A propos Fatima Achouri

Je suis consultante, spécialisée dans l’analyse et la gestion du fait religieux. Face à la mondialisation du travail, de plus en plus d’entreprises embauchent des personnes immigrantes ou issues de minorités visibles. Spécialisée en sociologie de l’organisation et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Je propose mon expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public (Loi de 1905) et du privé, et je vous accompagne sur ces thématiques. Je suis également conférencière (organisations publiques et privées ) sur l’islam et la société, en particulier sur la présence des musulmans dans l’organisation.

Israël : les discriminations historiques à l’égard des juifs marocains mises à nue

Israël s’apprête à ouvrir ses archives sur le traitement réservé aux juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans les premières années qui ont suivi la création de l’État en 1948. Une histoire qui pousse la société israélienne à regarder en face le racisme qui la traverse et dont les juifs marocains sont largement victimes.

Les archives concernant le traitement réservé par Israël aux juifs d’Afrique du Nord lors de leur installation en Israël dans les années 1950 vont être rendues publiques. La ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked, qui est également à la tête du comité sur les archives de la Knesset, l’a affirmé au journal israélien Haaretz, le 11 mars, quelques jours après la diffusion du documentaire « The Ancestral Sin » (« Le pêché ancestral ») sur la chaîne Reshet 13, qui a fait grand bruit dans le pays.

 

Un mouvement d’ouverture des archives

Dans ce film, le réalisateur David Deri – lui-même un Israélien d’origine marocaine – livre une série de témoignages et de documents jusque-là inédits qui « révèlent une méthode, une idéologie et une pratique cruelle » dans la mise en place des politiques de « dispersion de la population » dans les années qui ont suivi la création d’Israël.

Différentes institutions, notamment l’Agence Juive, organisme semi-public chargé de l’immigration, auraient eu des comportements discriminants à l’égard des Nord-Africains, et des Marocains en particulier, qui ont longtemps vécu dans des camps de transit où sévissaient malnutrition, insécurité et maladies.

Dans la foulée des déclarations de sa ministre de la Justice, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé qu’il comptait numériser et mettre en ligne les archives concernant l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord en Israël. Le 21 mars, Haaretz assurait que le cabinet de la Primature commençait à plancher sur une éventuelle levée de fonds pour cette mission.

Les Archives de l’État ont de leur côté assuré, le 20 mars, qu’elles commençaient à localiser les documents en question. Et pour faire bonne mesure, elles ont rendu public un premier document, daté de 1957. Le ministre du Travail d’alors remarquait que les logements sociaux bâtis pour permettre aux Nord-Africains et Moyen-Orientaux de quitter les camps de transit avaient été donnés aux « immigrants blancs ».

« Du bateau à la zone de développement »

Dans un rapport pour l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations, l’historienne marocaine Hanane Sekkat a documenté la politique gouvernementale israélienne à l’égard de ceux qu’on appelait alors les « Mizrahi », les juifs orientaux, ou Sépharades. Le leitmotiv des autorités est alors clairement édicté : « Du bateau à la zone de développement ».

Pendant les années 1950 et 1960, environ 250 000 juifs ont quitté le Maroc pour rejoindre Israël, avec des pics par période – ils seront 80 000 entre 1961 et 1964. Pour le gouvernement israélien d’alors, le but était de « procéder au peuplement de toutes les régions », « d’accélérer la colonisation des zones acquises » en 1948, « d’assurer la sécurité le long des frontières avec les pays arabes » et « d’éviter une concentration sur les zones côtières riches », liste l’historienne.

Les citoyens d’origine marocaine en Israël sont un peu plus de 800 000. C’est la deuxième communauté, derrière les juifs russes

Les populations sont envoyées là où elles seront, selon les critères des autorités israéliennes, les plus utiles à atteindre ces objectifs. « Afin d’exploiter au mieux les régions montagneuses, il est préférable d’y implanter de simples paysans », expose, par exemple,  un responsable de l’Agence Juive de l’époque.

Émergence du débat

L’irruption, aujourd’hui, du débat sur les conditions d’arrivée des juifs Nord-Africains, n’est pas un hasard, selon Perla Cohen, sociologue et historienne chargée de mission auprès du président des communautés juives du Maroc, qui y voit le signe de « l’arrivée de Marocains de deuxième et troisième génération à des postes clés dans l’appareil d’État, l’armée, le Parlement, la recherche et la classe politique ».

En Israël, « chleuh », le mot qui désigne au Maroc les Amazighs du sud, est utilisé en argot pour dire ‘primitif’

La récente élection à la tête du Parti travailliste de Avi Gabbay, d’origine marocaine ou encore l’accroissement du nombre de députés issus de familles originaires du Maroc sont autant de signes de cette montée en puissance de cette population. Celle du Shass, parti ultra-orthodoxe et traditionnellement sépharade fondé dans les années 1980, en est un autre. Son président, Aryé Dery, actuel ministre de l’Intérieur, est un natif de Meknès. Selon l’historienne, Benyamin Netanyahou, en difficulté, a aujourd’hui besoin de s’adresser à l’importante communauté juive arabe.

« Il ne faut pas oublier que les citoyens d’origine marocaine en Israël sont un peu plus de 800 000. C’est la deuxième communauté, derrière les juifs russes », précise Kamal Hachkar, réalisateur du documentaire Tinghir-Jerusalem, Les échos du Mellah (sorti en 2011), qui retrace le parcours de juifs ayant quitté le village amazigh de Tinghir pour l’État hébreu dans les années 1950.

