A propos Fatima Achouri

Sociologue des organisations et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Mes travaux portent sur les enjeux des mutations actuelles (sociales, politiques, économiques, technologiques, etc.). J'accompagne également les organisations dans le développement des ressources humaines : diagnostic sociologique de l’organisation afin d’optimiser la gestion du personnel aux niveaux macro et micro en particulier dans les domaines du recrutement et de la formation. Je suis formatrice dans le domaine public pour les agents ( Loi de 1905) et dans les entreprises privées (gestion du fait religieux). Je suis conférencière auprès des organisations publiques et privées sur la sociologie musulmane.

Maroc : lourde peine contre une blogueuse accusée d’atteinte à l’islam

Wordpress, La Toile, ConceptionUne blogueuse marocaine a été condamnée, lundi 15 août, à deux ans de prison ferme par le tribunal de première instance d’Oued Zem, à 150 km de Casablanca, pour « atteinte à la religion musulmane ».

Fatema Karim, 39 ans, avait été arrêté mi-juillet après avoir posté des publications sur Facebook jugées offensantes envers l’islam. Elle avait alors commenté sur un ton satirique, en langue arabe, des versets du Coran et des hadiths du Prophète Muhammad.

Les poursuites ont été déclenchées par le parquet. Face à la justice, elle a invoqué devant le juge son droit à la liberté d’expression, garanti par la Constitution marocaine, a indiqué son frère, Bouazza Karim, à l’AFP. Elle a également présenté publiquement des excuses à « quiconque s’est senti offensé » par ses publications, assurant n’avoir jamais eu l’intention de porter atteinte à l’islam. Mais cela n’a pas suffi. « Ce verdict est très sévère. Il nous renvoie des années en arrière », a regretté son frère. Fatema Karim a annoncé faire appel de cette décision.

En juin 2021, la justice avait condamné une Italo-marocaine à trois ans et demi de prison ferme pour les mêmes accusations après avoir publié sur Facebook des phrases satiriques imitant des versets du Coran. La jeune femme avait été libérée peu après, sa peine ayant été réduite en appel à deux mois de prison avec sursis à la suite d’une campagne de protestation de défenseurs des droits humains.

 

Saphirnews

Le manager d’un club de basket français qui avait affiché sa foi musulmane mis à la porte

Lune, Clair De Lune, Nuit, Pleine LuneAncien joueur de l’Élan béarnais Pau-Orthez, Taqwa Pinero a été promu manager général de ce club de basketball en mai dernier. D’origine américaine, ce joueur de 1,93 mètre a joué un rôle non négligeable dans l’arrivée de la société américaine Counterpointe Sports Group (CSG) dans le capital de l’Élan en 2021. Un renforcement financier qui a évité au club une rétrogradation administrative. Mais les résultats sportifs n’ont pas suivi lors de la saison suivante (2021 – 2022), les finances sont en piteux état et la menace de rétrogradation était toujours d’actualité en fin de saison.

Au cours de l’été 2022, les investisseurs américains décident de jeter l’éponge et revendent leurs parts à plusieurs acteurs français, dont la société Eat4Good dont le dirigeant devient président du club. Jusqu’ici, tout est clair. Mais le 2 août, avant le départ de CSG, un conseil d’administration met un terme à la fonction de manager général de Taqwa Pinero, lequel clame auprès de L’Equipe en avoir été averti par la presse. « D’un point de vue légal, les décisions prises en mon absence sont nulles, et ne peuvent être appliquées », estime l’ancien joueur.

Une péripétie habituelle dans un club sportif qui rencontre des difficultés financières et doit changer son équipe de dirigeants ? Il semblerait qu’une autre raison en soit la cause. Selon Sud Ouest, c’est d’abord pour avoir affiché sa foi musulmane sur les réseaux sociaux en mai que l’ancien joueur – très apprécié dans le club – aurait été sanctionné. « Je suis un exemple vivant de ce qu’Allah peut faire pour quelqu’un dont la foi est inébranlable », indiquait-il après avoir décrit son parcours personnel.

 

François Bayrou impliqué

Le quotidien régional précise qu’un sponsor, la direction du club et l’agglomération de Pau auraient fait pression sur les propriétaires américains pour évincer le tout juste nommé manager général. « Je suis sidéré de lire les messages envoyés par votre nouveau directeur général M. Taqwa Pinero. Comment ce monsieur peut se définir comme le « pur produit d’Allah » alors que l’Élan est un club catholique à l’origine ? », aurait écrit Stéphane Carella, un investisseur et partenaire du club, le 20 mai 2022 à la direction.

