A propos Fatima Achouri

Fatima Achouri est consultante diplômée de l'Institut de Gestion Sociale en ressources humaines et titulaire d'un Master 2 en civilisation arabe et musulmane. Elle a évolué pendant plus de douze ans au sein de grands groupes nationaux et internationaux dans des fonctions de management, relation client,GRH et en tant que consultante dans la gestion du multiculturel et du religieux. Spécialiste en ressources humaines et en islam, Fatima Achouri offre une expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public(Loi de 1905) et du privé(Loi de 1958).

L’émoji d’une femme en hijab dévoilé par Apple, plus inclusif

 

Un émoji représentant une femme voilée sera prochainement disponible dans les smartphones. Il figure parmi les 55 nouveaux émojis dévoilés cette semaine par Apple à l’occasion de la Journée mondiale de l’émoji.

C’est Rayouf Alhumedhi, une Saoudienne de 16 ans vivant à Vienne (Autriche), qui en a fait la proposition en 2016. Voulant un émoji « qui pourrait la représenter », l’adolescente a soumis l’idée au Consortium Unicode, une organisation privée sans but lucratif en charge des émojis et émoticônes.

Elle a découvert que sa proposition a été validée lundi 17 juillet à travers l’annonce de Tim Cook, le directeur général d’Apple. Une annonce qui l’a ravie. N’en déplaise aux islamophobes qui ont vertement critiqué le choix inclusif d’Apple.

 

Saphirnews

Israël : l’autre mur de la discorde

En cédant aux pressions de ses alliés orthodoxes opposés à la création d’une zone mixte de prière au Kotel, Netanyahou s’est attiré les foudres du courant libéral, majoritaire dans le monde juif.

Le Premier ministre israélien a deux manières d’analyser la fracture qu’il vient de provoquer avec la diaspora juive pour préserver ses intérêts politiques. La première apporte sans doute la preuve du lien inaltérable entre le judaïsme et le Mur des lamentations. Or c’est précisément l’attache à ce lieu saint que l’Unesco avait contestée en octobre dernier, dans une résolution qualifiée alors d’« absurde » par Israël. La seconde approche, moins glorieuse, renvoie l’image d’un souverain déchu, notamment auprès d’une grande partie des Juifs américains, qui l’avaient toujours adulé. « Ils comprennent enfin que Netanyahou n’est pas le roi du peuple juif et que s’opposer à lui ne veut pas dire s’opposer à l’État d’Israël », écrit le quotidien Haaretz.

La déception est à la hauteur de la « trahison » ressentie par les tenants, nombreux aux États-Unis, d’un judaïsme libéral, communément appelé réformiste du fait qu’hommes et femmes peuvent le pratiquer d’égal à d’égal. En cause, la volte-face de Netanyahou concernant l’aménagement d’une zone de prière mixte au Mur des lamentations, pourtant approuvé en janvier 2016 par son gouvernement après des décennies de querelle.

Les ultraorthodoxes, un vivier électoral

Ultime vestige du deuxième temple détruit par les Romains au début de l’ère chrétienne, le Kotel est placé sous l’autorité de rabbins ultraorthodoxes qui organisent les prières tout en imposant des règles strictes, en particulier aux femmes, sommées de prier à l’écart, à voix basse, en se couvrant tête et épaules afin de ne pas distraire les hommes.

Pour conforter leur mainmise sur les affaires religieuses, les « hommes en noir » ont bâti des partis politiques influents, forts d’une communauté représentant près de 20% de la population. Ce vivier électoral a largement favorisé leur présence dans les coalitions au pouvoir, de gauche comme de droite, et sert aussi de monnaie d’échange à nombre de leurs revendications.

Ce sont d’ailleurs les chefs des formations Shass et Judaïsme unifié de la Torah qui ont indiqué, le 25 juin, que Netanyahou avait consenti à « geler » ce projet. Ce geste, selon eux, reflète « la volonté de la majeure partie de la nation qui veut sauvegarder le caractère sacré du mur et son statut ». L’accord en question avait été obtenu par l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le puissant lobby pro-israélien à Washington, au terme de discussions entamées dès le début des années 1990.

En le remettant soudainement en question, Netanyahou prend le risque de se couper de son principal soutien politique. Ainsi que d’une manne financière colossale, puisque les communautés juives américaines financent de nombreuses institutions caritatives de l’État hébreu.

