A propos Fatima Achouri

Fatima Achouri est consultante diplômée de l'Institut de Gestion Sociale en ressources humaines et titulaire d'un Master 2 en civilisation arabe et musulmane. Elle a évolué pendant plus de douze ans au sein de grands groupes nationaux et internationaux dans des fonctions de management, relation client,GRH et en tant que consultante dans la gestion du multiculturel et du religieux. Spécialiste en ressources humaines et en islam, Fatima Achouri offre une expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public(Loi de 1905) et du privé(Loi de 1958).

Abd al-Wahid Pallavicini, figure de l’islam et du dialogue interreligieux en Italie, est mort

Abd al-Wahid Pallavicini s’en est allé. Cet acteur important du culte musulman et du dialogue interreligieux en Italie, fondateur de la Communauté religieuse islamique italienne (COREIS), est décédé dimanche 12 novembre à Milan. Retour sur le parcours d’un homme qui a marqué de son empreinte le paysage religieux italien.

Il a marqué de son empreinte le paysage religieux italien. Abd al-Wahid Pallavicini est décédé dimanche 12 novembre à Milan à l’âge de 91 ans, apprend-t-on par ses proches mercredi 15 novembre. Une prière funéraire est organisée vendredi 17 novembre dans la mosquée milanaise Al-Wahid, siège de la Communauté religieuse islamique italienne (COREIS) que le très respecté cheikh a crée 24 ans plus tôt. Qui fut-il ?

Abd al-Wahid (en arabe, le serviteur de l’Unique), né Felice Pallavicini en 1926 à Milan, grandit dans une ancienne et noble famille lombarde catholique. La présence musulmane en Italie était alors très faible. Sa quête spirituelle le mène à voyager dans les pays à majorité musulmane, notamment au Maroc où il finit par choisir l’islam pour religion.

« Sa conversion à l’islam dans les mains de Titus Ibrahim Burckhardt eut lieu le 7 janvier 1951, tandis que s’éteignait au Caire le métaphysicien René Guénon », rappelle l’Institut des hautes études islamiques (IHEI), fondé en 1994 par Abd al-Wahid Pallavicini et aujourd’hui présidé par son fils Yahya.

Un fervent disciple de René Guénon

Titus Ibrahim Burckhardt, un Suisse allemand né à Florence en 1908, consacra sa vie à l’étude de l’art traditionnel et sacré après sa conversion à l’islam dans les années 1930. Mort en 1984, il s’inscrivit dans la même tradition soufie que René Guénon, homme qu’Abd al-Wahid Pallavicini considéra comme son « guide spirituel ». Son admiration pour le métaphysicien, aussi appelé Abd al Wâhid Yahya, le poussa d’ailleurs à adopter le même nom que lui malgré qu’il n’ait jamais eu l’occasion de le rencontrer dans cette vie.

Après un voyage à Singapour, où il reçut l’autorisation de conduire une branche autonome de la confrérie Ahmadiyyah Idrisiyyah Shadhiliyyah – d’inspiration guénonienne – en Europe, Abd al-Wahid Pallavicini, honorée du titre de cheikh (ou shaykh), fonda dans les années 1980 en Italie et en France une communauté de musulmans rattachée au soufisme traditionnel. « Ses témoignages pour un œcuménisme « au sommet » font écho aux enseignements des maîtres spirituels musulmans qui renouvellent dans l’humanité le souvenir de Dieu », indique l’IHEI.


Un pionnier du dialogue interreligieux

En 1986, Abd al-Wahid Pallavicini est désigné par les administrateurs de la mosquée de Rome comme leur représentant officiel auprès du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. C’est la même année qu’il participe à la rencontre historique des religions pour la paix à Assise en 1986, initiée par le pape Jean-Paul II.

Passant son temps entre Rome et Milan, cet infatigable promoteur du dialogue interreligieux a depuis participé à des centaines de conférences et de rencontres à travers le monde avec de hauts responsables des religions abrahamiques.

En véritable disciple de René Guénon, il créa en 1990 le Centre d’études métaphysiques à Milan, qui rassemble chrétiens et musulmans afin de « contribuer à faire retrouver le sens originel des valeurs traditionnelles ». Le Centre vise à promouvoir « le langage métaphysique », source d’échanges interreligieux « privilégiés » qui évitent « un mélange de rites en un syncrétisme nivelant », selon la revue Politica Hermetica parue en 2002 pour le 50e anniversaire de la mort du métaphysicien. « L’approfondissement des aspects fondamentaux des diverses Traditions orthodoxes permet de réaliser un véritable œcuménisme « par en haut », et non une simple comparaison des théologies », lit-on.

En 2007, Abd al-Wahid Pallavicini lança à Milan l’Académie des études interreligieuses (ISA), un institut de formation permettant au grand public d’approfondir leurs connaissances sur les trois grands monothéismes.

 

Yahya Pallavicini

Yahya Pallavicini

Sa contribution essentielle à la construction d’un islam européen

Abd al-Wahid Pallavicini, auteur en 1991 de « L’islam intérieur – Message d’un maître soufi » est surtout connu pour avoir lancé en 1993 l’Association italienne pour l’information sur l’islam, devenue en 1997 la Communauté religieuse islamique italienne (COREIS). Celle-ci, qui fédère dès le départ une majorité d’Italiens convertis à l’islam, jette ainsi les bases d’un islam italien et même européen.

L’islam ne figure pas, aujourd’hui encore, parmi les religions officiellement reconnues en Italie mais la COREIS est devenu un interlocuteur incontournable de l’Etat et de ses institutions s’agissant du culte musulman, du fait de son importance dans le paysage religieux italien.

