Égypte : les voix féminines de l’islam

Les autorités égyptiennes ont nommé 144 prédicatrices dans les mosquées du pays. Leur mission : enseigner l’islam, mais aussi guider les femmes musulmanes.

L’image est inhabituelle en Égypte. Un homme, le ministre des Affaires religieuses, fait face à plus d’une centaine de femmes aux voiles de toutes les couleurs. Lors de cette conférence inédite qui réunit les nouvelles prédicatrices, les cheikhs – ils sont une vingtaine, relégués sur les côtés – font office de figurants.

« Il faut qu’on investisse les universités, les centres de loisirs, les écoles et pas seulement les mosquées pour enseigner le bon islam », interpelle sans détour Nagat Wakail. Cette professeur d’anglais arrive de Sohag, une ville située en Haute-Égypte à plus de cinq heures du Caire. Pour obtenir sa licence de prêche, Nagat Wakail et 143 autres femmes ont réussi l’examen très sélectif d’Al Azhar, l’institution de référence pour les sunnites du monde entier. Elles étaient plusieurs centaines à se présenter aux épreuves d’explication de « hadiths » ( les paroles du prophète Mohammed rapportées par ses compagnons) et de mémorisation des trois parties du Coran concernant les femmes et la famille.
« Je veux changer la société »

Nagat Wakail, smartphone à la main, veut se servir de son nouveau titre religieux comme d’un porte-voix. « Ça m’offre plus de légitimité. Les gens vont mieux accepter mes idées et mes conseils, car ils sont basés sur la religion. » Victime d’excision comme 90 % des Égyptiennes, la nouvelle prédicatrice rappelle régulièrement que le Prophète n’a pas excisé ses filles. « Les Égyptiennes souffrent de nombreux maux comme le harcèlement sexuel et les mariages forcés. Je veux les défendre parce que beaucoup ont peur de leur mari et de leur famille. Je veux changer la société », poursuit-elle.
En nommant 144 prédicatrices, le ministère des Affaires religieuses offre une tribune officielle inédite à un phénomène peu connu. Depuis plusieurs années, quelques femmes ont pris l’initiative d’organiser elles-mêmes des prêches privés dans des maisons et sur des chaînes de télévision par satellite. Désormais, elles seront sous l’autorité du ministère des Affaires religieuses et seront rétribuées, selon leur expérience, entre 10 et 60 euros par mois. « Cette décision change tout, car ils ont sélectionné les plus compétentes et exclu les extrémistes », s’enthousiasme Wafaa Abdel Salam, dont le voile vert fluo contraste avec sa longue robe noire.
Doctrine officielle d’Al Azhar
Pour cette chef d’entreprise qui officie aussi à la télévision, l’enjeu est de permettre aux musulmanes de trouver des réponses à leurs questions les plus intimes, sans craindre le regard de l’imam. Les règles, la grossesse et les problèmes de couple : « Tout a une réponse religieuse », assure Wafaa Abdel Salam. Le divorce ? « La femme peut le demander si son mariage est un échec. » La polygamie ? « Si l’épouse tient bien sa maison et que la vie de couple se passe bien, rien ne justifie la polygamie. En revanche, si elle est malade et ne peut plus satisfaire son mari alors ce dernier peut en épouser une seconde. »
Très loin d’être progressistes, ces propos reflètent la doctrine officielle d’Al Azhar dite « du milieu ». Sans bousculer les traditions, l’institution azharie et le Conseil égyptien de la fatwa (instance qui délivre des avis juridiques en s’appuyant sur les textes islamiques) s’attachent surtout à disqualifier les discours radicaux prônant la violence et la terreur. Tant que les prédicatrices restent dans ce cadre pondéré, les nuances sont autorisées.
Dans une zone rurale du delta du Nil, Mahrosa Zanta veut encourager les parents à laisser leurs enfants décider de leur mariage. Même si cette femme d’une cinquantaine d’années couvre ses cheveux, elle affirme que le foulard n’est pas obligatoire. Dans la vallée du Nil, à Minya, Rajah Edin, serrée dans son pardessus mauve, estime en revanche que les femmes ne peuvent pas travailler si leur mari y est opposé.
Retour au conservatisme

 

« C’est une étape importante » veut croire la féministe Imane Abdelwahed. « Ce tampon d’Al Azhar va encourager d’autres femmes à s’engager et va nous aider à convaincre la jeune génération que les femmes ont des droits dans la religion. » Née dans les années 1950, elle se sent de plus en plus impuissante dans cette société égyptienne redevenue conservatrice.
« Trente ans après on en est toujours à militer pour que les femmes puissent étudier, travailler et sortir dans la rue seule sans être blâmée », déplore cette croyante, qui entoure son visage d’un fin voilage opaque. À la différence qu’aujourd’hui, cette ex-PDG connaît très peu de jeunes femmes sensibles à son combat. Même sa propre fille, diplômée de médecine, préfère être femme au foyer pour « respecter les normes religieuses actuelles de la société ». À travers son ONG, la New woman fondation, Imane Abdelwahed espère nouer des partenariats avec ces nouvelles prédicatrices et véhiculer un discours religieux plus favorable aux femmes.
« Les prédicatrices vont combler un vide »

