A propos Fatima Achouri

Fatima Achouri est consultante diplômée de l'Institut de Gestion Sociale en ressources humaines et titulaire d'un Master 2 en civilisation arabe et musulmane. Elle a évolué pendant plus de douze ans au sein de grands groupes nationaux et internationaux dans des fonctions de management, relation client,GRH et en tant que consultante dans la gestion du multiculturel et du religieux. Spécialiste en ressources humaines et en islam, Fatima Achouri offre une expertise sur la gestion du fait religieux au sein du public(Loi de 1905) et du privé(Loi de 1958).

Une nouvelle église cible d’exactions en Israël

Une église située dans l’enceinte d’un monastère salésien, à l’ouest de Jérusalem, a été profanée mercredi 20 septembre.Depuis plusieurs années en Israël, des sites religieux, chrétiens et musulmans, sont la cible d’attaques perpétrées par des juifs extrémistes nationalistes.

 

Une croix de bois brisée au sol, une statue de la Vierge à l’enfant en morceaux, des vitraux endommagés : tel est le constat des dégâts de la profanation perpétrée mercredi 20 septembre dans la petite église Saint-Étienne, située dans l’enceinte du monastère salésien de Bet Gemal, près de Bet Shemesh en Israël.

Des individus se sont introduits en milieu d’après-midi dans l’édifice qui était ouvert. « Ils savaient ce qu’ils faisaient et s’en sont délibérément pris aux figures saintes, indique frère Antonio Scudo, un des sept religieux de la communauté vivant sur place. Sur les vitraux qui racontent la vie de Jésus, tous les visages ont été détruits. »

Punir les coupables

Située à l’arrière du monastère, l’église, datant du XIXe siècle, n’est pas le lieu de prière des frères et son tabernacle ne contenait pas d’hosties consacrées. « Des images chrétiennes très fortes ont été visées », constate Mgr Giacinto-Boulos Marcuzzo, l’évêque auxiliaire de Jérusalem, qui s’est rendu sur place le 21 septembre au matin. « Nous [le Patriarcat latin de Jérusalem] condamnons très fermement cet acte et demandons à l’État d’Israël de punir les coupables ».

La police israélienne s’est rendue sur les lieux le jour même de l’incident, pour constater l’ampleur des dégâts : une enquête a été ouverte. L’identité des auteurs reste inconnue et l’acte n’a pas été revendiqué.

Cependant, la colline de Bet Gemal, où se trouve aussi un couvent de sœurs, est régulièrement la cible d’attaques commises par des juifs extrémistes, issus de Bet Shemesh et de ses environs. « Depuis deux ans, cinq actes de vandalisme antichrétien y ont eu lieu », indique Wadie Abunassar, conseiller et porte-parole de l’Assemblée des évêques et ordinaires de Terre Sainte, laquelle a également condamné la profanation dans un communiqué.

Vandalisme antichrétien

Les actes de vandalisme antichrétien perpétrés par des activistes israéliens, nationalistes d’extrême droite, se sont multipliés ces dernières années en Israël. En juin 2015, le sanctuaire de la multiplication des pains à Tabgha, au bord du lac de Tibériade, avait été incendié. Le mois suivant, deux jeunes Israéliens, de confession juive, avaient été inculpés, accusés d’avoir agi « pour des motifs de haine envers le christianisme », avait indiqué le ministère israélien de la justice.

Ce dernier incident ne doit donc pas être ignoré, selon Wadie Abunassar. « Il faut organiser un mouvement de protestation, recommande-t-il. Et surtout rencontrer les responsables politiques israéliens pour clairement signifier que de tels actes ne sont pas acceptables en Israël. »

 

La Croix

Juifs, musulmans et chrétiens prient ensemble à l’aéroport

Dans les aéroports de Paris, des aumôniers juifs, musulmans et chrétiens travaillent ensemble. Ici, les cérémonies ne représentent pas la majeure partie de leur travail. Ils sont présents pour guider les voyageurs, discuter avec le personnel et accompagner les familles en cas de drame.
À gauche, l’égyptologue et aumônier musulman Hazem El Shafei ; à droite, l’aumônier juif Moïse Lewin, également conseiller spécial du grand rabbin de France. Ils exercent tous deux à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.

