A propos Fatima Achouri

Sociologue des organisations et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Mes travaux portent sur les enjeux des mutations actuelles (sociales, politiques, économiques, technologiques, etc.). J'accompagne également les organisations dans le développement des ressources humaines : diagnostic sociologique de l’organisation afin d’optimiser la gestion du personnel aux niveaux macro et micro en particulier dans les domaines du recrutement et de la formation. Je suis formatrice et conférencière auprès des organisations publiques et privées sur la gestion du fait religieux.

Des embryons mi-singe mi-humain créés en laboratoire pour la première fois

Main, Singe, Corde, GorillePour la toute première fois, une équipe de recherche internationale a créé des embryons chimères composés à la fois de cellules de singes et d’humains. Si l’expérience relance le débat sur l’éthique des manipulations génétiques, notons qu’elle a été couronnée de succès. Elle vise à aider les scientifiques à trouver de nouvelles façons de cultiver des organes destinés à des greffes humaines, rapportait NPR  le 15 avril.

Le projet est parti d’un constat simple. Trouver des organes disponibles pour la transplantation devient de plus en plus difficile chaque année, en France comme dans le reste du monde. En utilisant les cellules-souches, les scientifiques cherchent donc une alternative. En combinant des cellules humaines et animales de porcs et de moutons, ils espèrent faire pousser des organes humains chez ces animaux.

Dans l’expérience, les scientifiques ont injecté 25 « cellules-souches pluripotentes induites » d’humains dans 132 embryons de macaques âgés de six jours. De fait, ces primates sont bien plus proches de nous génétiquement que les moutons et les porcs. Après dix jours, 103 embryons chimériques se sont formés. Au jour 19, cependant, il ne restait que trois chimères vivantes – et elles ont ensuite été arrêtées.

« Ces connaissances nous permettront de revenir en arrière et d’essayer de repenser ces voies qui permettent un développement approprié des cellules humaines chez ces autres animaux », a déclaré Juan Carlos Izpisua Belmonte, professeur de génétique à l’Institut Salk en sciences biologiques, en Californie, et coauteur de l’étude. «Notre objectif n’est pas de générer un nouvel organisme, ni un monstre », a ajouté le chercheur. « Et nous ne faisons rien de tel. Nous essayons de comprendre comment les cellules de différents organismes communiquent entre elles. »

D’après les chercheur.euse.s, le fait d’avoir vu des cellules humaines croître à un rythme aussi élevé pourrait être une percée. Mais malgré ce succès scientifique, la recherche soulève un certain nombre de questions éthiques. En effet, une expérience chinoise en 2019 avait permis de créer des chimères porc-macaque, mais ces derniers étaient morts une semaine après leur naissance.

Dans le cas de l’utilisation de cellules humaines, les limites à ne pas dépasser sont donc encore à fixer. Quant à la question de savoir s’il est éthique d’utiliser des animaux pour « cultiver » des organes à destination des humains, les scientifiques ont visiblement déjà répondu.

NPR

Mosquée de Strasbourg : le bras de fer entre l’Etat et la mairie EELV de Strasbourg se durcit

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Deux semaines après le vote par le conseil municipal de Strasbourg du «principe» d’une subvention de plus de 2,5 millions d’euros pour la construction d’une mosquée, le préfet du Bas-Rhin a annoncé saisir la justice.

 

Bras de fer entre l’Etat et la maire écologiste de Strasbourg : deux semaines après un vote controversé sur le «principe» d’une subvention municipale de plus de 2,5 millions d’euros pour la construction d’une mosquée, le préfet du Bas-Rhin a annoncé le 6 avril saisir la justice afin de faire annuler cette «décision litigieuse». Le vote du conseil municipal du 22 mars avait suscité une vive réaction du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a reproché à la maire (EELV) Jeanne Barseghian de financer une «ingérence étrangère», en l’occurrence celle de la Turquie, sur le sol français. Le ministre a également reproché à la Confédération islamique du Millî Görüs (CIMG), qui porte le projet, de ne pas avoir signé la «Charte des principes de l’islam de France».

«Les échanges de courriers récents» entre le préfet du Bas-Rhin Josiane Chevalier et le maire n’ont «pas permis d’aboutir au retrait de la délibération du conseil municipal», a fait savoir la préfecture, annonçant sa décision de «déférer la délibération litigieuse au tribunal administratif de Strasbourg». «Il s’agit d’obtenir l’annulation de la délibération du conseil municipal dont nous contestons la légalité», a indiqué la préfecture à l’AFP, sans plus de précisions sur les moyens juridiques invoqués. La préfecture rappelle que la subvention, qui devait encore être confirmée par un second vote du conseil municipal, est destinée à la CIMG qui conduit le projet de la Grande mosquée Eyyub Sultan, en cours de construction à Strasbourg.  «La Ville de Strasbourg prend acte du déféré, par la préfète de Région (et du Bas-Rhin, ndlr) Josiane Chevalier, de la délibération relative au principe d’une subvention à la mosquée Eyyub Sultan auprès du tribunal administratif (TA) de Strasbourg», a indiqué peu après la ville dans un communiqué. Le président du futur lieu de culte et de la CIMG Région Grand Est Eyüp Sahin s’est dit «particulièrement affecté» par les «nombreuses accusations» visant son association et son projet. Dans une déclaration de principe endossée par deux autres organisations islamiques, Millî Görüs a proclamé à cette occasion son «adhésion aux principes de la République [et son] rejet de l’influence des Etats étrangers». Selon un sondage Ifop publié ce 7 avril et commandé par le Grand Orient de France, les Français interrogés sont très défavorables au projet de construction de cette mosquée. L’institut de sondage évoque un «cinglant désaveu» et assène : «85% des Français s’y opposent, comme 81% des Alsaciens-Mosellans, 79% des Strasbourgeois et 87% sympathisants EELV.»

