Comment le ramadan entraîne une pénurie d’Uber chaque soir

Le service de VTC a observé une baisse du nombre de chauffeurs disponibles en milieu de soirée depuis samedi.

 

C’est un effet inattendu du ramadan. Depuis samedi et le début de la période de jeûne chez les musulmans, plusieurs utilisateurs d’Uber, célèbre service de VTC, ont fait part de leur difficulté à trouver un véhicule à partir de 21h30. Soit approximativement l’heure où le soleil se couche, moment où les pratiquants sont de nouveau autorisés à boire et à se restaurer. Une raréfaction qui a une incidence sur les tarifs car l’entreprise incite ses conducteurs à travailler en augmentant le prix de la course.

«Oui, on a observé ce phénomène, confirme au Parisien la communication d’Uber. C’est le cas aussi lors de certains événements culturels, sportifs ou météorologiques, durant lesquels des chauffeurs se déconnectent de l’application.» Samy est de ceux là. Lui qui travaille depuis trois ans pour le service de VTC raconte être «crevé après avoir conduit des heures sans manger et sans boire, surtout ce week-end où il a fait très chaud. Que les gens ne soient pas contents parce qu’il y a moins de voitures et que ça coûte plus cher, je m’en fous. On n’est pas un service public. J’ai besoin de respecter ce moment et j’en ai aussi envie».

Si la rupture du jeûne a autant de répercussions sur Uber, c’est en raison de la sociologie des chauffeurs de la société. «La majorité des chauffeurs qui travaillent avec nous sont originaires des banlieues, potentiellement d’origine maghrébine et de confession musulmane», décrivait le responsable de la communication de la branche française de l’entreprise, Grégoire Kopp, à Capital en 2016.

Si Samy raconte manger rapidement pour ne pas perdre une trop grosse partie de sa rente nocturne, certains de ses collègues «font l’aller-retour pour manger avec leur famille avant de reprendre le travail». «Les gens qui râlent parce qu’ils attendent cinq minutes s’inquiètent-ils de l’état de santé des chauffeurs?, s’agace Sayah Baaroun, secrétaire général du syndicat SCP-VTC. Uber vise cette communauté dans son recrutement, donc ça se voit lors du ramadan. Ils sont considérés comme de la chair à canon, ils ont quand même le droit de profiter de ce moment.» Et tenter de concilier tant bien que mal religion et travail.

 

Le Parisien

A Kaboul, au moins 80 morts et 320 blessés dans une attaque au camion piégé

Au moins 80 personnes ont été tuées et plus de 320 autres ont été blessées, mercredi 31 mai, dans un attentat au camion piégé à Kaboul, la capitale afghane, a fait savoir le ministre de l’intérieur afghan. Face à l’urgence, le ministère de l’intérieur a appelé la population à des dons de sang dans les hôpitaux. Aucune revendication n’a été émise dans l’immédiat.

La police précise que l’explosion a eu lieu dans le quartier de Wazir Akbar Khan, près de l’ambassade d’Allemagne, dans le quartier diplomatique, qui abrite également des bureaux du gouvernement. Interrogée sur Europe 1, la ministre des affaires européennes française, Marielle de Sarnez, a pour sa part évoqué des « dégâts matériels » à l’ambassade de France et à l’ambassade d’Allemagne à Kaboul, tout en précisant qu’aucune victime n’avait été signalée pour le moment. On ignore encore la cible exacte de l’attaque.

Des nuages de fumée noire couvraient le centre-ville et des maisons situées à plusieurs centaines de mètres de l’explosion ont été endommagées. La déflagration a été si forte qu’elle a secoué une grande partie de la ville, soufflant de nombreuses fenêtres et semant la panique parmi la population.

Le chef du Pentagone, James Mattis, a récemment déclaré s’attendre à « une nouvelle année difficile » pour l’armée afghane et les soldats étrangers présents sur le territoire afghan. Le président américain, Donald Trump, réfléchit à l’envoi de milliers de militaires en Afghanistan supplémentaires pour sortir de l’impasse.

