A propos Fatima Achouri

Je suis consultante et essayiste. Spécialisée en sociologie de l’organisation et de l’islam contemporain, j’analyse notamment les interactions entre le religieux et les organisations. Mes travaux portent sur les enjeux des mutations actuelles (sociales, politiques, économiques, technologiques,etc.) auprès des organisations et des individus. Je suis également formatrice et conférencière auprès des organisations publiques et privées sur la gestion du fait religieux.

Israël, le parcours du combattant des anciens haredim

En 2059, la moitié de la population israélienne sera ultraorthodoxe. Communauté en plein boom démographique, la part de ceux qui veulent en sortir est aussi en augmentation. Une décision encore souvent très mal accueillie par leurs proches.

« J’ai 23 ans, j’ai quitté les haredim en avril 2017. Quand je me suis marié, à 20 ans, j’ai quitté le foyer familial pour la première fois. À partir de là, j’ai commencé à prendre de la distance et à comprendre qu’il existait un monde différent de celui dans lequel j’avais vécu jusque-là. Un monde dans lequel on est libre de prendre ses propres décisions. »

Jean bleu et tee-shirt à manches courtes, Chanan ressemble à n’importe quel jeune homme de son âge. Pourtant, il y a quelques mois encore, il ne sortait jamais sans sa chemise blanche, son chapeau et son costume noirs, la tenue classique des hommes haredim, les juifs ultraorthodoxes.

« Ma femme a divorcé au bout d’un an et demi. Je suis retourné chez mes parents mais rien n’était plus comme avant, je voulais partir. Quand ils s’en sont rendu compte, ce sont eux qui m’ont demandé de partir. » Comme la plupart des autres haredim qui quittent leur communauté, depuis son départ, Chanan a perdu tout contact avec sa famille, ou presque. Seules ses sœurs acceptent encore de le rencontrer.

Être ex-haredim, une perte de repères

En octobre 2017, une vidéo du rabbin Gershon Edelstein, important responsable de la communauté ultraorthodoxe, avait fait parler d’elle. Il y incitait les familles à ne pas rejeter leurs enfants si ces derniers exprimaient le désir de quitter les haredim, allant jusqu’à demander aux parents de faire preuve de compassion.

Si certains y ont vu une réelle avancée, Bette Harpeer reste très critique. Elle est l’une des fondatrices et la responsable du bureau à Jérusalem de l’association Hillel, créée en 1991, qui aide les ex-haredim dans toutes les étapes de leur nouvelle vie, aussi bien pour quitter leur ancien style vestimentaire que pour toutes sortes de démarches administratives, telles que l’inscription au service militaire.

Les haredim en sont effectivement exemptés pour pouvoir se consacrer à l’étude de la Torah, et ceux qui souhaitent rejoindre les bancs de Tsahal y bénéficient souvent d’un accueil particulier.

« Les haredim sont une communauté très spécifique. Ceux qui décident de la quitter ont besoin d’une aide précise, que nous savons leur apporter », affirme Bette Harpeer, elle-même fille d’un ex-haredim. Son expérience au quotidien ne témoigne d’aucune évolution de la communauté envers ces anciens membres.

« La rupture nette avec la famille reste la norme. Une des premières choses à laquelle les ex-haredim font face, c’est la solitude. Ils perdent tous leurs repères. »Depuis la création de l’association, près de 14 000 personnes ont déjà été accueillies.

Rien qu’à Jérusalem, chaque année, ils sont plusieurs centaines à frapper à la porte de Hillel. À l’entrée, une simple pancarte annonce la couleur : « Hillel, le droit de choisir », autrement dit le droit de quitter cette communauté s’ils le désirent.

La réinsertion dans la société civile

Pour Bette Harpeer, la décision de quitter les haredim est souvent liée à une perte de la foi, ainsi qu’à un sentiment d’étouffement. Élevés dans une société où toutes les décisions qui les concernent sont prises par une tierce personne, les ex-haredim considèrent leur départ comme un pas vers la liberté et l’autonomie personnelle.

Selon une récente étude du Taub Center for Social Policy Studies, à 13 ans, près de 20 % des élèves ayant effectué leur primaire dans une école religieuse quitteraient cet enseignement.

À Jérusalem, la communauté haredim est omniprésente, et aider ceux qui souhaitent la quitter n’est pas toujours facile. Régulièrement, des responsables religieux accusent Hillel de « voler » ses ouailles en les convainquant de partir. « Pour éviter les problèmes, on demande à ceux qui viennent nous voir de formuler clairement leur désir de partir, à l’écrit ou à l’oral. »

L’aide de Hillel dure plusieurs semaines, voire plusieurs mois. En plus d’une assistance technique pour certaines démarches administratives, l’association enseigne des choses élémentaires, comme apprendre à se comporter en société.

Chanan, qui explique avoir aujourd’hui « autant d’amis anciens haredim » que « d’amis de la société civile », se souvient bien de ses premiers instants d’ex-haredim. « Le simple fait de s’adresser à une femme en public était compliqué. Hillel nous aide à construire des repères. »

Toujours selon l’étude du Taub Center for Social Policy Studies, en 2059 les haredim représenteront 50 % de la population israélienne quand, à l’inverse, le reste de la société deviendra moins religieux. À terme, le fossé risque donc de se creuser, rendant peut-être encore un peu plus difficile le départ des ex-haredim.

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Le Patriarcat latin condamne la loi sur « l’État-nation »

« Excluante », « politique » et « discriminatoire » : le Patriarcat latin de Jérusalem n’a pas mâché ses mots contre la nouvelle Loi fondamentale approuvée par le Parlement israélien le 19 juillet, qui définit Israël comme État-nation du peuple juif.

