En Turquie, le boom du tourisme halal

Des hôtels spécialement adaptés pour les musulmans attirent de plus en plus de touristes étrangers sur les côtes turques, rapporte le site Slate.

Sur les célèbres plages d’Antalya, au sud de la Turquie, les touristes étrangers font leur retour après deux années particulièrement moroses. La série d’attentats qui a touché le pays en 2015, la crise diplomatique avec la Russie et la tentative de coup d’État de juillet 2016 ont fait chuter de 30 % le nombre de touristes sur l’année 2016, dont la moitié sont européens. Mais, à y regarder de plus près, ce renouveau ne provient pas tant des resorts hôteliers traditionnels que des établissements spécialisés dans le tourisme « halal », relate Slate. Apparu à la fin des années 2000, ce secteur connaît un essor spectaculaire et attire les touristes musulmans du monde entier.

De nombreux hôtels turcs se sont spécialisés dans ce domaine porteur. Ils sont répertoriés sur le site Halal Booking, créé en 2009 et devenu la référence mondiale en matière de réservations en ligne d’hôtels pour la clientèle musulmane. Résultat : la Turquie fait aujourd’hui partie des destinations les plus « halal friendly » au monde, selon le classement mondial du Global Muslim Travel Index, juste derrière la Malaisie, l’Indonésie et les Émirats arabes unis.

Coran, salle de prière et burkini

Ces établissements « muslim friendly », qui sont souvent des quatre ou cinq étoiles, respectent les enseignements de l’islam. Il n’y a pas de vente d’alcool, les produits sont certifiés halal et on trouve une salle de prière dans l’hôtel, avec la présence d’un imam tous les vendredis. Dans chaque chambre, les vacanciers trouveront un coran, un tapis de prière et une flèche indiquant la direction de La Mecque. Les espaces de baignade sont également séparés entre hommes et enfants. Les femmes ne peuvent pas s’y baigner et doivent porter un burkini. Mais elles bénéficient souvent de lieux réservés – avec un personnel exclusivement féminin – où elles peuvent bronzer en bikini.

Le magazine Challenges estime que le marché mondial des voyages et des excursions « halal friendly » s’élevait à 142 milliards de dollars en 2014, soit 11 % des dépenses mondiales dans le secteur. D’ici à 2020, ce chiffre devrait connaître une hausse de 60 %. Grâce à ce positionnement porteur, le tourisme turc reprend des couleurs, et affiche déjà une hausse de 20 % sur les trois premiers mois de 2018.

 

Le Point.fr

Les «contrats de mariage de plaisir» fleurissent en Syrie

Influencée par l’Iran, où cette pratique est autorisée comme dans tous les autres pays à domination chiite, cette union temporaire d’une heure ou plusieurs années se répand, alors que des milliers de femmes sont célibataires.

 

La mention «contrat de mariage de plaisir» figure bien en tête du document daté du 2 mars 2018 à Alep. Les noms des deux époux et leurs signatures en bas de la feuille ont été effacés au Tipp-Ex mais leurs dates de naissance (1988 pour l’homme et 1994 pour la femme) sont bien visibles. Conclu pour une durée de «15 jours»et contre «une dot de 100 000 livres syriennes» (160 Euros), l’union impliquant «l’ensemble des droits conjugaux» est visée par deux témoins, représentant respectivement chacun des époux.

La publication il y a dix jours par le site d’information syrien Horrya.net de la copie d’un acte de mariage temporaire conclu par une agence spécialisée à Alep a suscité un nouvel émoi autour de cette pratique. Appelée Sigheh en Iran et autorisée chez les chiites, cette union temporaire est strictement proscrite dans l’islam sunnite majoritaire qui l’assimile à la fornication (zina), car elle équivaut à autoriser les rapports sexuels hors mariage. La pratique s’est répandue ces dernières années dans plusieurs pays arabes, notamment en Irak et en Syrie, dans les zones sous l’influence des milices chiites iraniennes. Elle consiste à contracter un mariage musulman pour une durée déterminée convenue entre l’homme et la femme. Une union allant d’une heure minimum, à un jour, une semaine, et jusqu’à 99 ans au maximum, et pouvant être immédiatement consommée.

Bénéfices rapides

Les révélations de Horrya.net portent sur l’ouverture à Alep-Est de plusieurs agences matrimoniales dédiées au mariage temporaire. Dans les quartiers populaires de la ville du nord syrien reconquise par le régime de Bachar Al-Assad grâce aux forces de son allié iranien en décembre 2016, ces «bureaux» discrets sont parfois installés dans les locaux d’anciennes agences immobilières. Celles-ci se sont reconverties dans une activité plus adaptée aux circonstances et dégageant des bénéfices plus rapides à l’heure où le marché immobilier n’est pas florissant dans la ville dévastée. Elles sont gérées par les milices chiites du Hezbollah libanais ou irakiennes et bénéficient à leurs hommes. Les agences proposent sur-le-champ au nouveau couple la location d’appartements pour consommer le mariage.