Israël s’apprête à ouvrir ses archives sur le traitement réservé aux juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans les premières années qui ont suivi la création de l’État en 1948. Une histoire qui pousse la société israélienne à regarder en face le racisme qui la traverse et dont les juifs marocains sont largement victimes.

Les archives concernant le traitement réservé par Israël aux juifs d’Afrique du Nord lors de leur installation en Israël dans les années 1950 vont être rendues publiques. La ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked, qui est également à la tête du comité sur les archives de la Knesset, l’a affirmé au journal israélien Haaretz, le 11 mars, quelques jours après la diffusion du documentaire « The Ancestral Sin » (« Le pêché ancestral ») sur la chaîne Reshet 13, qui a fait grand bruit dans le pays.

Un mouvement d’ouverture des archives

Dans ce film, le réalisateur David Deri – lui-même un Israélien d’origine marocaine – livre une série de témoignages et de documents jusque-là inédits qui « révèlent une méthode, une idéologie et une pratique cruelle » dans la mise en place des politiques de « dispersion de la population » dans les années qui ont suivi la création d’Israël.

Différentes institutions, notamment l’Agence Juive, organisme semi-public chargé de l’immigration, auraient eu des comportements discriminants à l’égard des Nord-Africains, et des Marocains en particulier, qui ont longtemps vécu dans des camps de transit où sévissaient malnutrition, insécurité et maladies.

Dans la foulée des déclarations de sa ministre de la Justice, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé qu’il comptait numériser et mettre en ligne les archives concernant l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord en Israël. Le 21 mars, Haaretz assurait que le cabinet de la Primature commençait à plancher sur une éventuelle levée de fonds pour cette mission.

Les Archives de l’État ont de leur côté assuré, le 20 mars, qu’elles commençaient à localiser les documents en question. Et pour faire bonne mesure, elles ont rendu public un premier document, daté de 1957. Le ministre du Travail d’alors remarquait que les logements sociaux bâtis pour permettre aux Nord-Africains et Moyen-Orientaux de quitter les camps de transit avaient été donnés aux « immigrants blancs ».

Un racisme tenace

« Si ces gens ne se taisent plus, c’est que le racisme à leur égard est ancien, profond et assez massif. Il faut s’imaginer qu’en Israël, « chleuh », le mot qui désigne au Maroc les Amazighs du sud, est utilisé en argot pour dire ‘primitif’ ».

Le racisme à l’égard des juifs issus d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient n’est pas un fait nouveau en Israël. Dans un article d’Haaretz de 2016, l’historien Shay Hazkani, enseignant à New York, a enquêté sur les différentes formes de discrimination que les soldats sépharades ont subies dans les années 1950 au sein de l’armée. Il assurait ainsi que le Premier ministre d’alors, David Ben Gourion, participait lui-même à diffuser des préjugés sur les juifs du Maroc auprès de la hiérarchie militaire.

L’historienne Hanane Sekkat cite elle-aussi de nombreux discours politiques – ou à prétention scientifiques – qui dépeignent les immigrants marocains, massivement relégués aux emplois les plus pénibles, avec un racisme décomplexé.

L’arrivée en masse des juifs des pays arabes dans les années 1950 a fait naître la crainte de voir le pays perdre de son essence occidentale

Anciens, les préjugés ont la vie dure : le 13 mars 2018, le maire de la ville de Sderot, Eli Moyal, répondait à l’annonce de la ministre de la Justice par des déclarations racistes visant les Sépharades et les juifs marocains, incapables, selon lui, de bâtir un État moderne et qui auraient fait d’Israël un « royaume merdique » s’ils n’avaient pas été accueillis par des juifs européens.

Entre temps, dans les années 1970, de jeunes Israéliens ont donné de la voix contre ce genre de propos. Le cinéaste marocain Kamal Hachkar rappelle l’exemple de Reuven Abergel, natif de Rabat, fondateur des Black Panthers israéliennes, groupe de juifs orientaux qui militait contre les discriminations économiques et culturelles qu’ils subissaient.

Selon Hanane Sekkat, l’élite ashkénaze fondatrice de la nation israélienne s’est largement assignée comme mission de « reproduire le modèle occidental en Palestine » et que « l’arrivée en masse des juifs des pays arabes » dans les années 1950, pourtant jugée nécessaire, a très vite fait naître « la crainte de voir le pays perdre de son essence occidentale ».


Le précédent yéménite

Déjà, en 2016, le Premier ministre Benyamin Netanyahou avait inauguré l’ouverture d’un site Internet contenant des centaines de milliers de pages de documents concernant ce qui est connu en Israël sous le nom de « l’affaire des enfants yéménites ». L’ouverture des archives est venue confirmer que de très nombreux enfants de familles juives arabes, le plus souvent yéménites, avaient disparus entre 1948 et 1954, dans le nouvel état hébreu.

Certains auraient été confiés ou vendus à des familles ashkénazes, européennes. En février 2018, le journal The Times of Israël publiait un article sur la décision de la Knesset d’autoriser des familles à demander des exhumations afin de mener des tests génétiques pour retrouver leurs proches.

 

Jeune Afrique

Emmanuel Macron invité à dialoguer avec les catholiques

L’admirable nef cistercienne du Collège des bernardins, à Paris, devait accueillir une rencontre sans précédent, dans la soirée du lundi 9 avril. Pour la première fois, la Conférence des évêques de France (CEF) a invité le président de la République autour d’un buffet. Jamais auparavant, la hiérarchie de l’Eglise catholique n’avait organisé dans ses murs un tel rendez-vous avec le premier représentant du pouvoir politique. Mgr Georges Pontier, le président de la CEF, et Emmanuel Macron prononceront un discours à cette occasion.