Dans un communiqué publié lundi 30 juillet, le Patriarcat a fermement condamné une loi qui exclut « de manière flagrante » les Palestiniens citoyens d’Israël (20 % de la population), leur signifiant qu’ils « ne sont pas chez eux dans ce pays ».

Pour le Patriarcat, ce texte contrevient à la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies, mais aussi à la déclaration d’indépendance d’Israël, dans laquelle les pères fondateurs s’engageaient à garantir à tous les citoyens une égalité de droits.

Les chrétiens d’Israël, conclut le communiqué, « appellent tous les citoyens de l’État d’Israël qui croient encore au concept fondamental d’égalité (…) à faire entendre leur opposition à ce texte et à avertir des dangers qui en émanent pour l’avenir de ce pays ».

 

La Croix

Le numérique pour faciliter le pèlerinage de la Mecque

L’Arabie saoudite a accueilli début août un « hackathon » de trois jours. Cette réunion de développeurs informatiques visait à trouver des solutions innovantes pour améliorer le confort et la sécurité des pèlerins musulmans.

Comment faciliter la vie des pèlerins et prévenir les accidents mortels pendant le hajj ? Ce sont les questions sur lesquelles ont planché, pendant trois jours, près de 3 000 développeurs informatiques réunis à Jeddah, en Arabie saoudite, à l’initiative de la fédération saoudienne pour la cybersécurité et la programmation, dans le cadre du plus grand « hackathon » jamais réalisé.

Le hajj est pour les musulmans le pèlerinage aux lieux saints de La Mecque et de Médine en Arabie saoudite. Il est l’un des cinq piliers de l’islam et se tient une fois par an, cette année du 19 au 24 août prochain.

Accidents à répétition

Près de deux millions de fidèles sont attendus pour effectuer ce pèlerinage. Or ce rendez-vous a été émaillé d’accidents mortels à répétition ces dernières années. En septembre 2015, un mouvement de foule avait coûté la vie à quelque 2 300 fidèles. Plus tôt dans le mois, une centaine de personnes avaient été tuées dans la chute d’une grue sur le chantier d’agrandissement de la grande mosquée.

La succession de drames mortels a mis en cause la capacité de l’État saoudien à assurer la sécurité des lieux saints, qui ont également été la cible, par le passé, de groupes terroristes. Or dans son plan de modernisation du royaume, le prince Mohammed Ben Salmane souhaite développer le tourisme religieux. Il prévoit de tripler le nombre de pèlerins pour en accueillir jusqu’à six millions pour le hajj.

 

La recherche de nouveaux outils

Le hackaton organisé à Jeddah a donc réuni des développeurs du monde. Ils ont rivalisé pour concevoir, durant trois jours, de nouveaux services numériques pouvant être utiles aux pèlerins. Cinq jeunes femmes saoudiennes, yéménites et érythréennes ont travaillé à la conception d’une application permettant aux ambulanciers d’atteindre rapidement des personnes ayant besoin de soins médicaux, à travers un système de géolocalisation.

Deux Pakistanais se sont associés à des étudiants d’Asie de l’est pour créer une « laisse virtuelle » permettant de localiser des proches perdus dans la marée humaine, grâce à des bracelets électroniques. Quatre Saoudiens ont, quant à eux, proposé le concept de poubelles à capteurs qui avertissent les éboueurs quand celles-ci sont pleines.

Mais l’application qui a emporté le premier prix – et la récompense attenante d’un million de riyals saoudiens, soit 230 000 € – est celle d’une équipe de quatre jeunes saoudiennes, qui ont imaginé un logiciel de traduction des panneaux de signalisation de l’arabe vers la langue natale des fidèles. Les deuxième et troisième places ont été respectivement attribuées à deux applications permettant de payer électroniquement via son smartphone et d’envoyer sa localisation ainsi que des photos à ses proches.

Des solutions déjà proposées

Sur le portail Internet du gouvernement saoudien, une liste d’applications mobiles est d’ores et déjà conseillée aux fidèles qui s’apprêtent à effectuer le célèbre pèlerinage cette année. Beaucoup d’entre elles permettent de se déplacer facilement à l’intérieur de la grande Mosquée. Plusieurs autres indiquent les toilettes et les points d’eau à proximité, ou encore le contact des services médicaux les plus proches.

D’autres encore donnent la possibilité aux pèlerins de signaler les incivilités dont ils seraient témoins. Une application, nommée « Hadaj » permet même de faciliter, photo à l’appui, l’achat du mouton sacrificiel faisant partie du rituel du hajj.

 

La Croix

L’impressionnant succès du tourisme halal

Les musulmans sont convoités par l’industrie touristique, qui développe de nombreux hébergements en adéquation avec leurs règles religieuses : nourriture halal, séparation des hommes et des femmes… Les professionnels tablent sur 260 milliards de recettes en 2026.

« Pourquoi ne pas essayer Gold Coast pour un Ramadan plus frais cette année ? » L’invitation a été lancée par le site d’une station balnéaire de la côte est australienne, au début des années 2010. Gold Coast voulait ainsi profiter des températures de son hiver austral pour attirer une clientèle de touristes musulmans à la recherche d’un environnement propice au respect des règles du « halal ». C’est-à-dire de ce qui est licite selon leur religion.