Le 1er avril, la mairie de Strasbourg avait indiqué que la décision définitive sur l’attribution de la subvention controversée serait «prise rapidement, en transparence», dans le courant du mois. La ville de Strasbourg avait également indiqué avoir présenté des «exigences» aux porteurs du projet «en termes de solidité du plan de financement et d’adhésion sans équivoque aux principes républicains». La maire, Jeanne Barseghian, a également affirmé dans une lettre à Emmanuel Macron n’avoir reçu jusqu’au 23 mars «aucune alerte» de l’Etat sur Millî Görüs et son projet.

Millî Görüs rejette les accusations d’allégeance à Ankara ou de «séparatisme».

Le Concordat d’Alsace-Moselle autorise les collectivités à financer la construction d’édifices religieux. Millî Görüs a ainsi entretenu des contacts avec l’Etat dans le passé, obtenant en 2020 une «subvention» de 2 500 euros pour une «action caritative» ou nouant avec lui une «convention» pour lutter contre l’insécurité routière. Millî Görüs a également déposé un projet de salle de prière auprès des services de la Ville de Mulhouse (Haut-Rhin). De son côté, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait jugé le 1er avril que Millî Görüs allait «à l’encontre des valeurs de la République» et n’avait «pas vocation à organiser des activités, à exister dans la République», sans toutefois annoncer la dissolution de cette organisation. L’association Millî Görüs a pour sa part vivement récusé les accusations, selon elle «infondées», d’allégeance à Ankara ou de «séparatisme», lors d’une conférence de presse le 6 avril. Eyüp Sahin, président du lieu de culte en construction et de la Confédération islamique Millî Görüs (CIMG) Est, a déclaré : «Nous avons été décriés tantôt comme étant des personnes instrumentalisées par des gouvernements étrangers, tantôt comme des personnes qui utilisent la religion pour faire de la politique.» Millî Görüs a toutefois refusé de signer la charte demandée par le gouvernement. Le président de la CIMG France, Fatih Sarikir, s’est défendu : «La Charte provisoire n’a aucune valeur juridique». Eyüp Sahin déclare enfin que le financement du projet de mosquée est «transparent» et que les «accusations d’islam politique sont fausses, infondées».

RT France

Couvre-feu sur nos âmes

 

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Voilà maintenant un an que le monde vit au rythme imposé par un virus, le Covid, parti de Chine fin 2019. L’origine de ce virus reste à ce jour inconnue, peu importe, la menace existe et il faut continuer d’alimenter la phobie collective. En première ligne, les médias, qui exercent une influence pernicieuse sur le processus qui forme la vision psychologique du monde au sein de la société, en communiquant tous les jours le nombre de malades et de contaminés. Des médias, qui, par ailleurs, se sont mis récemment au service de grands groupes pharmaceutiques désireux de commercialiser leurs vaccins anti-Covid, alors même que des traitements efficaces existent. Médias et pouvoirs publics ont en effet négligé et discrédité depuis le début de l’épidémie, des solutions comme l’hydroxychloroquine ou l’artémisia annua efficientes contre le Covid. Bien entendu, tous ceux qui ne sont pas d’accord avec les médias sont taxés de complotistes, insulte facile qui empêche tout un chacun, d’émettre la moindre critique sur la situation actuelle. Le seul contrepoids à ce storytelling anxiogène, reste les rares alerteurs présents sur Internet, ces derniers subissant de plus en plus la censure des GAFAM. Nous serons probablement nous-mêmes taxés de complotistes en soulevant un certain nombre de questions qui nous paraissent nébuleuses.

 

En France, ce virus qui est mortel pour « seulement » environ 0,14% de la population, a causé la plus grave crise économique de l’après-guerre, en raison des confinements et des couvre-feux imposés à la population depuis plusieurs mois par le pouvoir politique. Des pans de secteurs-clés de l’économie comme le tourisme, la restauration et la culture qui faisaient la gloire de la France, se sont effondrés. Voilà plusieurs mois que la population française vit cloîtrée, masquée et privée d’interactions sociales les plus basiques, sans pouvoir se projeter, en se demandant où ce chaos va la mener. Notre existence ne voit sa signification que comme une fonction des liens sociétaux, l’isolation hédoniste nous fait perdre notre soi. Des mois qu’une majeure partie de la population est dans un état végétatif, écrasée sous le poids d’injonctions contradictoires et irrationnelles, d’une classe politique dont les décisions relèvent davantage d’impératifs économiques ciblés que de santé publique. Des mois que cette crise a plongé les plus fragiles d’entre nous dans la précarité et le désespoir. Dès le début de l’épidémie, le Président E. Macron, dans un ton martial, déclarait que « la France était en guerre ». Cette dernière semble être menée contre le peuple français, l’affaiblissant de jour en jour, en misant sur la stratégie du chaos. En un an, nous sommes passés d’une société de l’exubérance à une société de l’inertie. Une société dans laquelle toute conduite est réglementée devient figée, elle risque de périr par ossification et de laisser place aux dérives d’une société du contrôle, d’une globalisation du « QR code ». Le désespoir existentiel, si largement ressenti aujourd’hui dans la population provient en particulier de l’effondrement des valeurs, comme les valeurs transcendantales. En l’absence de valeurs solides, nous en sommes réduits à de simples consommateurs ou à suivre les préférences. Les individus ne recherchent que leur propre intérêt ou caprice. Le sociologue Robert M. MacIver les qualifia d’individus anomiques, qui n’ont aucun sens de la responsabilité ou de l’engagement social. Les suicides en augmentation depuis la crise du Covid sont une manière de fuir la « dégradation de la vie » elle-même. L’anxiété, également en croissance, se révèle dans des complots imaginaires et dans l’idée qu’un groupe malfaisant prépare la destruction du pays.Avec Internet, Netflix et les réseaux sociaux, l’individu est réduit à l’insignifiance mentale par le « super flux » de culture et par l’inondation de données qu’il est incapable de digérer.

