A propos Fatima Achouri

Je suis consultante et essayiste. Spécialisée en sociologie de l’organisation et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Mes travaux portent sur les enjeux des mutations actuelles (sociales, politiques, économiques, technologiques,etc.) auprès des organisations et des individus. Je suis également formatrice et conférencière auprès des organisations publiques et privées sur la gestion du fait religieux.

Face à Jean Castex, le CFCM demande une commission d’enquête parlementaire contre la haine antimusulmane

Les appels à créer une commission d’enquête parlementaire sur l’islamophobie se multiplient ces derniers mois. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a réitéré cette demande, cette fois auprès du Premier ministre Jean Castex.

A l’heure où le projet de loi contre le « séparatisme » fait débat, le Conseil français du culte musulman (CFCM) plaide pour la création d’une commission d’enquête parlementaire sur « le radicalisme qui s’attaque aux citoyens de confession musulmane et à leurs institutions ». Cette demande a été formulée auprès du Premier ministre, Jean Castex, lors d’une rencontre organisée mercredi 16 septembre à Matignon à laquelle étaient présents le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, et ses deux vice-présidents, Chems-Eddine Hafiz et Ibrahim Alci.

« La lutte contre le radicalisme se réclamant de l’islam a fait, à juste titre, l’objet de nombreuses missions et commissions parlementaires. Il est temps que le radicalisme qui s’attaque aux citoyens de confession musulmane et à leurs institutions (…), fasse également l’objet d’une commission d’enquête parlementaire », a fait savoir le CFCM à l’issue d’une rencontre qui a « permis de passer en revue les préoccupations et les attentes des musulmans de France. Le chef du gouvernement a été attentif et à l’écoute et a pris le temps de répondre à nos interrogations ».


« Prendre au sérieux la question de la lutte contre la haine antimusulmane »

Une telle demande n’est pas nouvelle ; le souhait d’une commission d’enquête parlementaire sur l’islamophobie a été formulé maintes fois par le CFCM et diverses associations musulmanes. Un collectif de personnalités de la société civile parmi lesquelles Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, ou encore Radia Bakkouch, présidente de l’association Coexiter France, avait fait une demande similaire dans une tribune parue en juin.

« Le théâtre destructeur du mythe de l’islamisation sur fond du mythe du grand remplacement nous amène à devoir prendre au sérieux la question de la lutte contre la haine antimusulmane », ont-elles signifié, appelant les plus hautes autorités de l’Etat pour « mettre hors d’état de nuire ces groupuscules identitaristes, séparatistes qui font de la haine anti-musulmane leur cheval de bataille ».

« Nous appelons nos parlementaires à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur la « haine antimusulmane », qui aurait la capacité de dresser un état des lieux indépendant et objectif sur cette forme de racisme, de xénophobie et les moyens de les combattre, en bonne intelligence entre le monde politique, nos institutions républicaines et la société civile. Notre République doit combattre cette forme de radicalisation et de séparatisme sans faille ! », lit-on.

En juillet, face à la crainte grandissante des musulmans d’une loi stigmatisante contre le séparatisme, le CFCM avait lancé un appel à « lutter avec la même détermination contre toutes les formes de séparatismes » dont « celui qui est nourri par des personnes condamnées à maintes reprises pour provocation à la haine religieuse et qui continuent malheureusement de s’exprimer librement et de déverser leur haine sur les Français de confession musulmane ».

Lors de sa rencontre avec Jean Castex, l’instance musulmane est aussi revenue sur les difficultés que rencontrent des musulmans pour inhumer leurs défunts. « L’absence des carrés musulmans dans certaines communes met souvent les familles devant des choix très douloureux et des situations d’angoisse et d’inquiétude », rappelle le CFCM.

Celui-ci rapporte que le Premier ministre soutient « l’idée d’un nécessaire dialogue de proximité avec les municipalités concernées ». Les Conseils départementaux du culte musulman (CDCM) « accompagnés par les préfets peuvent négocier des solutions locales adaptées aux différents territoires et respectueuses du principe de neutralité des cimetières ».

Saphirnews

La Ligue arabe refuse de condamner la normalisation des relations entre Israël et les Emirats

La Ligue arabe a refusé, mercredi 9 septembre, de condamner l’accord de normalisation signé en août entre Israël et les Emirats arabes unis sous la houlette des Etats-Unis. Les Etats membres de cette organisation ne sont pas parvenus à un consensus en ce sens, déboutant ainsi les Palestiniens de leur demande.

« Cette réunion doit rendre publique une décision rejetant cette démarche. Sinon, nous paraîtrons lui donner notre bénédiction, y concourir ou essayer de la dissimuler », avait signifié le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki, au cours de la réunion.

« Les discussions sur ce point ont été intenses. Elles ont été exhaustives et ont pris du temps, mais elles n’ont finalement pas abouti à un accord sur le projet de communiqué proposé par la partie palestinienne », a fait savoir Hossam Zaki, secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, lors d’une conférence de presse.

L’accord de normalisation des relations entre Israël et les Emirats est appelé à être officiellement signé le 15 septembre lors d’une cérémonie organisée à Washington.

 

Saphirnews

Au Koweït, des femmes nommées juges à la Cour suprême, une première

Une première au Koweït. Huit femmes sont parvenues, jeudi 3 septembre, au poste de juges de la Cour suprême du pays.

Cette décision est intervenue après une longue bataille pour permettre aux femmes d’exercer cette profession.

Ces femmes font partie des 54 juges nommés à la Cour suprême, selon l’agence officielle Kuna.

Leur travail sera évalué après un certain temps, a indiqué Youssef al-Matawa, président de Conseil supérieur de la magistrature et de la Cour de cassation, sans préciser la durée de cette période.