 

Le Monde.fr

 

Ali Merad (1930-2017) : de l’école coranique de Laghouat aux universités de Lyon et de Paris

Le Pr Ali Merad, qui vient de rendre son dernier souffle à Dieu à l’âge de 87 ans, était peu connu du grand public et largement ignoré, aussi, des musulmans. Cet universitaire à la retraite, installé de longue date, avec son épouse, sur les hauteurs de Lyon, était pourtant une des grandes figures de l’islamologie, et un pionnier du dialogue islamo-chrétien. Avec lui disparaît un érudit remarquable qui faisait honneur autant à l’Algérie, sa patrie d’origine, qu’à la France et à toute la communauté universitaire internationale.

Né en 1930 à Laghouat, sur les bords du Sahara algérien, le petit Ali a connu dans cette cité une double scolarité : celle de l’école coranique et celle de la République coloniale. Il en a conservé un grand attachement au Coran (qu’il connaissait par cœur) et un goût de l’étude qu’il a eu la chance de pouvoir développer.

Étudiant à Alger, il est habité de convictions nationalistes, mais il aime, également, l’héritage culturel français. Comme son compatriote et ami le Pr Mohammed Arkoun (1928-2010), il est d’ailleurs amené à poursuivre ses études en France, du fait de ses grandes qualités intellectuelles. En 1956, il obtient l’agrégation d’arabe.

Douze ans plus tard, en 1968, il se verra reconnu le titre de docteur d’État es Lettres. Il sera, dès lors, un éminent professeur des universités. En 1974, il fonde l’Institut universitaire d’études arabes et islamiques de Lyon, qu’il dirigera plusieurs années. Bientôt, il devient responsable de la formation doctorale « Études arabes et islamiques » de l’Université Jean-Moulin-Lyon-III.

Ses qualités, ses travaux, sa notoriété le font finalement appeler à l’université Paris-III-Sorbonne-Nouvelle pour y diriger un institut du même type que celui qu’il avait créé à Lyon. Durant plusieurs années, il sera membre du jury d’agrégation d’arabe et membre du Conseil national des universités.

Un vulgarisateur de la connaissance sur l’islam

La grande œuvre d’Ali Merad, celle qui restera dans l’Histoire et demeurera longtemps encore d’un intérêt indispensable, est son travail sur « le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940, un essai d’histoire religieuse et sociale », qui a fait l’objet de sa thèse de doctorat d’État, et spécialement l’attention qu’il a portée à la principale figure de l’Association des oulémas musulmans algériens, Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), à qui il a consacré une thèse complémentaire sous le titre « Ibn Bâdis, commentateur du Coran ». Les deux thèses ont été publiées, et constituent sur cette période clé de l’histoire de l’islam d’Algérie des sources incontournables.

Parmi les autres publications du Pr Merad se distinguent également trois volumes de la célèbre collection « Que sais-je ? » des Presses universitaires de France (PUF) : L’islam contemporain (1987), L’Exégèse coranique (1998) et La Tradition musulmane (2001), qui tous se sont vendus à des milliers d’exemplaires.

Son dernier livre, paru aux éditions Desclée de Brouwer en 2008 , avait pour sujet « Le califat : une autorité pour l’islam ? ». L’érudit avait le souci de vulgariser la connaissance sur l’islam, afin qu’elles soit accessible au plus grand nombre, et il sut être, en cela, un excellent pédagogue.

 

Un pionnier du dialogue interreligieux

Ayant été dès sa jeunesse au contact de chrétiens respectueux des musulmans et pour lesquels il éprouvait de l’amitié, Ali Merad a été toute sa vie attaché au dialogue interreligieux dont il aura été un des pionniers. Ainsi, dès 1953, il écrit, à Alger, un article intitulé « Jésus et nous ». En 1972, il participe à un livre écrit à trois voix, avec l’intellectuel juif Armand Abecassis et avec l’ecclésiastique catholique Daniel Pezeril, intitulé N’avons-nous pas le même Père ?, publié aux Éditions (lyonnaises) du Chalet.

Plus tard, en 1975, il publie, chez le même éditeur, un ouvrage consacré à Charles de Foucauld au regard de l’islam. Durant plusieurs années, il sera très présent, en différents lieux du monde, dans des colloques rassemblant des intellectuels et des religieux appartenant à la « famille abrahamique ».

Ses obsèques ont eu lieu vendredi 26 mai, après la prière du vendredi, à 14h15. C’est à Dieu que nous appartenons et c’est vers Lui que nous retournons.

