A propos Fatima Achouri

Fatima Achouri est consultante diplômée de l'Institut de Gestion Sociale en ressources humaines et titulaire d'un Master 2 en civilisation arabe et musulmane. Elle a évolué pendant plus de douze ans au sein de grands groupes nationaux et internationaux dans des fonctions de management, relation client,GRH et en tant que consultante dans la gestion du multiculturel et du religieux. Spécialiste en ressources humaines et en islam, Fatima Achouri offre une expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public(Loi de 1905) et du privé(Loi de 1958).

Iran: Khamenei accuse l’Arabie saoudite de trahir les musulmans

Le guide suprême de la révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé mardi les dirigeants saoudiens de « trahir » les musulmans en alignant leur politique régionale sur celle des Etats-Unis et d’Israël.

S’adressant à des parlementaires de pays musulmans réunis à Téhéran, Ali Khamenei a estimé que la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël était une « erreur » qui était « vouée à l’échec ».

« Les gouvernements de la région qui coopèrent avec les Etats-Unis et le régime sioniste pour combattre les musulmans se rendent clairement coupable de trahison. C’est ce que fait l’Arabie saoudite », a-t-il dit, selon des propos rapportés sur son site internet.

L’Iran et l’Arabie saoudite se livrent une lutte d’influence au Proche-Orient et soutiennent des camps opposés au Yémen, en Syrie, en Irak ou au Liban.

Des responsables israéliens ont dit le mois dernier avoir noué des contacts secrets avec Ryad dans le domaine de la sécurité sur fond de défiance commune envers Téhéran.

Reuters

Les Saoudiennes autorisées à aller au stade, une première

Pour beaucoup d’entre elles, le vendredi 12 janvier restera un jour important dans leur mémoire. En Arabie saoudite, pour la première fois, les femmes ont été autorisées à assister à un match de football, en direct, loin de leurs écrans de télévision. Il s’agissait là de la dernière marque d’ouverture sociétale des autorités du pays.

Arij al-Ghamdi a, pendant des années, soutenu son équipe de football préférée à distance, devant son écran de télévision, chez elle à Jeddah. Vendredi soir, cette femme saoudienne a donc enfin pu le faire depuis les gradins d’un stade de foot. « Je suis venue au stade avec mon père et mon frère. On est tous fans de l’équipe d’al-Ahli », confie l’étudiante, l’écharpe verte du club autour du cou, racontant toutes les fois où sa maison s’est transformée en club de supporteurs.

« Aujourd’hui, pour la première fois, on va déplacer cette ambiance dans le stade, loin des écrans de télévision qui rognent l’image et ne nous font pas vivre toute la ferveur », poursuit la jeune femme, vêtue de l’abaya traditionnelle noire. Laissant entrevoir un jean sous le tissu noir et un visage parfois mangé par des lunettes noires, les premières supportrices ont fait leur entrée dans le stade presque deux heures avant le coup d’envoi de la rencontre de la Ligue professionnelle saoudienne entre Al-Ahli et Al-Batin.

Seules ou accompagnées de leur famille, près de trois cents femmes ont rejoint les places qui leur étaient réservées dans le stade de Jeddah (Ouest), le royaume interdisant la mixité dans les lieux publics. Cette soirée est la dernière illustration des récentes réformes sociétales lancées par les autorités et largement médiatisées, parmi lesquelles figure un allègement des restrictions imposées aux femmes. Ces dernières seront, par exemple, autorisées à conduire à compter du mois de juin.

Mais dans ce pays régi par une forme rigoriste de l’islam sunnite, les femmes sont encore obligées de porter le voile intégral en public et d’avoir l’assentiment d’un tuteur masculin – père, mari ou frère – pour voyager ou faire des études. L’ouverture, même timide, est attribuée au prince héritier Mohammed ben Salmane, 32 ans, qui se présente comme un modernisateur dans ce royaume conservateur où plus de la moitié de la population est âgée de moins de 25 ans.

Enthousiasme visible

Bien avant le premier coup de sifflet à 20 heures, l’enthousiasme était palpable dans les rues et sur les réseaux sociaux. Il était également visible sur le visage de Saleh Ziadi accompagné de ses trois filles devant la King Abdallah Sports City de Jeddah. « Mes filles n’y croyaient pas, elles ne se rendaient pas compte qu’elles allaient assister au match de leur équipe préférée », raconte le père, habitué à faire le déplacement seul. Autour d’eux, des femmes s’activent pour fouiller les spectatrices, puis pour les conduire à leur place.