La structure a ainsi signé en avril 2017, avec d’autres associations musulmanes, un « pacte » avec le gouvernement visant à assurer de meilleures conditions de pratique de l’islam dans le pays en contrepartie d’un engagement des cadres religieux à, entre autres, appuyer la lutte contre l’extrémisme. « Une étape historique pour la formation d’un islam italien » à laquelle Abd al-Wahid Pallavicini a contribué, toujours aux côtés de son fils Yahya, vice-président de la COREIS.

Son héritage spirituel est désormais entre les mains de ce dernier. A 52 ans, l’imam de la mosquée Al-Wahid suit avec ferveur le chemin emprunté par son père dans le dialogue interreligieux.

Saphirnews

Pour la première fois, Barbie porte le voile

Mattel a présenté sa poupée voilée, créée en l’honneur de l’escrimeuse américaine Ibtihaj Muhammad.

C’est une première en plus de soixante ans d’existence. Le groupe américain Mattel a présenté lundi 13 novembre sa poupée Barbie créée en l’honneur de l’escrimeuse américaine Ibtihaj Muhammad, devenue en 2016 la première sportive américaine voilée à participer aux Jeux olympiques. Cette poupée arbore la tenue de l’escrimeuse ainsi qu’un voile, ce qui en fait la première Barbie voilée jamais fabriquée et vendue par Mattel.

« Un rêve d’enfance devenu réalité »

« Nous sommes ravis d’honorer Ibtihaj Muhammad avec une poupée Barbie unique ! Ibtihaj continue d’inspirer partout les femmes et les jeunes filles pour qu’elles repoussent les barrières », écrit sur Twitter Mattel, dont la poupée sera commercialisée en ligne à compter de 2018.

Cette poupée Barbie voilée a suscité toutefois des réactions très diverses sur les réseaux sociaux, déclenchant notamment un déchaînement de messages haineux.

 

Franceinfo

 

 

Une femme candidate au Consistoire israélite de Paris

Évelyne Gougenheim est la première femme candidate à la présidence du Consistoire israélite de Paris, dont l’élection aura lieu le 26 novembre. Son objectif : rendre au Consistoire sa représentativité et sa transparence.Ce n’était jamais arrivé : pour la première fois, une femme brigue la présidence du Consistoire israélite de Paris, la section parisienne de l’institution fondée par Napoléon dans le but d’administrer le judaïsme de France.

« Sans les juifs, la France ne serait pas la France », observe Évelyne Gougenheim, confirmant sa décision devant les journalistes conviés à la conférence de presse. Partisane d’un Consistoire fort et représentatif de toutes les tendances du judaïsme de France, la candidate plaide pour le dialogue. Issue des mondes de l’entreprise, de l’art et de la publicité, Évelyne Gougenheim « conteste avant tout la gestion [actuelle] du Consistoire », qui ferait selon elle l’objet d’une « monopolisation »non représentative de la diversité des tendances, le faisant « échapper à la communauté ». Il n’est pas dans son intention de fusionner les sensibilités, mais plutôt de favoriser « le dialogue et l’union ».

Dans une instance très majoritairement masculine, qu’elle n’hésite pas à qualifier de « discriminatoire à l’égard des femmes », son élection serait notamment « un signal fort contre le dogmatisme de l’islam » et constituerait à l’attention des musulmans « une invitation à reconsidérer leur position vis-à-vis des femmes ».

Une « concentration des pouvoirs » au sein du Consistoire actuel saperait, selon Évelyne Gougenheim, les voix de l’opposition par des mécanismes allant de la disparition de la plupart des anciennes commissions (éthique médicale, cacherout, etc.) au non-respect des statuts (notamment sur des questions de transparence) en passant par la violence verbale et par la censure de l’opposition par le pouvoir en place. La démocratie constitue ainsi un axe majeur de la campagne de la candidate, qui vise à « remettre la parole des rabbins au centre du Consistoire et de la société ». Il s’agit aussi de clarifier la gestion de l’institution bicentenaire en mettant en place une commission de contrôle de gestion qui veillera à la bonne tenue des finances du Consistoire et à la préservation du patrimoine juif de France.

Aider les juifs qui se sentent menacés

Au sujet de l’affaire Merah, Évelyne Gougenheim regrette la médiatisation « des tueurs d’enfants à tétine dans la bouche », qu’elle pense responsable de l’augmentation du nombre des attentats. Elle est, en outre, vice-présidente du comité de soutien « Vérité et justice pour Sarah Halimi ». Afin de venir en aide aux juifs qui se sentent menacés, la candidate propose la mise en place d’un dispositif de prise en charge et d’assistance.

Le 26 novembre aura lieu l’élection de la moitié des vingt-six membres du Conseil d’administration du Consistoire, qui élira à son tour sa présidence au mois de décembre. Évelyne Gougenheim considère le choix de cette date comme une attaque supplémentaire envers l’opposition, les synagogues étant particulièrement vides à cette période de l’année, qui suit une série de fêtes religieuses. Des 30 000 électeurs potentiels, aucune liste complète n’existe, l’élection risquant de ce fait de passer inaperçue de la plupart des juifs « consistoriaux » de la région.

À ce sujet, la candidate propose la mise en place d’une commission électorale neutre et répondant à des critères de transparence, permettant à chaque candidat de s’exprimer librement et sans entraves.