Le marché s’est développé du fait des nombreuses jeunes femmes célibataires ou veuves dans le besoin, favorisant la multiplication de ces contrats depuis le début de l’année. Contre des sommes variant entre l’équivalent de 20 à 50 euros par jour, avec des tarifs dégressifs selon la durée du mariage, les Syriennes démunies acceptent un gain ponctuel. Car ce type de mariage ne donne aucun droit à un héritage ou à une pension. Et si théoriquement les enfants nés d’une telle union doivent être reconnus par le père, il est souvent difficile de retrouver ce dernier.

Certificat médical

Plus récente en Syrie, courante en Iran et au Liban parmi les chiites, la pratique est implantée depuis plusieurs années en Irak. «L’organisation de la route de la croyance», spécialisée dans le «mariage de plaisir», est une agence matrimoniale installée dans le quartier chiite de Kazymyah sur les bords du Tigre. Sur sa page Facebook qui présente l’adresse et la photo de son bureau, les «femmes volontaires sont appelées à s’inscrire sur la page ou à se rendre dans les locaux auprès de Mme Kawthar Al-Jabiri». Elles doivent fournir leur nom, âge, photo et numéro de téléphone ainsi qu’un certificat médical attestant qu’elles n’ont pas de maladies. Parmi les règles du mariage détaillées sur la page figurent les conditions pour une fille vierge, qui doit avoir l’assentiment de son «tuteur».

L’institutionnalisation du mariage de plaisir longtemps dénoncé pour des raisons religieuses et morales inquiète de plus en plus les défenseurs des droits des femmes dans les pays concernés. Elle est perçue comme une prostitution déguisée qui profite de la situation des femmes les plus vulnérables.

Libération.fr

Edouard Philippe présente un nouveau plan de lutte contre le terrorisme

Parmi les préconisations: une lutte plus résolue contre le « radicalisme musulman » et le salafisme, considéré comme un « danger », ou l’accès des maires au Fichier des signalements

 

Edouard Philippe se rendra vendredi au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour présenter un nouveau plan d’action contre le terrorisme, qui se veut le pendant d’un volet anti-radicalisation détaillé en février.

Le Premier ministre, qui passera une partie de la matinée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) dans les locaux de la DGSI, service chef de file de la lutte antiterroriste sur le territoire national, sera accompagné du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et de la ministre aux Armées Florence Parly.

Ce plan d’une trentaine de mesures complètera le dispositif de prévention de la radicalisation présenté le 23 février à Lille. Centré sur les prisons, il balayait un large spectre avec notamment des mesures ciblant l’éducation, les services publics et internet.

Le nouveau plan antiterroriste de Matignon se déploiera sur fond d’évolution de la menace terroriste, devenue endogène, et d’inquiétudes autour des « sortants », les détenus condamnés pour des faits de terrorisme ou radicalisés en prison et qui doivent sortir de détention.

Une source élyséenne avait estimé en mai que, d’ici fin 2019, 10% des condamnés pour terrorisme et près d’un tiers des détenus de droit commun radicalisés sortiraient de détention, soit environ 450 personnes.

Selon des sources concordantes, une unité de suivi des « sortants » devrait être constituée au sein de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Ucalt) rattachée à la Direction générale de la police nationale (DGPN).

La France a été frappée en 2018 à deux reprises par des attaques terroristes revendiquées par l’organisation jihadiste Etat islamique, coûtant la vie à cinq personnes, le 23 mars à Carcassonne et Trèbes (Aude) puis le 12 mai à Paris.

Depuis 2015, 246 personnes ont été tuées dans des attentats sur le territoire français.

« Travail d’une génération »

Ce nouveau plan antiterroriste constitue le troisième exercice du genre de la période récente, après le plan de lutte antiterroriste (PLAT) du 29 avril 2014 et le plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) du 9 mai 2016, sous le quinquennat Hollande.

Depuis son arrivée au pouvoir il y a un peu plus d’un an, le nouvel exécutif a à son tour renforcé l’arsenal antiterroriste, avec notamment la loi controversée renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (SILT) promulguée à l’automne 2017.

Dans un rapport rendu public mardi, une commission d’enquête du Sénat a crédité les pouvoirs publics d’avoir renforcé la politique de lutte contre la menace terroriste, mais en s’inquiétant « de réelles insuffisances ».

Parmi les préconisations: une lutte plus résolue contre le « radicalisme musulman » et le salafisme, considéré comme un « danger », ou encore l’accès des maires au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), qui contient environ 20 000 noms.

Mais cette dernière proposition, envisagée par Emmanuel Macron dans un discours prononcé fin mai, avait fait grincer des dents dans les services et même suscité l’opposition de la garde des Sceaux.

« On ne s’en sortira pas uniquement avec des services de force ou de renseignement mais en mobilisant aussi la société civile et la société toute entière », avait-t-on commenté à l’Elysée.

Dans son discours devant le Congrès lundi, le chef de l’Etat a estimé que la lutte contre le terrorisme était le « travail d’une génération » à poursuivre « sans fébrilité et sans relâche ».

