A propos Fatima Achouri

Je suis consultante et essayiste. Spécialisée en sociologie de l’organisation et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Mes travaux portent sur les enjeux des mutations actuelles (sociales, politiques, économiques, technologiques,etc.) auprès des organisations et des individus. Je suis également formatrice et conférencière auprès des organisations publiques et privées sur la gestion du fait religieux.

En Chine, les Ouïghours victimes d’une politique de contrôle des naissances imposée

Tests de grossesse, stérilisation ou avortements forcés… Une enquête menée par l’agence Associated Press montre qu’une campagne brutale de contrôle des naissances est menée au Xinjiang par les autorités chinoises à l’encontre de minorités, notamment la communauté ouïghoure, principalement musulmane, qui représente un peu moins de la moitié des 25 millions de personnes vivant dans cette région.

Sur la base de statistiques du gouvernement chinois, de documents officiels et d’entretiens effectués auprès d’anciennes détenues, ces mesures prises au cours des quatre dernières années peuvent être qualifiées de « génocide démographique », estiment des experts.

Les données collectées montrent que l’État chinois soumet les femmes de ces minorités à des tests de grossesse, les forcent à se faire poser des stérilets, à se faire stériliser ou avorter. Alors que l’utilisation de dispositifs intra-utérins et que le nombre de stérilisations ont baissé au niveau national, ils sont en augmentation dans le Xinjiang, avance AP dans son enquête publiée lundi 29 juin.

« Ils veulent nous détruire en tant que peuple »

Ces mesures de contrôle de la population sont appuyées par des menaces de détention. Les journalistes d’AP ont découvert qu’avoir « trop » d’enfants pouvait être une raison suffisante pour être envoyé dans un camp. Les parents de trois enfants ou plus sont séparés de leur famille s’ils ne sont pas capables de s’acquitter d’importantes amendes.

Après la naissance de son troisième enfant, Gulnar Omirzakh, une Kazakhe née en Chine, s’est vu ordonner par le gouvernement de porter un stérilet. Deux ans plus tard, en janvier 2018, quatre représentants des autorités vêtus de tenues militaires ont frappé à sa porte. Ils lui ont donné trois jours pour payer une amende de 2 685 dollars pour avoir eu plus de deux enfants. Ils l’ont avertie qu’en cas de refus, elle pourrait rejoindre son mari dans un camp. D’après des organisations de défense des droits humains, au moins un million de musulmans seraient internés dans ce qu’elles appellent des camps de rééducation politique.

« Empêcher les gens d’avoir des enfants n’est pas une bonne chose », estime Gulnar Omirzakh, qui a dû s’endetter pour rassembler l’argent avant de fuir vers le Kazakhstan. « Ils veulent nous détruire en tant que peuple”.

Le taux des naissances dans les districts de Hotan et de Kashgar, majoritairement ouïghours, ont plongé de 60 % entre 2015 et 2018, selon les statistiques des autorités. Les centaines de millions de dollars utilisés par le gouvernement pour contrôler les naissances ont fait passer le Xinjiang de l’un des territoires les plus dynamiques du pays démographiquement en l’un des plus faibles, en seulement quelques années.

« Cela fait partie d’une plus vaste campagne pour asservir les Ouïghours », analyse l’universitaire Adrian Zenz, spécialiste du Xinjiang et du Tibet.

Le ministère des Affaires étrangères chinois et le gouvernement du Xinjiang n’ont pas répondu aux multiples sollicitations d’AP. Pékin a cependant expliqué par le passé que ces mesures étaient justes car elles autorisent les membres de la communauté des Han, majoritaire en Chine, et ceux des minorités à avoir le même nombre d’enfants.

Lors de la période de la politique de l’enfant unique, abandonnée en 2015, les autorités ont encouragé, parfois forcé, les mesures de contraceptions, de stérilisations ou d’avortements au sein des Han, mais les minorités avaient le droit d’avoir deux enfants et même trois s’ils vivaient à la campagne.

Des stérilisations forcées

Ces dispositions ont changé depuis l’arrivée au pouvoir en 2013 du président Xi Jinping, l’un des dirigeants les plus autoritaires depuis des décennies. Peu après sa prise de fonction, le gouvernement a changé les règles du contrôle des naissances en autorisant les Han à avoir deux ou trois enfants, comme les minorités.

Même si cela peut paraître égalitaire sur le papier, dans la pratique, les Han échappent le plus souvent aux avortements, aux stérilisations, à la pose de dispositifs intra-utérin ou encore à la détention s’ils ont « trop » d’enfants, contrairement aux minorités du Xinjiang. Des membres des communautés musulmanes vivant en milieu rural comme les Omirzakh ont même été punis pour avoir eu trois enfants, alors même que cela est autorisé par la loi.

Une quinzaine de Ouïghours et de Kazakhs ont rapporté à AP qu’ils connaissent des personnes internées ou détenues pour avoir eu « trop » d’enfants. Certaines ont passé des années en prison voire des décennies. Au sein de ces camps, les femmes ont été soumises à la pose de stérilets ou à des mesures de stérilisation. En 2019, dans un reportage de France 24, Gulbahar Jalilova, une Ouïghoure de 54 ans, détenue 15 mois à Urumqi, la capitale de Xinjiang, avait déjà apporté ce même type de témoignage. « Nous devions passer la main par une petite ouverture dans la porte », avait-elle expliqué.  « Nous avions vite compris qu’après les injections, les femmes n’avaient plus leurs règles ».

Une ancienne détenue, Tursunay Ziyawudun, a raconté une histoire similaire à AP. Elle a également reçu des injections qui ont entraîné l’arrêt de ses règles. Elle a par ailleurs reçu des coups à l’estomac lors d’interrogatoires. Elle ne peut désormais plus avoir d’enfants. Selon elles, les femmes du camp ont subi des examens gynécologiques et les autorités les ont averties qu’elles s’exposaient un avortement si elles tombaient enceintes.

En 2014, plus de 200 000 dispositifs intra-utérins ont été posés dans la région du Xinjiang. Quatre ans plus tard, ce chiffre avait augmenté de 60 % passant à 330 000, alors que dans le même temps, il avait baissé dans toutes les autres régions chinoises. Les statistiques gouvernementales ont aussi montré une intensification des stérilisations dans le Xinjiang.

Zumret Dawut, une Ouïghoure mère de trois enfants, a raconté qu’après sa libération d’un camp d’internement en 2018, les autorités l’ont forcé à se faire stériliser, sous peine d’être de nouveau détenue. « J’étais tellement en colère », a-t-elle témoigné. « Je voulais tellement un autre fils ».

« C’est un génocide »

Les autorités chinoises ont lancé cette campagne de contrôle des naissances parce qu’elles s’inquiètent, si la population augmente de manière exponentielle, selon AP, d’une poussée de la pauvreté et de l’extrémisme au Xinjiang, un immense territoire longtemps frappé par des attentats meurtriers, attribués par Pékin à des séparatistes et des islamistes. Mais bien que ce le programme rappelle la politique de l’enfant unique, il diffère des anciennes mesures car il vise un groupe ethnique bien particulier, soulignent les spécialistes.

« L’objectif n’est peut-être pas d’éliminer complètement la population ouïghoure, mais cela diminuera considérablement sa vitalité et permettra de l’assimiler plus facilement », analyse Darren Byler, un spécialiste des Ouïghours de l’Université du Colorado.

D’autres experts vont même plus loin. « C’est un génocide, point final », n’hésite pas à résumer Joanne Smith Finley, qui travaille à l’Université de Newcastle. « Ce n’est pas une tuerie de masse choquante et immédiate, mais c’est un génocide, lent, douloureux et progressif ».