Saphirnews

Pélerinage : rencontre avec Haïm Bittan, le grand rabbin de Tunisie

Vendredi soir. Sur le toit d’une maison et du haut de ses 69 ans, Haïm Bittan souffle dans son shoffar (instrument en corne de bélier) pour marquer le début du shabbat. Un rituel qu’il honore depuis cinquante ans et qui lui est propre. « Gamins, on attendait ce moment avec impatience et on sortait toutes les semaines observer la scène », se souvient le docteur Gabriel Kabla, installé à Paris.

Autorité suprême de la communauté juive de Tunisie

Issu d’une grande fratrie, fils de commerçant et père de huit enfants, Haïm Bittan a été nommé autorité suprême de la communauté juive de Tunisie par décret présidentiel en 2004, après le décès de son prédécesseur, dont il était l’assistant.

S’il se rend régulièrement dans la capitale, il vit toujours dans sa maison familiale, à l’entrée de la Hara Kbira (« grand faubourg » juif de Djerba). « Je préfère rester ici, où la communauté est plus importante », explique-t-il. Et de détailler : 1 200 membres à Djerba et à Zarziz, contre 300 à Tunis.

« Petit par la taille mais grand par la sagesse »

En 1948, ils étaient environ 100 000 sur tout le territoire. Le grand rabbin espère donc voir revenir plus de juifs au pays. Quelques heures après la fin du célèbre pèlerinage de la Ghriba (du 12 au 14 mai), c’est un homme souriant et réservé que nous avons retrouvé dans son bureau à la Yeshiva (école talmudique) de la Hara Kbira, où il enseigne. Pour compléter son faible salaire versé par l’État, il pratique également l’abattage rituel et la circoncision.

« Petit par la taille mais grand par la sagesse », le décrivent fièrement les habitants du coin. « Calme et très à l’écoute, il n’hésite pas à monter au créneau quand c’est nécessaire », ajoute son bras droit, Moché Uzan.

Comme en 2013, lorsqu’il s’était opposé à une proposition de loi sur l’attribution de sièges permanents au Parlement tunisien pour la communauté juive. Ou, aujourd’hui, concernant le projet de création d’un musée de la mémoire judéo-tunisienne à Tunis. « Je ne suis pas contre l’idée, affirme-t-il. Mais pas dans une synagogue ! »

À la fin de l’entretien, Haïm Bittan se prête volontiers aux selfies avec des étrangers, n’hésitant pas à se hisser sur un banc pour poser en groupe. Facile pour ce septuagénaire qui grimpe chaque semaine sur les toits.

 

Jeune Afrique

Les nouveaux aumôniers doivent se former à la laïcité

Un nouveau décret exige désormais des aumôniers l’obtention d’un diplôme après une formation civique et civile. Les cultes saluent la décision mais regrettent un manque de discussion avec le ministère.

Qu’ils exercent dans les prisons, les hôpitaux ou les bataillons, tous les aumôniers devront désormais être formés à la laïcité. Un décret paru le 5 mai, rend obligatoire la possession d’un diplôme « sanctionnant une formation civique et civile agréée » pour les futurs aumôniers pénitentiaires, hospitaliers et militaires. Le texte concerne uniquement les « aumôniers rémunérés et nouvellement recrutés », qui devront donc être déjà diplômés lors de leur recrutement, ou s’engager à l’être dans les deux ans.

Fruit d’une longue élaboration au ministère de l’Intérieur, ce décret « assure à des acteurs qui ont un rôle particulier le partage d’un socle commun de connaissances sur les valeurs et les principes de la République », explique-t-on au ministère. « On ne peut pas nier la nécessité d’un tel diplôme, surtout après les attentats de 2015 », ajoute un responsable qui a participé à sa rédaction aux côtés de Bernard Cazeneuve et de Manuel Valls, véritables instigateurs du projet. Une façon à peine dissimulée de désigner le véritable destinataire du texte : les aumôniers de prison de culte musulman, en première ligne pour lutter contre la radicalisation, selon le ministère. « Tous les acteurs de la prévention de la radicalisation doivent être associés, et l’aumônier pénitentiaire n’est pas un acteur anodin ».

Les représentants musulmans ne s’opposent pas à ce décret

Une position critiquée par le pasteur Brice Deymié, aumônier national des prisons à la Fédération protestante de France : « il ne faut pas instrumentaliser l’aumônier, et la lutte contre la radicalisation n’est pas notre boulot ». Cependant, les représentants musulmans ne s’opposent pas à ce décret : « cela apportera un plus à nos aumôniers et sera bénéfique pour tout le monde », estime Hassan el-Alaoui Talibi, aumônier général musulman des prisons. « Les formations doivent se généraliser ».