L’actualité commune ne manque pas, à commencer par la révision des lois de bioéthique. La CEF s’est beaucoup investie dans cette question. Lors de leur assemblée de printemps, les évêques ont adopté, sous une forme très solennelle, une déclaration sur la fin de vie (« Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité »), symboliquement signée par chacun d’entre eux, qui énonce six raisons de s’opposer à « la légalisation d’une assistance médicale au suicide et à l’euthanasie ». Sous la direction de Mgr Pierre d’Ornellas, l’archevêque de Rennes, ils ont mis des fiches thématiques à la disposition des fidèles désireux de s’engager dans les débats des états généraux, organisés par le Comité national d’éthique dans toute la France.

 

Ils n’ont pas oublié que, lors d’un colloque commémorant les 500 ans de la Réforme protestante, en septembre 2017, Emmanuel Macron avait invité ceux qui se reconnaissent dans des croyances religieuses à participer à ce débat au risque de la « controverse », préalable selon lui à des « consensus féconds ». « La manière que j’aurai d’aborder ces débats, avait dit le chef de l’Etat, ne sera en rien de vous [les courants religieux] dire que le politique a une prééminence sur vous et qu’une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n’est pas mûr. »Cette promesse de modestie de la part de l’exécutif n’était pas passée inaperçue avenue de Breteuil, siège de la conférence épiscopale, où on attend de voir jusqu’où elle engagera le chef de l’Etat.

« Un climat politique nouveau »

L’invitation des évêques répond à une évolution de fond et à une considération d’opportunité. La considération d’opportunité, c’est le sentiment, du côté de la hiérarchie catholique, que l’élection de M. Macron a entraîné « un climat politique nouveau » dans les relations de l’Etat avec les courants religieux. « Chez lui, les religions ont une place au cœur de la société », indique-t-on à la CEF. Concernant les sujets abordés par les lois de bioéthique, avait dit le chef de l’Etat lors de ses vœux aux cultes, « il est impensable de penser trouver le bien commun de notre société sans prendre pleinement en considération [les différents courants de pensée, y compris religieux] ». La hiérarchie catholique a apprécié l’emploi du concept de « bien commun », emprunté à son vocabulaire théologique.

L’évolution de long terme, qui a conduit à cette rencontre, c’est celle de la place du catholicisme dans la société. Depuis les années 1960-1970 et l’effondrement de la pratique religieuse, l’Eglise a progressivement pris acte qu’il y est devenu minoritaire. Pourtant, souligne le sociologue Philippe Portier, pour des raisons à la fois théologiques et historiques, l’Eglise catholique considère y avoir une place distincte des autres cultes. « L’Eglise ne se conçoit pas et ne se donne pas à voir comme une religion comme une autre, explique-t-il. Elle ne prétend pas défendre des intérêts communautaires ou catégoriels, mais l’intérêt général. Elle montre qu’elle est encore capable de produire de l’universel, échappant à son statut quantitatif de minorité. »

S’adresser à l’ensemble de la société

C’est précisément le sens du « programme » et de la mise en scène de la rencontre de lundi. Les près de quatre cents invités de tous horizons (politiques, hauts fonctionnaires, responsables d’autres cultes, représentants du monde de l’entreprise, de la culture) permettront à l’Eglise de s’adresser à l’ensemble de la société, dans un Collège des bernardins conçu comme un lieu de rencontre entre l’Eglise et la culture.

Les thématiques choisies, souligne-t-on à la CEF, concernent non pas les seuls catholiques, mais l’ensemble de la société. Avant les deux discours, trois « duos » de personnes témoigneront de l’importance du lien social pour aider les personnes en situation de fragilité : un autiste et son frère, un sans-domicile-fixe et un volontaire qui l’accueille, une personne âgée et un bénévole qui l’accompagne. La hiérarchie catholique a renoncé à présenter une personne en fin de vie pour ne pas « instrumentaliser une fragilité ». Le buffet sera pourvu par La table de Cana, réseau de traiteurs fondé par un jésuite et qui aide des chômeurs à se réinsérer.

On notera que la CEF a évité de mettre en scène un demandeur d’asile, l’accueil des réfugiés étant un sujet de désaccords entre catholiques. Alors que des associations d’aide aux migrants, y compris catholiques, avaient demandé le retrait de la circulaire permettant le recensement des migrants en hébergement d’urgence, les évêques n’avaient pas repris à leur compte cette exigence. En outre, certains catholiques sont en désaccord profond avec le mot d’ordre d’accueil répété depuis des années par le pape François. Ce n’était pas le moment de gâcher cette première rencontre avec le président de la République par l’étalage de dissensions internes.