À la fin du mois d’octobre, Riyad a autorisé les femmes à assister à des événements sportifs dans trois stades du pays à partir de 2018, dont celui de Jeddah. Après le match de vendredi, une rencontre aura lieu samedi et une troisième le 18 janvier. « Moi, je regardais toujours les matches à la télévision pendant que mes frères allaient les regarder au stade », se souvient Noura Bakhrji. « J’avais le cœur serré à chaque fois que je les voyais revenir et qu’ils me racontaient » le match, ajoute-t-elle.

« Plusieurs fois, je me suis demandé : Pourquoi je ne peux pas y aller ? Mais, aujourd’hui, les choses ont changé », se réjouit la jeune femme. Un optimisme partagé par Lamia Nasser, une habitante de Jeddah âgée de 32 ans qui voit dans cet événement le signe d’un avenir « prospère » pour les Saoudiennes. Mounira al-Mouled, galvanisée par la victoire de son équipe Al-Ahli 5-0, ose un souhait encore inimaginable il y a quelques mois : « À partir de maintenant, je veux regarder tous les matches dans un stade ! »

 

AFP

Laïcité à l’hôpital : haro sur la barbe !

Une cour administrative d’appel a donné raison au centre hospitalier de Saint-Denis, qui avait renvoyé un stagiaire en 2014, jugeant sa barbe ostentatoire.

 

La décision risque de faire couler beaucoup d’encre. La cour administrative d’appel de Versailles, dans un arrêt rendu le 19 décembre dernier, a considéré que le port d’une longue barbe par un élève médecin du centre hospitalier de Saint-Denis, en banlieue parisienne, ne respectait pas les « obligations en matière de neutralité religieuse ». Et ce, « bien que le port de sa barbe ne s’est accompagné d’aucun acte de prosélytisme ni d’observations des usagers du service », peut-on lire.

L’histoire remonte à quelques années. En novembre 2013, Mohamed*, étudiant en médecine à l’université égyptienne de Menoufeya, est accueilli au sein du service de chirurgie générale, viscérale et digestive du centre hospitalier de Saint-Denis, en vertu d’une convention de stage. Quatre mois plus tard, en février 2014, l’hôpital dénonce la convention au motif que Mohamed refuse de se tailler la barbe.

Pas de comportement prosélyte

L’étudiant égyptien réplique et demande au tribunal administratif de Montreuil de faire annuler cette décision, mais ce dernier lui donne tort. Le jeune homme va alors saisir la cour administrative d’appel de Versailles. Interrogé, le praticien responsable du stage se range à l’avis de sa hiérarchie et évoque les « perturbations suscitées par cette situation au sein de son service ».

 

Dans son raisonnement, la cour semble d’abord se ranger à l’avis de Mohamed, estimant que le port de la barbe, « même longue », « ne saurait à lui seul constituer un signe d’appartenance religieuse en dehors d’éléments justifiant qu’il représente effectivement […] la manifestation d’une revendication ou d’une appartenance religieuse ».

Un hôpital sensible sur la laïcité à cause de « l’environnement multiculturel »

Mais elle rappelle que le devoir de neutralité s’impose aux services publics. Et que ce principe s’oppose à ce que les agents publics manifestent leurs « croyances religieuses dans l’exercice de [leurs] fonctions ». La barbe de Mohamed ayant gêné les « membres du personnel », et « l’environnement multiculturel » de l’hôpital rendant l’application du principe de neutralité « d’autant plus importante », le refus du stagiaire de tailler sa barbe doit s’analyser en un manquement au principe de laïcité, conclut la cour.

La décision de l’hôpital de résilier la convention de stage n’était donc pas « disproportionnée », ajoute-t-elle.

 

Le Point

La BBC veut améliorer la représentation des minorités religieuses britanniques en 2019

 

La BBC a annoncé sa volonté de diffuser davantage de programmes audiovisuels valorisant musulmans, juifs, hindous et sikhs aux heures de grande écoute afin de pallier à l’insuffisance de représentation de la diversité religieuse en Grande-Bretagne, selon un rapport interne au service audiovisuel public britannique dont les grandes lignes ont été dévoilées, mercredi 20 décembre, par ses soins.