« Excusez-moi, où est la gare ? », demande dans un français approximatif une femme en tirant sa valise. Nous sommes non pas au bureau des renseignements de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, mais à la salle de prière du terminal 2F.

Juifs, musulmans, catholiques et protestants franchissent la même porte vitrée de cet espace de recueillement. Sur la gauche, un étroit couloir mène à la synagogue, mitoyenne à la chapelle partagée par catholiques et protestants. En ce vendredi 8 septembre, jour de la prière collective des musulmans, de nombreux travailleurs vêtus de gilets jaunes ou orange entrent dans la mosquée située sur la droite. Le meuble est rempli de chaussures et quelques sacs attendent leur propriétaire dans le couloir. De l’autre côté, une messe est célébrée dans la salle chrétienne. Les croyants se croisent sans un bruit.

Dans le bureau, la pasteure Anne-Sophie Dentan-Verseils et le prêtre Philippe Vanneste discutent. Ici, une dizaine d’aumôniers de chaque religion travaillent ensemble dans la même pièce. Leur mission : accompagner les voyageurs, créer du lien avec les 100 000 personnes qui travaillent à Roissy, guider les touristes perdus…

« Nous avons un rôle social, d’ami, de confident, de conseiller spirituel et parfois conjugal », spécifie le prêtre Philippe Vanneste, en poste depuis huit ans. « La racine du mot religion est « religare », souligne le rabbin Moïse Lewin. Cela signifie relier et c’est la définition de notre mission. Un aéroport sert à relier les pays et les continents et nous relions les humains ensemble ». Hazem El Shafei, l’aumônier musulman, voit cet endroit comme « une oasis, où chacun peut se ressourcer un quart d’heure pendant sa prière ».

 

26 kilomètres en une journée

Le silence de l’espace de recueillement contraste par rapport au brouhaha de l’aéroport. À l’étage, les policiers surveillent les voyageurs. Assis sur un banc, situé en face de son bureau, Philippe Vanneste salue une employée musulmane. Peu importe la religion de l’autre, les aumôniers discutent sans complexe. « Nous sommes amenés à accueillir des personnes d’autres confessions, raconte Moïse Lewin. Les visiteurs sont étonnés de nous voir ici. Ils me disent souvent qu’ils voient rarement de rabbins et sont curieux. Ils me posent des questions sur le judaïsme, les enseignements… »

Mais les aumôniers ne sont pas uniquement présents dans les espaces de prière. Ils se promènent également beaucoup dans les couloirs et les halls. Pour Philippe Vanneste, pas question de rester dans son bureau. Il parcourt les 32 km² de l’aéroport de Roissy. « Il faut être en bonne forme physique, assène-t-il. Un jour, un pasteur a calculé avec son podomètre : il a marché 26 kilomètres en une journée. » Pas étonnant donc de voir un plan accroché dans le bureau pour aider les aumôniers à se repérer.

 

Cellule de crise

Les aumôniers sont intégrés à la cellule de crise de l’aéroport de Paris. Ils sont appelés en cas de drame et amenés à officier ensemble. « Après les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, nous avons organisé une cérémonie interreligieuse », se souvient le père Vanneste.

Le plus compliqué ? « Les retours de cercueils de personnes assassinées à l’étranger. Nous essayons d’apaiser les proches, nous lisons un texte ensemble », ajoute-t-il. « Nous sommes toujours actifs, prêts à agir en cas de catastrophe. Nous sommes présents pour partager le chagrin des familles », confirme Hazem El Shafei, présent lors du crash d’EgyptAir en mai 2016.
Pour extérioriser ces douleurs partagées, Philippe Vanneste passe quatre jours par mois à l’abbaye d’Igny, en Champagne. Se reposer, prier, approfondir une lecture… Il fait le vide, pour mieux accueillir chacun des voyageurs.