 

Le virus du Covid a fait place dans les médias à la rhétorique autour du nouveau monde ou du monde d’après. Faudrait-il encore que cette crise ait réussi à réveiller les consciences en vue d’un changement radical. La consommation est toujours là pour cacher la vacuité de l’existence et rendre la vie agréable. Les valeurs de conscience de groupe et  de coopération ont laissé place à l’individualisme et à la compétition. Dans une société d’aliénation totale, les gens réagissent soit par la violence soit par le désespoir. Le nihilisme et l’ennui si courants aujourd’hui, sont les conséquences directes de l’aliénation. La rapidité des changements sociaux a diminué la force des valeurs acceptées en nous obligeant à adopter une position subjective. C’est la raison pour laquelle, les gens n’essaient plus de prendre une position morale, mais cherchent à « s’adapter » malgré les nombreuses restrictions. Le pouvoir et l’influence d’internet, du fait de son usage individuel massivement consumériste et distractif qui isole l’individu, rencontre des limites, en particulier sur le terrain de l ‘engagement citoyen. Le mécontentement et la colère sont certains, mais où sont les manifestants dans la vie réelle à part les Gilets jaunes ? De profonds remous protestataires sont-ils à craindre si la situation venait à se dégrader ? La dérive de ce monde est d’engendrer des déséquilibres sociaux qui ne sont que la conséquence du spirituel dans le temporel au profit d’une superpuissance marchande et technologique. L’existence d’un état de frustration très répandu est à l’origine de l’augmentation de la violence que connait notre société actuelle. Le scientifique Donald Schön reconnait que notre société est témoin d’une disparition des organisations et institutions stables, supports de l’identité et des systèmes de valeurs.  Il ajoutait que « le changement a une puissance énorme…et produit une angoisse énorme ». Nous vivons dans une instabilité permanente, l’individu n’est pas destiné à vivre dans un environnement en perpétuel bouleversement. La plupart de nos frustrations proviennent en effet de la trop grande vitesse du changement social issu de l’expansion de la science et de la technologie.

 

Que révèle cette crise inédite d’un point de vue sociétal, dont le Covid est une prémisse ? Que de nombreuses idéologies ont échoué. Que les totalitarismes sont devenus de plus en plus protéiformes. Que les mesures liberticides imposées aux peuples ne sont que sécuritaires. L’État-nation n’est devenu qu’un simple appareil sécuritaire au service de méga-entreprises. Les États, dont la France, sont poussés à des démarches et des volontés économiquement irrationnelles pour des motifs à caractère méta économiques. Les méga industries pharmaceutiques exercent en effet des pressions considérables sur les gouvernements. La mondialisation n’est rien d’autre qu’une extension totalitaire de leur logique appliquée à tous les domaines de l’existence. Des méga groupes économiques, dont les laboratoires pharmaceutiques, avec la vaccination de masse « forcée », s’activent pour mettre en place un nouvel ordre mondial. Orwell avec son ouvrage 1984 célébré comme le visionnaire critique des défauts de la société capitaliste est aujourd’hui dépassé ! L’excès d’informations mène à la confusion et nous empêche de réfléchir. En manipulant l’information, le pouvoir totalitaire détruit le critère même de vérité. Puisque la vérité est changeante, en fonction des besoins du pouvoir, le mensonge peut devenir vérité ou plutôt c’est la notion même de vérité qui disparait. Il y a quelques mois, selon le gouvernement, le port du masque était inutile dans la rue, il est aujourd’hui obligatoire sous peine d’amende (même si d’éminents scientifiques continuent de dire que le masque ne protège pas du Covid).

 

Le monde dans lequel nous sommes embarqués en ce début du XXIème siècle est celui de la mondialisation néolibérale et de l’émergence de nouvelles puissances. Nous assistons avec la crise du Covid à une transition majeure, le passage d’un monde ancien vers un monde nouveau. La révolution numérique est en train de transformer nos vies encore plus radicalement que la révolution industrielle. Les techniques de surveillance, de manipulation, de censure sont à l’œuvre pour dérouler la feuille de route du nouvel ordre mondial. Le futur proche est celui des robots, et annonce une nouvelle humanité ou plutôt devrions nous dire une inhumanité, dont les programmes de port du masque et de distanciation sociale ne sont que les catalyseurs d’une habituation à côtoyer les machines. La vogue actuelle des grands laboratoires de recherche scientifique est en effet celle d’une technologie toute puissante qui prévoit de créer un « homme machine » ou une machine qui dominera l’Homme dans un projet qui dépasse de beaucoup l’entendement des religions. Ce siècle voit la rivalité du fondamentalisme religieux et du fondamentalisme technologique avec au centre, l’Homme comme première victime. Le transhumanisme, la religion du mondialisme, créerait moins une unité mondiale qu’elle unifierait les forts en excluant les faibles sur des critères d’humanité somatique et psychologique en recourant à la vaccination pour les personnes âgées ou les plus vulnérables. Le transhumanisme peut devenir dangereux quand il est transgressif, qu’il touche au patrimoine génétique en voulant modifier le génome humain, avec les vaccins à ARN messager anti-Covid, dont nous sommes aujourd’hui les cobayes. Les religions condamneraient un transhumanisme areligieux, qui ignore les frontières entre le naturel et l’artificiel, entre matière et esprit, entre vivant et non-vivant.

 

La  crise spirituelle que nous traversons a fait dégénérer la raison et la structure sociale des sociétés. Plus la morale diminue, plus la compétition frénétique se transforme en individualisme agressif, en mécontentement et en anarchie. La régression de la pensée religieuse a désagrégé la formation de la conscience humaine. L’acceptation des vérités fondamentales d’une religion permet en effet à l’homme tout un champ de cognition possible où son esprit peut se mettre à la recherche de la Vérité. Redécouvrir des valeurs religieuses nous renforce, nous montre le sens de la vie, de la mort et de l’Histoire. C’est une des raisons pour laquelle, le croyant vit avec moins de difficultés la crise actuelle. La spiritualité facilite aussi notre acceptation introspective de notre intériorité. Le monde moderne est plongé dans une course folle où les identités individuelles et collectives seront sacrifiées sur l’autel d’un nouvel ordre mondial. Des pays comme la Chine et Israël, ont déjà mis en place des programmes de surveillance, de contrôle (Crédit social en Chine) et de traçage (Passeport vert en Israël). Avec la crise du Covid, nous sommes entrés dans l’ère d’une « normalité totalitaire » avec les nombreuses restrictions imposées aux peuples depuis un an. La caractéristique principale du totalitarisme nous rappelle Guy Hermet c’est « de pouvoir, en permanence, limiter la possibilité d’action autonome dans n’importe quelle sphère d’activité sociale ».

