A propos Fatima Achouri

Fatima Achouri est consultante diplômée de l'Institut de Gestion Sociale en ressources humaines et titulaire d'un Master 2 en civilisation arabe et musulmane. Elle a évolué pendant plus de douze ans au sein de grands groupes nationaux et internationaux dans des fonctions de management, relation client,GRH et en tant que consultante dans la gestion du multiculturel et du religieux. Spécialiste en ressources humaines et en islam, Fatima Achouri offre une expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public(Loi de 1905) et du privé(Loi de 1958).

La Belgique durcit le ton face au salafisme

 

Le secrétaire d’État à l’asile et à la migration a reconnu avoir décidé en mars 2017 le retrait de la carte de séjour d’un imam égyptien de la Grande mosquée de Bruxelles. Mais celui-ci a déposé un recours.

Au-delà, cette décision marque la volonté des autorités de tirer les leçons des attentats récents et de lutter contre les sources du « radicalisme en Belgique ».

Les autorités belges ont décidé de tirer les leçons de la commission d’enquête mise sur pied en avril 2016 à la suite des attentats qui ont frappé la Belgique le 22 mars. Parmi d’autres thèmes, celle-ci était chargée d’enquêter sur « la montée en puissance du radicalisme » et « les liens entre ces phénomènes et les terribles événements » qui ont frappé le pays.

Le rapport final de la commission sur ce volet n’est pas encore publié, mais le secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Theo Francken (N-VA) a reconnu mardi 3 octobre avoir retiré au mois de mars « la carte de séjour de l’imam » d’origine égyptienne, Abdelhadi Sewif, de la Grande Mosquée de Bruxelles.

Dangereux pour la sécurité nationale

« J’ai reçu des informations qui sont très claires sur le fait que c’est un homme dangereux pour la sécurité nationale de notre pays, c’est un salafiste », a-t-il précisé à la RTBF. « Les services de sécurité demandent à l’Office des étrangers de lui retirer son droit de séjour parce qu’il est un imam radical salafiste, wahhabite, qui a des idées très radicales contre notre société, pour la charia ».

Abdelhadi Sewif, 48 ans, est arrivé en Belgique en 2004. Il donne les sermons du vendredi à la Grande mosquée, enregistrés et diffusés en ligne, et enseigne au Centre islamique et culturel de Belgique (CICB) qui se trouve dans l’enceinte même de la Grande mosquée. Il affirme avoir toujours prêché un « islam modéré ».

Il a d’ailleurs déposé un recours au mois de juin auprès du Conseil du contentieux des étrangers, qui doit se prononcer le 24 octobre sur la validité de la décision. Le recours n’étant pas suspensif, il avait « en théorie jusqu’à fin mai 2017 pour quitter le territoire », mais il se trouvait toujours à Bruxelles mardi.

Durcissement des autorités belges

Au-delà, cette décision marque un durcissement des autorités belges contre l’islam salafiste, et en particulier cette mosquée accusée d’avoir diffusé l’islam wahhabite dans tout le pays.

Organisées non sans peine au printemps, les auditions de l’imam adjoint et du directeur du CICB ont eu un effet désastreux pour eux. Les entretiens se sont déroulés « dans un climat tendu, révélant un gouffre entre les parlementaires et les dirigeants de ce lieu emblématique du culte musulman en Belgique », rapportait la presse belge.

Tous deux ont contesté que des jeunes Belges partis faire le djihad en Syrie aient reçu une formation à la Grande mosquée, « même si dans certains dossiers judiciaires ce passage apparaît ». Et ils n’ont « pas convaincu la commission du caractère modéré de l’islam pratiqué dans cet édifice religieux, restant flous sur le financement de l’institution ».

Une mosquée confiée à l’Arabie saoudite

De fait, celle-ci a un statut à part : la Grande mosquée de Bruxelles, le siège du Centre islamique et culturel de Belgique, est installée dans un pavillon du parc du Cinquantenaire dont le roi Baudouin a donné les clés en 1967 au roi Fayçal d’Arabie saoudite. Un bail emphytéotique de 99 ans a été signé en 1969, que les autorités belges souhaiteraient casser pour faire revenir l’établissement dans le giron des mosquées reconnues – et donc contrôlées – par l’État.

Theo Francken reconnaît que le problème est là. « Moi je ne suis pas le ministre de l’intérieur, ni le ministre de la justice, a-t-il déclaré à la RTBF. S’il y a d’autres prêcheurs de haine dans la grande mosquée de Bruxelles, ou dans des autres mosquées en Belgique, il est clair que je prendrai des mesures qui sont de ma compétence. Est-ce qu’on doit être plus clair et plus vigilant par rapport aux sources financières des mosquées ? Oui ! Mais j’ai aussi compris que Koen Geens (NDLR : ministre fédéral de la justice) avait pris des mesures pour commencer un vrai combat contre les islamistes radicaux dans des mosquées qui sont financées par des États du Golfe. »

La commission d’enquête parlementaire a déjà publié trois rapports intermédiaires sur le travail des services de secours le jour des attentats, le soutien aux victimes et la façon dont les services de renseignement et de police, la justice, etc. avaient fait face à la menace terroriste. Elle devrait conclure dans les semaines à venir son rapport sur « le radicalisme en Belgique », dernier volet de son mandat.

