Le Bangladesh réexamine le statut de religion d’État de l’islam

La Constitution du pays, modifiée en 1988, affirme un principe de laïcité

 

La Cour suprême du Bangladesh réexamine depuis lundi 29 février la constitutionnalité du statut de « religion officielle du pays » accordé depuis 1988 à l’islam. Des représentants des « minorités » religieuses du pays – dont un évêque catholique – ont salué cette démarche, rapporte l’agence UCAnews.

Les trois juges de la Cour suprême examinent en réalité une pétition qui avait été déposée en… 1988 par 15 personnalités de la société bangladaise  : écrivains, ancien juge à la Cour suprême, éducateurs et activistes culturels, la plupart décédées aujourd’hui.

« Même si [l’examen de la pétition] a été reporté, le tribunal a décidé d’ouvrir l’audience car la pétition porte sur une question constitutionnelle », a justifié le procureur général Mahbubey Alam devant des journalistes à Dhaka le 29 février.

Le gouvernement militaire du Bangladesh avait décidé en 1988 de faire de l’islam la religion d’État du Bangladesh, qui compte 90 % de musulmans. Ils modifiaient ainsi la première Constitution, écrite en 1972 un an après la naissance de la nation par séparation du Pakistan, qui déclarait le pays laïque.

En 2011, le gouvernement dirigé par le Parti de la Ligue Awami, de centre-gauche, avait rétabli le principe de la laïcité après une décision de la Cour suprême en 2009, sans toutefois modifier la mention de l’islam comme religion d’État, de peur de perdre des voix, selon l’agence UCA news.

« Beaucoup d’espoir »

Les religions minoritaires ont approuvé la décision d’examiner la question de la « religion d’État ». Mgr Bejoy N. D’Cruze, évêque de Sylhet (nord-est), président de la Commission pour le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques du Bangladesh, a estimé que la décision du tribunal suscitait beaucoup d’espoir.

« Les récentes attaques des extrémistes sur les minorités religieuses sont une conséquence indirecte de l’inscription dans la Constitution d’une religion d’État », précise-t-il.

De même, Govinda Chadra Pramanik, secrétaire du Bangladesh National Hindu Grande Alliance, représentant de la minorité hindoue (8 % de la population), juge que « la religion d’État a établi la suprématie de l’islam sur les autres religions, offrant une arme pour les islamistes radicaux contre les communautés minoritaires ».

 

La Croix

F. Achouri

Sociologue.

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