Netanyahou face à un dilemme

« Trop c’est trop, il est temps que le gouvernement israélien comprenne qu’il doit s’adresser au peuple juif dans toute sa diversité », s’est indigné Isaac Fischer, l’une des figures de l’Aipac, qui réclame à présent que lui soit rendu le million de dollars tout juste injecté dans des fonds d’investissement israéliens.

La grogne a également gagné l’Agence juive, qui joue un rôle essentiel auprès de la diaspora et dont les activités sont financées par des philanthropes. « Un retrait de cet accord rendrait notre travail pour rapprocher Israël et le monde juif de plus en plus difficile, prévient Natan Sharansky, président de l’organisation paragouvernementale. Nous ne sommes pas prêts à l’accepter et restons fidèles au principe d’un mur pour un peuple. » Joignant l’acte à la parole, l’Agence juive a annulé un dîner de gala annuel réunissant ses donateurs autour de Netanyahou.

Le Premier ministre israélien se défend d’avoir empêché une avancée historique sur la voie du pluralisme religieux. Mais, en coulisses, il aurait confié à plusieurs responsables de la communauté juive américaine qu’il se trouvait face à un dilemme : céder aux « ultras » ou prendre le risque de perdre sa majorité.

« Netanyahou se retrouve pris au piège de sa propre stratégie, analyse le politologue israélien Emmanuel Navon. Sa coalition ne tiendra pas. Si une autre voit le jour et qu’elle peut se passer des ultraorthodoxes, il y aura obligatoirement une renégociation de l’accord abandonné. Dans le cas contraire, la crise pourrait se durcir. »

 

Jeune Afrique

La CEDH valide l’interdiction du port du voile intégral en Belgique

« L’interdiction de porter une tenue dissimulant le visage dans l’espace public belge n’a pas violé les droits garantis par la Convention, » a jugé la CEDH ce mardi, après avoir été saisie par deux Belges et une Marocaine installée en Belgique. Selon la Cour, cette interdiction peut « passer pour nécessaire dans une société démocratique » notamment afin de garantir le « vivre-ensemble ».

La mesure concerne le port du niqab et de la burqa, deux voiles islamiques qui couvrent le visage à l’exception des yeux et ne permettent pas l’identification.

« Un choix de société »

Pour rendre cet avis, la Cour a repris un précédent arrêt de 2014, rendu après la plainte d’une Française contre la législation en vigueur depuis 2011 en France, qui fait jurisprudence.

Les plaignantes, qui assurent porter de niqab de leur propre initiative, dénonçaient une discrimination, une violation de leur droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion et une atteinte à leur vie privée et familiale. L’une d’elle souligne notamment que la crainte d’être verbalisée l’a contrainte à rester à la maison, réduisant ainsi sa vie privée et sociale.

Des arguments qu’a rejeté la Cour, considérant que, comme en France, la loi belge vise à assurer « la sécurité publique, l’égalité entre l’homme et la femme et une certaine conception du vivre-ensemble dans la société ». Pour les juges, l’acception ou non du port du voile intégral dans l’espace public « constitue un choix de société ».

L’Express.fr

Palestine : l’Unesco place Hébron au patrimoine mondial en péril

Le Comité du Patrimoine mondial de l’Unesco a décrété la vieille ville d’Hébron, située en Cisjordanie occupée, comme « zone protégée », en qualité de site « d’une valeur universelle exceptionnelle » vendredi 7 juillet.

Hébron (Al-Khalil en arabe) abrite le tombeau des Patriarches où reposent les dépouilles du Prophète Abraham, son fils Isaac, son petit-fils Jacob et leurs épouses Sarah, Rebecca et Léa. De part et d’autre, se trouve une mosquée et une synagogue. Un ensemble de 21 pays membres de ce comité* de l’organisation des Nations unies pour la culture se sont réunis à Cracovie, en Pologne, et ont voté l’inscription. Douze Etats ont voté pour, trois ont voté contre et six se sont abstenus, le tout à bulletin secret.

Environ 200 000 Palestiniens vivent aujourd’hui à Hébron contre quelques centaines de colons israéliens, retranchés dans une enclave protégée par l’armée près du lieu saint. Les Palestiniens ont signalé la mise en péril du site du fait de la montée « alarmante » du vandalisme contre des propriétés palestiniennes de la vieille ville. Selon eux, les colons israéliens sont à l’origine de ces dégradations.