Se revendiquant juive traditionnaliste, Évelyne Gougenheim se veut rassembleuse et constitue pour ses partisans l’espoir d’un Consistoire renouvelé, représentatif, ouvert au dialogue interne et externe, transparent et accessible. « Commençons par changer d’esprit, promouvoir le dialogue et la démocratie, la légitimité et la pluralité. Le reste du programme viendra plus tard, propose la candidate. Le Consistoire est notre lieu à tous, et il nous faut aller de l’avant. »

 

Le Monde des Religions

Islam : le temps des femmes

En Asie, en Occident ou ailleurs, elles sont de plus en plus nombreuses à revendiquer la mixité et une place à part entière dans les mosquées. Certaines sont même devenues imams. Et ça ne fait que commencer.

Islamologue français de renom, le professeur Pierre Lory est catégorique : « Depuis treize siècles, la mosquée est un espace masculin, la mixité est proscrite, et la pudeur un impératif. » Érigées au cœur des villes, lieux de bienfaisance, parfois de santé et de savoir, les mosquées sont le centre de gravité des sociétés musulmanes, comme le sanctuaire de La Mecque est celui de la Oumma universelle.

La place qu’y occupent les femmes, aussi bien dans l’espace cultuel que dans la prédication, est le reflet de celle qu’elles tiennent dans les sociétés patriarcales qui ont été le berceau de l’islam. Pourtant, en Occident, depuis quelque temps, l’ouverture de mosquées au placement libre et ouvertes à tous, sans distinction de genre, d’orientation sexuelle ou d’obédience (sunnite, chiite ou autre), fait l’objet de nombreux reportages.

Des portraits fleurissent sur des femmes devenues imams, comme Sherin Khankan, une Danoise d’origine syro-finnoise, ou apprenties imams, comme la Germano-Turque Seyran Ates, qui ont ouvert une mosquée mixte, la première en février 2016 à Copenhague, la seconde en juin 2017 à Berlin.

Briser tous les tabous

Amina Wadud, une Américaine convertie, serait la première à avoir dirigé une prière, en 1994, à la mosquée du Cap, en Afrique du Sud. Imposture ? se demandent certains. Manière de briser tous les tabous de l’islam, affirment les autres. Pour les musulmans orthodoxes, le sacrilège est bien sûr absolu. « De même que l’ouverture de mosquées mixtes est une rupture, l’idée qu’une femme puisse être imam est complètement inédite, poursuit le professeur Lory.

Les hommes ont monopolisé le discours depuis trop longtemps

Certaines d’entre elles peuvent enseigner la religion à d’autres femmes, mais jamais sur un pied d’égalité avec les hommes. » Tout en se gardant de verser dans la provocation, Sherin Khankan prône une vision révolutionnaire du féminisme islamique. Il faut « déconstruire les hiérarchies et démonter les trônes sur lesquels les hommes, en position dominante, ont monopolisé le discours depuis trop longtemps sans tenir compte des problématiques qui concernent les musulmanes », écrit-elle dans La femme est l’avenir de l’islam (éd. Stock, 2017).

Patriarcat inter-religieux

Il est dans l’air du temps, en Occident, de souligner le machisme de l’islam. Le patriarcat cultuel est pourtant loin d’être son apanage. Hommes et femmes ont longtemps été séparés dans les synagogues – et le demeurent dans les plus orthodoxes. Il a fallu attendre 1935 pour qu’une femme puisse exercer le rabbinat, aux États-Unis, et elles ne sont aujourd’hui que trois en France.

Les Coptes d’Égypte prient toujours hommes d’un côté, femmes de l’autre. Dans les églises catholiques, le rite, jusqu’à sa réforme dans les années 1960, plaçait les croyantes à la gauche de l’autel. En mai 2017, la désignation du pasteur Emmanuelle Seyboldt à la tête de l’Église protestante unie de France a été une première.

Nul doute qu’il faudra attendre longtemps avant qu’une imam officie dans l’Hexagone. La seule mosquée « inclusive » française a été ouverte en 2012, près de Paris, par le Franco-Algérien Ludovic-Mohamed Zahed, un imam homosexuel, choqué cette année-là de ne trouver aucun religieux qui accepte d’enterrer selon les rites un transsexuel musulman.

A rebours du progressisme

À la Grande Mosquée de Paris, qu’il fréquentait auparavant, la tendance semble en effet aller à rebours du progressisme. En décembre 2013, les croyantes ont été reléguées dans son entresol pour suivre la prière, ce qui a provoqué la colère de nombre d’entre elles. Elles ont alors créé un collectif, Femmes dans la mosquée, qui a échoué à obtenir le retour dans la salle principale.

Ce qui me surprend le plus est le nombre de femmes qui se soumettent d’elles-mêmes à l’inégalité et aux interdits de la mixité

Sur le site de l’institution subsiste ce commentaire : « De tels comportements, relevant de l’agitation et de la propagande politique, sont condamnables. Et les mensonges colportés à des fins évidentes de fitna [« discorde »] par ce groupuscule d’activistes sont sans fondement. »

« En France, la mentalité des musulmans est encore très traditionnelle. Ce qui me surprend le plus est le nombre de femmes qui se soumettent d’elles-mêmes à l’inégalité et aux interdits de la mixité », commente Pierre Lory. Difficile de faire bouger les lignes de la tolérance dans le cadre très codifié de l’islam, où le fidèle évolue entre le recommandable et le blâmable, le pur et l’impur, le licite et l’interdit.