David Bonnemason-Carrère, le président du club à l’époque, en aurait rajouter une couche en expliquant aux investisseurs américains que « ce type de positionnement à propos d’Allah sur les réseaux sociaux est très mal perçu, particulièrement pour un club à l’origine catholique (l’Élan béarnais est issu d’un patronage religieux, ndlr). De plus, le sujet est très sensible en France avec les attaques terroristes. Cela fait vivement réagir les gens et les sponsors ». Une réunion avait alors organisée entre les dirigeants français du club, les investisseurs américains et François Bayrou, maire de Pau et président de l’agglomération paloise, principal soutien du club.

« Le maire nous a expliqué qu’on devait écarter Taqwa, qu’il ne pouvait pas rester manager général », explique Gref Heuss, l’un des deux dirigeants du groupe CSG. « François Bayrou a indiqué qu’un musulman ne serait pas accepté localement, et politiquement, car l’Élan est une organisation catholique. Nous avons répondu qu’il était hors de question de virer quelqu’un pour sa croyance religieuse, que ce n’était pas notre façon de faire ni d’être. Le maire a insisté, nous a répété qu’il fallait qu’on écarte Taqwa. Il a redit qu’on ne comprenait pas la mentalité d’ici, que c’était impossible. »

Aujourd’hui, François Bayrou explique « avoir défendu les principes de la laïcité ». Quant à l’ancien président et à l’investisseur cités, ils nient avoir voulu faire pression pour obtenir la tête de Taqwa Pinero et indiquent que l’ancien joueur n’a pas voulu assister à la réunion du conseil d’administration et ne souhaitait qu’une chose : négocier une indemnité de départ. « La justice sera saisie, elle devra faire la lumière sur ces faits qui transpirent la discrimination », a fait savoir l’avocat Nabil Boudi dont le cabinet a été mandaté par Taqwa Pinero. Affaire à suivre.

Saphirnews

L’Arabie saoudite dévoile les plans de « The Line », le centre de sa mégapole futuriste

        Le projet pharaonique de MBS, Neom, s’est enrichi de nouveaux plans. Après une station de ski en plein désert ou un port flottant, voici The Line, une ville en forme de mur de 170 km de long et 500 de haut

Après sa station de ski en plein désert ou son port flottant entièrement automatisé, la mégapole futuriste baptisée Neom, en Arabie saoudite, s’est enrichie de nouveaux plans, dévoilés par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ils montrent qu’elle s’étendra sur 170 kilomètres et abritera deux gratte-ciel massifs recouverts de miroirs. Sans effacer les doutes sur la faisabilité économique et environnementale du projet.

Appelés « The Line », les deux immenses gratte-ciel parallèles de 500 mètres de haut formeront le centre de la ville sur la mer Rouge, projet phare de plusieurs centaines de milliards de dollars de Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume, qui cherche à diversifier l’économie du pays pétrolier.

Avec ses taxis volants et robots domestiques, Neom a fait beaucoup parler d’elle depuis sa première annonce en 2017, même si des architectes et des économistes ont mis en doute sa faisabilité. Au départ, Neom a été présentée comme une « Silicon Valley » régionale, un centre de la biotechnologie et du numérique s’étendant sur 26 500 kilomètres carrés.

Mais lors de la présentation lundi soir de « The Line », le prince a esquissé une vision encore plus ambitieuse, décrivant une ville utopique sans voitures, la plus vivable « sur toute la planète ».

Le prince héritier du royaume veut une nouvelle ville en plein désert. Un lieu futuriste, high-tech et novateur, où tout s’achèterait et la technologie ferait office d’écologie, avec île usine et station de ski

L’idée est de repenser la vie urbaine sur une surface de seulement 34 kilomètres carrés pour répondre aux « crises de l’habitabilité et de l’environnement », a-t-il ajouté, suscitant une nouvelle fois le scepticisme chez certains.

« Le concept a tellement évolué depuis sa conception initiale qu’il est parfois difficile de déterminer sa direction », commente Robert Mogielnicki de l’Arab Gulf States Institute à Washington.

Boom démographique

Les autorités ont évoqué dans le passé le chiffre d’un million d’habitants à Neom. Le prince héritier a désormais fixé la barre à 1,2 million d’habitants d’ici 2030 et neuf millions à l’horizon 2045, en misant sur un boom démographique nécessaire, selon lui, pour faire de l’Arabie saoudite une puissance économique capable de rivaliser dans tous les secteurs.

À l’échelle nationale, l’objectif est d’atteindre 100 millions d’habitants en 2040, « près de 30 millions de Saoudiens et 70 millions ou plus d’étrangers », contre environ 34 millions d’habitants aujourd’hui, a déclaré Mohammed ben Salmane. « C’est l’intérêt principal de la construction de Neom : augmenter la capacité (démographique, ndlr) de l’Arabie saoudite […]. Et puisque nous le faisons à partir de zéro, pourquoi copier les villes normales ? ».