Ce scrutin est « un succès dans la bataille diplomatique menée par les Palestiniens sur tous les fronts face aux pressions israéliennes et américaines », a exprimé dans un communiqué, Rami Hamdallah, le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne. En revanche, les autorités israéliennes n’ont pas du tout apprécié. « La décision de l’Unesco sur Hébron et le tombeau des Patriarches est une souillure morale. Cette organisation sans importance promeut l’histoire fausse. Honte à l’Unesco », a tweeté Emmanuel Nahshon, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères.

*Ces pays sont l’Angola, l’Azerbaïdjan, le Burkina Faso, la Croatie, Cuba, la Finlande, l’Indonésie, la Jamaïque, le Kazakhstan, le Koweït, le Liban, le Pérou, les Philippines, la Pologne, le Portugal, la Corée du Sud, la Tunisie, la Turquie, la Tanzanie, le Vietnam et le Zimbabwe.

 

Saphirnews

Cantines scolaires et Ramadan, le paiement des repas en question

Le conseil général de l’Essonne harmonise les pratiques dans les 100 collèges du département. Les familles musulmanes ne pourront plus être exonérées du paiement des repas durant le mois de Ramadan.

La question de la prise en compte de la diversité religieuse des élèves par les services de restauration scolaire continue régulièrement de revenir dans l’actualité. Ainsi, le maire de Chevigny-Saint-Sauveur, près de Dijon, vient-il de décider de supprimer à partir de la rentrée les plats de substitution au porc comme cela se fait dans la plupart des autres communes.

Une autre problématique s’invite désormais sur le sujet, celle du fonctionnement des cantines durant le mois de Ramadan. Au mois de mai dernier, le conseil général de l’Essonne a décidé d’harmoniser les pratiques des 100 collèges dont il a la charge en fixant une règle générale qui s’appliquera à la prochaine année scolaire.

Tous les parents d’élèves inscrits à la cantine devront payer le service de cantine, y compris lorsque les collégiens observent le jeûne du mois de Ramadan. Jusqu’à présent, chaque établissement avait son propre usage. « Il y avait là une situation d’inégalité de traitement, observe François Durovray, président LR du conseil général. Un groupe de travail a été mis en place pour trouver une même solution. »

Frais fixes

Le président « assume » cet arbitrage mais, au lieu de mettre en avant le principe de laïcité, il invoque les règles de gestion d’un service public. Les familles, argumente le responsable, paient 20 à 30 % du prix de la cantine (soit environ entre 70 centimes et 3 € selon le revenu parental), le reste étant donc à la charge du contribuable.

Or, dans un budget de service de restauration, la part des denrées alimentaires est marginale. L’essentiel est absorbé par la masse salariale du personnel. Des frais fixes qui demeurent, quel que soit le nombre d’élèves présents. « Il est juste que ce soit non pas le contribuable mais l’usager qui assume les conséquences d’un choix de convenance », explique François Durovray.

Détournement de laïcité

Au conseil général, l’opposition ne partage pas cette opinion. Le 23 juin, le Rassemblement de la gauche et des écologistes a publié un communiqué affirmant que « la droite départementale détourne la laïcité ».

Avec cette mesure, elle « s’attaque donc directement à une catégorie de la population ! Notamment celle qui vient d’achever un mois de Ramadan et qui va payer un mois de repas non consommés », dénonce la gauche. Ce nouveau règlement « va supprimer des aménagements favorables aux familles souvent établis en concertation avec les associations de parents d’élève ».

Une accusation que réfute totalement le président du Conseil départemental de l’Essonne. « On respecte toutes les religions mais il n’est pas question d’adapter à elles un service public qui s’adresse à tous », estime François Durovray.

 

La Croix

L’Arabie saoudite, « première source de financement » de l’islam extrémiste britannique

Outre-Manche, sa publication embarrasse la première ministre Teresa May, alors que le pays a été frappé, depuis le mois de mars, par trois attentats djihadistes. Mercredi 5 juillet, un think tank britannique conservateur, le Henry Jackson Society, a affirmé dans son étude « Les financements étrangers de l’extrémisme religieux au Royaume-Uni » que les dons saoudiens étaient la principale source de financement de l’islam radical en Grande-Bretagne.