 

Le Monde.fr

Yémen : MBS à Paris, Macron appelé à faire pression sur l’Arabie Saoudite

Menant plusieurs opérations de charme en Occident, le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, surnommé MBS, a fait escale à Paris dimanche 8 avril. Après une tournée de trois semaines à travers les États-Unis, ce sont trois jours qu’il passe dans la capitale française où il a été accueilli par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Il sera reçu mardi 10 avril par Emmanuel Macron pour un dîner privé en tête-à-tête dans le musée du Louvre. Ce faisant, la France entend amorcer « un nouveau partenariat stratégique » avec l’Arabie Saoudite

Cette visite n’est cependant pas du goût des défenseurs des droits de l’homme. Dix ONG – Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), Action Contre la Faim, Alliance internationale pour la défense des droits et libertés (AIDL), Amnesty International France, la FIDH, Handicap International, Human Rights Watch, Médecins du Monde, Première Urgence Internationale et Reporters Sans Frontières – ont appelé le président français à « placer le Yémen au cœur des discussions » au cours de son entrevue avec le royaume saoudien, rappelant que MBS, fils du roi Salmane, « joue un rôle majeur, en tant que ministre de la Défense, dans la guerre conduite au Yémen ».

Après trois ans d’une guerre sans trêve lancée par l’Arabie Saoudite et ses alliés contre les rebelles houthis soutenus par Téhéran, le Yémen fait face à la pire crise humanitaire dans le monde selon les Nations Unies. « Près de 4 Yéménites sur 5 – 22 millions de personnes – dépendent de l’aide humanitaires et 8,4 millions sont menacés de famine. La diphtérie est de retour au Yémen et le pays a subi en 2017 la pire épidémie de choléra de l’histoire moderne », soulignent les ONG.

 

La fin des bombardements au Yémen réclamée

Si Emmanuel Macron souhaite une collaboration avec l’Arabie Saoudite « moins axée sur des contrats ponctuels et davantage sur des investissements d’avenir », les ONG réclament qu’il se concentre sur la situation au Yémen. Parmi les revendications qui doivent être mises sur la table, « la fin des bombardements ciblant des civils et le respect du droit humanitaire international » et « la levée inconditionnelle et permanente de toute entrave à l’acheminement de l’aide humanitaire et des biens commerciaux au Yémen ».

Elles n’ont pas manqué de rappeler que la France devrait user de son statut de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour « exiger de l’Arabie Saoudite qu’elle respecte ses obligations internationales ». Dénonçant fermement le partenariat Paris-Riyad en matière d’armement, ce collectif des ONG a également incité l’Hexagone à « se prémunir contre tout risque de complicité dans les graves violations commises par la coalition » à travers une sérieuse remise en question du fait que la France soit le principal fournisseur d’armes de l’Arabie Saoudite.

Saphirnews

Stop l’espionnage basée sur la religion : victoire des musulmans contre la police de New York

Les musulmans de New York ont obtenu gain de cause contre le Département de police de la ville de New York (NYPD). Celui-ci, dans la foulée des attentats du 11-Septembre, avait mis en place un programme d’espionnage visant des individus, lieux de culte, commerces et écoles uniquement en raison de leur appartenance à la confession musulmane. Un système de fichage qui n’a, en outre, servi à rien, relevait l’Associated Press en 2012. Cette information ainsi mise à la connaissance du grand public est à l’origine de poursuites judiciaires engagées contre la ville de New York. Cinq ans après les révélations, la fin des poursuites est actée.

Le NYPD s’est en effet engagé, jeudi 5 avril, à ne plus entreprendre la surveillance de personnes et d’organisations sur la base de leurs origines ou encore de leur religion. Cet engagement est le résultat d’un accord trouvé entre la police et les musulmans à l’origine de poursuites judiciaires.

 

« Une victoire monumentale de la communauté musulmane américaine »

Le NYPD, qui avait déjà annoncé en 2014 la fermeture de son unité chargée de surveiller les musulmans, s’est également engagé à faire preuve de plus de transparence sur ses pratiques mais aussi à changer ses méthodes en associant les plaignants et les organisations qui les représentent à la rédaction d’un manuel de formation contre les discriminations policières.

En outre, la Ville de New York devra payer 75 000 dollars (60 000 euros) de dommages et intérêts aux plaignants ainsi que 950 000 dollars (770 000 euros) au titre des frais d’avocats.

Se réjouissant de l’accord, Farhana Khera, directrice de Muslim Advocates, une des organisations qui a intenté le procès contre la ville de New York, considère que l’issue de cette affaire « marque une victoire monumentale de la communauté musulmane américaine qui réclamait un traitement juste et équitable ». Il envoie, dit-elle aussi, un message des plus clairs aux forces de l’ordre et à la société : « Le simple fait d’être musulman ne constitue pas un motif de suspicion et ne peut servir de base pour l’espionnage. »

Saphirnews

Belgique. Faut-il interdire le parti “Islam” ?

Le petit parti Islam a présenté des éléments de son programme le 6 avril, en prévision des élections communales d’octobre prochain. Il y est question d’application de la charia et de séparation des sexes dans les transports en commun. Tollé dans la classe politique.

L’instauration d’un État islamique en Belgique, l’application de la charia et une séparation des hommes et des femmes dans les transports en commun : le parti Islam a présenté le 6 avril quelques axes de son programme et annoncé qu’il se présenterait dans 28 communes à Bruxelles et en Wallonie lors des élections communales d’octobre. L’un de ses cofondateurs, Redouane Ahrouch, a assuré à l’agence Belga que les musulmans seraient majoritaires à Bruxelles d’ici 2030 et qu’il était donc logique qu’un parti politique se charge de les représenter.

Avec ces annonces, le parti – fondé en 2012 et dont le nom est aussi un acronyme pour “Intégrité, solidarité, liberté, authenticité, moralité” – a “fait l’actualité” ces derniers jours, observe Le Soir. La classe politique a vivement réagi et plusieurs partis de droite ont soutenu qu’il fallait interdire Islam. Une idée débattue dans la presse.