Pour mieux refléter le pluralisme religieux du pays, la BBC a ainsi fait savoir que des documentaires et des séries sur des sujets liés aux religions non-chrétiennnes – par exemple sur les célébrations religieuses type Diwali, Rosh Hashanah, le Ramadan ou l’Aïd ou encore sur les lieux saints – auront dès 2019 une plus grande place dans ses chaînes de télévision et de radio, sans pour autant diminuer la part de représentation du christianisme.

La chaîne d’information en continu BBC News va également élargir son spectre d’intervenants d’opinions diverses. Une équipe dédiée aux questions religieuses sera également mise sur pied prochainement. Une annonce en cette fin d’année qui ne peut qu’être bien accueillie par les communautés et leurs représentants.

 

Saphirnews

Laïcité et migrants : deux sujets débattus par Emmanuel Macron et les responsables religieux

Jeudi 21 décembre, le chef de l’État a reçu pour la première fois l’ensemble des représentants des cultes à l’Élysée.

Une rencontre appelée à se reproduire, selon le souhait du chef de l’État.

« Un climat de dialogue, de vrai dialogue en toute franchise. » C’est ainsi que Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis, vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF), qualifie la première rencontre qui s’est tenue jeudi 21 décembre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et une dizaine de responsables religieux.

« Le président souhaitait aborder trois thèmes principaux, poursuit Mgr Delannoy, à savoir la laïcité, la formation universitaire aux religions et les aumôneries. » Mais au cours de cette rencontre à huis clos, de plus de deux heures, le président n’a pas été le seul à s’exprimer. Les membres des « autorités religieuses », comme ils sont désignés à l’Élysée, ont pris la parole pour aborder d’autres sujets. « Le président nous a mis à l’aise, loin du protocole », révèle Ahmet Ogras, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Laïcité

Ce rendez-vous a traditionnellement lieu dans le cadre des vœux du Nouvel An du chef de l’État, mais ce dernier a préféré rencontrer l’ensemble des responsables des cultes avant les fêtes. Pour anticiper, sans doute, le discours qu’il prévoit de faire devant des philosophes et des intellectuels en janvier prochain.

Premier sujet : la laïcité. Si cette question continue de diviser la société française, comme l’ont montré les récentes polémiques entre l’ancien premier ministre Manuel Valls et le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, sur l’« islamo-gauchisme », ou encore celles de la croix de Ploërmel et des crèches de Noël, c’est d’emblée de manière apaisante que le président l’a abordée.

Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui participait à cette rencontre, a pu revenir sur l’annonce qu’il avait fait le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905 : la création « d’unités laïcité » dans toutes les académies. Et ce pour permettre aux professeurs de ne « pas se sentir seuls » en cas d’atteintes à la laïcité.

Le président Macron a demandé qu’une présence religieuse soit maintenue, par le biais des aumôneries, dans les hôpitaux, dans les armées et dans les écoles. Ce qui a permis à Ahmet Ogras de demander « d’augmenter le nombre d’aumôniers musulmans dans l’armée ».

Les responsables religieux ont également demandé à pouvoir faire entendre leurs convictions lors de la prochaine révision des lois de bioéthique début 2018, notamment à propos de l’accès à la PMA. « Cela nous a été garanti par le président », souligne encore Mgr Delannoy.

L’importance de l’accueil des migrants

Les représentants des protestants et des juifs ont particulièrement insisté sur l’importance de l’accueil des migrants, un sujet sensible après les « mauvais signaux » envoyés récemment par le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, qui assistait également à cette rencontre. « L’enjeu pour nous était de faire se rencontrer le principe intangible du droit à l’accueil et les principes de la réalité »,a rappelé Haïm Korsia, grand rabbin de France.

En janvier, le président Macron devrait annoncer la création d’une « instance formelle interconfessionnelle » destinée à promouvoir le dialogue entre les religions. Elle figure dans la feuille de route adressée au ministre de l’intérieur, Gérard Collomb.

