Séparatisme : les cultes entre malaise et inquiétude, ce qu’il faut retenir des auditions à l’Assemblée nationale

Quels regards portent les représentants des principaux cultes de France sur le projet de loi « réconfortant les principes républicains » ? Une commission spéciale chargée d’examiner le texte à l’Assemblée nationale a recueilli leurs points de vue et c’est l’inquiétude qui prédomine. Explications.

 

Le projet de loi « réconfortant les principes républicains » ne remporte pas sur le fond l’adhésion des principales religions de France. Telle est la conclusion qu’on peut en tirer des positions prises par les représentants des cultes. Tous – à l’exception du culte musulman – ont été auditionnés, lundi 4 janvier, devant la commission spéciale chargée d’examiner le texte visant à lutter contre le séparatisme. Devant les députés, chacun ont fait valoir leurs points de vue.

Un projet de loi dont l’Eglise catholique n’est « pas demandeuse »

C’est « embarrassé » que le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, a pris la parole, soulignant la nature « répressive » d’un projet de loi qui « risque de venir modifier l’équilibre général de la loi de 1905, et de la manière dont, dans notre pays, nous avons trouvé (juifs, catholiques, protestants, orthodoxes) une manière de vivre qui nous parait plutôt harmonieuse et sur laquelle nous ne souhaitons pas particulièrement revenir ». En conséquence, « nous ne sommes pas demandeurs de ce projet de loi même si nous comprenons un certain nombre de nécessités d’ordre public ».

« Ma principale proposition, c’est d’inscrire cette loi dans un travail global qui renouvèle le désir de former une communauté nationale », a-t-il déclaré. A ses yeux, l’important est de « donner envie à tout le monde de participer à la construction de la communauté nationale plutôt que de ne faire que réprimer ceux qui n’entrent pas dans cette construction-là. Ce qui n’empêchera jamais malheureusement ceux qui veulent s’y soustraire de s’y soustraire ».

« A partir du moment où on entre dans la voie du contrôle, des restrictions de la liberté, où va-t-on s’arrêter ? », s’est interrogé le représentant de l’Eglise catholique. « Quand l’Etat prend l’habitude d’encadrer des libertés, même si c’est par nécessité, il peut toujours en venir un jour à durcir cet encadrement jusqu’à étouffer totalement cette liberté. »


Le protestantisme « alerte et conteste »

« Le projet de loi qui nous occupe aujourd’hui rappelle la réalité des dangers et des risques que courent notre société si elle ne se dote pas de moyens pour lutter contre ceux qui veulent mettre en cause ses principes fondamentaux par la violence, le radicalisme, la terreur », a introduit François Clavairoly, le président de la Fédération protestante de France (FPF), avant de se présenter parmi les « acteurs responsables dans la construction d’une société de confiance ».

« Confiance et vigilance ne sont pas contradictoires mais crée l’équilibre et la force qui font d’une société sa qualité en termes de démocratie et de sauvegarde des libertés », a-t-il noté, mettant en doute « la capacité du projet de loi à contribuer à bâtir une société de confiance ».

« Alors que les cibles sont ceux qui ne respecteraient pas suffisamment la loi, nous voici visés, juifs et chrétiens. Alors que cette loi devait être attrayante pour de futurs signataires que nous attendons tous, les musulmans notamment, la voici encore plus sujette à surveillance et à contrôle. Comme si dans notre pays, la religion était assignée à résidence, à l’obscurantisme, à l’irrationnel et donc au soupçon, et non pas perçue comme une ressource ancienne et riche de sens, (…) de paix comme c’est le cas dans la plupart des démocraties », a-t-il indiqué.

Craignant un recul des libertés, « le protestantisme alerte et conteste ». C’est le sens du plaidoyer de la FPF remis aux députés de la commission dans lequel le projet de loi est décrit comme « inquiétant » et pour lequel des « améliorations » sont appelées à être faites face à une « accumulation de contraintes » qui « interroge sur la façon dont sont considérées toutes les associations et plus largement les libertés dans notre pays : liberté d’expression, d’opinion et de culte ». Le protestantisme, selon les mots de François Clavairoly, « veut construire ce projet de loi dans l’équilibre et dans la confiance, non dans le déséquilibre et la défiance. Ce serait alors, dans ce dernier cas, une étape malheureuse de l’histoire de notre démocratie ».


Le risque du « dégât collatéral » particulièrement souligné

Les cultes auditionnés ont fait part de leur crainte de « faire les frais » d’une loi destinée en priorité à lutter contre l’islamisme radical. C’est le cas des représentants du culte juif, qui ont souligné « le risque de dégât collatéral ». « A vouloir encadrer des conduites et des dérives potentielles, on en arriverait à sanctionner des choses qui ont toujours bien fonctionné et qui sont le cœur même de la liberté d’exercice des cultes », affirme Haïm Korsia, Grand Rabbin de France.

« Il ne faut pas qu’on perde de vue, et je crois que c’est fondamental dans l’esprit de ce qui va sortir de ces débats, qu’on est en train de combattre précisément l’islamisme radical. Je ne voudrais pas que les juifs de France (…) aient l’impression qu’on est en train de traiter à égalité tout le monde, comme si tout le monde était à égalité devant les atteintes contre la République », a affirmé Joël Mergui, président du Consistoire central israélite. « Il ne faut pas que le monde musulman se sente stigmatisé dans son ensemble, ça c’est une évidence. (…) Mais il ne faut pas qu’on oublie qu’aujourd’hui, l’ennemi, c’est le terrorisme et l’islamisme radical, pas toutes les religions. »

« Il faut considérer comme légitime l’inquiétude que cause le caractère extrêmement englobant, indifférencié et niveleur du projet de loi », a signifié le métropolite Emmanuel Adamakis, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF). « Que le législateur ne veuille pas stigmatiser un culte en soi est évidemment légitime mais, en pratique, cette intention risque, à l’inverse, de nuire au libre exercice de l’ensemble des cultes. »

« Si la communauté des croyances doit être égale en droits, elles ne sont pas identiques en termes de constitution, d’histoire et de système. Or, ici, les mesures particulières qui visent les franges parallèles, marginales et réfractaires vont, indistinctement, s’appliquer en premier lieu, à des institutions qui sont identifiées et régulées », a-t-il précisé, craignant notamment « une surenchère administrative tout azimut » envers les associations religieuses générée par le projet de loi.