Sans provoquer de violentes oppositions, ces nominations ont tout de même suscité des prises de positions essentialistes de quelques imams. Dans la province agricole de Mansoura, au nord du Caire, Mohammed Shawy, surnommé « cheikh » par la population, estime que les femmes sont trop occupées par leurs maris et leurs enfants pour remplir la fonction très prenante de prédicateur. « À cause des grossesses, de l’allaitement, des règles, les femmes sont plus faibles que les hommes et donc encore moins disponibles », précise cet employé du ministère des Affaires religieuses, à la barbe poivre et sel.
Au cœur de la capitale égyptienne, dans la grande mosquée Salah el din, Sara s’étonne de ces critiques. Elle travaille comme médecin avec son niqab gris et trouve au contraire que l’existence des prédicatrices respecte mieux ses préceptes religieux : « Les femmes ne doivent parler aux hommes qu’au travail et de manière limitée. Les prédicatrices vont combler un vide, car nous ne devrions pas avoir de contact avec des hommes dans les moquées. »
Avec 144 femmes face à 53 000 prêcheurs masculins pour toute l’Égypte, le risque de bouleversement reste limité. « C’est une goutte d’eau, mais le symbole peut avoir une avoir une véritable influence y compris à l’étranger », estime Fady el Sawy, journaliste et spécialiste d’Al Azhar pour le site d’information Masr al Arabia (L’Égypte arabe). D’autant qu’il n’y a « pas eu de résistances chez les leaders de l’institution religieuse, unanimement respectée hors d’Égypte », ajoute cet expert des questions religieuses. Si ce premier test s’avère concluant, Mohamed Mokhtar Gomaa, le ministre des Affaires religieuses a promis de multiplier par sept le nombre de prédicatrices.

 

Le Point.fr

Pourquoi l’Arabie saoudite n’est pas visée par le décret anti-immigration de Trump ?

Pourquoi le décret anti-immigration de Trump vise-t-il le Yémen et la Somalie et non l’Arabie saoudite ou le Pakistan ? Aux États-Unis, certains pensent que les intérêts économiques personnels du président américain peuvent expliquer cette décision.

Depuis qu’il a signé le décret exécutif barrant l’accès des États-Unis pendant quatre-vingt-dix jours aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane [Iran, Irak, Yémen, Somalie, Soudan, Syrie et Libye] vus comme des viviers du terrorisme, le président américain Donald Trump se retrouve sous le feu des critiques, mais aussi des soupçons.

Tandis que plusieurs chefs d’État, dont François Hollande et une partie du monde des affaires, notamment la prestigieuse banque Goldman Sachs, ont exprimé leur désapprobation, des grands titres de la presse américaine sont allés plus loin en suggérant que le multimilliardaire aurait pris cette mesure en tenant compte de ses intérêts économiques personnels.

Le New York Times et le Washington Post ont ainsi tous deux fait remarquer que le Yémen, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et l’Irak, tous visés par le décret, ont un point commun assez troublant : ce sont des pays dans lesquels le magnat de l’immobilier n’a aucun, ou très peu, d’intérêts financiers.


Pour étayer ces allégations, le site d’information économique Bloomberg a publié une carte comparant les nations bannies par le décret anti-immigration, et celles où, d’après son enquête, la Trump Organization a des liens commerciaux. La démonstration est édifiante.

Des incohérences et des soupçons

Donald Trump a motivé sa décision par la lutte contre le terrorisme. Mais vu sous ce prisme, le choix des pays visés comporte certaines incohérences qui peuvent nourrir les suspicions.

Interrogé par France 24, Khalil Jahchan, analyste politique et directeur exécutif de l’Arab Center of Washington, un think tank spécialisé dans la recherche sur la diplomatie américaine dans le monde arabe, se dit troublé. « La mesure prise par l’administration Trump n’a aucun rapport avec la réalité de la menace terroriste contre les États-Unis, puisque manifestement, certains États dont sont originaires des terroristes qui ont agi à même le territoire américain ne figurent pas sur cette liste ».

L’Égypte, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, dont des ressortissants figurent parmi les 19 pirates de l’air du 11 septembre 2001, sont ainsi absents de la « liste noire ». Tout comme la Turquie, frappée par une vague terroriste sans précédent depuis plusieurs mois, et visée par une note du département d’État datée du 25 janvier qui invitait les citoyens américains à « évaluer attentivement la nécessité de se rendre dans ce pays actuellement ».

Selon les médias américains, ces « oublis » ne sont pas dus au hasard. La Trump Organization a toujours, ou a eu, des sociétés ou des liens d’affaires dans l’ensemble de ces pays. Alors que le président américain avait annoncé, mi-janvier, qu’il allait céder le contrôle « complet et total » de son empire immobilier à deux de ses fils pour éviter tout soupçon de conflit d’intérêts, le New York Times et Bloomberg ont listé quelques-uns des actifs qu’il possède dans les pays exemptés par le décret, en s’appuyant sur des documents fédéraux officiels.

Il est notamment question de deux immeubles de luxe à Istanbul et d’un parcours de golf pompeux à Dubaï franchisés et qui portent le nom de Trump, deux sociétés inactives en Égypte, et huit SARL en Arabie saoudite, dont la THC Jeddah Hotel Manager Member Corp, mentionnées dans la déclaration du président américain à la commission électorale financière américaine (FEC). Rien qu’en Turquie, ses affaires lui ont rapporté 5 millions de dollars l’année dernière.

Trump botte en touche

Ces incohérences présidentielles n’ont pas seulement soulevé des questions dans les médias. Elles ont également étonné l’élu du Michigan Justin Amash. « Si on s’inquiète du radicalisme/terrorisme, pourquoi pas l’Arabie saoudite, le Pakistan et d’autres? », s’est-il interrogé sur Twitter.
Pour sa défense, la présidence américaine assure que les nations visées par la mesure ont elles-mêmes été qualifiées de pays « à risques » par le Congrès américain et par l’administration Obama, qui les ont précisément pointées du doigt dans le cadre du programme d’exemption de visa, durci en novembre 2015.