D’une largeur de 200 mètres seulement, « The Line » doit répondre à l’étalement urbain incontrôlé et nuisible à l’environnement, en superposant maisons, écoles et parcs, selon le modèle de « l’urbanisme à gravité zéro ».

Les résidents auront accès à « tous leurs besoins quotidiens » en cinq minutes à pied, ainsi qu’à d’autres facilités comme des pistes de ski en plein air et « un train à grande vitesse avec un trajet de bout en bout (de la ville) de 20 minutes », selon le communiqué de presse publié lundi.

Neom devrait aussi être régie par sa propre loi, en cours d’élaboration, mais les responsables saoudiens ont d’ores et déjà affirmé qu’ils n’avaient pas l’intention de lever l’interdiction de l’alcool imposée dans le royaume conservateur.

Trouver des fonds

Autre défi pour Neom : respecter les promesses en matière de protection de l’environnement du pays qui s’est engagé -sans convaincre les défenseurs de l’environnement- à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Selon une vidéo promotionnelle publiée lundi, le site sera totalement alimenté par des énergies renouvelables et présentera « un microclimat tempéré toute l’année avec une ventilation naturelle ».

Neom est bien positionnée pour bénéficier de l’énergie solaire et éolienne, et la ville devrait accueillir la plus grande usine d’hydrogène vert du monde, note Torbjorn Soltvedt, du cabinet de conseil Verisk Maplecroft. « Mais la faisabilité de Neom dans son ensemble n’est pas claire étant donné l’ampleur et le coût sans précédent du projet ».

Le coût de la « première phase », qui s’étend jusqu’en 2030, est évalué à 1 200 milliards de riyals saoudiens (environ 319 milliards de dollars), selon le prince Mohammed. Outre les subventions gouvernementales, les fonds devraient provenir du secteur privé et de l’introduction en Bourse de Neom prévue en 2024.

Le financement reste un défi potentiel, même si le contexte actuel, marqué par la flambée des prix du pétrole, est plus favorable pour le royaume que durant la pandémie de Covid-19. Par ailleurs, « le financement n’est qu’une partie de l’équation », souligne Robert Mogielnicki. « La demande est plus difficile à acheter, surtout quand on demande aux gens de participer à une expérience sur la vie et le travail dans le futur. »

 

Sud Ouest

Pentecôte : au Nigeria, des hommes armés font un massacre dans une église

Photos gratuites de Fenêtre de l'égliseAu Nigeria, des hommes armés ont massacré des fidèles, lors de la messe de la Pentecôte dimanche 5 juin. Cette attaque, dénoncée comme un “meurtre odieux de fidèles” par le président Muhammadu Buhari et qui n’a pas été revendiquée, s’est produite pendant l’office du matin à l’église catholique Saint-Francis de la ville d’Owo, dans l’État d’Ondo (sud-ouest), habituellement épargné par les jihadistes et les bandes criminelles actifs dans d’autres régions du pays.

“Le Pape a appris l’attaque (survenue) à l’église d’Ondo, au Nigeria, et la mort de dizaines de fidèles, dont de nombreux enfants, pendant la célébration de la Pentecôte”, a indiqué le service de presse du Vatican dans un communiqué. “Alors que les détails de l’incident sont en train d’être clarifiés, le Pape François prie pour les victimes et pour le pays, douloureusement affectés lors d’un moment de célébration, et les confie au Seigneur, afin qu’il envoie son Esprit pour les consoler”, a-t-il ajouté.

“Une forte explosion”

Les autorités nigérianes n’ont pour l’heure pas établi de bilan précis de la tuerie. “Il est encore tôt pour dire exactement combien de personnes ont été tuées. Mais de nombreux fidèles ont perdu la vie tandis que d’autres ont été blessés dans l’attaque”, a déclaré la porte-parole de la police de l’État, Ibukun Odunlami, à l’AFP.

Un témoin, qui n’a donné que son prénom, Abayomi, a déclaré à l’AFP qu’au moins 21 fidèles dont des enfants, avaient péri dans l’attaque de la Pentecôte. “Je passais dans le quartier quand j’ai entendu une forte explosion et des coups de feu à l’intérieur de l’église”, a-t-il dit. Il a dit avoir aperçu au moins cinq hommes armés à l’intérieur de l’église avant de prendre la fuite.

“Attaque ignoble et satanique”

Le gouverneur de l’État d’Ondo, Oluwarotimi Akeredolu, a appelé dans son communiqué les forces de sécurité à retrouver les assaillants après cette “attaque ignoble et satanique”. Selon la porte-parole de la police de l’État , ils ont attaqué l’église munis d’armes à feu et d’explosifs.