Pour Michael Privot, Belge converti et promoteur d’un islam européen progressiste, « les réactions conservatrices d’une majorité de musulmans face à l’égalité hommes-femmes ou à l’homosexualité révèlent l’extrême difficulté qu’éprouvent les communautés musulmanes à assumer leur propre diversité. Les demandes de mosquées mixtes émanent justement de ceux qui, voulant vivre leur foi, ne se sentent plus inclus dans la communauté ».

Mosquées mixtes

Dans ces lieux de culte, les homosexuels ne s’entendent pas promettre l’enfer, les croyants issus de courants minoritaires ne sont pas qualifiés d’hérétiques, et le hadith évoquant les « déficiences intellectuelles » des femmes est rarement cité. On y insiste plutôt sur celui qui narre le dernier sermon de Mohammed : « Aucune personne n’est supérieure à une autre, si ce n’est en piété et en bonnes actions. »

L’apparition de femmes imams permet aussi à leurs sœurs d’entendre des prêches qui répondent à leurs aspirations particulières

Dans les mosquées mixtes comme dans celles réservées aux femmes, ces dernières ne subissent pas non plus l’humiliation de devoir suivre la prière sur des écrans de télévision, depuis un sous-sol ou une mezzanine. D’autant que, dans les mosquées traditionnelles de petite taille, la première mesure que l’on prend pour gagner de la place consiste souvent à supprimer l’espace féminin…

L’apparition de femmes imams permet aussi à leurs sœurs d’entendre des prêches qui répondent à leurs aspirations particulières. Officiant pour l’essentiel en Occident, elles sont bien souvent prises entre le marteau des musulmans conservateurs, qui leur jettent l’anathème, et l’enclume de l’islamophobie croissante des sociétés dans lesquelles elles vivent.

« L’existence de femmes imams représente moins un défi lancé à l’islam qu’une façon de lutter contre l’islamophobie, estime Sherin Khankan. Si nous pouvons démontrer qu’au sein des mosquées les femmes sont les égales des hommes, alors les racistes et islamophobes se verront privés d’un de leurs arguments favoris. »

 

La mixité et l’imamat des femmes seraient-ils secrétés par les sociétés occidentales, comme s’en indignent leurs contempteurs musulmans, qui crient à la colonisation des esprits et à la perversion du message coranique ? Figure du féminisme musulman en France, la sociologue Hanane Karimi relève ainsi ce paradoxe : « Le discours de la nouvelle mosquée allemande est empreint d’une vision occidentale. Elle est interdite aux niqabs et aux burqas, ce qui est assez paradoxal pour un lieu de culte “inclusif”. »

Islam d’Occident ?

Mais celle qui, en 2013, a dirigé le collectif Femmes dans la mosquée rappelle aussi que des mosquées pour femmes existent ailleurs dans le monde (en Chine, chez les Ouïgours, en Afrique du Sud…), et que l’Algérie ou le Maroc forment des mourchidate, qui possèdent toutes les attributions d’un imam à l’exception de la possibilité de diriger le sermon du vendredi.

Si, dans les démocraties occidentales, des femmes peuvent devenir imam ou des mosquées ouvrir leurs portes aux homosexuels, c’est parce que ces sociétés l’autorisent et qu’un cadre légal les protège. De telles initiatives seraient rapidement frappées d’interdiction dans la grande majorité des pays musulmans.

Peut-on y voir se dessiner le visage d’un islam d’Occident, que nombre de responsables politiques appellent de leurs vœux ? « C’est l’Orient et non l’Occident qui est la source d’inspiration de la création du Forum des musulmans critiques, écrit Sherin Khankan. L’inspiration des musulmanes engagées dans l’émancipation des femmes ne procède pas du mouvement féministe des années 1960 et 1970, mais provient du monde entier, en particulier de la société musulmane. »

Il ne s’agit pas d’un islam d’Occident, mais d’une meilleure visibilité de ces dynamiques en Occident

Ainsi, le phénomène très médiatisé des « femmes dans la mosquée » doit moins être lu comme le fruit d’une influence particulière des mœurs occidentales sur la pratique de l’islam que regardé à la lumière des combats menés et des progrès accomplis par les musulmanes ailleurs dans le monde.

N’ont-elles pas obtenu récemment de pouvoir épouser un non-musulman (en Tunisie) ou de pouvoir conduire (en Arabie saoudite) ? « Il y a une dynamique globale à prendre en compte, analyse Hanane Karimi. Le système démocratique, l’affirmation de la défense d’un projet de société égalitaire, le confort lié à nos vécus d’Occidentales, l’engagement dans les luttes contre le racisme et la quête d’égalité sociale… Les premières personnes à avoir posé les bases de ces revendications appartiennent aux sociétés musulmanes. Il ne s’agit donc pas d’un islam d’Occident, mais d’une meilleure visibilité de ces dynamiques en Occident. »

 

Jeune Afrique

L’imam d’Al-Azhar à la rencontre du pape François pour parler de la lutte contre le terrorisme

 

Le dialogue interreligieux se poursuit entre l’institution Al-Azhar et le Vatican. Avant de participer, mardi 7 novembre à Rome, à une rencontre interreligieuse organisée par la communauté de Sant’Egidio, Ahmed al-Tayyeb, imam d’Al-Azhar, a rencontré pour la troisième fois le souverain pontife.

Le dignitaire religieux a promis au pape François une plus grande collaboration dans la lutte contre le terrorisme et a proposé « ses ressources et sa plus grande contribution pour une collaboration permanente afin de chercher des solutions au terrorisme ».