 

France 24 / Associated Press

La Grèce inquiète d’une possible reconversion de Sainte-Sophie en mosquée par la Turquie

La Grèce, par la voie du ministère de la Culture, a adressé, jeudi 25 juin, une lettre aux représentants des États membres de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) pour faire part de ses inquiétudes concernant le projet de reconversion de Sainte-Sophie par la Turquie.

Ce joyau d’Istanbul, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, fut une ancienne basilique, reconverti en mosquée en 1453 du temps où Istanbul s’appelait encore Constantinople. Le monument, qui est l’un des plus visités de la Turquie, est un musée depuis 1934 par décret de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie actuelle.

« Sainte-Sophie ne doit pas être privée de son caractère universel et transformée en lieu de culte musulman », a fait savoir la ministre de la Culture, Lina Mendoni, rappelant que toute reconversion du monument doit être soumise au préalable à l’UNESCO dont la Turquie a signé la convention en 1972.

« Un monument de valeur universelle comme Sainte-Sophie est instrumentalisé pour servir les intérêts politiques nationaux » et « ce que le gouvernement turc et le président Erdogan tentent de faire aujourd’hui est de raviver le fanatisme nationaliste et religieux », a-t-elle également écrit, appelant de ses vœux à l’organisation d’une réunion rapide des membres de l’UNESCO pour discuter de cette question hautement sensible qui empoisonne les relations entre la Grèce et la Turquie depuis des années.

En réponse, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré que le statut de Sainte-Sophie n’est pas un sujet d’affaires internationales, mais une question de souveraineté nationale, rapporte Anadolu citant la chaîne turque NTV.


L’authenticité du décret de 1934 examinée

Le souhait de Recep Tayyip Erdogan et ses partisans de reconvertir de Sainte-Sophie en mosquée n’est plus un secret pour personne. Néanmoins, la menace du changement pèse de plus en plus lourd.

Pour la première fois depuis la transformation du monument en musée, un imam a récité au sein même de l’ancienne basilique la sourate Al-Fath (« La victoire éclatante »), vendredi 29 mai, le jour actant le début de la reprise des cultes dans les mosquées turques. Cette action visait alors à célébrer le 567e anniversaire de la conquête de Constantinople par le sultan ottoman Mehmet II en 1453, célébré chaque année le 29 mai dans le pays.

Le Conseil d’Etat, la plus haute instance administrative turque, examine actuellement l’authenticité du décret transformant Sainte-Sophie en musée. Une réponse serait attendue pour le 2 juillet.

Saphirnews

Tunisie : qui se cache derrière la formation « islamo-nationaliste » Al Karama ?

Le Parlement tunisien a rejeté, dans la nuit de 9 au 10 juin 2020, une motion qui demandait officiellement à la France de présenter des excuses à la Tunisie pour les crimes commis « pendant et après la colonisation ». Cette motion était présentée par la coalition Al Karama, un parti islamo-nationaliste comptant 19 élus sur 217 députés, qui en avait fait une promesse électorale lors des législatives d’octobre 2019. Mais même si ce texte était voué à l’échec, il n’en traduit pas moins un sentiment antifrançais présent dans l’opinion tunisienne.

Après plus de 15 heures de débats, qui n’ont que peu abordé le fond de la question, le texte a recueilli 77 voix pour, loin des 109 voix nécessaires pour être voté. Présenté sans débat préalable, ni travail de préparation, le texte avait peu de chances de recueillir la majorité, dans un Parlement très divisé. Mais même s’il n’a pas obtenu la majorité nécessaire, il convient de noter que seuls cinq députés ont voté contre. Tandis que 46 autres s’abstenaient.

Les élus d’Al Karama se sont présentés au Parlement en arborant un tee-shirt sur lequel était inscrit « meurtre et torture, la brutalité du colonialisme français ». Le texte proposait d’exiger des excuses de Paris, ainsi que des indemnisations pour les « assassinats », « viols », « exils forcés d’opposants », le « pillage des ressources naturelles » et le soutien à la dictature. Cela concerne « tous les crimes commis depuis 1881 », date du début du protectorat, y compris le soutien apporté au régime de Zine el Abidine Ben Ali lorsque celui-ci était aux abois début 2011.

« Coalition pour la dignité »

Apparemment, la proposition d’Al Karama (signifiant en arabe « coalition pour la dignité ») était donc d’abord un coup politique. « Nous voulons penser hors du cadre, rester hors système si on peut dire, tout en respectant les institutions. (…) Notre politique est de pousser le prochain gouvernement à être ouvert à d’autres partenaires et à d’autres idées », expliquait son chef de file, l’avocat Seifeddine Makhlouf, dans une interview à Jeune Afrique en décembre 2019.

Lequel Seifeddine Makhlouf, né en 1975, a fondé ce parti en janvier 2019. « Connu pour être proche des cercles islamistes radicaux, il s’est illustré (…)  en prenant la défense » de terroristes présumés, selon le site kapitalis. Ce qui lui vaut parfois le surnom d’« avocat des terroristes »… Ses deux grandes idées, dixit la même source : « poursuivre en justice » les dirigeants du syndicat UGTT, « qu’il accuse d’avoir détruit l’économie tunisienne, et ce pour des raisons de corruption »; « demander des excuses à la France pour les crimes commis en Tunisie durant la période coloniale ».

Qualifié par l’AFP d’« islamo-nationaliste », le petit parti semble avoir fait de la provocation l’une de ses armes favorites. Avec comme objectif la volonté de faire parler de lui. Lors du débat sur la motion, un élu issu d’Al Karama, Ridha Jaouadi, a estimé que « les centres culturels de l’occupation française sont plus dangereux que les bases militaires ». Il les accuse de mener « une invasion culturelle qui détruit la morale et les valeurs » des Tunisiens. Cet ancien imam avait été limogé en 2015 de la principale mosquée de Sfax (est du pays) par les autorités tunisiennes qui l’avaient qualifié d’extrémiste, puis accusé de « collecte d’argent » sans autorisation.

L’élève a-t-il dépassé le maître ?

Le 26 février, jour de l’intronisation du chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, un autre élu du parti, Mohammed Affas (cité par le site kapitalis), avait lancé au Premier ministre : « Vous êtes contre les lois criminalisant l’homosexualité et la consommation de la drogue. Vous annoncez publiquement et sans honte que vous consommez de l’alcool et vous défiez la charia de Dieu. » Et d’ajouter : « Vous faites tout cela pour plaire aux Français. »

Kapitalis, qui décidément n’aime visiblement pas Al Karama, n’hésite pas à le qualifier de « satellite » de la formation d’inspiration islamiste Ennahdha. Selon ce site, Ennahdha « a mis en selle la coalition Al Karama pour qu’elle s’acquitte, pour elle, des besognes pas très recommandables ». Mais toujours selon la même source, le « satellite » se serait ensuite émancipé… Ce faisant, l’action des amis de Seifeddine Makhlouf les aurait « rapprochés des bases d’Ennahdha, qui retrouvent en eux la fougue perdue de leur parti devenu par trop sage ». Ce qui a contribué à faire perdre des voix à ce dernier lors des législatives d’octobre 2019, analyse le site.

Sentiment anti-français

Dans le même temps, en s’attaquant à Paris, Seifeddine Makhlouf et ses amis savent ce qu’il font. Ils ravivent ainsi « un sentiment anti-français exprimé lors de la révolution de 2011 ; certains avaient alors hurlé ‘dégage’devant l’ambassade de France », rapporte Jeune Afrique.