Le refus d’un « classement cultuel forcé » aux associations

Le projet de loi est « motivé par la lutte contre le séparatisme religieux et le renforcement de la laïcité. Et non pas par l’adaptation de ces lois à une nouvelle réalité de la pratique religieuse en France », a affirmé Olivier Wang-Genh, président de l’Union bouddhiste de France (UBF).

« A partir de ce constat, l’établissement de nouveaux devoirs motivés par cette lutte ne peuvent être que plus contraignant pour la gestion d’un lieu de culte » mais aussi « d’être sous le feu d’un classement cultuel forcé par l’autorité compétente dans le cas d’une activité dont la vocation pourrait avoir un lien indirect avec la pratique bouddhiste », a-t-il expliqué, en évoquant les dispositions incitant toute structure de loi 1901 liée à un culte de basculer sous le régime de la loi de 1905, à vocation purement cultuelle.

Déplorant « une discrimination de traitement » envers les associations « motivée par cette seule lutte » contre le séparatisme, l’UBF a déclaré « s’associer pleinement » au plaidoyer développé par les protestants autour du projet de loi. Citant Bouddha, « un remède en est un lorsqu’il est adapté à la maladie dont on souffre. Le même médicament qui sera bon pour une personne peut devenir dangereux pour une autre », a fait part Olivier Wang-Genh.


Le deux poids, deux mesures vis-à-vis des associations soulevé

Le texte « vient ajouter des mesures de contrôle à différents niveaux, dont certaines sont tout à fait légitimes mais dont on peut se demander pourquoi elles s’appliquent spécialement au culte et pas à d’autres associations. Avec le risque de donner à terme l’impression finalement que les croyants sont dans notre pays, des gêneurs, des personnes qu’il faudrait particulièrement surveiller », a estimé Eric de Moulins-Beaufort.

S’agissant du contrôle des financements de l’étranger, par exemple, « pourquoi ne viser que les associations cultuelles alors que cet argent qui vient de l’étranger touchent d’autres domaines beaucoup plus importants que nous ? C’est la question que nous posons pour toute une série de dispositions (…), c’est vrai qu’aucune de ces mesures ne portent atteinte à la liberté du culte mais l’ensemble de ces mesures va poser des problèmes pour la vie associative », a ainsi souligné Jean-Daniel Roque, président de la Commission droit et liberté religieuse de la FPF.

Sur un autre point, « le contrat d’engagement républicain me semble parfait sur le principe » dès lors qu’une association reçoit de l’argent public, a indiqué Haïm Korsia. Néanmoins, il s’est déclaré « gêné » de voir ce contrat « imposé qu’aux associations cultuelles alors qu’on devrait l’imposer à toutes les associations qui œuvrent dans quelque secteur que ce soit en France. C’est ce besoin de cohérence qui me parait important ».

Citant Bouddha, « un remède en est un lorsqu’il est adapté à la maladie dont on souffre. Le même médicament qui sera bon pour une personne peut devenir dangereux pour une autre », a ainsi conclu Olivier Wang-Genh. Reste désormais aux représentants du culte musulman d’apporter leurs observations et objections sur le projet de loi.

Saphirnews

Le Conseil d’Etat s’oppose à l’apposition du label bio sur la viande halal

Bio et halal ne font pas bon ménage selon plusieurs associations œuvrant pour le bien-être animal. Le label « agriculture biologique » (AB) ne peut être apposé sur les viandes issues d’animaux abattus sans étourdissement préalable. Le Conseil d’Etat a rendu un arrêt en ce sens en toute fin d’année 2020, au grand dam de la société Bionoor qui commercialisait des produits carnés flanqués du logo AB.

C’est un nouveau revers judiciaire pour Bionoor. Cette société, détentrice de la marque Tendre France certifiée par AVS, espérait obtenir gain de cause devant le Conseil d’Etat afin que les viandes halal abattues sans étourdissement préalable selon le rite musulman ne soient pas exclues du label « agriculture biologique » (AB), délivré par l’organisme certificateur Ecocert France. Son pourvoi en cassation a été rejeté jeudi 31 décembre, a-t-on appris, mardi 5 janvier, par l’association Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA).

Dans l’arrêt rendu par le Conseil d’Etat, la cour administrative d’appel de Versailles, qui avait annulé en juillet 2019 le jugement en première instance rendu en janvier 2016 par le tribunal administratif de Montreuil en faveur de Bionoor, « n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant que l’exclusion des produits issus d’animaux ayant été abattus sans étourdissement préalable du champ d’application du logo de production biologique de l’Union ne créait aucune discrimination contraire aux stipulations combinées des articles 9 et 14 (posant les principes de liberté de conscience et de culte ainsi que celui de non-discrimination, ndlr) de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales », lit-on.


Un avis juridique européen à l’appui du verdict français

La décision de la cour d’appel de Versailles, contestée par Bionoor devant le Conseil d’Etat, avait été rendue quelques mois après l’avis délivré en février 2019 par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Celle-ci avait estimé que « le logo de production biologique européen ne peut être apposé sur les viandes issues de l’abattage rituel sans étourdissement préalable » au motif que cette « pratique ne respecte pas les normes les plus élevées de bien-être animal ».

La CJUE, statuant sur la question préjudicielle qui lui avait été soumise par la cour administrative d’appel, « a retenu que l’apposition du logo de production biologique de l’Union européenne, qui caractérise l’observation de normes renforcées en matière de bien-être animal à tous les stades de la production dans le cadre de l’agriculture biologique, n’est pas autorisée pour des produits issus d’animaux ayant fait l’objet d’un abattage rituel sans étourdissement préalable, selon la forme d’abattage autorisée à titre dérogatoire uniquement afin d’assurer le respect de la liberté de religion, car ces produits n’ont pas été obtenus dans le respect des normes les plus élevées en matière de bien-être animal au moment de la mise à mort des animaux », rappelle le Conseil d’Etat dans son arrêt.

« L’utilisation par la société Bionoor de ce logo étant dès l’origine dépourvue de base légale, la cour administrative d’appel de Versailles n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant que l’exclusion des produits de cette société du bénéfice de ce logo ne créait aucune discrimination contraire aux stipulations combinées de l’article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 14 de cette convention », posant le droit de propriété et le principe de non-discrimination, fait savoir la plus haute juridiction administrative en France.


