A propos Fatima Achouri

Fatima Achouri est consultante diplômée de l'Institut de Gestion Sociale en ressources humaines et titulaire d'un Master 2 en civilisation arabe et musulmane. Elle a évolué pendant plus de douze ans au sein de grands groupes nationaux et internationaux dans des fonctions de management, relation client,GRH et en tant que consultante dans la gestion du multiculturel et du religieux. Spécialiste en ressources humaines et en islam, Fatima Achouri offre une expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public(Loi de 1905) et du privé(Loi de 1958).

Belgique : l’EMB envisage de créer un statut de « prédicatrices »

L’ Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), instance représentative du culte musulman, a le projet de créer un statut officiel de prédicatrice.
L’information est donnée samedi 17 juin par le journal Le Soir. Le rôle de ces femmes sera d’encadrer les fidèles dans les mosquées et en dehors sans toutefois diriger la prière. « Il existe déjà beaucoup de prédicatrices dans le monde musulman, mais le concept est moins connu en Europe », explique Khalid Benhaddou, imam de la mosquée de la Gantoise. « Dans certaines mosquées flamandes et néerlandaises, une certaine féminisation s’est déjà produite », ajoute-t-il.

Une rencontre entre les dirigeants de l’EMB et le ministre de la Justice Koen Geens a eu lieu sur ce point. L’Exécutif des musulmans de Belgique doit auparavant formaliser une demande pour changer la loi de 1974 sur les traitements des ministres de culte.

 

Saphirnews

Port du voile chez H&M : la marque refuse de céder au maire de Mandelieu

Les magasins H&M sont encore une fois la cible d’attaques sur ses employées portant le hijab. Cette fois-ci, c’est Henry Leroy, maire LR de Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes) qui a l’enseigne suédoise dans le collimateur.

Dans son magazine municipal MLN Mag’ daté de juin 2017, la municipalité de Mandelieu-la-Napoule publie à la 21e page la copie d’un courrier en date du 24 avril que l’élu a adressé aux gérants du magasin H&M situé dans le commercial Géant Casino.

Le maire se fait le porte-parole d’administrés s’étant plaint de la tenue vestimentaire de vendeuses du magasin. Il déclare avoir déjà signalé ces plaintes dans un premier courrier en août 2016 : « Je vous signalais de nombreuses plaintes d’administrés et de clients, gênés par la tenue vestimentaire à caractère religieux de vos salariés. » « J’ai le regret de constater que ces plaintes se répètent et ne sont pas entendues. Je crois donc utile de vous rappeler que ma commune est attachée à l’identité républicaine et à la neutralité religieuse », ajoute-t-il.

Des textes de lois inappropriés

Pour appuyer son courrier, Henry Leroy s’appuie sur des textes de lois notamment sur l’avis rendu par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) relative au port de signes religieux au sein du lieu d’un entreprise privée et l’article L1321-2-1 du code du travail, « créé spécifiquement par la loi Travail ». Un mauvais usage des textes de loi car, jusqu’à présent, aucune loi n’interdit le port de signes religieux, voile compris, dans des entreprises privées.

« La neutralité s’impose aux services publics, pas aux entreprises privées. La mairie méconnaît la laïcité et s’immisce dans une affaire privée », a d’ailleurs fait savoir l’Observatoire de la laïcité.

Une porte-parole de H&M a fait savoir que l’enseigne campe sur ses positions : « Notre règlement intérieur permet à chacun de nos collaborateurs de s’habiller comme ils le souhaitent dans les limites fixées par la loi. Notre règlement intérieur n’interdit rien que la loi n’interdise elle-même. »

Saphirnews

Cher : les inquiétantes dérives d’une école catholique traditionaliste

 

L’Angélus, cette école catholique traditionaliste, a été fermée par la préfecture du Cher. La justice enquête sur des soupçons de violences sur les élèves et d’agressions sexuelles.

L’ancien couvent de Presly, près de Vierzon (Cher), a retrouvé son calme. Les 109 élèves qui fréquentaient ce bâtiment isolé au milieu des champs, reconverti en école catholique hors contrat – tendance traditionaliste – ont dû trouver en urgence une autre pension. Le 2 juin, «sur le fondement de la protection de l’enfance», la préfecture a fermé l’école de l’Angélus, ouverte en 2010, qui propose des cours du CE1 à la terminale.

«On a découvert que des méthodes éducatives dignes du XIXe siècle y avaient court, reposant sur une forme de violence et une organisation extrêmement hiérarchisée», avance Joël Garrigue, le procureur de la République de Bourges, dont le parquet poursuit depuis fin mars une enquête préliminaire visant notamment des faits de violence, agression sexuelle, travail dissimulé et escroquerie.

L’alerte a été lancée par un couple de parents qui font part de leurs soupçons au rectorat, à l’inspection académique et à l’évêché. Le courrier est transmis au parquet. Le 2 juin, des gendarmes investissent les lieux, accompagnés de fonctionnaires de l’Education nationale, des services vétérinaires, de l’Urssaf ainsi que de la Direction du travail et de l’emploi.

Une soixantaine d’élèves sont entendus. «Trois d’entre eux ont fait état de faits de nature sexuelle, des caresses et des massages pour le moins inappropriés, commis par l’abbé Spinoza, le directeur de l’établissement», précise Joël Garrigue. Les victimes présumées sont des préadolescents. «Une vingtaine d’autres ont évoqué des violences infligées par le directeur, l’encadrement ou par des élèves plus âgés sur de plus jeunes, sur instruction de l’encadrement», poursuit le procureur. En guise de punition, le magistrat évoque «des claques – dont la claque dite magistrale -, des coups de poing ou la punition du poireau : un élève obligé de rester dans un coin à ne rien faire, y compris la nuit».

Nourriture périmée, chauffage insuffisant et travail au noir

«Nous contestons l’existence de la moindre infraction pénale, réagit M e Alexandre Varaut qui représente les intérêts de l’abbé Spinoza et de l’école. Les parents ont signé une charte, ils étaient demandeurs d’un certain type d’éducation assez austère.» «Mon fils a quitté l’Angélus mais, pendant les cinq ans de sa scolarité, je n’ai jamais rien constaté de suspect. L’abbé Spinoza est un éducateur hors pair», assure la trésorière de l’association des parents d’élèves et amis de l’Angélus qui dénonce… «une action de l’Etat socialiste qui a dans le collimateur les écoles catholiques».