 

« On parle beaucoup du vivre-ensemble. Nous faisons plus : nous construisons ensemble »

Le rabbin Moïse Lewin et l’aumônier musulman Hazem El Shafei racontent leur vision de l’interreligieux.
Moïse Lewin
« Aujourd’hui, on parle beaucoup du vivre-ensemble. Mais je crois que nous faisons plus que cela, nous construisons ensemble. Tous les ans, nous partons avec un imam et des jeunes de toutes les confessions pour un pèlerinage à Auschwitz. Nous sommes présents pour accompagner les deuils mais aussi les joies.
En septembre 2016, lorsque le pape est venu en France, nous l’avons tous accueilli. Nous célébrons avec tous les aumôniers certaines fêtes religieuses comme Hanoucca. Nous avons un calendrier interreligieux dans notre bureau où chaque événement est inscrit. »Hazem El Shafei
« Haïm Korsia (le grand rabbin de France, ndlr) et moi sommes amis depuis 1986. Nous avons une relation plus que fraternelle, c’est mon frère de cœur. L’autre raison de la réussite de notre collaboration est l’influence indéniable du judaïsme dans l’islam. Nous avons les mêmes interdits et les langues sont proches. Même si l’on ne le reconnaît pas officiellement, il y a une omniprésence du judaïsme dans l’islam.
Ici, chacun représente l’autre en son absence et nous accueillons toutes les religions. Notre travail fonctionne car nous sommes amis. Nous nous faisons confiance, partageons les mêmes valeurs. Cet espace est symbolique, chaque croyant entre et sort par la même porte. »
Saphirnews/ SFPJ

Indonésie : une application de rencontre pour polygames lancée

Une nouvelle application a été lancée en Indonésie en septembre pour permettre aux hommes mariés de rencontrer une femme en vue de devenir la seconde, la troisième, voire la quatrième épouse du prétendant.

Lindo Cipta Pranayama, le concepteur de « AyoPoligami », voulait se calquer sur le principe de Tinder mais, cherchant à se démarquer de la concurrence, a choisi le créneau de la polygamie. L’application a immédiatement cartonné avec plus de 30 000 téléchargements enregistrés dès les premières semaines d’exploitation selon la BBC.

Victime de son succès, AyoPoligami a été investi par de nombreux comptes factices, créées dans le « seul but d’avoir des chats à caractère pornographique », rapporte La Gazette de Bali, citée par le HuffPost Maghreb. L’application a été suspendue jusqu’au 5 octobre, le temps pour les concepteurs de modifier l’accès au service de rencontre.

Les membres seront désormais sélectionnés afin d’assurer que seuls des profils « sérieux » l’utilise. Les hommes candidats à la polygamie devront désormais fournir la lettre de consentement de sa première épouse. Mais des militantes féministes indonésiennes estiment que AyoPoligami constitue une atteinte aux droits de la femme. « Il est très difficile, pour une femme, de ne pas donner à son mari la permission de pratiquer la polygamie, car la pression de celui-ci et de sa communauté est très lourde », expliquent-elles à la BBC. La controverse n’est pas prête de s’apaiser.

 

Saphirnews

L’Arabie saoudite autorise les femmes à conduire

 

Dans un décret publié ce mardi soir par l’agence de presse officielle SPA, le roi Salman a ordonné de permettre « d’accorder le permis de conduire aux femmes en Arabie saoudite ».

De tous les pays du monde, l’Arabie saoudite était jusqu’à présent le seul à interdire aux femmes de conduire. Pour se déplacer, elles devaient donc recourir à un chauffeur privé ou un tuteur membre de leur famille. Cette interdiction sera bientôt révolue. Dans un décret publié ce mardi, le roi Salman ordonne « de permettre de délivrer des permis indifféremment aux hommes et aux femmes ». La mesure doit entrer en vigueur en juin 2018.

