérusalem-Est et l’occupation de la Cisjordanie (le mur occidental à Jérusalem, la ville d’Hébron…) constituait une sorte de « choc messianique ».

L’expression est du rabbin David Meyer, qui enseigne à l’université pontificale grégorienne de Rome et vient aussi de publier un livre abordant ces questions. « Désormais, l’idée que l’exil est en train de prendre fin et qu’on se dirige vers une nouvelle étape de l’avènement messianique est largement partagée au sein du judaïsme », assure-t-il. Denis Charbit confirme que « le sionisme religieux messianisant l’a largement emporté ».

La colonisation, obstacle à la paix

Il demeure toutefois un antisionisme ultraorthodoxe, qui considère le sionisme comme une « idéologie de la modernité », et même un « danger mortel pour le judaïsme ». Pour ces haredim (craignant Dieu), seul Dieu peut mettre un terme à l’exil du peuple juif.

Un judaïsme « désacralisé »

Au-delà de la question du messianisme, qui entraîne une perception non-historique d’Israël au risque de se heurter à sa réalité politique, l’existence d’un État hébreu depuis 70 ans a modifié le sentiment d’appartenance au judaïsme : par le passage inédit d’une minorité à une majorité juive, ainsi que par l’apparition d’une laïcité juive, israélienne.

« Outre la dimension religieuse, le judaïsme a gagné en 1948 une dimension nationale, avec une terre, un État, une langue, une société, précise Denis Charbit. Certains religieux déplorent cette” réduction patriotique”, estimant que le sionisme a en quelque sorte désacralisé le judaïsme. »

Le rabbin David Meyer est vraisemblablement de ceux-là. « Aujourd’hui, de nombreux juifs ne se sentent juifs que par la mémoire de la Shoah et l’attachement à l’État d’Israël, où beaucoup ne sont même jamais allés ! Je crains qu’une identité ainsi vidée de contenu réel et d’enseignement rigoureux ne soit pas très solide. »

Inquiet, même, pour la survie du judaïsme en diaspora (entre autres du fait de l’assimilation), ce rabbin français déplore la « folklorisation » du judaïsme en Israël et le manque de créativité de la pensée rabbinique contemporaine : celle-ci lui semble « incapable de proposer une réflexion critique » sur l’État d’Israël, notamment en diaspora.

« Le judaïsme comme réflexion éthique est sans doute moins créatif qu’il ne l’a été, convient Denis Charbit. Cette religion a toujours été un dosage subtil entre le particularisme et l’universel. Or au sein de l’État d’Israël, compte tenu de certaines données militaires et sécuritaires, cet équilibre a été altéré au profit d’un” nous” particulariste. Quitte à remettre la dimension universelle, peut-être, à l’ère messianique… »

 

La Croix

Indonésie : l’EI revendique une série d’attaques contre des églises

Une famille de six personnes est responsable des attaques-suicides menées dimanche 13 mai, contre trois églises à Surabaya en Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, a rapporté la police. Ces attaques, qui ont fait 13 morts et une quarantaine de blessées, dont deux policiers, ont été revendiquées par l’organisation djihadiste Etat islamique (EI), a annoncé le chef de la police nationale, Tito Karnavian.

 

C’est le plus lourd bilan dans ce pays depuis des attaques contre deux hôtels de luxe à Jakarta en 2009, qui avaient fait 9 morts.

Quelques heures plus tard, trois personnes ont été tuées et deux autres blessées dans l’explosion d’une bombe dans un immeuble d’habitation, toujours à Surabaya, a indiqué la police. Cette attaque n’a pas été revendiquée dans l’immédiat.

Les auteurs des trois premières attaques sont six membres d’une même famille: la mère, le père, les deux filles de 9 et 12 ans et les deux fils de 16 et 18 ans, a annoncé le chef de la police nationale, Tito Karnavian. La famille était liée au mouvement radical Jamaah Ansharut Daulah (JAD), qui soutient le groupe Etat islamique. Les attaques ont été perpétrées dans trois endroits différents à dix minutes d’intervalle, la première explosion s’étant produite à 7 h 30 locales (2 h 30 heure de Paris), a précisé la police de Surabaya, deuxième ville du pays.