Lors de leur descente, gendarmes et fonctionnaires ont également découvert des stocks de nourriture périmée (des yaourts stockés dans une pièce non réfrigérée par exemple). «On s’est également rendu compte que de nombreux bénévoles travaillaient à temps plein, en étant rétribués soit en nature (repas, hébergement, enfants scolarisés), soit au black (sic)», insiste le procureur qui s’interroge aussi «sur le décalage entre les recettes engagées (NDLR : les frais de scolarité étaient de 450 euros par mois pour le collège et de 550 euros pour le lycée) et les prestations fournies». Il semble ainsi que le bâtiment n’était guère chauffé l’hiver. Ou alors par une chaudière à bois censée être alimentée par les élèves eux-mêmes.

Brièvement placé en garde à vue le temps de la perquisition, l’abbé Spinoza est ressorti libre. Mais une nouvelle convocation dans les prochains jours ne fait guère de doute. L’école a de son côté saisi le tribunal administratif pour contester sa fermeture. Dans un communiqué, l’archevêque de Bourges a souhaité que «la justice puisse poursuivre son travail d’enquête».

«On se sent mal vis-à-vis de nos enfants»
Marc*, parent d’élèves de l’Angélus

Du dégoût. C’est ce que ressent Marc*, un père de famille dont les enfants étaient scolarisés à l’Angélus. «Nous avions été séduits par le projet de l’école. D’ailleurs, je continue à croire en l’oeuvre. Mais, manifestement, l’homme qui en était à la tête était totalement inadapté», souligne-t-il, satisfait que le procureur de Bourges n’ait «pas entretenu la confusion des genres». «Il ne s’en prend ni à l’Eglise ni au privé hors contrat. Il reste factuel», se félicite ce catholique revendiqué qui se dit en revanche «déçu par la réaction de l’archevêque».

Selon lui, les faits dénoncés ne sont pas nouveaux. «On est en train d’ouvrir les yeux, de se souvenir de ces parents qui ont soudainement enlevé leurs enfants de l’école, sans faire de bruit. On aurait dû y voir un signal. On se sent mal vis-à-vis de nos enfants.»

Marc n’est en revanche pas surpris par la réaction des associations de parents d’élèves. «Quand je les entends parler de complot, je suis catastrophé, se lamente-t-il. C’est révélateur de la dérive sectaire au sein de l’établissement. Cela traduit leur radicalisation.»

 

Le Parisien

La religion en entreprise: la question «casse-gueule» qui monte

Même si la phase de désarroi et d’inaction semble dépassée, surtout depuis les attentats de novembre 2015, la montée des revendications religieuses reste délicate à gérer pour les employeurs. S’en tenir strictement à l’organisation du travail semble l’option la plus cohérente.

 

Dans un sondage d’avant premier tour, les trois quarts des Français trouvaient que l’on parlait trop de religion et de laïcité dans la campagne électorale (même s’ils étaient 90% à juger essentielle la valeur laïcité: cherchez l’erreur). Lors du débat entre les onze candidats, Jean-Luc Mélenchon avait d’ailleurs sommé Marine Le Pen de «nous ficher la paix avec la religion», rappelant que «60% des Français n’en avaient pas». Finalement, le sujet n’a été abordé qu’à la marge.

Dans les entreprises en tout cas, la question reste encore souvent, soit taboue, soit éludée, malgré la hausse manifeste de ce qu’il est convenu d’appeler «le fait religieux». Selonl’étude Randstat-OFRE (1), 65% des salariés interrogés en 2016 ont observé «plusieurs manifestations du fait religieux», contre 50% un an plus tôt…. Même si l’étude souligne que seuls «9% de ces cas sont conflictuels», même si elle salue l’amélioration «notable du soutien apporté par leur hiérarchie aux managers confrontés à des situations délicates», nombre d’entre eux naviguent encore à vue, écartelés entre la crainte, d’une part, d’être taxés de discrimination voire de racisme et celle, d’autre part, de laisser le sectarisme, voire une forme de radicalisation s’installer dans l’entreprise.

«Personne ne sait comment s’emparer du problème donc, souvent, on n’en parle pas, reconnaît André Milan, ex-secrétaire général de la CFDT Transport, aujourd’hui consultant chez BPI. Il est persuadé que cette question «casse-gueule» va désormais, la période électorale passée, remonter à la surface. Emmanuel Macron s’est, pour le moment, montré relativement flou à ce sujet, se disant juste favorable à «laisser une certaine marge de manoeuvre aux entreprises», dans la logique de la loi El Khomri.

Cette question du fait religieux se pose surtout dans les grandes entreprises de main-d’oeuvre (services, transports urbain et aérien, logistique, télécoms, nettoyage …). Certes, le BTP ou l’automobile ont su «s’adapter», depuis les années 80, aux demandes de leur importante main-d’oeuvre immigrée de confession musulmane, en intégrant par exemple le ramadan ou la prière dans la journée de travail (comme à l’usine PSA de Poissy).

Mais l’inflation récente, dans de nombreux autre secteurs, de revendications de tous ordres, déstabilise des managers peu préparés à y faire face. «Depuis les attentats de 2015, cette préoccupation est très pregnante, affirme Denis Maillard, directeur des relations institutionnelles du cabinet Technologia (risques professionnels). Il n’y a pas un DRH qui, lorsqu’on discute avec lui, ne finisse par aborder le sujet de lui-même». La question devient parfois anxiogène, ajoute-t-il, en évoquant le DRH d’un transporteur routier, qui, après l’attentat de Nice, «a commencé à s’alarmer des dangers de l’intérim, et a alerté les autorités après avoir découvert de la propagande islamiste oubliée dans un camion». Un autre, qui travaille dans une mutuelle, reçoit un afflux de demandes de formations de la part de ses managers en l’absence, pourtant, de tout incident.

