A propos Fatima Achouri

Fatima Achouri est consultante diplômée de l'Institut de Gestion Sociale en ressources humaines et titulaire d'un Master 2 en civilisation arabe et musulmane. Elle a évolué pendant plus de douze ans au sein de grands groupes nationaux et internationaux dans des fonctions de management, relation client,GRH et en tant que consultante dans la gestion du multiculturel et du religieux. Spécialiste en ressources humaines et en islam, Fatima Achouri offre une expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public(Loi de 1905) et du privé(Loi de 1958).

Election présidentielle 2017: quel gâchis


Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toute les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battait la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout.

La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour en faire un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. L’équivalent d’une longue-vue d’amiral de l’armée des Indes par rapport à un satellite d’observation de l’actuelle US army, pour prendre une comparaison d’ordre militaire.

 

Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. Le candidat PS s’était fait élire aussi sur la promesse de relever les seuils anti-concentration dans ce domaine. La loi naine dont son règne accouchera fin 2016, dite « Loi Bloche », s’empressera d’enterrer la chose au profit de la mise en place de dérisoires « chartes éthiques » censées garantir la liberté des journalistes. Autant fournir de simples casques de chantier pour protéger des salariés travaillant en zone irradiée. A rebours de ses engagements, François Hollande favorisera en 2015 le rachat de titres historiques comme « Libération » et « l’Express » par Patrick Drahi, géant des télécoms, connu pour ses emplettes par effets de levier hautement destructrices d’emplois, et son contorsionnisme invétéré en matière fiscale. C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République.

Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avait mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. Avec son consentement, c’est là toute la perfection de la farce. Il y a quelque chose de biblique dans le châtiment d’un Président qui, après avoir renoncé à faire de la finance son ennemi, confia à celle-ci sa politique économique, et se vit poignardé dans le dos par elle, jusqu’à devoir désormais escorter publiquement ses ambitions élyséennes. Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. L’ambitieux ne s’en était nullement caché auprès du journaliste Marc Endeweld, auteur de « L’Ambigu monsieur Macron » (Flammarion). Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est carrément la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont en effet avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Macron lui-même, alors secrétaire général de l’Elysée, qui jouera un rôle décisif en faveur de ce dernier. Et en retour, lorsque celui-ci décidera de se lancer dans la course à la présidentielle fin 2016, on ne tardera pas à voir rejoindre son équipe l’ancien banquier Bernard Mourad, hier encore directeur d’Altice Media Group, à savoir SFR Presse. C’est du reste « Challenges » qui sortira cette dernière information, le magazine aujourd’hui encore dirigé par Claude Perdriel, autre organe fervent de la macronôlatrie. Un agenouillement public à la fois si étouffant et si peu contestable que même ses rédacteurs, peu soupçonnables de déviances gauchistes, s’en plaindront sous la forme d’un communiqué.

C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche !, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. Interrogé sur LCP le 16 mars dernier, à peine Niel consentira-t-il à admettre que deux candidats pourraient convenir à ses convictions libérales, à savoir Emmanuel Macron et François Fillon. Un second choix qui ne surprendra que ceux qui ignorent que le candidat LR est l’homme qui lui accorda en 2009 la quatrième licence de téléphonie mobile, dans des conditions toujours restées opaques.

Etrangement, le programme de Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui résonner beaucoup moins favorablement aux oreille de Xavier Niel, qui le comparait même dans une récente interview accordée au « Temps » à celui de Marine Le Pen. Exactement ce que font les éditorialistes du « Monde » à longueur de semaines – simple communion de vues, vous expliqueront les journalistes du quotidien, dont la perspicacité semble hélas souvent peu en rapport avec la fonction revendiquée de vigie démocratique. Une sorte d’« harmonie préétablie » qui arrange décidément tout le monde. Pour le dire avec les mots de Leibniz : la « substance » actionnariale n’affecte qu’elle-même – c’est-à-dire qu’elle ne passe, par exemple, jamais de coups de fils. Et cependant, toutes les « substances » journalistiques qui oeuvrent sous ses ordres semblent interagir causalement avec elle – c’est-à-dire par se mettre comme par enchantement à son exact diapason. N’y a t-il pas là une merveille tout à fait étonnante à étudier pour l’esprit ?
Lui aussi actionnaire du groupe « Le Monde », le milliardaire du luxe Pierre Bergé, n’aura pas réussi à s’abstenir de tweeter sa fougue macronienne pendant la campagne. « J’apporte mon soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron pour être le président qui nous conduira vers une sociale-démocratie », lira-t-on ainsi le 30 janvier. Là encore, les journalistes du quotidien se sont contentés de détourner le regard. Trop occupés pour certains à scruter les atteintes oligarchiques à la liberté d’expression chez nos voisins. Une imprudence due au grand âge, entend-on mezza voce au « Monde », sans que rien permette de dire hélas que ce jugement soit un simple effet de la terreur subie. La facilité, et en réalité aussi le bon sens, pousserait à penser que les journalistes, sous le joug de leurs bailleurs de fonds n’osent plus bouger une oreille. La réalité est hélas plus complexe. Certains d’entre eux crèvent de peur, c’est un fait. Beaucoup d’autres en revanche ne sentent même pas le poids de leurs chaînes. Ils pensent réellement qu’entre la finance à face de chérubin et le lepénisme à visage féminin, il n’y a plus rien à choisir, à penser, à tenter. Ils ont du reste souvent été sélectionnés pour cette aptitude-là, cette étonnante faculté à faire sien ce qu’on vous commande de penser, cette soumission anticipée aux desideratas actionnariaux qu’il serait en effet malséant d’avoir ne serait-ce qu’à énoncer.

La presse n’ayant quoiqu’il en soit pas été très empressée à fournir la Carte du Tendre permettant de s’orienter dans les relations entre Macron et les tycoons français, les lecteurs vraiment obstinés auront dû se contenter durant toute cette campagne de rabouter des petits cailloux épars. Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen.