Des types de bombes différents

La mère, identifiée comme Puji Kuswati, et ses deux filles portaient des niqabs et des bombes autour de la taille lorsqu’elles ont pénétré dans l’église Kristen Indonesia Diponegoro pour se faire exploser, selon M. Karnavian. Le père, Dita Priyanto, chef de cellule au sein du JAD, a foncé avec une voiture d’explosifs sur l’Eglise pentecôtiste du centre de Surabaya, alors que ses fils ont conduit des motos en direction d’un troisième lieu de culte, l’église Sainte-Marie, où ils ont activé les explosifs qu’ils portaient. Les trois attaques « sont des attentats-suicides mais les types de bombes utilisées sont différents », a souligné M. Karnavian.

Selon l’organe de propagande du groupe EI, l’agence Aamaq, « trois attaques kamikazes » ont fait des morts et des blessés « parmi les gardiens des églises et des chrétiens dans la ville de Surabaya ».

L’un des assaillants tué

Au moins l’un des assaillants qui ont fait exploser leurs bombes à Santa Maria a été tué. Il n’a pas été précisé dans l’immédiat si les autres assaillants avaient péri. Des démineurs de la police ont, par ailleurs, désamorcé des bombes à la Gereja Pantekosta Pusat Surabaya (église pentecôtiste du centre de Surabaya).

Ces attaques interviennent à quelques jours du début du ramadan dans ce pays d’Asie du Sud-Est qui est en état d’alerte depuis la série d’attentats perpétrés ces dernières années, certains par l’EI.

L’intolérance religieuse a augmenté ces dernières années en Indonésie, pays de 260 millions d’habitants, dont près de 90 % sont de confession musulmane, mais qui compte aussi des minorités comme les chrétiens, hindous et bouddhistes. D’autres attaques visant des églises se sont produites ces dernières années à travers cet archipel d’Asie du sud-est.

 

Le Monde.fr

 

Allemagne : une enseignante musulmane interdite de porter le voile

Un tribunal berlinois a appuyé sa décision sur le « principe de neutralité », qui stipule que les enseignants ne doivent pas porter de signes religieux manifestes.

La décision était très attendue par l’opinion publique allemande. Un tribunal berlinois a interdit mercredi 9 mai à une jeune enseignante musulmane de porter le voile pendant les cours comme elle le souhaitait. La ville-État, défendue par Seyran Ates, une avocate féministe de renom, s’est appuyée pour obtenir gain de cause sur le « principe de neutralité » dans la capitale allemande : il stipule que les policiers, enseignants et personnels de justice ne doivent pas porter de signes religieux manifestes tels qu’une croix, une kippa ou le voile.

Dans son jugement, la juridiction des prud’hommes de Berlin a estimé que la plaignante n’avait pas été victime d’une discrimination en raison de sa religion. Le principe de neutralité invoqué par la ville de Berlin est donc à ses yeux conforme à la Constitution allemande. La liberté de religion de la jeune femme ne doit pas primer « sur l’intérêt de l’État régional de Berlin à organiser les écoles primaires [selon le principe] de la neutralité religieuse », ont encore argumenté les juges berlinois.

Suspendue dès sa première journée de travail

La jeune femme déboutée peut encore interjeter appel. Elle avait porté plainte parce qu’elle voulait enseigner dans une école élémentaire avec son hijab. La ville de Berlin avait embauché la jeune femme, actuellement en congé parental, l’an dernier. Mais à l’issue de sa première journée de travail, elle avait été suspendue de ses fonctions et transférée dans un établissement d’enseignement professionnel pour assurer les cours d’une « classe d’accueil » pour les enfants réfugiés. Pour les écoles traditionnelles, ce principe de neutralité s’arrête dans les classes où les élèves ont plus de 16 ans. Dans une autre procédure, la jeune femme réclame des dommages-intérêts à la Ville de Berlin, s’estimant discriminée en raison de sa religion.

Le port du voile dans les institutions publiques diffère d’un État régional à l’autre. La Bavière a ainsi fait récemment sensation en annonçant que des crucifix devaient être accrochés dans tous les bâtiments publics gérés par la région.

 

AFP

En Avignon, la mairie accusée de vouloir « débaptiser » certaines écoles publiques

Depuis une semaine, la mairie de la cité des papes est dans la tourmente à la suite d’un article de la presse locale concernant un projet de modification des noms d’écoles.

« La mairie chasse les saints des écoles ». Vendredi 20 avril, dans sa Une au ton accusateur, Vaucluse Matin a détaillé un supposé projet de la mairie d’Avignon : celle-ci aurait pour volonté de « débaptiser » les écoles publiques portant des noms de saints, pour leur donner des noms de figures publiques. Ainsi, des établissements scolaires portant le nom de Saint-Roch ou de Saint-Jean seraient renommés selon des propositions faites par les écoles et leur direction.