Le contenu de cette rencontre n’a néanmoins pas été communiqué. « Nous avons discuté des nombreuses questions qui tourmentent le monde et nous avons cherché à sonder l’avenir pour trouver ensemble les moyens de réduire les souffrances qui frappent les pauvres et les malheureux », a expliqué par la suite l’imam, en se déclarant « optimiste ».

Lors de sa rencontre avec Sant’Egidio, Ahmed al-Tayyeb a rappelé que les musulmans étaient victimes du terrorisme et payaient « un tribut plus lourd que les autres ». Décrivant un pape « profondément bon » qui a « un cœur inondé d’amour et du désir que l’humanité puisse bénéficier de l’échange entre les cultures », l’imam d’Al-Azhar a insisté sur le maintien d’un dialogue interreligieux : « Je veux dire ma conviction de la nécessité d’un dialogue entre les religions, entre les sages, au risque de retomber dans des périodes de violence et d’obscurité. »

Ahmed al-Tayyeb et le Pape François se sont déjà rencontré en mai 2016 puis en avril 2017 au Caire.

 

Saphirnews

Attentats déjoués, mosquées fermées… le bilan officiel de l’état d’urgence en chiffres

Le ministère de l’Intérieur a fait paraître, vendredi 3 novembre, peu après l’entrée en vigueur le 1er novembre de la loi contre le terrorisme, un rapport sur l’état d’urgence qui apporte un bilan chiffré officiel de celui-ci depuis son instauration le 14 novembre 2015.

En près de deux ans, les autorités ont compté cinq attentats à l’instar de ceux survenus à Nice et à Saint-Etienne-du-Rouvray mais aussi à Magnanville, aux Champs-Elysées et dernièrement à Marseille.

Elles recensent 13 tentatives d’attentat dont 8 tentatives recensées depuis le début de l’année 2017. 32 attentats ont été déjoués dont 13 depuis le début de l’année.

En réponse, les autorités ont effectué au total 4 469 perquisitions administratives (dont 3 594 jusqu’au 25 mai 2016) et ont délivré 754 assignations à résidence dont 41 sont en vigueur au 31 octobre 2017. Ils sont huit à être assignés à résidence depuis novembre 2015.

Depuis le début de l’état d’urgence, 19 lieux de culte musulmans ont fermé, dont 11 le sont jusqu’au 1er novembre. Ils sont désormais 10 à être fermés, la préfecture des Hauts-de-Seine ayant fait savoir vendredi que la salle de prière à Fontenay-aux-Roses, fermée le 29 septembre dans le cadre de l’état d’urgence, est aujourd’hui rouverte.

Le ministère de l’intérieur fait part du chiffre de 25 000 fichés S, dont 9 700 « pour radicalisation, essentiellement liées à la mouvance terroriste islamiste ». 12 000 personnes sont également inscrites au Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT).

 

Saphirnews

Yémen : au moins 15 morts dans un double attentat revendiqué par Daech

Quatre kamikazes se sont fait exploser, dont un lors de l’attaque contre le cortège du chef de la sécurité d’Aden. Au moins neuf djihadistes auraient été tués.

 

La double attaque constitue la première opération revendiquée par le groupe État islamique (EI) depuis près d’un an dans cette région du sud du Yémen. Au moins 15 personnes ont été tuées dimanche. La double attaque visait les services de sécurité à Aden. Dans un communiqué en ligne signé de la «  province Abyane-Aden  », l’EI affirme que des bâtiments de la brigade criminelle d’Aden, deuxième ville du pays, ont été «  incendiés  » et que «  des échanges de tirs se poursuivent  ».

Selon les services de sécurité yéménites, l’opération s’est déroulée en deux temps : une attaque à la voiture piégée contre le cortège du chef de la sécurité d’Aden, à l’entrée de son QG, puis une attaque contre le siège de la brigade criminelle adjacent. Cette double attaque a fait également 18 blessés, selon un bilan provisoire des services de sécurité. Quatre kamikazes se sont fait exploser, dont un lors de l’attaque contre le cortège du chef de la sécurité d’Aden, a-t-on ajouté de même source.

Neuf assaillants abattus

La précédente opération revendiquée par l’EI à Aden, ville sous contrôle du président Abd Rabbo Hadi, remontait au 18 décembre 2016. Celle-ci avait fait 48 morts et 84 blessés parmi des soldats rassemblés pour toucher leurs soldes. Dimanche, une trentaine de djihadistes ont pris d’assaut le complexe de sécurité de tous les côtés, créant la confusion et faisant croire à deux attentats distincts d’Al-Qaïda, a expliqué un responsable des services de sécurité. Selon lui, au moins neuf assaillants ont été abattus, mais certains ont réussi à prendre des otages, exécutant par balle deux policières.

Cette prise d’otages était en cours en début de soirée. Les assaillants ont par ailleurs libéré une cinquantaine de personnes détenues dans les locaux de la brigade criminelle, n’hésitant pas à remettre des armes à celles qui leur exprimaient de la sympathie, d’après la même source. Les policiers sur place ont, eux, réussi à évacuer et transférer une vingtaine d’autres détenus vers la prison centrale d’Aden. Quatre policiers, dont un colonel, ont été libérés en fin d’après-midi par les forces de sécurité, selon des sources sécuritaires.

Une force formée par les Émirats

Daech a fait son apparition dans le sud du Yémen après la reprise de la ville aux rebelles chiites houthis par les forces progouvernementales à l’été 2015. Depuis, les services de sécurité ont mené une lutte sans merci contre les djihadistes à Aden, et le chef de la sécurité de la ville, le général Chalal Chaeh, a survécu à cinq attentats. Ses services ont le soutien actif des Émirats arabes unis, l’un des piliers de la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite, qui intervient militairement au Yémen depuis 2015 en soutien au président Hadi et à son gouvernement.