Une dose de neutralité dans le privé

Dans les entreprises privées où la laïcité républicaine –réservée, conformément à la loi de 1905, aux entreprises publiques ou à mission de service public– ne s’applique pas, la marge de manœuvre est étroite. Les états-majors se dotent de Directions de la Diversité, de chartes (Casino, BNP Paribas, Orange…) ou de guides pratiques pour la hiérarchie intermédiaire. S’exprimant sur le sujet en décembre dernier à un colloque du CDSE (2), le politologue Moustapha Benchenane, conférencier au collège de défense de l’Otan, avait lancé à un parterre de dirigeants: «Je n’aimerais pas être à votre place !», en évoquant une véritable «cacophonie judiciaire». Pour lui, «l’intérêt de l’entreprise doit prévaloir. Il faut garder en tête les lignes rouges à ne pas franchir: le prosélytisme et l’apologie du terrorisme pour le salarié, la discrimination pour l’employeur». Il recommandait de prendre garde «à la confusion des concepts: refuser de serrer la main d’une femme, c’est du fait religieux; la sympathie pour le jihad, c’est de la radicalisation».

«D’après ce que je constate, les relations entre salariés hommes et femmes sont, malgré la loi Rebsamen, l’une des sources de conflits les plus fréquentes, selon Denis Maillard. Un autre sujet conflictuel récurrent concerne les clients face à une salariée voilée ».  Ce problème se pose par exemple lorsque des entreprises de services font face à des clients qui refusent d’être servis par des femmes qui portent le voile. Les «offensives politico-religieuses» restent plus rares. En revanche, en ce qui concerne les aménagements d’horaires ou les menus de cantines, «les DRH ont appris à gérer».

Tout dépend aussi de la nature plus ou moins sensible de l’activité (transports de masse, usines Seveso…). Dans les aéroports d’Orly et de Roissy, où des faits de prosélytisme et de communautarisme ont été largement médiatisés, la vigilance passe par un travail quotidien avec la police, la gendarmerie et les services de renseignements, par le signalement de dérives comportementales et les retraits d’habilitation administrative en zone réservée au personnel. Pour le directeur sûreté d’ADP, Alain Zabulon, «refuser de travailler sous l’autorité d’une femme, c’est franchir la ligne rouge. Quelqu’un qui dit: «à Charlie Hebdo, ils l’ont bien cherché» ne peut pas entrer dans la zone la plus critique de l’aéroport».

Quant à la dite cacophonie judiciaire, la Cour de Justice européenne (CJUE)  l’a clarifiée en partie en mars dernier, en statuant sur deux licenciements de salariées ayant refusé de retirer leur foulard islamique en présence de clients, l’une dans une société de conseil en informatique belge, l’autre dans une compagnie d’assurances française. La Cour a jugé non discriminatoire d’interdire le port du foulard face à la clientèle, mais à condition que le règlement interne interdise déjà le port de «tout signe politique, philosophique ou religieux» . C’était le cas pour le licenciement belge, mais pas pour le français qu’elle a donc désavoué. En revanche, a précisé l’instance européenne, tenir compte des souhaits des clients ne peut en aucun cas justifier un licenciement.

Cet avis de la CJUE va générer de la jurisprudence dans un domaine particulièrement épineux: la relation au client, qui renvoie au malaise de la société face à l’essor des signes religieux ostensibles, mais aussi au racisme d’une frange de cette société. Face à un client qui refuse de travailler avec une de ses salariées parce qu’elle est voilée, un chef d’entreprise a quatre options: accepter de perdre le client, demander à sa salariée de retirer son voile lorsqu’elle a affaire à ce client, lui proposer un autre poste éloigné de la clientèle ou, en cas de refus, la licencier. Evidemment, le choix varie beaucoup en fonction des convictions du patron, de celles de la salariée, de la taille et de la santé de l’entreprise et surtout, de l’importance du client. D’autre part, même si la question du port du voile est chargée de symbole, elle est loin de résumer le problème, comme le montre le cas de cet opérateur téléphonique, confronté à des protestations parce que certains de ses sous-traitants se déplaçant à domicile refusent de discuter avec les clientes ou de leur serrer la main.

Adoptée en août 2016, la loi Travail, dite El Khomri, avait déjà introduit une dose de neutralité dans le secteur privé, en permettant aux entreprises de restreindre, dans leur règlement intérieur, la manifestation des convictions des salariés si ces restrictions étaient «justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise, et si elles sont proportionnées au but recherché». Cet article en a fait hurler certains, plusieurs juristes l’ont trouvé ambigu. A l’automne dernier, la ministre du Travail l’a donc complété avec un «guide pratique du fait religieux en entreprise» qui passe en revue une quarantaine de situations.

Les entreprises en ordre dispersé

Quoi qu’il en soit, ces textes ne répondent pas à tous les cas de figure et les entreprises doivent se forger leur propre philosophie. Certaines ont fait des choix tranchés: tel le groupe de recyclage Paprec basé en Seine Saint-Denis, dont le président fondateur Jean-Luc Petithuguenin a fait adopter début 2015, avec le soutien actif de ses 4.000 salariés, une «charte de la laicité et de la diversité», qui interdit le port de tout signe religieux ostentatoire. Le pdg revendique cette démarche «militante» adoptée à la suite de l’affaire de la crèche Baby Loup. Son engagement en faveur de la diversité est connu: 56 nationalités et tous les âges sont représentés dans ses effectifs. Sa charte n’en est pas moins hors la loi, et donc susceptible d’être attaquée par un salarié. La question se pose d’autant plus qu’il vient de doubler son effectif à 8.000 personnes avec le rachat du groupe de collecte Coved. Mais il en assume le risque.

A l’autre bout du spectre, on peut citer l’exemple de l’enseigne suédoise Ikéa, qui ne met aucun obstacle à la liberté religieuse et autorise ses vendeuses à se voiler. La direction d’Ikea France a refusé toute interview sur le sujet, mais nous a communiqué sa position officielle: «Ikéa permet à tous ses collaborateurs, quelles que soient leurs croyances religieuses ou tout autre aspect de leur identité, de porter un signe distinctif de leur religion, sous réserve que leur visage ne soit pas dissimulé, que leur badge reste visible, que leur uniforme soit dégagé et que les règles de sécurité en vigueur soient respectées».

Sa réticence à s’exprimer sur le sujet peut s’expliquer par les polémiques que suscite parfois l’extrême tolérance de la maison mère à l’égard des cultures et religions, qui l’a ainsi conduite en 2012 à effacer toutes les femmes de son catalogue saoudien, pour s’en excuser ensuite, ce qui ne l’a pas empêché de récidiver cette année dans son catalogue destiné aux juifs ultra orthodoxes d’Israël, non sans s’excuser de nouveau face au tollé.