Avant d’abolir cette interdiction, vivement critiquée par les organisations de défense des droits de l’homme, le souverain a pesé les « inconvénients de l’interdiction et ses avantages », précise le décret. Selon lui, « la majorité des grands oulémas était en faveur d’une mesure permettant aux femmes de conduire ». Un infléchissement, car ces docteurs de la foi s’y étaient vivement opposés dans le passé.

Campagnes de protestation

Celles qui tentaient de braver l’interdiction en prenant le volant sur les routes saoudiennes étaient systématiquement arrêtées. Elles devaient alors s’engager par écrit à ne pas récidiver. Des campagnes de protestation ont été régulièrement organisées, comme au printemps dernier où des dizaines de Saoudiennes se sont filmées en train de marcher seules dans la rue.

En novembre 2016, le prince Al-Wald ben Talal leur a apporté son soutien, en mettant en avant les conséquences économiques de cette interdiction. Car l’emploi d’un chauffeur est devenu onéreux pour les familles saoudiennes. Et lorsque c’est un homme de la famille qui se charge de les conduire, cela suppose qu’il s’absente de son travail, réduisant sa productivité. Autoriser les femmes à conduire est désormais « une demande sociale urgente que la conjoncture économique justifie », affirmait Al-Wald ben Talal.

« L’interdiction de conduire sans rapport avec l’islam »

Fawzya Al Bakr, professeur à l’université et écrivain, a été la première femme à avoir bravé l’interdiction de conduire en 1990. « Le 6 novembre 1990, nous étions 47 femmes à être descendues dans la rue. Nous avons conduit. C’était une manière de protester. Conduire c’est notre droit légitime. Notre revendication n’était pas la conduite en elle-même, mais plutôt le droit de pouvoir le faire », raconte-t-elle.

Si l’interdiction a été levée, c’est grâce à des générations de femmes qui se sont mobilisées, estime Fawzya Al Bakr. « En 27 ans, dit-elle, la société a eu le temps de mûrir. » « Nous sommes tous attachés à la religion, nous sommes tous musulmans, mais l’interdiction de conduire n’a rien à voir avec l’islam. Les gens mélangent tout, ils mélangent tradition et religion. L’interdiction de conduire était une interdiction purement saoudienne. Levée cette interdiction ne créera aucune polémique, prédit Fawzya Al Bakr. Dans tous les pays musulmans, les femmes ont le droit de conduire. »

Pour Hoda El Helaissi, membre de l’Assemblée consultative saoudienne, cette abolition était inéluctable « C’était une question de temps », assure-t-elle. Et cela pour deux raisons : une raison économique, et parce que l’Arabie saoudite est un pays de jeunes. « Cela aurait été impossible que ces jeunes vivent sans avoir à conduire. »

Riyad prêt à lâcher du lest

Les Saoudiennes doivent toujours demander à leur tuteur masculin l’autorisation pour voyager, étudier, travailler, se marier ou encore accéder aux soins de santé. Mais dans le cadre de son plan de réformes économiques et sociales « Vision 2030 », Riyad semble prêt à lâcher du lest et vouloir assouplir certaines de ces restrictions. Prudemment, il tente de promouvoir des formes de divertissement malgré l’opposition des ultraconservateurs.

Alors qu’elles étaient jusque-là empêchées de fréquenter les stades en raison de la règle de séparation entre les sexes dans les espaces publics, des centaines de Saoudiennes ont ainsi pu prendre place dans un stade de Riyad pour assister aux concerts et aux feux d’artifice de la fête nationale, samedi 23 septembre.

La décision de l’Arabie saoudite d’autoriser les femmes à conduire est un « signe très positif » et un « grand pas dans la bonne direction », a déclaré mardi le département d’Etat américain. Donald Trump a, de son côté, salué « une avancée positive ».

RFI- AFP

La norme Afnor sur le halal : histoire d’un rendez-vous manqué

Le Conseil français du culte musulman se réunit mercredi 20 septembre dans l’après-midi au sujet de la norme Afnor sur le halal.