« Si certaines organisations du Golfe ou d’Iran se sont rendues coupables de promouvoir le fondamentalisme, celles d’Arabie saoudite sont assurément en tête de liste », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Tom Wilson, l’un des membres de l’institut de recherche et auteur de l’étude.

Outre la formation d’imams anglais en Arabie saoudite, ce soutien aurait pris la forme de « dotations accordées aux mosquées et aux institutions éducatives islamiques » qui ont « accueilli des prêcheurs radicaux » et diffusé « une littérature extrémiste », affirme le rapport.

 

Des flux financiers opaques

En dénonçant « un manque d’informations disponibles » sur le sujet, entretenu par « le ministère de l’intérieur britannique », le document rappelle que l’engagement, pris en 2015 par le gouvernement conservateur, d’analyser le financement étranger des supports de propagation du fondamentalisme n’a encore donné lieu, jusqu’ici, à aucune publication. Il exhorte, en outre, les autorités à exiger plus de transparence dans les flux reçus de l’étranger, et notamment de l’Arabie saoudite, premier partenaire commercial du Royaume-Uni au Moyen-Orient.

Aussitôt après sa publication, l’ambassade saoudienne à Londres a « catégoriquement » démenti les affirmations du rapport de la Henry Jackson Society. « Nous ne tolérons, ni ne tolérerons les actions et l’idéologie du radicalisme violent, et nous ne nous arrêterons que lorsque ces organisations seront détruites », a-t-elle réaffirmé.

Exporter « l’idéologie wahhabite »

Pourtant, il est bien connu que cette stratégie saoudienne de dons, à l’étranger, pour la construction d’édifices religieux a largement permis, ces cinq dernières décennies, à cette pétromonarchie de diffuser tout autour du monde son « wahhabisme », doctrine sectaire qui alimente et inspire l’extrémisme sunnite. Et l’Europe est loin d’être épargnée.

Depuis les années 1960, le royaume « a dépensé des millions de dollars pour exporter l’idéologie wahhabite, notamment dans les communautés musulmanes des pays occidentaux », avance l’étude.

Une affirmation avancée, en avril, à La Croix, par Fatiha Dazi-Héni, politologue spécialiste de la péninsule arabique, chercheuse à l’institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem) et auteur de l’ouvrage l’Arabie saoudite en 100 questions (1) : « Le royaume est une terre de prédication, qui ne renoncera jamais à son credo de financer et de soutenir une action islamique partout où la communauté islamique est présente ».

Des soupçons de « connivence »

Espagne, Italie, Suisse, Allemagne… Comment le royaume saoudien a-t-il pu implanter aussi librement ses structures, dans des pays occidentaux qui auraient pu paraître alors imperméables à la diffusion de l’idéologie wahhabite ? Nombreux sont ceux qui évoquent une connivence, sur fonds de transactions commerciales, des gouvernements européens avec la pétromonarchie.

En Belgique, le roi Baudouin a par exemple laissé dès 1969 le royaume installer, « à grands frais, le Centre islamique et culturel de Belgique (CICB), devenu aussi le siège européen de la Ligue islamique mondiale, une ONG panislamique et prosélyte », rappelait en 2013 un article paru dans Le Vif, L’Express.

En France, l’Arabie saoudite a installé à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le bureau de sa Ligue islamique mondiale, dans des locaux attenants à la mosquée Ibn Abdelaziz. Elle a aussi très largement contribué à la construction de mosquées, comme par exemple celle d’Évry (Essonne) ou la grande mosquée de Lyon (Rhône).

 

La Croix

France : Ahmet Ogras, premier Turc à la tête du conseil français du culte musulman

 

Le 1er juillet, le Turc Ahmet Ogras succédera au Marocain Anouar Kbibech à la tête du Conseil français du culte musulman.

 

«Un Turc entrepreneur et entreprenant. » C’est en ces termes que Bernard Godard, qui participa à la mise en place du Conseil français du culte musulman (CFCM), décrit celui qui, le 1er juillet, succédera au Marocain Anouar Kbibech à la tête de cette institution chargée, depuis sa création par Nicolas Sarkozy en 2003, d’incarner en France la dimension cultuelle de l’islam.