 

The times of Israël

Contre la menace terroriste, ce que préconise un rapport du Sénat ciblant le salafisme

Une commission sénatoriale a rendu, mardi 10 juillet, son rapport intitulé « Pour une République juste mais plus ferme ». Contre la menace terroriste, les membres de la commission ont choisi de cibler particulièrement le salafisme, en plaidant que ce courant puisse être inscrit « sur la liste des dérives sectaires » en France.

 

Après sa création le 11 janvier 2018, la Commission d’enquête sénatoriale sur « l’organisation et les moyens des services de l’État pour faire face à l’évolution de la menace terroriste après la chute de l’État islamique » a rendu son rapport, mardi 10 juillet, après 32 auditions effectuées pour certains à huis clos entre le 6 mars et le 12 juin.

Tout en reconnaissant les efforts et les moyens mobilisés par l’État pour combattre le terrorisme, la commission présidée par Bernard Cazeau (LREM) avec, pour rapporteuse, Sylvie Goy-Chavent (Union centriste), estime que « le traitement de la menace terroriste soufre de réelles insuffisances ».

Parmi les « fortes inquiétudes » soulevées dans le rapport, la commission n’a pas caché ses « doutes »par rapport à « l’efficience du renseignement, notamment pour détecter la menace « inspirée » et les passages à l’acte impulsifs », d’autant qu’en France, la menace est « endogène » à leurs yeux.

 

Des propositions controversées préconisées

 

Jusqu’à présent, les « mesures restent très généralistes ou de long terme », estime la commission, et « les contre-discours, s’ils sont indispensables, semblent très peu efficaces, en particulier pour atteindre une personne déjà radicalisée ». Alors pour palier aux failles du plan de prévention contre la radicalisation présenté en février dernier, la commission estime qu’il faut « s’appuyer sur les musulmans pour promouvoir les contre-discours et lutter contre le salafisme ». A cette fin, elle invite « l’islam de France » (sic) à se structurer, à se réorganiser, « à se financer de façon transparente », « en réaffirmant les valeurs de la République ».

Pour améliorer la réactivité des collectivités locales contre la menace terroriste, la commission propose la mise en place d’un « pôle de lutte contre l’islam radical » dans chaque département. Elle souhaite aussi la participation active des maires dans la lutte contre le terrorisme, en donnant notamment aux premiers magistrats des villes accès au Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Cette dernière proposition, sur la table des débats depuis plusieurs mois, fait polémique mais Emmanuel Macron s’y est dit favorable en mai.

La commission sénatoriale ne s’arrête pas là et remet sur la table des propositions qui ne sont, elles aussi, pas nouvelles mais qui sont sources de débats houleux. Elle veut permettre davantage l’expulsion « des individus radicalisés fichés S de nationalité étrangère » et préconise la déchéance de la nationalité française des « binationaux ayant commis des actes de terrorisme », qui a été l’objet d’un vaste débat politique clivant en 2015 sous le mandat de François Hollande.

Elle préconise également de « créer une nouvelle circonstance aggravante au délit d’apologie ou de provocation à des actes de terrorisme lorsque les propos incriminés sont tenus dans l’exercice du culte ».

Inscrire le salafisme dans les dérives sectaires

 

Le rapport cible particulièrement le salafisme, présenté comme une idéologie « qui alimente la menace intérieure ». Selon les services de renseignement, elle compte environ 130 lieux de culte et entre 40 à 60 000 adeptes en France.

La commission préconise en ce sens une mobilisation de « l’ensemble de notre arsenal juridique pour lutter contre les troubles à l’ordre public que peut provoquer le salafisme » en se référant à l’interdiction du niqab.

Dans la foulée, elle propose d’inscrire « le salafisme sur la liste des dérives sectaires de la Mission interministérielle de la vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ». Une mesure, comme d’autres, que le chercheur Romain Caillet, auditionné en avril, estime comme n’étant pas vraiment efficace dans la lutte contre le terrorisme.

Quelques jours avant la présentation d’un nouveau plan de lutte contre le terrorisme par Matignon, les membres de la commission, qui déplore un « manque de courage » sur ce point, en appelle à « déclaration politique forte, dénonçant clairement le salafisme comme l’ennemi des valeurs de la République ».
Saphirnews

A Strasbourg, les prémices d’une formation pour les aumôniers hospitaliers musulmans

Le Conseil national de l’aumônerie musulmane hospitalière a commencé à organiser, en mars 2018, des séminaires de formation, à Strasbourg, pour ses membres, salariés ou bénévoles.Cette « École nationale des aumôniers musulmans hospitaliers » est en quête de moyens.

Fatiha est aide-soignante. Elle est aussi aumônier hospitalier musulman bénévole à l’hôpital de Strasbourg-Hautepierre. L’accompagnement des personnes en souffrance n’a pas de secret pour elle. Pourtant, il arrive souvent qu’elle bute sur des cas complexes, et qu’elle cherche, longuement, avec ses collègues aumôniers, la réponse à donner aux patients.