Année après année, un nombre croissant de destinations ou d’hébergements souhaitent profiter d’une niche touristique récente : le tourisme halal. Une niche que les professionnels du secteur des loisirs espèrent voir devenir un palais doré.

193 milliards d’euros de recettes en 2020

Selon le récent rapport sur l’économie islamique mondiale de Thomson Reuters, le tourisme halal pourrait représenter 283 milliards de dollars en 2022 (248 milliards d’euros) soit 14 % des recettes globales du secteur. La tendance est la même dans les études de l’organisation Crescent Rating, basée à Singapour, qui s’est spécialisée sur l’accompagnement et les analyses de ce créneau touristique. On est passé de 25 millions de voyageurs musulmans en 2000 à 131 millions l’année dernière. Crescent Rating table sur 158 millions de voyageurs en 2020 et 220 milliards de dollars (193 milliards d’euros).

Plages et piscines séparées

Le phénomène est particulièrement impressionnant en Turquie, sur la côté méditerranéenne. « Des dizaines de complexes balnéaires se sont spécialisés dans l’accueil d’une clientèle qui veut à la fois profiter de vacances comme tout le monde, mais sans risque de compromis avec leur croyance ou de se sentir stigmatisée », dit Rebecca Widrig.

De nombreuses infrastructures ne se contentent souvent pas de garantir une nourriture 100 % halal ou un environnement sans alcool. Corans et tapis de prière dans les chambres avec indication de la direction de la Mecque, salles de prière collectives et salles d’ablution ou encore piscines et plages séparées pour hommes et femmes sont proposés. « Plus les séjours sont balnéaires, plus les clients recherchent un haut niveau de respect des règles halal, et notamment des installations non mixtes », observe Rebecca Widrig.

La Turquie en tête

« La Turquie s’est d’autant plus spécialisée sur ce créneau que son industrie touristique traditionnelle s’est effondrée en raison des attentats, note Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme. D’autres pays ont été dans le même cas et tentent aussi de monter en puissance dans le tourisme halal, la Tunisie par exemple. »

« La Turquie a été l’un des pionniers de cette tendance qui a vraiment émergé au début des années 2000, indique Rebecca Widrig, responsable marketing France du site de voyages britannique HalalBooking.com qui s’affirme comme le leader mondial des réservations en ligne de tourisme halal. Au départ, cela s’adressait surtout à une clientèle locale. Mais le pays a vite compris qu’elle pouvait en tirer parti pour son industrie touristique. »

Aujourd’hui, 95 % des réservations sur le site concernent le pays, soit quelques 35 000 par an.

 

Des jeunes générations plus aisées

Cette nouvelle branche de l’industrie touristique ne connaît pas de frontières. De l’Espagne à la Thaïlande en passant par le Japon ou la France, des hôtels ou des chambres d’hôtes vantent leur nourriture halal, la présence d’établissements spécialisés à proximité, ou encore leurs piscines sans vis-à-vis.

Communautarisme religieux  ? La plupart de ces hébergements rappellent que ces hébergements accueillent aussi les non-musulmans qui peuvent se laisser séduire par leur atmosphère familiale.

Classes moyennes

L’essor des classes moyennes à travers le monde vient nourrir le phénomène. En Europe, notamment en France, les jeunes générations sont convoitées par les professionnels. « Notre clientèle est surtout composée de jeunes familles entre 25 et 40 ans avec deux enfants, dit Rebecca Widrig. Une population aux moyens financiers plus importants que leurs parents et aux codes de loisirs différents. »

Selon la consultante et essayiste Fatima Achouri, auteur de Islam 2.0 (1), c’est notamment le cas en France. « Ce qu’on appelait le retour au pays d’origine pour voir la famille n’est pas une pratique révolue, bien au contraire, dit-elle. Mais les jeunes générations qui font partie des classes moyennes, voire supérieures, aspirent aussi à d’autres types de vacances avec une offre religieuse marquée. Beaucoup désirent afficher leur islamité sans être stigmatisés, montrer qu’ils font partie d’une communauté en suivant des règles qu’ils ne peuvent pas toujours appliquer facilement en France. »

De plus en plus de niches touristiques

« Le succès du tourisme halal se nourrit de plusieurs éléments, dit Didier Arino, de Protourisme. La montée d’une revendication identitaire religieuse se conjugue avec une tendance lourde du tourisme qui se divise de plus en plus en niches. On part de moins en moins en vacances avec ceux qui ne nous ressemblent pas. »

 

(1) edition Michalon

La Croix

La Knesset adopte une loi controversée définissant Israël comme Etat juif

Le texte voté cette nuit fait de Jérusalem la capitale « complète et unifiée » d’Israël et retire à l’arabe son statut de langue officielle au côté de l’hébreu. Un député arabe israélien a dénoncé « la mort de la démocratie ».

C’est un marqueur identitaire promu par la droite israélienne de longue date. Par 62 voix contre 55, les députés de la Knesset ont adopté, dans la soirée du 18 juillet, une loi controversée définissant Israël comme « foyer national du peuple juif ». Ce texte, prenant force de Loi fondamentale dans un pays sans Constitution, regroupe des éléments qui figuraient déjà dans la déclaration d’indépendance de 1948, dans d’autres lois ou bien ne faisant l’objet d’aucune contestation. Le texte passe en revue les attributs de souveraineté, comme le drapeau, l’hymne national, le calendrier juif.