 

Pourquoi aucun grand titre de la presse n’a-t-il trouvé utile d’enquêter sur ce genre de connivences menaçantes ? Pourquoi a-t-on eu au contraire l’impression étrange d’assister pendant toute cette campagne à un putsch démocratique au ralenti, avec un terrible sentiment d’impuissance ? Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, de premiers cercles rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens. Surtout pas ceux dont c’est en théorie le métier, à savoir les journalistes. Au moment où ces lignes s’écrivent j’aperçois la pétition d’absurdité que celles-ci recèlent : comment la presse entre les mains de ces messieurs pourrait-elle enquêter sur sa propre nocivité et a fortiori sur la leur ?

Un tableau complet de l’ahurissante endogamie macronienne des médias français exige bien sûr pour finir de mentionner la dizaine de couvertures sur Macron réalisées en deux ans et demi par mon ancien journal, « l’Obs », titre historique de la deuxième gauche également tombé dans les mains de Niel et ses associés à la faveur de l’effondrement de la valeur des médias depuis la fin des années 2000. Pendant ce temps, une seule « Une » consacrée à Mélenchon, candidat pourtant surreprésenté chez les jeunes et les intellectuels, dont ce journal aurait eu terriblement besoin pour survivre en cette période, et retrouver un peu de son lustre passé. Une autre à Hamon, candidat pourtant officiel du PS. Un édito sidérant publié à quatre jours du scrutin appellera carrément à voter Macron, en contravention flagrante avec le pluralisme de gauche revendiqué depuis toujours par la direction du journal. On ne pourra décidément pas dire que le job n’aura pas été fait manu militari pour dégager la route à celui-ci. On ne pourra pas dire que tous les helpers milliardaires de la place ne se seront pas mis en marche, et même en déambulateurs, pour le gandin aux envolées oratoires poussives. On ne pourra pas dire que tous les moguls des télécoms qui entravent désormais la libre circulation des opinions n’auront pas tout tenté pour gonfler la baudruche à grand renfort de panégyriques dans leur presse, et d’enquêtes jamais faites.

 

Comment se fait-il que dans de grandes rédactions comme « l’Obs » ou « Le Monde », on ne puisse identifier aucun titulaire de carte de presse se réclamant à visage découvert des idées de la « France Insoumise », quand tant de leurs confrères brament sans vergogne leur macronisme sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prodigieux que, dans des journaux se réclamant encore de la gauche, on ne puisse trouver nulle expression, sorti de l’espace dédié aux tribunes extérieures, en faveur d’un ex-sénateur mitterrandiste ne faisant somme toute rien d’autre que de se réclamer des fondamentaux historiques du socialisme ? Hélas j’en connais les raisons. Ce sont déjà celles que je donnais dans le « Monde libre ». Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. Il est tout de même ironique que de telles paroles viennent justement de François Hollande, ami autoproclamé du « Monde libre » comme on appelait il y a peu ledit Occident, qui aura passé tant de temps sous son quinquennat à fréquenter les oligarques de la presse nationale pour tenter d’acheter par avance une élection, à laquelle il n’aura finalement même pas pu prétendre.

Entièrement revenus dans le poing du capital, situation inédite depuis les lendemains de la Libération, les médias auront en moins de deux ans réussi à transformer en possible présidentiable un ex-banquier d’affaires à peine sorti de l’œuf, n’ayant jamais décroché le moindre mandat électif. C’est peu de dire que chez le chérubin de ses messieurs, comme dans la philosophie sartrienne, le passage à l’existence médiatique aura de loin précédé l’essence politique. En faut-il d’ailleurs du mépris pour le peuple français, pour tenter un coup de force pareil. Macron, ce n’est pas seulement la continuation de politiques usées, celles qui ont lepénisé les classes populaires depuis trois décennies et rétabli un quasi esclavage pour certains peuples européens. Macron, c’est le retour du tâcheronnage sous couvert de modernité. Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus.

Mais me direz-vous, nombre d’« opérations » médiatiques destinées par le passé à peser sur la présidentielle échouèrent finalement. Une percée spectaculaire de Jacques Chirac, au printemps 1995, eut ainsi raison du sacre attendu d’Edouard Balladur, le candidat que la caste s’était choisi. Et il en alla de même en 2005, alors qu’une campagne d’intimidation littéralement terroriste menée par le « cercle de la raison », s’était pourtant abattu sur les partisans du « Non ». Tout ceci est absolument vrai. Au jeu de la pédagogie à coup de matraque, les médias peuvent parfois rater leur coup, même si pour une opération loupée de temps à autres , on pourrait dénombrer tant de leurs réussites passées inaperçues. C’est la raison pour laquelle l’écriture de ce texte ne m’a pas semblé entièrement vaine, à quelques jours du premier tour d’une présidentielle à nulle autre pareille. Tant que le mal n’est pas fait, tout peut encore être défait. Français, ne vous laissez pas voler cette élection.

 

Aude Lancelin pour AgoraVox

Existe-t-il un vote musulman en France ?

 

 

En France la communauté musulmane serait composée d’environ six millions de personnes. Ce chiffre est loin d’être négligeable pour un candidat à la course présidentielle. Le thème autour de la laïcité est omniprésent dans les discours à l’investiture présidentielle depuis que le candidat Sarkozy en 2007 qui, souhaitant siphonner les voix du Front National, s’était lancé sur ce terrain avec succès. Même si la laïcité est présente durant cette élection, sa réception a été perçue de manière timorée dans l’opinion au détriment des affaires judiciaires. Ces deux derniers mois, les ennuis de certains gros candidats se sont en effet invités durant la campagne où il aura surtout été question d’éthique et de transparence, de vaines justifications auprès de l’opinion publique, au grand dam des conseillers en communication des candidats incriminés. Ces derniers, en particulier Mr Fillon, dont les discours de début de campagne étaient axés sur les valeurs judéo-chrétiennes de la France et sur les valeurs laïques si chères à la République, a vu sa communication vidée de toute substance religieuse au détriment de discours expiatoires au gré notamment de ses interventions télévisées. Quant à Mme Le Pen, malgré ses démêlées judiciaires, nous pourrons noter sa cohérence et sa fidélité sur le thème de laïcité, en particulier lorsqu’il s’agit de stigmatiser les musulmans.