Au Koweït, le droit de vote et le droit pour les femmes de se présenter à une élection leur a été accordé en 2005. Massouma al-Moubarak avait alors, cette année-là, été la première femme nommée ministre. Des femmes ont été élues pour la première fois au Parlement en 2009.

 

Saphirnews

Séparatismes : un projet de loi présenté “avant la fin de l’année” selon Marlène Schiappa

Marlène Schiappa et Gérald Darmanin devraient présenter le projet de loi contre les séparatismes d’ici la fin de l’année. La nouvelle ministre déléguée à la Citoyenneté a assuré, au Journal du Dimanche, que le texte serait présenté en conseil d’Etat puis devant le conseil des ministres avant la mi-octobre afin que les discussions parlementaires puissent débuter en début d’année 2021.

Dans un entretien publié dans les colonnes du JDD ce dimanche 30 août, Marlène Schiappa a assuré que « la sécurité » serait « l’une des priorités de la rentrée ». En ce sens, le projet de loi contre les séparatismes devrait être présenté en conseil d’Etat puis en conseil des ministres d’ici la fin de l’année 2020.

Si, comme le précise la ministre déléguée, « l’ensembles des discussions sur le contenu du projet de loi » ne sont pas terminées, elle en précise néanmoins les contours au JDD. Selon elle, « l’idée est de donner un cadre juridique à tout ce qui relève de la zone grise ».

En outre, explique-t-elle : « depuis le début du quinquennat, nous avons déjà mené beaucoup d’actions pour lutter contre la radicalisation et les séparatismes : 210 débits de boisson ont été fermés par les services de l’État, ainsi que 15 lieux de culte, 12 établissements culturels et associatifs et quatre écoles, parce qu’il s’agissait de lieux de regroupement pour organiser le séparatisme islamiste ». Or, l’idée, avec ce projet de loi, est d’ « aller plus loin », non plus seulement de pouvoir « poursuivre quelqu’un qui se revendique comme imam et remet en cause dans ses prêches l’égalité femmes-hommes » mais également de pouvoir fermer le lieu où il officie, ce qui aujourd’hui, n’est pas permis par le cadre législatif.

D’autre part, Marlène Schiappa entend également, entre autres, réglementer davantage « le financement des associations loi 1901, non-cultuelles, qui n’entrent normalement pas dans le champ de la loi de 1905 ». En outre, précise-t-elle, « les subventions publiques seront désormais conditionnées par la signature d’une « charte de la laïcité et des valeurs de la République », avec possibilité d’opposition du ministère de l’Intérieur ».

 

Valeurs Actuelles. com

« Charlie Hebdo » republie les caricatures de Mahomet

Alors que le procès de l’attaque terroriste de 2015 contre « Charlie Hebdo » débute mercredi 2 septembre, le journal décide de republier les caricatures de Mahomet. Le président du CFCM appelle à les ignorer et penser aux victimes du terrorisme.

À la veille de l’ouverture du procès de l’attentat du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo qui a tué 12 personnes, le journal satirique republie les caricatures de Mahomet qui en avaient fait une cible des djihadistes.

« Nous ne nous coucherons jamais. Nous ne renoncerons jamais », justifie le directeur de l’hebdomadaire satirique, Riss, dans le numéro dont la couverture reprend ces caricatures, en kiosques mercredi 2 septembre et accessible en ligne mardi 1er septembre à midi.

« Il fallait une bonne raison »

Ces douze dessins, publiés initialement par le quotidien danois Jyllands-Posten le 30 septembre 2005, puis par Charlie Hebdo en 2006, montraient le prophète portant une bombe au lieu d’un turban, ou en personnage armé d’un couteau flanqué de deux femmes voilées de noir.

Outre ces caricatures danoises, la une du prochain Charlie Hebdo,sous le titre « Tout ça pour ça », reprend également une caricature du prophète signée par son dessinateur Cabu, assassiné dans l’attentat du 7 janvier 2015.

« On nous a souvent demandé depuis janvier 2015 de produire d’autres caricatures de Mahomet. Nous nous y sommes toujours refusés, non pas que cela soit interdit, la loi nous y autorise, mais parce qu’il fallait une bonne raison de le faire, une raison qui ait un sens et qui apporte quelque chose au débat », a expliqué la rédaction du journal, dans un article publié au sein du même numéro.

« Reproduire cette semaine de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 ces caricatures nous a alors semblé indispensable », ajoute l’équipe de Charlie Hebdo.

Le CFCM appelle à ignorer les caricatures

Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a appelé mardi à « ignorer » les caricatures de Mahomet publiées à nouveau et à penser aux victimes du terrorisme. « Les caricatures, nous avons appris à les ignorer et nous appelons à garder cette attitude en toutes circonstances », a affirmé le président Mohammed Moussaoui.

« La liberté de caricaturer est garantie pour tous, la liberté d’aimer ou de ne pas aimer (ces caricatures, NDLR) également. Rien ne saurait justifier la violence », a ajouté M. Moussaoui. Il a appelé à se concentrer sur « le procès qui débute » et qui « doit nous rappeler les victimes du terrorisme, ce terrorisme qui a assassiné en janvier 2015 à Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher et dans l’espace public. Il doit aussi nous rappeler les victimes du terrorisme de Toulouse et Montauban en 2012, et celles de novembre 2015 au Bataclan et au Stade de France ».

« Ce terrorisme qui a frappé au nom de notre religion est notre ennemi », a martelé le président du CFCM, instance qui est le principal interlocuteur des pouvoirs publics sur le culte musulman.