De fait, Ahmet Ogras est avenant. Né à Konya, « la ville des derviches tourneurs », élevé à Vendôme (Val-de-Loire) puis diplômé en génie électrique d’Enseeiht Telecom (Toulouse), ce binational de 46 ans a de l’entregent, à l’instar de ces Anatoliens devenus des « tigres » du business à la faveur de l’accession au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan. À l’image de cette classe industrieuse et pieuse qui n’a cessé de tisser ses réseaux en Turquie comme dans la diaspora, Ogras a une double casquette.

D’un côté, il dirige Afra Voyages, à Paris, où il vend des destinations turques. De l’autre, il est à la tête du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), qui l’a « coopté » et lui a fait intégrer le CFCM fin 2012, alors que la structure s’orientait vers une présidence tournante. Il est aujourd’hui le premier Turc à prendre les commandes de cette instance… qui ne dispose d’aucun budget ! « Comment, dès lors, avoir un minimum d’autorité ? » s’interroge Ahmet Ogras, dont la priorité sera de demander des ressources financières « afin de recruter des permanents qui pourraient traiter les dossiers et être la mémoire du CFCM ».

Des dissensions en interne au CFCM

« Nous sommes trop critiqués, nous devons communiquer. Les terroristes ne sont pas pratiquants, ou bien se mettent à pratiquer juste avant de passer à l’acte. Il est de notre devoir d’apporter, notamment aux jeunes et aux convertis, une réponse de fond, de faire connaître les valeurs de l’islam à la mosquée, dans des centres d’enseignement et sur le web », explique-t-il.

Les terroristes ne sont pas pratiquants, ou bien se mettent à pratiquer juste avant de passer à l’acte

Mais comment faire évoluer une institution qui se cantonne au rôle symbolique d’interlocuteur des pouvoirs publics et dont les dirigeants, bénévoles, se réunissent tous les quinze jours dans des locaux dont ils ne possèdent pas les murs ? « Unité dans la communauté, unité dans la nation », répond Ahmet Ogras, comme pour conjurer les bisbilles entre les fédérations que le CFCM est censé représenter. La question n’est pas tant d’ordre théologique que politique : entre lesdites fédérations et les pays d’origine ou les obédiences de leurs membres, le cordon ombilical n’a pas été vraiment coupé.

En France comme en Europe, l’AKP a pris en main le réseau de l’islam turc. Il dispose pour cela d’un outil, le Diyanet, bureau des affaires religieuses rattaché au Premier ministre, qui permet depuis 1924 à la République laïque de Turquie de contrôler la construction des mosquées et les imams, salariés d’État. Le Diyanet, dont la ligne varie au gré des changements de pouvoir, exerce une réelle influence sur la diaspora, par le truchement du Ditib, sa branche à l’étranger.

Quel rôle joue Ogras dans ce dispositif ? « Le Diyanet n’a besoin de personne, il a ses propres relais dans les mosquées turques de France, tranche Godard. Cela dit, il est prestigieux pour Ankara qu’un Turc soit à la tête d’une institution telle que le CFCM. » Diyanet, Parti Égalité Justice (proche de l’AKP), mouvement islamique Milli Görüs… « Les Turcs sont dans un total mélange des genres et forment un lobby, poursuit l’auteur de La Question musulmane en France. Les mosquées turques ont, par exemple, été mobilisées en 2012 lors de manifestations hostiles à un projet de loi pénalisant la négation du génocide des Arméniens. »

« Je n’ai aucun lien personnel avec M. Erdogan »

« Ogras connaît mal le tissu associatif, il est là à titre politique », persifle un imam de la région parisienne. L’intéressé n’a, en effet, pas de formation théologique, contrairement à son épouse, qui a étudié dans un imam hatip [école coranique] et dont le frère et la belle-sœur sont, par ailleurs, conseillers à la présidence de la République à Ankara. « Je n’ai aucun lien personnel avec M. Erdogan, assure Ogras. Mais c’est un homme ouvert à tous, qui vient du peuple et pour qui le peuple est sacré. »

Celui qui se définit comme « un pratiquant, membre de la société civile française et libre de toute attache » estime que le président du CFCM « doit partager ses projets avec la direction collégiale et surtout être un porte-parole ». En créant des commissions de jeunes, de femmes, de convertis, puis en faisant adopter une « charte des imams », Anouar Kbibech était parvenu à faire bouger les lignes. Est-ce un signe ? Ce 20 juin, le président Emmanuel Macron a participé au dîner de rupture du jeûne organisé par le CFCM. « Depuis son arrivée à Élysée, la situation s’est apaisée, les musulmans ne sont plus un enjeu électoral, c’est le moment d’agir », souligne Ogras. Il a deux ans devant lui.