 

La Croix

Emmanuel Macron recevra les cultes jeudi 21 décembre

Juste avant Noël, le président recevra les représentants des cultes à l’Élysée, en présence des ministres de l’intérieur et de l’éducation

La réception des représentants des cultes à l’Élysée aurait dû initialement avoir lieu le vendredi 8 décembre. Mais la mort de l’académicien Jean d’Ormesson, auquel un hommage national fut rendu ce jour-là, avait contraint Emmanuel Macron a reporté l’événement.

C’est donc jeudi 21 décembre, quelques jours avant la fête de Noël, que les responsables religieux sont conviés au palais de l’Élysée. Traditionnellement, un tel rendez-vous a lieu dans le cadre des réceptions des vœux de nouvel an du chef de l’État. Mais Emmanuel Macron semble vouloir innover et ne pas consacrer tout le début d’année à enchaîner les cérémonies de vœux aux corps constitués, aux fonctionnaires et militaires ou aux forces vives de la société civile.

Une nouvelle instance de dialogue

Le président s’était par ailleurs engagé à installer, avant la fin de l’année, une nouvelle « instance informelle de dialogue et de concorde entre les autorités des principaux cultes ». Cet engagement figurait dans la feuille de route qu’il avait adressée à son ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, en septembre.

Gérard Collomb, qui sera présent jeudi, aux côtés du ministre de l’Éducation nationale, disposerait ainsi à l’avenir d’une instance qu’il pourra réunir en cas de besoin, après un attentat par exemple.

Cette initiative du nouveau président est symbolique de la « laïcité de liberté »qu’il entend promouvoir. La feuille de route, évoquant la loi de 1905, rappelait que ce texte garantit le droit de croire ou de ne pas croire : « Il convient d’appliquer strictement et pleinement les textes fondateurs, dans une volonté d’apaisement qui était précisément celle d’Aristide Briand, rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l’État… »

Ce que les religions attendent de la rencontre

Le rendez-vous de jeudi a été voulu comme « un moment d’échanges informels », selon un conseiller de l’Élysée, une rencontre organisée hors contexte d’actualité comme cela a pu dans le passé être le cas après des attentats.

Le président de la République pourrait redire sa conception de la place des religions dans la société, alors même que le climat est troublé par d’incessantes polémiques. L’ancien premier ministre Manuel Valls a lancé, ces dernières semaines, une offensive contre les intellectuels et politiques qui feraient preuve, selon lui, de complaisance à l’égard de certains courants islamistes.

Hommage au père Hammel

« Le président doit parler fort », affirmait le député de l’Essonne mi-novembre dans Le Parisien. Selon des sources médiatiques, le président pourrait consacrer un grand discours, en janvier, au thème de la laïcité. Avant et depuis son élection, Emmanuel Macron a eu toutefois maintes occasions de s’exprimer sur le sujet.

À plusieurs reprises, il a rendu un hommage appuyé à la contribution des religions à la vie en société. Le 26 juillet dernier, lors de la cérémonie d’hommage au père Jacques Hamel assassiné en 2016 à Saint-Étienne du Rouvray, Emmanuel Macron déclarait : « Elle est là aussi, la force de notre nation, dans cette capacité à entendre et faire siennes les paroles de fraternité et de charité que l’Église de France prononça voici un an ; dans cette capacité à réunir autour du corps supplicié d’un prêtre l’imam, le pasteur et le rabbin. »

Le 22 septembre, dans son discours aux protestants pour les 500 ans de la Réforme, le président soulignait : « La République ne vous demande pas de renier votre foi ou de l’oublier. Elle la reconnaît dans sa plénitude. » Sur ce terrain, il va plus loin que son prédécesseur, François Hollande.

Mais cette bienveillance est équilibrée par une fermeté sur la réalité de la menace islamiste. Le 29 août, lors de son premier grand discours de politique étrangère, devant 170 ambassadeurs réunis à l’Élysée, il faisait de la lutte contre le terrorisme la priorité de sa diplomatie et assurait : « Rien ne serait plus absurde que de nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d’un certain islam. L’angélisme n’est pas de mise à cet égard. »

 

La Croix

Comment réconcilier les deux laïcités ?

La gauche se déchire sur deux définitions de la laïcité. L’une veut assurer la coexistence des religions, l’autre craint l’explosion des communautarismes.

 

La loi de 1905 comprend, pour l’essentiel, des articles concernant la liberté religieuse (article 1 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ») et la neutralité de l’État, c’est-à-dire l’indépendance du politique par rapport au religieux (article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »).