L’attaque survient à la veille du lancement par l’APC, le parti au pouvoir, de ses primaires en vue de l’élection présidentielle de 2023 pour guigner la succession de Muhammadu Buhari, un ancien commandant de l’armée qui se retirera après deux mandats. La sécurité reste un défi majeur dans le pays le plus peuplé d’Afrique et à la plus grande économie du continent.

Un sud majoritairement chrétien

Les attaques contre les sites religieux sont particulièrement sensibles au Nigeria, où les tensions s’exacerbent parfois entre les communautés d’un pays dont le sud est majoritairement chrétien et le nord majoritairement musulman. Ce type d’attaque est toutefois rare dans le sud-ouest du pays, relativement paisible.

L’armée nigériane est en revanche confrontée à de nombreux foyers d’insécurité dans le reste du pays. Une insurrection jihadiste fait rage depuis 12 ans dans le nord-est, les gangs de pilleurs et de kidnappeurs terrorisent le nord-ouest et centre, et le sud-est est le théâtre de mouvements séparatistes. Le groupe djihadiste Boko Haram, présent dans le nord-est du pays, a déjà pris pour cible des églises au long d’un conflit qui a fait 40 000 morts et 2 millions de déplacés au Nigeria.

 

Revue Réforme

 

Loi séparatisme : les cultes chrétiens au front, leurs recours devant le Conseil constitutionnel

La loi confortant le respect des principes de la République, aussi dite « séparatisme », a renforcé le contrôle de l’Etat sur l’activité des associations cultuelles, au risque de permettre à celui-ci de restreindre la liberté de culte selon les instances chrétiennes qui ont déposé des recours à l’encontre de certaines dispositions de cette loi. Jean-Daniel Roque, président de la commission Droit et liberté religieuse au sein de la Fédération protestante de France (FPF), explique à Saphirnews les raisons et les attendus de la contre-attaque juridique.

Photos gratuites de TraverserC’est confirmé, le Conseil constitutionnel devra se prononcer sur le titre II de la loi confortant le respect des principes de la République (CRPR), c’est-à-dire sur la garantie du libre exercice du culte, modifié par les articles 68 à 88 de ce texte de loi voté le 24 août 2021.

Mi-mai, le Conseil d’État a confirmé avoir transmis aux neuf sages du Conseil constitutionnel les deux recours déposés par cinq institutions catholiques, protestantes et orthodoxe : l’Union des associations diocésaines de France, la Conférence des évêques de France (CEF), la Fédération protestante de France (FPF), l’Union nationale des associations cultuelles de l’Eglise protestante unie de France et l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF). Attendue dans un délai de trois à quatre mois, la réponse de l’institution judiciaire devrait apporter de la clarté face aux craintes et aux contestations que cette loi a suscité, particulièrement auprès des associations cultuelles musulmanes.

Mais sur quelles dispositions les instances chrétiennes ont-elles déposé des recours ? « Avant le vote de la loi, les parlementaires avaient déjà saisi le Conseil constitutionnel sur le titre I de la loi. Il chapeaute les articles 1 à 67 et traite du « respect des principes de la République et des exigences minimales de la vie en société ». Mais le titre II qui concerne les articles 68 à 88 et traite de « la garantie de libre exercice du culte », n’était pas concerné. C’est cette garantie qui a fait l’objet des question des instances chrétiennes », nous indique Jean-Daniel Roque, président de la commission Droit et liberté religieuse de la FPF.

L’Etat décide seul, au risque de limiter la liberté de culte

Et le responsable associatif d’expliquer qu’au début du siècle dernier, les parlementaires qui ont travaillé sur la loi de 1905 concernant la séparation des églises et de l’État avaient été très attentifs à toutes les expressions des représentants de culte. « Et bien leur en a pris, affirme-t-il. Grâce à cela, la loi 1905 a été un texte pacificateur. Elle a permis d’apaiser les tensions qui traversaient la société française à l’époque. »

Or, la loi CRPR bouscule les équilibres trouvés en 1905. Auparavant, un préfet pouvait contester la gestion d’une association cultuelle sous l’égide de la loi de 1905, mais il devait saisir un tribunal civil pour obtenir gain de cause. Avec la nouvelle législation, un préfet décide seul de la conformité d’une association cultuelle. Si les responsables de cette association contestent, ils ne peuvent plus saisir un tribunal civil mais se retrouvent devant un tribunal administratif. « En somme, l’Etat décide tout seul de la conformité d’une association cultuelle », souligne Jean-Daniel Roque, pour qui cette disposition est clairement une atteinte à la liberté d’association et à la liberté de culte.