« J’ai été sollicitée récemment par une femme enceinte d’un bébé souffrant de malformations. Pouvait-elle accepter l’interruption thérapeutique de grossesse ? Je ne voulais pas lui donner mon avis personnel, mais être professionnelle. Nous avons fini par trouver, dans le Coran, le texte qui allait la soulager : elle ne voulait en aucun cas commettre un péché. Alors oui, nous avons besoin de formation. À l’hôpital, les gens se confient beaucoup ! »

« Lutter contre les discours radicaux fanatiques »

Fatiha fait partie de la trentaine d’aumôniers hospitaliers musulmans du Grand Est ayant commencé en mars 2018 un cursus à la toute nouvelle École nationale des aumôniers musulmans hospitaliers de France (Enah), émanation du Cnamh (Conseil national de l’aumônerie musulmane hospitalière). Elle ne dispose pas de local spécifique, mais est hébergée dans plusieurs salles de cours du centre culturel Iqraa, qui jouxte la mosquée dite de Lingolsheim, à Ostwald, à côté de Strasbourg.

Le président du Cnamh, l’imam Abdelhaq Nabaoui, est en effet également président d’Iqraa (et actuellement président du conseil régional du culte musulman d’Alsace). « Ces dernières années, l’aumônerie hospitalière musulmane a su, avec de nombreux chefs de service, personnels, et patients, trouver la bonne mélodie, pour apporter le réconfort. Nous devons aussi lutter contre les discours radicaux et fanatiques », affirme-t-il.

« L’enjeu est de se professionnaliser, d’harmoniser nos pratiques, de s’entraider, de faciliter la tâche des aumôniers, qui sont pour la plupart bénévoles (seuls 50 sur 350 en France sont défrayés), et de valoriser leurs missions », indique El Mostafa Allioui, responsable pédagogique, et aumônier au CHRU de Nancy. Cette école, dont l’idée a été lancée en 2017, et qui en est encore à ses balbutiements, est conçue comme un complément au diplôme universitaire de formation civile et civique désormais obligatoire pour les aumôniers militaires, hospitaliers et pénitentiaires rémunérés.

« Nous y approfondissons notamment la connaissance des acteurs de l’hôpital, l’éthique de la santé, et la connaissance de l’islam appliquée aux missions des aumôniers », explique El Mostafa Allioui. Y sont abordées des questions aussi variées que l’écoute, le don d’organe, ou la toilette rituelle.

« Même pour les personnes déjà très expérimentées, se réunir régulièrement en formation est capital pour échanger sur nos pratiques. J’ai besoin de me sentir épaulé, confie Mohamed Bayri, de Troyes. Je suis surtout sollicité au moment de la fin de vie, et il n’est pas si facile de garder de la distance pour être capable de réfléchir à la situation. D’autant que l’attente des familles est grande, et que la majorité n’a pas de pratique religieuse régulière, et délègue beaucoup sur nous. »

Une « formation diplômante » en 2019

Faute de moyens financiers, l’Enah ne propose pour le moment qu’une série de séminaires d’une durée de trois jours chacun. Elle n’envisage pas de cursus à temps complet, mais elle espère, après ses six premiers séminaires, élargir son offre, et proposer en 2019 une formation diplômante. Il lui faudra d’ici-là obtenir les autorisations de l’Education nationale, et réunir un budget de fonctionnement estimé à 200 000 €. Seule la Fondation de l’islam de France, reconnue d’utilité publique, et visant à soutenir des projets éducatifs, culturels et sociaux favorisant un islam républicain, a pour le moment alloué 20 000 € au projet.

« L’aumônerie hospitalière musulmane ne dispose pas du nécessaire pour vivre décemment, et j’ai bien l’intention de convaincre les différents ministères de son utilité », a annoncé, mercredi 4 juillet, Jean-Pierre Chevènement, le président de la Fondation de l’islam de France, lors de l’inauguration de l’Enah. À terme, l’objectif est de créer une antenne de l’Enah par grande région administrative, afin de favoriser son accessibilité.

 

La Croix

Lisbonne, « Saint-Siège » des chiites ismaéliens

La capitale portugaise devient le siège de l’Imam Aga Khan, chef spirituel de la communauté ismaélienne.

« Le Portugal est un pays dont la vision pluraliste a marqué l’histoire et se vérifie aujourd’hui encore grâce aux rôles prépondérants que le pays joue à l’ONU, à l’Unesco ou au sein de la communauté européenne. » Le prince Karim Al-Hussaini dit Karim Aga Khan IV, imam des Ismaéliens, a rendu, mardi 10 juillet, un hommage appuyé au Portugal, qui l’a reçu avec les honneurs d’État.

Lisbonne va désormais être le siège de l’Imamat. Jusqu’à présent, les Ismaéliens, branche dissidente des chiites, disposaient d’une dizaine de représentations dans le monde, cette communauté étant elle-même présente dans 30 pays. C’est à l’occasion du soixantième anniversaire de son intronisation comme imam des musulmans ismaéliens que l’Aga Khan s’est rendu sur les bords du Tage pour une visite considérée comme officielle.

L’Aga Khan dispensé de l’impôt immobilier

En effet, en 2015, le prince Aga Khan et l’État portugais ont signé un accord qui a fixé les règles de l’établissement de la représentation diplomatique ismaélienne à Lisbonne. Outre l’immunité diplomatique et la protection accordées aux chefs d’État ou de gouvernement, l’accord concède de nombreux avantages fiscaux.