“La prudence s’impose avant d’interdire un parti politique,tempère notamment Het Nieuwsblad, car les partis sont aussi un baromètre de ce qui agite la société. Les idées ne disparaissent pas subitement quand on interdit leur véhicule politique.” En outre, l’interdiction d’un parti est “plus facile à dire qu’à faire”,souligne le quotidien flamand qui a consulté un juriste, selon lequel il faudrait, pour ce faire, créer une nouvelle loi.

“Un petit parti marginal”

Dans son éditorial du 8 avril, Het Nieuwsblad cherche à ramener cette polémique dans des proportions réalistes – à ce stade, Islam ne compte que deux conseillers communaux, un dans la commune bruxelloise d’Anderlecht, l’autre dans celle de Molenbeek. “Un petit parti marginal, donc, mais visiblement assez important pour tirer toutes les figures de la politique flamande de leur trêve pascale.”

“Certes, les propositions de ce mini-parti sont répréhensibles et idiotes”, écrit l’éditorialiste.

Mais la question est de savoir si l’interdiction d’un parti est la meilleure façon de lutter contre des idées – si répréhensibles soient-elles.”

“Il n’y a que dans les dictatures que l’on interdit des opinions”, confirme De Standaard, estimant, exemple à l’appui, que cette mesure serait contre-productive : en 2004, le parti d’extrême droite Vlaams Blok a été condamné pour racisme, ce qui ne l’a pas empêché de remporter 24,2 % aux régionales flamandes, deux mois plus tard. Le parti s’est rebaptisé en Vlaams Belang (Intérêt flamand) et a continué sa route. Et s’il a fini par perdre du terrain, c’est parce que la N-VA (parti de droite, nationaliste flamand) est montée en puissance et a empiété sur son électorat.

“Je connais une façon de couper l’herbe sous le pied du parti Islam, conclut le chroniqueur du Standaard : mettre fin au racisme et à la discrimination sur le marché de l’emploi et de l’immobilier, ainsi que dans l’enseignement, afin que les musulmans se sentent acceptés et respectés”.

 

Courrier international

Syrie : un projet impliquant catholiques et musulmans lancé pour les orphelins du jihad

Les enfants abandonnés lors de la retraite de l’État islamique sont des milliers. À Alep, un projet qui implique catholiques et musulmans veut leur donner un avenir.

 

Pendant quatre ans, Alep, la ville syrienne la plus peuplée et la capitale économique du pays avant la guerre, a été divisée en deux : la partie occidentale, contrôlée par les forces du gouvernement et les milices alliées de Damas, et la partie orientale, sous le contrôle de la galaxie des forces qui s’opposent au président Bachar al-Assad.

Avec l’apport déterminant et controversé des forces russes et iraniennes, la bataille d’Alep s’est terminée à la fin 2016 par l’abandon de la zone orientale par les rebelles et les milices jihadistes.

Plus de 2 000 orphelins à Alep

Dans cette région de la Syrie, une ville détruite par les bombardements et des milliers de morts ne sont pas le seul héritage du conflit. Durant les années d’occupation d’une partie du centre urbain, les miliciens de Jabhat al-Nosra, groupe jihadiste lié initialement à Al-Qaïda, et de l’organisation État islamique ont été rejoints par leurs femmes, ils se sont mariés avec des femmes du pays et ont enlevé des jeunes filles provenant souvent des minorités religieuses pour en faire des esclaves sexuelles.

De ces unions sont nés des milliers d’enfants qui, maintenant que leurs pères sont morts ou ont fui, sont orphelins et ne sont pas reconnus par l’État. Certains ont six ou sept ans : « C’est une partie de la société que personne ne veut regarder, un problème qui est souvent caché pour ne pas provoquer de scandale », peut-on lire dans un document de l’Association pro Terra Sancta.

Et c’est pour faire face à cette urgence, comme l’expliquent à Oasis Monseigneur Georges Abou Khazen, vicaire apostolique d’Alep des Latins, et frère Firas Lutfi, que de concert avec les autorités religieuses d’Alep a été lancé le projet « Un nom et un futur », entièrement consacré à ces enfants, à leurs sœurs et mères.

 

Un projet qui s’occupe d’une urgence à 360 degrés

Actuellement, les destinataires de l’initiative représentent environ 2 000 enfants de parents inconnus. Si on les abandonne, ils risquent d’être exploités par des réseaux criminels et terroristes nous affirment les deux prêtres. Sans oublier qu’ils ont déjà subi les traumatismes de la guerre et des bombardements. Ces enfants ne figurent pas dans les registres de l’État civil, par conséquent ils ne reçoivent aucune assistance. Au contraire, on les « regarde souvent de manière hostile parce qu’ils sont considérés comme les enfants du péché ».

La première étape du projet est de modifier la législation syrienne, en promouvant l’approbation d’une norme qui permette de « recenser » ces enfants, sans qu’ils doivent être accusés des fautes de leur pères. Actuellement, la loi est discutée au Parlement.

Parallèlement à cette première phase, grâce à la structure organisationnelle mise à disposition par l’Association pro Terra Sancta, qui s’occupe aussi de la collecte de fonds, on veut répondre aux besoins fondamentaux de 500 de ces familles, en termes de nourriture, vêtements et autres biens de première nécessité.