Pour Bionoor, l’alternative avec AVS Nature

Outre le rejet de son pourvoi, la société Bionoor est condamnée à verser 3 000 euros à l’OABA. « La société Bionoor a désormais la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme. Mais ses chances de succès sont minces ! », déclare fièrement l’association, qui a déclaré être « une fois de plus confiante en affirmant sa victoire finale dans cette affaire ».
Bionoor n’a pas réagi publiquement à l’arrêt du Conseil d’Etat. Après le revers essuyé en juillet 2019, la société a décidé, pour sa marque Tendre France, d’être certifiée bio… par AVS. L’organisme de certification halal a, en effet, lancé fin 2019 son propre label bio baptisé AVS Nature.

Cette certification « garantit que les produits carnés sont issus d’animaux ayant bénéficié de l’application de ces normes de leur vivant, hors abattage, puis abattus rituellement sans étourdissement préalable », avait indiqué AVS au lancement de sa certification en novembre 2019.

Parmi les normes, figurent le fait que les animaux aient « accès à un parcours extérieur », qu’ils disposent chacun « d’un espace aéré, de lumière et d’une surface minimum, paillée à l’intérieur des bâtiments, lui permettant de se mouvoir librement », qu’ils soient « nourris avec une alimentation bio adaptée à l’animal et ne comprenant pas de matières premières OGM » ou encore que la santé des animaux soit « axée principalement sur la prévention, avec des méthodes et conditions d’élevage privilégiant le bien-être de l’animal et stimulant les défenses naturelles ». Par ailleurs, « les produits chimiques de synthèse tels les pesticides sont interdits » et « le personnel chargé des animaux possède les connaissances et les compétences élémentaires nécessaires en matière de santé et de bien-être des animaux », indique-t-on.

Mais AVS, qui défend une vision du halal interdisant l’abattage des animaux sans étourdissement préalable, pourra-t-il encore le faire dans les années à venir en France ? La question mérite d’être posée. Dernièrement, la CJUE a estimé qu’imposer l’interdiction de l’abattage rituel sans étourdissement préalable est possible au nom du bien-être animal sans qu’elle n’entrave la liberté de culte.

Saphirnews

Un scandale de fausse viande halal sur fond de corruption secoue la Malaisie

En Malaisie, les révélations portant sur une vaste escroqueries autour de la viande halal ont provoqué le scandale. Une enquête du quotidien national New Straits Times (NST) a révélé, en date du 21 décembre, qu’un cartel organisait l’importation de viandes non-halal pour faire entrer ces produits de contrebande en Malaisie en les étiquetant « halal ». Pour y parvenir, il soudoyait des agents gouvernementaux, chargé de garantir le respect des normes halal, avec de l’argent et/ou des faveurs sexuelles. La fraude, très bien structurée, aurait duré… plus de 40 ans !

La viande frauduleuse provenait de Chine, d’Europe (Espagne, Ukraine) ou encore d’Amérique du Nord (Canada, Mexique) et du Sud (Brésil, Colombie, Bolivie). À l’exception du Brésil, aucun des pays cités ne font pas partie de la liste des pays autorisés par la Malaisie pour l’importation de viande halal. Les seuls pays dont les autorités malaisiennes acceptent l’importation de viande halal sont, rappelle NST, l’Australie, l’Argentine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Pakistan, le Japon, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

L’enquête n’en étant qu’à ses prémices, certaines zones d’ombres subsistent. Toutefois, il semblerait que des viandes de cheval et de kangourou aient été estampillées « viande de bœuf halal ». Une source au NST a indiqué que le cartel avait agi ainsi car l’importation de viande halal de sources certifiées et leur approbation par les autorités était une entreprise coûteuse : « En éliminant le processus de certification halal, le cartel peut réaliser un bénéfice considérable. »

Des agents de quatre agences gouvernementales seraient impliqués dans ce trafic. D’importants moyens sont déployés par les autorités pour démanteler ce système tandis que le gouvernement a annoncé la mise en place d’une commission d’enquête spéciale autour de ce scandale qui indigne le pays à majorité musulmane, pionnière dans l’industrie du halal.

 

Saphirnews

La difficile rédaction d’une charte des imams de France

La rédaction d’une charte des principes de l’islam français contraint depuis longtemps l’État à choisir entre fermeté et volonté de trouver un consensus.

Dans son discours de lutte contre les séparatismes en général et le séparatisme islamiste en particulier, le 2 octobre, Emmanuel Macron avait demandé au Conseil français du culte musulman (CFCM) de rédiger, « d’ici à six mois au plus tard », une charte d’adhésion aux valeurs républicaines. Celle-ci, « dont le non-respect entraînera la révocation des imams », doit accompagner la création d’un Conseil national des imams.

Or, selon Le Journal du Dimanche, qui en a dévoilé avec Mediapart les premières moutures, les négociations pour rédiger celle-ci seraient dans l’impasse.

La question de l’apostasie

La volonté de l’État de séparer l’islam de l’islamisme à travers la signature d’une charte n’est pas nouvelle. Elle se heurte à chaque fois à une même difficulté. Soit défendre un texte ferme sur les principes, même s’il est rejeté par de grandes fédérations musulmanes – en décembre 1994, la première « charte du culte musulman » avait ainsi été adoptée unilatéralement par la Grande Mosquée de Paris, liée à l’Algérie –, soit chercher un large consensus, quitte à s’accommoder d’une déclaration sans portée concrète.

Depuis dix ans, une question revient sans cesse : le refus des islamistes d’accepter l’apostasie, c’est-à-dire la liberté individuelle de quitter l’islam. La future charte des principes exige en effet de « ne pas qualifier l’apostasie de crime ni stigmatiser celles ou ceux qui renoncent à une religion ».

Déjà, en janvier 2000, le droit explicite de changer de religion avait été retiré de l’énoncé des « principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman », afin d’obtenir la signature de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ?

La définition de l’islamisme

Le texte en préparation va plus loin, en désignant les courants de l’« islam politique » considérés comme incompatibles avec la République française : « Wah­ha­bisme, salafisme, doctrine des Frères musulmans et plus généralement toute mouvance locale, transnationale ou internationale qui vise à utiliser l’islam afin d’asseoir une doctrine politique ».

