A propos Fatima Achouri

Je suis consultante et essayiste. Spécialisée en sociologie de l’organisation et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Mes travaux portent sur les enjeux des mutations actuelles (sociales, politiques, économiques, technologiques,etc.) auprès des organisations et des individus. Je suis également formatrice et conférencière auprès des organisations publiques et privées sur la gestion du fait religieux.

Contenus haineux : Facebook collaborera avec la justice française

Le réseau social s’est engagé à communiquer les adresses IP demandées par la justice quand elles sont liées à des contenus haineux. Une exception française.

Outre cette proposition de loi, la ministre de la Justice française Nicole Belloubet a annoncé sa volonté d’améliorer l’efficacité de la justice pénale face aux propagateurs de haine en ligne. La ministre a indiqué récemment vouloir lancer « une réflexion approfondie sur la liberté d’expression sur les réseaux sociaux », constituer un groupe d’experts sur le sujet et est prête à « saisir pour avis » la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Elle envisage aussi de sortir l’injure raciale du texte qui régit la liberté de la presse, une proposition qui inquiète grandement les défenseurs des libertés civiles.

Action internationale

Les appels à une meilleure régulation d’internet ne se limitent pas à Facebook et à la France. La Nouvelle-Zélande et 25 pays et géants d’internet ont lancé à la mi-mai à Paris un appel de Christchurch, contre les contenus en ligne « terroristes et extrémistes violents ». Leur objectif est d’éviter que ne circulent des images ou des messages « terroristes » en ligne comme celles du massacre de 51 musulmans à Christchurch le 15 mars, diffusé en direct sur Facebook Live pendant 17 minutes par le tueur, un suprémaciste australien.

Dans l’appel, les entreprises s’engagent notamment à prendre des mesures immédiates concernant ces vidéos qui, à peine retirées sont souvent republiées. Elles évoquent la mise en place de mécanismes de signalement adaptés et d’algorithmes pour détourner les utilisateurs ainsi que la fermeture de comptes.

 

Le Point

«Il faut faire interdire l’application Euro Fatwa!»

Nathalie Goulet est sénatrice (UDI – UC) de l’Orne. Elle a présidé au sénat une commission d’enquête sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe.


Voilà quelques semaines, je demandais au Ministre de l’Intérieur l’interdiction d’une application extrémiste, nommée Euro Fatwa et lancée par les Frères Musulmans. J’avais, avec des collègues britanniques, obtenu sa suppression par Google, mais l’application demeure sur Iphone.

 

Et aujourd’hui, elle figure dans le top 100 des téléchargements!

Sur Euro Fatwa, on affiche un antisémitisme violent et primaire.

Sur Euro Fatwa, on affiche un antisémitisme violent et primaire. Sur Euro Fatwa, on affirme que l’islam interdit aux musulmans de travailler dans un restaurant qui sert du porc. Sur Euro Fatwa, on explique que l’islam interdit aux musulmans d’être policier ou gendarme d’un «État mécréant»!

Il est inutile de bannir des extrémistes de nos territoires si nous les laissons pénétrer par les fenêtres de nos smartphones. La guerre contre le terrorisme est une guerre asymétrique. Rien dans le discours du leader des Frères musulmans, le cheikh Youssef al-Qaradaoui, ne peut de près ou de loin être assimilé à de la liberté d’expression, alors que son application Euro Fatwa ne diffuse que la haine, notamment antisémite, et renforce le refus de s’intégrer à nos sociétés démocratiques.

Nous lançons la déclaration de Christchurch contre les discours haineux en ligne et nous sommes incapables de faire interdire une application qui diffuse des messages contraires à nos principes, et violemment antisémites!

L’instigateur de cette application est banni de France, des Etats-Unis et de nombreux autres pays… mais sa prose mortifère inonde le monde grâce à son application.

L’instigateur de cette application est banni de France, des Etats-Unis et de nombreux autres pays. Mais quelle importance puisque sa prose mortifère inonde le monde grâce à son application?

Cette situation n’est pas acceptable. Il faut sanctionner fermement les complices de ces terroristes. Il faut faire interdire l’application «Euro Fatwa». Il ne sera plus temps de se lamenter sur des attentats – notamment antisémites dans le monde – si, collectivement, nous laissons les choses en l’état.