D’aucuns avancent l’argument selon lequel le nouveau président aurait cherché, via ce décret, à démontrer qu’il a tenu parole. « Cette démarche, selon moi, peut s’expliquer par la volonté de Donald Trump de tenir certaines promesses électorales énoncées durant la campagne présidentielle », estime Khalil Jahchan. Et ce, à moindres risques pris, tant il est vrai que la mesure concerne des pays avec lesquels les liens économiques des États-Unis sont peu importants, voire inexistants.

Lors d’un entretien accordé à ABC News, Donald Trump, qui n’avait pourtant pas hésité à taper sur l’Arabie saoudite pendant la campagne électorale, en menaçant de ne plus acheter de pétrole à la monarchie wahhabite, a préféré botter en touche. « Nous excluons certains pays, pour les autres, nous allons être extrêmement vigilants et il deviendra plus difficile d’entrer aux États-Unis », a-t-il répondu alors qu’il lui a été demandé pourquoi l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, et le Pakistan n’avaient pas été inscrits sur la liste.

Le président américain, qui s’est défendu ces derniers jours de toute discrimination à l’égard des musulmans, s’est d’ailleurs entretenu au téléphone avec le roi Salmane d’Arabie, dimanche. Aucune mention n’a été faite du décret présidentiel dans le compte-rendu donné par la Maison Blanche.

 

France 24

Israël : le Parlement vote une loi controversée légalisant les colonies dans les territoires occupés

Le Parlement israélien a adopté une loi qui permettrait à Israël de s’approprier des centaines d’hectares de terres palestiniennes en Cisjordanie occupée. Controversée, cette loi pourrait être retoquée par la Cour suprême.

Elle est accusé par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de « légaliser le vol » de terres palestiniennes. La loi controversée qui a été votée, lundi 6 février, par le Parlement israélien permettra à l’État hébreu de s’approprier des centaines d’hectares de terres colonisées en Cisjordanie occupée.

Concrètement, ce texte autorisera désormais à déclarer comme israéliens des terrains privés palestiniens sur lesquels des Israéliens ont construit sans autorisation, soit parce qu’ils ignoraient qu’ils étaient propriétés privées, soit parce que l’État les aurait laissés faire. Les propriétaires palestiniens seraient indemnisés financièrement ou par d’autres terrains.

Un texte « abject » selon le parti travailliste

Quelques heures avant le vote de cette loi, approuvée par 60 députés et rejetée par 52 et adoptée en troisième et dernière lecture, le chef de l’opposition et du parti travailliste, Isaac Herzog, avait dénoncé un texte « abject » qui « annexerait des millions de Palestiniens ».

De son côté, le ministre des Sciences et de la Technologie, Ofir Akounis, du parti de droite Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahou, avait rétorqué que « toute la terre d’Israël appartient au peuple juif. Ce droit est éternel et incontestable ». Ce texte ne divise pas seulement la classe politique israélienne, il est également à l’origine de tensions au sein du gouvernement.

En privé, Benjamin Netanyahou s’est déclaré opposé à ce projet de loi controversé, selon une source citée par Reuters. L’espoir du chef du gouvernement était de le voir enterré lors des débats en commission à la Knesset. Mais le parti d’extrême droite Foyer juif, qui est membre de la coalition gouvernementale, a tout fait pour permettre son adoption, surtout après l’évacuation par la force de 330 colons la semaine dernière à Amona, une colonie emblématique de Cisjordanie.

Une loi retoquée par la Cour suprême israélienne ?

Toujours est-il que, malgré le forcing des colons, l’adoption de cette loi pourrait n’être que symbolique, car elle contreviendrait aux arrêts de la Cour suprême sur la question des droits de propriété. Le procureur général Avichai Mandelblit a estimé que le texte n’était pas conforme à la Constitution et qu’il enfreignait le droit international en autorisant l’expropriation de domaines privés dans les territoires occupés par Israël depuis 1967.

De son côté, Adalah, une ONG défendant les droits des Palestiniens, a déjà fait savoir qu’elle saisirait la Cour suprême. L’OLP a estimé dans un communiqué que « l’entreprise de colonisation d’Israël est une entrave à la paix et à la possibilité d’une solution à deux États ».

De son côté, le coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient, Nikolay Mladenov, s’est dit « inquiet » que le texte ne « réduise grandement les perspectives de paix arabo-israélienne ». Une grande partie de la communauté internationale considère en effet la colonisation israélienne comme un obstacle à la résolution du conflit entre l’État hébreu et les Palestiniens, qui dure depuis près de 70 ans.

Lundi soir, l’administration Trump, présumée plus favorable à la politique du gouvernement Netanyahou que son prédécesseur Barack Obama, a refusé de prendre position sur la démarche du Parlement israélien. La Maison Blanche avait affirmé, la semaine dernière dans un communiqué, que la construction de nouvelles colonies israéliennes dans les territoires occupés palestiniens pourrait « ne pas aider » à établir la paix.

Depuis l’entrée en fonction de Donald Trump le 20 janvier, qui a promis pendant sa campagne de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, le gouvernement Netanyahou a annoncé plusieurs plans de constructions de colonies.

 

France 24- AFP et Reuters

Hajj 2017 : l’augmentation des quotas de visas validée

Le conseil des ministres saoudiens de même que le roi Salman bin Abdulaziz Al Saud ont validé l’augmentation du nombre de pèlerins attendus pour le Hajj 2017, confirme l’Agence de presse saoudienne. Ce sont 800 000 personnes supplémentaires qui devraient être accueillies lors du grand pèlerinage, ce qui portera un total de pèlerins à 2,6 millions, contre 1,86 million en 2016, le plus bas chiffre de fréquentation de La Mecque enregistré ces dix dernières années pour le hajj.

Jusqu’en 2013, chaque pays musulman avait le droit à un quota de 1 000 pèlerins par million d’habitant. Les autorités saoudiennes avaient par la suite décidé de réduire de 20 % le quota de visas accordés à chaque pays et de 50 % pour les Saoudiens, en raison des travaux de rénovation de la Grande Mosquée de la Mecque.