Entre ces deux options, les entreprises privilégient souvent le cas par cas. Tel Antoine Frérot, pdg du groupe Véolia Environnement interrogé par Les Echos en août 2016. Prenant l’exemple des salles de prière, «ce serait une erreur de répondre systématiquement « non »», dit-il. «C’est donc chez Veolia un « oui » construit, cadré et régulé, en fonction des impératifs de service (…). Etre laïque, cela veut dire que la religion n’entre en aucun compte dans les choix de l’entreprise vis-à-vis de ses salariés, mais c’est aussi permettre l’exercice de la religion (…) dès lors qu’il n’est pas prosélyte». Chez Orange, cette politique du cas par cas a généré pas mal d’insécurité chez de nombreux managers, soumis notamment à une inflation de demandes de congés pour fêtes religieuses.

Surenchère

En général, les faits signalés concernent la confession musulmane, mais pas toujours, comme le prouve ce cas surprenant d’une salariée de la RATP , licenciée pour avoir refusé de prononcer le terme «je le jure» lors de son assermentation car selon elle, sa religion – chrétienne– le lui interdisait. La Cour de Cassation lui a donné raison.

«Dans le cadre de mes dernières fonctions syndicales, j’ai assisté à un assaut de visibilité de la part de catholiques, notamment à la RATP», relève pour sa part André Milan, qui cite par exemple des mails collectifs agrémentés d’extraits d’épîtres de Saint Paul, et évoque des manifestations comparables de salariés de confession juive. Il s’attend à voir émerger, un jour ou l’autre, des revendications évangélistes, déplorant «l’apparition d’une compétition entre religions». Une surenchère capable de polluer totalement l’ambiance au travail.

Les sources de tension sont multiples: «Dans un groupe de traitement des déchets, le fait religieux s’est doublé d’un fait communautaire avec, dans certains dépôts, plusieurs groupes qui ne se mélangeaient pas», relève-t-il. Il évoque aussi la frustration que peuvent ressentir les jeunes dans les grands groupes de main-d’oeuvre où l’ascenseur social est limité. Une frustration propice au surgissement de revendications plus identitaires. «Il faut le comprendre et l’anticiper» .

Dans de nombreux cas, quelques individus ostensiblement fervents suffisent à générer, soit un sentiment de rejet au sein du personnel, soit un malaise non exprimé qui concerne aussi leurs coreligionnaires peu ou non pratiquants, sur lesquel ils exercent des pressions plus ou moins insidieuses, qu’il s’agisse du respect du ramadan ou de la demande de congés pour les fêtes religieuses. Parfois, le problème n’est même pas nommé. Denis Maillard cite ainsi le cas d’une grande surface du nord de Paris où le CHSCT était en conflit avec la direction: «on s’est rendu compte que ce CHSCT était contrôlé par des musulmans très pratiquants –dont un imam– et que le blocage était en partie lié à cette réalité».

Il est urgent, dit-il, de faire baisser ces tensions, en gardant à l’esprit deux faits essentiels: «d’une part, 80% des salariés français estiment que la religion est de l’ordre de l’opinion personnelle. D’autre part, pour une série de raisons, l’islam inspire désormais de la crainte».

L’organisation du travail, argument clé

«Le conseil que je donne aux employeurs, déclare André Milan, c’est de s’en tenir à l’organisation de l’entreprise, à sa raison sociale. C’est leur prérogative, la contrepartie de leur responsabilité. Il ne s’agit pas de priver quiconque de sa liberté de conscience mais il est impensable de faire coexister une autre organisation pour aménager une pratique religieuse. Celle-ci n’a pas sa place dans l’entreprise: les dirigeants devraient se retrancher derrière cette règle simple. Mais il est vrai que l’énoncer clairement reste compliqué».

Pour lui, cette fermeté par rapport à la raison sociale est le seul moyen de ne pas dériver vers une surenchère sans fin de revendications pouvant conduire à des mesures disciplinaires, qui finiront peut-être à leur tour devant un tribunal, dont le juge devra alors dire non seulement s’il y a discrimination ou pas, mais aussi si celle-ci est directe ou indirecte….

Denis Maillard estime, lui aussi, qu’il faut centrer le dialogue autour de l’organisation du travail «en insistant sur ce qui unit les salariés», en rappelant les contraintes supplémentaires que les exigences religieuses de certains font peser sur les autres et, surtout, «sans jamais se laisser entraîner dans l’impasse des débats théologiques».

La RATP, un «cas d’école»

A la RATP, le déni a longtemps été la règle. A son arrivée en mai 2015, la présidente Elisabeth Borne (qui vient d’être nommée ministre des Transports) serait tombée des nues en découvrant dans certains dépôts une situation peu conforme à la neutralité qui s’impose dans un groupe public, voire «quelques zones de non-droit», selon une source proche. Quelques mois plus tard, ce sont les attentats de Paris: la presse révèle que l’un des terroristes du Bataclan, Samy Amimour, a été machiniste (conducteur de bus) à la RATP, puis évoque des cas de prosélytisme islamique à l’intérieur de la régie, de conducteurs refusant de prendre le relais d’une femme etc.

Elisabeth Borne crée rapidement «une délégation générale de l’éthique» et installe, début décembre, à sa tête, un homme venu de l’extérieur, Patrice Obert. Contrairement à la plupart des entreprises, muettes sur le sujet, «la RATP accepte de parler de radicalisation religieuse, nous explique aujourd’hui ce dernier, parce qu’elle a été blessée par cette campagne médiatique et parce qu’elle a pris le problème à bras le corps, à rebours de l’image qui, depuis, lui colle à la peau. Elle est fière de sa mission de service public, de sa culture de la sécurité et de son engagement social: sur les 45.000 agents franciliens, 15.000 sont des conducteurs de bus recrutés sans conditions de diplômes et formés par nous».

Il reste que les dérives sont réelles et anciennes. «Elles ont débuté dans les années 90, avec des cas de refus d’hommes de serrer la main de leurs collègues femmes. Quand un manager était alerté, il ne savait pas quoi faire, et s’il remontait l’information, sa hiérarchie lui demandait souvent de régler le problème et de se concentrer sur la qualité de service. A ce sentiment de n’être pas très soutenu, s’ajoutait la crainte d’être taxé de racisme ou d’islamophobie».