Voici comment, par laxisme et naïveté, nous ruinons tant d’efforts dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Cela me rappelle un colloque de l’UNESCO sur la lutte contre la radicalisation, qui a débuté par une chorale enamourée entonnant: «quand les hommes vivront d’amour». J’imagine que cela a fait sourire dans les milieux radicalisés. Nous sommes en plein délit de naïveté.

Certes, pour avoir demandé en juin 2014, c’est-à-dire six mois avant Charlie, une commission d’enquête sur les moyens de lutte contre les jihadistes français, j’ai mesuré les efforts et les avancées concrètes de la lutte anti-terroriste. Mais à quoi bon si nous laissons subsister des failles très graves? Il faut faire interdire l’application Euro Fatwa.

Il faut agir et agir vite! Chaque minute qui passe est une minute de perdue.

 

Le Figaro.fr

À Istanbul, des milliers de personnes prient à la mémoire de Morsi

Des milliers de personnes ont participé ce mardi à Istanbul à une prière funéraire à la mémoire de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi, enterré au Caire en toute discrétion et sous haute surveillance.

Alors que le président égyptien déchu Mohamed Morsi, décédé au tribunal lundi, a été enterré ce mardi au Caire en toute discrétion et sous haute surveillance, des milliers de personnes ont participé ce même jour à Istanbul, en Turquie, à une prière funéraire à sa mémoire. La Turquie de Recep Tayyip Erdogan était un des principaux soutiens de Mohamed Morsi, qui a passé près de six ans derrière les barreaux.

La cérémonie religieuse s’est tenue dans la mosquée historique Fatih, située sur la rive européenne de la mégalopole turque, rassemblant plusieurs milliers de personnes, certaines en larmes. Cette prière symbolique a été organisée par la Direction des Affaires religieuses en Turquie qui a appelé les principales mosquées du pays à organiser de telles cérémonies mardi. Mahmoud Hussein, un responsable des Frères musulmans dont était issu Morsi, l’opposant égyptien Ayman Nour, ainsi que de nombreux membres de la diaspora égyptienne à Istanbul étaient présents à la prière à la mosquée Fatih.

«Morsi est le président de l’Egypte, pas Sissi», a déclaré Mokhtar al-Achri, un Egyptien installé en Turquie depuis cinq ans, à l’AFP, en référence à l’actuel président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qui a renversé Morsi en 2013. «Sissi est un tueur, un meurtrier», a-t-il ajouté.

Lors d’un discours à Istanbul, Erdogan s’en est pris à l’«Occident» qu’il accuse d’avoir assisté passivement «au renversement de Morsi par un putsch, à ses souffrances en prison et à sa mort». Immédiatement après l’annonce de sa mort lundi, Erdogan avait rendu hommage au «martyr» Morsi et accusé les «tyrans» au pouvoir en Egypte d’être responsables de sa mort.

L’ONU souhaite une enquête «indépendante»

De son côté, le bureau des droits de l’Homme de l’ONU a réclamé une enquête «minutieuse et indépendante» sur la mort de l’ancien président égyptien. «Toute mort soudaine en prison doit être suivie d’une enquête rapide, impartiale, minutieuse et transparente menée par un organe indépendant afin de faire la lumière sur la cause du décès», a déclaré Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme.

«Comme l’ancien président Mohammed Morsi était détenu par les autorités égyptienne au moment de sa mort, l’Etat a la responsabilité de s’assurer qu’il était traité humainement et que son droit à rester en vie et à être soigné a été respecté», a-t-il rappelé. Ce dernier a toutefois souligné que «des inquiétudes» avaient été soulevées au sujet de ses conditions de détention et de son accès à des soins médicaux pendant sa détention. En mars 2018, une commission britannique indépendante, dirigée par le député conservateur Crispin Blunt, avait en effet dénoncé le maintien à l’isolement 23 heures par jour de l’ex-président, qui souffrait d’antécédents diabétiques et d’insuffisance rénale

Le Figaro.fr

Le surveillant d’un collège catholique mis à pied après des propos racistes contre l’islam sur Facebook

Le surveillant d’un établissement scolaire catholique est accusé d’avoir appelé à « foutre le feu aux mosquées », sur Facebook. L’établissement Jeanne d’Arc de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), a mis à pied l’auteur des propos.