 

La Croix / AFP

En Turquie, l’ex-basilique Sainte-Sophie va être transformée en mosquée

Le site, classé au patrimoine mondial par l’UNESCO, restera ouvert à tous les visiteurs. Mais l’enjeu politique est ailleurs et cette décision est critiquée par plusieurs pays dont la France.

 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé ce vendredi 10 juillet la transformation de l’ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée, en dépit de mises en garde à l’étranger, après qu’un tribunal a révoqué le statut de musée de ce haut lieu du tourisme à Istanbul.

Le Conseil d’État, plus haut tribunal administratif de Turquie, a accédé à la requête de plusieurs associations en révoquant une décision gouvernementale datant de 1934 conférant à Sainte-Sophie le statut de musée.

Peu après cette décision, M. Erdogan a annoncé que l’ex-Basilique byzantine de l’ancienne Constantinople serait ouverte aux prières musulmanes en tant que mosquée le vendredi 24 juillet. “Comme toutes les autres mosquées, les portes de Sainte-Sophie resteraient ouvertes à tous, Turcs et étrangers, musulmans et non-musulmans”, a-t-il ajouté dans un discours.

Œuvre architecturale majeure construite au VIe siècle par les Byzantins qui y couronnaient leurs empereurs, Sainte-Sophie est un site classé au patrimoine mondial par l’UNESCO, et l’une des principales attractions touristiques d’Istanbul avec quelque 3,8 millions de visiteurs en 2019.

Convertie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, elle a été transformée en musée en 1934 par le dirigeant de la jeune République turque, Mustafa Kemal, soucieux de “l’offrir à l’humanité”.

Le Conseil d’État a annulé cette décision vendredi, expliquant dans ses attendus que selon les actes de propriété au nom de la Fondation Mehmet Fatih, du nom du sultan ottoman qui a conquis Constantinople, Sainte-Sophie était inscrite comme une mosquée et que cette qualification ne pouvait être modifiée.

Une “provocation” pour la Grèce, “profonds regrets” de l’UNESCO

Même si une reconversion de Sainte-Sophie en mosquée n’empêchera pas les touristes de toutes les croyances de s’y rendre ―ils sont nombreux à visiter chaque jour la Mosquée bleue voisine―, modifier le statut d’un lieu aussi emblématique dans l’histoire du christianisme suscite des tensions.

Plusieurs pays, notamment la Russie et la Grèce, qui suivent de près le sort du patrimoine byzantin en Turquie, ainsi que les États-Unis et la France, avaient notamment mis en garde Ankara contre la transformation de Sainte-Sophie.

Ainsi, la Grèce, par la voix de son Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, a condamné avec la plus grande fermeté” la décision de la justice turque. Ce choix “impacte non seulement les relations entre la Grèce et la Turquie. Mais aussi les relations de cette dernière avec l’Union européenne, l’UNESCO, et la communauté mondiale dans son ensemble”, a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a lui déclaré dans un communiqué que “la France déplore la décision du Conseil d’État turc de modifier le statut de musée de Sainte-Sophie et le décret du Président Erdogan la plaçant sous l’autorité de la direction des affaires religieuses. Ces décisions remettent en cause l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque.”

Washington a fait part de sa “déception” et l’Église orthodoxe russe a elle regretté que l’“inquiétude” de “millions de Chrétiens” n’ait pas été entendue par le tribunal turc.

La directrice de l’Unesco Audrey Azoulay a indiqué dans un communiqué que l’organisation “regrettait profondément” la décision des autorités turques, “prise sans dialogue préalable”.

Un coup politique pour Erdogan

Controversée à l’international, la décision de transformer Sainte-Sophie en mosquée est cependant réclamée depuis des années par une partie de la population turque, dont le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan.

Jusqu’à récemment, le président turc ne s’était cependant jamais montré très favorable au projet. Mais dans un contexte où sa popularité s’effondre depuis plusieurs mois tandis les relations de la Turquie avec ses alliés occidentaux se détériorent, la position de Erdogan a peu à peu évolué. L’an dernier, il a qualifié la transformation du monument en musée de “très grosse erreur”.

En annonçant le changement de statut ce vendredi, Recep Erdogan cherche donc avant tout à rallier l’électorat conservateur, sur fond de crise économique due à la pandémie de nouveau coronavirus et un contexte régional difficile.

“Sainte-Sophie est probablement le symbole le plus visible du passé ottoman de la Turquie et Erdogan l’instrumentalise pour galvaniser sa base et toiser ses rivaux à la maison comme à l’étranger”, décortique Anthony Skinner, du cabinet de consultants Verisk Maplecroft.

Depuis l’arrivée de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir en 2003, les activités liées à l’islam se sont multipliées à l’intérieur de Sainte-Sophie, avec notamment des séances de lecture du Coran ou des prières collectives sur le parvis du monument.

“Je suis très ému. Le fait que Sainte-Sophie perde son statut de musée et redevienne une mosquée comble tous les musulmans”, a déclaré à l’AFP Mucayit Celik, un Stambouliote rencontré devant le monument. “C’est une décision que j’attends depuis des années. C’est une honte qu’elle ne soit pas intervenue auparavant, c’est pour cela que je suis très heureux”, renchérit Umut Cagri, un autre habitant d’Istanbul.

Quelques centaines de personnes se sont rassemblées devant l’ex-basilique, où un dispositif policier renforcé a été déployé, agitant des drapeaux turcs et scandant “les chaînes ont été brisées” pour fêter la décision du Conseil d’État.

Masque sur le visage en raison du coronavirus, ils ont accompli la prière collective du soir.

 

Le HuffPost / AFP

Aperçus sur l’entreprenariat musulman en France

Is Tea Halal? Is Caffeine Halal?