La direction réagit pourtant en 2005 en introduisant dans le contrat de travail une clause de neutralité, puis publie en 2011 un premier code éthique et, en 2013, un guide pratique pour les managers.

«Il y a bien eu une prise de conscience, mais elle était diffuse; les problèmes étaient sus, mais tus; les outils existaient mais n’étaient pas accompagnés du discours et de la formation nécessaires».

Pourquoi la hiérachie a-t-elle fermé les yeux aussi longtemps? Pour une série de raisons qui sont en partie liées aux choix mêmes des dirigeants successifs de la RATP. «Depuis les réformes de Christian Blanc dans les années 90, explique Patrice Obert, la structure du groupe est décentralisée autour de trois niveaux hiérarchiques seulement: la Direction générale, le département et l’unité opérationnelle (ligne de métro ou centre bus), dont les directeurs ont beaucoup de responsabilités [et donc beaucoup d’autonomie]. D’autre part, l’entreprise est très masculine: en Ile-de-France, 80% des agents sont des hommes, et la proportion approche les 100% dans l’exploitation ou la maintenance». Ces facteurs ont forcément joué dans le retard avec lequel les différents niveaux hiérarchiques ont pris au sérieux les avanies dont se plaignaient certaines salariées.

En outre, la politique volontariste de diversité menée durant les dernières décennies –motif légitime de fierté de la Régie–  a aussi généré de lourds effets pervers. «La RATP a recruté massivement dans les quartiers difficiles, là où plus personne ne le faisait, argue Patrice Obert. Elle s’est fortement engagée dans les contrats d’avenir. A l’époque, il était impossible d’anticiper l’évolution de la société. Or, l’entreprise n’est que le reflet de la société». Car ce travail –réel– de proximité dans les banlieues s’est fait en lien avec une myriade d’associations (notamment sportives) et via la fameuse politique des grands frères des années 90-2000, aujourd’hui très critiquée.

Pour Denis Maillard, «cette démarche est un cas d’école des erreurs à ne pas commettre. Certes, les recrutements se faisaient par CV anonymes. Mais ensuite, une jeune recrue habitant à Montreuil était affectée dans le même secteur, idem pour une autre de St Denis etc. Cela a généré une réelle porosité entre l’entreprise et les règles de la cité, notamment dans les quartiers où l’islam s’est affirmé».

Depuis début 2016, la RATP tente donc de renverser la vapeur via son plan «Travailler ensemble»: «Son objectif est de rappeler nos principes de laïcité-neutralité à tous nos agents, depuis leur recrutement jusqu’à leur fin de carrière, explique le délégué à l’éthique. Nous tentons aussi désormais d’affecter les gens d’un même quartier sur plusieurs centres différents et nous avons lancé un grand plan de formation pour que, dans les deux ans, chacun reçoive une formation sur la laïcité et son histoire en France. Car il faut bien être conscient qu’un jeune, en 2017, n’a parfois pas la moindre idée de ce que cela signifie». Plus de fermeté donc (les sanctions ont augmenté), et plus de pédagogie. L’idée est en effet de désamorcer également «l’aspect tabou du dossier». En avril, 800 managers de proximité devaient ainsi recevoir une formation spécifique. L’encadrement supérieur est, lui, parfois convié à des conférences d’experts sur le fait religieux, une table ronde est programmée pour l’automne avec EDF, la SNCF et Michelin etc. Un travail de longue haleine aux bienfaits incertains, et beaucoup de temps perdu à rattrapper… Sans parler d’une nouvelle inconnue: l’intérêt que le successeur d’Elisabeth Borne portera à ce dossier.

 

Slate.fr

Le droit au Hajj garanti aux ressortissants du Qatar, interdits en Arabie Saoudite

Après l’annonce, lundi 5 juin, de la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar, accusé de soutenir le terrorisme, l’Arabie Saoudite entend-t-elle interdire aux Qataris d’accomplir le pèlerinage à La Mecque ?

La décision, prise par l’Arabie Saoudite mais également l’Egypte, le Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Yémen, la Libye et les Maldives, implique en effet la fermeture de leurs frontières terrestres, aériennes et maritimes qui empêchent l’accès des Qataris à tous ces pays. Elle implique également le renvoi des ambassadeurs sous 48h et l’expulsion sous deux semaines des ressortissants et touristes qataris présents dans les sept pays.

Pourquoi l’Arabie Saoudite ne peut pas interdire le hajj aux Qataris

Face aux inquiétudes suscitées par l’annonce choc, les autorités saoudiennes ont assuré que les pèlerins qataris sont toujours autorisés à effectuer le petit et grand pèlerinage à La Mecque (Hajj et Omra), tout comme le sont les Iraniens depuis mars dernier malgré les tensions constantes entre le royaume saoudien et l’Iran.

Le Hajj faisant partie des cinq piliers obligatoires pour tout musulman ayant les moyens physiques et financiers, difficile pour les autorités saoudiennes d’interdire l’accomplissement de ce rite aux Qataris qui en font la demande, dans la limite du nombre de visas accordés par l’Arabie Saoudite, un quota fixé à 1 200 pour Doha en 2016.

« Conformément à la décision de rompre les relations diplomatiques et consulaires, il est interdit aux citoyens saoudiens de se rendre au Qatar, d’y résider, ou d’y transiter, qu’ils soient résidents ou visiteurs, et la nécessité pour eux de quitter ce territoire dans un délai de 14 jours », font part les autorités via l’Agence de presse saoudienne.

« Cette décision empêche malheureusement, pour des raisons de sécurité, l’entrée ou le transit des ressortissants qataris par l’Arabie Saoudite, les résidents et les visiteurs ayant ainsi 14 jours pour partir, tout en assurant son engagement à fournir tous les services pour les pèlerins qataris », ajoute-t-elle, avant de conclure : « L’Arabie Saoudite continuera de soutenir le peuple qatari, sa sécurité et sa stabilité, indépendamment des pratiques hostiles commises par les autorités de Doha. » La seule frontière terrestre que le Qatar partage est celle qui la sépare de l’Arabie Saoudite. En la fermant, les conséquences risquent cependant d’être lourdes pour Doha.