Début janvier, un rapport indiquait que le nombre de visiteurs pouvait être augmenté car les lieux saints sont désormais mieux disposés à recevoir plus de pèlerins, près de deux ans après la chute d’une grue dans les Lieux saints en septembre 2015 suivie peu de temps après par la dramatique bousculade en plein hajj. Les chantiers ont donc progressé malgré les grosses difficultés financières engendrées par la fonte des revenus du pétrole en 2016.

 

Saphirnews

Le FN en Israël : l’opération reconquête ratée de Nicolas Bay

À l’origine, le secrétaire général du Front national Nicolas Bay se rendait en Israël pour « lever des incompréhensions ou des malentendus ». Mais sa visite non officielle avec des représentants du gouvernement a créé la confusion.

Ce devait être une visite « non officielle ». Mais le secrétaire général du Front national Nicolas Bay, en déplacement en Israël du 23 au 26 janvier pour « nouer ou renforcer des contacts avec un pays ami », a multiplié les tweets en s’affichant avec différents représentants officiels : le secrétaire général du mouvement Kibboutz et cofondateur du principal mouvement israélien pour la paix israélo-arabe Gavri Bargil, le membre du comité central du Likoud David Ish-Shalom et David Shayan, président des jeunes du Likoud.

Il a également publié sur Twitter un cliché d’un dîner — qui a été retiré de son compte depuis — avec Arnon Afek, directeur général adjoint du ministère de la Santé, ainsi que le commandant médical du commandement du front intérieur, le colonel Eyal Furman.

Sauf que ces rencontres rendues publiques sont de loin de coller avec la politique officielle israélienne, qui récuse depuis de longues années tout contact avec le Front national en raison de « son passé, son idéologie ». « Aucun officiel israelien n’a le droit d’avoir de contacts avec quiconque du Front national », rappelle le correspondant de France 24 à Jérusalem, Cyril Payen. Ces entrevues ont donc provoqué un malaise côté israélien.

« Je ne savais pas qu’il appartenait au FN »

Interrogé par l’AFP, David Ish-Shalom parle d’une rencontre « non officielle », qui s’est « faite en passant ». « Je ne savais pas qu’il appartenait au FN », se défend-il. Même réaction pour le haut fonctionnaire Arnon Afek, interrogé par le correspondant du Monde : « C’était un rendez-vous non officiel. » Affirmant ne pas être au courant de sa présence au repas, il s’est justifié : « On m’a demandé de parler du système de santé israélien. Quand M. Bay m’a donné sa carte, j’ai dit clairement que je ne faisais pas de rencontres politiques. » De son côté, le haut gradé a quitté les lieux dès qu’il a réalisé la présence du politicien français.

Pour couper court à toute polémique, le gouvernement israélien a dû se fendre d’un communiqué, vendredi 27 janvier, pour nier tout contact officiel avec le Front national et pour affirmer avoir décliné les demandes de rencontre officielle avec le numéro trois du parti d’extrême droite pendant sa visite.

Le ministre israélien des Affaires étrangères a par ailleurs démenti que le cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahou avait approuvé une rencontre entre Nicolas Bay et le ministre de la Santé Yaakov Litzman, comme l’avait évoqué jeudi 26 janvier Europe 1. Le ministère de la Santé a pour sa part indiqué que le ministre s’était retrouvé à son insu en présence de Nicolas Bay lors d’une réunion.

« Il existe un vrai débat »

De retour en France, Nicolas Bay refuse de parler de maladresse de communication. « Je n’avance pas masqué, les choses étaient claires pour tout le monde. Vous vous doutez bien qu’on entre sur le territoire israélien en présentant tous ses papiers », a-t-il affirmé à France 24.

Malgré les démentis des intéressés, l’eurodéputé persiste : « Il existe un vrai débat dans les milieux du pouvoir », assure-t-il, même s’il reconnaît que tout interlocuteur fait l’objet de prudence.

Pas sûr qu’au final, cette visite ait les effets escomptés. « Cette opération séduction envers les électeurs juifs a capoté », a estimé pour sa part Nonna Mayer, chercheuse à Science-Po spécialiste des électeurs d’extrême droite. Le processus de dédiabolisation du parti amorcé depuis plusieurs années montre ses limites », poursuit-elle. Le Front national cherche à attirer l’électorat juif en profitant « de l’inquiétude grandissante d’une partie de la communauté juive face à la montée de l’antisémitisme islamique », ajoute-t-elle.

Lors de sa visite, Nicolas Bay s’était rendu au mémorial de Yad Vashem, où il s’est rappelé les mots de Marine Le Pen : « Les camps ont été le summum de la barbarie. » Des propos que la candidate à la présidentielle a tenus début 2011 et qu’elle ne cesse de répéter pour faire oublier ceux de son père Jean-Marie Le Pen, qui avait qualifié les chambres à gaz de « détail » de la Seconde Guerre mondiale. Depuis son arrivée à la tête du parti, l’image du FN s’est nettement améliorée, constate Nonna Mayer, avant de nuancer : « Mais le parti reste perçu comme un parti anti-système. Marine Le Pen reste, malgré tout, la fille de son père. »

 

France 24

Yémen : plus de 50 morts dans un raid américain contre Al-Qaïda

Au moins 41 membres présumés d’Al-Qaïda et 16 civils ont été tués par des drones américains au Yémen. Il s’agit du premier raid d’envergure mené par les États-Unis dans le pays depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Quarante-et-un membres présumés d’Al-Qaïda et 16 civils ont été tués, dimanche 29 janvier, dans le premier raid d’envergure mené au Yémen par les États-Unis depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. L’opération a été menée, selon un responsable yéménite, par des drones et des hélicoptères Apache à Yakla, dans la province de Baïda, dans le centre du pays.