Son contrat n’aura duré qu’un mois. Intrigués par ce nouveau surveillant de l’établissement Jeanne d’Arc de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), les élèves ont fouillé le profil Facebook du nouveau « pion ».

Les jeunes y ont ainsi découvert des propos racistes, écrits par le surveillant sur son compte personnel. Le surveillant appelait notamment à « foutre le feu aux mosquées pour rendre service à tout le monde ». Un post publié dans le cadre du mouvement des gilets jaunes.

Mis à pied à titre conservatoire

Convoqué vendredi 31 mai par le directeur de cet établissement accueillant des élèves de la maternelle jusqu’au collège, « le surveillant a été mis à pied à titre conservatoire ce lundi 3 juin », informe Jérémie Gillis, directeur du collège. « Il était en CDD, on va faire en sorte qu’il ne soit plus au contact des élèves », a-t-il poursuivi. Il décrit « un surveillant expérimenté, sur qui nous n’avions pas de suspicion ».

« Nous avons des élèves de toutes origines religieuses. Certains ont mal vécu ces mots injustes et se sont sentis attaqués », observe encore Jérémie Gillis.

« Nous souhaitons un apaisement des humeurs face à cet événement qui pourrait diviser nos élèves », a assuré le directeur, avant de poursuivre : « la direction a reçu un soutien de nombreuses familles catholiques et musulmanes ». Un soutien précieux pour cet établissement « qui prône l’accueil de tous », souligne son directeur.

 

La Croix

Une association musulmane qualifie les fermetures de mosquées de « punitions collectives »

Dans un rapport rendu public jeudi 13 juin, l’association Action droits de musulmans dénombre sept fermetures de mosquées depuis l’entrée en vigueur de la loi SILT.Elle regrette l’utilisation d’une procédure administrative et non judiciaire pour cela, et demande de « cesser de confondre islam et terrorisme ».

Une « punition collective ». C’est ainsi que l’association Action droits des musulmans (ADM) qualifie les fermetures de mosquées en France dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L’ADM s’est créée dans le cadre de l’Etat d’urgence pour « aider les familles qui se trouvaient désemparées face aux mesures mises en place » (perquisitions administratives et assignations à résidence dans un premier temps, fermetures de mosquées ou d’écoles par la suite). Puis, « constatant que cet état d’exception se prolongeait », elle s’est appuyée sur plusieurs avocats – dont maître William Bourdon et Vincent Brengarth – pour « soutenir les victimes » en justice et « dénoncer les violations des droits et des libertés ».

« Détournement des outils antiterroristes »

C’est dans ce cadre que l’association, dirigée par Sihem Zine, a rendu public jeudi 13 juin un rapport intitulé « Punition collective » dans lequel elle dénombre sept fermetures de mosquées depuis l’entrée en vigueur en octobre 2017 de la loi renforçant la Sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (SILT) et dénonce un « détournement des outils antiterroristes »

 

À ses yeux, le régime juridique instauré par la loi SILT, qui a succédé à l’État d’urgence, n’est rien d’autre qu’un « état d’urgence permanent ». De fait, relève le rapport, « aucune (de ces 7 mosquées) n’a fait l’objet d’une ouverture d’instruction judiciaire en lien avec du terrorisme ».

Le principal problème, aux yeux de l’ADM et de ses avocats, est le choix opéré par la loi SILT d’une simple procédure administrative, essentiellement fondée sur les « notes blanches » des renseignements, et non pas judiciaire. « En renonçant à la logique judiciaire, on renonce aussi à un débat préalable, contradictoire et public, » regrette maître William Bourdon.

« Racontars et commérages »

Les notes blanches ne regroupent que « racontars et commérages »pour Sihem Zine. « Elles constituent une preuve que l’on se fait à soi-même et recèlent donc un potentiel d’arbitraire extrême », ajoute l’avocat, qui y voit « les lettres de cachet modernes ».

Soucieux de ne pas verser dans « l’angélisme », l’avocat de nombreux djihadistes assure ne pas « sous-estimer la tâche des pouvoirs publics face à des mosquées instrumentalisées par des gens éventuellement dangereux ». « Que ceci soit un défi pour notre pays, il serait absurde de le nier », admet-il.