Une force, formée et encadrée par les Émirats, a réussi ces derniers mois à chasser les combattants d’Al-Qaïda des principaux centres urbains des provinces de Chabwa et d’Abyane (Sud). Lors des nombreuses opérations menées par cette force, les combattants d’Al-Qaïda ont préféré se replier dans des zones difficiles d’accès. Le réseau djihadiste a riposté par des attaques ponctuelles contre cette force qui a perturbé sa présence dans sa zone traditionnelle d’implantation. Il continue parallèlement de subir des attaques de drones américains. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le conflit au Yémen a fait plus de 8 650 morts et quelque 58 600 blessés depuis mars 2015.

Dans le cadre de ce conflit, l’Arabie saoudite a lancé dans la nuit de samedi à dimanche une série de raids sur la capitale Sanaa, contrôlée par les rebelles houthis, selon des responsables rebelles. Le siège du ministère de la Défense, dans le centre de la capitale, a notamment été touché, ont ajouté ces responsables, qui n’ont pas fait état de morts ou de blessés. Ces raids ont suivi l’interception samedi d’un «  missile balistique  » tiré par les houthis depuis le Yémen contre l’aéroport international de Riyad. Dans un communiqué publié dimanche, le coordinateur humanitaire de l’ONU dans ce pays, Jamie McGoldrick, s’est dit «  horrifié  » par la poursuite des violences, dénonçant la mort de plus de quarante civils, dont 13 enfants, dans des bombardements depuis le début du mois.

 

Le Point

Arabie: une purge sans précédent vise princes, ministres et hommes d’affaires

L’Arabie saoudite a affiché dimanche sa détermination à poursuivre sans complaisance les dizaines de princes, ministres et hommes d’affaires arrêtés pour « corruption » en Arabie saoudite, lors d’une purge sans précédent qui a confirmé l’emprise croissante du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Cette opération coup de poing intervient en effet au moment où le prince Mohammed, 32 ans, fils du roi Salmane (81 ans), ne cesse de consolider son pouvoir au milieu de changements économiques et sociaux inédits dans le royaume ultraconservateur.

La vague d’arrestations fait suite à la mise en place d’une nouvelle commission anticorruption présidée par le prince héritier lui-même, conformément à un décret royal.

Parmi les dizaines de personnalités interpellées samedi figure le célèbre milliardaire Al-Walid ben Talal, selon une source gouvernementale.

Parallèlement, Metab ben Abdallah, chef de la puissante Garde nationale saoudienne et un temps considéré comme prétendant au trône, ainsi que le chef de la Marine Abdallah Al-Sultan et le ministre de l’Economie Adel Fakih ont été abruptement limogés.

Selon la chaîne Al-Arabiya à capitaux saoudiens, 11 princes, 4 ministres et des dizaines d’ex-ministres ont au total été arrêtés, alors que la commission anticorruption a ouvert des enquêtes sur des affaires, pour certaines assez anciennes dont une concerne les inondations meurtrières ayant dévasté en 2009 Jeddah (ouest).

Un responsable gouvernemental a donné à l’AFP une liste de 14 personnalités de haut rang limogées ou arrêtées incluant le prince Al-Walid.

Le cours des actions de Kingdom Holding Company, société internationale d’investissement détenue à 95% par le prince Al-Walid, a chuté de 9,9% à l’ouverture de la Bourse de Ryad avant de terminer la séance à -7,6%.

Le procureur général d’Arabie saoudite, Cheikh Saoud Al Mojeb, qui fait lui-même partie de la commission anticorruption, a affirmé que les « suspects se voient accorder les mêmes droits et le même traitement que n’importe quel autre citoyen saoudien. La position et le statut d’un suspect n’influencent pas l’application ferme et juste » de la loi.

Plus tard, le ministère de l’Information a annoncé que les comptes bancaires des personnes concernées seraient « gelés » et que tous les biens « résultant de la corruption » seraient « restitués à l’Etat ».

Sur les réseaux sociaux, les spéculations sont allées bon train sur le lieu de détention des suspects, le Ritz Carlton de Ryad étant le plus souvent mentionné. L’hôtel de luxe semblait fermé au public dimanche et son site internet indiquait que l’établissement était complet.

– ‘Nouvelle ère’ –

Avec ces arrestations, « le royaume ouvre une nouvelle ère et une politique de transparence, de clarté et de responsabilité », a affirmé le ministre des Finances Mohammed al-Jadaan.

Ces actions « décisives préserveront le climat pour les investissements et renforceront la confiance dans l’Etat de droit », a-t-il ajouté.

Le Haut comité des oulémas, un organe religieux influent, a affirmé que la lutte anticorruption était « aussi importante que le combat contre le terrorisme ».

Une source de l’aviation a par ailleurs indiqué à l’AFP que les forces de sécurité avaient cloué au sol des avions privés, peut-être pour empêcher que certaines personnalités quittent le territoire.

« L’étendue et l’ampleur de ces arrestations semblent être sans précédent dans l’histoire moderne de l’Arabie saoudite », a affirmé à l’AFP Kristian Ulrichsen, spécialiste du Golfe à l’institut Baker de l’université Rice, aux Etats-Unis.

– Arrestations en septembre –

Cette vaste purge a eu lieu moins de deux semaines après une intervention choc du prince héritier, surnommé MBS, à un forum économique d’investisseurs le 24 octobre à Ryad.