 

Nous assistons finalement à l’échec de la modernité, une inversion des valeurs, où le mensonge domine la vérité, où l’incompétence domine la compétence, où la bêtise domine l’intelligence, où le vulgaire a triomphé. Nous sommes les témoins semble-t-il, d’une lutte qui oppose les forces du Mal à celles du Bien. L’eschatologie interprète notre époque comme l’avènement de la fin des Temps. Emmanuel Macron, dans une interview accordée au Financial Times en avril 2020, déclarait que « la Bête de l’événement est là et elle arrive. » À quoi faisait-il allusion ? Nous sommes en droit d’attendre, de la part du chef de l’État, un discours clair qui analyse les faits et propose des actions à mener. En lieu et place, E. Macron développe une rhétorique tortueuse et sibylline. Mais à quelle Bête faisait référence E. Macron ? A la Bête de l’Apocalypse, figure de l’eschatologie chrétienne qui symbolise le pouvoir de Satan et de ses moyens mis en oeuvre pour arriver à ses fins ? Au Dajjal, le grand trompeur dans l’eschatologie musulmane, qui régnera à la fin des Temps ? Ou E. Macron faisait-il allusion à l’imminente arrivée du Machia’h dans la tradition juive ? La Bête sera-t-elle incarnée par le Nouvel Ordre Mondial auquel il faudra adhérer en recevant la vaccination ? Ou le visage de la Bête sera-t-il celui d’une intelligence artificielle supérieure qui scrutera tout ?

 

La crise anthropologique de la démocratie qui n’a pas été capable de relever le défi de l’harmonie touche sans doute à sa fin. Le post-modernisme sera celui du fondamentalisme religieux et du fondamentalisme technologique. Seul un monde « para primitif », dépourvu de tensions créées par le libéralisme et l’instabilité de l’environnement, pourra donner à l’homme le temps, l’espoir et la sensibilité qui lui permettront de s’intéresser à son intériorité. De grandes et profondes mutations à l’échelle mondiale se déroulent sous nos yeux. La vérité apparente fera place à la vérité cachée. Nous devons user de notre libre arbitre, choisir notre vie et redevenir souverain, si nous ne voulons pas connaitre le monde cauchemardesque prévu par les savants-fous du tout technologique,  des milliardaires qui ambitionnent de contrôler l’humanité. Enfin, pour ne pas conclure, nous citerons le Coran : « Ainsi, Nous avons placé dans chaque cité de grands criminels qui y ourdissent des complots. Mais ils ne complotent que contre eux-mêmes et ils n’en sont pas conscients » (S.6, v.123).

 

Fatima Achouri

 

 

 

Ouvrages utilisés :

Repenser la vie- G. Rattray Taylor- Éd. Calmann- Lévy-1972

Totalitarismes – G. Hermet- Éd. Économica- 1984

Islam 2.0- F. Achouri -Éd. Michalon- 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Initiative anti-niqab : le « oui » à l’interdiction du voile intégral en Suisse adopté

 

Niqab, Voile, Femme, Phoque À CapuchonL’initiative populaire « Oui à l’interdiction de dissimuler son visage » en Suisse, aussi appelée initiative « anti-burqa », a été adoptée dimanche 7 mars d’une courte majorité. Elle a obtenu 51,21 % des suffrages et une majorité de cantons (20 sur 26), selon les résultats officiels publiés par le gouvernement fédéral. Le taux de participation s’est, quant à lui, élevé à 51.4 %.

La Suisse rejoint ainsi plusieurs pays européens comme la France, l’Autriche, la Belgique ou encore le Danemark dans l’interdiction du voile intégral dans l’espace public.

Les deux autres initiatives soumises au scrutin ce dimanche donnent le oui à un accord de partenariat économique avec l’Indonésie (51,6 %) mais rejettent l’introduction d’une Loi fédérale sur les services d’identification électronique (64,3 %).

 

Saphirnews

Yémen : l’aide internationale en baisse, l’ONU dénonce « une peine de mort »

Yémen, Middle East, Quartier

L’amertume prime au sortir d’une conférence internationale organisée lundi 1er mars par la Suisse et la Suède au profit du Yémen. Alors que plus de 100 gouvernements et donateurs devaient se réunir pour récolter près de 4 milliards de dollars au profit d’un des pays les plus pauvres au monde, frappé par une grave crise humanitaire seul 1,7 milliards d’euros sur les 3,85 milliards (3,8 milliards d’euros) espérés, ont été obtenus à l’issue de la rencontre.

La somme est encore plus basse que l’aide versée par les puissances internationales en 2020, qui manquait déjà de 1,5 milliards de dollars sur les 3,4 milliards nécessaires, rapporte RFI. Face à ce résultat, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, qui avait enjoint les donateurs à faire preuve de générosité pour endiguer une crise humanitaire sur le point d’« engloutir » le Yémen où « l’enfance est un enfer », n’a pas manqué de signifier sa déception.

« Le résultat de la réunion d’aujourd’hui (…) est décevant. Des millions d’enfants, de femmes et d’hommes yéménites ont désespérément besoin d’aide pour vivre. Réduire l’aide équivaut à une peine de mort », a-t-il déclaré, avant d’exhorter encore une fois, la communauté internationale à agir.

« Le résultat des engagements prévus est décevant. Je remercie ceux qui se sont engagés généreusement et je demande aux autres de réfléchir à nouveau à ce qu’ils peuvent faire pour aider à éviter la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies », a aussi écrit Antonio Guterres dans un tweet posté lundi 1er mars.

Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a lui aussi tenu à tirer la sonnette d’alarme. « Il va y avoir une plus grande famine encore au Yémen, c’est ça la réalité. Ça dépend maintenant de la vitesse à laquelle les donateurs vont transférer l’argent qu’ils ont promis et des engagements futurs qu’ils pourraient prendre. La moitié des besoins humanitaires sert au Programme alimentaire mondial. Et à lui seul, le PAM a besoin de 1,9 milliard de dollars pour éviter la famine. Nous n’avons même pas ces 1,9 milliard de dollars », a-t-il averti alors que dans le même temps, les Nations unies ont appelé à une aide « immédiate » pour mettre fin à la bataille du Marib où les violences se sont intensifiées.