Les différents témoignages des élus municipaux semblent ne pas concorder sur le sujet. Tandis que le service communication assure que « la maire n’a jamais dit qu’on allait changer le nom des écoles qui portent un nom de saint », certains adjoints, dans leur déclaration, laissent place au doute. « On propose de changer le nom de certaines écoles pour qu’il corresponde plus aux aspirations du moment », explique une adjointe de quartier.

« Nettoyage anti-religieux »

Saint-Roch, Saint-Jean, Sainte-Catherine, Saint-Ruf, Saint-Gabriel mais aussi Thiers… autant d’établissements scolaires que Vaucluse Matin dit concernés par le changement de nom.

Les réactions sur les réseaux sociaux ne se sont pas fait attendre. De nombreux médias d’opinion réputés conservateurs ont relayé l’information, qualifiée par certains de « nettoyage antireligieux ». Sur Twitter, le maire Front National de Fréjus, David Rachline, a même « suggéré » à la maire d’Avignon de « démolir directement le magnifique Palais des Papes ou de détruire toutes les églises de l’Avignonnais », qualifiant le projet de la mairie d’« entreprise de destruction ».

Face à ce flot de réactions, la mairie d’Avignon a précisé ses intentions dans un communiqué de presse. Tout en accusant la presse locale d’alimenter des « polémiques qui n’ont pas lieu d’être », elle nuance le propos de Vaucluse Matin : « la Ville étudie la possibilité que les écoles portant le nom de la rue ou du quartier dans lesquelles elles sont situées bénéficient d’une dénomination propre », à commencer par l’école Thiers, située dans la rue du même nom. D’après la presse locale, cet établissement scolaire pourrait être rebaptisé « Simone Veil », mais un débat est en cours.

Processus pédagogique

Le communiqué de presse ne donne aucune précision sur les établissements portant un nom de saint, mais indique qu’un éventuel changement de nom ne saurait se faire sans le concours des élèves, enseignants et direction, dans le cadre d’un « processus pédagogique » et d’une « réflexion civique ». Contactée, la mairie n’a pas donné plus d’informations.

Son communiqué n’a pas dégonflé la polémique sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, les commentaires dénonçant un « laïcisme » de la Ville d’Avignon vont bon train, tant de la part d’anonymes que d’élus locaux, relayant les articles d’opinion publiés par les médias de la sphère conservatrice. Julien Aubert, député du Vaucluse et président du nouveau parti « d’inspiration gaulliste » Oser la France, a même accusé Avignon de « négation de son histoire papale » et « d’aseptisation culturelle ».

 

La Croix

Allemagne : le crucifix de la polémique en Bavière

Le ministre-président de Bavière Markus Söder vient d’émettre un décret qui nourrit déjà des polémiques. À partir du 1er juin, les halls de tous les bâtiments publics présents dans la province devront installer un crucifix bien en évidence. Montrant l’exemple, il a convoqué les journalistes pour le prendre en photo en train de fixer la croix dans le hall de son siège, à Munich.

Le ministre-président d’un territoire très catholique a imposé la pose du crucifix qui ne se résume pas à un « signe religieux » selon lui, mais s’avère être aussi « un emblème de la tradition historique et culturelle de la Bavière. (…) Un signe visible d’adhésion aux valeurs fondamentales de l’État de droit en Bavière et en Allemagne ».

Les yeux avertis des observateurs ont reconnu, à travers sa décision, une tentative de reconquérir une partie de l’électorat catholique face à l’essor de l’extrême droite dans l’espoir, pour l’Union chrétienne-sociale (CSU) dont il est membre, de remporter la majorité lors des élections régionales prévues 14 octobre prochain.

Cette décision a été l’objet de nombreuses critiques du côté des autorités catholiques pour qui il s’agit d’une instrumentalisation politique d’un symbole religieux. Mgr Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande et archevêque de Munich, n’a pas apprécié son initiative, accusant Markus Söder de « diviser, d’agiter et de monter les gens les uns contre les autres ».