Mais selon ce fervent défenseur des libertés individuelles, la lutte contre l’islam radical ne peut être menée que « dans le respect des principes républicains ». Or ces fermetures de mosquées reposent à ses yeux sur « une banalisation inacceptable de l’état d’urgence ». Et elles sont en outre « contre-productives ». « Certes on fait disparaître ce qui pourrait servir de tribune à des acteurs de l’islam radical mais on prive aussi des milliers de fidèles qui sont leurs pires ennemis », assure-t-il.

Discrimination à l’égard des musulmans

Au-delà de la procédure choisie, l’ADM critique aussi la volonté des pouvoirs publics de « vouloir faire du chiffre » en fermant des mosquées ne présentant aucun danger. Les salafistes ne sont « ni des terroristes ni des “radicalisées”, mais seulement des personnes pratiquantes », insiste-t-elle. Interrogée sur les discours de haine qui y sont parfois tenus, Sihem Zine répond du tac-au-tac qu’« on va trouver la même chose dans le christianisme et le judaïsme ».

Relevant que les seuls lieux de culte fermés ont été des mosquées, le rapport n’hésite pas à affirmer que « ce traitement spécifique en raison de l’appartenance religieuse démontre la discrimination à l’égard des musulmans dans la lutte contre le terrorisme ».

Avocat de trois mosquées récemment fermées (Stains en Saine-Saint-Denis, Ecquevilly et Satrouville dans les Yvelines) William Bourdon assure quant à lui y avoir rencontré des imams « absolument formidables », coincés entre les injonctions des pouvoirs publics et celles des « salafistes purs et durs », et qui ne citent les versets potentiellement violents du Coran que « pour les contextualiser et empêcher leur instrumentalisation ».

Ironisant sur « la politique sans grande nuance ni amour de la complexité » de la place Beauvau, il l’appelle, dans une formule tout à fait inédite et pour le moins discutable, à distinguer « salafistes djihadistes » et « salafistes laïcs ».

 

La Croix

À Troyes, les femmes juives font entendre leur voix

Un congrès inédit a réuni, à Troyes, des femmes de différents courants du judaïsme, pour étudier la présence et le leadership des femmes dans la Bible, le Talmud et le Midrash, et défendre l’accès des femmes à la connaissance religieuse.

La ville n’a pas été choisie au hasard pour ce premier congrès mondial qui a réuni, lundi 17 et mardi 18 juin, près de 200 personnes pour étudier la place des femmes dans la tradition juive. Troyes est la ville natale de Rachi, l’un des commentateurs les plus connus de la Torah et du Talmud, qui y a créé au XIe siècle une maison d’études juives de grande renommée.

Ce vigneron érudit était père de trois filles, elles aussi éduquées dans la connaissance de la Bible. « Si elles le désirent (…), rien ne saurait les en empêcher », écrivit-il à propos de l’instruction des femmes dans son livre de prière.

Un millier de femmes rabbins dans le monde

Initialement, le congrès intitulé « Les Filles de Rachi » voulait réunir des femmes rabbins de plusieurs pays. Elles sont aujourd’hui un millier à travers le monde, même si seules trois, toutes de la mouvance libérale, exercent leur rabbinat en France (une quatrième, qui termine sa formation au collège rabbinique Leo-Baeck de Londres sera ordonnée à la fin du mois), le judaïsme français étant encore majoritairement de tendance orthodoxe.

« Mais finalement, au-delà des femmes rabbins, nous avons voulu réunir beaucoup plus largement des érudites, docteures en Bible, en Talmud ou en Midrash, enseignantes… », explique Manon Brissaud-Frenk, une des initiatrices du colloque avec Tom Cohen, rabbin d’une synagogue libérale dans le 17e arrondissement de Paris.

« Plus que jamais nous avons besoin de réunir toutes nos énergies pour travailler les textes », souligne Joëlle Bernheim. D’obédience orthodoxe, psychanalyste et diplômée du Michlalah Women’s College of Jerusalem, la fondatrice du Centre d’études juives au féminin de Paris se félicite que seules des femmes partagent avec elle la tribune au cours des deux jours du congrès.