Mais il comporte aussi des clauses plus sensibles. Il définit Jérusalem comme la capitale « complète et unifiée » d’Israël, alors que le statut de la ville ne devrait être tranché, selon le consensus international, qu’au terme de négociations de paix avec les Palestiniens. Il dégrade la langue arabe en ne lui accordant qu’un statut spécial, la seule langue d’Etat étant l’hébreu. Enfin, il accorde une « valeur nationale » au développement de communautés juives, que l’Etat devrait encourager.

Cette dernière mention a fait l’objet de négociations en début de semaine. Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, et le ministre de l’éducation, Naftali Bennett, leader de la droite messianique, ont convenu d’abandonner la formule initiale, critiquée par les juristes, qui autorisait la formation de communautés exclusivement juives. Même le président, Réouven Rivlin, avait adressé une lettre aux députés pour s’émouvoir de cette initiative discriminatoire.

Cette loi est « la mort de la démocratie », s’est ému le député Ahmad Tibi, de la Liste arabe unie. Elle était débattue depuis sept ans, sous de nombreuses formes, par les députés. Elle avait même été le prétexte à l’implosion du gouvernement fin 2014 et à la convocation d’élections anticipées par M. Nétanyahou. Ses adversaires estiment que l’équilibre entre les principes démocratiques et la nature juive de l’Etat se trouve menacé.

Ces derniers jours, les alertes sur ce front se sont multipliées à la Knesset, notamment au travers de deux autres textes. Le premier, voté le 16 juillet, est associé à une célèbre organisation non gouvernementale (ONG), Breaking the Silence. Composée de vétérans de l’armée, elle documente les crimes et les abus commis par les occupants de la Cisjordanie, ainsi que lors des guerres successives dans la bande de Gaza. La nouvelle loi stipule que dorénavant, les individus et les organisations qui promeuvent des poursuites judiciaires à l’étranger contre les soldats israéliens ne seront plus autorisés à intervenir dans les lycées.

Le paradoxe est que Breaking the Silence, organisation honnie par la droite, n’a jamais milité pour que de hauts gradés ou de simples soldats soient traduits devant un tribunal international. L’ONG n’a fait que recueillir les témoignages, les recouper et essayer d’en extraire une cohérence en matière de règles d’engagement. Mais elle est devenue pour ses détracteurs le symbole d’une « cinquième colonne » fantasmée.

Au dernier moment de la discussion parlementaire, un amendement a été ajouté par le député du Likoud Amir Ohana. Il étend l’application de la loi aux individus et organisations appelant à « des actes politiques contre l’Etat d’Israël ». Les termes vagues de cette incrimination ouvrent la porte à une stigmatisation publique en fonction de critères purement partisans.

« Il s’agit d’un pic historique dans les atteintes à la liberté d’expression en Israël, explique Michael Sfard, avocat de renom défendant la plupart des ONG mises en cause par la droite. Il y a trois semaines, j’étais à Londres, où j’ai rencontré une vingtaine de députés de tous les partis. Est-ce que j’ai dénoncé la colonisation ? Absolument. Est-ce que cela signifie que je serai interdit d’intervenir dans les lycées ? » L’avocat dit n’avoir « aucun doute » sur l’extension future de cette loi au-delà du système scolaire.

L’amendement de dernière minute se veut une réponse à l’intervention devant le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), en octobre 2016, de Hagaï El-Ad, directeur de l’ONG B’Tselem. Celui-ci avait alors dénoncé la poursuite de l’occupation, appelant le Conseil à agir. La coalition avait, dès lors, redoublé d’efforts pour mettre en cause les ONG dites de gauche. « Les députés avancent avec de plus en plus de confiance contre les Palestiniens, mais aussi contre ceux, en Israël, qui s’opposent à cette injustice, explique Hagaï El-Ad.Ils sont partis à la chasse aux traîtres. »

La troisième loi votée à la Knesset concerne les recours en justice de Palestiniens, essentiellement de la zone C (60 % de la Cisjordanie), s’estimant atteints dans leurs droits par l’occupant israélien. Certains dénoncent l’expropriation de leurs terres par les colons ou la destruction de leur maison. D’autres contestent l’interdiction qui leur est opposée de voyager en sortant via Israël.

Jusqu’à présent, ces Palestiniens saisissaient directement la Haute Cour de justice. Mais dorénavant, c’est un tribunal civil ordinaire qui examinera leurs plaintes en première instance. Pour les initiateurs du projet, c’est une façon d’offrir aux colons le même cadre juridique que les autres citoyens israéliens. L’autre justification est l’engorgement de la Haute Cour, qui doit gérer près de dix mille dossiers par an.

Derrière ces arguments apparaît en réalité une avancée importante vers l’annexion. « Il s’agit de normaliser la présence israélienne en Cisjordanie, pour en faire un simple district israélien, explique Michael Sfard. Historiquement, c’est la loi militaire qui s’appliquait en Cisjordanie. Mais les députés de droite promeuvent différentes initiatives pour que toutes les lois votées à la Knesset s’appliquent aussi aux juifs vivant en Cisjordanie. Une façon d’étendre la souveraineté politique et juridique d’Israël.

 

Le Monde.fr

En Turquie, le boom du tourisme halal

Des hôtels spécialement adaptés pour les musulmans attirent de plus en plus de touristes étrangers sur les côtes turques, rapporte le site Slate.

Sur les célèbres plages d’Antalya, au sud de la Turquie, les touristes étrangers font leur retour après deux années particulièrement moroses. La série d’attentats qui a touché le pays en 2015, la crise diplomatique avec la Russie et la tentative de coup d’État de juillet 2016 ont fait chuter de 30 % le nombre de touristes sur l’année 2016, dont la moitié sont européens. Mais, à y regarder de plus près, ce renouveau ne provient pas tant des resorts hôteliers traditionnels que des établissements spécialisés dans le tourisme « halal », relate Slate. Apparu à la fin des années 2000, ce secteur connaît un essor spectaculaire et attire les touristes musulmans du monde entier.