Le discours d’Al Karama « peut être partagé par une large frange de la population », explique Seifeddine Makhlouf dans l’interview déjà citée. Il est au moins partagé, semble-t-il, par une majorité de parlementaires… « La plupart des députés des différents groupes et ceux indépendants ont souligné lors de leurs interventions la nécessité pour la France de présenter ses excuses au peuple tunisien pour la période de colonisation, mais leurs avis ont divergé concernant le vote de cette motion », notait ainsi le grand quotidien francophone La Presse à l’issue du débat sur la motion finalement rejeté par le Parlement.

Pendant la campagne de la présidentielle en octobre 2019, franceinfo Afrique avait observé l’émergence d’un courant anti-français en Tunisie. Devant l’envoyé spécial du site à Tunis, certains partisans du futur président Kaïs Saïed souhaitaient ainsi ouvertement que leur pays s’éloigne de l’influence de l’ancien colonisateur français. Avant le scrutin du 13 octobre, ce dernier se voulait rassurant dans une interview (à L’Obs) : « Nos rapports avec la France, avec l’Europe d’une manière générale, sont dictés par la géographie et on ne changera pas la géographie. (…) Dépassons les moments tumultueux pour écrire une nouvelle histoire ensemble. »

Mais avant d’être nommée chargée de sa communication, Rachida Ennaïfer, l’une de ses proches, expliquait à franceinfo Afrique : Kais Saïed « a déclaré qu’il respecterait les accords internationaux de la Tunisie tout en veillant à préserver les intérêts réciproques. Quand il y a déséquilibre, il faudra rééquilibrer. » Et de préciser : « Dans certaines régions (…), la population tunisienne voit les richesses lui passer sous le nez. Il est donc temps de penser à des rééquilibrages. Mais pour autant, les relations entre la Tunisie et la France seront maintenues. »

 

Franceinfo Afrique

Prémisses d’un désordre annoncé

Les récentes manifestations aux Etats-Unis, incarnées par le mouvement « Black lives matter » et liées à la mort tragique d’un Afro-Américain, Georges Floyd, filmé en direct agonisant durant de longues minutes sous le poids d’un policier blanc, nous rappellent que la crise anthropologique de la démocratie qui n’a pas été capable de relever le défi de l’harmonie touche sans doute à sa fin. À l’ère de l’Internet, puissant accélérateur des émotions, où l’information est virale, cette affaire a pris une ampleur contestataire au-delà des États-Unis. Si beaucoup se sont identifiés à Georges Floyd, ce n’est pas uniquement parce que sa mort était injustement tragique et qu’il était afro-américain. Mais surtout parce que Georges Floyd incarnait le mépris, celui d’une Amérique qui se veut la plus grande démocratie au monde, se drapant du costume de justicière partout ailleurs, mais qui reste incapable de résoudre la gangrène du racisme anti-Noirs. Cet impérialisme américain qui repose sur une rhétorique de la démocratie d’un côté et sur l’individualisme agressif de l’autre a, à travers sa culture et sa consommation de masse, inondé le monde de ses idéologies.

Le mépris de l’homme noir écrasé par l’homme blanc nous rappelle les heures sombres de l’esclavagisme américain. Le mépris de la classe politique dirigeante et de l’autorité policière envers ceux qui sont devenus les indésirables de ce monde. Nous ne découvrons pas, à travers ce drame et l’hystérisation qui l’entoure, une Amérique raciste si prompte à donner des leçons de morale au reste du monde, ni que le racisme est exclusif à l’Amérique. Car le racisme, quand il est le fait de l’ignorance et de l’intolérance, est universel et ne peut être réduit à une vision simpliste du « méchant Blanc contre le gentil Noir. » Alors que de nombreux États américains sous couvre-feu se débattent avec la sombre histoire que l’Amérique entretient avec sa population noire, pour la première fois depuis le début de son mandat, le président Trump semble fragilisé, isolé face aux manifestations orchestrées pour beaucoup par des organisations de gauche. Une Bible à la main, le Président américain, symboliquement, s’en remet à Dieu pour contrer les forces du Mal à l’œuvre, incarnées à ses yeux par les Antifas, qu’il aimerait classer parmi les organisations terroristes.

Pourtant, aussi choquante soit-elle, la barbarie dont nous avons été témoins avec la mort de Georges Floyd se produit tous les jours sur la planète. Sommes-nous tout autant émus par un enfant palestinien tué sous les balles Israéliennes ? Par un enfant africain tué dans des massacres interethniques ? Par un salarié qui se suicide à cause de son travail ? Par un SDF mort seul dans la rue ? Non. L’émotion d’aujourd’hui est mise en scène, orchestrée par le grand capital qui veut, pendant qu’il se régénère et se dédouane avec la crise du Covid-19 de ses responsabilités dans la grave récession à venir, nous jeter dans des tensions raciales. Les manipulations à l’œuvre ne sont que la manifestation d’une oligarchie qui veut préserver ses privilèges en misant sur une stratégie du chaos, nous laissant croire que le fond du problème est racial alors qu’il est économique.

Georges Floyd était aussi un laissé-pour-compte de la mondialisation, un pauvre parmi les pauvres que la crise économique post-Covid-19 a ébranlés. Beaucoup de Noirs, mais aussi de Blancs, pauvres ou moins pauvres, ont également manifesté contre l’injustice, la précarité et la difficulté à boucler les fins de mois dans une Amérique en crise. La mondialisation, ce désordre mondial, a étouffé les idéaux et les institutions de l’Amérique et, plus près de nous, en France, la loi, l’ordre et la prospérité ne sont pas perçus de tous. L’injustice, la discrimination à l’emploi, à l’éducation, au logement, les violences policières… ont étouffé le patriotisme. Depuis plus de quarante ans, la précarisation et la stigmatisation d’une partie des Français ont engendré des citoyens « hors-sol ». Depuis novembre 2018, le mouvement des Gilets Jaunes alerte le président Macron sur les dérives à l’œuvre d’un État qui ne raisonne qu’en pertes et profits et laisse un nombre croissant de citoyens en marge de la société.  La planification sociale qui ambitionnait de réunir tous les Français autour d’un projet national est un échec. Au sein d’une société qui n’offre qu’insécurité et ennui d’une vie massifiée, les politiques,dans leurs tentatives de proposer à tous la réalisation de soi, ont échoué. En France, ce n’est pas le racisme qui jettera des « centaines de milliers » de personnes au chômage dans les mois à venir. Faut-il le rappeler, le chômage tue au moins dix mille personnes par an dans l’hexagone. Combien de souffrances, de drames nous réserve la récession en cours avec la perte de plus d’un million d’emplois cette année ? La société française traverse une crise de valeurs dont la dimension spirituelle a fait dégénérer sa raison et sa structure.  Dans un contexte de fragilisation et de précarisation, les maladies mentales et les troubles du comportement[1], peu considérés dans notre société, ont explosé et conduiront inéluctablement des individus à commettre des violences liées à une folie ordinaire. L’existence d’un état de frustration répandu est à l’origine de la recrudescence de violence que connait le monde actuel. Le facteur d’anomie le plus évident est la rapidité des changements sociaux. La plupart de nos frustrations naissent de la trop grande vitesse du changement social qui découle de l’expansion de la science et de la technologie. Dans une situation d’aliénation totale, les gens réagissent soit par la violence soit par le désespoir. Le nihilisme, l’ennui, et le « je-m’en-foutisme » si répandus aujourd’hui, sont les conséquences directes de l’aliénation.