 

Jeune Afrique

Belgique : l’EMB envisage de créer un statut de « prédicatrices »

L’ Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), instance représentative du culte musulman, a le projet de créer un statut officiel de prédicatrice.
L’information est donnée samedi 17 juin par le journal Le Soir. Le rôle de ces femmes sera d’encadrer les fidèles dans les mosquées et en dehors sans toutefois diriger la prière. « Il existe déjà beaucoup de prédicatrices dans le monde musulman, mais le concept est moins connu en Europe », explique Khalid Benhaddou, imam de la mosquée de la Gantoise. « Dans certaines mosquées flamandes et néerlandaises, une certaine féminisation s’est déjà produite », ajoute-t-il.

Une rencontre entre les dirigeants de l’EMB et le ministre de la Justice Koen Geens a eu lieu sur ce point. L’Exécutif des musulmans de Belgique doit auparavant formaliser une demande pour changer la loi de 1974 sur les traitements des ministres de culte.

 

Saphirnews

Port du voile chez H&M : la marque refuse de céder au maire de Mandelieu

Les magasins H&M sont encore une fois la cible d’attaques sur ses employées portant le hijab. Cette fois-ci, c’est Henry Leroy, maire LR de Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes) qui a l’enseigne suédoise dans le collimateur.

Dans son magazine municipal MLN Mag’ daté de juin 2017, la municipalité de Mandelieu-la-Napoule publie à la 21e page la copie d’un courrier en date du 24 avril que l’élu a adressé aux gérants du magasin H&M situé dans le commercial Géant Casino.

Le maire se fait le porte-parole d’administrés s’étant plaint de la tenue vestimentaire de vendeuses du magasin. Il déclare avoir déjà signalé ces plaintes dans un premier courrier en août 2016 : « Je vous signalais de nombreuses plaintes d’administrés et de clients, gênés par la tenue vestimentaire à caractère religieux de vos salariés. » « J’ai le regret de constater que ces plaintes se répètent et ne sont pas entendues. Je crois donc utile de vous rappeler que ma commune est attachée à l’identité républicaine et à la neutralité religieuse », ajoute-t-il.

Des textes de lois inappropriés

Pour appuyer son courrier, Henry Leroy s’appuie sur des textes de lois notamment sur l’avis rendu par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) relative au port de signes religieux au sein du lieu d’un entreprise privée et l’article L1321-2-1 du code du travail, « créé spécifiquement par la loi Travail ». Un mauvais usage des textes de loi car, jusqu’à présent, aucune loi n’interdit le port de signes religieux, voile compris, dans des entreprises privées.

« La neutralité s’impose aux services publics, pas aux entreprises privées. La mairie méconnaît la laïcité et s’immisce dans une affaire privée », a d’ailleurs fait savoir l’Observatoire de la laïcité.

Une porte-parole de H&M a fait savoir que l’enseigne campe sur ses positions : « Notre règlement intérieur permet à chacun de nos collaborateurs de s’habiller comme ils le souhaitent dans les limites fixées par la loi. Notre règlement intérieur n’interdit rien que la loi n’interdise elle-même. »

Saphirnews

Cher : les inquiétantes dérives d’une école catholique traditionaliste

 

L’Angélus, cette école catholique traditionaliste, a été fermée par la préfecture du Cher. La justice enquête sur des soupçons de violences sur les élèves et d’agressions sexuelles.

L’ancien couvent de Presly, près de Vierzon (Cher), a retrouvé son calme. Les 109 élèves qui fréquentaient ce bâtiment isolé au milieu des champs, reconverti en école catholique hors contrat – tendance traditionaliste – ont dû trouver en urgence une autre pension. Le 2 juin, «sur le fondement de la protection de l’enfance», la préfecture a fermé l’école de l’Angélus, ouverte en 2010, qui propose des cours du CE1 à la terminale.

«On a découvert que des méthodes éducatives dignes du XIXe siècle y avaient court, reposant sur une forme de violence et une organisation extrêmement hiérarchisée», avance Joël Garrigue, le procureur de la République de Bourges, dont le parquet poursuit depuis fin mars une enquête préliminaire visant notamment des faits de violence, agression sexuelle, travail dissimulé et escroquerie.