Quelques semaines auparavant, Markus Söder déclarait publiquement que « l’islam ne fait pas partie de l’Allemagne ». L’archevêque a rappelé à son attention que « celui qui voit dans le crucifix un symbole culturel ne l’a pas compris ». Des Bavarois sont allés même jusqu’à accuser le ministre-président de blasphème en adoptant et en imposant une vision personnalisée du crucifix qui va à l’encontre de sa vraie valeur, telle que le pape François l’a récemment rappelé : le crucifix « n’est pas un objet ornemental ou un accessoire de mode, mais un signe religieux à contempler et à comprendre ».

 

Saphirnews

Double attentat au Nigeria: le bilan s’alourdit à 86 morts

Des employés du cimetière de Mubi, ville du nord-est du Nigeria théâtre d’un double attentat mardi, ont affirmé mercredi à l’AFP avoir enterré 86 personnes tuées dans l’attaque, contredisant les bilans des autorités, bien inférieurs.

« En tout, 86 morts ont été enterrés entre hier et aujourd’hui », a affirmé un employé du cimetière. « Nous n’avons reçu aucun autre corps depuis 14H30 et nous espérons avoir terminé désormais », a-t-il ajouté sous couvert de l’anonymat.

L’un de ses collègues avance le même chiffre, expliquant qu’ils avaient « enterré 76 corps jusqu’à 21H00 (20H00 GMT) » mardi et « 10 ce matin (mercredi), vraisemblablement des personnes blessées qui ont succombé à leurs blessures pendant la nuit. (…) J’étais choqué en entendant » le bilan donné par les autorités, a-t-il confié à l’AFP.

Régulièrement visé par Boko Haram

Le porte-parole local de l’Agence nationale de gestion des urgences, Imam Garki, affirme de son côté que ce double attentat attribué au groupe jihadiste nigérian Boko Haram a fait « 30 morts », et que les personnes grièvement blessées, « évacuées à Yola », la capitale de l’Etat de l’Adamawa, « répondaient bien au traitement ».

Interrogé sur la disparité entre les chiffres officiels et les déclarations des témoins sur place, le ministre local de l’Information, Ahmed Sajo, a reconnu qu’il était « possible que des proches des victimes aient emmené les corps directement pour être enterrés, sans passer par l’hôpital », où ils ont procédé au comptage.

Dans la tradition musulmane, les corps des victimes doivent être rapidement enterrés, ce qui complique le comptage, dans une région très difficile d’accès.

Mardi, à 13H30 (heure locale), un kamikaze s’est fait exploser dans une mosquée de Mubi, dans l’Etat d’Adamawa, puis un second, dans un marché qui se trouve à proximité, au moment où les fidèles s’enfuyaient.

« C’est le chaos ici », avait rapporté à l’AFP un secouriste volontaire, Habu Saleh, peu après l’explosion. Un autre habitant avait parlé de « la pire attaque sur Mubi ».

La ville de Mubi a été régulièrement visée par les attaques du groupe jihadiste nigérian Boko Haram, qui sévit dans le nord-est du Nigeria.

« Choqué et révolté »

Dès mercredi, le vice-président Yemi Osinbajo, se disant « choqué et révolté » par cet attentat, a ordonné le renforcement des mesures de sécurité à Mubi.

« La profanation d’un lieu de prière par des criminels est tragique et condamnable », a déclaré M. Osinbajo dans un communiqué.

« Les services de sécurité ont reçu des instructions pour prendre immédiatement des mesures pour renforcer la sécurité à Mubi et ses environs, et tout particulièrement près des marchés et lieux de prière », a-t-il ajouté.

Le président Muhammadu Buhari, qui veut briguer en deuxième mandat lors de la présidentielle de février 2019, a fait de la lutte antijihadiste une des priorités, mais les attaques régulières et l’enlèvement d’une centaine de lycéennes par le groupe jihadiste en février, mettent au jour les graves failles sécuritaires dans le nord-est du pays.

En visite à la Maison Blanche, où il était reçu lundi par Donald Trump, le président nigérian a remercié les Etats Unis pour leur « soutien dans la lutte contre le « terrorisme » » et d’avoir accepté la vente d’avions militaire et d’armement au Nigeria pour une somme de quelque 500 millions de dollars.

La semaine dernière, des combattants lourdement armés ont lancé une attaque contre la capitale de l’Etat du Borno, Maiduguri, bastion de la région qui abrite plusieurs millions de personnes et fortement sécurisée par l’armée nigériane.

Le conflit qui ravage les contours du Lac Tchad a fait plus de 20.000 morts et 2,6 millions de déplacés au Nigeria depuis 2009.