Saphirnews

L’émergence de l’entreprenariat musulman en France

 

 

Depuis plusieurs années, nous aurons remarqué que le marché du halal est très en vogue et surtout fleurissant sur le plan économique en France. En ce mois de jeûne du Ramadan, les grandes surfaces comme Auchan, Carrefour, Leclerc pour ne citer qu’elles, déjà positionnées sur le marché du halal, aménagent leurs rayons avec des offres « Spécial Ramadan ». Parallèlement à ce marché de la consommation très lucratif[1], une partie grandissante de musulmans français voulant s’affranchir notamment d’une idéologie dominante décevante consomme non seulement halal mais se lance aussi dans les affaires dites halal. Le seul canal pour exprimer les revendications des déçus du discours islamique devient le marché et, dès lors, l’expression d’une nouvelle religiosité. Il s’agit de penser l’islam comme un produit non plus destiné à réformer les âmes mais à s’adapter à la demande du consommateur.

Face à un monde musulman divisé, fracturé, ces déçus sont dans une recherche personnelle du salut, une réalisation de soi et une quête du succès économique qui passe désormais par l’entreprenariat musulman. Ces cinq dernières années, des entreprises de tendance[2] musulmanes sont créées surtout dans les grandes villes, en particulier dans le secteur des services. La crise économique et les difficultés d’accès au marché du travail poussent de plus en plus de musulmans à développer des activités indépendantes. Ces entrepreneurs/euses veulent en finir entre autre avec l’image d’assistés, de fatalistes voire de victimes. Les positions sociales non atteintes et les frustrations engendrées poussent en effet ces Français musulmans souvent jeunes dans les affaires, plutôt que de sombrer parfois dans un désespoir qui les jetterait dans une mouvance radicale. Ce « business halal » a permis à une certaine frange de la mouvance salafiste notamment de se lancer dans les affaires. Ce décollage économique par le petit commerce (kebabs, boucheries, vêtements, produits orientaux, téléphonie mobile destinée au Maghreb, etc.) a contribué à l’enrichissement d’une partie de celle-ci qui, dès sa sécurité financière assurée, fait sa hijra (émigration) et quitte la France, terre de l’impiété occidentale pour rejoindre des sociétés musulmanes[3]. A la hijra du désespoir des jeunes engagés dans les rangs de Daech s’oppose la hijra marchande et bourgeoise, au nihilisme du martyr en Syrie ou ici, celui de la vie dans les affaires au sein d’un environnement musulman où la promotion individuelle et l’acculturation financière orientent les choix migratoires. Ils sont également de plus en plus nombreux issus de l’immigration à quitter la France pour s’expatrier dans les pays du Golfe, en particulier dans les Emirats, pour se faire de l’argent. L’hégire s’inscrit ainsi dans un contexte de mondialisation marchande où chacun tente de s’affirmer individuellement. La fierté d’être musulman ne passe pas par la revendication politique mais par la performance économique.

A l’ombre de la vague fondamentaliste, une nouvelle religiosité est en train de naître où le désengagement vis-à-vis de l’identité et du politique laisse place à un nouveau sacre de l’individu et à une reconfiguration dans l’espace culturel. En France, le voile est sur ce point emblématique : il dérive de l’islam politique et se déploie en masse sur le marché de la consommation. Le succès grandissant du prêt-à-porter féminin (boutiques, ventes en ligne) ne se dément pas. Dans un contexte de globalisation et de réislamisation simultanées, le voile oblige les femmes à de nouveaux compromis, entre revendications identitaires et extraversion culturelle. L’acculturation se nourrit ainsi de ce symbole identitaire où la pudeur islamique coïncide avec une offre marchande de masse qui suit les courants de la mode internationale. On est là dans une simple logique consumériste où le message religieux passe souvent au second plan car plus ce dernier est mis en avant, plus le public se réduit.

La conviction religieuse personnelle se traduit par une pratique entrepreneuriale où la maximisation du profit n’est limitée que par la rigueur éthique qu’elle implique, comme celle notamment de l’interdiction de la pornographie, de la vente d’armes, du commerce de l’alcool, de pratique de l’usure… le tout dans une charité traditionnelle qui impose un geste envers les plus démunis. Sur le plan religieux, la zakat (impôt religieux obligatoire), la sadaqa (don volontaire), le waqf (biens de mainmorte) sont ainsi reconsidérés pour dynamiser l’économie sociale et prendre le relai de l’Etat-providence (constructions de mosquées, d’écoles musulmanes, de repas offerts aux démunis pendant le mois de Ramadan, etc.).

Amr Khaled[4], célèbre prédicateur dans le monde arabe, est un des chantres de l’islam de marché. Dans une logique de marketing et par conviction idéologique, il veut faire de l’islam une religion entrepreneuriale dans la lignée de certains mouvements pentecôtistes aux Etats-Unis, en s’efforçant de créer des croyants proactifs. Dans ses prêches télévisés, il s’appuie à la fois sur la morale musulmane et sur les techniques de réalisation personnelle occidentales. Prédicateurs et cheikhs à l’instar d’Amr Khaled, agissant en véritables coachs, ils sont de plus en plus nombreux à prôner l’engagement positif du musulman dans la société, qui passe aussi par l’entreprenariat. Ces cheikhs médiatiques s’opposent à l’oisiveté, vice que dénonce l’islam, et invitent le croyant à s’investir dans le domaine social et économique pour participer au développement de leur pays.

 

L’islam de marché s’inscrit dans la diffusion massive de produits religieux et culturels caractérisée par une stratégie de désenclavement qui replace le religieux dans une sphère marchande globale, non religieuse. Cette offre est pensée en termes de produits de consommation sur un marché où le facteur idéologique et les réflexes identitaires sont délaissés sur l’autel du profit. Aujourd’hui dans le monde musulman, tout est mis en œuvre pour associer la religion avec les théories du management et de l’édification personnelle. Dans les pays du Golfe, c’est le prédicateur Tariq al-Suwaidan[5] qui représente le mieux cette association. Formé aux Etats-Unis, il s’inspire notamment d’ouvrages de discipline managériale et présente dans ses émissions télévisées les théories du management d’un point de vue musulman, une sorte de « pensée managériale et pensée islamique ».