Le projet mené conjointement par les communautés catholiques locales – qui selon Mgr Georges Abou Khazen jouent un rôle « de pont » – et par les autorités musulmanes va au-delà de la première assistance. Par le soutien au niveau psychologique, pédagogique et la participation à des projets éducatifs spécifiques, l’initiative veut permettre à chaque enfant de s’insérer complètement dans la société, en favorisant le dépassement des traumatismes de la guerre.

L’accès au système scolaire est un problème ultérieur. Lorsque les enfants seront enregistrés, ils devraient pouvoir aller à l’école mais, le plus souvent, les effets des situations traumatisantes qu’ils ont vécues compliquent l’apprentissage et creusent un fossé entre eux et leurs camarades du même âge qui ont vécu des situations relativement plus simples.

C’est pour cette raison que l’étape successive, après l’inscription à l’état civil et l’assistance légale, est le lancement de cours intensifs qui permettront aux enfants des régions les plus touchées par les combats et les bombardements de rejoindre le niveau de leurs camarades et pouvoir ainsi commencer avec eux le parcours scolaire officiel.

Le projet « Un nom et un futur » est le premier qui s’occupe de cette urgence à 360 degrés. Il doit donc prendre en considération la situation des mères de ces enfants qui, expliquent Mgr Georges Abou Khazen et frère Firas, par peur cachent fréquemment leur condition de mère, en faisant semblant qu’elles sont leurs sœurs. Des activités spécifiques leur seront aussi consacrées : assistance sanitaire, juridique et psychologique, cours d’alphabétisation et des programmes adaptés d’éducation professionnelle qui leur permettent, selon les habilités et préférences de chacune, d’obtenir un travail légal pour élever leurs enfants.

 

Une espérance pour la paix

Tandis que les turcs continuent leur avancée dans les zones contrôlées par les kurdes, le régime et les russes alliés du régime bombardent la région de la Ghouta orientale, d’où proviennent souvent des attaques vers la capitale Damas, la guerre en Syrie semble ne pas pouvoir s’arrêter. « L’espérance pour la paix vient de la population qui est fatiguée » du conflit, affirme Mgr Georges Abou Khazen.

Voilà pourquoi réaliser le projet avec les autorités islamiques d’Alep, dit le Vicaire apostolique, prouve la valeur « d’une forme pratique de dialogue interreligieux qui vise à construire une société meilleure pour tous ». Les relations nées durant la période de la guerre, explique frère Firas, sont nécessairement authentiques : « Au moment où nous sommes tous deux devant un besoin concret, chacun doit retirer son masque et répondre. Pour cette raison, dans l’équipe du projet, il y aura des chrétiens et des musulmans. »

Saphirnews

Pourquoi des évangéliques financent l’émigration de juifs en Israël

Selon des chiffres publiés par l’agence américaine Associated Press, près d’un tiers des juifs qui ont émigré en Israël l’an dernier ont bénéficié de fonds provenant d’organismes évangéliques.

 

L’an dernier, un peu plus de 28 000 juifs ont émigré en Israël. Ils ont fait leur alya, mot qui signifie « montée » en hébreu. D’après les chiffres publiés par l’agence américaine Associated Press, au moins 8 500 d’entre eux ont bénéficié de fonds provenant d’organismes chrétiens et plus spécifiquement évangéliques. Des organisations qui s’inscrivent comme des partenaires de l’Agence juive chargée de l’immigration vers Israël au sein de la diaspora.

Des organisations qui lèvent des fonds auprès des chrétiens évangéliques

Parmi celles-ci, deux organisations se détachent l’International Fellowship of Christian and Jews (IFCJ) et l’International Christian Embassy of Jerusalem. Fondée par rabbin Yechiel Eckstein en 1983, l’IFCJ s’est donnée pour objectif de« promouvoir la compréhension entre chrétiens et juifs, construire un vaste soutien à l’égard d’Israël et remplacer notre histoire de discorde par une relation marquée par le dialogue, le respect et la coopération ».

L’association, qui mobilise les réseaux évangéliques américains, chiffre son soutien à 20 millions de dollars depuis 2014 en faveur de l’alya et 188 millions de dollars lors des deux dernières décennies. « Après deux mille ans de persécution et d’oppression, nous avons aujourd’hui des chrétiens qui aident les juifs. C’est quelque chose d’extraordinaire », se félicite auprès de l’Associated Press, le rabbin Yechiel Eckstein, président de l’IFCJ.

L’apport financier de l’International Christian Embassy of Jerusalem serait dans la même veine. Cette organisation, s’appuyant sur des versets du livre d’Isaïe, a, notamment, pour but de « ramener les Juifs en Israël ». Ces financements, auxquels s’ajoutent de nombreux dons anonymes ou d’autres organisations américaines comme Christians United for Israel ou Christian Israel Public Action Campaign, servent pour les frais de voyage des candidats au départ mais aussi à leur installation.

Un soutien ancré sur des fondements théologiques et des thèses millénaristes

Le fervent soutien politique et financier à l’État hébreu d’une partie des évangéliques conservateurs, surtout issus de la droite religieuse américaine, puise une large partie de ses racines dans des fondements théologiques et une doctrine centrée notamment sur le récit de l’Apocalypse. Pour les fidèles, l’État d’Israël est la réalisation de la volonté divine exprimée dans la Bible. « L’un des deux grands lobbys de la droite évangélique est fondamentaliste millénariste : pour que Jésus revienne sur terre, il faut à nouveau réunir les conditions de son avènement, ce qui passe aujourd’hui par la reconnaissance d’Israël comme État juif », soulignait dans La Croix Lauric Henneton, spécialiste des questions religieuses aux États-Unis et maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (1).