L’Aga Khan sera ainsi dispensé de l’impôt immobilier, un cadeau de poids quand on sait qu’il a dépensé 12 millions d’euros pour l’achat du palais Mendonça, en plein centre de Lisbonne, pour y installer l’Imamat et sa Fondation. La restauration de cet édifice qui date de 1909 est évaluée à 6 millions d’euros. Les donations et les legs seront exonérés d’impôts, tous comme les salaires et les biens divers, comme le parc automobile. En revanche, les revenus d’affaires ne seront pas détaxés.

Si, en tant que chef spirituel, l’imam est chargé d’interpréter le Coran et d’en faire respecter les préceptes, il doit aussi faire fructifier les biens qui lui sont confiés. Les Ismaéliens reversent à l’Aga Khan la dîme prélevée sur leurs biens. En contrepartie, le prince a créé le Réseau Aga Khan pour le développement, chargé de construire et gérer des écoles, des universités, des hôpitaux et divers projets de développement. Ce réseau emploie 80 000 personnes, et il sera désormais géré depuis Lisbonne.

Le Portugal bénéficiera des largesses de l’Aga Khan

La capitale portugaise qui dispose depuis 1998 d’un centre de culte et de réunions, compte 7 000 Ismaéliens. Venus du Mozambique, originaires d’Inde, ce sont des lettrés, commerçants habiles, qui ont fui l’ancienne colonie portugaise au moment des troubles de la guerre d’indépendance en 1975. Aujourd’hui, la nouvelle génération est propriétaire d’entreprises diverses, de chaînes d’hôtels et de réseaux de boutiques vestimentaires. Cette intégration remarquable permet à l’Aga Khan de disposer d’un solide réseau dans le pays.

La communauté ismaélienne dite Nizarite, une mystique née au XIe siècle, est l’une des plus influentes aujourd’hui. L’imamat lisboète, « Saint-Siège » de ce culte musulman, devrait attirer de nouveaux ismaéliens, intéressés par « les opportunités » d’investissements qu’offre le Portugal. Quant au Portugal il bénéficiera des largesses de l’Aga Khan, qui envisage de créer un lycée et a investi 10 millions d’euros dans la science et la recherche portugaises.

 

La Croix

Les obsèques du cardinal Tauran célébrées en présence du pape

Le pape François, qui ne préside habituellement que le rite du dernier adieu des obsèques cardinalices, a exceptionnellement choisi d’être présent à l’ensemble des obsèques du cardinal Jean-Louis Tauran, jeudi 12 juillet en la basilique Saint-Pierre de Rome.

Les obsèques du cardinal français Jean-Louis Tauran, camerlingue de la Sainte Église romaine et président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, ont été célébrées jeudi 12 juillet en la basilique Saint-Pierre de Rome, avec la présence inhabituelle du pape François.

Lors des obsèques de cardinaux, le pape ne vient d’habitude qu’à la fin de la célébration pour présider le rite du dernier adieu. Mais, cette fois-ci, témoignage de la grande estime dans laquelle il tenait le cardinal Tauran, François est arrivé une dizaine de minutes avant le début de la liturgie à laquelle il a assisté depuis un fauteuil sur le côté du chœur.

« Conseiller écouté et apprécié »

François a ainsi laissé le cardinal Angelo Sodano, doyen du Sacré Collège, conduire la célébration, avant de présider lui-même, visiblement ému, le dernier adieu de celui que, dans un télégramme de condoléances très personnel, il avait qualifié de « conseiller écouté et apprécié ».

De très nombreux fidèles participaient à ces obsèques, remplissant rapidement la chapelle de la Chaire de Pierre, au fond de la basilique, montrant ainsi l’ampleur du ministère du cardinal Tauran.

Outre le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, la ville natale du cardinal Tauran, la plupart des cardinaux vivant à Rome étaient présents. Beaucoup ont d’ailleurs été ces nonces auxquels le diplomate de Jean-Paul II ne cessait de répéter que « si vous jouez aux diplomates, vous serez méprisés. Si vous vous comportez comme des prêtres, vous serez estimés ».

Le nombre important de diplomates du monde entier présents montrait d’ailleurs combien l’ancien secrétaire pour les relations avec les États de Jean-Paul II était lui-même estimé à travers le monde.

Alain Juppé, représentant du président Macron

Pour la France, le maire de Bordeaux Alain Juppé représentait par ailleurs le président de la République Emmanuel Macron ; l’ancien premier ministre avait d’ailleurs été ministre des affaires étrangères quand Mgr Tauran dirigeait la diplomatie vaticane.

Enfin, de nombreux représentants des différentes religions (islam, sikhisme, hindouisme, shintoïsme) étaient venus rendre un dernier hommage à celui qui, pendant 11 ans, a supervisé le dialogue interreligieux au Vatican.