L’instance représentative des musulmans de France, qui a tardé à s’unir sur une charte commune, s’insurge contre cette norme qui s’est faite sans elle.

Quels sont les faits ?

L’Afnor, organisme associatif rattaché au ministère de l’industrie, a rendu publique le 15 septembre la première norme française sur le marché halal (« licite » en arabe), en l’occurrence un « guide de bonnes pratiques de fabrication de denrées alimentaires transformées ». Selon l’organisme, qui se défend de s’être lancé dans « une exégèse des textes religieux », elle ne concerne que la partie aval de la filière : de la matière brute au produit transformé, incluant conserves, plats préparés, charcuterie, confiserie, boulangerie, et donc pas l’abattage des animaux.

Élaborée à la demande d’industriels français de l’agroalimentaire, elle est par ailleurs présentée comme « expérimentale » – pour trois ans – et « volontaire ».

Quelles réactions ?

Aussitôt annoncée, la norme de l’Afnor a été dénoncée par les responsables musulmans. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a publié lundi 18 septembre un communiqué dans lequel il affirme ne pouvoir « être associé, ni de près ni de loin, a toute manœuvre d’ingérence par l’Afnor, dans la définition du halal qui est du ressort exclusif des instances religieuses musulmanes ».

De son côté, l’Union des Mosquées de France (UMF, proche du Maroc) a « exprimé sa stupéfaction face à cette démarche de l’Afnor qui s’apparente à une action mercantile incompatible avec la mission d’un organisme de normalisation reconnu d’utilité publique ».

Les trois grandes mosquées qui ont le monopole de l’habilitation des sacrificateurs halal et qui en tirent de substantiels revenus – Paris, Évry et Lyon – ont elles aussi réagi et dénoncé une « escroquerie morale ».

Quel est le problème ?

La norme était demandée de longue date par les industriels, désireux de profiter d’un marché mondial en expansion mais dans l’incertitude quant à la certification de leurs produits. En effet, les courants de l’islam sont loin d’être unanimes sur la définition de la nourriture « halal ». Mais ces mêmes industriels sont aussi sous la pression des associations de défense des animaux qui critiquent de plus en plus vigoureusement la dispense accordée aux cultes juif et musulman d’étourdissement des bêtes avant abattage.

Constatant l’impossibilité de mettre d’accord les différentes parties – les responsables musulmans demandant que les animaux soient conscients au moment de l’abattage, les industriels souhaitant qu’ils soient étourdis – l’Afnor a finalement décidé de n’aborder que les étapes « aval ». En conséquence, les organisations musulmanes ont fait savoir début 2016 qu’elles se retiraient.

« Dans la norme Afnor, il manque un chaînon et même le plus important : celui du contrôle de la viande qui arrive à l’usine et que personne ne va vérifier », déplore Mohammed Moussaoui, président de l’UMF.

Quelle est la responsabilité des acteurs musulmans ?

Depuis des années, le Conseil français du culte musulman annonce lui aussi une « charte du halal », assortie d’un référentiel religieux, d’un « label » et d’une organisation spécifique pour sa délivrance. « Fin 2010, le document était finalisé. J’allais le présenter au conseil d’administration mais une partie des membres fondateurs du CFCM ont menacé de se retirer si nous ne réglions pas d’abord le problème de la gouvernance », se souvient Mohammed Moussaoui, qui présidait alors l’instance. En clair, la Grande mosquée de Paris (proche de l’Algérie) et l’Union des organisations islamiques de France (proche des Frères musulmans) s’estimaient insuffisamment représentées à la suite des élections et réclamaient plus de sièges.