Sans surprise, ce passage est dénoncé par Les Musulmans de France (ex-UOIF), Foi et Pratique (branche française du mouvement tabligh) et la Confédération islamique Millî Görüş (Cimg France), une des deux grandes fédérations liées à la Turquie.

 

Autre point en débat : la mention qu’« aucune autorité religieuse ne peut remettre en question des méthodes pédagogiques » au sein de l’école laïque publique. La référence au choix de Samuel Paty, lors d’un enseignement moral et civique, de montrer à ses élèves des caricatures de Mohammed est implicite.

Dénonciation « d’une prétendue islamophobie d’État »

Enfin, l’affirmation solennelle que la dénonciation « d’une prétendue islamophobie d’État » ou, selon les moutures, « d’un prétendu racisme d’État », « ne recouvre aucune réalité en France », est pareillement en discussion.

La thèse d’une « islamophobie d’État » n’appartient toutefois pas qu’aux islamistes, puisqu’elle est partagée par une partie de l’extrême gauche et même de la gauche. Notamment les organisations et personnalités qui ont manifesté, en novembre 2019, à l’appel du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), dissous début décembre en conseil des ministres.

 

La Croix

Normalisation avec Israël : la culture juive au programme scolaire marocain

Le pays du Maghreb, dont l’islam est pourtant religion d’État, a lancé une réforme scolaire incluant l’histoire et la culture de la communauté juive.

« C’est une première dans le monde arabe. » Avant même de normaliser ses relations diplomatiques avec Israël, le Maroc a lancé une réforme scolaire décrite par certains comme un « tsunami » : l’histoire et la culture de la communauté juive vont bientôt être enseignées aux élèves de ce pays, où l’islam est religion d’État. Les premiers cours, en langue arabe, seront dispensés au prochain trimestre en dernière année de primaire, où l’âge des élèves tourne autour de 11 ans, selon le ministère marocain de l’Éducation nationale.

« Cette introduction est une première dans le monde arabe. Elle fait l’effet d’un tsunami », s’exalte Serge Berdugo, le secrétaire général du Conseil de la communauté israélite du royaume, joint par l’Agence France-Presse à Casablanca.

Présent dans l’architecture, la musique, la cuisine, « l’affluent juif » de la culture marocaine apparaît désormais dans les nouveaux manuels d’éducation sociale du primaire, dans un chapitre consacré au sultan Sidi Mohammed ben Abdellah, dit Mohammed III (XVIIIe siècle). Ce sultan alaouite avait choisi le port de Mogador et sa forteresse bâtie par les colons portugais pour fonder la ville d’Essaouira (Sud), centre diplomatique et commercial qui devint sous son impulsion la seule cité en terre d’islam comptant une population à majorité juive, avec jusqu’à 37 synagogues. « Bien que la présence juive au Maroc soit antérieure au XVIIIe siècle, les seuls éléments historiques fiables datent de cette époque », explique Fouad Chafiqi, directeur des programmes scolaires au ministère marocain de l’Éducation.

3 000 Juifs vivent toujours au Maroc

Dans le monde arabe, le Maroc reste un cas rare dans la mesure où « ce pays n’a jamais effacé sa mémoire juive », souligne pour sa part Zhor Rehihil, la conservatrice du musée du Judaïsme marocain à Casablanca, unique en son genre dans la région. Présente au Maroc depuis l’Antiquité, la communauté juive qui reste la plus importante d’Afrique du Nord a crû au cours des siècles, notamment avec l’arrivée des Juifs expulsés d’Espagne par les rois catholiques à partir de 1492.

Elle a atteint environ 250 000 âmes à la fin des années 1940, soit environ 10 % de la population. Beaucoup de Juifs sont partis après la création d’Israël en 1948, et il en reste environ 3 000.

Un vaccin contre l’extrémisme

L’intégration de l’histoire juive dans le cursus éducatif marocain s’inscrit dans un vaste programme de refonte des manuels scolaires impulsé en 2014. Assez peu commentée au Maroc, la réforme a été saluée par deux associations juives basées aux États-Unis, la Fédération sépharade américaine et la Conférence des présidents (CoP).

« Permettre aux étudiants marocains de connaître la totalité de leur histoire de tolérance, y compris le philo-sémitisme marocain, est un vaccin contre l’extrémisme », soulignaient ces associations dans un communiqué diffusé sur Twitter à la mi-novembre. Peu après, le ministère marocain de l’Éducation signait avec deux associations juives marocaines une convention de partenariat « pour la promotion des valeurs de tolérance, de diversité et de coexistence dans les établissements scolaires et universitaires ».

Symboliquement, c’est à la Maison de la mémoire d’Essaouira, un musée dédié à la coexistence des juifs et des musulmans, que cet accord a été paraphé en présence du conseiller royal André Azoulay, homme de réseau de confession juive voué à la promotion de la tolérance religieuse.

Une normalisation des relations diplomatiques avec Israël

Inscrire l’identité juive dans le corpus scolaire « permettra de forger la perception et la construction de futurs citoyens conscients de leur héritage pluriel », estime Mohammed Hatimi, un professeur d’histoire spécialiste de la question. La réforme des manuels du primaire vise à « mettre en avant la diversité identitaire marocaine », souligne Fouad Chafiqi. La refonte des manuels du secondaire, prévue en 2021, intégrera aussi cette « dimension de diversité », selon lui.

Une rumeur sur l’intégration de l’histoire de la Shoah dans les programmes scolaires du Maroc avait couru en septembre 2018, après un message adressé par le roi Mohammed VI lors d’une table ronde de l’ONU. À l’époque, le chef de l’État et « commandeur des croyants », grand défenseur du « vivre-ensemble », avait souligné le rôle fondamental de l’éducation dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

C’est sous son impulsion, et après plusieurs mois de négociation initiée par l’administration de Donald Trump, que le Maroc est devenu cette semaine le quatrième pays du monde arabe à annoncer une normalisation de ses relations diplomatiques avec Israël, en contrepartie de la reconnaissance de la « souveraineté » de Rabat sur le territoire disputé du Sahara occidental.

 

AFP

Les représentants musulmans de France sont-ils séparatistes ?

Français ou musulman ?