 

AFP

Bioéthique : le plaidoyer de Mgr Georges Pontier devant le Comité d’éthique

L’archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France a été reçu, jeudi 26 avril, par le CCNE dans le cadre des auditions sur la révision des lois de bioéthique.

« L’être humain se reçoit, infiniment plus qu’il ne se donne. » Le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Georges Pontier, a livré jeudi 26 avril aux membres du Comité consultatif national d’éthique qui l’auditionnait dans le cadre de la révision des lois de bioéthique, une contribution dense, en six points, embrassant tous les thèmes en jeu.

Et alertant contre une forme de fuite en avant : « Faut-il laisser dicter ces révisions par des impératifs financiers dus à la concurrence internationale dans le domaine de la recherche, par des transgressions d’interdits majeurs mises en place dans d’autres pays, par des demandes sociétales où s’expriment des désirs exacerbés en raison d’un individualisme grandissant et de possibilités techniques ? »

Principe de précaution

Insistant sur l’importance de principes fondateurs du droit français de la bioéthique depuis 1994, l’indisponibilité et la non-marchandisation du corps humain, l’archevêque de Marseille a plaidé pour que le législateur y ajoute un nouveau repère : le principe de précaution.

Ce principe, « – qui est constitutionnel pour l’environnement – devrait rentrer dans le champ de la bioéthique », a plaidé Mgr Pontier, évoquant la vertu de prudence. Une prudence qui devrait se traduire, a-t-il poursuivi, par la réalisation d’« études d’impact sérieuses avant d’entreprendre tout changement de la loi de bioéthique ».

S’élevant contre l’« usage non raisonné du principe de non-discrimination » dans ces débats, il a rappelé : « Ce qui est différent ne constitue pas une inégalité ». Il a aussi mis en avant la primauté du droit de l’enfant : « Faire passer le droit des adultes avant celui de l’enfant est donc en soi une injustice. » Un argument contre l’élargissement de la PMA aux couples de femmes, ainsi que contre toute légalisation de la gestation pour autrui.

PMA et GPA ont d’ailleurs constitué l’un des fils rouges de son allocution : « C’est une violence pour l’enfant de subir l’abandon de la femme avec laquelle il est lié par le lien gestationnel (…). C’est une violence de naître sans une lignée paternelle. »

Dévoiement de la médecine

Autre point développé : le risque de dévoiement du rôle de la médecine, qui doit rester, a-t-il insisté en citant le philosophe Claude Bruaire, « gardienne du seuil de l’humanité ». Plutôt que de demander à la médecine d’honorer des demandes sociétales, l’Église estime que le législateur devrait plutôt établir des « priorités de santé » profitables à toute la société, assurant par exemple « les soins de base et l’accompagnement des personnes âgées ».

De même, il a alerté contre l’« eugénisme libéral »« vraie tentation déjà à l’œuvre » : « Les tests génétiques et les techniques de dépistage doivent rester au service du bien des personnes elles-mêmes et non pas de l’élimination des personnes dont les caractéristiques sont jugées par beaucoup indésirables. »

 

La Croix

Israël : les discriminations historiques à l’égard des juifs marocains mises à nue

Israël s’apprête à ouvrir ses archives sur le traitement réservé aux juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans les premières années qui ont suivi la création de l’État en 1948. Une histoire qui pousse la société israélienne à regarder en face le racisme qui la traverse et dont les juifs marocains sont largement victimes.

Les archives concernant le traitement réservé par Israël aux juifs d’Afrique du Nord lors de leur installation en Israël dans les années 1950 vont être rendues publiques. La ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked, qui est également à la tête du comité sur les archives de la Knesset, l’a affirmé au journal israélien Haaretz, le 11 mars, quelques jours après la diffusion du documentaire « The Ancestral Sin » (« Le pêché ancestral ») sur la chaîne Reshet 13, qui a fait grand bruit dans le pays.

 

Un mouvement d’ouverture des archives

Dans ce film, le réalisateur David Deri – lui-même un Israélien d’origine marocaine – livre une série de témoignages et de documents jusque-là inédits qui « révèlent une méthode, une idéologie et une pratique cruelle » dans la mise en place des politiques de « dispersion de la population » dans les années qui ont suivi la création d’Israël.

Différentes institutions, notamment l’Agence Juive, organisme semi-public chargé de l’immigration, auraient eu des comportements discriminants à l’égard des Nord-Africains, et des Marocains en particulier, qui ont longtemps vécu dans des camps de transit où sévissaient malnutrition, insécurité et maladies.