Le virus du Covid-19 a fait place dans les médias à la rhétorique autour du nouveau monde ou du monde d’après. Faudrait-il encore que le confinement ait réussi à réveiller les consciences en vue d’un changement radical. La consommation est toujours là pour cacher la vacuité de l’existence et rendre la vie agréable. Dans une société où les inégalités sont criantes, il est toutefois prévisible que le post-confinement ravive les frustrations et les colères chez ceux qui ne sont rien d’autre que des individus qui ne se projettent plus. La société est atomisée, elle est devenue un patchwork composé de groupes et de sous-groupes déséquilibrés et divisés. Les intérêts individuels ont pris le pas sur les intérêts collectifs. Nous devons veiller à ne pas tomber dans le piège des schémas de manipulations à l’œuvre et nous méfier de nos pulsions. C’est l’économique, et non le politique, qui impose son règne aux relations personnelles, le pouvoir assuré par la marchandise sur la totalité de l’existence. L’objectif principal est devenu le profit, chaque situation doit profiter à quelqu’un ou à quelque chose.

La modernité est l’ère où le mensonge domine la vérité, où l’incompétence domine la compétence, où la bêtise domine l’intelligence, où le vulgaire a triomphé, où les dynamiques collectives sont brisées par un État autoritaire au service des méga-entreprises…L’eschatologie interprète ces signes et ces manifestations comme l’avènement de la fin des temps. Emmanuel Macron, dans une récente interview accordée au Financial Times, a déclaré que « la Bête de l’événement est là et elle arrive. » À quoi faisait-il allusion ? Nous sommes en droit d’attendre, de la part du chef de l’Etat, un discours clair qui analyse les faits et propose des actions à mener. En lieu et place, E. Macron développe une rhétorique tortueuse et sibylline. Mais à quelle Bête faisait-il référence ? A la Bête de l’Apocalypse, figure de l’eschatologie chrétienne qui symbolise le pouvoir de Satan et de ses moyens mis en oeuvre pour arriver à ses fins ? Au Dajjal, le grand trompeur dans l’eschatologie musulmane, qui régnera à la fin des Temps ? À l’imminente arrivée du Machia’h dans la tradition juive ? La Bête sera-elle incarnée par le pouvoir des méga-entreprises ? Le sera-t-elle par le Nouvel Ordre Mondial auquel il faudra adhérer en recevant sa marque ? Le visage de la Bête sera-t-il celui de l’intelligence artificielle ? Ou est-ce une simple métaphore pour exprimer le choc historique que nous vivons ?

Dans les prochains mois, les individus souhaiteront changer ce monde hostile en quelque chose d’autre. Les dynamiques revendicatives seront celles d’un désir de justice et d’une meilleure redistribution des richesses. L’idéologie de l’individualisme dégénère et ne se nourrit plus que de l’incertitude et de la dégénérescence sociale, le mouvement des Gilets Jaunes en est un symptôme. L’économie libérale fait de la vie un simple divertissement et anéantit la politique. Le sociologue allemand Georges Simmel déclarait il y a plus d’un demi-siècle « Les problèmes majeurs de la vie moderne ont leur source dans le désir de l’individu de préserver l’autonomie et l’individualité de son existence en face de forces sociales très puissantes ». C’est le grand capitalisme et ses objectifs en matière de production et de distribution qu’il faudrait revoir. Les privilégiés ne se rendent absolument pas compte du désespoir de ceux qui sont totalement interchangeables. Si quelqu’un peut être remplacé, s’il n’a rien d’unique à offrir, il n’est pas un individu. Dans ce monde en crise, les velléités patriotiques et nationalistes se font de plus en plus entendre un peu partout, avec des acteurs parfois inattendus. En France, les néopatriotes partagent un même sentiment, celui d’un pays trahi par ses élites, lesquelles méprisent le peuple, et celui d’un Etat-nation qui doit renouer avec sa souveraineté. La mondialisation est accusée d’étouffer les patriotismes et l’Europe est devenue le problème alors que pendant longtemps elle était la solution. Le post-confinement a opéré un retour sur la Nation et le Frexit, à n’en pas douter, sera un thème central des prochaines élections présidentielles, si ce n’est avant !

 

Fatima Achouri

 

 

 

 

[1] En France, les troubles psychiatriques touchent 1 adulte sur 4 soit 27 % de la population. On recense 3 millions de cas de dépression.

 

Île-de-France : ces exorcistes religieux qui inquiètent la DGSI

« Roqya » ou « hijama » ne sont pas des termes encore répandus auprès du grand public. Mais ces pratiques en pleine expansion, notamment en Île-de-France, sont dans le viseur des autorités. Le Parisien révèle que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) s’y intéresse de très près et que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) les pointe du doigt dans un rapport. Bilel Ainine, docteur en sciences politiques, chercheur au CNRS et auteur du rapport « Nouvelles dérives sectaires sous couvert de pratiques rigoristes en islam », évoque « certaines pratiques déviantes portées par des actions religieuses aux agissements douteux ».

La journaliste Lou Syrah s’était longuement confiée au Point il y a quelques mois concernant la roqya, un exorcisme destiné à chasser les djinns, et la hijama, une médecine prophétique qui consiste notamment à appliquer des ventouses et à pratiquer des saignées sur le corps du « patient ». « Il y a plusieurs types de cabinets en France et plusieurs façons de pratiquer », nous racontait la journaliste. « De manière générale, la saignée est réalisée sur des zones dites « points sunna » sur lesquels les guérisseurs vont placer des ventouses chauffées à la bougie. C’est une pratique qui ressemble aux saignées par ventouses que faisaient nos grands-parents à ceci près qu’il est question d’invoquer Dieu pendant la séance. »

 

« Pratiques déviantes » et « racket »

Le Parisien explique que les cabinets proposant cette pratique se sont multipliés en Île-de-France et notamment en Seine-Saint-Denis. Les commerçants « profitent de l’attrait exercé par cette offre thérapeutique médico-spirituelle en proposant des formules qui, en plus d’être le plus souvent en rupture avec les rituels traditionnels de l’islam en la matière, recèlent des pratiques déviantes qui relève du pénal ». Bilel Ainine évoque « un aspect mercantile » qui, « dans de nombreux cas, flirte avec le racket », et des dizaines de victimes escroquées chaque année, alors que les séances se monnayeraient entre 50 et 100 euros généralement, avec un paiement en liquide.

 

« Plusieurs dizaines de négoces de ces pratiques ont pignon sur rue, sans compter les nombreux particuliers et les centres de formation » selon un agent du renseignement interrogé par Le Parisien, qui dénonce une pratique « commerciale, communautaire, en lien avec le séparatisme et particulièrement prisée par les femmes mais qui n’est pas nécessairement en lien avec la radicalisation ». Selon lui, des séances de formation sont également proposées. Entre 10 et 40 personnes se retrouveraient dans des hôtels et paieraient entre 500 et 1 000 euros pour se voir remettre de faux « certificats de praticien ». La communication se fait sur Internet, via les réseaux sociaux, les plateformes de vidéo en ligne, ou par bouche-à-oreille.

Anne Josse, secrétaire générale de la Miviludes, appelle à « la vigilance ». Selon elle, les dérives se multiplient et peu de victimes osent porter plainte, alors que ces pratiques tendent « à se banaliser en raison d’un regain d’intérêt pour les rituels magico-religieux et d’une forte demande du public ».

 

Le Point

Coronavirus : la reprise des célébrations religieuses autorisée

Le gouvernement a publié, vendredi soir, un décret autorisant une reprise immédiate des cultes publics. Le Conseil français du culte musulman a toutefois annoncé que la prière de l’Aïd, dimanche, ne pourrait avoir lieu dans les mosquées.

Les cérémonies religieuses avec une participation des fidèles vont pouvoir reprendre dès samedi 23 mai. Le ministère de l’intérieur a annoncé, vendredi soir, la parution d’un décret autorisant une reprise immédiate des cultes publics, sous réserve du respect de règles sanitaires, même si l’objectif affiché par la place Beauvau reste la « reprise généralisée des cérémonies religieuses le 3 juin ». Les mesures s’appliquent à « toute personne de 11 ans et plus qui accède ou demeure dans ces établissements », selon le décret.