De nombreux hôtels turcs se sont spécialisés dans ce domaine porteur. Ils sont répertoriés sur le site Halal Booking, créé en 2009 et devenu la référence mondiale en matière de réservations en ligne d’hôtels pour la clientèle musulmane. Résultat : la Turquie fait aujourd’hui partie des destinations les plus « halal friendly » au monde, selon le classement mondial du Global Muslim Travel Index, juste derrière la Malaisie, l’Indonésie et les Émirats arabes unis.

Coran, salle de prière et burkini

Ces établissements « muslim friendly », qui sont souvent des quatre ou cinq étoiles, respectent les enseignements de l’islam. Il n’y a pas de vente d’alcool, les produits sont certifiés halal et on trouve une salle de prière dans l’hôtel, avec la présence d’un imam tous les vendredis. Dans chaque chambre, les vacanciers trouveront un coran, un tapis de prière et une flèche indiquant la direction de La Mecque. Les espaces de baignade sont également séparés entre hommes et enfants. Les femmes ne peuvent pas s’y baigner et doivent porter un burkini. Mais elles bénéficient souvent de lieux réservés – avec un personnel exclusivement féminin – où elles peuvent bronzer en bikini.

Le magazine Challenges estime que le marché mondial des voyages et des excursions « halal friendly » s’élevait à 142 milliards de dollars en 2014, soit 11 % des dépenses mondiales dans le secteur. D’ici à 2020, ce chiffre devrait connaître une hausse de 60 %. Grâce à ce positionnement porteur, le tourisme turc reprend des couleurs, et affiche déjà une hausse de 20 % sur les trois premiers mois de 2018.

 

Le Point.fr

Les «contrats de mariage de plaisir» fleurissent en Syrie

Influencée par l’Iran, où cette pratique est autorisée comme dans tous les autres pays à domination chiite, cette union temporaire d’une heure ou plusieurs années se répand, alors que des milliers de femmes sont célibataires.

 

La mention «contrat de mariage de plaisir» figure bien en tête du document daté du 2 mars 2018 à Alep. Les noms des deux époux et leurs signatures en bas de la feuille ont été effacés au Tipp-Ex mais leurs dates de naissance (1988 pour l’homme et 1994 pour la femme) sont bien visibles. Conclu pour une durée de «15 jours»et contre «une dot de 100 000 livres syriennes» (160 Euros), l’union impliquant «l’ensemble des droits conjugaux» est visée par deux témoins, représentant respectivement chacun des époux.

La publication il y a dix jours par le site d’information syrien Horrya.net de la copie d’un acte de mariage temporaire conclu par une agence spécialisée à Alep a suscité un nouvel émoi autour de cette pratique. Appelée Sigheh en Iran et autorisée chez les chiites, cette union temporaire est strictement proscrite dans l’islam sunnite majoritaire qui l’assimile à la fornication (zina), car elle équivaut à autoriser les rapports sexuels hors mariage. La pratique s’est répandue ces dernières années dans plusieurs pays arabes, notamment en Irak et en Syrie, dans les zones sous l’influence des milices chiites iraniennes. Elle consiste à contracter un mariage musulman pour une durée déterminée convenue entre l’homme et la femme. Une union allant d’une heure minimum, à un jour, une semaine, et jusqu’à 99 ans au maximum, et pouvant être immédiatement consommée.

Bénéfices rapides

Les révélations de Horrya.net portent sur l’ouverture à Alep-Est de plusieurs agences matrimoniales dédiées au mariage temporaire. Dans les quartiers populaires de la ville du nord syrien reconquise par le régime de Bachar Al-Assad grâce aux forces de son allié iranien en décembre 2016, ces «bureaux» discrets sont parfois installés dans les locaux d’anciennes agences immobilières. Celles-ci se sont reconverties dans une activité plus adaptée aux circonstances et dégageant des bénéfices plus rapides à l’heure où le marché immobilier n’est pas florissant dans la ville dévastée. Elles sont gérées par les milices chiites du Hezbollah libanais ou irakiennes et bénéficient à leurs hommes. Les agences proposent sur-le-champ au nouveau couple la location d’appartements pour consommer le mariage.

Le marché s’est développé du fait des nombreuses jeunes femmes célibataires ou veuves dans le besoin, favorisant la multiplication de ces contrats depuis le début de l’année. Contre des sommes variant entre l’équivalent de 20 à 50 euros par jour, avec des tarifs dégressifs selon la durée du mariage, les Syriennes démunies acceptent un gain ponctuel. Car ce type de mariage ne donne aucun droit à un héritage ou à une pension. Et si théoriquement les enfants nés d’une telle union doivent être reconnus par le père, il est souvent difficile de retrouver ce dernier.

Certificat médical

Plus récente en Syrie, courante en Iran et au Liban parmi les chiites, la pratique est implantée depuis plusieurs années en Irak. «L’organisation de la route de la croyance», spécialisée dans le «mariage de plaisir», est une agence matrimoniale installée dans le quartier chiite de Kazymyah sur les bords du Tigre. Sur sa page Facebook qui présente l’adresse et la photo de son bureau, les «femmes volontaires sont appelées à s’inscrire sur la page ou à se rendre dans les locaux auprès de Mme Kawthar Al-Jabiri». Elles doivent fournir leur nom, âge, photo et numéro de téléphone ainsi qu’un certificat médical attestant qu’elles n’ont pas de maladies. Parmi les règles du mariage détaillées sur la page figurent les conditions pour une fille vierge, qui doit avoir l’assentiment de son «tuteur».