Dans la foulée des déclarations de sa ministre de la Justice, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé qu’il comptait numériser et mettre en ligne les archives concernant l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord en Israël. Le 21 mars, Haaretz assurait que le cabinet de la Primature commençait à plancher sur une éventuelle levée de fonds pour cette mission.

Les Archives de l’État ont de leur côté assuré, le 20 mars, qu’elles commençaient à localiser les documents en question. Et pour faire bonne mesure, elles ont rendu public un premier document, daté de 1957. Le ministre du Travail d’alors remarquait que les logements sociaux bâtis pour permettre aux Nord-Africains et Moyen-Orientaux de quitter les camps de transit avaient été donnés aux « immigrants blancs ».

« Du bateau à la zone de développement »

Dans un rapport pour l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations, l’historienne marocaine Hanane Sekkat a documenté la politique gouvernementale israélienne à l’égard de ceux qu’on appelait alors les « Mizrahi », les juifs orientaux, ou Sépharades. Le leitmotiv des autorités est alors clairement édicté : « Du bateau à la zone de développement ».

Pendant les années 1950 et 1960, environ 250 000 juifs ont quitté le Maroc pour rejoindre Israël, avec des pics par période – ils seront 80 000 entre 1961 et 1964. Pour le gouvernement israélien d’alors, le but était de « procéder au peuplement de toutes les régions », « d’accélérer la colonisation des zones acquises » en 1948, « d’assurer la sécurité le long des frontières avec les pays arabes » et « d’éviter une concentration sur les zones côtières riches », liste l’historienne.

Les citoyens d’origine marocaine en Israël sont un peu plus de 800 000. C’est la deuxième communauté, derrière les juifs russes

Les populations sont envoyées là où elles seront, selon les critères des autorités israéliennes, les plus utiles à atteindre ces objectifs. « Afin d’exploiter au mieux les régions montagneuses, il est préférable d’y implanter de simples paysans », expose, par exemple,  un responsable de l’Agence Juive de l’époque.

Émergence du débat

L’irruption, aujourd’hui, du débat sur les conditions d’arrivée des juifs Nord-Africains, n’est pas un hasard, selon Perla Cohen, sociologue et historienne chargée de mission auprès du président des communautés juives du Maroc, qui y voit le signe de « l’arrivée de Marocains de deuxième et troisième génération à des postes clés dans l’appareil d’État, l’armée, le Parlement, la recherche et la classe politique ».

En Israël, « chleuh », le mot qui désigne au Maroc les Amazighs du sud, est utilisé en argot pour dire ‘primitif’

La récente élection à la tête du Parti travailliste de Avi Gabbay, d’origine marocaine ou encore l’accroissement du nombre de députés issus de familles originaires du Maroc sont autant de signes de cette montée en puissance de cette population. Celle du Shass, parti ultra-orthodoxe et traditionnellement sépharade fondé dans les années 1980, en est un autre. Son président, Aryé Dery, actuel ministre de l’Intérieur, est un natif de Meknès. Selon l’historienne, Benyamin Netanyahou, en difficulté, a aujourd’hui besoin de s’adresser à l’importante communauté juive arabe.

« Il ne faut pas oublier que les citoyens d’origine marocaine en Israël sont un peu plus de 800 000. C’est la deuxième communauté, derrière les juifs russes », précise Kamal Hachkar, réalisateur du documentaire Tinghir-Jerusalem, Les échos du Mellah (sorti en 2011), qui retrace le parcours de juifs ayant quitté le village amazigh de Tinghir pour l’État hébreu dans les années 1950.

Israël s’apprête à ouvrir ses archives sur le traitement réservé aux juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans les premières années qui ont suivi la création de l’État en 1948. Une histoire qui pousse la société israélienne à regarder en face le racisme qui la traverse et dont les juifs marocains sont largement victimes.

Les archives concernant le traitement réservé par Israël aux juifs d’Afrique du Nord lors de leur installation en Israël dans les années 1950 vont être rendues publiques. La ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked, qui est également à la tête du comité sur les archives de la Knesset, l’a affirmé au journal israélien Haaretz, le 11 mars, quelques jours après la diffusion du documentaire « The Ancestral Sin » (« Le pêché ancestral ») sur la chaîne Reshet 13, qui a fait grand bruit dans le pays.

