Israël a empêché dimanche les plus hautes autorités catholiques de Terre sainte d’accéder à l’église du Saint-Sépulcre pour célébrer la messe des Rameaux, s’attirant les foudres de plusieurs pays. Après avoir défendu la décision, Benyamin Nétanyahou a fait marche arrière et promis lundi un “accès immédiat” à la basilique.
“Israël a interdit dimanche à la plus haute autorité catholique de Terre sainte d’entrer dans l’un des sites les plus importants du christianisme, le Saint-Sépulcre, à Jérusalem, où la tradition situe la mort et la résurrection de Jésus”, résume El País.
En ce dimanche des Rameaux, alors que la communauté catholique “devait célébrer la première montée du Christ à Jérusalem et le début de la semaine sainte”, la police israélienne a effectivement “empêché le patriarche Pierbattista Pizzaballa, archevêque des catholiques latins de Terre sainte, et le père Francesco Ielpo, chef des Franciscains dans la région” d’entrer dans la basilique pour y prier, raconte Le Temps.
“Cet incident constitue un grave précédent et fait fi de la sensibilité de milliards de personnes à travers le monde qui, en cette semaine, tournent leurs regards vers Jérusalem”, s’est indigné le patriarcat latin dans un communiqué, cité par la BBC.
Selon le diffuseur britannique, les autorités catholiques de Terre sainte ont affirmé avoir respecté toutes les “restrictions imposées” et agi de manière responsable depuis le début de la guerre contre l’Iran, ajoutant que la décision de dimanche constituait “une mesure manifestement déraisonnable et grossièrement disproportionnée”.
“Aucune intention malveillante”
La police israélienne s’est justifiée en expliquant que la vieille ville et les lieux saints de Jérusalem constituaient une “zone complexe” et d’accès difficile pour les secours, “mettant considérablement à l’épreuve les capacités d’intervention et faisant peser un risque réel sur les vies humaines”.
Les services du Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, ont eux aussi évoqué des questions de sécurité, assurant qu’il n’y avait “absolument aucune intention malveillante, seulement la préoccupation de garantir la sécurité” des autorités catholiques.
“Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février, les autorités israéliennes ont, pour des raisons de sécurité, interdit l’accès à la vieille ville à toute personne autre que les résidents ou les commerçants”,rappelle The Times of Israel.
“Ces restrictions s’étendent à tous les lieux saints – y compris le mur des Lamentations, la mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre –, qui sont fermés depuis le 6 mars, ajoute le titre. Les rassemblements à Jérusalem, ainsi que dans de nombreux autres lieux à travers le pays, demeurent limités à 50 personnes.”
“Regrettable excès de zèle”
La décision israélienne de contraindre les éminences catholiques à rebrousser chemin n’en a pas moins provoqué un “tollé international”, remarque Bloomberg.
En Italie, la Première ministre, Giorgia Meloni, a estimé que la posture israélienne constituait “une offense non seulement aux croyants, mais aussi à toute communauté qui reconnaît la liberté religieuse”, tandis que le président français, Emmanuel Macron, dénonçait “la multiplication préoccupante des violations du statut des lieux saints de Jérusalem”.
Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol, a déploré de son côté “une attaque injustifiée contre la liberté religieuse”, à l’unisson de la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, qui a fustigé “une violation de la liberté religieuse” et appelé à la protection du “caractère multireligieux de Jérusalem”.
Même Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël et “fervent soutien” de l’État hébreu, a fait part de son indignation, qualifiant les faits de “regrettable excès de zèle”, souligne The Hill. “Qu’il soit interdit au patriarche de pénétrer dans l’église le dimanche des Rameaux pour une cérémonie privée est difficile à comprendre ou à justifier”, a-t-il ajouté.
“Atteinte à la liberté de culte”
Face à cet “afflux” de critiques “de la part d’alliés proches”, les dirigeants israéliens ont fini par passer en mode “gestion de crise”, note le Times of Israel.
Dans la nuit de dimanche à lundi, M. Nétanyahou a assuré avoir demandé aux“autorités compétentes” d’accorder au cardinal Pizzaballa “un accès total et immédiat” à l’église du Saint-Sépulcre pour “y célébrer les offices comme il le souhaite”, rapporte CNN.
Mais pour La Stampa, le mal est fait : les événements de dimanche n’étaient “ni un simple accident ni un acte motivé par des préoccupations sécuritaires, malgré une situation extrêmement dramatique et complexe”. C’était une évidente “atteinte à la liberté de culte”, qui marque “le point le plus bas dans les relations entre Israël et le catholicisme”.
“Il est clair que derrière tout cela se cache la tension croissante entre le gouvernement israélien et le Saint-Siège au sujet de Gaza et de la nouvelle guerre au Moyen-Orient, qui a commencé par l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et s’est poursuivie au Liban”, renchérit le Corriere della Sera.
Et le quotidien milanais de rappeler qu’“il y a vingt jours le père El-Rahi, curé maronite de la paroisse Saint-Georges de Qlayaa, village chrétien du sud du Liban, a été tué alors qu’il portait secours à deux habitants blessés chez eux par un char israélien”.
Courrier international