 

La Croix

Deux mosquées fermées pour des « prêches radicaux » en région parisienne

Salle de prière de la cité des Indes à Sartrouville ©Mosquée.fr

La salle de prière de la cité des Indes à Sartrouville (Yvelines) a fait l’objet, lundi 2 octobre, d’une fermeture administrative. Serge Morvan, le préfet des Yvelines, a signé l’arrêté préfectoral stipulant que « la mosquée salle des Indes constitue un lieu de référence influent de la mouvance salafiste (…) Les propos qui y sont tenus, sa fréquentation et son influence au sein de la communauté musulmane locale représente une menace grave pour la sécurité et l’ordre public ».

D’après le haut-fonctionnaire, ce lieu de culte fait office de « soutien pérenne aux grandes figures du jihadisme s’y est développé dans les années 2000 », il ajoute qu’il « a été fréquenté par des fidèles d’obédience salafiste d’autres départements ». Serge Morvan mentionne le cas d’une femme qui a « été incitée à partir en Syrie lors de sa venue à la salle de prière » et dont le voyage en zone irako-syrienne « a été organisé en juillet 2014 par des individus fréquentant ce lieu de culte ».

 

Une autre salle fermée à Fontenay-aux-Roses

L’arrêté préfectoral évoque aussi la présence de Djamel Beghal, ancien membre du Groupe islamique armé (GIA), et de Saïd Djelleb, qui aurait été proche du groupuscule radical Forsane Alizza, dissout en 2012. Ce dernier, qui préside l’Association cultuelle des musulmans de Sartrouville, dément les allégations du préfet. Il a annoncé au Parisien, mercredi 4 octobre, qu’il se réservait le droit d’attaquer en diffamation.

« Je ne sais pas quelle mouche a piqué le préfet, mais tout ce qui nous est reproché dans cet arrêté n’a ni queue ni tête(…) On comprend que le climat soit tendu, mais là, on se sent vraiment visés sans raison. Nous ne sommes pas de dangereux barbus salafistes comme ils veulent le faire croire ! » a-t-il déclaré. Saïd Djelleb avance qu’une perquisition administrative a été effectuée en décembre 2015 et que « rien n’a été trouvé ». Il juge que, si les propos de la préfecture étaient fondés, alors « pendant toutes ces années, l’Etat n’a rien fait, c’est qu’il y a un raté quelque part ! » Il affirme également qu’il ira contester l’arrêté au tribunal administratif.

A Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), la salle de prière du quartier du Paradis a également fait l’objet d’une fermeture et ce, depuis le 28 septembre. La préfecture des Hauts-de-Seine a mis en cause le lieu de culte pour « apologie du terrorisme ». Les 8 et 15 septembre dernier, des propos « constituant une provocation à la haine ou à la violence » auraient été proférés dans la salle de prière. L’Association des Musulmans de Fontenay-aux-Roses (AMFAR) dénonce elle aussi le caractère « injuste » de cette fermeture.

Saphirnews

Les projets de Marlène Schiappa sur la laïcité inquiètent

Des voix s’inquiètent d’un risque de dérive après l’annonce de la secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes de soumettre une charte de la laïcité aux associations subventionnées.

La secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes a annoncé la semaine dernière vouloir conditionner les subventions associatives au respect d’une charte de la laïcité. Le texte en question n’est pas encore finalisé, mais Marlène Schiappa a indiqué qu’elle s’inspirerait de la Charte régionale des valeurs de la République et de la laïcité mise en place par la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse (LR), en mars dernier. Une référence qui soulève l’inquiétude car ce texte est perçu comme particulièrement intrusif.

Les organismes soutenus financièrement par la région doivent par exemple refuser le « port des tenues vestimentaires imposé » aux filles ou s’engager à protéger leurs adhérents « contre tout prosélytisme ». Dénonçant une mainmise du politique sur les associations, certains ont refusé de signer la charte, comme la Fédération des centres sociaux de Paris.

Atteinte à la liberté d’association et risque de discrimination

Le groupe Front de gauche au conseil régional, qui a saisi le juge administratif, voit dans cette démarche une grave atteinte à la liberté d’association et un risque de discrimination. « On instrumentalise la laïcité à des fins politiques en visant sans vouloir le dire les musulmans » s’indigne Céline Malaisé, présidente du groupe.

Saisi par les écologistes, l’Observatoire de la laïcité a rendu en mars des observations critiques sur cette charte qui, insistant « sur les seuls interdits », peut « faire craindre une mauvaise compréhension de la laïcité ». « Cette charte invoque la laïcité pour des problèmes qui n’en relèvent pas », comme les violences sexistes, estime pour sa part François Mandil, délégué national des Scouts de France.