Par la liberté des Églises et par l’autonomie du politique par rapport au religieux, il s’agit d’établir la paix religieuse. La laïcité est donc, en tout premier lieu, une pacification des esprits par la loi. Elle privilégie l’idée de l’inaliénabilité de la liberté de conscience, la neutralité de l’État impliquant son incompétence dans le domaine de la religion. On a donc pu écrire, à juste titre, que la laïcité instituée par la loi de 1905 est d’abstention.

Néanmoins, la pacification, si elle est son objectif premier (dans un contexte bien différent du nôtre), n’est pas le seul. La loi exprime également l’idée d’émancipation par la raison. Elle a donc constitutivement partie liée avec la philosophie des Lumières. Si l’on privilégie le premier aspect, le principe de laïcité est compris comme un principe fondamentalement juridique. Si l’on privilégie le second, il acquiert une portée politique, et les contours de son application deviennent sujets à controverse. L’affrontement entre ces deux dimensions – pacification et émancipation – est ainsi à la source de la division de la gauche.

 

La laïcité conçue comme un rempart

Tous les protagonistes s’accordent, du moins on peut le supposer, sur le droit, permis par la laïcité et offert à tous les citoyens, d’invoquer la liberté de conscience. C’est ce droit qui garantit l’existence même d’une communauté politique. Or, en raison de l’accroissement, entre 1905 et aujourd’hui, de la diversité culturelle, le risque du communautarisme, c’est-à-dire ici de l’éclatement de l’unité du droit, a conduit à un raidissement des positions dont on voit assez mal les conditions d’un dépassement.

La dimension d’émancipation est aujourd’hui prioritairement revendiquée par ceux qui souhaitent faire de l’État le protecteur ultime face aux emprises communautaires. Dans cette conception, la laïcité sert de surplomb à toutes les formes d’appartenance.

Ses partisans ont pu ainsi voir dans l’interdiction du foulard islamique à l’école une manière d’approfondir la visée d’une éducation civique universelle, de lutter contre les croyances incompatibles avec la pensée libre et la citoyenneté éclairée. La religion serait un archaïsme et le développement de l’autonomie devrait permettre, en particulier grâce à la science, de se libérer de la croyance. On notera que l’on trouve, dès 1972, dans le programme commun de la gauche, cette vision d’une laïcité englobante et supposée libératrice.

Le rejet d’une laïcité combattante

Face à eux, les partisans d’une laïcité de pacification s’inquiètent du rôle que l’on fait jouer à la loi en interdisant le port des signes religieux à l’école. Si l’autonomie des jeunes filles le portant est mise en cause et que leurs motivations sont soupçonnées, on décide que la loi a le droit d’interdire un comportement qu’elle soupçonne ne pas être librement choisi. Elle se propose ainsi de protéger les individus contre leurs propres erreurs.

Ils soulignent, en outre, les risques sur les libertés publiques de la prohibition d’un comportement interprété comme le signe d’un asservissement ou comme une pression sur les tiers (les jeunes filles non voilées). Si le simple fait que l’exercice d’une liberté représente un inconvénient pour les tiers en autorisait la suppression, nous ne vivrions plus dans une société libérale.

Enfin, l’interdiction par la loi ne risque-t-elle pas de renforcer la conscience identitaire des musulmans et de rendre plus difficile l’intégration ? Les contraintes législatives, dans la mesure où elles contredisent l’objectif d’auto-émancipation, ne menacent-elles plus qu’elles ne protègent les idéaux laïques ?

Quoi qu’il en soit, ce n’est certainement pas par la répression que l’on convaincra ceux qui adoptent ces comportements de les abandonner pour se convertir à la raison. On a tout lieu de craindre que l’effet inverse ne se produise et que les croyants ne soient confortés dans leur foi lorsqu’ils constatent que ceux qui ne la partagent pas veulent se protéger par la force contre le risque d’y être exposés.

 

Le souci de l’autre

Certaines récupérations politiques, au-delà des cercles de gauche, doivent nous alerter également sur le risque de voir la laïcité devenir une identité de substitution, une sorte de religion civile hostile à l’expression de l’appartenance religieuse dans la sphère publique. Il est consternant que des idéologies d’exclusion profondément antirépublicaines se réclament sans vergogne de la République, alors qu’au fond elles représentent une forme singulière de communautarisme. La crainte est donc que s’impose l’idée d’une différence fondamentale entre « nous » et des populations, essentiellement définies comme musulmanes, accusées de se tenir à l’écart des références communes de la société française.