« Redonner la parole aux femmes »

Ateliers d’études sur la place des femmes dans la Bible, le Talmud, le Midrash et la Halakha (loi juive) se succèdent. « Esther, qui endosse les vêtements royaux, est un leader qui ne voulait pas l’être, analyse ainsi la rabbin américaine Tamara Cohn-Eskenazi. Beaucoup d’entre nous avons peur d’endosser cette autorité. Même si nous sommes apeurées comme Esther et manquons d’expérience, nous devons endosser ce vêtement ! »

Des propos que ne réfute pas Pauline Bebe, investie dans la préparation de cette rencontre, et qui a longtemps été la seule femme rabbin en France. « Il est temps de laisser s’exprimer les voix de celles qui se sont tues pendant des millénaires, de redonner la parole aux femmes aux côtés des hommes pour pouvoir compléter l’interprétation des textes, affirme-t-elle. Tant que les femmes ne prennent pas possession des textes, elles ne peuvent faire entendre leur voix. » Cette libérale se réjouit de voir « pour la première fois, toutes les tendances du judaïsme réunies ».

Après leurs ordinations, Myriam et son mari pensent ouvrir une petite communauté orthodoxe à Paris, indépendante du Consistoire qui ne reconnaît pas le rabbinat des femmes. Elle se réjouit de l’existence de ce congrès qui permet d’entendre des voix différentes « pour apprendre des autres ». « Le fait que la moitié de l’humanité se sente autorisée à étudier et à transmettre la Torah va forcément enrichir l’interprétation qui en est faite. » Une deuxième édition de ce congrès devrait avoir lieu dans deux ans.

La Maison Rachi, un centre culturel et patrimonial ambitieux

La Maison Rachi, qui a accueilli le congrès Les Filles de Rachi, est née de la réhabilitation de la synagogue de Troyes en 2017. Alors que le bâtiment du XVIe siècle menaçait de s’effondrer, la petite communauté locale a décidé de rendre hommage au maître de Troyes, Rachi, en développant une maison ayant pour vocation de mettre en lumière son œuvre en accueillant toutes les tendances du judaïsme, au sein de cette synagogue dépendant du Consistoire de France. Un institut universitaire complète l’ensemble.

 

La Croix

Pourquoi les musulmans considèrent-ils leur religion comme « parfaite » ?

Docteur en linguistique arabe, dominicain et directeur de l’Institut dominicain d’études orientales au Caire, Jean Druel explique cette affirmation récurrente de la part de musulmans selon laquelle l’islam serait une religion « parfaite ». Il rappelle pourtant combien la définition même de l’islam fait débat entre musulmans et au sein du monde de la recherche.

La Croix : Pourquoi les musulmans n’hésitent-ils pas à qualifier l’islam de « religion parfaite » et à rejeter comme « non musulmanes » toutes ses manifestations moins glorieuses  ?

Fr. Jean Druel : La conception qu’ont les musulmans de leur religion est très marquée par une phrase du Coran, tirée de la sourate 5 (al-Māʾida) : « Aujourd’hui, j’ai parachevé pour vous votre religion et accompli sur vous mon bienfait. Et j’agrée l’islam comme religion pour vous. »

Aujourd’hui, le discours le plus répandu consiste à affirmer que Dieu lui-même a fait « descendre » l’islam, qu’il en délimite les contours et les formes. L’islam serait une religion pure et parfaite, entièrement divine et qu’il suffit d’appliquer telle quelle, comme un mode d’emploi ou un plan d’architecte, pour résoudre tous les problèmes humains. L’objectif, pour le fidèle, consiste donc à chercher ce qu’est l’islam… et à l’appliquer, une fois qu’il est sûr de lui.

Tout ce que nous avons sous les yeux et que nous considérons, nous, de l’extérieur, comme l’islam « réel » – les pratiques et les discours extrêmement variés selon les courants, les pays, les époques – et que nous essayons d’analyser du point de vue des sciences humaines, n’a aucun intérêt pour beaucoup de musulmans. Tout cela n’est que du bruit, et ne reflète ce qu’est l’islam que de manière partielle ou incomplète. On entend très souvent des musulmans dire, face à un phénomène musulman qui ne leur plaît pas : « Ce n’est pas l’islam. »

Est-ce la raison pour laquelle les conflits sont aussi violents entre musulmans sur le contenu de l’islam ?

