Des travailleurs maliens font condamner un employeur pour « discrimination raciale et systémique »

C’est une condamnation historique qui a été prononcée, jeudi 18 décembre, par le conseil des prud’hommes de Paris. Celui-ci a condamné MT Bat Immeubles, le sous-traitant du groupe d’assurance Covéa, pour « discrimination raciale et systémique » envers 25 travailleurs maliens, une première en France. Tous sans-papiers en 2016, ils étaient employés illégalement sur le vaste chantier Breteuil-Ségur, dans le 7e arrondissement de la capitale.

L’employeur a été condamné à payer 34 000 euros à chaque travailleur pour dommages et intérêts ainsi que près de 3 000 euros de salaires en retard, soit plus d’un million d’euros au total.

C’est après l’accident d’un ouvrier en septembre 2016 que l’affaire a éclaté. Alors que le travailleur avait lourdement chuté d’un échafaudage non réglementé, l’employeur avait refusé d’appeler les secours. Ce fut alors la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour ses collègues qui vont se rebeller et dévoiler les conditions pénibles dans lesquelles ils sont employés.

Les ouvriers, qui ont fait alors le choix de faire grève et d’occuper le chantier, forment une action de groupe avec le soutien de la CGT. Ils sont reconnus comme ayant été employés dans des conditions « humainement indignes » par l’inspection du travail et le Défenseur des droits.

Dans son jugement cité par Le Parisien, le conseil de prud’hommes a reconnu que « tous les travailleurs maliens étaient assignés aux tâches les plus pénibles du chantier dans des conditions extrêmement dangereuses » et constaté que « la société a préféré privilégier l’état d’avancement des travaux à la sauvegarde de l’intégrité corporelle et de la vie des salariés, appréhendés comme de simples composants remplaçables ».

Trois ans après, c’est une belle victoire que les travailleurs peuvent savourer, d’autant que tous ont depuis été depuis régularisés et embauchés par une entreprise de bâtiment. Quant à MT Bat Immeubles, il a été placé en liquidation judiciaire.

Saphirnews