La droite évangélique américaine, socle de l’électorat du président Donald Trump, appuie fortement la politique d’Israël et le gouvernement du premier ministre, Benyamin Netanyahou, qui les voit comme les « meilleurs amis d’Israël dans le monde ». Elle réclamait ainsi depuis plusieurs décennies le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Interrogé par Associated Press, Yigal Palmor, porte-parole de l’Agence juive explique ne voir « aucune raison » de ne pas compter sur les dons d’où qu’ils viennent, « juifs, chrétiens ou autres ». Pourtant, ces liens très étroits embarrassent fortement les juifs libéraux américains qui voient dans ce soutien une difficulté majeure dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Jeremy Ben-Ami, président de l’organisation juive américaine de gauche J Street assure que la communauté juive « devrait se méfier de ceux qui jouent avec nos vies pour promouvoir leurs propres objectifs religieux et idéologiques ».

 

La Croix

Les diocèses s’emparent des questions de bioéthique

Les états généraux de la bioéthique, organisés par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), se déroulent jusqu’à la fin du mois d’avril.

Les diocèses sont nombreux à organiser des conférences et débats pour informer les fidèles des enjeux soulevés par la révision des lois de bioéthique.

Une « prise de conscience » et une « montée en puissance », c’est ainsi que Jean Matos, chargé de mission pour les questions éthiques auprès de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes (Ille-et-Vilaine), analyse la mobilisation des diocèses français autour des états généraux de la bioéthique. Ce chercheur, doctorant en éthique à la faculté de médecine Paris-Sud, voit le nombre de demandes de conférences « exploser » dans de nombreux diocèses et sillonne la France pour y répondre.

Pourtant, note-t-il, « il n’était pas acquis que les chrétiens se sentent concernés par ces états généraux ». De fait, beaucoup de personnes peuvent se sentir « dépassées » par certains sujets abordés lors de cette consultation précédant la révision des lois de bioéthique, comme le transhumanisme ou l’intelligence artificielle. C’est ce que constate le père Pierre-André Vigouroux, prêtre accompagnateur de la pastorale familiale du diocèse d’Albi (Tarn), qui regrette une « focalisation sur les sujets de la procréation médicalement assistée, de la gestation pour autrui et de la fin de vie ».

Pour éviter ce sentiment de « dépassement » sur des sujets techniques, les évêques français ont mis l’accent sur la formation. « Il faut que chacun, selon son prisme, son métier, sa vie, puisse d’une manière ou d’une autre s’engager dans les états généraux de la bioéthique, afin que ceux-ci ne soient pas laissés aux spécialistes », expliquait le 6 mars devant la presse Mgr Pierre d’Ornellas, chargé de piloter le groupe de travail de la Conférence des évêques de France.

« Beaucoup de personnes ne sont pas suffisamment informées »

Dès le 20 janvier, une journée de formation au Collège des Bernardins (Paris) rassemblait des laïcs d’une cinquantaine de diocèses. Ceux-ci avaient ensuite pour mission de sensibiliser les chrétiens aux questions de bioéthique, mais aussi de solliciter et participer à des rencontres sur le sujet dans leurs régions.

À Poitiers (Vienne), Foucaud et Anne-Sophie du Boisguéheneuc, respectivement neurologue et gériatre, missionnés par leur évêque avec un autre médecin, se sont ainsi rapprochés du responsable de l’espace de réflexion éthique régional en vue d’informer le public dans le cadre de conférences-débats. Ils ont aussi organisé, sous l’égide de la pastorale de la santé, une réunion ainsi qu’une rencontre avec l’aumônerie des étudiants. « Beaucoup de personnes qui devraient se sentir concernées ne sont pas suffisamment informées,constate Anne-Sophie du Boisguéheneuc. Mais, individuellement, elles sont avides de comprendre les enjeux. »

De nombreux diocèses ont sollicité, pour des conférences, des professionnels de santé et spécialistes d’éthique. « Nous n’avons eu pratiquement que des réponses positives de la part de personnes qui n’ont pas toujours un lien avec l’Église », se félicite le père Bruno Cazin, vicaire général du diocèse de Lille qui a organisé plusieurs soirées.

« Nous sensibilisons les paroissiens pour qu’ils contribuent au débat »

Dans certains départements, l’Église a été plus active dans la mise en place d’événements que le Comité consultatif national d’éthique. « Aucune conférence n’a été organisée par le CCNE en Corrèze », souligne ainsi le père Louis Brossollet, vicaire général du diocèse de Tulle, où plusieurs soirées de débat se sont déroulées à l’initiativede l’Église. Dans le Tarn, « beaucoup d’initiatives viennent des paroisses et des mouvements, explique le P. Vigouroux. Au niveau diocésain, nous avons réalisé des fiches à partir de celles proposées par la Conférence des évêques de France. Des paroisses les relaient sur leurs feuilles d’information. »

Ces fiches de réflexion font le point sur une dizaine de thèmes abordés au cours des états généraux. Écrites notamment par le père Brice de Malherbe, codirecteur du département éthique biomédicale du Collège des Bernardins, elles sont largement relayées par les sites Internet des diocèses. Elles ont aussi été reprises par le diocèse de Paris dans un livret de 56 pages, distribué à près de 120 000 exemplaires pour toucher le public le plus large possible, des paroissiens aux parlementaires.