Ce nouveau décret était devenu nécessaire depuis que le Conseil d’Etat avait annulé, lundi 18 mai, le maintien de l’interdiction générale et absolue des cérémonies religieuses édictée dès le début du déconfinement. La plus haute juridiction administrative avait jugé que si elle pouvait être admise dans la première phase de lutte contre l’épidémie de Covid-19, cette interdiction était « disproportionnée » depuis le déconfinement progressif et constituait de ce fait une « atteinte grave et manifestement illégale »à la liberté de culte. Le juge administratif avait donné huit jours au gouvernement − soit avant mardi − pour autoriser une reprise, sous conditions sanitaires, des rassemblements religieux dans les lieux de culte. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, s’est entretenu de ce sujet avec les représentants des principaux cultes vendredi matin.

Appliquer les gestes barrières et de distanciation

Selon le communiqué du ministère de l’intérieur, les lieux de cultes seront tenus de faire appliquer en leur sein tous les gestes barrières et de distanciation exigés dans les autres lieux accueillant du public. Ils devront faire respecter la distance d’au moins un mètre entre les participants aux cérémonies. Ces participants devront porter un masque et se désinfecter les mains à l’entrée. Les préfets pourront ordonner la fermeture si les règles n’étaient pas appliquées. Pour le reste, il revient aux autorités de chaque confession d’établir des recommandations adaptées aux spécificités de chaque pratique rituelle.

l est cependant peu probable que tous les cultes reprennent leurs activités publiques immédiatement. Une reprise rapide était surtout réclamée par une partie des catholiques. Ce sont d’ailleurs uniquement des associations catholiques − d’inspiration traditionaliste ou identitaire − qui avaient saisi le Conseil d’Etat pour contester le maintien de l’interdiction des célébrations.

Un débat a d’ailleurs échauffé la sphère catholique, ces derniers jours, sur la question de savoir si la Conférence des évêques de France (CEF) avait été suffisamment active en faveur de cette reprise dans la mesure où elle n’a pas saisi le Conseil d’Etat. Le décret du gouvernement interviendra trop tard pour célébrer l’Ascension, mais elle devrait permettre les célébrations de la Pentecôte, dimanche 31 mai.

« Guide pratique » de reprise des cultes

Les autres cultes, en revanche, s’en remettent depuis le début de l’épidémie aux consignes sanitaires gouvernementales. Vendredi, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé que la fête de l’Aïd, qui marque la fin du mois de ramadan, aurait lieu dimanche 24 mai. Il a aussitôt précisé que « compte tenu du contexte de pandémie », la prière de l’Aïd ne pourrait avoir lieu dans les mosquées. L’institution représentative du culte musulman ajoute que tout en annonçant la reprise, le ministre de l’intérieur « a réaffirmé la recommandation des autorités médico-scientifiques et des pouvoirs publics de différer cette reprise au mois de juin pour mieux analyser les effets du lever de confinement ».

Le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) a pour sa part diffusé vendredi un « guide pratique » de reprise des cultes. Pour inciter ses Eglises adhérentes à la prudence, il insiste sur le fait que certaines des pratiques rituelles des évangéliques, « avec l’importance du chant, de la cène souvent hebdomadaire, des salutations et discussions prolongées en fin de culte, des temps de café ou agapes, la présence de plusieurs générations, fait de nos rassemblements des événements à risque ». Il demande de prévoir 4 m2 pour chaque fidèle et suggère de reporter les baptêmes et les agapes, repas pris en commun.

Le Monde

Le Ramadan, un mois sacré aussi pour le marché

Depuis le début du XXIe siècle, le marché du halal est florissant et très lucratif, en France comme partout dans le monde. Il s’inscrit dans un islam de marché qui diffuse massivement des produits religieux et culturels et se caractérise par une stratégie de désenclavement qui replace le religieux dans une sphère marchande globale, non religieuse. Cette offre est pensée en termes de produits de consommation sur un marché où le facteur idéologique et les réflexes identitaires sont délaissés sur l’autel du profit. Le seul canal pour exprimer les revendications des déçus du discours islamique devient le marché et marque, dès lors, l’expression d’une nouvelle religiosité. On est là dans une simple logique consumériste dans laquelle le message religieux passe souvent au second plan car plus ce dernier est mis en avant, plus le public se réduit. Il s’agit de penser l’islam comme un produit non plus destiné à réformer les âmes mais à s’adapter à la demande du consommateur. Et les chiffres du marché halal ne démentent pas cette réalité : ce dernier pèse plus de cinq milliards d’euros en France et connaît une constante progression ces dix dernières années. Pendant ce mois de jeûne du Ramadan, malgré le confinement et les files d’attente devant les grandes surfaces, les consommateurs sont, comme tous les ans, au rendez-vous de l’offre « Spécial Ramadan » proposée par quelques marques (Délice Ikbal, Isla mondial, Biladi, pour ne citer qu’elles) qui se disputent le marché. Si les grandes et moyennes surfaces adoptent une véritable stratégie de développement sur l’offre halal ces dernières années, les boucheries halal et les épiceries orientales, elles, restent le canal de distribution privilégié des consommateurs musulmans.

 

Le Ramadan, dans les représentations, est vécu comme un mois de privations, alimentaires surtout, qui relègue la dimension spirituelle au second plan. Pilier de l’islam très suivi par les musulmans en France[1], le Ramadan est traditionnellement un mois où la journée se terminait, dès la rupture du jeûne, à la mosquée, pour écouter la lecture du Coran (tarawih) récitée par l’imam, dans une ambiance plus festive que spirituelle. Le Ramadan est en effet dominé par sa dimension sociale et communautaire. Cette conscience communautaire dans sa dimension locale est perceptible parmi les populations de banlieues dites « sensibles » où la pression sociale exercée par les coreligionnaires est plus forte. Ainsi, il est bien vu de se montrer à la mosquée, de se retrouver avec d’autres fidèles, afin de s’offrir une parenthèse agréable après une longue journée. Durant ce mois, comme le reste de l’année, la forme et l’apparence prennent le pas sur l’esprit d’adoration, l’ardeur du sentiment, la sincérité et la spontanéité. On écoute, parfois distraitement, l’imam qui vante les mérites du mois de jeûne tout en valorisant sa dimension solidaire. En effet, durant ce mois, la dimension de la purification matérielle à travers l’aumône (zakat) est sans cesse rappelée aux fidèles. L’imam appelle aux dons pour aider les plus démunis, favoriser les projets de construction de lieux de culte et de leurs frais de fonctionnement. Si les mosquées sont fermées à la prière, elles restent actives sur le volet de la solidarité, plus importante à cette période de l’année : des musulmans, suivant leurs moyens, y font toutes sortes de dons, en particulier alimentaires, mais aussi sur Internet. Les réseaux sociaux sont en effet un puissant relai pour communiquer autour d’événements caritatifs afin de favoriser l’entraide communautaire.