L’usage marchand du halal est né à la fin du XXe siècle avec la rencontre du néolibéralisme et du fondamentalisme religieux. Les contraintes exercées par les systèmes d’actions profanes, le capitalisme et la bureaucratie, ont remplacé les commandements éthiques des religions d’hier. Si le capitalisme est protéiforme, un de ses aspects les plus visibles, c’est le commerce. Qu’aujourd’hui se développe un entreprenariat musulman, ou plus généralement une activité économique basée sur un produit religieux, relève avant tout d’une réalité économique bien moins que d’une motivation religieuse. L’économie islamique mondiale, elle aussi impactée par la mondialisation, a vu se développer le marché du halal dans tous les secteurs, à tel point qu’en 2015, il pesait plus de 4000 milliards de dollars dans le monde et près de 5 milliards d’euros en France[1]. L’islam est une religion qui rythme la vie quotidienne, avec des fidèles qui accordent une place prépondérante au dispositif juridique lié à la pratique, avec en toile de fond, la recommandation du bien et l’interdiction du mal. Le quotidien des musulmans en a tellement été inondé que dans l’inconscient collectif, le halal,principalement restreint à l’alimentation, est associé à un pilier de l’islam[2].

 

En France, une partie grandissante de musulmans qui souhaite s’affranchir notamment d’une idéologie islamiste décevante, se retrouve autour du marché, en consommant non seulement halal mais en se lançant aussi dans les affaires dites halal dans tous les domaines : médiatique, culturel, alimentaire, loisirs, conseil, réseaux sociaux, etc. L’islam de marché veut faire émerger une conscience éthique (halal) chez le consommateur musulman. L’entreprenariat dans le domaine du religieux, encouragé par le modèle prophétique, pense désormais l’islam comme un produit : il ne vise plus à réformer les âmes mais à répondre à la demande du consommateur. Cette culture consumériste influence les dynamiques identitaires pour les recomposer en style de vie qu’il est possible d’exprimer grâce aux biens de consommation. Une vaste gamme de choix de produits de consommations et de service qui relève de plus en plus d’un supermarché du religieux où le fidèle s’adonne à de la « consommation de la foi ».

 

Aux multiples déceptions du passé fait place une recherche personnelle du salut, une réalisation de soi, qui passe par une quête du succès économique garanti par l’entreprenariat.  La crise économique et les difficultés d’accès au marché du travail mais aussi l’opportunisme et le goût pour les affaires poussent de plus en plus de musulmans à développer des activités indépendantes. Ces Français musulmans veulent en finir avec le fatalisme et l’échec social en devenant acteurs de leur destin, et se lancent dans les affaires plutôt que de stagner ou de sombrer, parfois, dans un désespoir qui les jetterait dans une mouvance radicale.  C’est ainsi que, ces dernières années, on a vu se multiplier des entreprises de tendance[3] musulmanes dans les grandes métropoles, principalement dans le secteur de l’alimentation. Ces entrepreneurs de tendance répondent à des aspirations concrètes, rompre avec l’exploitation et la domination afin de maximiser leur bien-être et diriger leur vie à leur guise. Nous ne connaissons pas leur nombre exact, ils ne sont pas encore, à l’instar des entrepreneurs juifs[4] et chrétiens[5], organisés en groupe ou structure.

 

La conviction religieuse personnelle se traduit par une pratique entrepreneuriale où la maximisation du profit n’est limitée que par la rigueur éthique qu’elle implique, comme celle de l’interdiction de la pornographie, de la vente d’armes, du commerce de l’alcool, de la pratique de l’usure… le tout dans une charité traditionnelle qui impose un geste envers les plus démunis. Sur le plan religieux, la zakat (impôt religieux obligatoire), la sadaqa (don volontaire), le waqf (biens de mainmorte) sont ainsi reconsidérés pour dynamiser l’économie sociale et prendre le relai de l’Etat-providence pour aider à la construction de mosquées, d’écoles musulmanes, offrir des repas aux plus démunis pendant le mois de Ramadan, etc. Adopter une conduite islamique pour soi et en faire bénéficier les autres permet d’accumuler des bonnes œuvres (hassanat) en vue de préparer son Salut dans l’Au-delà.

 

D’un autre côté, si les fondamentalistes religieux ont profité de cet intérêt pour le halal pour gagner en visibilité, s’enrichir et promouvoir une certaine vision de la religion, il faut néanmoins distinguer affaires et éthique. En effet, le caractère islamique apparent de cet entreprenariat n’est nullement une garantie d’islamité et peut s’avérer trompeur. Car la rencontre entre un capitalisme moderne et la tradition islamique peut générer une schizophrénie dans les attitudes et annihiler le caractère foncier de l’éthique entrepreneuriale. L’offre religieuse est repensée dans l’unique but de réaliser des profits. Ce « business halal » a permis à une frange de la mouvance salafiste et frériste en particulier de se lancer dans les affaires. Si certains entrepreneurs, une fois leur sécurité financière assurée, choisissent d’influer sur la vie politique locale, sur la question de la mixité par exemple, d’autres font aussi le choix de quitter la France, faire leur hijra, pour vivre en terre musulmane[6]. Au nihilisme du martyr en Syrie ou dans les cités, s’opposerait celui de la vie dans les affaires au sein d’un environnement musulman où la promotion individuelle et l’acculturation financière orientent les choix migratoires.  D’autres, dans une logique de globalisation, reconsidèrent les frontières du marché du travail à l’échelle mondiale et choisissent de s’expatrier opportunément dans les pays du Golfe, en particulier dans les Émirats, pour s’épanouir économiquement. Émigrer s’inscrit ainsi dans un contexte de mondialisation marchande où chacun tente de s’affirmer individuellement. La fierté d’être musulman ne passe plus par la revendication politique mais par une performance économique affichée.