Mais revenons à notre propos concernant l’existence ou non d’un vote musulman. Et, si ce dernier existe, quelle est son orientation politique ? Nous pouvons d’emblée affirmer qu’il n’y a pas de vote musulman au sens de vote quasi-unanime d’électeurs de confession musulmane. Comme toute valeur explicative, il y a une affirmation sur l’existence d’un vote de tendance musulman, au même titre qu’un vote de tendance catholique et juif, inhérent aux positions que le candidat à l’élection présidentielle prendra ou pas sur des sujets sensibles au regard des grandes organisations représentatives religieuses, pour ne citer que le CRIF, l’UOIF ou Sens Commun. Cela pourra concerner notamment le respect des traditions françaises, des valeurs familiales mais aussi porter du point de vue géopolitique, sur la question sensible du traitement du dossier israélo-palestinien. Sur ce point, les organisations juives comme musulmanes auront à cœur de voter pour le candidat qui, une fois élu, représentera au mieux leurs intérêts respectifs.

Contrairement au vote catholique et juif plutôt à droite, les musulmans eux, votent massivement à gauche. Ils étaient en effet plus de 80 % à avoir voté en faveur de François Hollande en 2012. Ils étaient également nombreux à sanctionner lors des dernières primaires socialistes Manuel Valls sur sa ligne politique en tant que Premier ministre du gouvernement Hollande. Son agressivité avec notamment le passage en force de la Loi travail (El-Khomri) et son interdiction lorsqu’il était ministre de l’Intérieur durant l’été 2014 des manifestations publiques en faveur de la Palestine, lui ont coûté sa place comme candidat de la gauche à l’élection présidentielle. Nous le constatons, même si les questions économiques et sociales intéressent prioritairement les musulmans lors du vote, ils restent sensibles à des sujets périphériques symboliquement forts et sur les discours du candidat favorables ou non à la liberté religieuse et à son expression dans l’espace public (ex.: Port du voile). Aujourd’hui, les français musulmans déçus du socialisme et de la politique en général comme de nombreux citoyens, s’ils ne s’abstiennent pas dimanche prochain, malgré les consignes des représentants musulmans sur l’importance du vote, sont séduits par un Jean-Luc Mélenchon qui incarne le mieux à leurs yeux les valeurs de la gauche, et non Benoît Hamon qui conduit le corbillard d’une gauche morte. Sur les questions de la laïcité, Mr Mélenchon prône une laïcité ouverte et inclusive contrairement notamment à son rival Mr Fillon qui, dans un souci de séduire l’électorat catholique, de rattraper Mme Le Pen ou de nous faire oublier ses affaires judiciaires en cours, durcit le ton sur le thème du religieux en rappelant dans cette ultime ligne droite, les racines judéo-chrétiennes de la France où, à mots couverts, l’islam n’aurait pas sa place ou devrait faire son aggiornamento, alors que les musulmans dans leur grande majorité sont laïques. Quant à Mme Le Pen, ses attaques récurrentes contre l’islam radical sous le prétexte de lutter contre l’immigration, son souhait une fois élue serait de supprimer toute visibilité religieuse dans l’espace public. Avec de telles mesures, elle n’aura de toute évidence pas l’adhésion du vote musulman. Cependant, nous ne pouvons que la rejoindre dans ses discours contre l’islam radical et sur son inquiétude de constater des offensives de réislamisation très fortes dans certains territoires. A droite, c’est le « petit » candidat François Asselineau qui semble séduire de plus en plus d’électeurs musulmans notamment grâce à son « Frexit », sa ligne non-atlantiste et au retour du souverainisme de la France.

La France est le pays européen qui compte le moins de pratiquants et où paradoxalement la religion occupe une place importante dans les discours des candidats à l’élection présidentielle. Dans un contexte anxiogène sur fonds d’insécurité, certains candidats font du religieux leur fonds de commerce à travers la laïcité pour se démarquer mais surtout engranger des voix. Le 7 mai prochain, le Président élu le sera en grande partie par défaut, sur fonds d’une campagne médiocre, aux programmes flous et sur des thèmes bien éloignés du religieux alors qu’on nous aura rebattu les oreilles avec l’islam. Par sûr avec tout cela, que la politique en sorte grandie !

 

Fatima Achouri

Tunisie : un parti islamiste radical souhaite « enterrer » la démocratie

Hizb ut-Tahrir prône la mise en place d’un califat et de la loi islamique. Le gouvernement a déposé une demande de suspension des activités du parti.

« La démocratie n’attire plus personne (…) et il est temps d’annoncer sa mort et de travailler à son enterrement. » C’est ce qu’a affirmé Abderraouf Amri, le président du bureau politique du parti islamiste radical tunisien Hizb ut-Tahrir. Ce dernier prône la mise en place d’un califat et de la loi islamique, et a donc appelé samedi lors de son congrès annuel à enterrer la démocratie. Le parti est régulièrement accusé par les autorités de « troubles à l’ordre public ».
Des centaines de partisans ont participé près de Tunis au congrès glorifiant « le Califat, sauveur de l’humanité » et dénonçant la « persécution » mise en place par le système démocratique. Mehdi Ben Gharbia, ministre chargé des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’homme, a indiqué à l’Agence France-Presse avoir déposé il y a deux semaines « une demande de suspension d’un mois des activités du Hizb ut-Tahrir ». Cette demande intervient « après des déclarations de membres de ce mouvement portant atteinte au régime républicain de la Tunisie », a-t-il ajouté. Lors de son congrès, ce mouvement a de son côté dénoncé « des tentatives pour interdire et entraver » ses activités.

