A propos Fatima Achouri

Je suis consultante et essayiste. Spécialisée en sociologie de l’organisation et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Mes travaux portent sur les enjeux des mutations actuelles (sociales, politiques, économiques, technologiques,etc.) auprès des organisations et des individus. Je suis également formatrice et conférencière auprès des organisations publiques et privées sur la gestion du fait religieux.

Appel de 127 universitaires juifs contre une résolution LREM

Un collectif de 127 intellectuels juifs appelle mardi 3 décembre dans une tribune publiée dans le Monde, l’Assemblée nationale à s’opposer à une proposition de résolution initiée par un député LREM pour lutter contre de« nouvelles formes d’antisémitisme ». Elle suggère de reprendre la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) et d’élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme. Pour Jean-Christophe Attias, signataire et professeur titulaire de la chaire de pensée juive médiévale à l’Ecole pratique des hautes études, interrogé sur franceinfo, « cela contribue à brouiller les pistes ».

franceinfo : Pourquoi avoir signé cette tribune ?

Jean-Christophe Attias : Nous sommes nombreux et je m’en réjouis. Pour une fois, on entend en France une autre voix juive, pas seulement celle du Crif [Conseil représentatif des institutions juives de France] ou d’Israël. Nous sommes effectivement 127 à nous inquiéter de l’assimilation qui est faite par cette résolution entre antisionisme et antisémitisme. Cela contribue à brouiller les cartes. On ne sait plus qui est antisémite, qui l’est vraiment, qui ne l’est pas. On a le sentiment que l’objectif d’une telle résolution, c’est de criminaliser les expressions critiques concernant l’État d’Israël. C’est grave et cela ne résoudra pas le problème.

Pour le député LREM à l’initiative de cette résolution, il s’agit d’un instrument pour mieux décrypter la haine à l’égard des juifs. Vous n’êtes pas d’accord ?

Je ne sais pas dans quelle mesure une résolution aurait une valeur contraignante, à mon avis elle n’en a pas. Cela va peut-être inciter les juges à regarder les choses de plus près mais cela ne va pas du tout les éclairer. Il y a quelque chose de faux dans ce texte. On sent très bien derrière tout ça, la volonté de répondre aux attentes d’une certaine partie de la communauté juive et surtout aux attentes du gouvernement israélien. Benjamin Netanyahu est très clair là-dessus depuis des années : pour lui critiquer l’État d’Israël, c’est une atteinte au judaïsme.

Cette résolution est superflue, selon vous ?

La France a tout ce qu’il faut en terme d’arsenal juridique pour poursuivre, pour juger et pour condamner les propos et les actes antisémites : cela suffit. Il n’est pas nécessaire d’aller au-delà. Aller au-delà, c’est servir d’autres intérêts que ceux de la lutte globale, universelle, contre toutes les formes de racisme. L’antisémitisme émane de milieux très variés, qui ont des histoires très particulières : on le trouve à droite, à l’extrême-droite, on peut le trouver à gauche, à l’extrême-gauche. C’est un phénomène relativement facile à identifier mais en faisant entrer cette carte-là, ce critère de l’antisionisme, on rend les choses indéchiffrables. Cela me paraît tout à fait dangereux.

 

Franceinfo

Une nouvelle baisse du « denier » attendue en 2019 par l’Eglise catholique

L’Eglise catholique s’attend à une nouvelle baisse en 2019 du « denier », sa principale ressource, causée par un « environnement fiscal défavorable » pour les potentiels donateurs mais aussi par d’autres sollicitations après l’incendie de Notre-Dame de Paris, a annoncé mardi l’épiscopat.

Le « denier de l’Eglise » représente 40% des 631 millions d’euros de ressources recueillies en 2018 devant les quêtes, legs ou contributions versées lors des baptêmes, mariages ou funérailles, selon la Conférence des évêques de France (CEF). Il sert à rémunérer les 14.400 prêtres et 12.000 salariés laïcs (environ 5.600 équivalents temps plein).

En 2018, le produit de la collecte du denier a baissé de 2,4% et pour les neuf premiers mois de 2019, « on a le même genre de tendance », a déclaré Ambroise Laurent, secrétaire général adjoint de la CEF en charge des finances, lors d’une conférence de presse, sans donner de chiffre précis.

En 2018, un peu plus d’un million de donateurs ont contribué au denier, soit 30% de moins qu’en 2008, avec un montant moyen de don qui a fortement augmenté depuis 10 ans, de 243 euros. L’année dernière, 248 millions d’euros ont été recueillis (hors legs).