Ce jour-là, il a promis une nouvelle Arabie « modérée, ouverte et tolérante », en rupture avec l’image d’un pays longtemps considéré comme l’exportateur du wahhabisme, version rigoriste de l’islam qui a nourri nombre de jihadistes à travers le monde.

« Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant », a-t-il assuré.

En septembre, les autorités ont annoncé finalement la levée de l’interdiction faite aux femmes de conduire mais, peu auparavant, elles avaient déjà procédé à des arrestations dans les milieux religieux et intellectuels. Des ONG avaient alors dénoncé « l’autoritarisme » de MBS.

Selon des analystes, nombre de ces dissidents critiquaient la politique étrangère musclée de Mohammed ben Salmane, comme le boycott du Qatar, ainsi que certaines réformes comme la privatisation d’entreprises publiques et la réduction des subventions de l’Etat.

Contrôlant les principaux leviers du pouvoir, de la défense à l’économie, Mohammed ben Salmane semble chercher à étouffer les contestations internes avant tout transfert formel du pouvoir par son père.

Par ailleurs, le prince Mansour ben Moqren, vice-gouverneur de la province saoudienne d’Assir, est mort dimanche dans le crash d’un hélicoptère dans le sud du royaume, près de la frontière du Yémen en guerre, a indiqué la TV d’Etat Al-Ikhbariya.

« D’autres responsables » se trouvaient à bord de l’appareil, a ajouté la chaîne sans évoquer leur identité ou leur sort. Les causes du crash n’ont pas été précisés.

AFP

La polémique enfle autour de la croix de Ploërmel

La décision du Conseil d’État, mercredi 25 octobre, de faire retirer la croix surmontant une statue de Jean-Paul II en Bretagne a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, réunies sous le hashtag #MontreTaCroix.

Le gouvernement polonais a annoncé vouloir « sauver de la censure » cette statue de l’ancien pape, proposant de la transférer en Pologne.

 

 

Contraire à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, la croix qui surmonte la statue de Jean-Paul II à Ploërmel (Morbihan) ? Oui, a tranché le Conseil d’État le mercredi 25 octobre, confirmant une injonction déjà prononcée en première instance. Non, ont rétorqué, depuis, de nombreux internautes sur les réseaux sociaux.

Le hashtag #MontreTaCroix est devenu viral au cours du week-end. Les utilisateurs du réseau Twitter s’en sont servis pour partager des photos de croix prises dans toute la France, revendiquant ainsi les racines chrétiennes du pays. De Limoges à Verdun et de Saint-Tropez à la Normandie, en passant par les sommets de Haute-Savoie ou des Pyrénées, chacun y est allé de son image, exhibant des croix de bois, de granit ou de fer forgé.

« La cathédrale de Reims vue du ciel forme une croix », rappelle un internaute, photo à l’appui. « N’oublions pas que la croix est aussi le symbole de millions de soldats morts pour que nous restions libres », précise un autre en partageant un cliché de cimetière militaire. « Chers purificateurs du Saint Conseil d’État, pourriez-vous ordonner en urgence le démontage de la croix qui se trouve sur le dôme du Panthéon ? », ironise un troisième.

Personnalités de droite et d’extrême droite

Parmi ces internautes offusqués, plusieurs se disent athées mais attachés malgré tout au patrimoine religieux. « Pas besoin d’être une grenouille de bénitier pour participer à #MontreTaCroix, il suffit juste d’être intellectuellement honnête », assure ainsi un certain Arthur Pithude.

L’initiative a été saluée et suivie par de nombreuses personnalités politiques, principalement issues de la droite et de l’extrême droite : Valérie Boyer et Isabelle Balkany des Républicains, Jean-Frédéric Poisson et Christine Boutin du parti chrétien-démocrate, ou encore Louis Aliot et Gilles Penelle du Front national.

La Pologne s’interpose

De son côté, la première ministre conservatrice polonaise Beata Szydlo a annoncé samedi 28 octobre que la Pologne tenterait de « sauver de la censure »cette statue de Jean-Paul II à Ploërmel. « En cas d’accord des autorités françaises et de la communauté locale », le monument pourrait ainsi être transféré en Pologne.

« Notre grand compatriote, un grand Européen, est un symbole de l’Europe chrétienne unie, a déclaré Beata Szydlo à propos de l’ancien pape, décédé en 2005. Le diktat du politiquement correct – de la laïcisation de l’État – laisse la place libre à des valeurs qui nous sont étrangères culturellement et qui mènent à terroriser la vie quotidienne des Européens. »

La statue de la discorde, don de l’artiste russe Zourab Tsereteli, a été installée sur une place de Ploërmel en 2006. À l’époque, elle avait déjà suscité quelques remous auprès de militants laïques.

Après la décision du Conseil d’État le 25 octobre, la commune bretonne a six mois pour procéder au retrait de la croix. La statue en elle-même n’est pas remise en cause.

 

La Croix

Algérie : L’islamisme s’empare de l’université

 

Des campagnes de «hidjabisation» et de «kamissisation» sont organisées de temps à autre ; des organisations estudiantines aux relents islamistes font la loi dans les campus et s’arrogent les prorogatives des gardiens de la morale et des bonnes mœurs.

Ils sont aidés par les chaînes de télévision à travers des reportages et des télé-prêches de prédicateurs de tout bord. Enfin, l’administration a fini par céder et à traduire ces appels par les faits. Les débats autour de l’université tournent désormais autour des «chiffons» en lieu et place de la probité intellectuelle et des questions de savoir et de la qualité de l’enseignement.