L’institutionnalisation du mariage de plaisir longtemps dénoncé pour des raisons religieuses et morales inquiète de plus en plus les défenseurs des droits des femmes dans les pays concernés. Elle est perçue comme une prostitution déguisée qui profite de la situation des femmes les plus vulnérables.

Libération.fr

Edouard Philippe présente un nouveau plan de lutte contre le terrorisme

Parmi les préconisations: une lutte plus résolue contre le « radicalisme musulman » et le salafisme, considéré comme un « danger », ou l’accès des maires au Fichier des signalements

 

Edouard Philippe se rendra vendredi au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour présenter un nouveau plan d’action contre le terrorisme, qui se veut le pendant d’un volet anti-radicalisation détaillé en février.

Le Premier ministre, qui passera une partie de la matinée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) dans les locaux de la DGSI, service chef de file de la lutte antiterroriste sur le territoire national, sera accompagné du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et de la ministre aux Armées Florence Parly.

Ce plan d’une trentaine de mesures complètera le dispositif de prévention de la radicalisation présenté le 23 février à Lille. Centré sur les prisons, il balayait un large spectre avec notamment des mesures ciblant l’éducation, les services publics et internet.

Le nouveau plan antiterroriste de Matignon se déploiera sur fond d’évolution de la menace terroriste, devenue endogène, et d’inquiétudes autour des « sortants », les détenus condamnés pour des faits de terrorisme ou radicalisés en prison et qui doivent sortir de détention.

Une source élyséenne avait estimé en mai que, d’ici fin 2019, 10% des condamnés pour terrorisme et près d’un tiers des détenus de droit commun radicalisés sortiraient de détention, soit environ 450 personnes.

Selon des sources concordantes, une unité de suivi des « sortants » devrait être constituée au sein de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Ucalt) rattachée à la Direction générale de la police nationale (DGPN).

La France a été frappée en 2018 à deux reprises par des attaques terroristes revendiquées par l’organisation jihadiste Etat islamique, coûtant la vie à cinq personnes, le 23 mars à Carcassonne et Trèbes (Aude) puis le 12 mai à Paris.

Depuis 2015, 246 personnes ont été tuées dans des attentats sur le territoire français.

« Travail d’une génération »

Ce nouveau plan antiterroriste constitue le troisième exercice du genre de la période récente, après le plan de lutte antiterroriste (PLAT) du 29 avril 2014 et le plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) du 9 mai 2016, sous le quinquennat Hollande.

Depuis son arrivée au pouvoir il y a un peu plus d’un an, le nouvel exécutif a à son tour renforcé l’arsenal antiterroriste, avec notamment la loi controversée renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (SILT) promulguée à l’automne 2017.

Dans un rapport rendu public mardi, une commission d’enquête du Sénat a crédité les pouvoirs publics d’avoir renforcé la politique de lutte contre la menace terroriste, mais en s’inquiétant « de réelles insuffisances ».

Parmi les préconisations: une lutte plus résolue contre le « radicalisme musulman » et le salafisme, considéré comme un « danger », ou encore l’accès des maires au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), qui contient environ 20 000 noms.

Mais cette dernière proposition, envisagée par Emmanuel Macron dans un discours prononcé fin mai, avait fait grincer des dents dans les services et même suscité l’opposition de la garde des Sceaux.

« On ne s’en sortira pas uniquement avec des services de force ou de renseignement mais en mobilisant aussi la société civile et la société toute entière », avait-t-on commenté à l’Elysée.

Dans son discours devant le Congrès lundi, le chef de l’Etat a estimé que la lutte contre le terrorisme était le « travail d’une génération » à poursuivre « sans fébrilité et sans relâche ».

 

The times of Israël

Contre la menace terroriste, ce que préconise un rapport du Sénat ciblant le salafisme

Une commission sénatoriale a rendu, mardi 10 juillet, son rapport intitulé « Pour une République juste mais plus ferme ». Contre la menace terroriste, les membres de la commission ont choisi de cibler particulièrement le salafisme, en plaidant que ce courant puisse être inscrit « sur la liste des dérives sectaires » en France.

 

Après sa création le 11 janvier 2018, la Commission d’enquête sénatoriale sur « l’organisation et les moyens des services de l’État pour faire face à l’évolution de la menace terroriste après la chute de l’État islamique » a rendu son rapport, mardi 10 juillet, après 32 auditions effectuées pour certains à huis clos entre le 6 mars et le 12 juin.

Tout en reconnaissant les efforts et les moyens mobilisés par l’État pour combattre le terrorisme, la commission présidée par Bernard Cazeau (LREM) avec, pour rapporteuse, Sylvie Goy-Chavent (Union centriste), estime que « le traitement de la menace terroriste soufre de réelles insuffisances ».

Parmi les « fortes inquiétudes » soulevées dans le rapport, la commission n’a pas caché ses « doutes »par rapport à « l’efficience du renseignement, notamment pour détecter la menace « inspirée » et les passages à l’acte impulsifs », d’autant qu’en France, la menace est « endogène » à leurs yeux.