L’annonce de Marlène Schiappa apparaît d’abord symbolique, puisque son ministère ne distribue qu’une enveloppe modeste d’un peu plus de 4 millions d’euros à une quinzaine d’associations engagées dans la lutte contre les discriminations, les violences faites aux femmes ou le proxénétisme… Mais Céline Malaisé redoute un possible « galop d’essai » qui pourrait inspirer ensuite d’autres ministères. « Un tel document enfoncerait un coin dans la loi de 1905. Le gouvernement doit rapidement préciser ses intentions », demande l’élue.

Le monde associatif sur ses gardes

Depuis l’affaire de la crèche Baby Loup et les initiatives législatives lancées alors pour imposer un devoir de neutralité aux structures éducatives privées, le monde associatif est sur ses gardes. « Nous restons vigilants », reconnaît François Mandil tout en précisant qu’il n’a pour l’instant pas d’éléments laissant penser que ce dossier est sur le bureau du ministre de l’éducation, en charge de la jeunesse.

Un cadre juridique existe déjà pour éviter des dérives. Ainsi, en 2014 a été élaborée la « Charte des engagements réciproques entre l’État, les collectivités territoriales et les associations ». Ce texte définissait les principes et les engagements à tenir, notamment en matière de respect des valeurs de la République. Deux ans plus tard, les pouvoirs publics sont venus préciser les obligations qui en découlent en termes d’ouverture à tous, de non-discrimination ou d’égalité femmes-hommes. Les associations se sont quant à elles dotées d’outils comme la charte de la laïcité de la branche Famille de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). « Il existe un comité de suivi dont nous faisons partie », précise encore le délégué national des Scouts et Guides de France.

 

La Croix

Sous pression, l’université Lyon 2 annule un colloque sur l’islamophobie

 

« Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? » Ce colloque, qui devait avoir lieu samedi 14 octobre à l’université Lyon 2, a été annulé sur décision de la présidence annoncée dans un communiqué mardi 3 octobre. Elle a affirmé ne pas pouvoir « garantir la sérénité des échanges et le bon déroulement des débats autour de la question de l’islamophobie et de ses enjeux politiques ».
Cette décision est le résultat de plusieurs jours de polémique attisé par le Printemps républicain et des mouvements qui lui sont proches, chacun dénonçant la participation au colloque de membres du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), aux côtés de personnalités comme Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité. Ce dernier s’est plusieurs fois défendu, ces derniers jours sur les réseaux sociaux, des accusations d’une prétendue collusion avec « l’islamisme » qui lui ont été reprochées.

La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et le Comité Laïcité République sont allés jusqu’à dénoncer, lundi 2 octobre, un « détournement politique de l’université » lors d’« un colloque laïcophobe ».

La présidence assure, dans un communiqué, apporter « tout son soutien » aux organisateurs du colloque que sont la chaire « Égalité, Inégalité, Discriminations » de l’Institut d’étude du travail (IETL) et l’Institut supérieur d’étude des religions et de la laïcité (ISERL), « l’ensemble des universitaires qui avaient accepté d’y participer » ainsi qu’aux « nombreuses associations avec lesquelles les universitaires de notre établissement ont travaillé depuis plusieurs mois, en bonne intelligence, dans une perspective de co-construction des savoirs ».

« Ces échanges trouveront à l’évidence d’autres formes d’expression et de mise en débat. Elle (la présidence) entend ainsi prolonger la réflexion scientifique menée par ses enseignant•es-chercheur-e-s sur la place de l’Islam dans la société », ajoute la direction dont la soudaine décision reste incompréhensible au regard de nombreux intervenants. Une première journée d’études sur le thème « Islamophobie, le poids des mots, la réalité des maux » a eu lieu à l’université Lyon 2 en mars 2016, sans que celle-ci ne déclenche de polémique.

 

Saphirnews

À Bologne, la leçon sociale du pape François

En déplacement dimanche 1er octobre en Émilie-Romagne (nord de l’Italie), le pape François a largement développé sa vision de la doctrine sociale de l’Église.

C’est à une véritable « leçon de doctrine sociale » que le pape François s’est livré, dimanche 1er octobre, au cours de son 17e voyage en Italie. De Césène à Bologne, dans cette Émilie-Romagne passionnée de politique et très active dans le domaine social, tous les champs de l’action sociale ont été balayés.

À Césène, ville natale des papes Pie VI (1775-1799) et Pie VII (1799-1823), et dont il venait rappeler le souvenir à l’occasion du tricentenaire de la naissance du premier, c’est aux hommes politiques qu’il s’est d’abord adressés. Il a plaidé pour une « bonne politique » qui ne soit « ni esclave, ni maître et ne se laisse pas absorber par les ambitions individuelles, la pression des factions et les centres d’intérêt ».

L’homme politique doit savoir mettre ses propres idées au service de la communauté, les ouvrir au débat et les harmoniser au nom du service pour le bien commun, a expliqué François. Pour lui, le politique « porte sa croix », tel un « martyr » au service du bien commun.