Sur le volet religieux, dans un contexte d’épidémie obligeant à la fermeture des lieux de culte, nous constatons que les grandes organisations représentatives de l’islam telles que le CFCM[2] ainsi que les grandes mosquées (Paris, Lyon, Marseille) sont restées bien silencieuses alors que, à l’instar d’autres communautés religieuses, elles auraient pu saisir l’opportunité offerte par Internet pour maintenir un lien spirituel avec les fidèles et proposer des contenus en ligne. Les rares initiatives proposées sont à mettre au crédit du CFCM via sa plateforme téléphonique d’assistance spirituelle, accessible 7j/7 et 24h/24[3], mais qui, de l’aveu même de certains de ses utilisateurs, est un échec (les personnes tombent sur un répondeur). La mosquée de Paris quant à elle diffuse uniquement sur YouTube le prêche du vendredi. En dehors de ces rares initiatives, là encore, c’est à l’échelle locale que des démarches audacieuses ont émergé de la part d’acteurs plus modestes (imams, prédicateurs ou personnes versées dans les sciences islamiques) qui proposent après la rupture du jeûne la lecture du Coran (tarawih)[4], de l’exégèse coranique et des invocations via les réseaux sociaux tels que Facebook, YouTube ou Zoom. En ce mois de jeûne en partie confiné, les fidèles sont encore peu nombreux le soir sur Internet, bien qu’ils le soient un peu plus le vendredi, jour saint en islam. Plusieurs raisons à cela, à commencer par l’ignorance de l’existence de ces contenus proposés sur Internet mais aussi par le fait que les personnes prient chez elles, par le manque de temps (surtout pour les femmes), par le désintérêt pour tout contenu religieux ou, tout simplement, par la fatigue. Du côté des prédicateurs et imams 2.0 connus et moins connus, pas de rupture pendant le Ramadan, tous continuent de proposer des contenus variés (conférences, cours) en rapport avec le mois de jeûne, à destination d’un public plus ou moins averti[5]. Dans l’ensemble, il s’agit de contenus sous forme de mode d’emploi pratique autour du Ramadan s’adressant à l’internaute dont la culture religieuse est très basique. Ainsi, l’essentiel des injonctions, basées sur un corpus juridique, prend le pas sur l’éthique et la spiritualité (comment faire ceci, pourquoi ne pas faire cela, comment gagner ceci…) avec des méthodes qui s’apparentent parfois aux techniques de bien-être et de coaching mental. Le marché des prédicateurs monopolise l’hétéronomie et enseigne au musulman comment il doit se comporter, ce qu’il doit faire et ce qu’il lui est permis d’espérer. Ces prédicateurs, à quelques exceptions près, s’inscrivent – au même titre que les femmes que nous verrons plus loin – dans une stratégie commerciale dans laquelle la plateforme YouTube, principalement, joue un rôle dans leurs succès. Il suffit de voir l’évolution, au fil des années, dans la mise en scène, image et communication, de ces contenus vidéo grâce à leur monétisation mais aussi grâce à des soutiens financiers extérieurs.

 

L’affirmation fréquente disant que l’alimentation occupe une place centrale durant le mois de Ramadan est corroborée par la multitude de contenus Internet proposant des recettes « Spécial Ramadan », faisant ainsi la part belle à tout ce qui a trait à l’alimentaire et à la consommation, reléguant au second plan tout ce qui a trait au religieux. Des blogueuses culinaires présentent des recettes où l’on frôle parfois l’indigestion à la vue de tables trop remplies. Elles proposent dans un contexte très concurrentiel[6] des recettes, souvent sur un ton enjoué, et tant pis pour la charge mentale qu’elles subissent avec le confinement[7], car l’essentiel est de présenter la plus belle table et les plus beaux mets. Ces instagrameuses ou Youtubeuses professionnelles influencent le quotidien de milliers de femmes en recherche de recettes, d’idées, voire de modèles. Sur YouTube, les vlogs « Spécial Ramadan » rencontrent également un franc succès. Des familles ou des célibataires souriants, dans un intérieur soigné, affichent fièrement leur quotidien de jeûneurs. Là encore, il s’agit de publier une identité virtuelle, celle des réseaux sociaux, bien souvent décalée de la réalité. Ainsi, cette forme particulière de représentation des musulmans, qui relègue le religieux au second plan, a pour effet d’impacter positivement le tragique de milliers de musulmans à travers le monde. Il s’agit de vendre du rêve, telle est la magie des réseaux sociaux ! Ce qui compte au final, c’est d’être vu, de récolter des likes et des abonnés dans une démarche commerciale qui, si le succès est là, sera récompensée par la célèbre plateforme.

Finalement, nous voyons que ce mois de Ramadan, malgré son caractère inédit et la fermeture des lieux de culte, n’est pas si différemment vécu des années précédentes si on en juge par les habitudes des musulmans. Autre conséquence des mosquées fermées, comme nous le disait un fidèle, « ça fait du bien cette année, le Ramadan. C’est plus calme, le soir », pointant ainsi une problématique récurrente, celles des nuisances sonores et de l’irrespect de l’espace public à la sortie des tarawih (après la dernière prière du soir) par certains fidèles et durant la nuit par certains jeunes dans les « quartiers », oublieux de leur environnement.  Que peut-on conclure de tout ceci ? Que les musulmans, dans leur grande majorité, et malgré la contrainte du confinement, ne sont pas plus en quête de contenus religieux que les années précédentes. Ceux qui profitent de ce temps de confinement pour s’adonner à la spiritualité restent une minorité. Les fidèles que nous avons interrogés, quand ils ne travaillent pas, dorment, se distraient en naviguant ou en regardant des séries sur Internet, jouent aux jeux vidéo… Ramadan ou pas, Internet répond ainsi aussi bien à un désir consumériste des uns qu’à la curiosité intellectuelle des autres. Le croyant y puise en fonction de ses envies ou de ses besoins une offre de biens labélisés religieux – mais pas forcément – qui lui procure le sentiment d’appartenir à une communauté. Pour une grande majorité de musulmans, dans la vie comme sur Internet, la quête religieuse est individuelle, elle répond à une logique libérale où tout se consomme pourvu que l’étiquette soit religieuse.

 

Fatima Achouri

 

 

[1] Il est suivi par plus de 70 % des musulmans en France.

[2] Conseil français du culte musulman.

 

[3] Face au Covid-19, nos imams et nos aumôniers sont à votre écoute (01 45 23 81 39- 08 00 13 00 00)

[4] Ambiance Tarawih (Ficra synergie musulmane) propose une lecture du Coran et une traduction en français d’invocation (dou’aa) tous les soirs sur Youtube aux alentours de 22h30 destiné en majorité à un public francophone.

[5] Comment réussir ses dix dernières nuits de jeûne ? Comment se repentir grâce l’invocation ? Quelle invocation pour renouveler sa foi ? Invocation pour ne plus avoir aucun péché…

[6] Le nombre des blogueuses culinaires (francophone et arabophone) a explosé ces cinq dernières années. Une blogueuse francophone compte en moyenne 200 000 abonnés sur sa chaîne Youtube, principalement des femmes. Durant le Ramadan, les recettes « Spécial Ramadan » comptabilisent des millions de vues.

[7] 70 % des femmes pendant le confinement assurent la majeure partie des tâches.

Messe en voiture dans la Marne: «Pour la communion, allumez vos feux de détresse!»

A Châlons-en-Champagne, la messe redémarre… en voiture! Dimanche, environ 500 fidèles dans quelque deux cents véhicules se sont rangés à un mètre l’un de l’autre sur le parking du hall des expositions pour entendre une messe célébrée par l’évêque local.

«Cette messe en voiture, c’est plus qu’un dépannage. C’est une vraie messe. C’est une victoire de la vie», explique à l’AFP Mgr Touvet, évêque de Châlons, à l’origine de l’initiative. Une première en France selon lui.

C’est en tout cas «une première expérience» plutôt exaltante pour Catherine, une senior, parmi les premières à s’engager dès 9H sur les trois hectares du parking où sera dite la messe à 10h30.

«La messe m’a vraiment manqué», confie-t-elle, vitre ouverte et masque sur le visage. Elle dit son plaisir de retrouver enfin les croyants ensemble après deux mois de confinement.