Alors que faire ? Introduire dans notre précieuse tradition laïque une dose de tolérance, entendue ici comme un état d’esprit hospitalier à la différence. Il semblerait que, depuis un temps bien trop long, nous ayons perdu le goût de l’autre et, plus encore, le souci de l’autre. Le redécouvrir est la condition minimale pour que la laïcité retrouve ses vertus originelles, pacifier et émanciper, c’est-à-dire qu’elle cesse ostensiblement de servir de marqueur identitaire.

 

Le Point

Après 35 ans d’interdiction, les salles de cinéma de nouveau autorisées en Arabie saoudite

Après la fin de l’interdiction de conduire pour les femmes, c’est au tour du cinéma. L’Arabie saoudite a annoncé, lundi, son intention d’autoriser l’ouverture de salles obscures après 35 ans de prohibition.

 

L’Arabie saoudite a décidé d’autoriser l’ouverture de salles de cinéma publiques, dès 2018, mettant fin à une interdiction de ces lieux de spectacle dans le royaume depuis plus de trente-cinq ans.

« C’est un moment clé dans le développement de l’économie culturelle dans le pays », a déclaré, lundi 11 décembre, le ministre de la Culture Awad al-Awad dans un communiqué. Les autorités vont délivrer dès à présent les permis d’exploitation, a-t-il ajouté.

Dans le cadre d’un ambitieux plan de réformes économiques et sociales soutenu par le prince héritier Mohammed Ben Salmane, le gouvernement tente de promouvoir des formes de divertissement – concerts, spectacles, cinémas – dans le royaume wahhabite malgré l’opposition des milieux ultra-conservateurs.

Le cinéma saoudien reconnu internationalement

En janvier, le mufti d’Arabie saoudite s’était insurgé contre la possible ouverture de salles de cinéma, affirmant qu’elles seraient sources de « dépravation » car elles favorisent la mixité.

Même si les salles publiques étaient interdites, le cinéma saoudien n’en est pas moins devenu reconnu internationalement. La comédie romantique « Barakah Meets Barakah » de Mahmoud Sabbagh a ainsi été projetée à la Berlinale en 2016, tandis que « Wadjda » de Haifaa Al-Mansour a été en 2013 le premier film national à participer aux Oscars du meilleur film étranger.

Parmi les autres réformes sociétales, Riyad a annoncé, en septembre, la fin de l’interdiction de conduire pour les femmes à partir de juin 2018.

 

France 24/ AFP

Sur Jérusalem, le Crif et le Consistoire soutiennent Donald Trump

Le Conseil représentatif des institutions juives de France et le Consistoire israélite ont appelé, mercredi 6 décembre, le président Emmanuel Macron à suivre Donald Trump et à reconnaître Jérusalem comme capitale israélienne.Au sein de la communauté juive, quelques voix dissonantes, très minoritaires, condamnent une montée au créneau « imprudente ».

 

Le Crif salue « une décision historique » et appelle le président Emmanuel Macron à engager la France « dans [cette] même démarche courageuse ». Dans un communiqué publié mercredi 6 décembre, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a affirmé son soutien, à la décision – explosive – du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État hébreu.

Ce choix est « la meilleure des réponses » aux « tentatives de falsification historique menées inlassablement par les pays arabes et les Palestiniens à l’Unesco et à l’ONU sur le statut de Jérusalem », affirme le président de l’organe politique de la communauté juive de France, Francis Kalifat, en ajoutant espérer voir son pays s’engager, à son tour, dans le sillon des États-Unis.

La reconnaissance d’une « vérité historique »

Côté Consistoire, Joël Mergui, le président de l’instance cultuelle du judaïsme français, a tenu sensiblement le même discours. En exprimant sa « satisfaction » après la décision américaine, il a salué « [la reconnaissance] d’une vérité historique et du lien plurimillénaire du peuple juif avec la ville sainte ».

