Alors que le tribunal administratif de Paris avait prononcé la suspension du licenciement de Majdouline B. et enjoint la direction des Hôpitaux de Paris de la réintégrer à titre provisoire, Mediapart fait savoir ce samedi 31 janvier que la soignante a été suspendue huit mois.
La justice avait annulé son licenciement dû au port d’un couvre-chef, voilà qu’elle est à nouveau sanctionnée par sa hiérarchie. Majdouline B., l’infirmière de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris qui avait été renvoyée pour avoir refusé de retirer son calot chirurgical, a été suspendue huit mois pour les mêmes raisons, fait savoir Mediapart ce samedi 31 janvier.
La direction des hôpitaux parisiens reprochait à la soignante francilienne d’origine maghrébine de porter quotidiennement et en toutes circonstances un calot, équipement de protection en tissu, porté habituellement au bloc opératoire ou en réanimation. Habitude que Majdouline B. affirme avoir adoptée depuis son embauche, en 2018. Au cours de l’année 2025, elle avait fait l’objet de six convocations et d’un blâme, en invoquant des raisons de «laïcité» jusqu’à un conseil disciplinaire en octobre. Sa hiérarchie avait décidé de la renvoyer et de la radier de la fonction publique. Décision qu’avait donc contestée l’infirmière devant la justice administrative.
Après une audience le 23 décembre, le tribunal de Paris s’était prononcé sur la forme le 6 janvier dernier en suspendant son licenciement. Le juge des référés a considéré que l’infirmière avait «commis une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire», mais qu’il pouvait y avoir une «absence de proportion» entre la faute commise et la sanction.
Une décision sur le fond de l’affaire est encore attendue, mais la justice administrative a enjoint l’AP-HP de «réintégrer, à titre provisoire […] dans un délai d’un mois» Majdouline B. Ce que n’a pas fait la direction selon Mediapart, à qui l’AP-HP n’a pas encore répondu. «L’ordonnance du tribunal administratif n’a pas été respectée», pointe l’avocat Lionel Crusoé. Sa cliente va de nouveau contester cette décision devant la justice.
L’histoire dépasse le cas individuel. En témoigne le rassemblement qui s’était tenu en décembre devant les portes de l’institution judiciaire. En soutien à leur consœur et collègue, syndicalistes et soignants témoignaient d’une «dérive inquiétante», qualifiée de sexiste et raciste.
«La direction vise des femmes, sur des bases discriminatoires, en présumant qu’elles sont de confession musulmane, et en s’arrogeant le droit de régenter ce qu’elles ont sur la tête alors même qu’il n’y a aucune manifestation religieuse», a encore dénoncé le syndicat Sud Santé de la Pitié-Salpêtrière dans un communiqué diffusé le 30 janvier. La CGT de l’hôpital Tenon a quant à elle annoncé un rassemblement devant l’établissement le 13 février, contre «les dérives» de «la laïcité à l’hôpital».
Libération