 

A l’ombre de la vague fondamentaliste, une nouvelle religiosité est en train de naître où le désengagement vis-à-vis de l’identité et du politique laisse place à un nouveau sacre de l’individu et à une reconfiguration dans l’espace culturel[7]. En France, le voile est sur ce point emblématique : il dérive de l’islam politique et se déploie en masse sur le marché vestimentaire. Le succès grandissant du prêt-à-porter féminin (boutiques, ventes en ligne) ne se dément pas. Dans un contexte de globalisation et de réislamisation simultanées, le voile oblige les femmes à de nouveaux compromis, entre revendications identitaires et extraversion culturelle. L’acculturation se nourrit ainsi de ce symbole identitaire où la pudeur islamique coïncide avec une offre marchande de masse qui suit les courants de la mode internationale véhiculée par les hijabistas, ces fashionistas qui diffusent sur la blogosphère et les réseaux sociaux l’idée qu’on peut suivre la mode tout en étant musulmane. Dans une simple logique consumériste, les Instagrameuses voilées[8] qui comptent des millions d’abonnés, en particulier des jeunes femmes voilées, reflètent cette marchandisation du corps couvert exposé sur les réseaux sociaux, dans la lignée des Kardashian et de Nabilla, entres autres, qui elles, sont plus découvertes. Sur les réseaux sociaux, le voile s’oppose de façon radicale au monde occidental de gestion des mœurs et de dressage des corps.

 

Pour qu’une idéologie soit diffusée au plus grand nombre, il faut savoir user de l’outil puissant de communication que sont les réseaux sociaux. Amr Khaled[9], célèbre prédicateur dans le monde arabe, qui compte des millions d’abonnés sur Facebook et Youtube, est un des chantres de l’islam de marché. Dans une logique de marketing et par conviction idéologique, il veut faire de l’islam une religion entrepreneuriale dans la lignée de certains mouvements pentecôtistes aux Etats-Unis, en s’efforçant de créer des croyants proactifs[10]. Dans ses prêches télévisés, il s’appuie à la fois sur la morale musulmane et sur les techniques de réalisation personnelle occidentales. A l’instar d’Amr Khaled, prédicateurs et cheikhs agissant en véritables coaches, ils sont de plus en plus nombreux à prôner l’engagement positif du musulman dans la société, qui passe aussi par l’entreprenariat. Ces cheikhs médiatiques s’opposent à l’oisiveté, vice que dénonce l’islam, et invitent le croyant à s’investir dans le domaine social et économique pour participer au développement de leur pays. Le réseau social professionnel LinkedIn a vu, ces cinq dernières années, émerger des professionnels musulmans dits visibles (barbus et femmes voilées) qui échangent autour de leur activité ou de leur employabilité. Aujourd’hui, dans le monde musulman, tout est mis en œuvre pour associer la religion avec les théories du management et de l’édification personnelle. Dans les pays du Golfe, le prédicateur Tariq al-Suwaidan[11] en est un parfait exemple. Formé aux Etats-Unis, il s’inspire notamment d’ouvrages de discipline managériale et présente dans ses émissions télévisées les théories du management d’un point de vue musulman, une sorte de « pensée managériale et pensée islamique ».

 

Dans un monde musulman disparate, le champ économique fournit aux nouvelles religiosités un support concret et global – le marché – mais aussi des éléments d’une éthique entrepreneuriale. Le marché a permis au musulman de renouer avec sa matrice identitaire religieuse. Vivre en conformité avec ses valeurs et ses croyances s’exprime d’une manière qui doit être visible, où il s’agit surtout de s’afficher en tant que musulman dans l’espace public. La littérature de l’accomplissement personnel et le savoir managérial s’imposent comme le meilleur moyen pour instaurer une religiosité proactive. La France, qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe, profite de ce courant et a vu croître ces dernières années l’entreprenariat musulman avec de plus en plus de femmes entrepreneures. Grâce au halal, le marché permet de promouvoir des valeurs islamiques présentées comme émancipatrices pour chacun. Ce phénomène majeur a en effet produit une réaffirmation identitaire. Les styles de vie opèrent une modification sur le terrain de l’acculturation culturelle et marchande où cohabitent un mode de vie « à la française » et un mode de vie « à la musulmane ». Aux organisations économiques catholiques et juives viendront probablement s’ajouter dans le paysage économique français des organisations musulmanes.

 

Fatima Achouri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] https://www.leconomiste.com/article/973290-halal-ces-marches-prendre-dans-le-monde

[2] En France, près de 40% des musulmans pensent que c’est le cas.

[3] Au référent religieux

[4] UPJF (Union des patrons et des professionnels juifs de France)

[5] EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens)

 

[6] L’Égypte est une destination privilégiée de la mouvance salafiste pour effectuer la hijra

[7] Religion, le retour ? Entre violence, marché et politique, revue du MAUSS, La Découverte, 2017

[8] Dian Pelangi, Halima ou Habiba da Silva sont des Instagrameuses voilées très suivies. Elles influencent des millions de jeunes femmes voilées à travers le monde en s’affichant dans leur quotidien.

[9] Il est égyptien, c’est l’un des plus célèbre et populaire télé-prédicateur dans le monde arabe. Il compte plus de 30 millions d’abonnés sur Facebook et plus de 930 milles sur Youtube.