Trois phénomènes expliquent le recul de 2019, selon la CEF: d’abord un « environnement fiscal et social défavorable », avec le recul des dons ISF – à cause de la suppression de cet impôt -, le prélèvement à la source et la hausse de la CSG qui provoquent, comme en 2018, une « perte de repères » chez les potentiels donateurs.

Autre facteur: « les catholiques ont été hyper sollicités par (…) la collecte pour reconstruire la cathédrale » Notre-Dame de Paris, après l’incendie du 15 avril, a affirmé M. Laurent.

Enfin, l’annonce par l’épiscopat en novembre de la future mise en place en 2020 d’un dispositif forfaitaire de reconnaissance de la souffrance des victimes d’actes pédocriminels au sein de l’Eglise, supporté par un fonds de dotation abondé par la générosité du public, a ajouté « perplexité » et « confusion » chez les catholiques, selon M. Laurent.

Une fois créé, ce fonds sera « ouvert pour donner à ceux qui le veulent la possibilité de donner » mais « il n’y aura pas d’appels au grand public », selon la CEF. Cela se fera « sous formes d’actions locales au plus près des paroisses ».

La CEF met en place à partir du 17 et jusqu’au 31 décembre une campagne de communication (spots, visuels, campagne digitale, plateforme unique et directe…).

Selon elle, 45% du denier est collecté au dernier trimestre de l’année, et particulièrement en décembre.

 

Notre temps

 

 

Comment l’Etat veut mener « l’offensive républicaine » contre l’islamisme et le repli communautaire

L’Etat, sous l’ère Macron, fait désormais de la lutte contre l’islamisme et le communautarisme un des axes centraux de sa politique. En ce sens, le ministre de l’Intérieur a réuni, jeudi 28 novembre, tous les préfets de France pour leur dévoiler les grandes lignes d’une nouvelle circulaire visant à étendre à l’ensemble du territoire l’offensive menée depuis février 2018 dans 15 quartiers particulièrement touchés par le phénomène de radicalisation.

La détermination et la fermeté étaient au rendez-vous. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a réuni 125 préfets, jeudi 28 novembre, pour un séminaire consacré à « la lutte contre l’islamisme et le repli communautaire ». Les grandes lignes d’une circulaire visant à accroître la surveillance de l’islamisme ont ainsi été dévoilées à cette occasion.

La présence, Place Beauvau, de quatre membres du gouvernement – les ministres de la Justice et de l’Education nationale, Nicole Belloubet et Jean-Michel Blanquer, ainsi que les secrétaires d’Etat chargés de la Cohésion des territoires et de l’Egalité hommes-femmes, Julien Denormandie et Marlène Schiappa – montre la haute importance du combat que porte désormais le gouvernement. Une lutte menée avec le concours du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), dirigé depuis octobre par Frédéric Rose.


« L’islamisme est le pire ennemi de l’islam »

« L’heure n’est plus aux pudeurs ni aux faux-semblants. Disons-le franchement (…) : la radicalisation et le terrorisme sont les symptômes les plus graves d’un mal plus profond qui touche trop de nos quartiers »,a d’emblée déclaré, sur un ton résolument ferme, Christophe Castaner, en désignant alors « l’islamisme et le communautarisme ». Mais qu’entend le ministre en parlant de l’islamisme alors que, rappelle-t-on, ce concept n’a « pas de définition juridique précise » ?

« L’islamisme, c’est un projet politique anti-démocratique et antirépublicain, qui place la loi de Dieu – ou celle de ceux qui la détournent à leur profit – au-dessus des lois de la République. C’est un contre-projet de société, communautaire, autoritaire, inégalitaire », déclare le ministre, qui prend soin de le « distinguer de l’islam qui, comme les autres cultes qui acceptent nos lois et nos valeurs, a sa place en République ».

« Je veux même aller plus loin. L’islamisme est le pire ennemi de l’islam. Il crée volontairement des confusions et des antagonismes. L’islamisme n’est pas une religion, il l’utilise et la dévoie », poursuit-il. L’islamisme et le communautarisme remettent en cause, selon le ministre, « l’indivisibilité de la République », « la laïcité » ou encore « l’égalité entre les femmes et les hommes », « des atteintes graves à notre pacte républicain, des atteintes considérables à nos valeurs les plus profondes ».


Les accusations d’islamophobie balayées par le ministre

Les préfets, présentés comme des « vigies républicaines », ont ainsi été appelés à faire du combat contre l’islamisme et le communautarisme « une mission prioritaire » afin d’empêcher la formation d’une « France archipel », « où l’on ne se connaît plus, où on ne se parle plus, où chacun vit de son côté ».