Dans son homélie, le cardinal Angelo Sodano, doyen des cardinaux, a témoigné du « grand esprit apostolique » de celui qui a collaboré avec lui pendant près de quinze ans quand il était secrétaire d’État, et de la façon dont « il a dédié sa vie au Saint-Siège, à l’Église et au dialogue avec tous les hommes de ce temps ».

« Coopérer à la construction du monde dans une paix véritable »

« Il a suivi le chemin tracé par Vatican II dans Gaudium et spes », a-t-il salué, citant la constitution pastorale du concile : « Nous sommes tous appelés à être frères. Et puisque nous sommes destinés à une seule et même vocation divine, nous pouvons aussi et nous devons coopérer, sans violence et sans arrière-pensée, à la construction du monde dans une paix véritable » (§92).

« C’est ainsi qu’a travaillé notre regretté cardinal Jean-Louis Tauran », a-t-il conclu.
Le cardinal Tauran sera inhumé dans la basilique Saint-Apollinaire, le titre cardinalice du centre de Rome qui lui avait été confiée en 2003 par Jean-Paul II.

 

La Croix

Les fédérations font front commun autour du CFCM pour lancer l’Association pour le financement du culte musulman

La création de l’Association pour le financement et le soutien au culte musulman (AFSCM), sous l’égide du Conseil français du culte musulman (CFCM), a été actée samedi 7 juillet par l’ensemble des fédérations musulmanes de France, qui refusent de voir naître une structure similaire dont elles n’ont pas la main et qui, à terme, les affaiblirait grandement.

 

L’ensemble des fédérations musulmanes de France* ont acté, à l’unanimité, le lancement d’une association pour le financement du culte musulman à l’issue d’une réunion organisée samedi 7 juillet à la Grande Mosquée de Paris, apprend-t-on lundi 9 juillet. Son nom : l’Association pour le financement et le soutien au culte musulman, sous l’acronyme AFSCM, placée sous l’égide du Conseil français du culte musulman (CFCM) présidé actuellement par Ahmet Ogras.

Selon les statuts de la structure en cours de création – qui seront déposés à la préfecture « à la fin du mois de juillet » selon nos sources – et que Saphirnews a pu consulter, l’AFSCM a « pour objet exclusif l’exercice du culte musulman en France en finançant ou en soutenant les activités à caractère cultuel ».

Sont définis comme axes « la construction, l’aménagement, l’équipement, et la rénovation de mosquées et de salles de prière », « la formation théologique du personnel religieux et des responsables d’associations cultuelles », « une participation à la rémunération, aux indemnités et aux charges de formation, et qu’aux cotisations sociales du personnel religieux » ainsi qu’« un appui juridique, technique et à maîtrise d’ouvrage aux associations porteuses d’un projet de construction ou de rénovation de lieux de culte ».

 

« Refléter la diversité du culte musulman en France »

« Sa mise en place sera réalisée dans les plus brefs délais, après consultation des CRCM et des représentants régionaux des fédérations, ce à quoi s’était engagé le CFCM », précise un communiqué de l’instance parvenu à la rédaction. Le travail de fond s’agissant des modalités concrètes de contributions auprès de l’association commencera véritablement « à partir de septembre », indique Anouar Kbibech auprès de Saphirnews. Le choix des personnalités qualifiées qui y siégeront devra également être acté lors de ce second semestre de l’année 2018.

Outre le collège des membres de droit, composé des six membres issus de la présidence collégiale du CFCM, et le collège des fédérations et des Grandes Mosquées composé des 20 membres, le Conseil d’administration de l’AFSCM sera en effet complété par un collège des 15 personnalités qualifiées qui seront élues pour deux ans par les deux autres collèges.

Sa composition « vise à refléter la diversité du culte musulman en France », lit-on dans les statuts. Au total, ils seront 41 à siéger dans l’organe. Enfin, le bureau exécutif, élu par le CA, sera composé entre 11 et 15 membres « pour un mandat de six ans, renouvelable ». « Nous nous sommes donnés 15 jours pour que les fédérations (de même que le CA du CFCM et les CRCM, ndlr) entérinent définitivement l’accord », indique Amar Lasfar, président de Musulmans de France.

 

Un CFCM sous pression

Face à la pression qu’exerce l’Etat mais aussi les musulmans sur l’avenir même du CFCM, un sursaut de la direction de l’instance était nécessaire. L’annonce du jour intervient après l’annonce, fin juin par Place Beauvau, des Assises territoriales sur l’islam de France mais aussi après la divulgation, récemment dans Le Monde, d’une note élaborée, entre autres, par Hakim El Karoui proposant la création d’une Association musulmane pour l’islam de France (AMIF) qui serait « composée et dirigée par des Français de confession musulmane, revendiquant une « neutralité » face aux différents acteurs » et qui serait, elle aussi, chargée de collecter des fonds pour financer la construction et l’entretien des lieux de culte, le salaire et la formation des imams, un travail théologique ou encore des actions de lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme.

« Le principe autour duquel on s’est retrouvé, c’est de lancer une association cultuelle de financement par les musulmans, pour les musulmans », indique Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France (RMF) auprès de Saphirnews, qui préfère éluder la proposition de Hakim El Karoui. « Notre démarche ne se positionne pas par rapport à ce qui se fait, et ceci sans préjuger de ce qui va se passer », note-t-il.

