L’expulsion d’un imam important secoue les musulmans de Belgique

Drapeau, Le Drapeau De La BelgiqueL’imam Mohamed Toujgani est de nationalité marocaine mais il réside en Belgique depuis 40 ans et prêchait jusqu’à l’an dernier à la mosquée Al-Khalil à Molenbeek, l’un des plus grands lieux de culte musulman du pays. En octobre 2021, il s’est vu retirer son permis de séjour par le gouvernement belge qui considère qu’il est aujourd’hui « une menace pour la sécurité nationale ». Cette interdiction de séjour, qui porte sur une durée de dix ans, a été révélée jeudi 13 janvier par la presse belge et confirmée par le gouvernement.

Sammy Mahdi, secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, a justifié, jeudi 13 janvier, cette décision devant la presse. « Quand on reçoit des informations des services de sécurité qui nous informent que quelqu’un pose un réel danger pour la sécurité de notre pays, je pense que c’est à moi d’agir et de faire en sorte que certaines figures, comme ce monsieur-ci, ne puissent pas résider sur le territoire belge. Parce que je ne pense pas que ce soit dans notre intérêt », a t-il expliqué.

D’après la chaine publique flamande VRT, l’imam ne serait plus en Belgique actuellement, mais il a saisi un avocat pour contester la décision. Sa famille, sa femme et ses enfants résident toujours en Belgique.

Mohamed Toujgani s’est vu reprocher des propos tenus en 2009 et qui ont refait surface dix ans plus tard. Il avait alors appelé Dieu à « déverser la frayeur dans le coeur les sionistes oppresseurs » et à faire que le sang des martyrs « soit un feu ardent qui les brûle ». Des propos que Sammy Mahdi traduit en un appel à brûler les juifs.

Tout en réfutant avoir visé les juifs, l’imam avait présenté des excuses en 2019 en expliquant avoir réagi à l’offensive israélienne sur Gaza en 2008-2009.

L’EMB réagit, la mosquée de l’imam aussi

L’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) souligne, de son côté, qu’il n’a « pas de lien d’autorité avec les imams non rattachés aux mosquées subventionnées » et que « le retrait d’un titre de séjour de qui que ce soit est une affaire strictement privée sur laquelle notre institution n’a aucun commentaire à apporter ».

L’EMB rappelle également qu’il avait fermement condamné les propos de Mohamed Toujgani en janvier 2019, propos dont « la virulence ne s’atténue pas alors même que le discours de l’imam a été prononcé il y a une dizaine d’années ».

Dans le même temps, à l’époque, il ajoutait que les voyages et les participations de l’imam dans un cadre interconvictionnel semblent témoigner de la bonne foi de ses excuses et de son implication depuis des années « dans le sens d’un discours ouvert sur l’altérité et le vivre-ensemble ».

De son côté, le Conseil d’administration de la Ligue d’entraide islamique (LEI), qui gère la mosquée Al Khalil, a appelé Sammy Mahdi, à revenir sur sa décision. Il rappelle que l’imam réside en Belgique depuis 40 ans, dans le respect des lois et des règles du pays d’accueil. « Il n’a jamais été condamné pour quelque délit que ce soit et a toujours officié dans le strict respect de ses prérogatives ainsi qu’en tant que président de la Ligue des imams de Belgique », fait-on savoir.

Une pétition pour « exiger des réponses »

La révélation de cette décision a créé l’émoi parmi les musulmans de Belgique. Une pétition, justifiée par ses initiateurs « par le fait qu’à travers cette décision d’expulsion, c’est l’ensemble des fidèles musulmans qui sont placés dans une posture de « potentielle menace à la sécurité nationale » », a déjà récolté plus de 4 000 signatures.

« Si des propos haineux ont été tenus par lui, pourquoi n’a-t-il pas fait l’objet de poursuites judiciaires pour incitation à la haine, comme le prévoit le droit belge pour tous les citoyen.ne.s ? Si ces propos datent d’il y’a 10 ans, pourquoi est-ce aujourd’hui seulement qu’il devient un danger ? Autant de questions qui appelent les autorités à des réponses claires.

Saphirnews

Fatima Achouri

Sociologue spécialiste de l’islam contemporain.

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