A l’intérieur de l’habitacle, l’autoradio est déjà branché sur RCF Coeur de Champagne, la radio diocésaine qui retransmet la messe en direct pour éviter que les croyants sortent de leur voiture.

A deux ou trois voitures de là, Pascal est venu du sud d’Epernay sans peur aucune à la célébration. «Pourquoi avoir peur ? Il faut vivre ! On va être enfin tous ensemble, ne serait-ce que par la radio», dit-il.

Un peu plus loin dans sa petit Fiat bleu pastel, Marie-Lorène, la cinquantaine, s’enthousiasme de la «riche idée» de son évêque. «Il faut innover. L’église est dans le monde. Elle s’adapte», proclame-t-elle.

«On est catholiques. On a des idées», ajoute en écho Mgr Touvet avant de gagner son autel de campagne installé dans une remorque de camion.

– Feux de détresse –

Au bas de l’estrade improvisée où la croix et une statue de la Vierge trônent en majesté, une dizaine de prêtres et de diacres sont disposés en arc de cercle, leurs sièges soigneusement distants les uns des autres.

Ils distribueront les hosties, «3 à 4.000, au cas où», indique Florent Masson, en charge de la communication au diocèse de Châlons.

«La consigne c’est : si les gens veulent recevoir la communion, ils mettront leurs feux de détresse», leur avait expliqué peu avant la messe l’un des prêtres en charge de la liturgie.

L’image est singulière: des dizaines de feux de détresse se mettent à clignoter sur le parking. Les prêtres s’avancent entre les rangées de voitures. Des vitres ouvertes se tendent des mains en coupe préalablement passées au gel hydroalcoolique.

«Des mains propres donnent l’hostie, des mains propres le reçoivent», résume Mgr Touvet. «A situation exceptionnelle, disposition exceptionnelle», ajoute-t-il.

Pour passer sous les fourches caudines de la préfecture, le diocèse de Châlons a en effet déployé des trésors d’ingéniosité pour rendre possible un évènement préparé en plein confinement.

Les règles sanitaires étaient drastiques : pas plus de quatre personnes par voiture venue d’un rayon de cent kilomètres autour de Châlons-en-Champagne, masques et gel obligatoires, covoiturage interdit, défense de sortir des voitures…

«Nous n’avons obtenu l’autorisation qu’au début de la semaine dernière après une quinzaine de jours de travail», signale Florent Passion.

Ce dimanche, il peut répondre positivement à la question qui angoissait tant selon lui l’équipe d’organisation: «Est-ce que c’est possible?»

«J’espère que cela va continuer», suggère un fidèle. «Dans quelques jours nous célèbrerons la Pentecôte dans nos églises retrouvées. Ou encore ici», répondait sans certitude l’évêque de Châlons dans son sermon. «Et nous accomplirons les signes du Royaume dans ce monde blessé et terrassé par un petit virus invisible».

 

La Croix

Le patient musulman et la fin de vie

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On entend souvent dire qu’une « bonne mort », c’est une mort sans souffrance, naturelle et accompagnée par les « bons » mots et les « bons » gestes des vivants. Habituellement conçue comme ouvrant sur l’au-delà, la mort nécessite tout un réseau de gestes d’accompagnement et reste un moment douloureux que la société redécouvre et se réapproprie pour mieux y faire face. Même si les Français préfèrent  mourir chez eux, c’est à l’hôpital qu’ils meurent en majorité, au sein d’un secteur public qui se dégrade depuis la loi sur les 35 heures et malgré les plans hospitaliers de 2002, 2007 et 2012. Le plan d’urgence pour l’hôpital annoncé en novembre 2019 toujours attendu, révèle dans ce contexte de crise du Covid-19, l’état mourant de l’hôpital public.

Le patient en fin de vie est victime de cette détérioration et son accompagnement vers le processus naturel qu’est la mort n’est plus assuré efficacement, en raison notamment d’un personnel usé par les restrictions de budgets et d’effectifs, mais aussi par un manque de formation dans le domaine des soins palliatifs, en particulier dans le domaine spirituel. De fait, les infirmières sont souvent les seules à accompagner les mourants à l’hôpital. Intermédiaires et exécutantes des prescriptions médicales, elles sont aux yeux des malades et de leurs proches les personnes censées savoir expliquer ce que le médecin ne leur a pas dit clairement. Dans ce contexte difficile et éprouvant, la quête de spiritualité et de sens est primordiale chez les nombreux malades pour qui la présence réconfortante d’aumôniers hospitaliers est nécessaire.

  La mort en quelques chiffres :

 

En islam, l’agonie est vécue comme une épreuve prescrite par Dieu et le rôle de l’entourage consiste à aider le mourant à admettre la réalité de son état et à s’y résigner. La tradition musulmane veut que celui qui s’en va soit très entouré. Aucun musulman ne devrait mourir sans une présence religieuse mais cela n’est pas le cas au sein de l’hôpital public dans le contexte de crise sanitaire du Covid-19. Lorsque le décès est pressenti, les soignants informent les proches mais ce n’est pas la réalité, malheureusement.Combien de malades musulmans sont morts seuls ou partis précipitamment à cause du Covid-19, sans avoir eu un entourage qui les a aidés à se tourner vers la Mecque, sans pouvoir leur lire, en cas d’agonie, la sourate Yasin (sourate 36), sans leur tenir l’index vers le ciel afin de prononcer la chahada, profession de foi islamique, afin qu’ils puissent être accueillis dans l’au-delà ou tout simplement leur dire « adieu » ? Combien de familles sont confrontées à une véritable galère pour trouver un aumônier qui les accompagne dans cette douloureuse épreuve ? Combien de familles ne font par leur deuil car elles ont été séparées de l’être cher au moment de sa fin? Combien de dépouilles mortelles sont en attente d’un lieu pour pouvoir être enterrées ?

Depuis 2006, les aumôniers officient dans les hôpitaux français pour apporter une aide spirituelle aux patients musulmans et accompagner le corps soignant. La loi de 1905 prévoit en effet que les services d’aumônerie « peuvent » être financés par des fonds publics. Le conseil d’administration de l’hôpital fixe l’effectif des aumôniers, qui peuvent exercer en tant que contractuels ou bénévoles, de façon permanente ou temporaire. Avec une communauté musulmane importante (estimée entre 6 et 8 millions), il faut faire face à une demande croissante des familles, qui se heurtent à un manque criant d’aumôniers hospitaliers sur le plan national, globalement une centaine en poste, qui ne comptent plus leurs heures et se voient contraints de faire appel à des bénévoles face à la détresse des familles et à une demande très importante. Cette pénurie sur le plan national est donc pesante par faute de financements notamment. Si l’Église catholique et la Fédération protestante subventionnent une partie de leur aumônerie hospitalière, l’aumônerie musulmane ne reçoit aucun financement de la part des autorités cultuelles telles que le CFCM[1]. A titre d’exemple, dans la région parisienne, qui compte environ 2 millions de musulmans, il n’y a que 12 aumôniers salariés pour les 43 hôpitaux de l’APHP[2] là où l’aumônerie catholique en compte une quarantaine. « Les conditions minimales ne sont plus réunies pour que nous puissions continuer à prendre en charge nos patients, tous, sans discrimination, dans la dignité » déclaraient en claquant la porte de l’hôpital Saint-Antoine certains médecins du service de médecine interne en 2015. Cette difficile réalité touche les malades jusqu’au au seuil de leur mort et ne permet plus au fidèle de quitter cette terre selon sa volonté. Dans ce contexte, il est urgent pour le CFCM de hiérarchiser les problèmes rencontrés au quotidien par les musulmans et la mort à l’hôpital est à reconsidérer en terme de moyens, étant donné que c’est là où les Français meurent en majorité. Le CFCM, qui existe depuis plus de quinze ans et dont c’est l’une des missions, doit être en mesure de tout mettre en œuvre pour que les fidèles qui meurent à l’hôpital ne le soient plus dans la solitude. S’occuper des carrés musulmans*, autre problème lié la mort, est une chose certes nécessaire, mais accompagner le patient musulman vers la mort pour lui permettre de partir dignement est primordial.