Des drones et des hélicoptères Apache, munis de mitrailleuses lourdes, ont pris pour cible des repaires d’Al-Qaïda dans une école, une mosquée et un dispensaire, a indiqué à l’AFP le responsable qui a requis l’anonymat. Des sources tribales et locales avaient indiqué peu auparavant que le raid avait aussi visé les maisons de trois chefs tribaux liés à Al-Qaïda.

Dix mille civils tués dans le conflit, selon un responsable de l’ONU

Les États-Unis, les seuls dans la région à disposer de drones pouvant atteindre des cibles au Yémen, considèrent la branche d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) comme la plus dangereuse du réseau jihadiste.

Les forces gouvernementales yéménites, soutenues depuis mars 2015 par une coalition arabe sous commandement saoudien, affrontent à la fois des rebelles chiites (Houthis), qui contrôlent une partie du territoire dont la capitale Sanaa (nord), et des groupes jihadistes sunnites bien implantés dans le sud et le sud-est du Yémen. Outre Al-Qaïda, le groupe État islamique a revendiqué des attentats spectaculaires et meurtriers ces deux dernières années au Yémen.

Depuis mars 2015, plus de 7 400 personnes ont été tuées dans le conflit au Yémen, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un coordinateur humanitaire de l’ONU, Jamie McGoldrick, a donné un bilan beaucoup plus élevé en citant une estimation de 10 000 civils tués.

Selon l’Unicef, près de 1 400 mineurs ont été tués. Trois millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire dont 1,5 million d’enfants souffrant de malnutrition.

 

France 24/AFP

Une mosquée fermée pour « menace contre la sécurité » à Aix-en-Provence

La mosquée Dar-es-Salam, dite du Calendal, est dans le collimateur du ministère de l’intérieur en raison des prêches de son imam, Charef M’Rabet.
Haut lieu du salafisme dans les Bouches-du-Rhône, la mosquée Dar-es-Salam, dite du Calendal, à Aix-en-Provence, a été fermée, mardi 31 janvier, à la demande de Bruno Le Roux. Le ministère de l’intérieur a annoncé cette décision mercredi 1er février. Affiché sur la porte métallique de cette salle de prière installée au pied d’une barre d’immeubles HLM, dans le quartier périphérique d’Encagnane, l’arrêté de fermeture, signé du préfet de police des Bouches-du-Rhône, invoque « une menace grave pour la sécurité et l’ordre public ».

Cette mosquée est dans le collimateur des autorités en raison des prêches de son imam, Charef M’Rabet. Chaque vendredi, ce religieux originaire de Vitrolles attire quelque 300 fidèles, dont une partie occupe l’espace public devant le bâtiment. Dans ses interventions qualifiées dans l’arrêté préfectoral de « radicales, appelant à la discrimination et à la haine et axées sur son animosité à l’égard des autres cultes », tout comme sur sa page Facebook « Da’wah Salafiyah Aix-en-Provence », ce « porte-voix » du salafisme prône un islam radical « hostile aux chrétiens, aux juifs, au soufisme et au chiisme ».

M. M’Rabet s’était ainsi insurgé contre l’appel du Conseil régional du culte musulman invitant les musulmans à participer à une messe dans une église le dimanche suivant l’assassinat du Père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet 2016. Un prêche prononcé le 17 juillet aurait aussi incité à la haine des chrétiens et justifié le recours au djihad armé, selon le préfet de police Laurent Nuñez.

Plus largement, cette petite mosquée serait le creuset d’un prosélytisme dirigé vers la population de ce quartier défavorisé, conduit par une nièce de l’imam et une poignée « d’activistes ». « Les pressions quotidiennes exercées sur les habitants provoquent un repli communautaire et se traduisent par un changement des comportements affectant particulièrement la sphère éducative », indique l’arrêté.

Dix perquisitions administratives

Ce serait au milieu des années 2000, avec l’arrivée de l’imam Charef M’Rabet, que cette petite salle de prière jusque-là proche de la Mosquée de Paris aurait pris une coloration salafiste. « Un salafisme quiétiste, littéral, radical, très démarqué de la société française, explique un ancien habitué de Dar-es-Salam, sans pour autant promouvoir la violence et le djihad armé. » « Pour ces salafistes-là, assure celui-ci, Daech [l’organisation Etat islamique] c’est l’ennemi absolu. » Ce fidèle s’était fait tancer parce que son maillot de foot du Brésil portait une croix. La mosquée accueille des femmes revêtues du voile intégral et, précise ce témoin, « une autre tenue vestimentaire provoque des regards désapprobateurs ». Selon un responsable musulman marseillais, l’imam de Dar-es-Salam « n’arrête pas d’excommunier et de jeter l’anathème sur ses camarades au moindre écart ».

C’est la première fois que le préfet de police ferme une mosquée dans les Bouches-du-Rhône, où une dizaine de lieux de prière ont fait l’objet d’une perquisition administrative depuis l’instauration de l’état d’urgence, en novembre 2015. En février 2016, au lendemain d’une perquisition conduite à Dar-es-Salam, un responsable de la mosquée démentait une fréquentation par de jeunes radicalisés ou des prodjihadistes. Contactée au sujet de la fermeture, l’association de la mosquée n’a pas souhaité s’exprimer.

 

Le Monde.fr

L’éminent traducteur du Coran Maurice Gloton est mort

Maurice Gloton est décédé samedi 28 janvier à l’âge de 90 ans, ont annoncé ses proches ce dimanche. Né à Paris en 1926, Maurice Gloton se convertit à l’islam en 1950, prenant le prénom d’Obaidallah après son entrée dans l’islam.