[10] Haenni Patrick, L’islam de marché, Seuil, 2005

[11] C’est un entrepreneur koweïtien, auteur, conférencier-coach, et leader des Frères Musulmans Koweïtiens. Il est célèbre dans le monde arabe et dans les communautés musulmanes à travers le monde notamment pour son coaching en management dans ses programmes télévisés

En Chine, les Ouïghours victimes d’une politique de contrôle des naissances imposée

Tests de grossesse, stérilisation ou avortements forcés… Une enquête menée par l’agence Associated Press montre qu’une campagne brutale de contrôle des naissances est menée au Xinjiang par les autorités chinoises à l’encontre de minorités, notamment la communauté ouïghoure, principalement musulmane, qui représente un peu moins de la moitié des 25 millions de personnes vivant dans cette région.

Sur la base de statistiques du gouvernement chinois, de documents officiels et d’entretiens effectués auprès d’anciennes détenues, ces mesures prises au cours des quatre dernières années peuvent être qualifiées de « génocide démographique », estiment des experts.

Les données collectées montrent que l’État chinois soumet les femmes de ces minorités à des tests de grossesse, les forcent à se faire poser des stérilets, à se faire stériliser ou avorter. Alors que l’utilisation de dispositifs intra-utérins et que le nombre de stérilisations ont baissé au niveau national, ils sont en augmentation dans le Xinjiang, avance AP dans son enquête publiée lundi 29 juin.

« Ils veulent nous détruire en tant que peuple »

Ces mesures de contrôle de la population sont appuyées par des menaces de détention. Les journalistes d’AP ont découvert qu’avoir « trop » d’enfants pouvait être une raison suffisante pour être envoyé dans un camp. Les parents de trois enfants ou plus sont séparés de leur famille s’ils ne sont pas capables de s’acquitter d’importantes amendes.

Après la naissance de son troisième enfant, Gulnar Omirzakh, une Kazakhe née en Chine, s’est vu ordonner par le gouvernement de porter un stérilet. Deux ans plus tard, en janvier 2018, quatre représentants des autorités vêtus de tenues militaires ont frappé à sa porte. Ils lui ont donné trois jours pour payer une amende de 2 685 dollars pour avoir eu plus de deux enfants. Ils l’ont avertie qu’en cas de refus, elle pourrait rejoindre son mari dans un camp. D’après des organisations de défense des droits humains, au moins un million de musulmans seraient internés dans ce qu’elles appellent des camps de rééducation politique.

« Empêcher les gens d’avoir des enfants n’est pas une bonne chose », estime Gulnar Omirzakh, qui a dû s’endetter pour rassembler l’argent avant de fuir vers le Kazakhstan. « Ils veulent nous détruire en tant que peuple”.

Le taux des naissances dans les districts de Hotan et de Kashgar, majoritairement ouïghours, ont plongé de 60 % entre 2015 et 2018, selon les statistiques des autorités. Les centaines de millions de dollars utilisés par le gouvernement pour contrôler les naissances ont fait passer le Xinjiang de l’un des territoires les plus dynamiques du pays démographiquement en l’un des plus faibles, en seulement quelques années.

« Cela fait partie d’une plus vaste campagne pour asservir les Ouïghours », analyse l’universitaire Adrian Zenz, spécialiste du Xinjiang et du Tibet.

Le ministère des Affaires étrangères chinois et le gouvernement du Xinjiang n’ont pas répondu aux multiples sollicitations d’AP. Pékin a cependant expliqué par le passé que ces mesures étaient justes car elles autorisent les membres de la communauté des Han, majoritaire en Chine, et ceux des minorités à avoir le même nombre d’enfants.

Lors de la période de la politique de l’enfant unique, abandonnée en 2015, les autorités ont encouragé, parfois forcé, les mesures de contraceptions, de stérilisations ou d’avortements au sein des Han, mais les minorités avaient le droit d’avoir deux enfants et même trois s’ils vivaient à la campagne.

Des stérilisations forcées

Ces dispositions ont changé depuis l’arrivée au pouvoir en 2013 du président Xi Jinping, l’un des dirigeants les plus autoritaires depuis des décennies. Peu après sa prise de fonction, le gouvernement a changé les règles du contrôle des naissances en autorisant les Han à avoir deux ou trois enfants, comme les minorités.

Même si cela peut paraître égalitaire sur le papier, dans la pratique, les Han échappent le plus souvent aux avortements, aux stérilisations, à la pose de dispositifs intra-utérin ou encore à la détention s’ils ont « trop » d’enfants, contrairement aux minorités du Xinjiang. Des membres des communautés musulmanes vivant en milieu rural comme les Omirzakh ont même été punis pour avoir eu trois enfants, alors même que cela est autorisé par la loi.

Une quinzaine de Ouïghours et de Kazakhs ont rapporté à AP qu’ils connaissent des personnes internées ou détenues pour avoir eu « trop » d’enfants. Certaines ont passé des années en prison voire des décennies. Au sein de ces camps, les femmes ont été soumises à la pose de stérilets ou à des mesures de stérilisation. En 2019, dans un reportage de France 24, Gulbahar Jalilova, une Ouïghoure de 54 ans, détenue 15 mois à Urumqi, la capitale de Xinjiang, avait déjà apporté ce même type de témoignage. « Nous devions passer la main par une petite ouverture dans la porte », avait-elle expliqué.  « Nous avions vite compris qu’après les injections, les femmes n’avaient plus leurs règles ».

Une ancienne détenue, Tursunay Ziyawudun, a raconté une histoire similaire à AP. Elle a également reçu des injections qui ont entraîné l’arrêt de ses règles. Elle a par ailleurs reçu des coups à l’estomac lors d’interrogatoires. Elle ne peut désormais plus avoir d’enfants. Selon elles, les femmes du camp ont subi des examens gynécologiques et les autorités les ont averties qu’elles s’exposaient un avortement si elles tombaient enceintes.