Congrès 2016 interdit

Créé au début des années 1980, Hizb ut-Tahrir n’a été légalisé qu’en 2012, après la révolution contre la dictature de Zine El Abidine Ben Ali. En 2016, ce mouvement s’est vu interdire la tenue de son congrès annuel pour des « raisons de sécurité », en vertu de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis une vague d’attaques djihadistes sanglantes. « Il s’agit d’un parti qui ne reconnaît pas le caractère civil de l’État », avait notamment fait valoir le ministre de l’Intérieur, Hédi Majdoub. Les orientations de Hizb ut-Tahrir reposent sur la souveraineté de la Oumma – la communauté des musulmans – et sur la charia comme législation.

 

AFP

Syrie : 126 morts dans un attentat contre des personnes évacuées

68 enfants ont perdu la vie dans l’attentat suicide qui a eu lieu samedi. Il constitue l’une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre.

Le bilan s’alourdit. Une opération d’évacuation d’habitants de localités assiégées en Syrie a tourné au bain de sang samedi : 126 personnes ont trouvé la mort, dont 68 enfants, dans un attentat suicide, l’une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre. Dans sa traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi, le pape François a dénoncé une « ignoble attaque » et appelé à la paix en Syrie, pays « martyrisé » et victime d’une guerre « qui ne cesse de semer horreur et mort ». Déclenché en mars 2011 par la répression dans le sang de manifestations pro-démocratie, le conflit a fait plus de 320 000 morts, des millions de déplacés et de réfugiés, et s’est complexifié avec l’implication d’acteurs internationaux et de groupes djihadistes. Samedi, un kamikaze à lancé sa camionnette piégée contre un convoi de bus transportant des milliers d’habitants évacués de Foua et Kafraya, deux localités pro-régime assiégées par les insurgés dans la province d’Idleb, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’attaque, qui n’a pas été revendiquée, est survenue à Rachidine, une banlieue rebelle de la ville d’Alep, plus au nord, où avait été bloqué pendant plusieurs heures le convoi en raison de désaccords entre belligérants. C’est à côté de ces dizaines de bus à l’arrêt à Rachidine que le kamikaze a fait exploser sa camionnette. Au moins 68 enfants figurent parmi les 126 personnes tuées dans l’attentat, a indiqué dimanche l’OSDH, précisant que le bilan ne cessait de s’alourdir, de nombreuses personnes succombant à leurs blessures. La grande majorité des morts sont des habitants de Foua et Kafraya. Les autres sont des rebelles qui gardaient les bus et des travailleurs humanitaires. Revenu sur le lieu de l’attentat dimanche, le correspondant de l’Agence France-Presse a vu de nombreux cadavres jonchant encore le sol. À côté d’eux, des effets personnels qu’ils avaient emportés : télévisions, assiettes, vêtements.

« La mort vous surprend »

Les bus visés par l’attaque étaient carbonisés et, tout près d’un grand cratère, la camionnette vraisemblablement utilisée dans l’attaque, était complètement détruite. « Il y a eu une énorme explosion », raconte Mayssa al-Aswad, 30 ans, qui était assise dans un bus avec son bébé de six mois et sa fillette de dix ans au moment de l’attaque. « J’ai entendu des cris et des pleurs (…) mon bébé Hadi pleurait beaucoup, ma fillette Narjes me regardait, complètement figée », raconte-t-elle. « La mort peut vous surprendre en quelques minutes. » Quelques heures après l’attaque, les convois des personnes évacuées ont repris la route pour rejoindre leur destination finale. Le régime syrien a accusé les « groupes terroristes », un terme utilisé par le pouvoir pour désigner rebelles et djihadistes. Mais l’influent groupe rebelle Ahrar al-Cham a nié toute implication des insurgés. Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, s’est dit « horrifié » par cette attaque « monstrueuse et lâche ». Ses auteurs « ont fait preuve d’une indifférence éhontée pour la vie humaine ». La France a « fermement » condamné dimanche cette attaque. « Les responsables de ces crimes abjects devront rendre des comptes à la justice », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Poursuite des évacuations ?

L’opération d’évacuation qui concerne également des milliers d’habitants des localités rebelles de Madaya et Zabadani près de Damas, a été lancée vendredi en vertu d’un accord entre le Qatar, soutien de la rébellion, et l’Iran, allié du régime. Plus de 7 000 personnes ont été évacuées vendredi et samedi des quatre localités. Quelque 5 000 personnes de Foua et Kafraya – civils et combattants – ont atteint Alep, d’où elles choisiront leur destination finale. Les 2 200 habitants évacués de Madaya et Zabadani ont rejoint la province d’Idleb contrôlée en grande majorité par les rebelles. Il n’était pas clair si l’opération d’évacuation qui devait concerner plusieurs milliers de personnes supplémentaires se poursuivrait dans l’immédiat. Ces dernières années, et après des mois de siège, le régime a proposé des accords d’évacuation similaires que l’opposition dénonce comme des « transferts forcés » constituant « des crimes contre l’Humanité ». Ailleurs dans le pays en guerre, le groupe djihadiste État islamique (EI) tentait dimanche de repousser une offensive de combattants kurdes et arabes soutenus par les États-Unis, qui cherchent à s’emparer de Tabqa dans le nord syrien. Tabqa est un verrou clé sur la route menant à Raqqa, capitale autoproclamée de l’EI en Syrie et véritable objectif des Forces démocratiques syriennes (FDS).

 

AFP

La neutralité religieuse, à quel prix ?

De suspense en rebondissements, nous sommes maintenant fixés. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu le 14 mars ses décisions sur la religion en entreprise. Elle devait répondre à deux questions, l’une posée par la Cour de cassation belge et l’autre par la Cour de cassation française.