Par ailleurs, la loi CRPR augmente considérablement les contraintes administratives ou légales et les contrôles comptables des associations cultuelles. Elles doivent se déclarer auprès du préfet tous les cinq ans. Au niveau comptable, les dons et avantages venant de l’étranger de plus de 15 300 € doivent être déclarés, et obligent à organiser la certification des comptes à partir de 50 000 € pour les associations cultuelles, alors que cette obligation n’existe qu’au-delà de 153 000 € pour toutes les autres associations. Alors même que les études montrent que les sommes arrivant de l’étranger sont beaucoup plus importantes dans les domaines du sport ou de la culture.

Autre point contesté par les instances chrétiennes, la définition d’une association cultuelle. Il existe en effet deux types d’association qui gèrent des lieux de cultes. En plus des associations cultuelles dont les contraintes ont été sévèrement renforcées par la loi CRPR, il y a des associations plus classiques, au sens de la loi 1901. Elles ne s’occupent pas uniquement du lieu de culte, mais organisent également des activités culturelles ou artistiques, voire sportives. Les associations musulmanes organisent également des cours de langue arabe.

Or, la nouvelle loi définit les associations cultuelles comme « ayant des activités en lien avec l’exercice du culte ». Une définition très imprécise qu’un préfet peut interpréter à sa guise. « Cette nouvelle catégorie vise les associations 1901 qui organisent des « activités en relation avec l’exercice public du culte ». C’est une définition pour assujettir une association à des contraintes très fortes, voire la conduire à se transformer en association cultuelle (1905). Une telle nouveauté crée une très forte insécurité juridique », estime Jean-Daniel Roque.

Une clarification qui se fera attendre un peu

Toutes ces nouvelles dispositions complique la gestion des cultes, le plus souvent assurée par des bénévoles, et conduiront ainsi automatiquement à une réduction de la liberté d’exercice du culte. Loin de conforter les principes de la République, cette loi porte atteinte aux libertés acquises selon les instances chrétiennes, qui avaient déjà formulé leurs craintes de voir « une police de la pensée qui s’installe de plus en plus dans l’espace commun » dans dans une tribune parue en mars 2021.

Le Conseil constitutionnel va donc se prononcer sur la constitutionnalité du titre II du texte de loi. Par la suite, il restera au Conseil d’Etat à se prononcer sur les décrets d’application qui, pour les cultes, alourdissent les obligations au lieu de se contenter d’expliciter et de clarifier la loi. Autant dire que les responsables religieux, tous cultes confondus, devront attendre un peu avant de pouvoir bénéficier d’un environnement légal clair. Une situation qui n’inquiète pas outre mesure les responsables, car la nouvelle loi donne 18 mois aux associations pour s’adapter.

Saphirnews

Des mosquées dénoncent un « apartheid bancaire » visant les musulmans de France

Des mosquées rhodaniennes s’insurgent des fermetures inexpliquées de comptes bancaires visant les mosquées en construction et leurs bienfaiteurs. Elles interpellent le président Emmanuel Macron pour en finir avec ce qu’elles nomment « l’apartheid bancaire ».

 

Argent, En Espèces, Factures, DeviseLe Conseil des mosquées du Rhône (CMR) crie son ras-le-bol. L’instance, présidée par le recteur de la Grande Mosquée de Lyon Kamel Kabtane, a dénoncé, lundi 6 juin, « l’apartheid bancaire qui vise les institutions musulmanes de France et leurs bienfaiteurs ».

Le terme « apartheid » est fort. Trop même. Mais le CMR assume ce choix, souhaitant sensibiliser la classe politique et le gouvernement en particulier d’un problème récurrent qui dure depuis bien longtemps. Ainsi, et ce, « depuis quelques années », « des dizaines de mosquées en pleine construction (ou extension) ont subi la fermeture de leurs comptes bancaires », mettant à mal les projets. « Des fermetures massives de comptes bancaires de particuliers ayant participé à la construction de mosquées ont été observées récemment dans les filiales de certaines banques, sans justification aucune », dénonce aussi le CMR, inquiète de « ces pratiques discriminatoires qui visent particulièrement les institutions musulmanes ainsi que leurs bienfaiteurs et parfois leurs proches ».

Le porte-parole du CMR, Azzedine Gaci, s’était récemment emporté sur les réseaux sociaux contre la BNP. Celle-ci a été accusée d’avoir fermé sans explications le compte bancaire d’un homme ayant fait un don de 10 000 € à une mosquée en construction dans la métropole de Lyon. Elle aurait également fermé ceux de son père, de son frère, de sa soeur et de son oncle, soit au total cinq comptes.