En 2014, plus de 200 000 dispositifs intra-utérins ont été posés dans la région du Xinjiang. Quatre ans plus tard, ce chiffre avait augmenté de 60 % passant à 330 000, alors que dans le même temps, il avait baissé dans toutes les autres régions chinoises. Les statistiques gouvernementales ont aussi montré une intensification des stérilisations dans le Xinjiang.

Zumret Dawut, une Ouïghoure mère de trois enfants, a raconté qu’après sa libération d’un camp d’internement en 2018, les autorités l’ont forcé à se faire stériliser, sous peine d’être de nouveau détenue. « J’étais tellement en colère », a-t-elle témoigné. « Je voulais tellement un autre fils ».

« C’est un génocide »

Les autorités chinoises ont lancé cette campagne de contrôle des naissances parce qu’elles s’inquiètent, si la population augmente de manière exponentielle, selon AP, d’une poussée de la pauvreté et de l’extrémisme au Xinjiang, un immense territoire longtemps frappé par des attentats meurtriers, attribués par Pékin à des séparatistes et des islamistes. Mais bien que ce le programme rappelle la politique de l’enfant unique, il diffère des anciennes mesures car il vise un groupe ethnique bien particulier, soulignent les spécialistes.

« L’objectif n’est peut-être pas d’éliminer complètement la population ouïghoure, mais cela diminuera considérablement sa vitalité et permettra de l’assimiler plus facilement », analyse Darren Byler, un spécialiste des Ouïghours de l’Université du Colorado.

D’autres experts vont même plus loin. « C’est un génocide, point final », n’hésite pas à résumer Joanne Smith Finley, qui travaille à l’Université de Newcastle. « Ce n’est pas une tuerie de masse choquante et immédiate, mais c’est un génocide, lent, douloureux et progressif ».

 

France 24 / Associated Press

La Grèce inquiète d’une possible reconversion de Sainte-Sophie en mosquée par la Turquie

La Grèce, par la voie du ministère de la Culture, a adressé, jeudi 25 juin, une lettre aux représentants des États membres de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) pour faire part de ses inquiétudes concernant le projet de reconversion de Sainte-Sophie par la Turquie.

Ce joyau d’Istanbul, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, fut une ancienne basilique, reconverti en mosquée en 1453 du temps où Istanbul s’appelait encore Constantinople. Le monument, qui est l’un des plus visités de la Turquie, est un musée depuis 1934 par décret de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie actuelle.

« Sainte-Sophie ne doit pas être privée de son caractère universel et transformée en lieu de culte musulman », a fait savoir la ministre de la Culture, Lina Mendoni, rappelant que toute reconversion du monument doit être soumise au préalable à l’UNESCO dont la Turquie a signé la convention en 1972.

« Un monument de valeur universelle comme Sainte-Sophie est instrumentalisé pour servir les intérêts politiques nationaux » et « ce que le gouvernement turc et le président Erdogan tentent de faire aujourd’hui est de raviver le fanatisme nationaliste et religieux », a-t-elle également écrit, appelant de ses vœux à l’organisation d’une réunion rapide des membres de l’UNESCO pour discuter de cette question hautement sensible qui empoisonne les relations entre la Grèce et la Turquie depuis des années.

En réponse, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré que le statut de Sainte-Sophie n’est pas un sujet d’affaires internationales, mais une question de souveraineté nationale, rapporte Anadolu citant la chaîne turque NTV.


L’authenticité du décret de 1934 examinée

Le souhait de Recep Tayyip Erdogan et ses partisans de reconvertir de Sainte-Sophie en mosquée n’est plus un secret pour personne. Néanmoins, la menace du changement pèse de plus en plus lourd.

Pour la première fois depuis la transformation du monument en musée, un imam a récité au sein même de l’ancienne basilique la sourate Al-Fath (« La victoire éclatante »), vendredi 29 mai, le jour actant le début de la reprise des cultes dans les mosquées turques. Cette action visait alors à célébrer le 567e anniversaire de la conquête de Constantinople par le sultan ottoman Mehmet II en 1453, célébré chaque année le 29 mai dans le pays.

Le Conseil d’Etat, la plus haute instance administrative turque, examine actuellement l’authenticité du décret transformant Sainte-Sophie en musée. Une réponse serait attendue pour le 2 juillet.

Saphirnews

Tunisie : qui se cache derrière la formation « islamo-nationaliste » Al Karama ?

Le Parlement tunisien a rejeté, dans la nuit de 9 au 10 juin 2020, une motion qui demandait officiellement à la France de présenter des excuses à la Tunisie pour les crimes commis « pendant et après la colonisation ». Cette motion était présentée par la coalition Al Karama, un parti islamo-nationaliste comptant 19 élus sur 217 députés, qui en avait fait une promesse électorale lors des législatives d’octobre 2019. Mais même si ce texte était voué à l’échec, il n’en traduit pas moins un sentiment antifrançais présent dans l’opinion tunisienne.

Après plus de 15 heures de débats, qui n’ont que peu abordé le fond de la question, le texte a recueilli 77 voix pour, loin des 109 voix nécessaires pour être voté. Présenté sans débat préalable, ni travail de préparation, le texte avait peu de chances de recueillir la majorité, dans un Parlement très divisé. Mais même s’il n’a pas obtenu la majorité nécessaire, il convient de noter que seuls cinq députés ont voté contre. Tandis que 46 autres s’abstenaient.