Mais tous critiquent le manque de consultation des aumôniers par le ministère concernant ce projet : « il faut nous écouter, et d’abord parler de notre statut ! », s’exclame le pasteur Deymié. « On dirait que le ministère ne connaît pas la vie sur le terrain : nos besoins n’ont pas été entendus ». Un reproche partagé par le Père Jean-Marie Onfray, responsable du pôle Santé à la Conférence des Évêques de France : « on ne nous demande jamais notre avis », regrette-t-il.

Pourtant, en 2015, les discussions « avaient bien démarré », selon le pasteur Deymié, avec notamment un dialogue entre les différents cultes, mais le départ de Christiane Taubira, la ministre de la justice – dont dépendent les aumôniers pénitentiaires – et les changements de direction au bureau central des cultes ont rendu difficile cette collaboration. Une difficulté que le ministère de l’intérieur reconnaît à demi-mot.

Ces formations doivent comprendre 120 à 160 heures de cours

C’est donc une « occasion manquée », selon le pasteur, regrettant un moment qui aurait pu donner lieu à une « construction collective » avec les autres cultes. D’autant qu’il juge « très positif » le fait d’avoir une formation, et ne s’oppose donc pas à ce que l’État propose un tel décret : « cela fait d’ailleurs plusieurs années que nous avons un DU [Diplôme Universitaire] pour nos aumôniers, centré sur la pratique, mais il n’a pas été homologué », regrette-t-il.

En effet, pour être reconnus comme des « DU de laïcité », ces formations doivent comprendre 120 à 160 heures de cours sur le fait religieux, le fonctionnement des institutions françaises ou le dialogue interreligieux. Un nombre d’heures « trop élevé », selon le pasteur Deymié, qui demande « une cinquantaine d’heures » au maximum, ou un système d’équivalences qui permettrait de faire reconnaître des diplômes préexistants.

La question des équivalences est également au cœur des préoccupations des catholiques. « Tant qu’il n’y a pas les mesures d’application [qui devraient paraître la semaine prochaine dans un arrêté, NDLR], je dis à mes collègues de ne pas s’exciter, mais la question de la validation de nos formations nous inquiète quand même », reconnaît le Père Onfray. « Cela va compliquer la vie et le recrutement des aumôniers pénitentiaires », ajoute le Père Jean-François Penhouet, aumônier général catholique des prisons, secondé par Hassan el-Alaoui, son homologue musulman.

Inquiétude infondée, selon le ministère de l’intérieur. « L’usager ne doit pas être pénalisé », assure-t-on place Beauvau, et « nous allons trouver une solution avec des équivalences et des passerelles ». Seize « diplômes universitaires de laïcité » existent déjà en France, notamment à Strasbourg, Aix, Lyon et Montpellier. D’autres universités pourront faire homologuer leur diplôme si celui-ci respecte « des critères d’horaires et de contenus » ainsi que la charte d’homologation déjà existante.

 

Les aumôniers en chiffres

Dans les prisons. Au 1er janvier 2015, selon le ministère de l’intérieur, les prisons françaises comptaient 1 628 intervenants d’aumônerie, dont 972 bénévoles. Le culte catholique est le plus représenté, avec 760 aumôniers. Viennent ensuite le culte protestant (377 intervenants) et le culte musulman (193 intervenants).

Dans les armées. 200 aumôniers catholiques servent sous les drapeaux, ainsi que 76 protestants, 35 musulmans et 30 israélites, dont la majorité exerce à temps partiel. 16 aumôniers sont déployés en permanence en opération extérieure.

Dans les hôpitaux. Aucun recensement n’est disponible mais tous les hôpitaux doivent disposer d’une équipe d’aumôniers pluri-confessionnelle. Le culte catholique dispose d’environ 1 200 aumôniers hospitaliers, selon la Conférence des évêques de France.

 

La Croix

Tunisie : Mohamed Talbi en quelques citations


Mohamed Talbi, historien et islamologue tunisien, défenseur d’un islam ouvert, est décédé le 1er mai à l’âge de 95 ans.