Fr. J. D.  : Oui, bien sûr, car quand on est convaincu que la religion – telle que Dieu l’a voulue – prescrit ceci et pas cela, on aura plus tendance à vouloir l’imposer. Qu’il s’agisse de Daech, des Frères musulmans, des salafistes ou des musulmans traditionnels, chacun de ces courants essaie de définir ce mode d’emploi. Or s’ils sont tous d’accord pour dire que les cinq piliers – profession de foi, prière quotidienne, aumône, jeûne et pèlerinage à La Mecque – sont l’islam, tout le reste est le fruit de débats très intenses depuis le VIIᵉ siècle.

En clair, chaque courant pense savoir « ce qu’est l’islam », c’est-à-dire ce qu’il y a sur le « mode d’emploi » que Dieu a fait descendre sur le prophète de l’islam et qui garantit au musulman l’accès au paradis. Mais en réalité ils ne sont même pas d’accord entre eux sur l’endroit où il faut chercher ce « mode d’emploi ».

La grande tradition sunnite considère que la feuille de route que Dieu a prévu pour l’humanité reste ouverte. Certes, il y a des « principes intangibles » (thawābit), mais ils doivent en permanence être interprétés et complétés selon les lieux et les époques, par le travail continu des juristes.

Or cette perspective est difficile à supporter pour qui prend à la lettre le verset coranique ci-dessus : si c’est Dieu lui-même qui a « parachevé » l’islam, ce n’est pas aux hommes de le faire. Depuis la fin du XVIIIᵉ siècle, les wahhabites refusent de considérer que la tradition musulmane puisse compléter la révélation. Ils rejettent les développements des écoles juridiques pour se limiter au Coran, à la sīra (la biographie du Prophète) et aux hadiths, les paroles du Prophète transmises par les compagnons. Les « coranistes », apparus plus récemment, sont encore plus radicaux, il sont d’avis qu’il faut se limiter au seul Coran pour y trouver « ce qu’est l’islam ».

Pourquoi ce débat est-il particulièrement virulent aujourd’hui, entre musulmans  ?

Fr. Jean Druel : Parce que la modernité a complètement bousculé les autorités musulmanes traditionnelles et parce qu’Internet a rendu possible une plus grande démocratisation du savoir. Pratiquement, chaque musulman se retrouve aujourd’hui confronté à cette question : qu’est-ce que l’islam ? Est-ce que telle ou telle pratique est l’islam ? Est-ce que je fais bien ce qu’il faut ? Est-ce que mon voisin musulman, qui n’a pas la même pratique que moi, est autant musulman que moi ? Dans une société traditionnelle, la question ne se pose pas : tout le monde a plus ou moins une pratique similaire.

What is islam? The importance of Being Islamic est le titre d’un ouvrage publié en 2016 aux États-Unis par Shahab Ahmed, un chercheur pakistano-américain de l’université de Princeton. Il part de ce questionnement sans fin sur ce qui est « musulman » et propose finalement une nouvelle approche qui conduit à considérer comme musulman tout ce qui s’est dit ou produit dans le monde musulman. Évidemment, sa thèse continue à susciter d’intenses débats dans le monde anglo-saxon.

De son côté, le spécialiste de littérature médiévale Thomas Bauer a montré dans un ouvrage, récent lui aussi, (Die Kultur der Ambiguität. Eine andere Geschichte des Islams, Berlin, 2011) que l’islam n’a pas toujours été obsédé par cette recherche de précision univoque, mais s’est développé au contraire dans des sociétés faisant preuve d’une forte « tolérance à l’ambiguïté ».

Quelle conséquence a cette affirmation de l’islam comme religion « parfaite » sur ses rapports avec les autres religions  ?

Fr. Jean Druel : Dans une vision classique, les religions des chrétiens, des juifs, des zoroastriens mais aussi les courants musulmans considérés comme hétérodoxes sont perçus comme des expressions ou manifestations religieuses déformées, temporaires, en quête de la « vraie » religion qu’est l’islam. Certains penseurs musulmans considèrent qu’elles font partie d’une pédagogie divine progressive. D’autres au contraire pensent en terme d’échecs des révélations antérieures, et voient l’islam comme la correction de ces erreurs.

Mais – et c’est ce que nous montrons dans le numéro 33 (2018) du Midéo, la revue de l’Idéo -, dans la longue histoire de la tradition musulmane, d’autres courants ou penseurs ont essayé d’envisager les autres religions dans leur authenticité, selon le principe que Dieu envoie un prophète à chaque peuple. La diversité religieuse serait en ce sens voulue par Dieu lui-même.