Les élus d’Al Karama se sont présentés au Parlement en arborant un tee-shirt sur lequel était inscrit « meurtre et torture, la brutalité du colonialisme français ». Le texte proposait d’exiger des excuses de Paris, ainsi que des indemnisations pour les « assassinats », « viols », « exils forcés d’opposants », le « pillage des ressources naturelles » et le soutien à la dictature. Cela concerne « tous les crimes commis depuis 1881 », date du début du protectorat, y compris le soutien apporté au régime de Zine el Abidine Ben Ali lorsque celui-ci était aux abois début 2011.

« Coalition pour la dignité »

Apparemment, la proposition d’Al Karama (signifiant en arabe « coalition pour la dignité ») était donc d’abord un coup politique. « Nous voulons penser hors du cadre, rester hors système si on peut dire, tout en respectant les institutions. (…) Notre politique est de pousser le prochain gouvernement à être ouvert à d’autres partenaires et à d’autres idées », expliquait son chef de file, l’avocat Seifeddine Makhlouf, dans une interview à Jeune Afrique en décembre 2019.

Lequel Seifeddine Makhlouf, né en 1975, a fondé ce parti en janvier 2019. « Connu pour être proche des cercles islamistes radicaux, il s’est illustré (…)  en prenant la défense » de terroristes présumés, selon le site kapitalis. Ce qui lui vaut parfois le surnom d’« avocat des terroristes »… Ses deux grandes idées, dixit la même source : « poursuivre en justice » les dirigeants du syndicat UGTT, « qu’il accuse d’avoir détruit l’économie tunisienne, et ce pour des raisons de corruption »; « demander des excuses à la France pour les crimes commis en Tunisie durant la période coloniale ».

Qualifié par l’AFP d’« islamo-nationaliste », le petit parti semble avoir fait de la provocation l’une de ses armes favorites. Avec comme objectif la volonté de faire parler de lui. Lors du débat sur la motion, un élu issu d’Al Karama, Ridha Jaouadi, a estimé que « les centres culturels de l’occupation française sont plus dangereux que les bases militaires ». Il les accuse de mener « une invasion culturelle qui détruit la morale et les valeurs » des Tunisiens. Cet ancien imam avait été limogé en 2015 de la principale mosquée de Sfax (est du pays) par les autorités tunisiennes qui l’avaient qualifié d’extrémiste, puis accusé de « collecte d’argent » sans autorisation.

L’élève a-t-il dépassé le maître ?

Le 26 février, jour de l’intronisation du chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, un autre élu du parti, Mohammed Affas (cité par le site kapitalis), avait lancé au Premier ministre : « Vous êtes contre les lois criminalisant l’homosexualité et la consommation de la drogue. Vous annoncez publiquement et sans honte que vous consommez de l’alcool et vous défiez la charia de Dieu. » Et d’ajouter : « Vous faites tout cela pour plaire aux Français. »

Kapitalis, qui décidément n’aime visiblement pas Al Karama, n’hésite pas à le qualifier de « satellite » de la formation d’inspiration islamiste Ennahdha. Selon ce site, Ennahdha « a mis en selle la coalition Al Karama pour qu’elle s’acquitte, pour elle, des besognes pas très recommandables ». Mais toujours selon la même source, le « satellite » se serait ensuite émancipé… Ce faisant, l’action des amis de Seifeddine Makhlouf les aurait « rapprochés des bases d’Ennahdha, qui retrouvent en eux la fougue perdue de leur parti devenu par trop sage ». Ce qui a contribué à faire perdre des voix à ce dernier lors des législatives d’octobre 2019, analyse le site.

Sentiment anti-français

Dans le même temps, en s’attaquant à Paris, Seifeddine Makhlouf et ses amis savent ce qu’il font. Ils ravivent ainsi « un sentiment anti-français exprimé lors de la révolution de 2011 ; certains avaient alors hurlé ‘dégage’devant l’ambassade de France », rapporte Jeune Afrique.

Le discours d’Al Karama « peut être partagé par une large frange de la population », explique Seifeddine Makhlouf dans l’interview déjà citée. Il est au moins partagé, semble-t-il, par une majorité de parlementaires… « La plupart des députés des différents groupes et ceux indépendants ont souligné lors de leurs interventions la nécessité pour la France de présenter ses excuses au peuple tunisien pour la période de colonisation, mais leurs avis ont divergé concernant le vote de cette motion », notait ainsi le grand quotidien francophone La Presse à l’issue du débat sur la motion finalement rejeté par le Parlement.

Pendant la campagne de la présidentielle en octobre 2019, franceinfo Afrique avait observé l’émergence d’un courant anti-français en Tunisie. Devant l’envoyé spécial du site à Tunis, certains partisans du futur président Kaïs Saïed souhaitaient ainsi ouvertement que leur pays s’éloigne de l’influence de l’ancien colonisateur français. Avant le scrutin du 13 octobre, ce dernier se voulait rassurant dans une interview (à L’Obs) : « Nos rapports avec la France, avec l’Europe d’une manière générale, sont dictés par la géographie et on ne changera pas la géographie. (…) Dépassons les moments tumultueux pour écrire une nouvelle histoire ensemble. »

Mais avant d’être nommée chargée de sa communication, Rachida Ennaïfer, l’une de ses proches, expliquait à franceinfo Afrique : Kais Saïed « a déclaré qu’il respecterait les accords internationaux de la Tunisie tout en veillant à préserver les intérêts réciproques. Quand il y a déséquilibre, il faudra rééquilibrer. » Et de préciser : « Dans certaines régions (…), la population tunisienne voit les richesses lui passer sous le nez. Il est donc temps de penser à des rééquilibrages. Mais pour autant, les relations entre la Tunisie et la France seront maintenues. »

 

Franceinfo Afrique