« Une lumière s’est éteinte », peut-on lire sur les réseaux sociaux. Le président Béji Caïd Essebsi, lui, a exprimé sa « profonde tristesse » après la disparition de cet « intellectuel libre, réformiste audacieux et militant national qui a toujours lutté pour la liberté et l’humanité. » Il a également salué « son engagement et sa fervente détermination à défendre ses opinions » en toutes circonstances.

Franc-parler

Et c’est ce que beaucoup retiendront de lui : son franc-parler, ses prises de position, son audace. Pour preuve, quelques-unes des citations de celui, profondément croyant, qui se disait lui-même « historien et non pas passeur de pommade ».

 

 

 

 

Jeune Afrique

Existe-t-il un vote musulman en France ?

 

 

En France la communauté musulmane serait composée d’environ six millions de personnes. Ce chiffre est loin d’être négligeable pour un candidat à la course présidentielle. Le thème autour de la laïcité est omniprésent dans les discours à l’investiture présidentielle depuis que le candidat Sarkozy en 2007 qui, souhaitant siphonner les voix du Front National, s’était lancé sur ce terrain avec succès. Même si la laïcité est présente durant cette élection, sa réception a été perçue de manière timorée dans l’opinion au détriment des affaires judiciaires. Ces deux derniers mois, les ennuis de certains grands candidats se sont en effet invités durant la campagne où il aura surtout été question d’éthique et de transparence, de vaines justifications auprès de l’opinion publique, au grand dam des conseillers en communication des candidats incriminés. Ces derniers, en particulier Mr Fillon, dont les discours de début de campagne étaient axés sur les valeurs judéo-chrétiennes de la France et sur les valeurs laïques si chères à la République, a vu sa communication vidée de toute substance religieuse au détriment de discours expiatoires au gré notamment de ses interventions télévisées. Quant à Mme Le Pen, malgré ses démêlées judiciaires, nous pourrons noter sa cohérence et sa fidélité sur le thème de laïcité, en particulier lorsqu’il s’agit de stigmatiser les musulmans.

Mais revenons à notre propos concernant l’existence ou non d’un vote musulman. Et, si ce dernier existe, quelle est son orientation politique ? Nous pouvons d’emblée affirmer qu’il n’y a pas de vote musulman au sens de vote quasi-unanime d’électeurs de confession musulmane. Comme toute valeur explicative, il y a une affirmation sur l’existence d’un vote de tendance musulman, au même titre qu’un vote de tendance catholique et juif, inhérent aux positions que le candidat à l’élection présidentielle prendra ou pas sur des sujets sensibles au regard des grandes organisations représentatives religieuses, pour ne citer que le CRIF, l’UOIF ou Sens Commun. Cela pourra concerner notamment le respect des traditions françaises, des valeurs familiales mais aussi porter du point de vue géopolitique, sur la question sensible du traitement du dossier israélo-palestinien. Sur ce point, les organisations juives comme musulmanes auront à cœur de voter pour le candidat qui, une fois élu, représentera au mieux leurs intérêts respectifs.

Contrairement au vote catholique et juif plutôt à droite, les musulmans eux, votent massivement à gauche. Ils étaient en effet plus de 80 % à avoir voté en faveur de François Hollande en 2012. Ils étaient également nombreux à sanctionner lors des dernières primaires socialistes Manuel Valls sur sa ligne politique en tant que Premier ministre du gouvernement Hollande. Son agressivité avec notamment le passage en force de la Loi travail (El-Khomri) et son interdiction lorsqu’il était ministre de l’Intérieur durant l’été 2014 des manifestations publiques en faveur de la Palestine, lui ont coûté sa place comme candidat de la gauche à l’élection présidentielle. Nous le constatons, même si les questions économiques et sociales intéressent prioritairement les musulmans lors du vote, ils restent sensibles à des sujets périphériques symboliquement forts et sur les discours du candidat favorables ou non à la liberté religieuse et à son expression dans l’espace public (ex.: Port du voile). Aujourd’hui, les français musulmans déçus du socialisme et de la politique en général comme de nombreux citoyens, s’ils ne s’abstiennent pas dimanche prochain, malgré les consignes des représentants musulmans sur l’importance du vote, sont séduits par un Jean-Luc Mélenchon qui incarne le mieux à leurs yeux les valeurs de la gauche, et non Benoît Hamon qui conduit le corbillard d’une gauche morte. Sur les questions de la laïcité, Mr Mélenchon prône une laïcité ouverte et inclusive contrairement notamment à son rival Mr Fillon qui, dans un souci de séduire l’électorat catholique, de rattraper Mme Le Pen ou de nous faire oublier ses affaires judiciaires en cours, durcit le ton sur le thème du religieux en rappelant dans cette ultime ligne droite, les racines judéo-chrétiennes de la France où, à mots couverts, l’islam n’aurait pas sa place ou devrait faire son aggiornamento, alors que les musulmans dans leur grande majorité sont laïques. Quant à Mme Le Pen, ses attaques récurrentes contre l’islam radical sous le prétexte de lutter contre l’immigration, son souhait une fois élue serait de supprimer toute visibilité religieuse dans l’espace public. Avec de telles mesures, elle n’aura de toute évidence pas l’adhésion du vote musulman. Cependant, nous ne pouvons que la rejoindre dans ses discours contre l’islam radical et sur son inquiétude de constater des offensives de réislamisation très fortes dans certains territoires. A droite, c’est le petit candidat François Asselineau qui semble séduire de plus en plus d’électeurs musulmans notamment grâce à son « Frexit », sa ligne non-atlantiste et au retour du souverainisme de la France.