Dans un monde musulman divisé, fracturé, le champ économique fournit aux nouvelles religiosités un support concret et global – le marché – mais aussi des éléments d’une éthique entrepreneuriale. La littérature de l’accomplissement personnel et le savoir managérial s’imposent comme le meilleur moyen pour instaurer une religiosité proactive. La France, qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe, profite de ce courant et a vu croître ces dernières années l’entreprenariat musulman dans un contexte de crise aggravé par un désintérêt pour la question du politique et de l’Etat. Aux organisations économiques catholiques[6] et juives[7] existantes, viennent désormais s’ajouter dans le paysage économique français ces organisations musulmanes. Avec la croissance exponentielle que connaît le marché du halal en France ces dix dernières années, l’entrepreneurship étiqueté « halal » a de beaux jours devant lui !

 

Fatima Achouri

 

 

 

[1] Le marché du halal en France est estimé à plus de 15 milliards d’euros

[2] Au référent religieux

[3] L’Egypte est une destination privilégiée de la mouvance salafiste pour effectuer la hijra

[4] Il est égyptien, c’est l’un des plus célèbre et populaire télé-prédicateur dans le monde arabe.

[5] C’est un entrepreneur koweïtien, auteur, conférencier-coach, et leader des Frères Musulmans Koweïtiens. Il est célèbre dans le monde arabe et dans les communautés musulmanes à travers le monde notamment pour son coaching en management dans ses programmes télévisés

[6] UNIAPAC (Union internationale chrétienne des dirigeants d’entreprises)

[7] UPJF (Union des patrons et des professionnels juifs de France)

Comment le ramadan entraîne une pénurie d’Uber chaque soir

Le service de VTC a observé une baisse du nombre de chauffeurs disponibles en milieu de soirée depuis samedi.

 

C’est un effet inattendu du ramadan. Depuis samedi et le début de la période de jeûne chez les musulmans, plusieurs utilisateurs d’Uber, célèbre service de VTC, ont fait part de leur difficulté à trouver un véhicule à partir de 21h30. Soit approximativement l’heure où le soleil se couche, moment où les pratiquants sont de nouveau autorisés à boire et à se restaurer. Une raréfaction qui a une incidence sur les tarifs car l’entreprise incite ses conducteurs à travailler en augmentant le prix de la course.

«Oui, on a observé ce phénomène, confirme au Parisien la communication d’Uber. C’est le cas aussi lors de certains événements culturels, sportifs ou météorologiques, durant lesquels des chauffeurs se déconnectent de l’application.» Samy est de ceux là. Lui qui travaille depuis trois ans pour le service de VTC raconte être «crevé après avoir conduit des heures sans manger et sans boire, surtout ce week-end où il a fait très chaud. Que les gens ne soient pas contents parce qu’il y a moins de voitures et que ça coûte plus cher, je m’en fous. On n’est pas un service public. J’ai besoin de respecter ce moment et j’en ai aussi envie».

Si la rupture du jeûne a autant de répercussions sur Uber, c’est en raison de la sociologie des chauffeurs de la société. «La majorité des chauffeurs qui travaillent avec nous sont originaires des banlieues, potentiellement d’origine maghrébine et de confession musulmane», décrivait le responsable de la communication de la branche française de l’entreprise, Grégoire Kopp, à Capital en 2016.

Si Samy raconte manger rapidement pour ne pas perdre une trop grosse partie de sa rente nocturne, certains de ses collègues «font l’aller-retour pour manger avec leur famille avant de reprendre le travail». «Les gens qui râlent parce qu’ils attendent cinq minutes s’inquiètent-ils de l’état de santé des chauffeurs?, s’agace Sayah Baaroun, secrétaire général du syndicat SCP-VTC. Uber vise cette communauté dans son recrutement, donc ça se voit lors du ramadan. Ils sont considérés comme de la chair à canon, ils ont quand même le droit de profiter de ce moment.» Et tenter de concilier tant bien que mal religion et travail.

 

Le Parisien

A Kaboul, au moins 80 morts et 320 blessés dans une attaque au camion piégé

Au moins 80 personnes ont été tuées et plus de 320 autres ont été blessées, mercredi 31 mai, dans un attentat au camion piégé à Kaboul, la capitale afghane, a fait savoir le ministre de l’intérieur afghan. Face à l’urgence, le ministère de l’intérieur a appelé la population à des dons de sang dans les hôpitaux. Aucune revendication n’a été émise dans l’immédiat.

La police précise que l’explosion a eu lieu dans le quartier de Wazir Akbar Khan, près de l’ambassade d’Allemagne, dans le quartier diplomatique, qui abrite également des bureaux du gouvernement. Interrogée sur Europe 1, la ministre des affaires européennes française, Marielle de Sarnez, a pour sa part évoqué des « dégâts matériels » à l’ambassade de France et à l’ambassade d’Allemagne à Kaboul, tout en précisant qu’aucune victime n’avait été signalée pour le moment. On ignore encore la cible exacte de l’attaque.

Des nuages de fumée noire couvraient le centre-ville et des maisons situées à plusieurs centaines de mètres de l’explosion ont été endommagées. La déflagration a été si forte qu’elle a secoué une grande partie de la ville, soufflant de nombreuses fenêtres et semant la panique parmi la population.

Le chef du Pentagone, James Mattis, a récemment déclaré s’attendre à « une nouvelle année difficile » pour l’armée afghane et les soldats étrangers présents sur le territoire afghan. Le président américain, Donald Trump, réfléchit à l’envoi de milliers de militaires en Afghanistan supplémentaires pour sortir de l’impasse.

 

Le Monde.fr

 

Ali Merad (1930-2017) : de l’école coranique de Laghouat aux universités de Lyon et de Paris

Le Pr Ali Merad, qui vient de rendre son dernier souffle à Dieu à l’âge de 87 ans, était peu connu du grand public et largement ignoré, aussi, des musulmans. Cet universitaire à la retraite, installé de longue date, avec son épouse, sur les hauteurs de Lyon, était pourtant une des grandes figures de l’islamologie, et un pionnier du dialogue islamo-chrétien. Avec lui disparaît un érudit remarquable qui faisait honneur autant à l’Algérie, sa patrie d’origine, qu’à la France et à toute la communauté universitaire internationale.