 

La Croix

Laïcité : un guide pratique pour les dirigeants et les éducateurs sportifs

La ministre des sports, Roxana Maracineanu, publie un guide sur la laïcité dans le champ sportif qui articule l’affirmation de la liberté d’expression et la fermeté sur le respect de la loi.

Quoi de plus naturel pour une ministre de sport que de chercher une bonne position d’équilibre ? Sur le sujet hautement sensible de la laïcité, d’autres responsables politiques s’y sont cassé les dents. Ancienne championne de haut niveau et très sensible à la mission sociale du sport, Roxana Maracineanu publie, mercredi 19 juin, un guide pratique sur la laïcité à l’intention des acteurs associatifs – de l’éducateur au dirigeant de club –, des professionnels ou responsables publics.

Pas de législation spécifique au domaine du sport

Ce guide aborde de front des situations concrètes, ce qui est loin d’être simple au regard de la diversité des acteurs et des espaces, publics ou privés, concernés : le principe de neutralité s’applique-t-il de la même manière dans les ligues professionnelles et au sein des clubs amateurs ? Plus concret encore : qu’en est-il du port du voile dans une salle de remise en forme ou d’un signe de croix d’un sportif entrant sur le terrain ?

Le devoir de neutralité, rappelle également ce guide, s’impose à toutes les personnes travaillant dans l’administration, dans les structures exerçant une mission de service public (fédérations, ligues…) ou les établissements gérés par l’état ou les collectivités locales (stades…). Les bénévoles ou les « collaborateurs occasionnels du service public » ne sont pas concernés par cette obligation.

Sportifs professionnels ou amateurs

Pour les sportifs eux-mêmes, des limites à la liberté de manifester des convictions peuvent être imposées aux professionnels évoluant en équipe nationale, sur la base du code du sport. S’ils sont salariés par une fédération, le principe de neutralité s’impose. En revanche, pour les clubs professionnels et les sportifs professionnels, le régime juridique est celui du Code du travail.

Enfin, pour les clubs et pratiquants amateurs, la liberté de manifester ses convictions est reconnue sauf cas de prosélytisme, dans la limite du respect de l’ordre public, des règles de sécurité ou d’hygiène.

Cas pratiques

Venons-en aux cas pratiques :

Le port du voile dans une salle de fitness ? C’est oui. Un gérant ne peut l’interdire sauf pour des motifs d’hygiène et de sécurité.

Le port d’un turban sikh par un arbitre professionnel ? C’est non, car, bien que salarié de droit privé, il exerce une mission de service public.

Le port d’un burkini dans une piscine ? La loi laisse aux exploitants des établissements le soin de fixer des règles dans leur règlement intérieur.

La prière de joueurs d’un club amateur dans un vestiaire avant la rencontre ? C’est non. Gérées en général par des collectivités locales, les enceintes sportives ne peuvent être des espaces cultuels.

Le signe de croix (ou autre) d’un joueur professionnel entrant sur le terrain ? C’est oui. « Tant qu’il n’y a pas de trouble à l’ordre public ou de véritable prosélytisme », le sportif est « libre de manifester individuellement sa liberté de conscience ».

En ligne de fond, le guide appelle à la prudence : « Une mauvaise utilisation des termes pourrait rapidement conduire à certaines crispations ou tensions voire au repli (au risque d’aboutir à un effet inverse de celui recherché à avoir du vivre ensemble) », peut-on enfin y lire, dans un encouragement au dialogue.

 

La Croix

Laïcité, immigration : le Québec durcit sa ligne

Deux projets de loi controversés ont été adoptés par le gouvernement centriste de la province francophone. Une politique opposée à celle portée par Trudeau.

Week-end chargé pour les parlementaires québécois. L’Assemblée nationale de la province francophone a adopté, dimanche, deux projets de loi controversés soutenus par le nouveau gouvernement centriste : l’un prévoit l’interdiction des signes religieux pour certains fonctionnaires, l’autre engage une refonte du système d’immigration. Après une journée de débats parfois acrimonieux, les députés ont adopté un texte sur la laïcité de l’État qui prévoit d’interdire le port de symboles religieux à plusieurs catégories de fonctionnaires en position d’autorité, dont les policiers, les juges, les avocats, les gardiens de prison et les enseignants. La nouvelle loi ne s’appliquera qu’aux nouvelles recrues, les fonctionnaires en poste bénéficiant d’un droit acquis.