Dans un précédent post, nous mentionnions l’idée qu’un islam de France n’existe pas, mais qu’il était préférable de parler de musulmans de France. La France, avec environ six millions de musulmans, est traversée par des modes de pratiques et de croyances subjectives très hétérogènes. Sur le plan social, une grande partie des musulmans souvent issus de la France « d’en bas », est confrontée aux échecs successifs de politiques de développement et du déficit de justice sociale qui règnent depuis plus de cinquante ans. Cette désintégration économique et sociale a fracturé le pacte républicain et a engendré une méta-identité : le musulman. Une grande partie des citoyens de confession musulmane se considère musulman avant d’être Français, là où les générations précédentes n’ont pas subi cette dualité identitaire, en raison notamment d’ une islamité qui était vécue davantage en tant qu’ objet que sujet.

Réveil religieux ou crise de valeurs ?

Depuis le début de ce siècle, les musulmans sont confrontés à des changements structurels fulgurants qui les plongent dans un lendemain d’incertitude. En effet, la vie des musulmans a si profondément changé, qu’il leur est difficile de se conformer à une loi qui correspond à une réalité sociale différente de la leur. L’islam, plus qu’une religion, est un mode de vie, qui valorise notamment les liens sociaux, la justice et la solidarité, là où l‘Occident, prône des valeurs tels que l’individualisme et le matérialisme, dans lesquelles le musulman se sent perdu face à la rationalité moderne. Comment trouver un équilibre de vie dans un monde libéral qui valorise le culte de la performance et du narcissisme ?  Comment trouver sa place dans un monde en crise où l’individu ne se projette pas ou plus ? Face aux doutes de l’existence, l’individu trouve dans l’islam un refuge dans des valeurs et des symboles issus d’une tradition ancienne.

Phénomène inédit, avec Internet, la diffusion de la religion n’est plus mono centrée. La famille et la mosquée, jadis, principales courroies de transmission de la foi, sont dépassées par Internet, devenu une véritable forme sociale et politique constituée de communautés. Internet a en effet démultiplié l’offre religieuse jusqu’ici inaccessible au plus grand nombre et a généré des formes nouvelles d’adhésion à la foi. Confronté à une crise de la démocratie, le citoyen dont le rôle est de veiller, d’être en état d’alerte et sur ses gardes[1], s’exprime sur Internet, vecteur d’une contre-démocratie, où l’anonymat favorise la liberté d’expression. L’islam n’échappe pas à ce phénomène.

Les leaders musulmans sont-ils séparatistes ?

Le désenchantement idéologique a entraîné une approche plus individualisée de la foi et des questions religieuses, en particulier envers ceux qui sont censés parler au nom des musulmans. Le problème de la confiance personnelle accordée à la représentativité musulmane s’est du même coup aiguisé, aggravé dans un contexte où l’islam sunnite n’a pas de clergé. L’affaire Tariq Ramadan fin 2017[2], est emblématique de l’atomisation d’une communauté musulmane plus que jamais méfiante à l’égard d’éventuels leaders ou de représentants musulmans. La centralité des scandales, et par conséquent, des politiques de dénonciation s’en est trouvée accrue[3]. La réputation des individus est devenue une variable clef de la production de la confiance. Il suffit à cet égard, de relever le phénomène de l’évaluation, critère de la confiance attribuée aux prédicateurs sur Internet, à travers les commentaires laissés sur les réseaux sociaux.

Dans un climat de crise et de défiance de l’autorité, il paraît d’autant plus difficile de structurer l’islam en France, lorsque les velléités d’un énième organe chargé de la surveillance du culte, émanent de personnalités désignées par l’État ou autoproclamés leaders dont les « effets d’autorité » pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu auprès des musulmans seront nuls. Il suffit de demander à un musulman s’il connait Ahmet Ogras (président du CFCM[4]), Tareq Oubrou (imam de Bordeaux) ou encore Ghaleb Bencheikh (président de la Fondation de l’islam de France), dans la majorité des cas, la réponse sera négative. A l’inverse, les imams 2.0 à l’instar de Rachid Eljay, Ayman TR et Abdelmonaim Boussena ou, pour les moins jeunes, Tariq Ramadan et Hassen Iquioussen, pour ne citer qu’eux, sont considérés pour les uns comme des guides, pour les autres comme des idoles. Rien d’étonnant à tout cela, Internet est devenu le support central de la circulation de l’information religieuse, de l’interaction et de l’opinion publique. Sur ce point, nous vous renvoyons à notre ouvrage Islam 2.0 où nous traitions notamment du succès des prédicateurs 2.0 grâce à la plateforme Youtube et des réseaux sociaux.

Jamais autant d’organes indépendants de représentation des musulmans de France ne se sont autant concurrencés sur le terrain du leadership, créant des sous-groupes ou pour reprendre une formule en vogue, des séparatismes. Ces nouveaux conquérants pour certains ou prédateurs pour d’autres, usent d’abord d’une stratégie pernicieuse de dénonciation des faiblesses des structures existantes, afin de se positionner en tant que nouvel acteur. Depuis le vide symbolique laissé par un Tariq Ramadan, très populaire auprès des musulmans, la bataille pour un nouveau leadership a auguré de nombreuses ambitions. Pour qu’une idéologie soit diffusée au plus grand nombre, il faut savoir user de l’outil puissant de communication que sont les réseaux sociaux, les prédicateurs 2.0 l’ont bien compris. Ces prédicateurs monopolisent l’hétéronomie et enseignent au musulman comment il doit se comporter, ce qu’il doit faire et ce qu’il lui est permis d’espérer.

Et le culte musulman dans tout ça ?

L’organisation du culte musulman sur le volet pratique tels que l’éducation religieuse, les mosquées, les carrés musulmans, l’aumônerie, le halal, le recrutement des imams… devrait revenir à des acteurs locaux, religieux ou pas, animés avant tout par une vision éthique et humaniste conformément aux valeurs islamiques, et non motivés par une démarche égotique et mercantile. Il n’appartient pas non plus à l’État conformément à la Loi de 1905, de s’immiscer dans les questions d’organisation du culte musulman, pour vider de sa substance la liberté religieuse. Le projet de loi prévu pour début 2021 visant à renforcer la laïcité, s’attaque de manière répressive et discriminante à l’orthodoxie musulmane qui serait jugée incompatible avec les valeurs de la République.