« Rouvrir le dialogue » en jeunes et anciens

Juste après, dans la cathédrale de la petite ville, François s’est concentré sur la famille, appelant, pour stimuler la jeunesse, à « rouvrir le dialogue avec les anciens ».

« Les personnes âgées vont à la retraite, mais pas leur vocation, et ils doivent donner à tous, spécialement aux jeunes, la sagesse de la vie », a-t-il expliqué. « C’est le rêve de l’ancien qui fera que le jeune aille de l’avant et prophétise » mais « c’est justement au jeune de faire rêver l’ancien ».

Le pape a aussi déploré que la situation socio-économique actuelle soit néfaste au rapport parents-enfants. Il a appelé à ce que « les parents puissent jouer avec leurs enfants, et puissent perdre du temps avec eux ».

Aux migrants : « J’ai voulu voir vos yeux dans les miens »

À Bologne, ensuite, longtemps ville modèle du catholicisme social en Italie, le pape François est revenu sur la question des migrants, de nombreuses fois abordée ces derniers jours.

« J’ai voulu voir vos yeux dans les miens », a dit le pape aux migrants qu’il a rencontré au centre d’accueil régional et qu’il a longuement pris le temps de saluer un à un.

Pour lui, en effet, seules la proximité, l’amitié et la miséricorde permettent de réellement se rendre compte des souffrances et des problèmes des migrants et d’éloigner les jugements « froids et durs » qui transforment le prochain en ennemi.

« L’intégration commence par la connaissance », a-t-il dit invitant à aider à l’insertion des migrants et invitant ceux-ci à s’ouvrir à la culture de leur terre d’accueil et à en respecter les lois.

« Il est nécessaire qu’un plus grand nombre de pays adopte des programmes de soutien à l’accueil, privés et communautaires, et ouvre des couloirs humanitaires pour les réfugiés en situation difficile », a également lancé le pape à destination de la communauté internationale.

« Ne cédons jamais la solidarité à la logique du profit financier »

Sur la grand-place de la ville, le pape s’est ensuite adressé au monde du travail, revenant cette fois sur la crise économique.

« Ne cédons jamais la solidarité à la logique du profit financier, parce qu’ainsi, nous l’enlevons aux plus faibles qui en ont le plus besoin », a-t-il exhorté. Il a rappelé la longue tradition coopérative de l’Émilie-Romagne et souligné que « chercher une solution juste n’est pas un rêve du passé, mais un engagement, un travail, qui a besoin aujourd’hui de tous ».

Estimant que les causes de la crise se trouvent dans la « trahison du bien commun, de la part des individus et des groupes de pouvoir », il a martelé qu’il est « nécessaire d’enlever la centralité à la loi du profit et de l’assigner à la personne, et au bien commun ».

Pour cela, « il faut augmenter les opportunités de travail digne », et cette tâche incombe à la société tout entière, a lancé François sous des applaudissements nourris.

Aux étudiants : « Rêvez grand »

Enfin, François ne pouvait venir à Bologne sans visiter la plus ancienne université d’Occident. Et, là encore, c’est sous le signe de la lutte pour les droits sociaux que le pape a axé son discours aux étudiants.

« L’Université est faite pour l’étude du droit, la recherche de ce qui défend les gens, régit la vie commune et protège de la logique du plus fort, de la violence et de l’arbitraire », a-t-il expliqué.

« Tel est le défi d’aujourd’hui : affirmer les droits des personnes et des peuples, les plus faibles, ceux qui sont rejetés et la création, notre maison commune », a continué le pape. Il a mis en garde les étudiants : « Ne croyez pas celui qui vous dit que lutter pour cela est inutile et que rien ne changera ! Ne vous contentez pas de petits rêves, mais rêvez grand».

Déjeuner dans une église

Auparavant, François était allé déjeuner à la basilique Saint-Pétrone, une des plus grandes églises européennes. De grande stables avaient été dressées dans la nef pour un « déjeuner de solidarité » avec des pauvres, des migrants et des détenus.

Si le geste a pu faire grincer les dents de ceux pour qui l’église ne doit être que le lieu de la liturgie eucharistique, François l’a totalement assumé. Il a rappelé notamment, lors de la messe finale de son voyage célébrée dans le stade Renato-Dall’Ara, que « de l’Eucharistie aux pauvres, nous allons à la rencontre de Jésus ».

En conclusion de sa journée, il s’agissait en effet pour le pape de laisser aux Bolognais trois « P » comme points de repère de son voyage : la Parole, le pain et les pauvres.

Et de rappeler aux milliers de fidèles présents les mots du cardinal Lercaro, archevêque de Bologne pendant le concile et pionnier de l’« Église des pauvres » : « Si nous partageons le pain du ciel, comment ne le partagerions-nous pas le pain terrestre ? ».

 

La Croix

Arabie saoudite et wahhabisme  : trois questions pour comprendre

Les femmes, empêchées de conduire par la loi, ont été autorisées, mercredi 27 septembre, par un décret royal à le faire en Arabie saoudite.