« J’espère voir demain la France et les pays démocratiques rappeler cette vérité et continuer à soutenir la paix sans enlever à Israël sa légitimité sur sa capitale, Jérusalem », a fait valoir le responsable religieux à l’Agence France-Presse (AFP), alors que la déclaration de Donald Trump, marquant une rupture spectaculaire avec ses prédécesseurs, continue de susciter une vague de réprobation au Proche-Orient et au sein de la grande majorité de la classe politique internationale.

Au même moment, Emmanuel Macron réagissait en ce sens, depuis Alger, en qualifiant de « regrettable » la décision américaine et en rappelant « l’attachement de la France et de l’Europe à la solution de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité dans des frontières internationalement reconnues, avec Jérusalem comme capitale des deux États ».

Une réaction « émotionnelle »

Au sein de la communauté juive, quelques voix dissonantes s’élèvent pour condamner la prise de position des deux organisations françaises, en déplorant « une montée au créneau imprudente ». « Le communiqué du Crif me semble tout à fait émotionnel, il défend une diplomatie d’une grande légèreté vu le contexte actuel au Moyen-Orient », regrette l’historienne Esther Benbassa, spécialiste de l’histoire des Juifs et coauteur, avec Jean-Christophe Attias, directeur d’études à l’École pratiques des hautes études, de l’ouvrage Israël, la terre et le sacré (1).

Tout en soulignant « soutenir personnellement la fondation de l’État d’Israël, mais en défendant la solution des deux États côte à côte », l’universitaire et sénatrice écologiste assure connaître « le poids de la ville de Jérusalem comme symbole pour les Palestiniens aussi bien que pour les Israéliens ».

« De telles déclarations sont probablement appréciées par beaucoup de juifs de la communauté, partisans de cette reconnaissance, mais d’autres, plus prudents et sachant les risques de dégradation locale que cette décision pourrait avoir, restent méfiants », affirme Esther Benbassa.

 

La Croix

Jérusalem : l’Iran met en garde Trump

Le président iranien Hassan Rohani a averti qu’il ne « tolérerait pas » que les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël.

 

Sa réaction a été l’une des plus fermes face au projet de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Lors d’un discours prononcé mercredi devant des responsables à Téhéran, le président iranien, le modéré Hassan Rohani, a affirmé que l’Iran ne « tolérera pas une violation des lieux saints musulmans » et s’est engagé à participer à un sommet extraordinaire de l’Organisation de coopération islamique (OCI) convoqué le 13 décembre à Istanbul par le président turc Recep Tayyip Erdogan. « Le monde islamique s’opposera à ce complot », avait assuré quelques heures plus tôt l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême et véritable chef de l’État iranien.

Ces déclarations ne sont pas étonnantes de la part d’une République islamique qui ne reconnaît pas Israël et qui a fait de la cause palestinienne un des piliers de sa politique étrangère depuis 38 ans. Au nom de la lutte contre ce qu’il nomme l’ « entité sioniste », l’Iran aide financièrement et militairement le Hamas ainsi que le djihad islamique dans la bande de Gaza.

L’Iran avait calmé ses ardeurs

Toutefois, le gouvernement iranien semblait dernièrement avoir calmé ses ardeurs vis-à-vis de l’État hébreu, notamment à l’aune de l’annonce de la réconciliation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas à Gaza. « Si les Palestiniens acceptent un accord avec Israël, nous le soutiendrons même si cela ne nous satisfait pas », glissait récemment un haut responsable iranien, prêt à reconnaître implicitement son ennemi israélien en cas de paix signée avec les Palestiniens.

Cette perspective semble aujourd’hui s’éloigner. D’après Nabil Chaath, haut conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas, toute reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël signifierait la fin de la médiation américaine pour relancer le processus de paix, à l’arrêt depuis l’échec de la dernière tentative américaine en 2014.

Proposition saoudienne mise à mal

La décision de Donald Trump pourrait également mettre à mal le fragile plan de paix saoudo-américain actuellement en discussion. À en croire le New York Times , le puissant prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le gendre et conseiller personnel de Donald Trump, Jared Kushner, unis par leur opposition commune à l’Iran, auraient concocté une proposition prévoyant un État palestinien sans continuité territoriale ni Jérusalem-Est pour capitale.

Celle-ci aurait été présentée le mois dernier à Riyad au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui s’en serait alarmé auprès de responsables européens et arabes.

 

Le Point