Parallèlement à une vie active dans diverses entreprises, notamment en tant qu’expert comptable après des études supérieures en gestion des entreprises, Maurice Gloton entreprit de nombreux voyages dans le monde musulman et approfondit ses connaissances de la langue arabe jusqu’à en devenir un fin spécialiste. Il consacra sa vie à des traductions d’œuvres de théologiens et de grandes figures du soufisme.

« Il a découvert l’œuvre de René Guénon à travers une famille spirituelle que fréquentaient Michel Vâlsan (Mustafâ ‘Abd al-Azîz), Michel Chodkiewicz, ancien directeur général des éditions du Seuil, ou encore Denis Gril », évoque Mansour Mansour, directeur des éditions AlBouraq, qui a publié la plupart de ses ouvrages.
Ses traductions, un immense legs en héritage
Maurice Gloton traduit ainsi des ouvrages tels que Les Secrets du jeûne et du pèlerinage, d’Al-Ghazâlî (2001) et le Traité sur les Noms divins, du théologien iranien Fakhr ad-Din ar-Râzî (AlBouraq, rééd. 2010). Admirateur d’Ibn Arabî, il entreprit aussi la traduction de plusieurs de ses ouvrages, parmi lesquels L’Arbre du monde. Traité sur la réalité du Prophète Muhammad ; Traité de l’amour, L’Interprète des désirs ; Le Livre de la production des cercles et De la mort à la résurrection.

Sa plus grande œuvre inédite est certainement Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, parue en 2002, qui lui a demandé « six à sept ans de travail » suivis « de trois ans à travailler ensemble », se souvient Mansour Mansour.

Cet ouvrage de 872 pages, d’un abord sans doute difficile pour le néophyte, permet de se plonger « au niveau le plus primitif du texte coranique, le degré linguistique. (…) Et surgissent alors des sens nouveaux, insoupçonnés parfois, dans une singulière fraicheur », dit de cet ouvrage Pierre Lory, directeur d’études à l’Ecole pratiques des hautes études, dans son avant-propos.
Devenu spécialiste du Coran
S’ensuit son Essai de traduction du Coran en français, paru en 2014. Là encore un ouvrage réalisé après plusieurs années de travail, dans lequel Maurice Gloton a voulu rester « proche de l’étymologie des termes coraniques et du style de la révélation du Livre sacré par Dieu au Prophète Muhammad, tout en employant un vocabulaire évocateur, et en respectant les phrases verbales et nominales telles qu’elles se présentent dans le Texte » afin d’apporter un éclairage nouveau sur le Texte coranique, faisaient alors part les éditions AlBouraq.

« De spécialiste des travaux d’Ibn Arabî, il est devenu spécialiste du Coran. Il s’est rendu compte à quel point le Coran est un océan, et combien le Coran a à transmettre aux autres », relate, très ému, Mansour Mansour. Maurice Gloton a ainsi initié la collection « Ce que dit le Coran sur… » (éd. AlBouraq) avec son ouvrage La foi ou le dépôt confié et son actualisation, paru dernièrement en décembre 2016. « Au lieu de traduire « al-imân » par « la foi », il a préféré les termes de « dépôt confié » : il avait le souci de remonter à la racine, de transmettre le principe même de l’islam et non de s’attacher au sens littéraire du mot. Il préparait actuellement un ouvrage sur l’écologie dans le Coran… »

Habitant Vénissieux, cette figure discrète de l’islam de France est un « prince de la traduction, du français à l’arabe », selon Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbane, en région lyonnaise, qui lui a rendu hommage dimanche 29 janvier. « Il aimait traduire les œuvres de l’imam Al Ghazâlî et Ibn Arabî dont il était devenu sans aucun doute le plus grand spécialiste en France. C’est d’ailleurs grâce à sa connaissance de ces deux grandes figures de l’islam que M. Gloton était devenu cet homme de Dieu, imbibé de Sa présence, d’une exceptionnelle humilité et d’une profonde générosité du cœur et de l’esprit », a-t-il fait savoir.
Dans la lignée de l’ésotérisme islamique
« Maurice Gloton est dans la lignée d’une famille qui a fait le choix de la spiritualité », complète Slimane Rezki, spécialiste de René Guénon. « Il est le fils d’Edmond Gloton (1895-1962), qui fut franc-maçon et entretint une correspondance avec René Guénon (Abd al-Wâhid Yahyâ). Sa fille est mariée à Philippe de Vos, représentant français de la voie soufie naqshbandiyya, et il est le grand-père d’Idrîs de Vos ». Ce dernier est auteur, notamment, de L’Amour universel, un cheminement soufi, traducteur de Le soufisme à la lumière du Coran et de la Sunna et cofondateur avec Eric Geoffroy et Slimane Rezki de la Fondation Conscience soufie.

« Maurice Gloton fait partie de ces intellectuels musulmans qui, en transmettant l’œuvre de René Guénon ou encore celle d’Ibn Arabî, ont livré les premières vraies traductions de qualité sur l’ésotérisme islamique. Il a fait œuvre de pionnier », estime Slimane Rezki. « Pour rendre hommage à celui qui a initié beaucoup de personnes à la spiritualité, j’aimerais voir une mosquée de l’agglomération lyonnaise porter le nom de ce grand frère », souhaite Azzedine Gaci. Des quelque 30 ans d’amitié, Mansour Mansour, pour sa part, garde en souvenir « la douceur d’un père, la patience d’un guide et la grande humilité d’un maître ».