 

Saphirnews

Le projet de loi contre le « séparatisme » adopté en première lecture à l’Assemblée nationale

Le projet de loi confortant les principes républicains, qui sera examiné en séance au Sénat à partir du 30 mars, contient une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne ou encore l’encadrement de l’instruction en famille.

C’est l’épilogue de deux semaines de denses débats : les députés ont adopté en première lecture le projet de loi confortant les principes républicains, mardi 16 février. Adopté par 347 voix pour, 151 voix contre et 65 abstentions, le texte était soutenu par la majorité mais jugé trop faible, ou hors sujet, par l’opposition. Il sera examiné par le Sénat à partir du 30 mars.

Laïcité versus islamisme : la matière était hautement inflammable dans un pays encore endeuillé par de récents attentats djihadistes, dont celui qui a conduit à la décapitation du professeur Samuel Paty à l’automne. Dimanche, près de deux cents personnes ont manifesté à Paris contre le projet de loi accusé de « renforcer les discriminations envers les musulmans ».

Quatre-vingts heures de débat

Voulu par Emmanuel Macron, le projet de loi confortant le respect des principes de la République met en musique une partie de son discours des Mureaux (Yvelines) du 2 octobre 2020, qui détaillait son programme contre le séparatisme islamiste.

Présenté comme le remède contre « l’OPA islamiste », le texte contient une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, l’encadrement de l’instruction en famille – disposition finalement la plus discutée –, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés.

Riche de quelque 70 articles, il a donné lieu à quatre-vingts heures de débats en séance et l’adoption de 144 amendements. Il touche à plusieurs libertés fondamentales, comme celles organisant l’enseignement ou les associations et retouche la loi totémique de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat.

Un texte « unijambiste » aux yeux de la gauche

En annonçant de futures mesures en faveur de l’égalité des chances, l’exécutif paraît avoir réussi à désamorcer les reproches de l’aile gauche du parti présidentiel, qui regrette l’absence de volet social à ce texte promu avant tout comme d’« ordre public ».

Malgré les promesses initiales de divisions, la majorité s’est massivement rangée derrière ce texte. Il n’y a pas eu « de désordre », s’est félicité le chef de file des députés La République en marche (LRM), Christophe Castaner. Cependant, dix « marcheurs » se sont abstenus et un a voté contre, Mustapha Laabid.

La gauche a, elle, regretté un texte « unijambiste » qui ne marche que sur le côté répressif. Pour la patronne des députés socialistes, Valérie Rabault, la loi n’apporte « pas de réponse à la ghettoïsation ». Le Parti socialiste (PS) s’est donc abstenu.

Même chose pour les communistes, critiques sur le volet social. « C’est un texte qui dit qu’il faut respecter les principes de la République » : difficile de voter contre, relève leur porte-parole Pierre Dharréville. Mais, ajoute Sébastien Jumel, il manque « un arsenal pour réarmer la République sur sa jambe sociale ».

Bien plus offensif dans les débats, le groupe La France insoumise (LFI) a, pour sa part, voté contre et pilonné un texte de « stigmatisation des musulmans », globalement hors sujet sur la laïcité. « Il y a (…) un séparatisme scolaire et territorial, mais ce texte ne l’aborde pas », déplore Alexis Corbière.

« Un texte mou » pour Les Républicains

De son côté, Les Républicains (LR) a également choisi de voter contre « un texte tiède, mou, d’affichage », selon le patron du groupe, Damien Abad. La droite fustige que la loi impose une « laïcité de défiance et de contrôle » sans aborder « les flux migratoires, la radicalisation dans les universités, à l’école, dans les prisons ou le sport ».

Au Sénat, où le projet de loi doit être examiné en séance à partir du 30 mars, Bruno Retailleau, chef de file de la droite majoritaire, entend supprimer l’article controversé sur l’école à domicile, introduire la notion de « séparatisme islamiste » et l’interdiction du voile dans les lieux publics.

Au Rassemblement national (RN), où l’on a destiné de s’abstenir, Marine Le Pen a fustigé une « reculade politique », critiquant les mesures sur l’instruction à domicile. Dans son contre-projet, la députée du Pas-de-Calais avait notamment appelé à bannir les « idéologies islamistes » et à interdire dans tout l’espace public les « tenues islamistes » comme le voile, une proposition ancienne du RN.

Le Monde / AFP

En Indonésie, le voile obligatoire désormais interdit dans les écoles publiques

 

Avatar, Femmes, Jeune Fille, Hijab, Jeune, MusulmanL’obligation du port du voile dans les écoles publiques est désormais officiellement interdite en Indonésie. Dans un décret publié vendredi 5 février, le ministre indonésien de l’Education, Nadiem Makarim, a annoncé que les écoles publiques risquaient des sanctions financières si elles n’obéissaient pas à cette nouvelle règle. Les écoles « ne peuvent pas rendre obligatoires » les vêtements à connotation religieuse, a déclaré le ministre.

La mesure a été saluée par des défenseurs des droits fondamentaux dont Andreas Harsono, collaborateur de l’ONG Human Rights Watch à Jakarta, pour qui « le décret est un pas positif pour protéger les droits des femmes en Indonésie ». En forçant des filles, des femmes et des enseignantes à porter le voile en Indonésie, cela a provoqué « harcèlement, intimidations, et des pressions, allant dans certains cas jusqu’à des expulsions ou des démissions forcées en Indonésie », a-t-il estimé auprès de l’AFP.

Cette décision survient après qu’une élève chrétienne a été contrainte à porter le hijab dans son établissement situé dans la ville de Pan Panjang, à l’ouest de l’île de Sumatra. Dans une vidéo enregistrée par ses parents lors d’une réunion, l’un des responsables de l’établissement a affirmé que le port du voile était une obligation pour l’ensemble des élèves féminines, quelle que soit leur religion.