Grande mosquée, le vague à l’âme de l’islam algérien en France

Lorsque la réforme a enfin été adoptée début 2013, Mohammed Moussaoui approchait de la fin de son mandat et ses « successeurs se sont engagés à adopter la charte ». En 2015, ils ont rendu public le « référentiel religieux » mais ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur la manière de délivrer le label. D’autant que les grandes mosquées d’Évry et de Lyon, s’estimant lésées par la réforme des statuts du CFCM, étaient devenues moins enthousiastes…

« Je sais que cela sera dur à entendre par la communauté mais il y a une part de responsabilité des instances musulmanes », reconnaît Mohammed Moussaoui. « J’avais prévenu les autres fédérations que l’Afnor ne nous attendrait pas. Nous ne pouvons pas être toujours dans l’obstruction et pas dans la construction ». Dans le même temps, estime l’ancien président du CFCM, l’Afnor « prend un risque en avançant sans les musulmans ». « Si les consommateurs estiment que les produits français ne sont que du “halal bradé”, ils se tourneront vers les produits d’Asie ou d’Amérique du Sud ».

 

La Croix

Pourquoi de jeunes françaises sont séduites par le djihad

En croisant leurs regards, un sociologue et un psychanalyste expliquent pourquoi des jeunes femmes françaises sont séduites par le projet de Daech.Le Jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daesh ? de Fethi Benslama et Farhad Khosrokhavar

Comment de jeunes Françaises peuvent-elles être séduites par le projet d’une organisation qui défend la soumission de la femme, la prive de ses libertés et impose le « voilement » de son corps entier ? L’explication qu’en donnent le sociologue Farhad Khosrokhavar et le psychanalyste Fethi Benslama, sur la base de témoignages directs ou d’écrits, a quelque chose de vertigineux, tant ces jeunes femmes se posent en rupture par rapport à nos valeurs.

Alors que la République prône l’égalité, elles défendent une « bonne inégalité », une « complémentarité » du couple jusqu’à la caricature : aux hommes, l’héroïsme de la guerre, aux femmes la « dignité » de futures mères. Elles valorisent la figure du djihadiste, non pas violent mais courageux, « époux idéal » car il « n’est pas efféminé (…) et relève le défi de l’adversité ». Dans le mariage, obligatoire voire forcé, elles voient « un moyen d’échapper au malaise né de l’instabilité et de la fragilité des couples modernes ».

Ainsi, contre une société occidentale libre mais perçue comme déstructurée, Daech vend des « utopies répressives et régressives » mais encadrantes : l’organisation régit strictement leur vie, mais les libère du poids d’avoir à faire des choix en toute liberté.

Quatre catégories de femmes

Dans le détail, les auteurs dessinent quatre catégories de femmes aux motivations distinctes. Il y a d’abord les « surmusulmanes », qui, faute de combattre, s’orientent vers le rigorisme le plus strict. Puis « les héroïnes négatives » : « Je te fais peur donc je suis, disent-elles en substance. Je passe outre les limites de la décence ordinaire, vous ne me traitez plus en adolescente soumise. »

Viennent ensuite « les romantiques décalées du réel », qui voudraient répondre aux injonctions de notre société (sois toi-même, libre et indépendante), « mais dont le projet bute sur des obstacles » (chômage, exclusion, banlieue). Enfin, il y a les « fugitives du trauma », au passé douloureux, qui cherchent en Daech une nouvelle vie, une autre société.

La plupart entretiennent un rapport compliqué à leur féminité, teinté de culpabilité, auquel le discours de Daech sur la « pureté » de la femme répond. En miroir du féminisme occidental, elles s’affirment à travers des « prérogatives identitaires » – être mère, élever un enfant, « s’adonner à la sororité » (fraternité féminine). Dénonçant « la condition moderne en Occident, qui viserait la dépravation de la femme, la transformation de sa retenue en exhibition, de sa pudeur en indécence », elles construisent un « antirécit du grand récit de la modernité ».

 

La Croix

Tunisie : les femmes peuvent désormais épouser un non-musulman

 

A la demande du président tunisien Beji Caïd Essebsi, une circulaire de 1973 interdisant l’union d’une Tunisienne de confession musulmane avec un non-musulman a été abrogée.