 

Des propositions controversées préconisées

 

Jusqu’à présent, les « mesures restent très généralistes ou de long terme », estime la commission, et « les contre-discours, s’ils sont indispensables, semblent très peu efficaces, en particulier pour atteindre une personne déjà radicalisée ». Alors pour palier aux failles du plan de prévention contre la radicalisation présenté en février dernier, la commission estime qu’il faut « s’appuyer sur les musulmans pour promouvoir les contre-discours et lutter contre le salafisme ». A cette fin, elle invite « l’islam de France » (sic) à se structurer, à se réorganiser, « à se financer de façon transparente », « en réaffirmant les valeurs de la République ».

Pour améliorer la réactivité des collectivités locales contre la menace terroriste, la commission propose la mise en place d’un « pôle de lutte contre l’islam radical » dans chaque département. Elle souhaite aussi la participation active des maires dans la lutte contre le terrorisme, en donnant notamment aux premiers magistrats des villes accès au Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Cette dernière proposition, sur la table des débats depuis plusieurs mois, fait polémique mais Emmanuel Macron s’y est dit favorable en mai.

La commission sénatoriale ne s’arrête pas là et remet sur la table des propositions qui ne sont, elles aussi, pas nouvelles mais qui sont sources de débats houleux. Elle veut permettre davantage l’expulsion « des individus radicalisés fichés S de nationalité étrangère » et préconise la déchéance de la nationalité française des « binationaux ayant commis des actes de terrorisme », qui a été l’objet d’un vaste débat politique clivant en 2015 sous le mandat de François Hollande.

Elle préconise également de « créer une nouvelle circonstance aggravante au délit d’apologie ou de provocation à des actes de terrorisme lorsque les propos incriminés sont tenus dans l’exercice du culte ».

Inscrire le salafisme dans les dérives sectaires

 

Le rapport cible particulièrement le salafisme, présenté comme une idéologie « qui alimente la menace intérieure ». Selon les services de renseignement, elle compte environ 130 lieux de culte et entre 40 à 60 000 adeptes en France.

La commission préconise en ce sens une mobilisation de « l’ensemble de notre arsenal juridique pour lutter contre les troubles à l’ordre public que peut provoquer le salafisme » en se référant à l’interdiction du niqab.

Dans la foulée, elle propose d’inscrire « le salafisme sur la liste des dérives sectaires de la Mission interministérielle de la vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ». Une mesure, comme d’autres, que le chercheur Romain Caillet, auditionné en avril, estime comme n’étant pas vraiment efficace dans la lutte contre le terrorisme.

Quelques jours avant la présentation d’un nouveau plan de lutte contre le terrorisme par Matignon, les membres de la commission, qui déplore un « manque de courage » sur ce point, en appelle à « déclaration politique forte, dénonçant clairement le salafisme comme l’ennemi des valeurs de la République ».
Saphirnews

A Strasbourg, les prémices d’une formation pour les aumôniers hospitaliers musulmans

Le Conseil national de l’aumônerie musulmane hospitalière a commencé à organiser, en mars 2018, des séminaires de formation, à Strasbourg, pour ses membres, salariés ou bénévoles.Cette « École nationale des aumôniers musulmans hospitaliers » est en quête de moyens.

Fatiha est aide-soignante. Elle est aussi aumônier hospitalier musulman bénévole à l’hôpital de Strasbourg-Hautepierre. L’accompagnement des personnes en souffrance n’a pas de secret pour elle. Pourtant, il arrive souvent qu’elle bute sur des cas complexes, et qu’elle cherche, longuement, avec ses collègues aumôniers, la réponse à donner aux patients.

« J’ai été sollicitée récemment par une femme enceinte d’un bébé souffrant de malformations. Pouvait-elle accepter l’interruption thérapeutique de grossesse ? Je ne voulais pas lui donner mon avis personnel, mais être professionnelle. Nous avons fini par trouver, dans le Coran, le texte qui allait la soulager : elle ne voulait en aucun cas commettre un péché. Alors oui, nous avons besoin de formation. À l’hôpital, les gens se confient beaucoup ! »

« Lutter contre les discours radicaux fanatiques »

Fatiha fait partie de la trentaine d’aumôniers hospitaliers musulmans du Grand Est ayant commencé en mars 2018 un cursus à la toute nouvelle École nationale des aumôniers musulmans hospitaliers de France (Enah), émanation du Cnamh (Conseil national de l’aumônerie musulmane hospitalière). Elle ne dispose pas de local spécifique, mais est hébergée dans plusieurs salles de cours du centre culturel Iqraa, qui jouxte la mosquée dite de Lingolsheim, à Ostwald, à côté de Strasbourg.

Le président du Cnamh, l’imam Abdelhaq Nabaoui, est en effet également président d’Iqraa (et actuellement président du conseil régional du culte musulman d’Alsace). « Ces dernières années, l’aumônerie hospitalière musulmane a su, avec de nombreux chefs de service, personnels, et patients, trouver la bonne mélodie, pour apporter le réconfort. Nous devons aussi lutter contre les discours radicaux et fanatiques », affirme-t-il.

« L’enjeu est de se professionnaliser, d’harmoniser nos pratiques, de s’entraider, de faciliter la tâche des aumôniers, qui sont pour la plupart bénévoles (seuls 50 sur 350 en France sont défrayés), et de valoriser leurs missions », indique El Mostafa Allioui, responsable pédagogique, et aumônier au CHRU de Nancy. Cette école, dont l’idée a été lancée en 2017, et qui en est encore à ses balbutiements, est conçue comme un complément au diplôme universitaire de formation civile et civique désormais obligatoire pour les aumôniers militaires, hospitaliers et pénitentiaires rémunérés.