« Cet engagement ferme ne sera pas exempt de critiques », prévient Christophe Castaner, balayant d’ores et déjà les accusations « d’islamophobie ».

« Par idéologie ou par ignorance, certains minimisent la réalité des atteintes à notre pacte républicain, les enfants déscolarisés et la haine professée. Ils s’abritent alors derrière un argument d’apparence imparable : ils nous accusent d’islamophobie. Ne les laissons pas se déguiser en victimes », affirme le ministre de l’Intérieur. « La haine en France, d’où qu’elle vienne n’a pas le droit de cité. Et cette haine n’a rien à voir avec l’islam. »


Une « mission prioritaire » étendue à l’ensemble du territoire

La circulaire, qui a été signé ce jeudi 28 novembre par le ministre, vient prolonger et élargir les actions menées depuis février 2018 dans 15 quartiers qui ont été définis comme « particulièrement sensibles »car touchés par le phénomène de radicalisation. Au total, ce sont 1 030 contrôles d’établissements recevant du public, comme des débits de boissons, des établissement culturels ou sportifs, des écoles hors contrats ou des lieux de culte qui ont été menés avec, à la clé, « 133 débits de boissons, 13 lieux de culte, 4 écoles et 9 établissements culturels » fermés. Toutefois, ces fermetures n’ont pas été motivées pour « islamisme » ou « communautarisme » mais pour « non-respect de la réglementation », indique-t-on au ministère.

Aussi, l’Etat a « attaqué le mal au porte-monnaie » avec 7 083 opérations de contrôle contre l’économie souterraine menées, permettant un redressement de plus de 17 millions d’euros. « Ce sont autant de victoires pour la République, mais le combat ne s’arrête pas là. Il doit au contraire s’intensifier », souligne Christophe Castaner, qui a donc décidé d’étendre ces mesures à l’ensemble du territoire.

 

Aux préfets, « toutes les options vous sont ouvertes »

Les réponses que souhaite apporter l’Etat contre l’islamisme sont multiples. « Dès qu’il existe des doutes sur un lieu ou sur une association, je vous demande de ne pas hésiter à réaliser des inspections, des contrôles. Et si des manquements sont établis, je vous demande de décider des fermetures administratives sans hésiter », indique-t-il, en citant « certains lieux de culte, (…) écoles et centres culturels et sportifs (…) qui se transforment en incubateur de haine ». Sont aussi citées par le ministre des « débits de boissons qui deviennent des lieux de rassemblement islamiste ».

Des cellules départementaux des services de l’État dont la mission sera « d’avoir une connaissance parfaitement fine des réseaux sociaux, économiques, religieux, sportifs et culturels des personnes suivies au titre de la radicalisation à caractère terroriste » sont appelées à être mise en place. « L’idée est claire : avoir une cartographie précise et savoir les lieux que nous devons suivre et contrôler. »

« Il peut s’agir de contrôle de la réglementation en matière d’établissement recevant du public ou d’hygiène, de contrôle de la réglementation des activités sportives, de contrôle de la réglementation de l’accueil des mineurs ou de lutte contre les fraudes. Toutes les options vous sont ouvertes et je compte sur vous pour mener ces opérations », déclare-t-il à l’adresse des préfets, qui sont également incités à signaler « systématiquement » les « faits ou comportements susceptibles de constituer des infractions pénales ».

Les préfets, avec le concours des maires et des élus locaux, ont aussi été appelés à faire « un suivi extrêmement rigoureux et vigilant de la déscolarisation », « la lutte contre les stratégies d’évitement scolaire (devant) être prioritaire ». « Votre seul programme, c’est notre devise républicaine. (…) Je pense notamment à notre exigence d’égalité. L’égalité, c’est l’une des premières victimes de l’islamisme et ce sont souvent d’abord les femmes qui en subissent les conséquences. Je ne peux pas le supporter. Nous ne pouvons pas, collectivement, l’accepter. Nous devons donc prendre les mesures nécessaires », appuie le ministre de l’Intérieur, qui fait valoir la détermination du gouvernement à mener, à quelques mois des élections municipales en mars 2020, une « offensive républicaine » contre l’islamisme et le repli communautaire.