« Tous les textes liés à l’interdiction du mariage de la Tunisienne avec un étranger, à savoir la circulaire de 1973 et tous les textes semblables, ont été annulés. Félicitations aux femmes de Tunisie pour la consécration du droit à la liberté de choisir son conjoint », a déclaré sur Facebook la porte-parole de la présidence, Saïda Garrach.

Cette décision fait suite à l’annonce par le chef de l’Etat tunisien en août, à l’occasion de la fête de la Femme, de sa volonté d’abroger cette circulaire et autres textes affiliés.

Jusqu’à ce jour, si les Tunisiennes souhaitaient que leur mariage soit reconnu ou célébré en Tunisie, elles devaient fournir un certificat de conversion à l’islam de leur futur mari, en particulier s’il est étranger.

« C’est une victoire des femmes tunisiennes et du mouvement féministe qui s’est mobilisé contre ce texte contraire aux conventions internationales signées par la Tunisie et à l’esprit de la Constitution », a déclaré Mona Ben Jemia, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD). L’annulation de la circulaire de 1973 était en effet une demande récurrente d’associations et ONG.

« Cette pratique, dictée par une circulaire contraire à la Constitution en l’occurrence la liberté de conscience et l’égalité entre l’homme et la femme et aux lois tunisiennes est une aberration », dénonçait Yamina Thabet, présidente de l’Association tunisienne de soutien aux minorités.

La nouvelle Constitution, adoptée en 2014, stipule que les « citoyens et citoyennes sont égaux en droits et devoirs ». Un principe que le président tunisien entend mettre en œuvre, notamment sur la question de l’héritage, sujet sensible faisant l’objet de débats en Tunisie.

 

Saphirnews

Irak : une double attaque fait 50 morts, dont des Iraniens

 

Au moins 50 personnes, dont des Iraniens, ont été tuées jeudi dans une double attaque près de Nassiriya dans le sud de l’Irak, la plus meurtrière depuis la reprise de Mossoul au groupe Etat islamique (EI), selon un nouveau bilan. Les attentats ont été revendiqués par l’État islamique.

« Le bilan atteint maintenant 37 morts et 87 blessés », a indiqué à l’AFP Jassem al-Khalidi, directeur général de la Santé pour la province de Zi Qar, précisant que la première attaque avait eu lieu près d’un restaurant. La seconde attaque, à la voiture piégée, a elle visé un point de contrôle de la sécurité, a ajouté Saad Maan, porte-parole du ministère de l’Intérieur.

 

AFP

Halimah Yacob devient la première femme musulmane présidente de Singapour

Pour la première fois dans l’Histoire de Singapour, une femme accède à la présidence de la République. Nommée sans élection en raison de l’élimination de ses deux adversaires dont la candidature n’a pas été validée, elle est la première personnalité musulmane à accéder à la fonction suprême.
C’est également la première fois que la présidence a été réservée à la communauté malaise, à la suite d’une réforme de la Constitution en 2016. Celle-ci vise à assurer une alternance entre les communautés ethniques de Singapour, la communauté chinoise étant majoritaire dans ce minuscule Etat.

A 63 ans, Halimah Yacob a été investie jeudi 14 septembre pour un mandat de six ans. Elle a auparavant assuré les fonctions de présidente du Parlement entre 2013 et 2017. Elle avait alors été la première femme à occuper ce poste. Avocate de formation, elle a effectué sa carrière politique au Parlement mais aussi en tant que ministre de la Jeunesse et des Sports et ministre de la Famille.

 

Saphirnews

Les aumôneries scolaires, petites « enclaves » religieuses méconnues

Croiser un prêtre en col romain dans un collège ou lycée public? C’est possible puisque l’enseignement secondaire laïque accueille des aumôneries. De petites « enclaves » confessionnelles méconnues et un droit que l’islam, deuxième culte de France, n’a toujours pas fait valoir.

Nées en 1802 avec le concordat, les aumôneries de l’enseignement public, qui proposent catéchèse et autres activités religieuses, n’ont pas été remises en cause par la loi de 1905 séparant les Eglises et l’Etat.

