Mojtaba Khamenei, 56 ans, vient d’être désigné pour prendre la tête de l’Iran en succédant aux fonctions de guide suprême à son père, tué par les frappes américano-israéliennes, dimanche 8 mars. Il est l’une des personnalités les plus influentes de la République islamique.
En raison de sa discrétion, sa véritable influence a donné lieu à d’intenses spéculations durant des années au sein de la population iranienne comme dans les sphères diplomatiques. Portant une barbe poivre et sel et le turban noir des « seyyed », les descendants du prophète Mohammed, il a été présenté par certains comme le véritable patron, agissant dans les coulisses du bureau de son père, au cœur du pouvoir en Iran.
Mojtaba Khamenei est né le 8 septembre 1969, dans la ville sainte de Machhad, à l’est de l’Iran. Il est l’un des six enfants de l’ex-guide suprême, tué le samedi 28 février par une frappe aérienne d’Israël et des États-Unis à l’âge de 86 ans et après plus de trois décennies à la tête de l’État. Mojtaba Khamenei était le seul à avoir une position publique à défaut de fonction officielle.
Le nom de ce religieux de 56 ans circulait de longue date pour prendre le relais d’Ali Khamenei. L’ancien guide suprême avait lui-même démenti un tel scénario, en 2024, alors que la Révolution islamique a mis fin à des siècles de monarchie héréditaire en 1979.
Donald Trump voulait être « impliqué »
Il est considéré comme proche des conservateurs, en raison notamment de ses liens avec les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique. Cette relation date de son engagement dans une unité combattante à la fin de la longue guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988).
Avec sa nomination, les ultraconservateurs iraniens défient les États-Unis et Israël, signalant qu’ils ne sont pas disposés à une issue rapide de la guerre au Moyen-Orient. Le président américain, Donald Trump, qui avait revendiqué jeudi d’être « impliqué » dans le choix du nouveau guide suprême, avait fait savoir qu’il n’accepterait pas que son fils prenne la relève. Il avait prévenu plus tôt dimanche que le nouveau guide suprême iranien « ne tiendra pas longtemps » sans son aval, et ce avant même que le nom du successeur d’Ali Khamenei ne soit dévoilé.
Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ari Larijani, a estimé lundi que la nomination de Mojtaba Khamenei pour succéder à son père comme guide suprême avait provoqué le « désespoir » des États-Unis et d’Israël. Sa désignation par l’Assemblée des experts « a réduit au désespoir les ennemis hostiles et bellicistes« , a déclaré Ari Larijani dans un message publié sur X.
Jamais élu
Le Trésor américain avait indiqué en 2019, en lui imposant des sanctions, que Mojtaba Khamenei « représentait le Guide suprême à titre officiel, bien qu’il n’ait jamais été élu ni nommé à un poste gouvernemental, en dehors de ses fonctions au sein du bureau de son père ». Selon le Trésor, Ali Khamenei avait « délégué une partie de ses responsabilités » à son fils.
Des opposants ont notamment mis en cause le rôle de Mojtaba Khamenei dans la violente répression du mouvement de contestation qui avait suivi la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009. Selon une enquête de Bloomberg, Mojtaba Khamenei s’est fortement enrichi en tissant un vaste réseau de sociétés écrans à l’étranger.
Il entretient également des liens étroits avec Ahmad Vahidi et avec l’ancien chef du renseignement Hossein Taeb, qu’il a connu pendant la guerre Iran-Irak. « Conspirationniste, ce dernier pourrait faire son retour« , estime Clément Therme. La nomination du fils du guide défunt montre en outre que « ce sont les plus durs du système iranien qui sont en place aujourd’hui, puisqu’ils survivent par la violence et la peur à l’intérieur et désormais ils tentent de survivre vis-à-vis de l’extérieur également par la violence« , ajoute-t-il.
Sans « légitimité religieuse incontestable »
Sur le plan religieux, il a étudié la théologie dans la ville sainte de Qom, au sud de Téhéran, où il a également enseigné. Il a atteint le rang d’hodjatoleslam, un titre donné aux clercs de rang intermédiaire, inférieur à celui d’ayatollah qu’avaient son père et Rouhollah Khomeini.
Mojtaba Khamenei est « un mollah ordinaire » qui « n’a pas une légitimité religieuse incontestable« , note de son côté Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran au CNRS, à Paris. Dans les luttes intestines dans les plus hautes sphères du pouvoir à Téhéran, les Gardiens de la Révolution, qui ont orchestré la répression en début d’année, « ont marqué un point », estime-t-il: « C’est un homme entre les mains des plus radicaux qui, eux, mènent la guerre« .
Son épouse, Zahra Haddad-Adel, fille d’un ancien président du Parlement, a également été tuée dans les frappes américano-israéliennes ayant provoqué la mort d’Ali Khamenei et de sa femme, selon les autorités iraniennes. Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a averti mercredi que tout successeur à Ali Khamenei deviendrait « une cible ».
TV5 Monde