Mais c’est surtout l’affaire belge qui donne le mode d’emploi des politiques de neutralité que les entreprises sont en droit de mener. La loi Travail du 8 août 2016 qui suggérait de telles orientations en ressort confortée. Elle ne devrait plus avoir à craindre les questions prioritaires de constitutionnalité qui ne manqueront pas de se poser au Conseil constitutionnel, lui qui lors de sa saisine initiale n’avait pas souhaité soulever d’office la constitutionnalité de la mesure dans l’attente des arrêts de la CJUE.

Règlement intérieur
Une entreprise peut-elle adopter un règlement intérieur avec une clause imposant à ses collaborateurs la neutralité religieuse, politique ou philosophique sans se rendre coupable d’une discrimination directe ? Que signifie cette question issue du jargon de l’article 2 de la directive du 27 novembre 2000 sur les discriminations ? Rapportée à la religion, la configuration visée est la suivante : en vertu de cette règle figurant dans le règlement intérieur, la salariée qui porte le voile est-elle traitée de manière moins favorable qu’une collègue « ne l’est, ne l’a été ou ne le serait dans une situation comparable ».
La question est cruciale et a opposé les deux avocates générales lors d’un débat musclé par conclusions interposées. On comprend bien que si la discrimination directe est retenue, les politiques de neutralité sont fortement compromises. Au final, la Cour écarte la discrimination directe, c’est la logique laïque qui l’emporte au détriment d’une application ferme du droit de la non-discrimination. La CJUE a fait ses choix mais signe avec ces décisions un affaiblissement de la protection contre les discriminations. On l’a connue plus rigoureuse et plus stricte sur le sujet.

Contacts avec la clientèle

Il est donc possible de mettre en place une politique de neutralité dans les entreprises, mais la Cour ne leur donne pas un blanc-seing. L’obligation de neutralité doit viser le port visible de tous les signes de convictions politiques, religieuses ou philosophiques, de façon « générale » et « indifférenciée ». Elle doit aussi s’adresser aux seuls salariés en contact avec la clientèle.
La réserve est de taille. De telles clauses, nous explique la Cour, sont admises au nom de la liberté d’entreprendre : « Le souhait d’un employeur d’afficher une image de neutralité à l’égard des clients se rapporte à la liberté d’entreprise, reconnue par l’article 16 de la Charte. » La liberté d’entreprendre à laquelle se réfère de plus en plus souvent la CJUE dans ses arrêts… Reste qu’un règlement intérieur d’une entreprise interdisant purement et simplement le port du voile à ses salariées est promis, même après les arrêts de la CJUE, à une mort juridique certaine.

Et les clients ? Ont-ils leur mot à dire ? C’était l’affaire française, toujours du 14 mars (n° C-188/15) dans laquelle un client avait fait savoir qu’il ne souhaitait plus voir dans ses locaux une ingénieure d’études voilée. « Pas de voile la prochaine fois », avait-il prévenu.La CJUE n’apprécie pas.

En l’absence de règlement intérieur sur le modèle très calibré de l’affaire belge, les desiderata des clients ne passent pas. Leurs exigences sur le port du voile ne constituent pas une « exigence professionnelle essentielle et déterminante », au sens de l’article 4.1 de la Directive précitée, ce qui aurait permis de déroger au principe de non-discrimination.
On ne peut que se réjouir de cette position par ailleurs sans surprise car où s’arrêter eu égard à toutes les attentes des clients ? Après le voile, des exigences sur l’apparence physique ? Il est heureux que les lois économiques de la concurrence ne prévalent pas sur l’égale dignité des personnes humaines.

Enfin, il faut signaler l’ouverture de la CJUE vers ce qu’il est convenu d’appeler une obligation d’« aménagement raisonnable ». Le refus d’une salariée de ne pas porter le voile en contradiction avec le règlement intérieur ne doit pas conduire nécessairement à son licenciement.

Au contraire, la CJUE temporise. « Tout en tenant compte des contraintes inhérentes à l’entreprise », l’employeur doit tenter de lui proposer un autre poste de travail « n’impliquant pas de contact visuel avec ces clients ». Cet apport de l’arrêt, essentiel en pratique, a été insuffisamment souligné.

 

Alternatives économiques

Tunisie : appel au retrait d’une circulaire interdisant aux femmes d’épouser des non-musulmans

Une coalition d’associations tunisiennes a appelé lundi au retrait d’une circulaire interdisant le mariage des Tunisiennes musulmanes avec des non-musulmans, en dénonçant « une aberration » violant la liberté de conscience inscrite dans la Constitution de 2014.

« Il est aujourd’hui inadmissible qu’une simple circulaire, de valeur juridique quasiment nulle (…), commande la vie de milliers » de Tunisiennes, a martelé lors d’une conférence de presse Sana Ben Achour, juriste et présidente de l’association Beity.

Une soixantaine d’associations ont signé l’appel à retirer cette circulaire du ministre de la Justice datant de 1973, qui empêche la célébration du mariage des Tunisiennes musulmanes avec des non-musulmans.

Nécessité d’un certificat de conversion

Un certificat de conversion du futur époux est actuellement exigé pour le mariage de toute Tunisienne considérée comme musulmane et désireuse d’épouser un non-musulman -généralement étranger. Et si une Tunisienne se marie à l’étranger avec un non-musulman sans ce papier, son mariage ne peut être enregistré en Tunisie.

Les hommes tunisiens peuvent, eux, se marier avec une non-musulmane.

Il n’existe pas de statistiques fiables et précises sur le sujet mais ce texte « remet en cause un droit fondamental pour tout être humain : le choix libre du conjoint (…). Cette prohibition est une souffrance pour des milliers de Tunisiennes et leurs familles », qui sont « privées de leur droit fondamental à la sécurité juridique », déplore le collectif dans un communiqué.