Ce pays, devenu royaume en 1932, est né au XVIIIe siècle d’une alliance théologico-politique inédite, nouée entre un prédicateur fondamentaliste musulman et le chef de la tribu des Saoud.

D’abord minoritaire, et même vigoureusement combattu par les autres courants de l’islam, le wahhabisme tente aujourd’hui de s’imposer comme l’orthodoxie musulmane.

 

À quand remonte le royaume saoudien ?

C’est en Arabie que le prophète de l’islam, Mohammed, a vécu et prêché. Mais une fois l’empire musulman créé – avec pour capitale Damas puis Bagdad –, celle-ci perd son caractère central. « La division politique est la caractéristique principale de la péninsule arabe depuis les origines, avec la décentralisation et l’effritement économique », note la doctorante Yara El Khoury.

Au XVIIIe siècle, l’un des clans – celui des Saoud – parvient à prendre l’ascendant sur les autres : il domine le Najd, région de plateaux située au centre de la péninsule qui, aujourd’hui encore, constitue le noyau du pouvoir de la famille royale.

En 1744, le chef des Saoud scelle un pacte avec un prédicateur prônant un retour aux fondements de l’islam : Mohammed ben Abdelwahhab (qui donnera son nom au « wahhabisme »). Devenue dynastie à la fin du XVIIIe siècle, la famille Saoud étend progressivement son influence sur la péninsule arabique. En 1802, ses troupes occupent Médine et l’oasis de Taëf. L’année suivante, ils prennent la Mecque.

Bien des péripéties surviendront avant la création, en 1932, du royaume d’Arabie saoudite par la fusion entre les provinces du Najd et du Hedjaz.

Qu’est-ce que le wahhabisme ?

Fils d’un juge religieux, devenu prédicateur itinérant, Mohammed ben Abdelwahhab s’insurge contre les formes de religiosité populaire : l’adoration du prophète, de sa famille, de ses compagnons ou des saints, dont il veut la destruction des tombeaux. Il prône un retour aux pratiques « authentiques ». Son premier ouvrage s’intitule Le livre de l’unicité. Il plaide également pour une application stricte de la loi islamique.

Exilé pour son radicalisme, il trouve refuge chez Mohammed Ben Saoud, « au fait de la nouvelle prédication et ayant compris le bénéfice politique qu’il pouvait en tirer », note Yara El Khoury. De fait, « l’arrivée du prédicateur lance une dynamique de conquêtes qui va augmenter les ressources ».

Le théologien et juriste Ibn Taymiyya (XIIIe siècle), appartenant à l’école hanbalite, auteur d’une abondante production sur le djihad, est la principale référence de Mohammed ben Abdelwahhab : les Saoudiens se disent donc « hanbalites » et refusent l’étiquette de « wahhabites ». Quant à Ibn Taymiyya, il reste l’un des auteurs les plus cités par les salafistes actuels.

« Puritain, austère, conquérant », le wahhabisme est également exclusiviste, et même « sectaire » selon l’historien tunisien Hamadi Redissi, auteur de Le Pacte de Nadjd ou comment l’islam sectaire est devenu l’islam (2007) – paru en poche sous le titre : Une histoire du wahhabisme (Seuil, 2016). De fait, les wahhabites ne cessent d’accuser les autres musulmans de déviance, d’« innovation » (bid’a), ou encore – les soufis notamment – d’« associationnisme », considérant qu’ils associent d’autres divinités à Dieu.

Quelle est l’influence actuelle du wahhabisme ?

« Partie de rien ou presque », l’alliance entre les Saoud et Abdelwahhab « est parvenue à imposer son empreinte rigoriste à une partie de la péninsule arabique (dont les lieux saints de l’islam) », constate Hamadi Redissi. « Après de multiples péripéties, la doctrine wahhabite s’est diffusée, à partir du XXsiècle, du Maroc à l’Inde, non plus par le glaive, mais par ses affinités avec le fondamentalisme, par le prosélytisme, l’alliance avec diverses puissances, parmi lesquelles – à travers l’ argument du pétrole – les États-Unis ».

En un sens, le wahhabisme apparaît aujourd’hui comme précurseur des mouvements « réformistes » du XIXe siècle. Combattu par les tenants de l’islam traditionnel, puis par les premiers réformistes, il imprègne finalement et les uns et les autres. Il est « en passe de devenir l’islam majoritaire dans de nombreux pays de tradition musulmane », s’inquiète Hamadi Redissi.

 

La Croix

Au séminaire israélite, les futurs rabbins sont formés au dialogue judéo-chrétien

En juillet, le séminaire israélite de France a lancé un cycle de formation sur le catholicisme. Destiné aux futurs rabbins, il veut permettre d’« endiguer la méfiance »

Un cycle de formation pour « endiguer la méfiance » et « faire tomber les clichés ». Mi-juillet, le Séminaire israélite de France (SIF) a lancé un module, à destination des futurs rabbins, sur le catholicisme. Dispensé par le père Louis-Marie Coudray, directeur du service national pour les relations avec le judaïsme (SNRJ) de la Conférence des évêques, il aspire à former les élèves « aux évolutions des relations judéo-chrétiennes, en leur donnant des clés de compréhension pour leur permettre de s’y adapter ». Cet enseignement doit reprendre dès octobre.

