La majorité des lycéens actuellement dans la rue, est née en pleine mondialisation et hyperconnectée. Son univers est celui du virtuel et des réseaux sociaux dont le géant TikTok. Les images de la violence associée aux revendications lycéennes, dont certaines sont légitimes, révèlent en dépit des apparences, un mal-être endémique d’une partie de cette jeunesse. La faillite de la cellule familiale, de l’Éducation nationale, de la classe politique, et plus généralement celle de la figure d’autorité, sans oublier l’omniprésence des réseaux sociaux dans leur quotidien, sont responsables de la propagation de ce mal-être. Les jeunes se sentent dépouillés de leur innocence dans un monde qui leur paraît étranger et se réfugient dans le virtuel.
Cette situation explique notamment l’incapacité qu’ont certains jeunes à pouvoir communiquer normalement en dehors d’une forme d’agressivité et de défiance érigées en barrières émotionnelles. La dégradation des biens publics, les cassages, les violences verbales et physiques … en sont l’expression. Il ne s’agit nullement de légitimer la violence d’une partie de cette jeunesse en perte de repères, mais d’en expliquer certains ressorts. Dans une société d’aliénation totale, les gens réagissent soit par la violence soit par le désespoir. Cette violence est l’expression notamment d’une jeunesse déclassée issue des quartiers défavorisés, détruisant tout, même leur propre lycée. Ces jeunes occupent le non-lieu de la signification sociale, c’est la révolte de ceux qui sont invisibilisés dans l’espace social, à qui on ne donne jamais la parole. Ils sont désignés comme « résiduels » à l’horizon du social aux yeux d’une partie de la classe médiatico-politique et du pouvoir qui les traite avec mépris.
Les casseurs, minoritaires dans ce mouvement, sont des individus anomiques, ils n’ont aucun sens de la responsabilité ou de l’engagement social. La crise de valeurs, de sens, la haute valeur morale de la répression de la société ne fait plus la valeur de la responsabilité qui en est la condition. Sur TikTok les nombreuses images de destruction qui circulent, sont associées à la violence et révèlent l’omniscience du monde dans l’image. Les casseurs, dont certains sont musulmans, crient et jurent « Wallah » (Au nom de Dieu) et révèlent une absence de croyances religieuses par leurs agissements contraires à l’islam. Ces images nous rappellent les émeutes de juin 2023 en raison de la mort du jeune Nahel, elles avaient montré le visage d’une partie de la France en colère préoccupée à saccager, à dépouiller les biens du grand capital.
Ces violences lycéennes se détachent de tout projet, elles sont fidèles en cela au procès narcissique omniprésent sur les réseaux sociaux. Que l’on soit seul ou en groupe, on recourt à la violence pour (se) prouver et montrer que l’on existe dans un monde qui ne propose que de la violence. Sur TikTok, il y a un art de la violence comme de sa mise en scène. On joue le rôle du bon et du méchant sans toujours le savoir. L’épreuve de la violence participe du désir de reconnaissance, comme celle d’exhiber ses saccages en trophées au regard des autres. Constamment perchés sur les réseaux sociaux, la majorité de ces jeunes ne distinguent pas la réalité du virtuel et n’éprouvent aucun sens des responsabilités. Les phénomènes de groupe diluent la notion de responsabilité individuelle, ces jeunes ne s’estiment pas souillés par la faute au milieu des autres.Leur violence ne se contrôle jamais en totalité. Il y a un recyclage infini de la violence et de sa mise en scène. Le gouvernement actuel ne propose que la violence démesurée de sa police face à la révolte des jeunes, rien ne débouchera derrière. L’État fragmente toujours plus les espaces de liberté des citoyens et mise sur le diviser pour mieux régner, la lassitude des uns et la mort sociale des autres. Régner par le chaos afin de justifier cette politique autoritaire, telle semble en être l’issue.