Même son de cloche pour Amar Lasfar, qui préfère rappeler les propos de Bernard Cazeneuve en 2016, à l’occasion d’une instance de dialogue consacrée au financement. « Il a dit qu’il revient exclusivement aux musulmans et à leurs associations représentatives, de créer une association cultuelle » dédiée au financement, signale le président de Musulmans de France, qui se réjouit de la création de l’AFSCM.

« L’Etat n’a pas à s’ingérer dans les affaires du culte musulman »

« L’Etat a le droit d’interpeller les musulmans sur l’organisation de leur culte. Mais il n’a pas à s’ingérer dans les affaires du culte musulman, c’est aussi ça, la laïcité. Bien sûr, nous comptons sur la bienveillance des pouvoirs publics pour permettre la réussite de notre mission », nous affirme-t-il, estimant que le fait que l’Etat soit absent dans la structuration de l’association est « un des gages » garantissant son succès futur. « Les musulmans seront plus enclins à nous faire confiance car (l’AFSCM) sera entre les mains des fédérations, ce qui rend fort et crédible l’initiative », ajoute-t-il.

Quid de la Fondation des œuvres de l’islam de France (FOIF) – sur un modèle similaire à l’AFSCM – qui n’a jamais fonctionné ? « Il ne tient qu’à nous de la faire réussir et de ne pas tomber dans les mêmes travers », répond Amar Lasfar.

Tout reste encore à faire car, sans capitaux financiers, l’AFSCM ne sera, ni plus ni moins, qu’une coquille vide. Mais pour Anouar Kbibech, « nous partons avec un capital confiance auprès des acteurs du hajj et du halal » auprès de qui la structure tirera une bonne partie de son budget de fonctionnement. « Des discussions devront être engagées avec les contributeurs financiers de sorte à créer des partenariats win-win. Ils viendront alors à nous », plaide Amar Lasfar. Les enjeux sont nombreux et l’obligation de résultats tangibles se fait pressante. Le plus dur est donc à venir.

*Les fédérations qui ont entériné l’accord de principe concernant l’AFSCM sont le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Confédération islamique Milli Görüs (CIMG France), la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), Foi et Pratique, la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP), la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), Musulmans de France, le Rassemblement des musulmans de France (RMF), l’Union des mosquées de France (UMF) de même que la Grande Mosquée de Saint-Denis de la Réunion (AISD).

Saphirnews

Le Conseil d’État confirme qu’un prêtre peut présider une université

Invité à se prononcer à l’occasion d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil d’État a estimé mercredi que rien ne s’opposait au fait qu’un ministre d’un culte soit élu président d’une université.

Oui, un prêtre peut bien être élu président d’une université de la République. C’est ce que vient de confirmer le Conseil d’État dans une décision publiée mercredi 27 juin. Les juges étaient invités à s’exprimer sur la conformité constitutionnelle de l’élection du père Michel Deneken comme président de l’université de Strasbourg.

Une élection contestée par un syndicat d’enseignant

Universitaire, le prêtre a été élu en décembre 2016, mais son élection a été contestée en justice, notamment par le syndicat d’enseignants Snesup-FSU. Ce dernier estimait que le statut de prêtre entrait en contradiction avec l’obligation de neutralité s’appliquant au personnel de l’enseignement supérieur.

Le syndicat avait été débouté en décembre par le tribunal administratif de Strasbourg. Mais il a fait appel de cette décision, et c’est la cour administrative d’appel qui s’est tournée vers le Conseil d’État pour y déposer une question prioritaire de constitutionnalité.

« Sans distinction de croyance et de religion »

Dans sa décision, le Conseil d’État considère notamment que le principe de laïcité implique que « l’accès aux fonctions publiques, dont l’accès aux fonctions de président d’université, s’effectue sans distinction de croyance et de religion ». Par conséquent, estiment les juges, « il ne peut, en principe, être fait obstacle à ce qu’une personne ayant la qualité de ministre d’un culte puisse être élue aux fonctions de président d’université » ; à condition que ce dernier ne manifeste pas ses opinions religieuses dans l’exercice de ses fonctions et soit tenu à un « devoir de réserve en dehors de l’exercice de ces fonctions ».

Avant l’élection, certains adversaires de Michel Deneken s’étaient également interrogés, plus ou moins explicitement, sur la « double appartenance »supposée du candidat à la présidence, affirmant qu’il ne pouvait à la fois être lié à la France, par son mandat de président, et au Vatican, du fait de son statut de prêtre.

Mais au sein du conseil d’administration de l’université, il avait largement été élu, par 26 voix contre 9.

 

La Croix

Depuis Bari, le cri de paix des chrétiens pour le Proche-Orient

Le pape François a réuni, samedi 7 juillet à Bari (sud de l’Italie), les chefs d’Églises chrétiennes du Proche-Orient pour une rencontre œcuménique de prière et de réflexion sur la situation dans la région.