La couverture des besoins religieux des musulmans se ferait probablement mieux grâce à des compromis sur le plan local qui assurerait aussi bien l’enracinement des groupes, qu’une part de visibilité symbolique. Combien de fonds récoltés pour la construction de mosquée ou de dons de fidèles sont gérés en toute opacité ? Combien d’imams dévoient les fondements islamiques en encourageant les fidèles à enfermer davantage la femme à travers le couvrement des corps tout en favorisant son oppression ? Combien de familles éduquent leurs enfants à travers le schéma de structuration identitaire basé sur une dichotomie entre le halal (autorisé) et le haram (interdit) ?

Il faudrait urgemment créer des espaces intellectuels et scientifiques qui favoriseraient l’éducation religieuse des musulmans de France. La circulation de l’information religieuse n’a jamais été aussi massive avec Internet, pourtant l’aporie de l’ignorance religieuse persiste. Il y aura moins de problèmes lorsque ces initiatives seront encouragées comme les établissements catholiques « à caractère propre ». Le financement de l’ensemble de ces projets en coordination avec l’État, dans un cadre juridique conforme à la Loi de 1905, ne devra pas faire l’économie de la création de comités éthiques afin d’en assurer la bonne gestion tout en se débarrassant des dépendances extérieures.  L’enjeu majeur pour les musulmans de France est de désigner des acteurs qui serviront leurs intérêts et non d’utiliser les musulmans, comme c’est parfois le cas, afin de pérenniser des ambitions personnelles. Ce schéma est au coeur de la méfiance de la communauté musulmane à l’égard de tout organe de représentation de l’islam en France et in fine de sa politisation. Il est utile de rappeler que, dès son origine, l’islam a souffert de dissensions graves minées par sa dimension politique.

Le CFCM créé en mai 2003 par N. Sarkozy, organe central censé représenter l’islam en France, peine toujours à se faire entendre et voit depuis sa création toujours les mêmes responsables se succéder, avec son lot de promoteurs affiliés à des États étrangers (Algérie, Maroc, Turquie, Mali…). Il n’existe pas au sein de l’islam sunnite de clergé, ce qui crée un rapport horizontal entre les croyants et rend difficile l’acceptation, même symbolique, d’une quelconque représentativité religieuse. Dans ce cas, nous comprenons le tâtonnement et surtout l’incapacité des autorités politiques depuis plusieurs décennies, à trouver des représentants d’une communauté musulmane qui, en tant que telle, n’existe pas. Et, ce n’est pas l’État avec son projet de loi destinée à renforcer la laïcité qui inversera cette tendance. Mais, que ce dernier accusé d’être séparatiste se rassure, les représentants musulmans, en premier lieu, se chargent déjà de favoriser le séparatisme depuis trop longtemps.

 

Fatima Achouri

 

[1] La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance- Pierre Rosanvallon – Editions Points -2014.

[2] Personnalité musulmane très populaire auprès des musulmans de France, T. Ramadan fut accusé de viols par plusieurs femmes et placé en détention préventive fin 2017.

[3] La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance- Pierre Rosanvallon – Editions Points -2014.

[4] Conseil Français du Culte Musulman

Les menus sans porc à la cantine ne sont pas contraires à la laïcité, selon le Conseil d’Etat

C’est la troisième fois que la justice administrative retoque la délibération adoptée en 2015 par le maire de Chalon-sur-Saône en Saône-et-Loire.

 

Le Conseil d’Etat a jugé vendredi 11 décembre que proposer des menus de substitution au porc dans les cantines scolaires n’est pas obligatoire ni contraire au principe de laïcité, dans une décision concernant la commune de Chalon-sur-Saône.

C’est la troisième fois que la délibération adoptée en 2015 à l’initiative du maire de cette ville de Saône-et-Loire, Gilles Platret (LR), se fait retoquer par la justice administrative.

Bataille juridique

Le conseil municipal avait alors voté la suppression des menus de substitution au porc, servis depuis 1984. Cette mesure visait à « rétablir un fonctionnement neutre et laïque » des cantines municipales.

Elle avait déclenché une polémique et une bataille juridique, la Ligue de défense judiciaire des musulmans et des particuliers saisissant la justice.

Le tribunal administratif de Dijon en 2017, puis la cour administrative d’appel de Lyon en 2018, avaient invalidé la délibération, sans incidence sur le fonctionnement des cantines chalonnaises où ces menus n’ont pas été rétablis depuis 2015.

La commune avait alors saisi le Conseil d’Etat.

Prendre en compte « l’intérêt général »

Dans un communiqué de presse accompagnant sa décision, ce dernier rappelle ce vendredi 11 décembre que les collectivités n’ont pas l’obligation de fournir des menus de substitution au porc, le principe de laïcité interdisant « à quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s’affranchir des règles communes ».

Mais il ajoute que « ni les principes de laïcité et de neutralité du service public, ni le principe d’égalité des usagers devant le service public, ne font, par eux-mêmes, obstacle à ce que ces mêmes collectivités territoriales puissent proposer de tels repas ».

« Lorsqu’elles choisissent d’assurer le service public de la restauration scolaire », les collectivités « doivent prendre en compte l’intérêt général qui s’attache à ce que tous les enfants puissent accéder à ce service public », ajoute la juridiction.

La commune soutenait que proposer des repas de substitution au porc revenait, en pratique, à stigmatiser les enfants concernés − en les regroupant aux mêmes tables pour faciliter la distribution des repas − et à ficher les enfants inscrits à la cantine scolaire en fonction de leur appartenance religieuse.

Mais la preuve de l’existence de telles pratiques dans le passé n’a pas été apportée, selon le Conseil d’Etat.

 

L’Obs / AFP

Lutte contre l’islamisme radical : Washington dit s’inquiéter pour la «liberté religieuse» en France

L’émissaire des Etats-Unis pour la liberté religieuse s’est inquiété pour la «liberté religieuse» en France. Des déclarations faisant suite à des polémiques entre Emmanuel Macron et des médias anglo-saxons au sujet de la lutte contre l’islamisme.