Saphirnews

Vesoul : une religieuse privée d’une place dans une maison de retraite en raison de son voile

Une maison de retraite de Vesoul (Haute-Saône) a refusé d’attribuer une place à une religieuse catholique parce qu’elle porte le voile et l’habit. Ce refus a été signifié en juillet dernier mais il a été rendue public en ce mois de novembre, au travers d’un édito rédigé par le curé de Vesoul dans le bulletin paroissial.

Celui-ci a dénoncé, selon France Bleu Besançon, une « christianophobie », estimant que le voile d’une religieuse « n’est pas le signe d’une soumission, mais d’une consécration ».

 

Un refus motivé par « la laïcité »

La religieuse, qui a passé toute sa vie dans un couvent de la Drôme, avait décidé de revenir dans sa région d’origine, en Haute-Saône, pour ses vieux jours. Après avoir pris contact, en octobre 2018, avec le Foyer logement de Vesoul, géré par le Centre communal d’action sociale (CCAS), elle dépose une demande mais, à son arrivée dans la commune en janvier 2019, elle apprend qu’elle est sur liste d’attente. La paroisse l’héberge au presbytère en attendant qu’une place se libère.

Au mois de juillet, le CCAS de Vesoul l’informe que sa demande a été acceptée et qu’une proposition de logement va lui être faite… à la condition qu’elle retire son habit religieux et son voile. « Dans le respect de la laïcité tout signe ostentatoire d’appartenance à une communauté religieuse ne peut être accepté en vue d’assurer la sérénité de toutes et de tous », fait part le CCAS dans le courrier.

La religieuse refuse de se plier à ces conditions et finit par trouver un logement avec l’aide de la paroisse via une agence immobilière. Sauf que cette femme, qui a passé sa vie en communauté, se retrouve seule dans un appartement à devoir être autonome pour faire ses courses et se faire à manger, ce qui révolte la paroisse. La religieuse a mal vécu cet épisode, « elle a eu un sentiment de rejet ».

 

Une affaire qui illustre « une dérive » du principe de laïcité

Contacté par France Bleu, le président du CCAS de Vesoul estime que l’affaire est aujourd’hui « classée ». « La religieuse a refusé la place qui lui était proposée, elle n’a pas voulu accepter le règlement intérieur qui est le même pour tout le monde », indique-t-on.

« Cette religieuse catholique a le droit de porter un voile chez elle et dans la résidence. La laïcité n’impose la neutralité qu’à l’administration et ceux qui exercent un service public », rappelle via Twitter le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène, qui déplore « une dérive visant à neutraliser tout le monde en tout lieu, ce qui s’oppose à la laïcité ».

Saphirnews

Communautarisme : Macron promet des « mesures concrètes dans les prochaines semaines »

Devant le congrès des maires de France, Emmanuel Macron a promis, « dans les prochaines semaines », des mesures contre le communautarisme mais a pris ses distances en revanche avec une interdiction des listes communautaires aux prochaines municipales de 2020.

Devant les maires de France réunis pour leur 102ème congrès ce mardi, le Président de la République a réservé une partie de son discours à la problématique du communautarisme. « Je ne peux rester silencieux sur le communautarisme, sur l’islamisme politique. Je ne veux rien cacher d’une réalité que beaucoup d’entre vous vivent. Dans certains quartiers des projets de séparation de la république existent, il y a des espaces publics où la mixité n’est plus possible. Revendications sur les horaires réservés aux femmes dans les piscines, pressions exercées dans certains services publics, déscolarisation d’enfants … A chaque fois les maires sont en première ligne.  » a déclaré le Président.

12 lieux de culte, 5 écoles hors contrat et 9 lieux associatifs fermés

« L’état agit et continuera d’agir. Les lois ont été prises et les actions conduites, notamment par le ministre de l’Intérieur et de l’Education Nationale. » Emmanuel Macron a notamment détaillé les résultats concrets obtenus par ces mesures : 12 lieux de culte, 4 écoles hors contrat, 9 lieux associatifs fermés ces derniers mois. « Le ministre de l’intérieur donnera des instructions nouvelles aux préfets dans les prochains jours et le gouvernement donnera des mesures concrètes sur le sujet dans les prochaines semaines », a-t-il ensuite ajouté.

Ne pas confondre la laïcité, la civilité et l’ordre public

« Je veux nous appeler à ne pas tout confondre. Si tout le monde est mobilisé dans ce grand combat républicain qu’est la laïcité, on confond bien souvent la laïcité, la civilité et l’ordre public », a commencé le Président de la République. Il a ensuite fait une longue déclaration, faisant référence sans le nommer à la mère d’élève voilée et humiliée lors d’une sortie scolaire par un élu RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en octobre dernier.