Un mouvement d’ouverture des archives

Dans ce film, le réalisateur David Deri – lui-même un Israélien d’origine marocaine – livre une série de témoignages et de documents jusque-là inédits qui « révèlent une méthode, une idéologie et une pratique cruelle » dans la mise en place des politiques de « dispersion de la population » dans les années qui ont suivi la création d’Israël.

Différentes institutions, notamment l’Agence Juive, organisme semi-public chargé de l’immigration, auraient eu des comportements discriminants à l’égard des Nord-Africains, et des Marocains en particulier, qui ont longtemps vécu dans des camps de transit où sévissaient malnutrition, insécurité et maladies.

Dans la foulée des déclarations de sa ministre de la Justice, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé qu’il comptait numériser et mettre en ligne les archives concernant l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord en Israël. Le 21 mars, Haaretz assurait que le cabinet de la Primature commençait à plancher sur une éventuelle levée de fonds pour cette mission.

Les Archives de l’État ont de leur côté assuré, le 20 mars, qu’elles commençaient à localiser les documents en question. Et pour faire bonne mesure, elles ont rendu public un premier document, daté de 1957. Le ministre du Travail d’alors remarquait que les logements sociaux bâtis pour permettre aux Nord-Africains et Moyen-Orientaux de quitter les camps de transit avaient été donnés aux « immigrants blancs ».

Un racisme tenace

« Si ces gens ne se taisent plus, c’est que le racisme à leur égard est ancien, profond et assez massif. Il faut s’imaginer qu’en Israël, « chleuh », le mot qui désigne au Maroc les Amazighs du sud, est utilisé en argot pour dire ‘primitif’ ».

Le racisme à l’égard des juifs issus d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient n’est pas un fait nouveau en Israël. Dans un article d’Haaretz de 2016, l’historien Shay Hazkani, enseignant à New York, a enquêté sur les différentes formes de discrimination que les soldats sépharades ont subies dans les années 1950 au sein de l’armée. Il assurait ainsi que le Premier ministre d’alors, David Ben Gourion, participait lui-même à diffuser des préjugés sur les juifs du Maroc auprès de la hiérarchie militaire.

L’historienne Hanane Sekkat cite elle-aussi de nombreux discours politiques – ou à prétention scientifiques – qui dépeignent les immigrants marocains, massivement relégués aux emplois les plus pénibles, avec un racisme décomplexé.

L’arrivée en masse des juifs des pays arabes dans les années 1950 a fait naître la crainte de voir le pays perdre de son essence occidentale

Anciens, les préjugés ont la vie dure : le 13 mars 2018, le maire de la ville de Sderot, Eli Moyal, répondait à l’annonce de la ministre de la Justice par des déclarations racistes visant les Sépharades et les juifs marocains, incapables, selon lui, de bâtir un État moderne et qui auraient fait d’Israël un « royaume merdique » s’ils n’avaient pas été accueillis par des juifs européens.

Entre temps, dans les années 1970, de jeunes Israéliens ont donné de la voix contre ce genre de propos. Le cinéaste marocain Kamal Hachkar rappelle l’exemple de Reuven Abergel, natif de Rabat, fondateur des Black Panthers israéliennes, groupe de juifs orientaux qui militait contre les discriminations économiques et culturelles qu’ils subissaient.

Selon Hanane Sekkat, l’élite ashkénaze fondatrice de la nation israélienne s’est largement assignée comme mission de « reproduire le modèle occidental en Palestine » et que « l’arrivée en masse des juifs des pays arabes » dans les années 1950, pourtant jugée nécessaire, a très vite fait naître « la crainte de voir le pays perdre de son essence occidentale ».


Le précédent yéménite

Déjà, en 2016, le Premier ministre Benyamin Netanyahou avait inauguré l’ouverture d’un site Internet contenant des centaines de milliers de pages de documents concernant ce qui est connu en Israël sous le nom de « l’affaire des enfants yéménites ». L’ouverture des archives est venue confirmer que de très nombreux enfants de familles juives arabes, le plus souvent yéménites, avaient disparus entre 1948 et 1954, dans le nouvel état hébreu.

Certains auraient été confiés ou vendus à des familles ashkénazes, européennes. En février 2018, le journal The Times of Israël publiait un article sur la décision de la Knesset d’autoriser des familles à demander des exhumations afin de mener des tests génétiques pour retrouver leurs proches.

 

Jeune Afrique