Sam Brownback, émissaire des Etats-Unis pour la liberté religieuse, a émis des critiques, le 8 décembre, contre le cap pris par les autorités françaises afin de lutter contre l’islamisme radical, après les récents attentats en France (à Conflans-Sainte-Honorine et à Nice, les 16 et 29 octobre). Je suis inquiet, évidemment, pour ce qui se passe en France   Interrogé par des journalistes à propos de la politique menée par Emmanuel Macron contre l’islamisme radical, Sam Brownback s’est ainsi dit «inquiet». «Je suis inquiet, évidemment, pour ce qui se passe en France», a déclaré, le 8 décembre, l’émissaire des Etats-Unis pour la liberté religieuse, membre du parti républicain.   «Il peut y avoir un dialogue constructif qui peut, je pense, être utile [mais] quand on est trop répressif, la situation peut s’aggraver», a prévenu ce diplomate américain, au lendemain de la publication, le 7 décembre, de la nouvelle liste noire américaine sur la liberté de religion dans le monde, qui met à l’index cette année le Nigeria aux côtés de l’Arabie saoudite, de la Chine ou encore de l’Iran. Une occasion pour le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, de marteler sur Twitter le 7 décembre que «les Etats-Unis ont un engagement inébranlable en faveur de la liberté religieuse». «Aucun pays ou entité ne devrait être autorisé à persécuter impunément des personnes en raison de leurs croyances», assure-t-il.

«Notre point de vue, c’est que le rôle du gouvernement est de protéger la liberté religieuse. Vous ne pouvez pas pratiquer votre foi de façon violente […] mais si vous pratiquez votre foi pacifiquement, vous êtes dans votre bon droit», a ajouté Sam Brownback. Selon lui, «les pays s’en sortent mieux lorsqu’ils travaillent avec les chefs religieux pour identifier les inquiétudes et les problèmes, sans entrer en conflit avec des groupes religieux». «Ils ont leurs droits fondamentaux en matière de liberté religieuse et ceux-ci doivent être honorés et protégés par le gouvernement», a aussi estimé l’émissaire américain au sujet des musulmans en France.

L’exécutif français a décidé d’adopter de nouvelles mesures face à l’islamisme radical à la suite de l’assassinat, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) le 16 octobre, de Samuel Paty, un professeur qui avait montré en classe des caricatures de Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression, et d’un attentat, le 29 octobre, qui a fait trois morts dans la basilique de Nice, dans le sud-est de la France.

Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur a annoncé le 2 décembre une «action massive et inédite» contre 76 mosquées et a dissous des associations décrites comme des «officines islamistes» œuvrant «contre la République». Ce fut le cas, par exemple, de l’association Le collectif contre l’islamophobie en France et de l’organisation non gouvernementale Barakacity.  Le gouvernement français a en outre détaillé, ce 9 décembre, son projet de loi «renforçant les principes républicains», qui vise à lutter contre «les séparatismes» et l’islamisme radical. Le texte contient notamment des dispositions destinées à restreindre l’instruction à domicile, qui concerne désormais 62 000 enfants, soit deux fois plus qu’en 2016. La loi permettra aussi un contrôle accru du fonctionnement et du financement des associations, ainsi que des lieux de culte. Elle entend également mettre en œuvre un meilleur encadrement de la haine en ligne et créer un «délit de pression séparatiste» visant à protéger les fonctionnaires victimes de menaces ou violences.

Une partie de la presse anglo-saxonne dénonce une «islamophobie» des autorités françaises

Dans le monde musulman, comme au Pakistan et en Indonésie, cette réponse, ainsi que les déclarations du président français en faveur de la liberté de caricature, ont pu être perçues comme une attaque contre l’islam en général. Des appels au boycott de produits français ont été relayés, notamment par le président turc Recep Tayyip Erdogan, engagé dans un face à face tendu avec Emmanuel Macron.

La position des autorités françaises n’a pas seulement été critiquée dans le monde musulman, mais aussi chez une partie des médias anglo-saxons. «La France se bat contre le séparatisme islamiste, jamais contre l’islam», s’était justifié Emmanuel Macron, dans une «lettre à la rédaction» publiée, le 4 novembre, dans le quotidien britannique Financial Times. Le président français disait être «accusé», par le journal anglais, de «stigmatiser, à des fins électorales, les Français musulmans ; pire, d’entretenir un climat de peur et de suspicion à leur égard».  Le 12 novembre, il décroche même le téléphone pour se plaindre, auprès du célèbre organe de presse américain le New York Times, de certains médias anglophones qui, selon lui, «disent que le cœur du problème, c’est que la France est raciste et islamophobe ».

«Liberté religieuse» à l’américaine versus «laïcité» à la française ?

Pour Ben Smith, le journaliste du New York Times qui avait recueilli les doléances d’Emmanuel Macron, ce dernier reproche aux médias américains de chercher «à imposer leurs propres valeurs à une société différente», sans comprendre «la laïcité à la française».   Le président français est encore longuement revenu, lors d’un entretien, le 4 décembre, sur le média en ligne Brut, sur ces critiques, assurant que la France n’avait «pas de problèmes avec l’islam». «[La France] a même une relation de longue date [avec l’islam]. Simplement, nous avons construit notre République, notre projet collectif, dans la séparation entre le politique et le religieux, c’est ça que parfois beaucoup de régions du monde ont du mal à comprendre», a tenté d’expliquer le chef d’Etat français. «J’ai été frappé que la presse anglo-saxonne a même dit : « Ces Français sont étranges, ils ont insulté le prophète, ils n’aiment pas l’Islam, ils ont un problème avec cette religion »», a-t-il ajouté.   De la même manière, Emmanuel Macron a défendu une fois de plus la liberté d’expression et le droit de critiquer et de caricaturer les religions. Jusqu’ici, le gouvernement américain avait vivement dénoncé les attentats d’octobre en France et s’était tenu à l’écart de cette polémique. Les critiques de Sam Brownback reflètent toutefois, selon l’AFP, un positionnement très différent, à Washington, dans la relation de l’Etat à la religion. Les Etats-Unis disent défendre la «liberté de religion» avant tout, et voient avec suspicion toute restriction à sa pratique. Ce principe a été érigé en «première des libertés» par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, qui invoque régulièrement Dieu dans ses prises de position publiques.

RT France

Le Conseil d’Etat ordonne au gouvernement de revoir la jauge des 30 personnes pour les offices religieux

Le Conseil d’Etat a ordonné au gouvernement, dimanche 29 novembre, de revoir dans les trois jours son décret limitant à 30 personnes le nombre de fidèles autorisés à assister aux cérémonies religieuses.