« La laïcité a son cadre : la loi de 1905. C’est un cadre de liberté et de respect, de croire et de ne pas croire. Un cadre de neutralité mais en aucun cas un cadre d’exclusion. Se servir de la laïcité pour monter une part de la société française contre une autre serait une lourde erreur historique » a déclaré Emmanuel Macron  « Ce cadre faisons-le respecter et appliquer partout ! Mais faisons-le avec l’esprit de République qui unit et non l’esprit de division… il est inefficace. »

Interdire les listes communautaires ne suffira pas à résoudre le problème

Emmanuel Macron a ensuite abordé la question très actuelle des listes communautaires. « Je suis pragmatique et ouvert à toutes les propositions, si elles sont efficaces et qu’elles respectent nos principes. J’appelle à la prudence, pas celle qui empêche l’action mais celle qui nous conduit à étudier les conséquences de nos propositions. Il ne s’agit pas seulement de proclamer des interdictions pour régler le problème », a-t-il assuré, soulignant la difficulté de les identifier.

« Ceux qui ont des projets de séparation d’avec la République se cachent et se dissimulent, mais je sais que je peux compter sur les maires de France pour les débusquer et les combattre, pour fermer les associations et les écoles qui ne répondent pas exactement aux principes républicains ».

 

LCI

La répression, le coût trop élevé des réformes sociétales en Arabie Saoudite dénoncé

L’Arabie Saoudite n’en finit pas d’être épinglée par des associations de défense des droits humains, parmi lesquels Human Rights Watch. Malgré d’importantes réformes sociales menées ces dernières années sous l’autorité du prince héritier Mohammed Ben Salmane, celles-ci ont été « accompagnées d’une répression accrue et de pratiques abusives visant à réduire au silence les dissidents et les détracteurs du gouvernement », a signifié l’ONG dans un récent rapport.

« Le prix élevé du changement : la répression sous le régime du prince héritier saoudien entache ses réformes. » C’est dans ce document de 62 pages, rendu public début novembre, que Human Rights Watch (HRW) pointe du doigt le revers peu flatteur des réformes sociétales, bénéficiant particulièrement aux femmes et aux jeunes, que Mohammed Ben Salmane (MBS) met en place depuis son ascension au rang de prince héritier en 2017. L’ONG dénonce ainsi la poursuite en Arabie Saoudite, depuis 2017, « de pratiques arbitraires et abusives de la part des autorités saoudiennes, visant des dissidents et des activistes, ainsi que la totale impunité dont bénéficient les responsables de ces abus ».

« Mohammed Ben Salmane a permis la création d’un secteur de loisirs et à autoriser les femmes à voyager et à conduire, mais sous sa supervision, les autorités saoudiennes ont également emprisonné un grand nombre des principaux intellectuels et activistes réformistes du pays, dont certains avaient précisément milité en faveur de ces changements », déplore Michael Page.

Si le royaume saoudien, qui ouvre son territoire au tourisme, voulait réellement être réformiste, il « ne soumettrait pas ses principaux activistes à des actes de harcèlement, à la prison et aux mauvais traitements », note le directeur adjoint de la branche au Moyen-Orient de HRW.

 

Un Etat de droit qui peut être « remis en cause à volonté »

Sur la base d’entretiens avec des dissidents saoudiens, de documents judiciaires, des déclarations officielles et de l’analyse des médias mainstream et sociaux, HRW a été en mesure d’avancer que les autorités mobilisent tous leurs moyens pour écarter toute personne susceptible de devenir un obstacle à l’ascension au trône de MBS. Ainsi, « la persistance des abus démontre que l’État de droit demeure fragile en Arabie Saoudite et qu’il peut être remis en cause à volonté par les dirigeants politiques du pays », indique HRW.

En ce sens, des religieux et des intellectuels très réputés, des activistes des droits humains, des hommes d’affaires et des membres de la famille royale soudainement accusés de corruption, sont passés par les geôles saoudiennes depuis 2017, pour beaucoup sans en sortir à ce jour. Des campagnes d’arrestations qui ont souvent été « accompagnées de campagnes de diffamation et de dénigrement des personnes arrêtées, dans les médias pro-gouvernementaux du pays ».