La vidéo, largement partagée sur les réseaux sociaux, a provoqué l’indignation d’une grande partie de la population, poussant l’école à s’excuser. Face aux vives protestations, Yaqut Cholil Qoumas, le ministre des Affaires religieuses, a estimé que cette affaire n’était que « la pointe émergé de l’iceberg ». « La religion n’est pas censée être un sujet de conflit ou une justification pour agir de façon discriminante envers les autres croyances », a-t-il déclaré.

Le nouveau décret ne s’appliquera toutefois pas à Aceh, la seule province d’Indonésie régie par des lois islamiques très conservatrices et bénéficie d’une semi-autonomie.

 

Saphirnews

Pourquoi la charte des imams sera un probable échec ?

 

Document, Certificat, Charte, Papier, SceauAlors que ces dernières années la France a fait l’objet d’une vague d’attentats islamistes sans précédent, Emmanuel Macron s’est attaqué fin 2020 à la lutte contre les séparatismes  et notamment contre l’islamisme radical. Pendant que le projet de loi est débattu à l’Assemblée nationale, nous nous sommes penchés sur la charte des imams tant controversée. Depuis la création du CFCM[1] en 2003, plusieurs chartes ont été proposées aux gouvernements successifs, mais aucune n’a trouvé grâce de part et d’autre. Cet échec s’explique en particulier par les divergences au sein des fédérations représentatives de l’islam, dont les cadres sont affiliés à des États étrangers.

La charte des imams proposée fin janvier aux différentes organisations musulmanes, composée de dix articles, ambitionne de restructurer l’orthodoxie musulmane afin de la conformer à la laïcité. L’universalité exige une vision de valeurs communes et partagées à toutes les religions, or, dans le cas présent, il s’agit de formater l’islam au contexte laïque, en imposant aux musulmans une adhésion à des valeurs qui s’opposent à la liberté religieuse. Il n’est plus question ici de principes laïques mais de valeurs laïques. Pourtant, la majorité des musulmans respecte les principes de la laïcité et ne remet pas en cause la liberté de conscience. Les valeurs supposent toujours une rencontre entre un être et une conscience. La foi a quelque chose d’incommunicable. L’objet de la foi et le sentiment de croire ne peuvent s’exprimer par des énoncés édictés dans une charte. Ainsi, l’État essentialise les musulmans, les réduit à un tout au nom d’une minorité agissante contre laquelle il entend lutter, et veut assigner ce tout aux valeurs de la laïcité.

 

Par ailleurs, cette charte est incohérente quant aux principes contre lesquels l’État entend s’attaquer. L’article 5 énonce que « (…) par des jugements théologiques ou politiques dictés par des théoriciens, idéologues ou des États étrangers » et d’ajouter dans l’article 6 que « Les signataires s’engagent donc à refuser de s’inscrire dans une quelconque démarche faisant la promotion de ce qui est connu sous l’appellation « islam politique ». En effet, depuis des décennies, l’État, d’une part, entretient des relations étroites avec l’   Arabie Saoudite, principal financeur et promoteur du wahhabisme à travers le monde, et d’autre part, impose aux responsables musulmans, de cesser leurs accointances politiques et idéologiques avec des États étrangers dont ils sont pour certains originaires. En outre, l’État fait venir des imams, principalement du Maghreb, qui ont une vision traditionnelle de l’islam afin de satisfaire aux actes et rites du quotidien (mariage, roquia, conversion, enterrement, cours d’arabe, etc.). En plus de l’idéologie wahhabite et salafiste diffuse sur le territoire, ces imams malikites[2] sont les courroies de transmission d’une  interprétation rigoriste du texte sacré, notamment sur la question du statut de la femme, dont les conséquences sont son voile et sa claustration. Ainsi, la plupart des acteurs impliqués dans la signature de la charte sont les promoteurs de pays comme l’Algérie, le Maroc et la Turquie, États qui financent l’islam en France. Sur le volet de l’islamisme, en déclin depuis 2011 en raison notamment du contexte terroriste international, ce dernier a été supplanté par un néo-islamisme dicté par le marché. Le discours du marché a en effet réussi à unifier le monde musulman là où l’idéologie politique a échoué, en astreignant les individus à un type de consommation massive qui a eu pour effet d’uniformiser et de normaliser. Le monde musulman n’a pas échappé à la spirale globaliste du libéralisme. En France, une partie grandissante de musulmans se retrouve autour du marché, le référentiel islamique est devenu marchand et identitaire plus que religieux et spirituel.

 

Cette charte des imams a une visée dictatoriale en ce qu’elle révèle : un État intrusif qui ne se limite plus à ses prérogatives légales, puisque ce texte cherche à contrôler les idéologies dans l’enceinte des lieux de culte. L’expérience historique de la laïcité est posée en normes, et les musulmans qui s’en écarteraient seraient considérés  comme déficitaires, dévoyés, et donc à ramener sur la bonne voie. Le fanatisme religieux, le refus de l’apostasie, la place de la femme ou le recours à la violence politique, font des musulmans une menace invisible et effrayante. La loi de 1905 possède une forte valeur idéologique, elle est le produit d’une longue confrontation entre forces cléricales et anticléricales. La laïcité voudrait effacer Dieu des affaires de la cité, et s’imposer comme la religion de la République. L’islam en fait aujourd’hui l’expérience, à l’instar du christianisme, qui, par le passé, était considéré comme l’ennemi de la laïcité. C’est ainsi que cette charte intime aux imams de dire le « vrai », de reformuler le logos au sein des lieux de culte, logos qui serait selon l’État, « anti-laïque » et dans certains cas « anti- France ». La Vérité est trop grande pour être gênée par des calculs politiques ou des contingences historiques. Le fidèle musulman attribue de la dignité à tout ce que l’islam lui présente comme sacré, un ensemble de lois morales, un mode de vie. L’État, avec le droit, veut dompter la conscience, l’intime de chacun. Comment peut- il contrôler une pensée, même si elle dérange ? L’État aspire à créer un islam à son image, sauf que l’islam n’a pas de clergé, de même qu’il n’existe pas de communauté musulmane. Cette charte, si elle est adoptée, aura tout au plus une valeur symbolique car l’imam n’a pas puissance d’autorité auprès des fidèles. Encore que ce rôle s’est considérablement affaibli avec l’avènement d’Internet pour véhiculer la parole de Dieu.