Mais les catholiques participent-ils aux débats organisés par le CCNE ? « Nous sensibilisons les paroissiens pour qu’ils contribuent au débat sur la plateforme Internet des états généraux », explique Jacques Peronneaud, de la fédération des Association familiales catholiques du Var. Cette contribution reste néanmoins difficile à quantifier. « Certes, les conférences que nous organisons sont un processus interne à l’Église, mais elles participent d’une manière ou d’une autre au débat national », estime le père Cazin.

 

La Croix

Israël renonce à un projet controversé d’expulsion de migrants africains

Le gouvernement avait prévu de donner le choix aux migrants de quitter Israël d’ici à début avril ou d’aller en prison indéfiniment.

 

Israël a dû faire machine arrière face au tollé. Le gouvernement a annoncé lundi 2 avril avoir annulé un projet controversé d’expulsion de migrants africains et signé un accord avec l’ONU pour la réinstallation d’une partie de ces migrants dans des pays occidentaux. « Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et Israël sont arrivés à un accord permettant le départ d’au moins 16 250 migrants africains vers des pays occidentaux, tandis que l’État d’Israël réglera le statut de ceux qui resteront sur place », indique un communiqué du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le gouvernement israélien avait prévu de donner le choix aux migrants de partir d’ici début avril – soit pour leur pays d’origine, soit pour un pays tiers – ou d’aller en prison indéfiniment. Ce plan gouvernemental a suscité de nombreuses critiques, notamment du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR). Selon le ministère de l’Intérieur israélien, 42 000 migrants africains, principalement originaires du Soudan et d’Érythrée, vivent en Israël, dont la moitié – des femmes et des enfants – n’étaient pas menacés par ce plan.

Annulation immédiate

Ces migrants africains sont arrivés très majoritairement après 2007 en s’infiltrant à partir du Sinaï égyptien. La frontière à l’époque poreuse avec l’Égypte a depuis été rendue quasiment hermétique. Ils se sont installés en nombre dans les quartiers pauvres de Tel-Aviv. « L’accord signé avec le HCR permet l’annulation immédiate de l’expulsion vers un pays tiers comme prévu dans le plan précédent », précise le bureau du Premier ministre. Des milliers de migrants africains devraient obtenir un statut leur permettant de légaliser leur situation en restant en Israël, selon le communiqué.

 

AFP

Les armées mettent en avant la « laïcité militaire »

Le ministère des armées a rendu public mercredi 14 mars un livret pour « expliquer la laïcité française » et répondre à la perception d’une « France hostile aux religions ».

Sur la page de couverture, des coiffes d’aumôniers mêlées à des coiffes d’officiers et sous-officiers. Le livret que le ministère des armées a présenté mercredi 14 mars, intitulé Expliquer la laïcité française : une pédagogie par l’exemple de la « laïcité militaire », répond à une « démarche pragmatique ».

Le point de départ, « c’est une demande émanant de nos missions étrangères et attachés de défense pour expliquer la laïcité française à nos partenaires étrangers », a indiqué Philippe Errera, directeur général des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère, en préambule à une matinée d’échanges sur le sujet aux Invalides.

 

Un livre ludique et illustré pour parler de laïcité

Chargé de mission laïcité et fait religieux à la DGRIS et maître d’œuvre du livret, Éric Germain a expliqué que l’objectif était de décrire « ce qu’est la laïcité et surtout ce qu’elle n’est pas », en s’appuyant sur l’exemple de la pratique de l’institution de défense.

Cette « laïcité militaire » – selon une expression employée par l’ancien chef d’état-major des armées Jean-Louis Georgelin en 2009 – est « une pratique de la laïcité où le religieux existe à ciel ouvert », a insisté Éric Germain. De fait, l’État salarie des aumôniers militaires de quatre cultes, catholique, israélite, protestant depuis 1874 et musulman depuis 2005.

« Les armées ont depuis très longtemps intégré la spiritualité », a rappelé l’aumônier en chef musulman Abdelkader Arbi, faisant référence à la « loi fondatrice » de 1880 sur les aumôneries.

Dissiper des « malentendus »

Dans le détail, le document apporte des réponses concrètes aux questions les plus fréquentes afin de dissiper des « malentendus » et « sentiments négatifs envers notre pays ». Par exemple : « La laïcité française est-elle hostile aux religions ? Non » ; Est-elle « l’expression d’une indifférence absolue de l’État vis-à-vis du religieux ? Non » ; « Interdit-elle d’exprimer son identité religieuse dans l’espace public ? Non » ; « La laïcité est-elle une exception française ? Non » ; ou encore « Les Français sont-ils majoritairement athées ? Non ».

Le livret définit la laïcité française comme « un principe juridique mais aussi une culture politique ». Il décrit la différenciation entre les espaces public et privé, les règles d’application dans les institutions publiques ouvertes et celles dites « fermées », ainsi que l’action commune des aumôneries militaires. « Le monde des armées peut servir de matrice pour l’ensemble de la société », a estimé l’aumônier en chef israélite, le rabbin Joël Jonas.

Dans le respect du principe de neutralité de l’espace public d’État et dans le cadre « fermé » de l’institution, « la laïcité militaire est une laïcité ouverte », a conclu le professeur Philippe Portier, directeur du groupe Sociétés, religions et laïcités à l’École pratique des hautes études. Soulignant que « les armées ont fait beaucoup d’efforts depuis les années 1990 sur les identités individuelles et les religions », le sociologue a relevé que « le livret explore la politique religieuse du ministère » et que « le religieux est un objectif de politique publique ».

 

La Croix