A l’heure où la surenchère laïque est de bon ton pour stigmatiser en permanence la communauté musulmane, laquelle ne menace pas les acquis en matière de liberté de conscience, la laïcité doit aussi faire l’objet d’un réexamen en terme d’efficacité dans son volet pratique. Les pouvoirs publics, religieusement neutres, doivent garantir la liberté religieuse de tous les cultes alors qu’ils ne disposent pas en réalité de la même visibilité sociale, ni ne bénéficient de supports institutionnels stables. Il s’agit avant tout de réfléchir aux moyens de passer d’une égalité théorique en droit à une égalité pratique en fait. Il en va de la capacité de l’islam à s’adapter dans un contexte non musulman mais c’est également un défi important pour une certaine idée de la laïcité entendue comme un équilibre relationnel entre l’État et toutes les religions. Cela devra passer par la prise en compte de la réalité confessionnelle de la communauté musulmane dont la pratique liée à la mort en est une, et permettre ainsi au croyant de ne pas rompre avec sa spiritualité dans un moment aussi crucial de son existence.

Fatima Achouri

[1] Conseil Français du Culte Musulman

[2] Assistance Publique des Hôpitaux de Paris

  • Parmi 35 000 cimetières français, seuls « environ » 600 disposent de carrés musulmans.

Coronavirus : Un manque flagrant et problématique de places dédiées au culte musulman dans les cimetières

« Des défunts attendent à la morgue de Rungis depuis trois semaines, c’est terrible. » Avec la crise du coronavirus, le manque de places dédiées au culte musulman dans les cimetières apparaît criant dans les régions les plus frappées.

En Ile-de-France ou dans les Hauts-de-France, de rares maires ont d’ores et déjà agrandi les carrés musulmans de leurs cimetières communaux. Mais, faute de solutions, familles et associations se tournent vers les autorités et la justice.

Des morts enterrés en direction de La Mecque

Selon le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, « en temps normal, environ 80 % des défunts se font enterrer dans leur pays d’origine ». Et, parmi les 35.000 cimetières français, seuls « environ 600 » ont des places dédiées au culte musulman, qui prévoit notamment que les morts soient enterrés dans un délai très court, en direction de La Mecque.

Lundi, le tribunal administratif a rejeté le recours de l’association Tahara, jugeant que le caractère d’urgence n’était pas rempli. Son avocat a saisi le Conseil d’Etat. « Le sous-entendu est d’alerter les autorités publiques, et notamment le ministère de l’Intérieur », dit Me Nabil Boudi, qui a été contacté par ce dernier.

Des cimetières débordés

Certains maires se sont déjà saisis du problème, comme à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), où Patrice Leclerc (PCF) a lancé des travaux d’agrandissement du carré musulman de son cimetière. « A ce rythme, dans trois semaines, il sera complet ». « Toutes les communes devraient en avoir, j’ai écrit au préfet pour obliger les maires à instaurer des carrés musulmans », dit-il.

Pour une commune, avoir un carré confessionnel « n’est pas une obligation », rappelle l’Association des maires de France. Une circulaire de 2008 encourage toutefois les élus à le faire. A Arras (Pas-de-Calais), deux fidèles de la mosquée Annour, un Marocain et un Soudanais, sont morts fin mars du coronavirus et n’ont pas pu être enterrés dans le cimetière de la ville.

Seulement 11 communes sur 679 ont un carré musulman dans l’Oise

Le maire d’Arras l’a depuis fait agrandir pour créer un nouveau carré musulman de 300 m2, sur des parcelles communales attenantes. « Ça allait de soi. Il faut respecter les codes de chacun pour enterrer les siens », a déclaré le maire Frédéric Leturque (Les Centristes).

« Des défunts attendent à la morgue de Rungis depuis trois semaines, c’est terrible. » Avec la crise du coronavirus, le manque de places dédiées au culte musulman dans les cimetières apparaît criant dans les régions les plus frappées.

En Ile-de-France ou dans les Hauts-de-France, de rares maires ont d’ores et déjà agrandi les carrés musulmans de leurs cimetières communaux. Mais, faute de solutions, familles et associations se tournent vers les autorités et la justice.

Des morts enterrés en direction de La Mecque

Selon le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, « en temps normal, environ 80 % des défunts se font enterrer dans leur pays d’origine ». Et, parmi les 35.000 cimetières français, seuls « environ 600 » ont des places dédiées au culte musulman, qui prévoit notamment que les morts soient enterrés dans un délai très court, en direction de La Mecque.

Lundi, le tribunal administratif a rejeté le recours de l’association Tahara, jugeant que le caractère d’urgence n’était pas rempli. Son avocat a saisi le Conseil d’Etat. « Le sous-entendu est d’alerter les autorités publiques, et notamment le ministère de l’Intérieur », dit Me Nabil Boudi, qui a été contacté par ce dernier.

Des cimetières débordés

Certains maires se sont déjà saisis du problème, comme à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), où Patrice Leclerc (PCF) a lancé des travaux d’agrandissement du carré musulman de son cimetière. « A ce rythme, dans trois semaines, il sera complet ». « Toutes les communes devraient en avoir, j’ai écrit au préfet pour obliger les maires à instaurer des carrés musulmans », dit-il.

Pour une commune, avoir un carré confessionnel « n’est pas une obligation », rappelle l’Association des maires de France. Une circulaire de 2008 encourage toutefois les élus à le faire. A Arras (Pas-de-Calais), deux fidèles de la mosquée Annour, un Marocain et un Soudanais, sont morts fin mars du coronavirus et n’ont pas pu être enterrés dans le cimetière de la ville.

Seulement 11 communes sur 679 ont un carré musulman dans l’Oise

Le maire d’Arras l’a depuis fait agrandir pour créer un nouveau carré musulman de 300 m2, sur des parcelles communales attenantes. « Ça allait de soi. Il faut respecter les codes de chacun pour enterrer les siens », a déclaré le maire Frédéric Leturque (Les Centristes).

Dans l’Oise, département qui fut l’un des premiers foyers de l’épidémie en France, « les rares cimetières dotés d’un carré musulman arrivent presque tous à saturation, malgré les efforts des maires », alerte Smaïl Merrakchi, président de la mosquée de Villers-Saint-Paul et coordinateur d’une commission visant à créer un cimetière dédié au niveau départemental. « Sur les 679 communes de l’Oise, seulement 11 ont un carré musulman », insiste-t-il.

Strasbourg affirme n’avoir aucune tension

« Dans certaines villes, la préfecture intervient pour demander aux maires de créer ces espaces », dit-il. La préfecture de l’Oise a en effet confirmé avoir « adressé un courrier aux maires du département pour leur rappeler les termes de la circulaire de 2008 ». Elle ajoute avoir été « sollicitée par plusieurs familles et représentants du culte musulman du département quant aux difficultés relatives à l’inhumation de leurs coreligionnaires. »

Au cœur d’une des régions les plus touchées par le virus, la mairie de Strasbourg affirme, elle, n’avoir été confrontée à aucune « tension » en matière d’inhumation. Depuis 2012, la capitale de l’Alsace dispose de l’unique « cimetière public musulman » du pays, une exception rendue possible par le droit local en vigueur en Alsace-Moselle, qui autorise la subvention des cultes.

 

20 Minutes / AFP