Un retrait d’ici novembre 2017 ?

Pour Wahid Ferchichi, de l’Association tunisienne de défense des libertés individuelles (Adli), il est déjà problématique que la circulaire identifie ces Tunisiennes comme étant musulmanes a priori, alors qu’ « aucun certificat ne prouve la religion » en Tunisie.

Mais surtout, la circulaire est en contradiction avec la Constitution, qui prône la liberté de conscience et l’égalité entre les citoyens, a-t-il souligné.

Le collectif espère son retrait d’ici novembre 2017. Pour cela, il entend sensibiliser l’opinion publique et rencontrer les ministres de la Justice, de l’Intérieur ainsi que le chef du gouvernement. Un colloque est aussi prévu sur ce sujet.

La Tunisie, considérée comme pionnière des droits des femmes dans le monde arabe, a adopté une nouvelle Constitution en 2014, qui stipule que « citoyens et citoyennes sont égaux en droits et devoirs ».

Mais les femmes restent discriminées dans plusieurs cas, notamment en matière d’héritage, et le Code du statut personnel (CSP) désigne toujours le mari comme chef de famille.

 

Jeune Afrique

États-Unis : des juifs s’élèvent contre le lobby pro-israélien

Des centaines de juifs américains ont manifesté dimanche à Washington pour dénoncer le soutien de l’AIPAC à l’occupation israélienne. Une première.

La politique de l’État d’Israël ne fait pas l’unanimité auprès de la communauté juive des États-Unis. Voilà l’un des enseignements inattendus de la conférence annuelle de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le puissant lobby pro-israélien aux États-Unis. Pendant que près de 18 000 personnes – un record – étaient réunies dimanche à l’intérieur du centre de convention de Washington pour appeler au soutien inconditionnel de l’État hébreu, des centaines de jeunes juifs américains étaient massés devant le bâtiment pour manifester leur refus de soutenir l’occupation israélienne en territoire palestinien.

« If not now, when ? (Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?) », scandait une foule de manifestants en marchant vers le centre de conférence, en référence à la déclaration de Hillel Hazaken, dit Hillel l’Ancien, une des plus grandes figures du judaïsme. « Ce n’est pas parce qu’on est juif que notre soutien à Israël doit être inconditionnel », explique au Point Yonah Lieberman, l’un des cofondateurs d’IfNotNow, un mouvement juif américain qui se dit apolitique et à l’origine du rassemblement. « La communauté juive américaine a un rôle-clé dans le soutien à l’occupation. Or celle-ci est un cauchemar pour les Palestiniens et un désastre moral tant pour ceux qui l’administrent que pour ceux qui la soutiennent. »
« Il y a des Israéliens et des juifs qui souhaitent un ordre différent »

Jeunes et enjoués, les manifestants entonnent le refrain « nous construirons ce monde avec de l’amour » en faisant traverser des banderoles bleues censées rappeler la mer Rouge, franchie par Moïse et le peuple juif pour gagner sa liberté. Né à Tel-Aviv, Abraham Gutman est arrivé aux États-Unis à l’âge de 21 ans. « Je me sentais comme un étranger dans les milieux juifs américains, raconte-t-il. Les gens étaient tout excités à l’idée que je sois israélien, mais je les décevais en raison de mes idées politiques (opposées à celles de Netanyahu). »

Abraham Gutman, qui habite aujourd’hui à Philadelphie, n’aurait manqué ce rassemblement à Washington pour rien au monde. « Je manifeste, car l’AIPAC, une organisation de droite et de faucons, affirme parler au nom de tous les juifs. Or, en tant qu’Israélien, il était important à mes yeux de me soulever et de rejeter cette notion. Pour montrer qu’il y a des Israéliens et des juifs qui souhaitent un ordre différent, qui rejettent l’oppression et œuvrent pour la liberté et la dignité de tous. »
« Résistance juive »

La police de Washington a laissé les manifestants accéder au perron de l’édifice, où plusieurs contestataires s’enchaînent devant les portes d’entrée en verre pour en bloquer l’accès. L’un d’entre eux brandit une pancarte sur laquelle est écrit « Réclamez, réinventez, résistez ». Ce sont les mots de Doña Gracia Nasi, qui a utilisé du XVIe siècle sa fortune pour sauver les juifs de l’Inquisition. Postés en direct sur les réseaux sociaux, les clichés sont accompagnés des hashtags #JewishResistance (résistance juive) et #ResistAIPAC (résistez à l’AIPAC).

Devant un tel spectacle, plusieurs militants de l’AIPAC s’arrêtent et prennent les manifestants en photo, qui leur répondent en les saluant de la main. Certains manifestants parviennent alors à pénétrer à l’intérieur du centre de conférence, où ils déploient deux grandes bannières appelant à rejeter l’AIPAC et l’occupation. Reconduits sans ménagement par l’équipe de sécurité, les protestataires entament alors le chant de paix juif « Lo Yisa Goy ».
« Pas assez juif pour l’AIPAC »

Mais la situation s’envenime à l’extérieur, avec l’intervention d’une dizaine de membres de la Jewish Defense League (JDL, Ligue de défense juive). Portant des drapeaux de l’organisation fondée par le rabbin d’extrême droite Meir Kahane, les militants de la JDL s’en prennent, parfois violemment, aux manifestants, forçant la police à intervenir. « Ils sont venus pour nous menacer. Beaucoup d’entre eux avaient le visage couvert », raconte Abraham Gutman. « Et c’est là toute l’ironie. Rien dans le judaïsme ne peut justifier la violence contre un militant pacifiste. Pourtant, la JDL dit agir au nom du judaïsme. Et l’AIPAC affirme que je ne suis pas assez juif, car je ne soutiens pas l’oppression du peuple palestinien et que je critique Israël, qui est aussi mon pays de naissance ! Cela est insensé ! »

Dans le centre de convention, devant le vice-président américain Mike Pence, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer, se félicite que, « pour la première fois depuis de nombreuses années, peut-être des décennies, il n’y (ait) pas de décalage entre Israël et les États-Unis ». Depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, perçu comme un fervent défenseur de l’État hébreu, la colonisation israélienne a, en effet, connu une soudaine accélération malgré l’adoption en décembre d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU rappelant son caractère illégal et appelant à y mettre un terme.