Les élus québécois ont débattu tout le week-end dans le cadre d’une procédure parlementaire spéciale permettant de limiter le temps consacré au débat d’un projet de loi. La session parlementaire se terminait cette semaine et le gouvernement Legault voulait faire adopter ses deux projets-phares en procédure d’urgence, ce qui a provoqué la colère de l’opposition. Dimanche vers 4 heures (8 heures GMT), après une première séance-marathon de 19 heures, les élus avaient approuvé un projet de loi sur l’immigration, qui entraînera notamment l’abandon de 18 000 dossiers de candidature en attente de traitement.

Projet « inhumain »

Le texte prévoit une réforme du processus de sélection des candidats, qui sera désormais basée sur l’adéquation des compétences professionnelles avec les besoins de main-d’œuvre du Québec. Cette loi va entraîner l’annulation de 18 000 dossiers de candidature, qui touchent au total quelque 50 000 personnes. Ces dossiers avaient été déposés sous l’ancien système, basé sur le principe du premier arrivé premier servi. Ces candidats à l’immigration vont devoir déposer une nouvelle demande dans le cadre du nouveau système. Le gouvernement provincial a promis que les délais de traitement des dossiers pour les travailleurs qualifiés passeraient de 36 à 6 mois grâce à cette réforme.

L’opposition a dénoncé jusqu’au bout un projet de loi « inhumain », fustigeant l’« incapacité » du gouvernement à justifier l’abandon de ces 18 000 dossiers en souffrance. Le parti de François Legault a été porté au pouvoir en octobre avec la promesse de réduire de plus de 20 % le nombre d’immigrants et de réfugiés que le Québec accueille chaque année. « En prendre moins, mais en prendre soin », avait-il répété.

 

AFP

L’Arabie Saoudite planifie d’exécuter trois éminentes personnalités après le Ramadan

Arrêtés en septembre 2017 pour des accusations de terrorisme, les célèbres prédicateurs Salman al-Awdah, et Awad al-Qarni, ainsi que le journaliste Ali al-Omari, fondateur de la chaîne de télévision 4Shabab, seront condamnés à mort, puis exécutés après le mois du Ramadan, rapporte des sources gouvernementales à Middle East Eye. S’il était prévu que ces trois hommes, accusés de terrorisme, comparaîtraient devant le tribunal spécial de Riyad le 1er mai dernier, l’audience a été reportée à une date ultérieure.

« Ils n’attendront pas pour exécuter ces hommes dès que la peine de mort aura été prononcée », a affirmé l’une des sources, tandis que l’autre a indiqué que l’exécution récente de 37 citoyens saoudiens dont la plupart sont des activistes chiites a été utilisée comme un ballon d’essai pour mesurer la portée des condamnations des gouvernements étrangers.

« Quand ils se sont aperçus qu’il n’y a eu qu’une faible réaction internationale, en particulier de la part de gouvernements et de chefs d’État, ils ont décidé de poursuivre leur plan d’exécution des personnalités de premier plan », a avancé la seconde source qui, comme la première, a préféré garder son anonymat.

Pour le cas précis du Salman al-Awdah, suivi par quelque 14 millions de personnes sur Twitter, une audition à huis clos en 2018 a révélé qu’il devra répondre de 37 chefs d’inculpation liés au terrorisme, incluant une affiliation avec les Frères musulmans. Il est également, entre autres, accusé d’avoir « incité l’opinion publique à s’opposer au dirigeant » et et d’avoir manifesté publiquement sa réticence envers le boycott mené par le royaume saoudien contre le Qatar.

Sarah Leah Whitson, directrice de HRW pour le Moyen-Orient, a soutenu que « toute nouvelle exécution des dissidents politiques est la conséquence directe de l’environnement favorable de l’administration Trump et de son signal public répété : peu importe les abus odieux que vous commettez contre votre peuple, nous vous soutenons ».

Pour un proche de l’une des trois personnalités aujourd’hui sur la sellette, « les exécutions, si elles auront lieu, seraient très graves et pourraient constituer un dangereux point de bascule ».

Saphirnews