Né en 1930 à Laghouat, sur les bords du Sahara algérien, le petit Ali a connu dans cette cité une double scolarité : celle de l’école coranique et celle de la République coloniale. Il en a conservé un grand attachement au Coran (qu’il connaissait par cœur) et un goût de l’étude qu’il a eu la chance de pouvoir développer.

Étudiant à Alger, il est habité de convictions nationalistes, mais il aime, également, l’héritage culturel français. Comme son compatriote et ami le Pr Mohammed Arkoun (1928-2010), il est d’ailleurs amené à poursuivre ses études en France, du fait de ses grandes qualités intellectuelles. En 1956, il obtient l’agrégation d’arabe.

Douze ans plus tard, en 1968, il se verra reconnu le titre de docteur d’État es Lettres. Il sera, dès lors, un éminent professeur des universités. En 1974, il fonde l’Institut universitaire d’études arabes et islamiques de Lyon, qu’il dirigera plusieurs années. Bientôt, il devient responsable de la formation doctorale « Études arabes et islamiques » de l’Université Jean-Moulin-Lyon-III.

Ses qualités, ses travaux, sa notoriété le font finalement appeler à l’université Paris-III-Sorbonne-Nouvelle pour y diriger un institut du même type que celui qu’il avait créé à Lyon. Durant plusieurs années, il sera membre du jury d’agrégation d’arabe et membre du Conseil national des universités.

Un vulgarisateur de la connaissance sur l’islam

La grande œuvre d’Ali Merad, celle qui restera dans l’Histoire et demeurera longtemps encore d’un intérêt indispensable, est son travail sur « le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940, un essai d’histoire religieuse et sociale », qui a fait l’objet de sa thèse de doctorat d’État, et spécialement l’attention qu’il a portée à la principale figure de l’Association des oulémas musulmans algériens, Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), à qui il a consacré une thèse complémentaire sous le titre « Ibn Bâdis, commentateur du Coran ». Les deux thèses ont été publiées, et constituent sur cette période clé de l’histoire de l’islam d’Algérie des sources incontournables.

Parmi les autres publications du Pr Merad se distinguent également trois volumes de la célèbre collection « Que sais-je ? » des Presses universitaires de France (PUF) : L’islam contemporain (1987), L’Exégèse coranique (1998) et La Tradition musulmane (2001), qui tous se sont vendus à des milliers d’exemplaires.

Son dernier livre, paru aux éditions Desclée de Brouwer en 2008 , avait pour sujet « Le califat : une autorité pour l’islam ? ». L’érudit avait le souci de vulgariser la connaissance sur l’islam, afin qu’elles soit accessible au plus grand nombre, et il sut être, en cela, un excellent pédagogue.

 

Un pionnier du dialogue interreligieux

Ayant été dès sa jeunesse au contact de chrétiens respectueux des musulmans et pour lesquels il éprouvait de l’amitié, Ali Merad a été toute sa vie attaché au dialogue interreligieux dont il aura été un des pionniers. Ainsi, dès 1953, il écrit, à Alger, un article intitulé « Jésus et nous ». En 1972, il participe à un livre écrit à trois voix, avec l’intellectuel juif Armand Abecassis et avec l’ecclésiastique catholique Daniel Pezeril, intitulé N’avons-nous pas le même Père ?, publié aux Éditions (lyonnaises) du Chalet.

Plus tard, en 1975, il publie, chez le même éditeur, un ouvrage consacré à Charles de Foucauld au regard de l’islam. Durant plusieurs années, il sera très présent, en différents lieux du monde, dans des colloques rassemblant des intellectuels et des religieux appartenant à la « famille abrahamique ».

Ses obsèques ont eu lieu vendredi 26 mai, après la prière du vendredi, à 14h15. C’est à Dieu que nous appartenons et c’est vers Lui que nous retournons.

Saphirnews

Pélerinage : rencontre avec Haïm Bittan, le grand rabbin de Tunisie

Vendredi soir. Sur le toit d’une maison et du haut de ses 69 ans, Haïm Bittan souffle dans son shoffar (instrument en corne de bélier) pour marquer le début du shabbat. Un rituel qu’il honore depuis cinquante ans et qui lui est propre. « Gamins, on attendait ce moment avec impatience et on sortait toutes les semaines observer la scène », se souvient le docteur Gabriel Kabla, installé à Paris.

Autorité suprême de la communauté juive de Tunisie

Issu d’une grande fratrie, fils de commerçant et père de huit enfants, Haïm Bittan a été nommé autorité suprême de la communauté juive de Tunisie par décret présidentiel en 2004, après le décès de son prédécesseur, dont il était l’assistant.

S’il se rend régulièrement dans la capitale, il vit toujours dans sa maison familiale, à l’entrée de la Hara Kbira (« grand faubourg » juif de Djerba). « Je préfère rester ici, où la communauté est plus importante », explique-t-il. Et de détailler : 1 200 membres à Djerba et à Zarziz, contre 300 à Tunis.

« Petit par la taille mais grand par la sagesse »

En 1948, ils étaient environ 100 000 sur tout le territoire. Le grand rabbin espère donc voir revenir plus de juifs au pays. Quelques heures après la fin du célèbre pèlerinage de la Ghriba (du 12 au 14 mai), c’est un homme souriant et réservé que nous avons retrouvé dans son bureau à la Yeshiva (école talmudique) de la Hara Kbira, où il enseigne. Pour compléter son faible salaire versé par l’État, il pratique également l’abattage rituel et la circoncision.

« Petit par la taille mais grand par la sagesse », le décrivent fièrement les habitants du coin. « Calme et très à l’écoute, il n’hésite pas à monter au créneau quand c’est nécessaire », ajoute son bras droit, Moché Uzan.

Comme en 2013, lorsqu’il s’était opposé à une proposition de loi sur l’attribution de sièges permanents au Parlement tunisien pour la communauté juive. Ou, aujourd’hui, concernant le projet de création d’un musée de la mémoire judéo-tunisienne à Tunis. « Je ne suis pas contre l’idée, affirme-t-il. Mais pas dans une synagogue ! »

À la fin de l’entretien, Haïm Bittan se prête volontiers aux selfies avec des étrangers, n’hésitant pas à se hisser sur un banc pour poser en groupe. Facile pour ce septuagénaire qui grimpe chaque semaine sur les toits.

 

Jeune Afrique