La période anxiogène que nous traversons, due au Covid-19, conduit le croyant à se réfugier davantage dans la foi. Cette dernière est une patience entre deux révélations, une sincérité qui cherche l’unité du moi et du monde en Dieu. La foi est dogmatique parce qu’elle est eschatologique. Saint- Augustin disait que « Dieu ne se révèle qu’eschatologiquement ». La période actuelle est chaotique, elle est annonciatrice selon les textes sacrés d’événements eschatologiques. La fermeture des lieux de culte en raison des restrictions sanitaires liées aux Codid-19 a vu émerger sur Internet des acteurs religieux influents qui avertissent les croyants sur l’imminente Fin des Temps, en les exhortant en particulier à se rapprocher de Dieu, à patienter et à endurer. A l’inverse, le danger d’Internet est de laisser le champ libre à des oiseaux de malheur, imams auto-proclamés ou savants fous, qui diffusent des contenus anxiogènes auprès d’individus fragiles, leur causant ainsi des troubles psychologiques (psychopathie, paranoïa, dépression, schizophrénie, etc.). Pourtant, la charte enjoint les responsables musulmans à contrôler les discours sur Internet, mission quasiment impossible par faute de moyens, dans un environnement où le contrôle reste défaillant pour traquer la fausse information.

 

Cette charte des imams, même si nous lui reconnaissons quelques points positifs, relève sur certains aspects de l’amateurisme et de l’ignorance sur les questions religieuses et sociologiques relatives aux musulmans. La judiciarisation du culte à travers cette charte ébrèche la liberté religieuse d’une partie des citoyens ostracisée dans la société, tout en n’étant pas du ressort de l’État si l’on s’en tient  au cadre de la loi de 1905. Cette intrusion dans la sphère religieuse peut être, à juste titre, perçue comme une posture colonialiste visant à imposer aux musulmans l’adhésion à une sorte de label d’un islam qui serait conforme à la laïcité.Toute réforme de l’interprétation des Textes devrait revenir aux musulmans compétents en la matière, tels que les théologiens et les jurisconsultes. Au lieu de cela, l’État convoque des notables selon un système de cour où chacun veut préserver sa place dans des salons dorés, ignorant ainsi les acteurs locaux qui connaissent le musulman du quotidien. L’État épuise les bonnes volontés et la loyauté des protagonistes de terrain au nom d’un combat et d’un calcul politiques.

 

Emmanuel Macron, avec cette charte, souhaite donner des gages aux tenants d’un laïcisme intolérant ainsi qu’aux populistes. Elle paraît en effet être rédigée sous l’influence des tenants d’une laïcité extrême qui, durant des années, ont déversé leur haine de l’islam et des musulmans sur les plateaux de télévision. Sur ce dernier point, l’article 9 précise que « Les musulmans de France et les symboles de leur foi sont trop souvent la cible d’actes hostiles. Ces actes sont l’oeuvre d’une minorité extrémiste qui ne saurait être confondue ni avec l’État ni avec le peuple français. »Le ressentiment produit de la frustration et nourrit la radicalisation. Le sentiment du deux poids deux mesures dans la liberté d’expression marginalise et stigmatise les musulmans qui vivent tranquillement leur foi. Par ailleurs, le dispositif sécuritaire mis en place depuis la vague d’attentats de 2015 devrait faire l’objet de décisions objectives, apaisées et concertées, entre les services de sécurité intérieure, afin de considérer efficacement toute menace potentielle contre les intérêts de l’État. Or, ces dernières semaines, la fermeture de lieux de culte ou d’associations, les gardes à vue, les restrictions à la liberté d’expression, en particulier depuis l’attentat contre Samuel Paty en octobre dernier, ont fait parfois l’objet de décisions autoritaires, arbitraires et iniques. Le tourbillon médiatique entraîne l’État à agir irrationnellement face à l’émotion collective. Si cette charte entend lutter contre l’islamisme radical, il est capital de s’interroger au préalable sur la signification de cette expression et sur ce qu’elle englobe. Or, il subsiste une nébuleuse autour de l’islamisme souvent assimilé à tort au communautarisme. Est-on islamiste parce qu’on se rend à la mosquée tous les jours ? Parce qu’on porte un jilbeb ou un kamis ? Parce qu’on critique la laïcité ? Ou parce qu’on vit entre coreligionnaires ?…

 

Avec cette charte, les valeurs de la laïcité doivent s’imposer à tout prix, comme si l’État menait un combat avec comme corollaire un vainqueur et un vaincu. Le thymos, ou désir de reconnaissance, est le siège de ce que les sociologues appellent « les valeurs », la lutte pour la reconnaissance. Francis Fukuyama[3] nous précise que ce désir de reconnaissance est aussi le siège psychologique de deux passions extrêmement puissantes, la religion et le nationalisme. La laïcité ambitionne de chasser l’islam de la cité, qu’elle ne considère pas comme faisant partie de la République, de le reléguer à la marge, à la périphérie. Une telle initiative alimentera les dissidences idéologiques, laissera le discours entre les mains des intégristes qui joueront sur le ressort de l’exclusion et de la haine, terreaux de la radicalisation. Cette charte nous paraît liberticide et intrusive car elle s’attaque à la liberté fondamentale qu’est la liberté religieuse, et à l’intime entre le fidèle et Dieu. En outre, la charte aggravera davantage les désaccords entre les fédérations musulmanes censées parler d’une même voix. Les débats autour de l’islam devraient être dépassionnés, empreints de bienveillance et de respect mutuel. Cette approche nous libèrerait de la tyrannie du présent, c’est-à-dire de critères et d’attentes imposés par l’État. Par les temps actuels, que ce soit pour la République ou pour les cultes, le besoin de dialogue et d’apaisement est une nécessité, et nous ne sommes pas convaincus que cette charte des imams œuvre dans ce sens.