Directeur du séminaire, le grand rabbin Olivier Kaufmann, est à l’origine du projet. « Les communautés juives semblaient demandeuses d’une telle formation. Et du côté des élèves, je sentais aussi une frustration à ne pas aborder certaines choses clairement », explique-t-il. Il a reçu dès le début le soutien de Michel Gurfinkiel, administrateur du Consistoire central et président de la Commission du dialogue interreligieux.

Assumer « la part de responsabilité du christianisme »

Certes, « des choses existaient avant, mais j’ai voulu franchir un pas en institutionnalisant ce module et en l’érigeant comme un enseignement obligatoire et régulier », poursuit-il. Il souhaite notamment dans cette nouvelle formation « favoriser l’écoute, l’échange, sans tomber dans le syncrétisme et sans gommer les spécificités de chaque religion »

 

Présentation de l’Église, débats sur la perception de chaque culte… « Cette leçon inaugurale a été, pour moi, une vraie découverte. C’est la première fois que je rencontrais et discutais aussi ouvertement avec un représentant de l’Église catholique », souligne Raphaël Horowitz, séminariste. « Avec la profusion d’éléments accessibles sur Internet, nous avons le sentiment de connaître l’autre à travers les bribes d’informations qui nous parviennent, ce qui peut nous pousser à passer à côté d’une vraie rencontre ».

Pour le père Coudray, qui a vécu trente-cinq en Israël, de tels échanges sont devenus indispensables. « Mon expérience en Terre sainte m’a fait percevoir à quel point la connaissance du christianisme était réduite et négative, au sein de la communauté juive. Cette dernière appréhende souvent nos rapports autour de trois points de focalisation historiques : les croisades, l’inquisition, et la Shoah », explique le bénédictin.

Il a choisi de ne pas éluder ces événements en les abordant dès le début de son intervention et en « assumant la part de responsabilité du christianisme » tout en la replaçant « dans sa juste proportion ». Avant d’évoquer le changement du regard de l’Église sur les religions non-chrétiennes, après la publication, en 1965, de la déclaration conciliaire Nostra Ætate, proposant un commentaire théologique sur les relations entre Israël et l’Église.

« Je n’étais pas là pour faire de la propagande, de l’apologétique, poursuit le père Coudray. Mais nous ne pouvons plus, dans le climat actuel, nous permettre de vivre complètement isolés, sans essayer de discuter des éventuelles discordances ».

« Il faudra un jour en faire de même avec l’islam »

Du côté des élèves comme des organisateurs, chacun s’est félicité du déroulement de cette première journée. « Les étudiants ont tout de suite été à l’aise face à ce langage franc : ils ont posé très librement leurs questions », affirme le rabbin Olivier Kaufmann. Deux élèves avaient même travaillé, en amont, le sujet.

L’enjeu n’est pas mince, explique-t-il. Il s’agit de créer une « nouvelle génération de représentants juifs qui pourra vraiment devenir actrice du dialogue interreligieux, et éviter que ce dernier ne reste l’apanage d’un petit noyau de spécialistes ». Pour en arriver là, il reste du chemin à parcourir.

Dans les mois à venir, le père Coudray ambitionne d’aborder, avec ses élèves, le développement dogmatique de la foi chrétienne, les « irréductibles différences théologiques » entre les deux religions, ou encore la liturgie de l’Église. « Nous n’en sommes qu’au début de la démarche, mais nous avons aussi conscience qu’il faudra un jour en faire de même avec l’islam », envisage Olivier Kaufmann.

 

La Croix

Marlène Schiappa veut soumettre les associations à une « charte de la laïcité »

La secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes a annoncé, lundi 25 septembre, vouloir conditionner les aides distribuées aux associations au respect d’une charte de la laïcité.

Les associations subventionnées par le secrétariat d’État à l’égalité femmes-hommes seront désormais soumises à une charte de la laïcité. C’est ce qu’a annoncé la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, lors de la présentation de sa feuille de route, lundi 25 septembre.

Cette charte fera partie des outils déployés par le ministère pour réévaluer chaque année les subventions distribuées aux associations luttant contre les violences sexistes et sexuelles.

La mesure est surtout symbolique, puisque le ministère ne distribue qu’une enveloppe modeste à quelques structures – en tout, 5 millions d’euros. Une liste de seize associations, subventionnées à hauteur de 4,2 millions d’euros, avait d’ailleurs été rendue publique par son cabinet le 25 juillet.

Marlène Schiappa veut une politique de l’égalité « innovante »

Complexité

Le texte envisagé par Marlène Schiappa n’a pas été rendu public. « C’est la première fois qu’un ministère souhaite conditionner les subventions à une telle charte », explique un spécialiste de la laïcité.