La France est le pays européen qui compte le moins de pratiquants et où paradoxalement la religion occupe une place importante dans les discours des candidats à l’élection présidentielle. Dans un contexte anxiogène sur fonds d’insécurité, certains candidats font du religieux leur fonds de commerce à travers la laïcité pour se démarquer mais surtout engranger des voix. Le 7 mai prochain, le Président élu le sera en grande partie par défaut, sur fonds d’une campagne médiocre, aux programmes flous et sur des thèmes bien éloignés du religieux alors qu’on nous aura rebattu les oreilles avec l’islam. Par sûr avec tout cela, que la politique en sorte grandie !

 

Fatima Achouri

Tunisie : un parti islamiste radical souhaite « enterrer » la démocratie

Hizb ut-Tahrir prône la mise en place d’un califat et de la loi islamique. Le gouvernement a déposé une demande de suspension des activités du parti.

« La démocratie n’attire plus personne (…) et il est temps d’annoncer sa mort et de travailler à son enterrement. » C’est ce qu’a affirmé Abderraouf Amri, le président du bureau politique du parti islamiste radical tunisien Hizb ut-Tahrir. Ce dernier prône la mise en place d’un califat et de la loi islamique, et a donc appelé samedi lors de son congrès annuel à enterrer la démocratie. Le parti est régulièrement accusé par les autorités de « troubles à l’ordre public ».
Des centaines de partisans ont participé près de Tunis au congrès glorifiant « le Califat, sauveur de l’humanité » et dénonçant la « persécution » mise en place par le système démocratique. Mehdi Ben Gharbia, ministre chargé des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’homme, a indiqué à l’Agence France-Presse avoir déposé il y a deux semaines « une demande de suspension d’un mois des activités du Hizb ut-Tahrir ». Cette demande intervient « après des déclarations de membres de ce mouvement portant atteinte au régime républicain de la Tunisie », a-t-il ajouté. Lors de son congrès, ce mouvement a de son côté dénoncé « des tentatives pour interdire et entraver » ses activités.

Congrès 2016 interdit

Créé au début des années 1980, Hizb ut-Tahrir n’a été légalisé qu’en 2012, après la révolution contre la dictature de Zine El Abidine Ben Ali. En 2016, ce mouvement s’est vu interdire la tenue de son congrès annuel pour des « raisons de sécurité », en vertu de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis une vague d’attaques djihadistes sanglantes. « Il s’agit d’un parti qui ne reconnaît pas le caractère civil de l’État », avait notamment fait valoir le ministre de l’Intérieur, Hédi Majdoub. Les orientations de Hizb ut-Tahrir reposent sur la souveraineté de la Oumma – la communauté des musulmans – et sur la charia comme législation.

 

AFP

Syrie : 126 morts dans un attentat contre des personnes évacuées

68 enfants ont perdu la vie dans l’attentat suicide qui a eu lieu samedi. Il constitue l’une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre.