Cet ogre dormant nommé «islamisme» ou qualifié par certains de «conservatisme» menace désormais nos universités qui risquent de devenir des arènes violentes entre «les radicalistes» d’un côté et les «progressiste» de l’autre, loin du débat serein, tolérant et objectif. De nombreux observateurs ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur ce danger qui guette nos établissements du supérieur, sans que les autorités ne prennent les mesures nécessaires pour mettre fin à cette inquisition qui ne dit pas son nom.

Au début du mois d’octobre, la directrice de la résidence universitaire pour filles de Fesdis de Batna avait émis une directive instruisant les filles à porter une tenue «décente» et de tenir le «comportement d’une bonne musulmane qui préserve sa foi». Par cette instruction, la directrice transgresse et la Constitution et les lois de la République en toute impunité.

Agents de sécurité ou police religieuse ?

Pour se dédouaner, souvent les directeurs des résidences et les recteurs se cachent derrière de fallacieux prétextes et évoquent des plaintes supposées émanant des agents de sécurité «qui signalent des comportements jugés indécents, voire vulgaires de la part des étudiantes» qui se livrent selon des témoignages de certains directeurs de cités U «au jeu de la séduction». D’autres s’appuient sur des réclamations exprimées par les organisations étudiantes pour mettre fin à ce qu’ils appellent «la dépravation des filles».

Mais surtout, ce sont les agents de sécurité qui imposent leur diktat et leur loi et «harcèlent au quotidien les étudiantes jugées trop libres», accuse de son côté une étudiante, résidente à la cité U de Dély Ibrahim. On se souvient de l’histoire de l’étudiante qui s’est vue refuser l’accès à l’université par un agent de sécurité au fallacieux motif que la jupe portée par celle-ci, alors qu’elle était pourtant accompagnée par son époux, n’était pas admise et ne répondait pas aux «préceptes» prônés par l’agent de sécurité, conforté par ses responsables, dont l’actuel ministre de l’Enseignement supérieur, Tahar Hadjar, à l’époque recteur de l’université Alger 1 avant de se rétracter et demander des excuses deux jours plus tard, soit le jour de sa nomination au gouvernement. A cause d’une histoire d’accoutrement, la pauvre étudiante humiliée a failli ainsi rater toute une année de sa carrière.

Pourtant, le texte du règlement intérieur ne précise aucunement les mensurations, les modèles, les coupes, ainsi que les couleurs… ; en d’autres termes, le code vestimentaire à respecter.

Chantage par la famille

 Tentant de minimiser la polémique, les responsables assurent que les étudiantes «ne se sentent pas insultées par ces mesures». Or, dans les faits, il s’agit plutôt de la loi de l’omerta. En effet, beaucoup d’entre elles évoquent le chantage exercé par les intendantes qui n’hésitent pas à faire appel à la famille et se trouvent ainsi traitées comme des petites écolières «Pour le moindre refus de céder à leur orientation parfois pas très saine, les intendantes téléphonent à nos parents en inventant des prétextes déshonorants emballés dans un discours moralisateur voire religieux, créant ainsi une crise au sein de la famille», confie une étudiante d’une résidence universitaire d’Alger.

«Certains parents n’hésitent pas un instant à retirer leurs filles des cité universitaires, mettant ainsi fin à leurs études.» Ce climat pourri a été accentué par la diffusion de la chaîne Ennahar TV d’une supposée enquête scandaleuse sur la débauche dans les résidences universitaires, mettant en scène de prétendues étudiantes s’adonnant à l’alcool et la drogue, et d’autres sujettes à des actes de prostitution, créant ainsi une panique sans précédent dans tous les établissements du pays et l’inquiétude des parents.

Cela a donné lieu à une surenchère dont les gardiens de la chasteté et de la morale publique se sont emparée et qui ont vu là une occasion inespérée pour occuper l’espace du savoir et en faire une chasse gardée. Des prêcheurs à la petite semaine s’érigent ainsi en donneurs de leçons et vérificateurs des tenues vestimentaires et du bon comportement du sexe faible. Un terrain dans lequel patauge l’islamisme frustré de ne pouvoir exercer pleinement son pouvoir sur les étudiants.

 

Même les garçons…

Dans ce jeu des interdits à coloration religieuse, même les garçons n’y échappent pas. Adel, étudiant en économie, a subi durant une année le diktat de ses voisins de chambre. «mon colocataire a exercé sur moi une pression énorme, aidé pour ce faire par d’autres étudiants et se comportait avec moi en tuteur autoproclamé. Il m’interdisait de fumer, d’écouter de la musique ; il m’obligeait à prier et surveillait mon accoutrement qui, selon lui, ne cadre pas avec les préceptes de l’islam», nous dira-t-il. Ce qui l’a contraint à abandonner sa chambre et se réfugier chez un ami dans une autre cité U.

Le cas le plus emblématique est celui d’Anouar Rahmani, étudiant en droit au centre universitaire de Tipasa et également écrivain, subit lui aussi depuis des années des pressions énormes de la part d’associations étudiantes à cause de ses écrits et de ses opinions jugés anti-musulmans et accusé d’athéisme. Des plaintes ont même été déposées contre lui et des pages Facebook de prétendus étudiants ont appelé les responsables de le révoquer purement et simplement des bancs de l’université.

Et les témoignages ne s’arrêtent pas là puisque certains étudiants parlent même de campagne de «salafisation» au sein des universités, notamment dans les wilayas de l’intérieur du pays. des tracts sont souvent distribués au su et au vu d’une administration parfois complice.

El Watan.com