 

Une interpellation lancée au chef de l’Etat

A l’occasion de la séance inaugurale du Forum de l’islam de France (FORIF) en février, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, « s’était engagé à prendre toutes les dispositions nécessaires pour interdire ces fermetures injustifiées et rétablir le droit inaliénable de disposer d’un compte en banque pour tout citoyen français », selon le recteur de la mosquée de Villeurbanne. Seulement, « rien n’a été fait, malheureusement ».

« On ne peut pas continuer à mettre les Français musulmans au ban de la société et, en même temps, les taxer de séparatisme », fait-on savoir.

Le CMR, qui avait déjà alerté d’une telle situation en novembre 2021, lance un appel au président de la République, « garant des droits fondamentaux de tous les Français pour que cesse cette ignominie juridique qui prive des institutions cultuelles et des citoyens français de leurs droits fondamentaux ».

Saphirnews

Présidentielle : 65% des protestants ont voté pour Emmanuel Macron, comme 85% des musulmans

Vote, Scrutin, Boîte, Urne ÉlectoraleComme lors du premier tour de l’élection présidentielle, les protestants ont placé Emmanuel Macron en tête. Les catholiques (55 %) et les musulmans (85 %) ont fait le même choix.

Les musulmans ont massivement voté (85 %) pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection, les catholiques ayant un comportement électoral (55 % pour le président sortant) quasi-identique à l’ensemble des Français, selon une enquête Ifop pour La Croix et Le Pèlerin publiée lundi 25 avril. Quant aux protestants, ils ont voté à 65 % pour le président sortant. Au premier tour, leur choix s’était porté en premier lieu sur ce dernier (36 %), puis sur Marine Le Pen (17 %).

La participation, parmi l’électorat catholique, est plus forte que chez l’ensemble des inscrits en France (79 %, contre 71,8 %), selon cette étude. Cette proportion est de 70 % chez les protestants mais tombe à 58 % chez les musulmans. Au total, les catholiques ont voté à 55 % pour Emmanuel Macron (plus de 58 % chez l’ensemble des Français). Dans le détail, ils ont placé le président sortant à 55 % chez les non-pratiquants et à 58 % chez les pratiquants (61 % chez les pratiquants réguliers et 55 % chez les pratiquants occasionnels).

En 2017, les catholiques avaient plus voté Macron

Au premier tour le dimanche 10 avril, les candidats d’extrême droite avaient obtenu 40 %, en additionnant les votes des catholiques en faveur de Marine Le Pen, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, soit plus que l’ensemble des Français (32,5 %). Autre enseignement du sondage : dimanche, les musulmans ont nettement voté pour Emmanuel Macron, à 85 %. Au premier tour, ils avaient massivement voté pour Jean-Luc Mélenchon (69 %).

En 2017, le candidat d’En Marche ! avait obtenu 62 % des suffrages exprimés par l’ensemble des catholiques, selon l’enquête d’opinion menée par le même institut. Sondage 2022 réalisé auprès d’un échantillon de 4 827 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, par questionnaire auto-administré en ligne le 24 avril.

 

 

Revue Réforme / AFP

Eric Zemmour : ouverture d’une enquête pénale après l’envoi de SMS aux Français de confession juive

Étoile De David, Star, David, ReligionVendredi 8 avril, des milliers de Français de confession juive ont reçu un SMS de l’équipe de campagne d’Éric Zemmour les renvoyant sur une page web du candidat à l’élection présidentielle intitulée « Message d’Éric Zemmour aux Français de confession juive ». Selon les informations de BFMTV, lundi 11 avril, la page est restée en ligne jusqu’au 10 avril, date du premier tour, puis a été supprimée. Dans la soirée de mardi, une enquête préliminaire a été ouverte à Paris après la plainte de deux associations sur ce fameux démarchage par SMS. Sollicité par l’AFP, le parquet de Paris a confirmé l’ouverture de cette enquête pour des infractions relatives à des données à caractère personnel.

« Sur plainte de l’UEJF et de l’association J’accuse AIJI, une enquête a été ouverte ce jour des chefs de détention, conservation, enregistrement, transmission de données à caractère personnel en dehors des cas prévus par la loi, communication à un tiers sans autorisation et détournement des finalités d’un fichier de données à caractère personnel », a précisé le parquet. Les investigations ont été confiées à la Brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP), a aussi indiqué cette source.

Interdiction du traitement de données personnelles à connotation religieuse

Pour rappel, la loi française interdit le traitement de données personnelles à connotation religieuse. De nombreux électeurs qui ont reçu le message ont fait des signalements à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Les deux associations, l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et J’accuse, reprochent à Éric Zemmour et son équipe d’avoir illégalement utilisé une base de données « qui, directement ou indirectement », fait « apparaître les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses » des personnes visées par la campagne de SMS, sans leur consentement. Pour les deux associations, ce démarchage politique est « la plus massive exploitation de listes nominatives de juifs depuis la rafle du Vel’d’hiv ».