 

Saphirnews

Maroc : Ahmed Toufiq : « L’instrumentalisation politique de la religion est inacceptable »

Pour arriver jusqu’au siège du ministère des Habous et des Affaires islamiques, il faut montrer patte blanche au poste de police du Méchouar. Normal, la grande baie vitrée du bureau du ministre donne directement sur la porte principale du palais royal de Rabat, celle-là même qu’emprunte Mohammed VI quand il va à son « bureau » de la capitale.

Ahmed Toufiq est là, installé à sa table de réunion devant une pile de dossiers et d’ouvrages en tout genre. Cet homme de lettres et intellectuel reconnu reste fidèle à sa réputation : chacun de ses mots est soigneusement pesé, surtout quand il parle d’affaires religieuses. Interview avec le penseur de la réforme et de la légitimation religieuses.

Jeune Afrique : En quoi l’islam modéré à la marocaine, parfois salué comme un « modèle », se distingue-t-il ?

Ahmed Toufiq : Cette distinction, le Maroc la doit à une interprétation actualisée de sa tradition religieuse et culturelle. Cette tradition repose sur un premier pilier constitué par les fondamentaux choisis et préservés par la nation, à savoir le dogme ash‘arite, qui n’admet jamais l’excommunication, le rite malékite, ouvert à la pratique sociale, et la voie spirituelle « optionnelle », qui ne rejette pas la lecture métaphorique du texte. Le deuxième pilier de cette tradition est la Commanderie des croyants. Cette institution est fondée sur un contrat avec la nation, la bay‘a. Un concept que ne rend pas de façon fidèle le mot « allégeance », puisqu’il y est question de contrat et d’engagement.

La tradition de la bay‘a n’est-elle pas en contradiction avec les principes d’un État moderne ?

En vertu de la bay‘a, le Commandeur des croyants, Sa Majesté le roi, s’engage à garantir aux gens la pratique de leur religion, leur sécurité, un ordre rationnel, une équité en matière de biens et de services, et une dignité soutenue par la décence et la solidarité. Ces engagements englobent tout ce qu’on peut chercher dans une Constitution moderne, avec en prime un engagement sur la religion, qui concerne le sens de la vie. L’essentiel est qu’il n’y ait pas de contradiction entre les termes des deux registres, celui dit légal, shar‘i, pour les fidèles et celui dit civil pour ceux qui se montrent concernés, avant tout, par le principe citoyen. Ce consensus fait obstruction aux allégations et à la violence jihadistes. Cette vision protège aussi les gens contre les illusions idéalistes déroutantes d’une minorité de « religieux » auxquels échappe le réalisme divin qui décrit la vie humaine dans la Révélation.

Depuis 2013, le Maroc a mis l’accent sur la formation des imams étrangers, notamment africains. Quel bilan peut-on dresser de cette forme de coopération ?

Huit cents futurs imams sont actuellement inscrits à l’Institut Mohammed-VI pour la formation des imams et des instructrices. Ils viennent, entre autres, de France et de cinq pays africains subsahariens [Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée et Nigeria]. À la demande du pays d’origine, la formation se fait en cycle long de deux ou trois ans, ou en cycle court de trois mois. Les premières promotions ont déjà quitté l’Institut, qui va ouvrir prochainement une extension, et plusieurs demandes sont en instance.
Une mission d’information du Sénat français a conclu que la formation de futurs imams au Maroc était inadaptée au contexte hexagonal. N’est-ce pas là la démonstration que le modèle marocain n’est pas reproductible partout ?

Jusqu’à présent, le comité mixte de suivi de cette coopération franco-marocaine n’a émis aucune réserve sur ce processus. La demande de former les imams français au Maroc émane des associations légales de mosquées en France. Les responsables de ces associations connaissent précisément le modèle d’imam à même de satisfaire les fidèles qui fréquentent leurs mosquées, originaires du Maroc ou d’ailleurs.

Sur le plan de l’éthique universelle, l’imam qui convient au Maroc convient aux autres pays qui croient à cette éthique, totalement compatible avec les préceptes communs des quatre grandes écoles sunnites. Un enseignement supplémentaire sur la laïcité ou sur les institutions d’un pays spécifique est prévu dans les programmes de l’Institut de formation. Ces programmes, aussi bien théoriques que pratiques, prennent en compte les spécificités nationales. Chaque promotion d’un pays donné est formée à part, du début jusqu’à la fin du cycle.

Quelles sont les actions menées par la Fondation Mohammed-VI des oulémas africains, installée en juin 2015, dont vous êtes le président délégué ?

Pour mener ses actions sur le terrain, la Fondation doit au préalable constituer un nombre de bureaux locaux, reconnus selon les lois en vigueur dans chacun des pays. C’est un processus enclenché depuis l’adoption du modèle standard des statuts locaux, il y a quelques mois. L’idée de cette fondation est bien accueillie et progressivement assimilée, loin de toute précipitation ou d’opportunité conjoncturelle. La Fondation aura un rôle d’accompagnement du champ religieux sur le continent, en capitalisant sur les fondamentaux communs des pays africains, de leurs orientations structurantes, de la nécessité d’une institutionnalisation du fait religieux et de l’urgence de faire face aux défis du moment.

Vous connaissez le continent depuis 1989, quand vous avez été nommé à la tête de l’Institut des études africaines. Comment voyez-vous l’évolution des sociétés africaines, notamment sur le plan religieux ?

Les pays africains ont évolué dans un contexte international post-guerre froide. Ils sont constamment à la recherche de modèles de développement et de types de partenariat équilibrés. La prise de conscience est grandissante pour dépasser les archaïsmes ethniques et les séquelles des idées totalitaires. Comme partout dans le monde, les pays africains redécouvrent leurs traditions et se retrouvent en même temps devant des menaces extérieures.
Dans les pays où les voies soufies sont plus actives et moins affectées par les courants rigoristes, l’État continue à croire en une laïcité classique le dispensant de ses obligations tant que la religion ne pose pas de problèmes de sécurité. Mais le cauchemar du terrorisme oblige à ouvrir les yeux sur des réalités nouvelles. D’ailleurs, récemment, quelques pays africains ont opté pour la nomination de responsables gouvernementaux des affaires religieuses.