Le bilan s’alourdit. Une opération d’évacuation d’habitants de localités assiégées en Syrie a tourné au bain de sang samedi : 126 personnes ont trouvé la mort, dont 68 enfants, dans un attentat suicide, l’une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre. Dans sa traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi, le pape François a dénoncé une « ignoble attaque » et appelé à la paix en Syrie, pays « martyrisé » et victime d’une guerre « qui ne cesse de semer horreur et mort ». Déclenché en mars 2011 par la répression dans le sang de manifestations pro-démocratie, le conflit a fait plus de 320 000 morts, des millions de déplacés et de réfugiés, et s’est complexifié avec l’implication d’acteurs internationaux et de groupes djihadistes. Samedi, un kamikaze à lancé sa camionnette piégée contre un convoi de bus transportant des milliers d’habitants évacués de Foua et Kafraya, deux localités pro-régime assiégées par les insurgés dans la province d’Idleb, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’attaque, qui n’a pas été revendiquée, est survenue à Rachidine, une banlieue rebelle de la ville d’Alep, plus au nord, où avait été bloqué pendant plusieurs heures le convoi en raison de désaccords entre belligérants. C’est à côté de ces dizaines de bus à l’arrêt à Rachidine que le kamikaze a fait exploser sa camionnette. Au moins 68 enfants figurent parmi les 126 personnes tuées dans l’attentat, a indiqué dimanche l’OSDH, précisant que le bilan ne cessait de s’alourdir, de nombreuses personnes succombant à leurs blessures. La grande majorité des morts sont des habitants de Foua et Kafraya. Les autres sont des rebelles qui gardaient les bus et des travailleurs humanitaires. Revenu sur le lieu de l’attentat dimanche, le correspondant de l’Agence France-Presse a vu de nombreux cadavres jonchant encore le sol. À côté d’eux, des effets personnels qu’ils avaient emportés : télévisions, assiettes, vêtements.

« La mort vous surprend »

Les bus visés par l’attaque étaient carbonisés et, tout près d’un grand cratère, la camionnette vraisemblablement utilisée dans l’attaque, était complètement détruite. « Il y a eu une énorme explosion », raconte Mayssa al-Aswad, 30 ans, qui était assise dans un bus avec son bébé de six mois et sa fillette de dix ans au moment de l’attaque. « J’ai entendu des cris et des pleurs (…) mon bébé Hadi pleurait beaucoup, ma fillette Narjes me regardait, complètement figée », raconte-t-elle. « La mort peut vous surprendre en quelques minutes. » Quelques heures après l’attaque, les convois des personnes évacuées ont repris la route pour rejoindre leur destination finale. Le régime syrien a accusé les « groupes terroristes », un terme utilisé par le pouvoir pour désigner rebelles et djihadistes. Mais l’influent groupe rebelle Ahrar al-Cham a nié toute implication des insurgés. Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, s’est dit « horrifié » par cette attaque « monstrueuse et lâche ». Ses auteurs « ont fait preuve d’une indifférence éhontée pour la vie humaine ». La France a « fermement » condamné dimanche cette attaque. « Les responsables de ces crimes abjects devront rendre des comptes à la justice », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Poursuite des évacuations ?

L’opération d’évacuation qui concerne également des milliers d’habitants des localités rebelles de Madaya et Zabadani près de Damas, a été lancée vendredi en vertu d’un accord entre le Qatar, soutien de la rébellion, et l’Iran, allié du régime. Plus de 7 000 personnes ont été évacuées vendredi et samedi des quatre localités. Quelque 5 000 personnes de Foua et Kafraya – civils et combattants – ont atteint Alep, d’où elles choisiront leur destination finale. Les 2 200 habitants évacués de Madaya et Zabadani ont rejoint la province d’Idleb contrôlée en grande majorité par les rebelles. Il n’était pas clair si l’opération d’évacuation qui devait concerner plusieurs milliers de personnes supplémentaires se poursuivrait dans l’immédiat. Ces dernières années, et après des mois de siège, le régime a proposé des accords d’évacuation similaires que l’opposition dénonce comme des « transferts forcés » constituant « des crimes contre l’Humanité ». Ailleurs dans le pays en guerre, le groupe djihadiste État islamique (EI) tentait dimanche de repousser une offensive de combattants kurdes et arabes soutenus par les États-Unis, qui cherchent à s’emparer de Tabqa dans le nord syrien. Tabqa est un verrou clé sur la route menant à Raqqa, capitale autoproclamée de l’EI en Syrie et véritable objectif des Forces démocratiques syriennes (FDS).

 

AFP

La neutralité religieuse, à quel prix ?