 

 

Fatima Achouri

 

 

 

 

[1]          Conseil Français du Culte Musulman

[2]          Malikisme : École juridique de l’islam fondée par l’imam Malik ibn Anas au 8ème siècle présente au Maghreb.

[3]          La fin de l’histoire et le dernier homme- Ed. Flammarion- 1992

 

Une plainte pour discriminations envers les musulmans déposée contre la France à l’ONU

Une coalition d’associations issues de 13 pays a déposé devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies une plainte contre le gouvernement français pour islamophobie.

Dans une plainte déposée devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, une coalition internationale de 36 associations basées dans 13 pays à travers le monde accuse la France d’avoir pris des mesures discriminant sa population musulmane ou encourageant l’islamophobie.

Ces associations – dont le Conseil islamique de Victoria (Australie), l’Initiative musulmane européenne pour la cohésion sociale (Strasbourg ), l’Association musulmane de Grande-Bretagne, ou encore l’institut Yaqeen (États-Unis) – estiment «qu’il est urgent de lutter contre […] les attitudes islamophobes du gouvernement» français.  «En France, cette tendance a conduit à ce que les communautés musulmanes deviennent les cibles d’une hostilité accrue, à l’islamophobie et à une violence accrue envers les musulmans.

L’ingérence en France ne doit plus être retardée», déclare le Collectif dans la plainte. Il affirme également que l’islamophobie est un «problème systémique en France» et que «le gouvernement français sape et viole délibérément et systématiquement les libertés civiles fondamentales et les droits de l’homme». Les associations dépositaires citent comme exemple le projet de loi contre les séparatismes, en dénonçant un texte qui «se concentre uniquement sur la consolidation du contrôle politique, idéologique, théologique et financier des musulmans, leur refusant la liberté de pratiquer leur foi librement». Elles estiment par ailleurs que «le gouvernement français exploite le meurtre du professeur Samuel Paty à des fins racistes et islamophobes.» Un examen initial de cette plainte devra être effectué par le président du Groupe de travail des communications, et le secrétariat. Si la plainte satisfait aux critères de recevabilité, elle sera transmise à la France afin d’obtenir son point de vue sur les violations présumées qu’elles contient.

RT France

 

Le livreur Deliveroo accusé d’antisémitisme va être expulsé

Gérald Darmanin a annoncé sa décision après la condamnation de cet Algérien qui avait refusé de livrer des établissements tenus par des restaurateurs juifs à Strasbourg.

 

“J’ai pris la décision de faire expulser du territoire national le ‘livreur’ de repas qui, dans le Bas-Rhin, avait déclaré ne pas vouloir effectuer de livraisons auprès des clients juifs”. Ce jeudi 14 janvier, le ministre de l’Intérieur a indiqué sur Twitter que l’ancien livreur Deliveroo qui avait refusé de livrer les commandes de deux restaurants casher de Strasbourg a été condamné à 4 mois de prison ferme.

Cet Algérien de 19 ans était sous le coup d’une reconduite à la frontière avant sa condamnation. Le 7 janvier, deux restaurateurs juifs ont déposé plainte parce qu’un livreur Deliveroo avait refusé de prendre en charge leurs commandes, expliquant qu’il ne “livrait pas aux juifs

“Toute discrimination est interdite en France par la loi. On doit respecter tout le monde dans ce pays”, a insisté le président du tribunal Bertrand Gautier, en rendant la décision qui est assortie d’un mandat de dépôt et est conforme aux réquisitions du parquet.

Jugé en comparution immédiate, le jeune homme, arrivé en France avec un visa de tourisme il y a environ un an et désormais présent de manière illégale sur le territoire, fait également l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré sur Twitter avoir “pris la décision de (le) faire expulser du territoire national”.

En fin de semaine dernière, deux restaurateurs strasbourgeois avaient porté plainte, après s’être vu annuler ce jeudi soir la prise en charge de leurs commandes par un livreur Deliveroo, quand ils lui avaient indiqué, à sa demande, que leurs établissements faisaient de la cuisine israélienne.

Le livreur reconnaît l’annulation de la course

À l’audience, l’un des restaurateurs a réaffirmé que ce livreur, qui utilisait de manière non déclarée le compte Deliveroo d’un autre, lui avait dit: “Je ne livre pas les Juifs”, avant d’annuler la commande devant lui. Aidé par un interprète, le livreur a lui reconnu avoir annulé les commandes, comme la plateforme Deliveroo permet de le faire, mais pas avoir prononcé cette phrase.

L’avocat des deux restaurateurs, Raphaël Nisand, a estimé à l’issue de l’audience que “la justice a bien parlé”, mais a néanmoins regretté que Deliveroo n’ait pas été concerné par une action en justice.

Alors que Deliveroo avait affirmé lundi prendre “cet incident très au sérieux”, le président du tribunal a déclaré à l’audience que l’entreprise n’avait été “pas particulièrement coopérative ni très réactive” avec la police pour identifier ce livreur, qui utilisait les accès à la plateforme d’une personne et se faisait verser l’argent de ses livraisons sur le compte d’une troisième personne.

1000 euros à chacun des restaurateurs

“Nous sommes soulagés de l’issue de cette enquête, qui a permis d’identifier l’auteur de ces faits odieux, grâce à la coopération étroite de Deliveroo avec les services de police”, a de son côté affirmé la directrice générale de Deliveroo, Melvina Sarfati El Grably, dans un message écrit transmis à l’AFP.

L’entreprise a indiqué avoir “pris la décision irrévocable de mettre un terme à notre partenariat avec le titulaire du compte, pour manquement grave”, celui-ci ayant “en effet prêté son compte de manière illégale à l’auteur des faits, pratique que nous condamnons”.

Le livreur a également été condamné à verser 1000 euros à chacun des restaurateurs au titre de préjudice moral, ainsi que des dommages et intérêts à SOS Racisme Alsace, au Mrap, à la Licra Bas-Rhin, au Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et au Consistoire israélite du Bas-Rhin, qui s’étaient portés partie civile.

“La main des juges n’a pas tremblé devant l’antisémitisme”, s’est réjoui la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) sur Twitter.

 

 

Le HuffPost / AFP