L’alerte a été lancée par un couple de parents qui font part de leurs soupçons au rectorat, à l’inspection académique et à l’évêché. Le courrier est transmis au parquet. Le 2 juin, des gendarmes investissent les lieux, accompagnés de fonctionnaires de l’Education nationale, des services vétérinaires, de l’Urssaf ainsi que de la Direction du travail et de l’emploi.

Une soixantaine d’élèves sont entendus. «Trois d’entre eux ont fait état de faits de nature sexuelle, des caresses et des massages pour le moins inappropriés, commis par l’abbé Spinoza, le directeur de l’établissement», précise Joël Garrigue. Les victimes présumées sont des préadolescents. «Une vingtaine d’autres ont évoqué des violences infligées par le directeur, l’encadrement ou par des élèves plus âgés sur de plus jeunes, sur instruction de l’encadrement», poursuit le procureur. En guise de punition, le magistrat évoque «des claques – dont la claque dite magistrale -, des coups de poing ou la punition du poireau : un élève obligé de rester dans un coin à ne rien faire, y compris la nuit».

Nourriture périmée, chauffage insuffisant et travail au noir

«Nous contestons l’existence de la moindre infraction pénale, réagit M e Alexandre Varaut qui représente les intérêts de l’abbé Spinoza et de l’école. Les parents ont signé une charte, ils étaient demandeurs d’un certain type d’éducation assez austère.» «Mon fils a quitté l’Angélus mais, pendant les cinq ans de sa scolarité, je n’ai jamais rien constaté de suspect. L’abbé Spinoza est un éducateur hors pair», assure la trésorière de l’association des parents d’élèves et amis de l’Angélus qui dénonce… «une action de l’Etat socialiste qui a dans le collimateur les écoles catholiques».

Lors de leur descente, gendarmes et fonctionnaires ont également découvert des stocks de nourriture périmée (des yaourts stockés dans une pièce non réfrigérée par exemple). «On s’est également rendu compte que de nombreux bénévoles travaillaient à temps plein, en étant rétribués soit en nature (repas, hébergement, enfants scolarisés), soit au black (sic)», insiste le procureur qui s’interroge aussi «sur le décalage entre les recettes engagées (NDLR : les frais de scolarité étaient de 450 euros par mois pour le collège et de 550 euros pour le lycée) et les prestations fournies». Il semble ainsi que le bâtiment n’était guère chauffé l’hiver. Ou alors par une chaudière à bois censée être alimentée par les élèves eux-mêmes.

Brièvement placé en garde à vue le temps de la perquisition, l’abbé Spinoza est ressorti libre. Mais une nouvelle convocation dans les prochains jours ne fait guère de doute. L’école a de son côté saisi le tribunal administratif pour contester sa fermeture. Dans un communiqué, l’archevêque de Bourges a souhaité que «la justice puisse poursuivre son travail d’enquête».

«On se sent mal vis-à-vis de nos enfants»
Marc*, parent d’élèves de l’Angélus

Du dégoût. C’est ce que ressent Marc*, un père de famille dont les enfants étaient scolarisés à l’Angélus. «Nous avions été séduits par le projet de l’école. D’ailleurs, je continue à croire en l’oeuvre. Mais, manifestement, l’homme qui en était à la tête était totalement inadapté», souligne-t-il, satisfait que le procureur de Bourges n’ait «pas entretenu la confusion des genres». «Il ne s’en prend ni à l’Eglise ni au privé hors contrat. Il reste factuel», se félicite ce catholique revendiqué qui se dit en revanche «déçu par la réaction de l’archevêque».

Selon lui, les faits dénoncés ne sont pas nouveaux. «On est en train d’ouvrir les yeux, de se souvenir de ces parents qui ont soudainement enlevé leurs enfants de l’école, sans faire de bruit. On aurait dû y voir un signal. On se sent mal vis-à-vis de nos enfants.»

Marc n’est en revanche pas surpris par la réaction des associations de parents d’élèves. «Quand je les entends parler de complot, je suis catastrophé, se lamente-t-il. C’est révélateur de la dérive sectaire au sein de l’établissement. Cela traduit leur radicalisation.»

 

Le Parisien