Selon lui, la rédaction d’un tel texte peut s’avérer complexe, d’un point de vue juridique. « En France, il existe une liberté d’association qui est un principe constitutionnel, ainsi qu’une obligation d’égalité de traitement des associations », poursuit ce spécialiste. « Une telle charte ne peut être qu’un rappel du droit, et non l’instauration de nouvelles règles. »

Parmi les 16 associations dont les noms ont été publiés le 25 juillet par le secrétariat d’État figure le mouvement du Nid, qui touche chaque année 150 000 €. Ce mouvement, d’inspiration catholique, membre du CCFD, milite activement pour l’abolition de la prostitution. Contactés lundi 25 septembre, les responsables du Nid n’étaient pas joignables.

« Charte régionale de la laïcité »

« Ce n’est pas une question d’association catholique ou non », explique-t-on dans l’entourage de Marlène Schiappa, où l’on cite comme exemple de bonne pratique le Secours catholique. Ce dernier précise dans ses statuts ne pas tenir compte de la religion des personnes auxquelles il vient en aide.

Marlène Schiappa a souligné qu’elle s’inspirerait de la « charte régionale des valeurs de la République et de la laïcité », mise en place par la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse (LR) en mars dernier.

Cette initiative avait été vivement critiquée par l’opposition siégeant au conseil régional d’Île-de-France. Les écologistes avaient notamment reproché au texte de porter atteinte au respect des libertés individuelles.

 

La Croix

Irlande, les évêques vent debout contre la légalisation de l’avortement

Le gouvernement irlandais a annoncé l’organisation au printemps 2018 d’un référendum sur la libéralisation de l’interruption volontaire de grossesse, interdite dans le pays.Après avoir été en 1983 l’un des fers de lance de la campagne pour son interdiction totale, l’épiscopat irlandais est resté, depuis des décennies, en première ligne de l’opposition à tout assouplissement.

 

Cédant aux pressions des militants pro-avortement, le gouvernement irlandais a annoncé, mardi 26 septembre, l’organisation au printemps 2018 d’un référendum sur l’interruption volontaire de grossesse, actuellement illégale dans le pays, sauf en cas de menace pour la vie de la mère.

Cette consultation populaire aura lieu « en mai ou juin 2018 », a précisé Dublin dans un communiqué. Elle devrait donc avoir lieu quelques semaines avant une probable visite du pape François en Irlande, à l’occasion de la Rencontre mondiale des familles prévue à l’été prochain.

Dans un pays très fortement ancré dans la tradition catholique, le référendum porterait, plus spécifiquement, sur le huitième amendement de la Constitution irlandaise, qui garantit « le droit à la vie » de l’embryon, en tenant compte du « droit égal à la vie de la mère ».

Les évêques irlandais n’ont pas encore publié de déclaration officielle après l’annonce gouvernementale. Mais ils se mobilisent, depuis des mois, pour faire peser leur voix dans ce débat, en condamnant régulièrement un projet de loi aux conséquences « dramatiques, moralement inacceptables » et en défendant « le caractère sacré de la vie depuis sa conception ».

Un rejet de toute modification constitutionnelle

Après avoir été en 1983 l’un des fers de lance de la campagne pour son interdiction totale, l’épiscopat irlandais est en effet resté, depuis des décennies, en première ligne de l’opposition à tout projet d’assouplissement ou de libéralisation de l’avortement.

Fin août, plusieurs d’entre eux – dont Mgr Diarmuid Martin, archevêque de Dublin, ou encore Mgr Eamon Martin, archevêque d’Armagh et primat de toute l’Irlande – ont rencontré d’éminentes figures gouvernementales – parmi lesquelles le premier ministre, Leo Varadkar, médecin de formation à l’initiative du référendum. Ils ont réaffirmé, parmi d’autres sujets, leur « opposition » à une éventuelle modification constitutionnelle.

S’appuyer sur la mobilisation citoyenne

En plus d’agir directement sur le plan politique, l’Église souhaite aussi s’appuyer aussi sur la mobilisation citoyenne pour peser sur le gouvernement. Et si possible, au-delà de sa sphère de fidèles.

« Nous encourageons les catholiques et les autres à contacter leurs politiciens pour exprimer leur inquiétude au sujet de l’amendement proposé, et leur demander de respecter le droit égal à la vie d’une mère et de son enfant à naître en toutes circonstances », écrivaient-ils dans un communiqué publié en février 2016 sur le site de la conférence épiscopale irlandaise (ICBC).

L’Église irlandaise a toutefois perdu de sa crédibilité sur les questions éthiques, en raison d’une sécularisation croissante mais aussi des multiples scandales de pédophilie ayant impliqué le clergé local. En 2015, malgré sa longue mobilisation pour sensibiliser « aux risques liés à une modification de la définition du mariage », l’Irlande avait par exemple été le premier pays au monde à voter – avec 62,1 % de voix – en faveur de la légalisation du mariage homosexuel.

D’autres révisions de la constitution

Outre la question de l’IVG, le gouvernement semble vouloir également moderniser d’autres volets de la constitution, en en gommant certaines références religieuses, avec plusieurs autres référendums annoncés pour 2018 et 2019.