Si des familles en font la demande, leur création est de droit dans les établissements abritant un internat, au nom du libre exercice des cultes. Là où il n’y en a pas, c’est le recteur d’académie qui décide. Il doit motiver un éventuel refus.

Les chiffres manquent sur les aumôneries, signe de la prudence de l’administration à informer à propos de dispositifs perçus parfois comme une entorse à la stricte laïcité républicaine. En 2003, l’Education nationale évaluait à plus de 3.000 le nombre d’aumôneries scolaires, et les seules catholiques étaient fréquentées par quelque 120.000 jeunes, un nombre tombé à 75.000 en 2014, selon le quotidien La Croix.

L’aumônerie catholique de l’enseignement public (AEP) est aujourd’hui en situation de quasi-monopole, même si ses effectifs épousent la courbe déclinante des fidèles des messes dominicales.

« Ce n’est pas le seul moyen de toucher des jeunes mais c’est un moyen important, une enclave d’Eglise dans un cadre laïque », explique à l’AFP Béatrice Lefèvre, responsable nationale de l’AEP. En pénétrant dans les établissements publics, même si ses activités ont souvent lieu à l’extérieur, l’aumônerie « touche des jeunes qui n’iraient pas voir un tableau d’affichage devant une église », dit-elle.

Principaux et proviseurs sont tenus d’aviser les nouveaux élèves de l’existence d’une aumônerie, et de leur demander par écrit s’ils souhaitent recevoir une information sur ses activités.

« La loi est loi mais le problème, c’est qu’elle n’est pas connue », regrette le père Arnaud Gautier, vicaire épiscopal pour l’enfance et l’adolescence à Paris. Or « dans un établissement où l’information est correctement donnée, entre 5 et 20% des jeunes sont à l’aumônerie, sinon on tombe sous les 1% », estime-t-il.

– « Demande spirituelle » –

Pour le sociologue Benjamin Farhat, « l’aumônerie est vue comme une anomalie, mais surtout elle n’est pas vue: des enseignants, des proviseurs ne savent même pas que c’est un droit, qu’il y a une place pour la religion dans l’espace laïque ».

Ce chercheur, qui peste contre une laïcité « dévoyée », identifie une forme de « volonté politique pour maintenir ce silence et cette ignorance sur un sujet associé à un triptyque erroné: religion égale islam égale problèmes ».

Le culte musulman n’a d’ailleurs toujours pas de service d’aumônerie. Longtemps, la question ne s’est pas vraiment posée, la deuxième religion de France étant dépourvue d’instance représentative jusqu’à la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2003. Puis le CFCM, sans moyens ni grande efficacité, a eu d’autres tâches, comme le recrutement d’aumôniers pénitentiaires pour faire face au basculement jihadiste en prison.

Les familles musulmanes souhaitent-elles d’ailleurs vraiment des aumôneries scolaires? A Paris, « aucune demande n’est parvenue au rectorat », répond-on au cabinet du recteur. « Dire qu’il n’y a pas de demande, c’est prendre le problème du mauvais côté », estime a contrario un expert du dossier sous couvert d’anonymat: « Il y a de fait une demande spirituelle, et comme il peut y avoir des dérives, le sujet devrait être pris à bras-le-corps », dit-il.

L’ex-président du CFCM Anouar Kbibech est du même avis: une aumônerie scolaire musulmane pourrait contribuer à prévenir la radicalisation des jeunes. « Il ne faudrait pas que ce soit interprété comme une volonté de prosélytisme, mais de préservation des élèves face aux interprétations erronées de l’islam », fait-il prudemment valoir.

De là à voir demain des cadres musulmans déambulant en djellaba dans des établissements publics… Les aumôniers catholiques peuvent eux porter la chemise de clergyman, la neutralité n’étant imposée qu’aux personnels et aux élèves. « Nous en faisons un argument de laïcité », dit même le père Gautier. « Les élèves savent que ce sont des prêtres, et sont libres d’aller vers eux ».

 

L’ Union