La sécurité spirituelle des Marocains est un concept qui vous est cher. Ne pensez-vous pas que le meilleur moyen de la garantir est d’ériger la liberté de conscience en droit fondamental ?

Dans un registre purement religieux, Dieu seul sait qui est fidèle et à travers quel message révélé. Sur le plan de la proclamation et de la reconnaissance sociale ou politique, chaque communauté a le droit de préserver son ordre public et de gérer convenablement ses libertés, mais en même temps, chaque nation a le devoir de reconnaître sans peur les besoins de ses minorités, tant que celles-ci ne nuisent pas à ses grands principes. Parfois, on « n’aime » pas voir les actes considérés comme provocateurs de certaines de ces minorités religieuses appuyés de l’extérieur.

Un manuel d’éducation islamique destiné aux lycéens a suscité récemment une polémique par rapport à un module consacré à la philosophie. Comment votre département collabore-t-il avec le ministère de l’Éducation nationale ?

Les deux ministères ont collaboré de manière très étroite dans l’élaboration des nouveaux programmes. Le schéma de restructuration de la matière religieuse visait à donner sens à cette matière autour de quatre principes : l’existentiel (le sens religieux de la création), l’universel (la coexistence de plusieurs échelles de la création naturelle et humaine), les droits (envers Dieu, envers soi et envers les autres) et le don (solidarité, générosité et patience). Cette orientation devrait normalement convenir à tout le monde.

Vous dirigez depuis quatorze ans le ministère chargé des Affaires islamiques. Quels sont les chantiers qui vous restent encore à mener ?

La gestion du chantier des affaires religieuses est un processus d’adaptation institutionnelle et de perfectionnement managérial et intellectuel. Au Maroc, cette gestion se développe sous la haute autorité du Commandeur des croyants. Ce chantier serait mieux réussi si les acteurs politiques prenaient pleinement conscience de son fondement sur le plan des rapports entre religion et politique, ce qui demande une retenue devant la fascination politique du religieux. J’ai eu un jour l’occasion de dire devant le Parlement que ceux qui sont soucieux du respect de règles saines dans la pratique politique ne doivent pas aspirer à la manipulation politique du religieux.

Le Maroc sera-t-il un jour prêt à voir votre département confié à un politique issu d’un parti plutôt qu’à un technocrate ?

Encore une fois, le modèle marocain est fondé sur la Commanderie des croyants, cette institution qui assure la pérennité des choix religieux des Marocains. Les partis politiques gèrent ce qui est différentiel, conjoncturel, négociable… Quand un prédicateur s’exprime dans une mosquée, il suppose que son auditoire est issu de sensibilités politiques variées, son discours doit alors profiter à tout le monde, puisqu’il se situe sur une échelle éthique fédératrice.

Que viendrait donc faire un « partisan » dans le département des Affaires religieuses ? La logique du système suppose qu’aucune formation partisane n’investisse jamais le champ politique avec une étiquette religieuse, puisque tous les Marocains s’inspirent de leur éthique religieuse dans la vie. Cette maturité est déjà assez développée dans la sphère politique, elle doit s’approfondir et amener à une parfaite harmonie, aussi bien avec la tradition qu’avec les dispositions de la Constitution.

 

Jeune Afrique

Tunisie : le ministre des Affaires religieuses limogé après avoir lié wahhabisme saoudien et terrorisme

 

« Le chef du gouvernement (Youssef Chahed) a relevé de ses fonctions le ministre des Affaires religieuses Abdeljalil Ben Salem », a indiqué la présidence du gouvernement dans un communiqué publié vendredi 4 novembre. Selon la même source, ses déclarations « ont porté atteinte aux fondamentaux et aux principes de la diplomatie tunisienne ».

Discours polémique

Abdeljalil Ben Salem avait affirmé jeudi, lors d’une audition au Parlement, avoir « osé » interpeller l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Tunis, ainsi que le secrétaire général des ministres de l’Intérieur arabes – un Saoudien -, sur l’influence néfaste du wahhabisme saoudien en tant que « vecteur du terrorisme ».

Dans la soirée, il avait tenté d’éteindre le début de polémique en affirmant, dans un communiqué, que la relation avec Riyad était « pleinement harmonieuse (…), au service de notre religion ». « Sa solidité est telle que rien ne peut la troubler », avait-il ajouté. Nul ne peut mettre en cause les relations « solides » et « profondes » établies entre les deux pays, rappelait le communiqué.

« J’ai dit aux Saoudiens (…), avec audace: ‘Réformez votre école car le terrorisme historiquement vient de là. Je vous dis cela avec amour et modestie », avait déclaré le ministre, selon un enregistrement diffusé par la radio privée Mosaïque FM. « Ce qu’on voit dans le monde islamique comme extrémisme et terrorisme provient de cette école (wahhabite), que ce soit de bonne ou de mauvaise foi (…). Ce genre de pensée, et cette école, ne peuvent qu’engendrer de l’extrémisme », avait-il ajouté.

Intérim du ministre de la Justice

Entré en fonctions fin août au sein du nouveau gouvernement d’union de Youssef Chahed, le ministre des Affaires religieuses répondait à un député du Front populaire (gauche, opposition) sur sa volonté de « combattre la propagande wahhabite en Tunisie ».

Le ministre de la Justice, Ghazi Jeribi, s’est vu confier l’intérim du département des Affaires religieuses, a annoncé le gouvernement, en attendant son remplacement.

 

Jeune Afrique