« L’arrestation de citoyens pour avoir critiqué pacifiquement la politique du gouvernement ou milité en faveur des droits humains n’est pas une nouveauté en Arabie saoudite, mais ce qui distingue les vagues d’arrestations survenues depuis 2017, c’est le nombre et la diversité des personnes visées durant une courte période, ainsi que l’apparition de nouvelles pratiques répressives », indique HRW, citant des gardes à vue arbitraires pour de longues périodes, « deux ans dans certains cas, sans inculpation, ni procès », l’extorsion de fonds en échange de la remise en liberté de détenus, « hors de tout processus légal », et la recherche de condamnations à mort « pour des actes qui n’ont rien à voir avec des crimes identifiables ».

L’aspect répressif de l’action du prince héritier n’a pas reçu une grande attention de la part de la communauté internationale jusqu’en octobre 2018, après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, qui avait alors sérieusement écorné l’image de MBS. Cependant, il n’est encore que peu sanctionné dans les faits par les Etats, l’Arabie comptant encore de nombreux (et puissants) alliés, en particulier parmi les pays occidentaux.

« Il ne s’agit pas de vraies réformes si elles se produisent dans une dystopie où les activistes des droits humains sont emprisonnés et où la liberté d’expression n’existe que pour ceux qui les dénigrent ouvertement », a souligné Michael Page. Son organisation appelle l’Arabie Saoudite à manifester son engagement pour les droits humains en libérant les prisonniers politiques, en abandonnant les accusations fallacieuses formulées contre des dissidents, en rendant justice pour les abus tels que la torture ou les sanctions arbitraires et en mettant en place des réformes garantissant les libertés d’expression, d’association et de réunion, ainsi qu’un système judiciaire indépendant.

Saphirnews

Attaque au couteau lors d’un spectacle musical en Arabie saoudite

Trois membres d’une troupe de théâtre sont dans un état stable après avoir été poignardés sur scène lundi à Riyad. C’est la première attaque du genre depuis la mise en place d’un plan de promotion du divertissement par les autorités.

Trois personnes ont été blessées, lundi 11 novembre, dans une attaque au couteau à Riyad alors qu’elles participaient à un spectacle musical, a rapporté la télévision d’État saoudienne. « La police de Riyad a arrêté un résident arabe en possession d’un couteau, après qu’il a poignardé deux hommes et une femme faisant partie d’une troupe de théâtre », a indiqué la chaîne Al-Ekhbariya, précisant que les blessés étaient dans un état stable.

Selon des images de la télévision d’État, l’homme s’est rué sur la scène pour attaquer les comédiens, vêtus de costumes. La télévision n’a pas précisé la nationalité de l’assaillant, mais le journal progouvernemental Okaz a avancé qu’il s’agissait d’un Yéménite de 33 ans, en citant la police de la capitale.

« Vision 2030″

C’est la première attaque du genre depuis la mise en place d’un plan de promotion du divertissement par les autorités auprès des citoyens saoudiens. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane souhaite débarrasser l’Arabie saoudite de son image de pays ultraconservateur avec l’autorisation de conduire pour les femmes, la réouverture de salles de cinéma, des concerts mixtes et autres spectacles.

Des stars internationales comme la chanteuse américaine Janet Jackson, le rappeur américain 50 Cent ou encore le groupe sud-coréen BTS se sont ainsi déjà produites sur une scène saoudienne, chose inimaginable il y a encore deux ans.

Le développement de l’industrie du divertissement mais aussi du tourisme fait partie du plan « Vision 2030 » du prince héritier, qui vise à diversifier l’économie du royaume ultradépendant du pétrole.

Mais ces réformes ont entraîné la crispation des plus conservateurs. Cette année, des militants des droits de l’Homme ont annoncé l’arrestation du religieux Omar al-Muqbil pour avoir critiqué l’organisme chargé du plan de promotion du divertissement, affirmant que les concerts qu’il organisait étaient en train « d’effacer l’identité originale de la société saoudienne ».

 

France 24- AFP

Tourisme : l’opération séduction de l’Arabie saoudite

Le Royaume a lancé une vaste campagne de communication destinée à inviter les touristes à découvrir un pays qui s’affranchit parfois du respect des droits de l’homme.

L’affiche ressemble à n’importe quelle autre publicité pour un club de vacances dans un pays exotique. Placardée sur la façade d’un immeuble haussmannien au coeur des grands boulevards parisiens, un archipel exotique bordé d’eaux turquoises vous invite à découvrir… l’Arabie saoudite. Une destination inédite tant le Royaume du Golfe est historiquement fermé aux touristes mais aussi régulièrement accusé d’atteintes aux droits de l’homme. L’ONG Reporters sans frontières n’a d’ailleurs pas manqué de signaler que l’installation de cette réclame XXL, au début du mois d’octobre, tombait presque jour pour jour après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, tué et démembré par des agents de Riyad au sein du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

RSF a saisi la justice française la semaine dernière pour obtenir, en vain, le retrait de l’affiche au nom d’une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine. « A notre connaissance, 32 journalistes sont incarcérés dans ce pays. On ne peut laisser croire à tous les passants que l’Arabie saoudite est un paradis désertique en faisant fi des oppressions quotidiennes », dénonce Christophe Deloire, journaliste et secrétaire général de RSF.