« Il est enjoint au premier ministre de modifier, dans un délai de trois jours (…) les dispositions [du décret limitant le nombre de fidèles à 30] en prenant les mesures strictement proportionnées d’encadrement des rassemblements et réunions dans les établissements de culte », a ainsi décidé la plus haute juridiction administrative française.

Les commerces « non essentiels » ont rouvert leurs portes samedi, mais le gouvernement a en effet maintenu la jauge en limitant la participation aux cérémonies religieuses à 30 personnes, alors que les catholiques célébraient ce week-end le premier dimanche de l’Avent. Le Conseil d’Etat estime que la jauge de 30 personnes « va conduire, dans de nombreux lieux, à ce que les fidèles ne puissent y participer le jour de la semaine où se déroulent les principales d’entre elles, en dépit de l’augmentation du nombre de ces dernières ».

« Réunion constructive » à Matignon

Quelques heures après cette décision, le premier ministre, Jean Castex, et le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Eric de Moulins-Beaufort, se sont chacun félicités d’une « réunion constructive », dimanche soir à Matignon.

« Le premier ministre a tenu à rappeler que la situation sanitaire actuelle restait préoccupante et conduisait à ne pouvoir appliquer immédiatement les mêmes règles que celles mises en œuvre lors du déconfinement en mai dernier », a déclaré Matignon, en insistant sur la volonté de Jean Castex « de concilier, dans le respect strict de la décision du Conseil d’Etat, le principe constitutionnel de liberté de culte avec la protection sanitaire de nos concitoyens ».

D’autres consultations doivent avoir lieu entre les représentants des autres cultes et le ministère de l’intérieur, afin de mettre en place un nouveau protocole d’ici à mercredi, tel que réclamé par le Conseil d’Etat.

Discriminatoire selon les représentants de l’Eglise

La veille, devant le Conseil d’Etat, les avocats de la CEF avaient dénoncé ce protocole, estimant qu’il s’agissait d’une mesure « non nécessaire, disproportionnée et discriminatoire ». « La liberté du commerce et de l’industrie et la liberté de culte ne sont pas garanties de la même manière », avait ainsi déploré l’un deux, Me Guillaume Valdelièvre.

« L’interdiction des cérémonies religieuses de plus de 30 personnes dans les lieux de culte est manifestement disproportionnée en ce qu’elle ne prend pas en compte la taille des édifices religieux », avait plaidé samedi Me Antoine Delvolvé, un avocat du Conseil d’Etat pour le compte du diocèse de Paris.

« La Fnac des Ternes, à Paris, a mis un panneau : “Vous pouvez être 604 dans le magasin.” Or ce magasin est plus petit que Saint-Sulpice. Voilà une discrimination qui saute aux yeux », avait-il affirmé. « Si Saint-Sulpice avec ses 6 170 m2 ne peut accueillir que 30 personnes, cela fait 205 m2 par personne alors qu’on est à 8 m2 pour les commerçants », avait réagi pour sa part Franck Bouscau, représentant de l’association Civitas.

La Conférence des évêques de France a estimé dans un communiqué dimanche après la décision que « le droit avait ainsi été rétabli et la raison reconnue ». « Elle forme cependant le vœu que le recours judiciaire reste l’exception dans le dialogue avec les autorités de notre pays », ajoute-t-elle.

Pas de « stigmatisation »

Pascale Léglise, représentante du ministère de l’intérieur, avait tenté de désamorcer les critiques samedi. Selon elle, la France n’est « pas la seule » à avoir pris ce type de mesure. Elle nie donc toute « stigmatisation » des croyants de la part du gouvernement français.

Le Monde

Au moins 110 civils tués dans une attaque au Nigeria

L’attaque, qui s’est déroulée samedi alors qu’avaient lieu les premières élections locales depuis 2009, a également fait de nombreux autres blessés, selon un représentant local de l’ONU.

Au moins 110 civils ont été tués, samedi 28 novembre, par des djihadistes présumés de Boko Haram dans un champ du nord-est du Nigeria, selon un bilan communiqué dimanche par l’ONU, ce qui en fait une des attaques les plus meurtrières dans cette région, en proie à une sanglante insurrection djihadiste.

« Le 28 novembre, en début d’après-midi, des hommes armés sont arrivés à moto et ont mené une attaque brutale sur des hommes et des femmes qui travaillaient dans des champs à Koshobe, a déclaré le coordinateur humanitaire de l’ONU au Nigeria, Edward Kallon. Au moins 110 civils ont été cruellement tués, et de nombreux autres blessés dans cette attaque. » Originellement évalué samedi à 43 morts, le bilan avait déjà été relevé à 70 victimes par les autorités locales, dimanche dans la matinée.

Cette attaque s’est produite dans une rizière située à moins de 10 kilomètres de Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno, au moment où se déroulaient, samedi, les premières élections locales organisées depuis le début de l’insurrection de Boko Haram dans cette région en 2009. « C’est sans aucun doute l’œuvre de Boko Haram qui opère dans la région et attaque fréquemment les agriculteurs », a estimé Babakura Kolo, le responsable d’un groupe d’autodéfense pro-gouvernemental, qui a participé à l’évacuation des victimes. Le communiqué de l’ONU, lui, ne mentionne pas pour sa part le groupe djihadiste.

22 agriculteurs tués en octobre

Les corps des victimes ont été transférés dans le village de Zabarmari, à 2 kilomètres de la rizière. Ils doivent être enterrés dans la journée de dimanche, a déclaré à l’Agence France-Presse un habitant, Mala Bunu, qui a pris part aux opérations de secours.

En octobre, les combattants de Boko Haram avaient égorgé 22 agriculteurs qui travaillaient dans des champs situés non loin de Maiduguri dans deux attaques séparées.

Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a « condamné »samedi soir « le meurtre de ces agriculteurs dévoués à leur travail par des terroristes », dans un communiqué. « Le pays entier est blessé par ces assassinats insensés », a-t-il ajouté.

Les attaques attribuées à Boko Haram et à la faction dissidente rivale Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) ciblent de plus en plus fréquemment des bûcherons, éleveurs et pêcheurs. Ils les accusent d’espionner et de transmettre des informations aux militaires et milices qui combattent les violences djihadistes dans la région.

Plus de 36 000 personnes ont été tuées dans des violences depuis le début de l’insurrection de Boko Haram en 2009 dans le nord-est du Nigeria, où plus de 2 millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

Le Monde / AFP