De suspense en rebondissements, nous sommes maintenant fixés. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu le 14 mars ses décisions sur la religion en entreprise. Elle devait répondre à deux questions, l’une posée par la Cour de cassation belge et l’autre par la Cour de cassation française.

Mais c’est surtout l’affaire belge qui donne le mode d’emploi des politiques de neutralité que les entreprises sont en droit de mener. La loi Travail du 8 août 2016 qui suggérait de telles orientations en ressort confortée. Elle ne devrait plus avoir à craindre les questions prioritaires de constitutionnalité qui ne manqueront pas de se poser au Conseil constitutionnel, lui qui lors de sa saisine initiale n’avait pas souhaité soulever d’office la constitutionnalité de la mesure dans l’attente des arrêts de la CJUE.

Règlement intérieur
Une entreprise peut-elle adopter un règlement intérieur avec une clause imposant à ses collaborateurs la neutralité religieuse, politique ou philosophique sans se rendre coupable d’une discrimination directe ? Que signifie cette question issue du jargon de l’article 2 de la directive du 27 novembre 2000 sur les discriminations ? Rapportée à la religion, la configuration visée est la suivante : en vertu de cette règle figurant dans le règlement intérieur, la salariée qui porte le voile est-elle traitée de manière moins favorable qu’une collègue « ne l’est, ne l’a été ou ne le serait dans une situation comparable ».
La question est cruciale et a opposé les deux avocates générales lors d’un débat musclé par conclusions interposées. On comprend bien que si la discrimination directe est retenue, les politiques de neutralité sont fortement compromises. Au final, la Cour écarte la discrimination directe, c’est la logique laïque qui l’emporte au détriment d’une application ferme du droit de la non-discrimination. La CJUE a fait ses choix mais signe avec ces décisions un affaiblissement de la protection contre les discriminations. On l’a connue plus rigoureuse et plus stricte sur le sujet.

Contacts avec la clientèle

Il est donc possible de mettre en place une politique de neutralité dans les entreprises, mais la Cour ne leur donne pas un blanc-seing. L’obligation de neutralité doit viser le port visible de tous les signes de convictions politiques, religieuses ou philosophiques, de façon « générale » et « indifférenciée ». Elle doit aussi s’adresser aux seuls salariés en contact avec la clientèle.
La réserve est de taille. De telles clauses, nous explique la Cour, sont admises au nom de la liberté d’entreprendre : « Le souhait d’un employeur d’afficher une image de neutralité à l’égard des clients se rapporte à la liberté d’entreprise, reconnue par l’article 16 de la Charte. » La liberté d’entreprendre à laquelle se réfère de plus en plus souvent la CJUE dans ses arrêts… Reste qu’un règlement intérieur d’une entreprise interdisant purement et simplement le port du voile à ses salariées est promis, même après les arrêts de la CJUE, à une mort juridique certaine.

Et les clients ? Ont-ils leur mot à dire ? C’était l’affaire française, toujours du 14 mars (n° C-188/15) dans laquelle un client avait fait savoir qu’il ne souhaitait plus voir dans ses locaux une ingénieure d’études voilée. « Pas de voile la prochaine fois », avait-il prévenu.La CJUE n’apprécie pas.

En l’absence de règlement intérieur sur le modèle très calibré de l’affaire belge, les desiderata des clients ne passent pas. Leurs exigences sur le port du voile ne constituent pas une « exigence professionnelle essentielle et déterminante », au sens de l’article 4.1 de la Directive précitée, ce qui aurait permis de déroger au principe de non-discrimination.
On ne peut que se réjouir de cette position par ailleurs sans surprise car où s’arrêter eu égard à toutes les attentes des clients ? Après le voile, des exigences sur l’apparence physique ? Il est heureux que les lois économiques de la concurrence ne prévalent pas sur l’égale dignité des personnes humaines.

Enfin, il faut signaler l’ouverture de la CJUE vers ce qu’il est convenu d’appeler une obligation d’« aménagement raisonnable ». Le refus d’une salariée de ne pas porter le voile en contradiction avec le règlement intérieur ne doit pas conduire nécessairement à son licenciement.

Au contraire, la CJUE temporise. « Tout en tenant compte des contraintes inhérentes à l’entreprise », l’employeur doit tenter de lui proposer un autre poste de travail « n’impliquant pas de contact visuel avec ces clients ». Cet apport de l’arrêt, essentiel en pratique, a été insuffisamment souligné.

 

Alternatives économiques