Entre 50 et 100 milliards d’euros investis

Ryad prend le pari malgré tout. L’Arabie saoudite a annoncé fin septembre qu’elle allait délivrer pour la première fois des visas de tourisme, ouvrant ses portes aux vacanciers de 49 pays. Pour les convaincre que le Royaume est une destination de rêve, le prince héritier Mohammed Ben Salman compte sur l’expertise française. Sa visite officielle en France, il y a plus d’un an, avait abouti à un partenariat pour développer le parc touristique saoudien, notamment à Al-Ula, site millénaire classé par l’Unesco, afin d’y développer les infrastructures adaptées. Le montant total de l’investissement est estimé entre 50 et 100 milliards d’euros. Depuis, la langue de Molière se fait de plus en plus entendre dans le désert. Une agence de développement destinée à piloter le projet d’Al-Ula a été créée avec sa tête Gérard Mestrallet, ex-PDG d’Engie. Sans surprise, c’est Jean Nouvel, le plus célèbre des architectes français, qui est à la manoeuvre pour dessiner un futur « resort » troglodyte à la lisière du site. Sur place, des prestigieuses écoles françaises s’efforcent à former la population locale aux métiers de la gastronomie et de l’hôtellerie tandis qu’à Djeddah, plus au sud, l’Opéra de Paris travaille à l’édification du premier équivalent saoudien. Le tout sera mis en avant par les plus grandes agences de communication de la place parisienne – Publicis, Havas, Image 7 et DGM conseil – qui ont toutes signé de juteux contrats pour améliorer l’image controversée du Royaume dans l’Hexagone.

Expo à l’institut du monde arabe

Sur la très chic place Vendôme à Paris, c’est une autre imposante affiche aux allures de conte des Mille et Une Nuits qui appelle à découvrir les ruines d’Al-Ula. L’Institut du monde arabe a d’ailleurs ouvert une exposition autour de l’oasis et ses sanctuaires creusés dans la roche. Jack Lang, le président de l’établissement, avait été invité sur le site il y a cinq ans, avant que le pays entame son ouverture internationale.

« Lorsque j’ai été sollicité en 2017 par la Commission royale pour Al-Ula à réfléchir aux moyens pour mettre en avant le site, j’ai proposé une exposition pour faire découvrir ses merveilles archéologiques », nous raconte l’ancien ministre de la culture. « Le développement du tourisme suppose aussi que le pays soit moins rigoriste et les effets sont déjà visibles pour les femmes et la jeunesse saoudienne », ajoute-t-il. Néanmoins, l’image de l’Arabie saoudite reste associée pour beaucoup à la répression. Sadiq Khan, le maire de Londres, a décidé de bannir toutes les affiches de publicité provenant de pays qui ne respectent pas les droits des personnes LGBT, dont l’Arabie saoudite, où l’homosexualité est considérée comme un crime.

 

L’Express- L’Expansion

Abus sexuels dans l’Eglise : Les évêques de France votent le principe d’une « somme forfaitaire » pour les victimes

Les évêques de France ont voté samedi en faveur d’une « somme forfaitaire » destinée à la « reconnaissance de la souffrance » des victimes des prêtres pédocriminels lorsqu’elles étaient mineures, a annoncé à la presse Eric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France (CEF). Les évêques ont voté « très largement », selon lui, ce dispositif dont le montant n’a toutefois pas été annoncé.

Les évêques, réunis à Lourdes (Hautes-Pyrénées), ont assuré ainsi reconnaître l’« agression subie », mais aussi le « silence, la négligence, l’indifférence, l’absence de réaction, de mauvaises décisions ou des dysfonctionnements au sein de l’Eglise », a-t-il dit, parlant de « manquements d’ordres divers au sein de l’Église ». Ce n’est « ni une indemnisation qui dépend de la justice de notre pays ou de la justice canonique, ni une réparation », a expliqué Eric de Moulins-Beaufort.