Un vote sur l’interdiction du blasphème, établie par l’article 40.6.1 de la Constitution, devrait ainsi être à l’ordre du jour d’une nouvelle consultation populaire prévue en octobre prochain.

 

La Croix

L’Église orthodoxe russe accroît son influence au Proche-Orient

L’intervention militaire russe en Syrie, il y a trois ans, a ouvert un boulevard à l’Église russe orthodoxe pour réactiver au Proche-Orient des réseaux qui remontent à l’époque tsariste.En affichant sa protection à l’égard des minorités chrétiennes de la région, Moscou marque aussi des points dans la compétition qui l’oppose à Constantinople pour le leadership sur l’orthodoxie.

Alors que la Russie opère depuis trois ans un retour spectaculaire au Proche-Orient, via son soutien militaire au régime syrien, l’Église orthodoxe russe étend elle aussi ses réseaux et son influence dans la région. Son but : apparaître comme la principale protectrice des communautés chrétiennes éprouvées.

Le métropolite Hilarion, responsable des relations extérieures du patriarcat de Moscou, achève ces jours-ci une tournée auprès de plusieurs patriarches au Liban et à Chypre. Il y a notamment rencontré Bechara Raï, patriarche de l’Église maronite (catholique), une des plus importantes au Proche-Orient eu égard à son poids politique et démographique dans la société libanaise – un tiers de la population, dont le président libanais Michel Aoun – mais aussi dans le monde arabe chrétien.

Nombre de prélats locaux

Hilarion s’est aussi entretenu avec le patriarche Jean X d’Antioche, à la tête de la plus importante Église orthodoxe en Syrie, ainsi que nombre de prélats locaux. Au menu des discussions : la situation humanitaire des chrétiens en Syrie et en Irak et l’aide apportée par l’Église orthodoxe russe ces dernières années.

L’activisme russe en faveur des chrétiens d’Orient ne date pas de l’ère Poutine. Depuis Catherine II et durant tout le XIXe siècle, la protection des minorités orthodoxes dans la région était le cheval de bataille de l’empire russe, tandis que la France et l’Autriche assuraient la protection des catholiques. Même la parenthèse soviétique, marquée en Russie par des persécutions anti-chrétiennes massives, n’a pas altéré les liens entre l’Église de Moscou et les Églises orthodoxes au Proche-Orient, en particulier le patriarcat d’Antioche.

Au temps de l’URSS

« Au temps de l’URSS, de nombreux prêtres et évêques de la région ont été formés au séminaire de Zagorsk près de Moscou, relate Christian Lochon, enseignant à l’université de Paris II et consultant auprès de l’Œuvre d’Orient. Ces religieux arabes repartaient avec la bonne parole et les subventions de Moscou, qui utilisait ce clergé comme un relais dans la région. »

Le grand retour de la Russie post-soviétique dans le jeu syrien s’accompagne d’une diplomatie religieuse très active. Des visites au plus haut niveau avaient déjà eu lieu : le patriarche Kirill de Moscou à Alep en 2011, le patriarche Jean X d’Antioche à Moscou en 2014. Depuis, de nombreuses délégations de chrétiens du Proche-Orient se sont rendues en Russie, en particulier les patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, ainsi que les chefs des Églises copte, catholique arménienne et assyrienne d’Orient.

Diplomatie religieuse

L’influence de l’Église orthodoxe russe passe aussi par la réactivation de l’antique Société impériale orthodoxe de Palestine (Siop). En 2013 déjà, la Siop avait ainsi dépêché 70 tonnes d’aide à Damas, auxquelles s’était ajouté un chèque de 1 million d’euros versés par le patriarcat de Moscou. « Par ailleurs, il va certainement y avoir une aide russe pour reconstruire les églises et monastères détruits comme celui comme Saint-Georges dans la vallée des chrétiens, pronostique Christian Lochon. Assad s’est rendu il y a quelques mois au monastère féminin Notre-Dame de Saidnaya pour rassurer les sœurs sur leur avenir… Cela fait clairement partie de la stratégie des gouvernements syrien et russe. »

« Les Russes essaient aujourd’hui d’installer des antennes de la Siop un peu partout au Proche-Orient pour en faire des relais d’influence », confirme Nicolas Kazarian, chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). L’ouverture d’une antenne en Turquie serait même à l’étude. Une perspective vue d’un mauvais œil par le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos 1er, qui exerce depuis Istanbul une primauté symbolique sur l’ensemble des orthodoxes dans le monde.

Au cours de sa tournée proche-orientale, le métropolite russe Hilarion a aussi lancé des invitations à plusieurs patriarches orientaux pour venir célébrer à Moscou, en décembre, le centenaire du rétablissement du patriarcat russe. Une manière, pour la plus puissante des Églises orthodoxes, de reprendre la main après avoir boycotté, l’an dernier, le concile panorthodoxe présidé par Bartholomeos en Crête.

 

La Croix