Une instruction ouverte par la CNIL

Si l’équipe du candidat a bien confirmé à la chaîne d’information continue avoir envoyé « une dizaine de milliers de SMS », elle assure toutefois qu’elle ne visait pas clairement des Français de confession juive. Elle aurait fait appel à un courtier en données pour l’envoi des SMS, à qui elle a demandé de cibler les personnes qui ont communiqué leur numéro de téléphone à des organismes ou services traitant de la question de l’antisémitisme. Elle assure néanmoins ne pas connaître l’identité de ceux-ci mais qu’ils ont donné leur accord pour que les données soient partagées à des fins de communication politique, selon Libération. Certains électeurs ayant reçu le SMS d’Éric Zemmour ont affirmé à BFMTV qu’ils ne se rappellent pas avoir laissé leur numéro à un quelconque organisme de ce type.

La CNIL a ouvert une instruction le 9 avril. Si une infraction est constatée dans cette affaire, Éric Zemmour risquerait jusqu’à 20 millions d’euros d’amende administrative et une mise en demeure. Au pénal, précise la chaîne d’info continue, il encourt jusqu’à 5 ans de prison et 300.000 euros d’amende. En outre, le code pénal punit de cinq ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende la création d’un fichier faisant apparaître des croyances religieuses ou des origines raciales ou ethniques sans le consentement de l’intéressé. La semaine d’avant déjà, son équipe de campagne avait été épinglée pour avoir laissé des messages vocaux sur le répondeur téléphonique de milliers de Français. Cette pratique est autorisée par la CNIL, mais très réglementée.

 

Capital

Gironde : la fermeture de la mosquée de Pessac ordonnée, « une punition » avant le Ramadan

 

À L'Intérieur, L'ArchitectureLe couperet est tombé : la mosquée de Pessac sera fermée durant le mois du Ramadan. La préfecture de Gironde a acté, lundi 14 mars, la fermeture du lieu de culte musulman pour une durée de six mois pour « des prêches et des propos (qui) ont régulièrement incité à ne pas respecter les lois de la République, justifié les attentats et valorisé la mort en martyr », a annoncé la préfète de Gironde Fabienne Buccio par voie de communiqué de presse.

Le Rassemblement des musulmans de Pessac (RMP), gestionnaire de la mosquée, est aussi accusée de promouvoir un « islam radical » et une « idéologie salafiste », de diffuser « des publications haineuses à l’encontre d’Israël », d’inciter « au repli identitaire » et de condamner « les musulmans qui ne partagent pas leur vision rigoriste de l’islam ».

 

Une décision mal vécue avant le Ramadan

L’avocat de la mosquée, Me Sefen Guez Guez, a dénoncé cette décision prise au terme de la procédure contradictoire engagée le 24 février dernier. Dans un communiqué signé de la direction de la mosquée mardi 15 mars, il souligne « le décalage entre les accusations de la préfecture, comme la promotion du terrorisme, et la situation judiciaire » dans la mesure où il n’y a « aucune enquête ouverte par le parquet, aucune garde à vue, et aucune audition d’aucun membre de la mosquée ».

Par ailleurs, le RMP « a retiré l’ensemble des posts publiés sur les réseaux et montrés du doigt par la préfecture sans même débattre sur le fond », « a changé l’animateur de sa page Facebook, et a désigné un modérateur pour suivre les publications ». Néanmoins, « on voit que cela ne suffit pas », déplore l’avocat. A moins d’un mois du début du Ramadan, cette fermeture est vécue par les dirigeants du lieu de culte « comme une punition pour des mots qui ont été tenus par des tiers (des internautes anonymes) tenus il y a longtemps et retirés depuis ».

Située dans le quartier des Echoppes, la mosquée était déjà dans le viseur de la préfecture suite à l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty en 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne. Une perquisition avait alors eu lieu au sein de la mosquée où avaient été saisis des documents et un ordinateur. « L’atteinte aux libertés publiques, et notamment vis-à-vis des musulmans n’a jamais été aussi prégnante qu’aujourd’hui », avait dénoncé l’avocat d’alors de la mosquée, Me Samim Bolaky.

Les contrevenants à cette mesure de fermeture s’exposent à 7 500 euros d’amende, indique la préfecture. Me Sefen Guez Guez a annoncé le dépôt d’un recours devant le tribunal administratif de Bordeaux pour contester la décision préfectorale. La mosquée de Pessac appelle ses fidèles et les musulmans de France à « un élan de solidarité et de mobilisation » en sa faveur « pour défendre ses droits devant la justice ».