 

Action limitée

Au cours du seul mois de janvier, Israël a annoncé cinq extensions de colonies portant sur plus de 6 000 logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées. Le 6 février, le Parlement israélien a adopté une loi permettant la régularisation de « colonies sauvages » en Cisjordanie, pourtant illégales au regard du droit israélien. S’il est appliqué, ce texte annihilera définitivement sur le terrain tout espoir d’État palestinien. La nouvelle administration américaine a eu beau finir par exprimer son « inquiétude » quant à la poursuite de la colonisation, elle n’a toujours pas défini de position claire sur le sujet, d’autant que le négociateur de Donald Trump sur le Proche-Orient, Jason Greenblatt, ou le nouvel ambassadeur en Israël, David Friedman, sont d’ardents défenseurs de la colonisation.

Toujours officiellement favorable à la solution à deux États, mise à mal par la poursuite effrénée de la colonisation, l’AIPAC demeure murée dans le silence sur le sujet. Mais elle n’hésite pas à fustiger toute critique de la politique israélienne aux États-Unis, et offre l’image d’une organisation œuvrant davantage pour la droite, si ce n’est l’extrême droite, israélienne que pour les intérêts de la communauté juive américaine. Si des organisations juives de gauche, comme JStreet et désormais IfNotNow, ont vu le jour pour contrer la mainmise de l’AIPAC sur leur communauté, leur action reste limitée par rapport à la force de frappe tant financière que politique du principal lobby pro-israélien.

Une réalité qui ne semble pas entamer l’enthousiasme débordant de Yonah Lieberman, de IfNotNow, mouvement qui compte quelque 1 300 membres répartis sur 10 villes. « Il est vrai que nous sommes petits », admet-il. « Mais nous venons d’organiser la plus grande manifestation juive contre l’AIPAC de l’histoire ! Et, avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et les cinquante ans de l’occupation, nous vivons un moment unique qui nous appelle à prendre des actions morales compatibles avec les valeurs juives de liberté et de dignité pour tous les peuples. » Et le jeune juif américain d’insister : « Il ne dépend que de nous de changer le statu quo. »

 

Le Point.fr

« C’est l’arbre qui cache la forêt »

Discrimination à l’embauche : AccorHotels et Courtepaille épinglés
Les deux groupes présentent « un risque élevé de discriminations », a annoncé la ministre du Travail, Myriam El Khomri. Une annonce basée sur un testing.

AccorHotels et Courtepaille ont été épinglés pour leur politique d’embauche. La ministre du Travail Myriam El Khomri a épinglé mardi ces deux groupes comme présentant « un risque élevé de discriminations » à l’embauche et n’ayant pas mis en place un plan d’action « satisfaisant » pour y remédier. La situation du groupe hôtelier et de l’entreprise de restauration « est particulièrement préoccupante », a souligné la ministre, lors d’une conférence sur les discriminations.

Son annonce est basée sur un « testing » sur les discriminations à l’embauche, lancé en 2016, à l’initiative du gouvernement, auprès de 40 entreprises de plus de 1 000 salariés. Douze d’entre elles s’étaient rendues coupables de discriminations envers les candidatures « maghrébines ». Leurs identités n’avaient pas été révélées, le temps de leur donner la possibilité de mettre en place un plan d’action.
« 122 nationalités »

Interrogé par l’Agence France-Presse, le groupe AccorHotels souligne que « 122 nationalités différentes sont représentées » dans ses « 1 635 hôtels en France ». Pour lui, « les résultats de ce testing, qui a porté sur 38 hôtels en France, étaient clairement insuffisants » et « ne reflètent pas » son engagement « en matière de diversité et d’inclusion ». De son côté, Courtepaille s’est dit « surpris d’être cité de cette manière dans ce rapport, car le groupe a été présenté en novembre comme bon élève pour le très bon travail de recrutements et de non-discrimination, notamment au sein du siège ».

 

AFP

Europe : les entreprises peuvent interdire le voile sous conditions

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu son avis mardi concernant les cas de deux femmes musulmanes licenciées en France et en Belgique.


Les entreprises privées ont le droit, sous conditions, d’interdire le port du voile à leurs salariées. Telle est la réponse donnée mardi 14 mars par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Une décision qui ne manquera pas de soulever des débats tant le sujet est sensible dans de nombreux pays européens, en particulier en France.
La Cour de Luxembourg précise néanmoins le cadre dans lequel une telle mesure peut être mise en œuvre sans être discriminatoire. Il faut en premier lieu qu’un règlement intérieur de l’entreprise prévoit l’interdiction pour les salariés de porter sur le lieu du travail des signes visibles de leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses. Il n’est pas question de pouvoir cibler une confession plus qu’une autre. Mais, poursuit la cour, si cette règle aboutit à une « discrimination indirecte », à savoir que seules les femmes musulmanes choisissant de porter le voile sont concernées par la mise en œuvre de cette règle, il faut que cela soit « objectivement justifié par un objectif légitime tel que la poursuite par l’employeur, dans ses relations avec ses clients, d’une politique de neutralité ».