« Nous y approfondissons notamment la connaissance des acteurs de l’hôpital, l’éthique de la santé, et la connaissance de l’islam appliquée aux missions des aumôniers », explique El Mostafa Allioui. Y sont abordées des questions aussi variées que l’écoute, le don d’organe, ou la toilette rituelle.

« Même pour les personnes déjà très expérimentées, se réunir régulièrement en formation est capital pour échanger sur nos pratiques. J’ai besoin de me sentir épaulé, confie Mohamed Bayri, de Troyes. Je suis surtout sollicité au moment de la fin de vie, et il n’est pas si facile de garder de la distance pour être capable de réfléchir à la situation. D’autant que l’attente des familles est grande, et que la majorité n’a pas de pratique religieuse régulière, et délègue beaucoup sur nous. »

Une « formation diplômante » en 2019

Faute de moyens financiers, l’Enah ne propose pour le moment qu’une série de séminaires d’une durée de trois jours chacun. Elle n’envisage pas de cursus à temps complet, mais elle espère, après ses six premiers séminaires, élargir son offre, et proposer en 2019 une formation diplômante. Il lui faudra d’ici-là obtenir les autorisations de l’Education nationale, et réunir un budget de fonctionnement estimé à 200 000 €. Seule la Fondation de l’islam de France, reconnue d’utilité publique, et visant à soutenir des projets éducatifs, culturels et sociaux favorisant un islam républicain, a pour le moment alloué 20 000 € au projet.

« L’aumônerie hospitalière musulmane ne dispose pas du nécessaire pour vivre décemment, et j’ai bien l’intention de convaincre les différents ministères de son utilité », a annoncé, mercredi 4 juillet, Jean-Pierre Chevènement, le président de la Fondation de l’islam de France, lors de l’inauguration de l’Enah. À terme, l’objectif est de créer une antenne de l’Enah par grande région administrative, afin de favoriser son accessibilité.

 

La Croix

Lisbonne, « Saint-Siège » des chiites ismaéliens

La capitale portugaise devient le siège de l’Imam Aga Khan, chef spirituel de la communauté ismaélienne.

« Le Portugal est un pays dont la vision pluraliste a marqué l’histoire et se vérifie aujourd’hui encore grâce aux rôles prépondérants que le pays joue à l’ONU, à l’Unesco ou au sein de la communauté européenne. » Le prince Karim Al-Hussaini dit Karim Aga Khan IV, imam des Ismaéliens, a rendu, mardi 10 juillet, un hommage appuyé au Portugal, qui l’a reçu avec les honneurs d’État.

Lisbonne va désormais être le siège de l’Imamat. Jusqu’à présent, les Ismaéliens, branche dissidente des chiites, disposaient d’une dizaine de représentations dans le monde, cette communauté étant elle-même présente dans 30 pays. C’est à l’occasion du soixantième anniversaire de son intronisation comme imam des musulmans ismaéliens que l’Aga Khan s’est rendu sur les bords du Tage pour une visite considérée comme officielle.

L’Aga Khan dispensé de l’impôt immobilier

En effet, en 2015, le prince Aga Khan et l’État portugais ont signé un accord qui a fixé les règles de l’établissement de la représentation diplomatique ismaélienne à Lisbonne. Outre l’immunité diplomatique et la protection accordées aux chefs d’État ou de gouvernement, l’accord concède de nombreux avantages fiscaux.

L’Aga Khan sera ainsi dispensé de l’impôt immobilier, un cadeau de poids quand on sait qu’il a dépensé 12 millions d’euros pour l’achat du palais Mendonça, en plein centre de Lisbonne, pour y installer l’Imamat et sa Fondation. La restauration de cet édifice qui date de 1909 est évaluée à 6 millions d’euros. Les donations et les legs seront exonérés d’impôts, tous comme les salaires et les biens divers, comme le parc automobile. En revanche, les revenus d’affaires ne seront pas détaxés.

Si, en tant que chef spirituel, l’imam est chargé d’interpréter le Coran et d’en faire respecter les préceptes, il doit aussi faire fructifier les biens qui lui sont confiés. Les Ismaéliens reversent à l’Aga Khan la dîme prélevée sur leurs biens. En contrepartie, le prince a créé le Réseau Aga Khan pour le développement, chargé de construire et gérer des écoles, des universités, des hôpitaux et divers projets de développement. Ce réseau emploie 80 000 personnes, et il sera désormais géré depuis Lisbonne.

Le Portugal bénéficiera des largesses de l’Aga Khan

La capitale portugaise qui dispose depuis 1998 d’un centre de culte et de réunions, compte 7 000 Ismaéliens. Venus du Mozambique, originaires d’Inde, ce sont des lettrés, commerçants habiles, qui ont fui l’ancienne colonie portugaise au moment des troubles de la guerre d’indépendance en 1975. Aujourd’hui, la nouvelle génération est propriétaire d’entreprises diverses, de chaînes d’hôtels et de réseaux de boutiques vestimentaires. Cette intégration remarquable permet à l’Aga Khan de disposer d’un solide réseau dans le pays.

La communauté ismaélienne dite Nizarite, une mystique née au XIe siècle, est l’une des plus influentes aujourd’hui. L’imamat lisboète, « Saint-Siège » de ce culte musulman, devrait attirer de nouveaux ismaéliens, intéressés par « les opportunités » d’investissements qu’offre le Portugal. Quant au Portugal il bénéficiera des largesses de l’Aga Khan, qui envisage de créer un lycée et a investi 10 millions d’euros dans la science et la recherche portugaises.

 

La Croix