Saphirnews

Peine de mort : l’Arabie saoudite exécute 81 personnes en un jour

L’Arabie saoudite a exécuté en une seule journée, samedi, 81 personnes condamnées à mort pour des crimes liés au « terrorisme », un record qui dépasse le nombre total d’exécutions en 2021 dans le royaume.

Arabie Saoudite, DrapeauL’Arabie saoudite a exécuté, samedi 12 mars, 81 hommes, a annoncé le ministère saoudien de l’Intérieur, lors de ce qui constitue la plus importante exécution de masse organisée dans le pays depuis des décennies.

Soixante-treize Saoudiens, sept Yéménites et un Syrien avaient été « reconnus coupables d’avoir commis de multiples crimes odieux » dans le pays, a rapporté l’agence de presse officielle SPA.

Parmi eux, des hommes liés à l’organisation jihadiste État islamique, au réseau Al-Qaïda, aux rebelles houthis du Yémen et à « d’autres organisations terroristes », a précisé l’agence.

L’Arabie saoudite, qui a l’un des taux d’exécutions les plus élevés au monde, a généralement recours à la décapitation pour mettre à exécution les peines capitales.

Les 81 personnes avaient été condamnées à mort pour avoir « attaqué des lieux de culte, des bâtiments gouvernementaux et des installations vitales pour l’économie du pays », et pour des « crimes d’enlèvement, de torture, de viol et de contrebande d’armes », toujours selon SPA.

« Ces crimes ont fait un grand nombre de morts parmi les civils et les forces de l’ordre », a ajouté l’agence sans autres précisions. « Le royaume continuera d’adopter une position (…) inébranlable contre le terrorisme et les idéologies extrémistes qui menacent la stabilité du monde entier », poursuit SPA.

Pendant plusieurs années après 2014, le royaume a été visé par une série d’attaques meurtrières perpétrées par le groupe État islamique. Il est par ailleurs la cible d’attaques des Houthis depuis le Yémen voisin en guerre. Au Yémen, Riyad appuie le gouvernement face aux Houthis depuis 2015.

La charia appliquée

En 2021, le royaume avait procédé à 69 exécutions. Et depuis le début 2022 et avant les exécutions de samedi, 11 personnes avaient été exécutées, selon un décompte de l’AFP basé sur des déclarations officielles.

« Le monde doit déjà savoir que quand Mohammed ben Salmane promet des réformes, l’effusion de sang suit », a écrit sur Twitter l’ONG britannique Reprieve. « Le prince héritier vient tout juste de dire la semaine dernière à des journalistes qu’il voulait moderniser le système judiciaire pénal, seulement pour ordonner la plus importante exécution en masse de l’histoire du pays », a ajouté l’ONG.

Dirigeant de facto du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane a lancé des réformes sociales et économiques depuis 2017 mais il a dans le même temps réprimé toute dissidence. Monarchie absolue, l’Arabie saoudite est dotée depuis 1992 d’une Loi fondamentale assimilée à une Constitution, reposant sur la charia, la loi islamique.

L’homicide, le viol, les attaques à main armée, la sorcellerie, l’adultère, la sodomie, l’homosexualité et l’apostasie y sont passibles de la peine capitale.

Les exécutions annoncées samedi interviennent au lendemain de la libération du blogueur et militant des droits humains Raif Badawi, condamné à dix ans de prison pour avoir plaidé pour la fin de l’influence de la religion sur la vie publique dans le royaume.

Sa peine purgée, l’ancien lauréat du prix Reporters sans frontières pour la liberté de la presse, âgé de 38 ans, est toutefois interdit de quitter le territoire saoudien pendant les dix prochaines années.

La peine de mort aussi pour les mineurs

Dans le cadre des réformes, l’Arabie saoudite a annoncé en 2020 qu’elle mettait fin à la peine capitale pour ceux condamnés pour des crimes commis alors qu’ils avaient moins de 18 ans. Mais samedi, un Saoudien condamné à mort pour des crimes commis alors qu’il était mineur a été hospitalisé après avoir commencé une grève de la faim, selon sa famille et Reprieve.

En 2017, alors âgé de 14 ans, Abdallah al-Howaiti a été arrêté et accusé de vol à main armée et du meurtre d’un policier dans la province septentrionale de Tabouk. Il a été condamné à mort pour la deuxième fois plus tôt ce mois après que la Cour Suprême a annulé un premier verdict prononcé en 2019 et ordonné un nouveau procès.

Les faits présumés « ont eu lieu alors que Howaiti n’avait que 14 ans, ce qui montre que les autorités saoudiennes continuent d’appliquer la peine de mort aux mineurs », selon l’organisation de défense des droits humains ALQST basée à Londres.

 

France 24 / AFP