Montant définitif en avril prochain

Son montant sera proposé aux évêques lors de leur prochaine rencontre à Lourdes en avril prochain, tout comme le fonds de dotation spécifique, qui permettra de verser le forfait. Le versement interviendra donc à la suite de cette rencontre. Les victimes d’agressions concernées sont celles pour lesquelles les faits sont prescrits. Pour celles dont les dossiers judiciaires sont encore en cours, le versement interviendra après. « Chaque évêque prendra l’initiative de renouer avec les personnes victimes qu’il connaît » pour leur proposer ce forfait.

Le fonds de dotation sera alimenté par un financement « auprès des évêques, des prêtres coupables quand ils sont vivants, et des fidèles qui voudront bien venir nous aider », a-t-il souligné, « mais cela ne peut être qu’une démarche volontaire des fidèles », selon le président de la CEF.

 

AFP

Deux ex-employés de Twitter sont poursuivis pour espionnage au profit de l’Arabie saoudite

La justice américaine poursuit deux ex-employés de Twitter pour espionnage au profit de l’Arabie saoudite. Ils auraient profité de leur position dans l’entreprise pour accéder aux données personnelles de milliers de membres du réseau social, dont des opposants au régime.

L’affaire est particulièrement gênante pour Twitter. Aux États-Unis, deux anciens employés du réseau social sont poursuivis en justice parce qu’ils sont soupçonnés d’avoir agi pour le compte d’une puissance étrangère, en l’occurrence l’Arabie saoudite, rapporte le Washington Post le 6 novembre. Les deux suspects, un Américain et un Saoudien, auraient profité de leur position dans la société pour espionner des membres du site communautaire, en particulier des opposants au régime de Riyad.

Bien que cette opération d’espionnage se soit déroulée dans un temps plutôt bref, entre fin 2014 et le printemps 2015, elle a permis de cibler des milliers d’individus, d’après David L. Anderson, le procureur pour le nord de la Californie. Il est reproché aux deux hommes d’avoir « exploité les systèmes internes de Twitter pour obtenir des informations personnelles ». Le suspect américain n’aurait visé que 3 profils, mais son ex-collègue saoudien en aurait, lui, ciblé plus de 6 000.

Une seule arrestation

Cependant, seul un des deux individus a pu être interpellé par les autorités. Il s’agit de l’Américain, lorsqu’il se trouvait à Seattle. Il officiait chez Twitter comme responsable des partenariats avec les médias. Le Saoudien, lui, travaillait comme ingénieur missionné pour garantir la fiabilité du site. Il se trouverait aujourd’hui en Arabie saoudite et, si c’est le cas, il est extrêmement improbable de penser que Riyad accepte d’extrader l’un de ses nationaux — cette posture s’est vue lors de l’affaire Jamal Khashoggi.

Les autorités américaines soupçonnent également un troisième individu d’être impliqué dans cette affaire. Celui-ci, de nationalité saoudienne, ne travaillait pas pour Twitter, mais aurait servi d’intermédiaire entre le gouvernement saoudien et les deux taupes. Poursuivi du même chef d’accusation d’espionnage, il se trouverait lui aussi quelque part dans le royaume wahhabite. Là encore, la perspective d’une arrestation et d’une extradition vers les USA semble illusoire.

« Nous ne permettrons pas que les entreprises américaines ou la technologie américaine deviennent des outils de répression étrangère en violation de la loi américaine », a réagi David L. Anderson. Surtout, l’affaire pose la question de la manière dont Twitter protège les données de ses membres et de quelle façon elle déploie des garde-fous pour éviter des abus en interne, avec des employés profitant de leurs privilèges techniques pour accéder à des informations qui devraient rester hors de leur portée.

Cloisonnement insuffisant ?

En principe, Twitter a des procédures internes pour cloisonner les accès. C’est ce qu’a confirmé un porte-parole du groupe au Washington Post : « Nous comprenons les risques incroyables auxquels font face de nombreuses personnes qui utilisent Twitter pour partager leurs points de vue avec le monde et demander des comptes à ceux qui sont au pouvoir. Nous avons des outils en place pour protéger leur vie privée et leur capacité d’accomplir leur travail essentiel ».

Cependant, il n’en demeure pas moins que le réseau social est susceptible d’accéder, dans des cas particuliers, à des données sensibles. Cela peut se justifier dans des cas où il y a des demandes dans le cadre d’enquêtes judiciaires ou administratives par exemple, où en cas de péril imminent, comme une menace de suicide. En principe, ces accès sont restreints « à un groupe limité d’employés formés et contrôlés ». De toute évidence, les mailles étaient trop lâches.

Numerama