C’est par la voix d’une question préjudicielle que la Cour de cassation française et son équivalent belge ont demandé à la CJUE d’interpréter la directive européenne de novembre 2000 sur la lutte contre les discriminations. Selon son article premier, la directive européenne a pour objet d’établir « un cadre général pour lutter contre la discrimination fondée sur la religion ou les convictions, [le] handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle, en ce qui concerne l’emploi et le travail, en vue de mettre en œuvre, dans les Etats membres, le principe de l’égalité de traitement ».
Principe de neutralité de l’entreprise
La Cour européenne donne ainsi raison à la justice belge qui soulevait le cas de Samira A. Elle était salariée comme réceptionniste depuis 2003 par G4S Secure Solutions, une société qui fournit des services d’accueil et de réception. Elle informe en avril 2006 son employeur qu’elle portera désormais le voile au travail. Celui-ci refuse au motif que ce serait contraire à la règle non écrite de neutralité de l’entreprise.
Peu après, G4S Secure Solutions modifie, avec l’accord du comité d’entreprise, son règlement intérieur qui précise : « Il est interdit aux travailleurs de porter sur le lieu de travail des signes visibles de leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses ou d’accomplir tout rite qui en découle ». Samira A. est licenciée. Elle poursuit son employeur pour discrimination, mais est déboutée en première instance comme en appel.
En revanche, le cas français soumis aux juges de Luxembourg était légèrement différent. Asma B., embauchée en 2008 comme ingénieure d’études chez Micropole Univers, avait été licenciée en 2009 sans préavis. Le client chez qui elle intervenait, en l’occurrence l’assureur Groupama à Toulouse, s’était plaint que le voile de la jeune femme « avait gêné un certain nombre de ses collaborateurs », avait justifié la société d’ingénierie et de conseils dans sa lettre de licenciement. Groupama avait notamment demandé « qu’il n’y ait pas de voile la prochaine fois ».

Selon Micropole Univers, il ne s’agissait pas de remettre en cause les convictions religieuses de sa salariée. Mais la société a estimé que port du voile entravait le développement de l’entreprise puisqu’il empêchait la poursuite de l’intervention chez le client. Les prud’hommes puis la cour d’appel ont indemnisé la jeune femme pour l’absence de préavis, mais ont estimé que le licenciement était fondé sur « une cause réelle et sérieuse ».
Référence dans l’ensemble de l’Union
La CJUE considère que rien ne permet de savoir si Micropole Univers impose une règle de neutralité à tous ses salariés. Elle souligne ainsi que « la volonté d’un employeur de tenir compte des souhaits du client de ne plus voir ses services assurés par une travailleuse portant un foulard islamique ne saurait être considérée comme une exigence professionnelle essentielle et déterminante au sens de la directive ». Autrement dit, les prud’hommes et la cour d’appel ont eu tort de valider le licenciement.
Au-delà des deux affaires qui étaient soumises à la CJUE, cette décision de principe servira désormais de référence pour le monde du travail dans l’ensemble de l’Union, en tout cas en ce qui concerne les entreprises privées. Mais, chaque juge national garde une marge d’appréciation, en particulier pour examiner la légitimité de l’objectif de neutralité qu’invoquerait une entreprise pour interdire à ses salariés le port de signes religieux.
Les règles sont différentes dans les entreprises publiques en France. Au nom du principe de laïcité et de neutralité, il est interdit aux travailleurs du secteur public de porter des signes ou vêtements religieux au travail. En Belgique également, les agents de l’Etat sont tenus strictement de respecter le principe de neutralité. En revanche, d’autres Etat de l’UE accordent une plus grande liberté à leurs agents, comme l’Allemagne.

Le Monde.fr

Indre : un professeur des écoles suspendu pour avoir enfreint le principe de laïcité

Un professeur des élèves des écoles de Malicornay, dans l’Indre, a été suspendu par l’inspection académique. Il aurait enfreint le principe de laïcité en abordant avec ses élèves des passages de la Bible, révèle France Bleu Berry jeudi.

Un professeur des écoles de Malicornay, dans l’Indre, a été suspendu par l’inspection académique parce qu’il aurait enfreint le principe de laïcité en abordant avec ses élèves de CM1/CM2 certains passages de la Bible, rapporte jeudi 2 mars France Bleu Berry. Une sanction très rare et très sévère, « disproportionnée », selon les syndicats et les élus des communes concernées par le regroupement pédagogique intercommunal dans lequel cet enseignant exerce.

Décision provisoire

L’affaire ne sera évoquée officiellement avec les services de l’Éducation nationale que lundi prochain, en commission académique paritaire. Mais la suspension temporaire du professeur, qui enseigne depuis deux ans à Malicornay, est déjà effective depuis lundi. Sa classe a été confiée à une remplaçante.

Il lui serait reproché d’avoir commis plusieurs entorses au principe de laïcité en enseignant à ses élèves de CM1/CM2 des passages de la Bible. L’information aurait été communiquée à l’inspection académique via une lettre signée d’un mystérieux collectif de parents d’élèves. Une inspection a été diligentée, à la suite de ce courrier, et a conduit à la suspension sans préavis du professeur. Une décision provisoire mais exceptionnelle.

Une sanction « exceptionnellement sévère »

Elle paraît même disproportionnée aux yeux de François Broggi, le maire de Badecon-le-Pin, l’une des communes du regroupement pédagogique intercommunal. Selon lui, l’enseignant, arrivé à Malicornay l’année précédente, est très apprécié de la quasi-totalité de ses élèves et de leurs parents. Il déplore que ni lui ni son homologue, le maire de Malicornay, la commune où exerce l’instituteur, n’aient été avisés de cette procédure.

L’étude de textes religieux à l’école publique demeure toutefois une démarche extrêmement sensible. Le principe de laïcité exclut l’enseignement religieux. Des passages de livres saints peuvent être étudiés mais de manière très encadrée et en évitant tout prosélytisme.

Les syndicats se montrent donc plutôt prudents face à cette affaire. Un responsable du Snuipp-FSU dans l’Indre estime que si les faits sont avérés, l’enseignant devra être « recadré ». Mais il déplore lui aussi une sanction « exceptionnellement sévère » qui ne viserait qu’à faire un exemple.

 

Franceinfo