 

Tel un vol de colombes, un appel à la paix pour le Proche-Orient est monté au ciel depuis Bari (sud de l’Italie). La cité de saint Nicolas, si vénéré par l’Orient chrétien, accueillait en effet, samedi 7 juillet, la rencontre œcuménique de réflexion et de prière à laquelle le pape François avait convié les responsables d’Églises du Proche-Orient.

La plupart d’entre eux avaient répondu à l’appel pour ce sommet, inédit jusqu’ici à ce niveau.

Au bord de la mer Adriatique, vers cet Orient déchiré par la guerre, les patriarches ont prié dans toutes leurs langues, de l’arabe au syriaque en passant par l’arménien et l’assyrien, pour que Dieu « inspire des choses bonnes dans les cœurs de ceux qui veulent la guerre et pacifie leurs esprits tourmentés », ainsi que l’a imploré l’orthodoxe Bartholomeos Ier de Constantinople.

Une « région splendide », où se trouvent « les racines mêmes de nos âmes », avait rappelé en introduction le pape François, mais où « s’est condensée (…) une couche épaisse de ténèbres ».

 

Mettant en cause « le silence de tant et la complicité de beaucoup », le pape a dénoncé « l’indifférence qui tue », posant les chefs d’Églises qui l’entouraient en une « voix qui lutte contre l’homicide de l’indifférence », soulignant notamment « le risque que la présence de nos frères et sœurs dans la foi soit effacée ».

Au Proche-Orient, les chrétiens qui représentaient encore 20 % de la population à la veille de la Première Guerre mondiale n’y sont plus que 4 %, rappelle d’ailleurs le Vatican.

« Cela suffit, les oppositions obstinées ! »

Cette question devait être au cœur de la rencontre à huis clos à laquelle tous les chefs d’Église ont ensuite participé dans la nef de la sobre basilique Saint-Nicolas. À la sortie, entouré de tous les patriarches, il a, dans un discours fort, dénoncer sans ambages toutes les responsabilités dans les conflits du Moyen-Orient, n’épargnant personne.

« Cela suffit, les avantages de quelques-uns sur le dos d’un grand nombre ! Cela suffit, l’occupation de terres qui lacèrent les peuples ! Cela suffit, la domination des vérités de parti, sur les espérances des gens ! Cela suffit, l’utilisation du Moyen-Orient à des profits étrangers au Moyen-Orient !, a-t-il lancé. Cela suffit, les oppositions obstinées ! Cela suffit, la soif de profit qui ne prend personne en compte, cherchant uniquement à accaparer les gisements de gaz et de combustible, sans égard pour la maison commune et sans scrupule sur le fait que le marché de l’énergie dicte la loi de la cohabitation entre les peuples ! ».

« Il faut que cette guerre s’arrête »

Rappelant aux potentats de la région qu’« il faut que celui qui détient le pouvoir se mette enfin et résolument au vrai service de la paix, et non pas de ses propres intérêts », il a aussi rappelé que, à Jérusalem, « le statu quo exige d’être respecté selon ce qui a été décidé par la Communauté internationale » et la nécessité d’une « solution négociée entre Israéliens et Palestiniens ».

Au cours de la rencontre à huis clos, il devait aussi être question des réfugiés du conflit syrien. « Bien sûr, il faut que cette guerre s’arrête pour que nos malheurs s’arrêtent, explique Mgr Jean-Clément Jeanbart, métropolite melkite d’Alep (Syrie). Mais si je pleure sur ce qui a été détruit, je suis plus préoccupé encore par l’émigration. »

Jeudi, plusieurs patriarches catholiques et orientaux de Syrie et du Liban, se sont d’ailleurs concertés pour appuyer sur ce thème, crucial à leurs yeux, dans les discussions.

« Que les réfugiés reviennent »

« Il faut absolument séparer la question du retour des réfugiés de celle du règlement politique en Syrie », plaide le cardinal Béchara Raï qui a accueilli cette réunion dans son Patriarcat maronite de Bkerké et dont le pays, le Liban, voit les réfugiés (palestiniens et syriens) constituer aujourd’hui plus de la moitié de la population.

« Ces camps de réfugiés sont un terreau pour le fondamentalisme et la violence », met-il en garde.

« Il est important que les réfugiés reviennent que les gens rentrent chez eux », martèle le patriarche syrien-orthodoxe Ignace-Ephrem II, qui plaide pour une aide financière au retour de la part des Occidentaux.

« Nous devons d’abord parler contre la violence »

« Ceux qui ont passé la mer ne reviendront jamais, reconnaît-il. Mais il y a les autres, dans les pays autour de la Syrie. Nous avons besoin d’eux. » « Je leur assure que le retour est sûr », continue le patriarche, qui siège à Damas et qui, tout en reconnaissant que le régime syrien a ses défauts, souligne qu’il est largement préférable à une domination islamiste.

« Mais nous devons d’abord parler contre la violence : si nous semblons appuyer un côté ou un autre dans le conflit, ça ne marchera pas, explique-t-il. Aussi, même si notre message n’est pas politique, il s’agit aussi d’envoyer un message aux responsables politiques. Une parole commune des chrétiens d’Orient et d’Occident a beaucoup de poids. »

 

La Croix