La difficile rédaction d’une charte des imams de France

La rédaction d’une charte des principes de l’islam français contraint depuis longtemps l’État à choisir entre fermeté et volonté de trouver un consensus.

Dans son discours de lutte contre les séparatismes en général et le séparatisme islamiste en particulier, le 2 octobre, Emmanuel Macron avait demandé au Conseil français du culte musulman (CFCM) de rédiger, « d’ici à six mois au plus tard », une charte d’adhésion aux valeurs républicaines. Celle-ci, « dont le non-respect entraînera la révocation des imams », doit accompagner la création d’un Conseil national des imams.

Or, selon Le Journal du Dimanche, qui en a dévoilé avec Mediapart les premières moutures, les négociations pour rédiger celle-ci seraient dans l’impasse.

La question de l’apostasie

La volonté de l’État de séparer l’islam de l’islamisme à travers la signature d’une charte n’est pas nouvelle. Elle se heurte à chaque fois à une même difficulté. Soit défendre un texte ferme sur les principes, même s’il est rejeté par de grandes fédérations musulmanes – en décembre 1994, la première « charte du culte musulman » avait ainsi été adoptée unilatéralement par la Grande Mosquée de Paris, liée à l’Algérie –, soit chercher un large consensus, quitte à s’accommoder d’une déclaration sans portée concrète.

Depuis dix ans, une question revient sans cesse : le refus des islamistes d’accepter l’apostasie, c’est-à-dire la liberté individuelle de quitter l’islam. La future charte des principes exige en effet de « ne pas qualifier l’apostasie de crime ni stigmatiser celles ou ceux qui renoncent à une religion ».

Déjà, en janvier 2000, le droit explicite de changer de religion avait été retiré de l’énoncé des « principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman », afin d’obtenir la signature de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ?

La définition de l’islamisme

Le texte en préparation va plus loin, en désignant les courants de l’« islam politique » considérés comme incompatibles avec la République française : « Wah­ha­bisme, salafisme, doctrine des Frères musulmans et plus généralement toute mouvance locale, transnationale ou internationale qui vise à utiliser l’islam afin d’asseoir une doctrine politique ».

Sans surprise, ce passage est dénoncé par Les Musulmans de France (ex-UOIF), Foi et Pratique (branche française du mouvement tabligh) et la Confédération islamique Millî Görüş (Cimg France), une des deux grandes fédérations liées à la Turquie.

 

Autre point en débat : la mention qu’« aucune autorité religieuse ne peut remettre en question des méthodes pédagogiques » au sein de l’école laïque publique. La référence au choix de Samuel Paty, lors d’un enseignement moral et civique, de montrer à ses élèves des caricatures de Mohammed est implicite.

Dénonciation « d’une prétendue islamophobie d’État »

Enfin, l’affirmation solennelle que la dénonciation « d’une prétendue islamophobie d’État » ou, selon les moutures, « d’un prétendu racisme d’État », « ne recouvre aucune réalité en France », est pareillement en discussion.

La thèse d’une « islamophobie d’État » n’appartient toutefois pas qu’aux islamistes, puisqu’elle est partagée par une partie de l’extrême gauche et même de la gauche. Notamment les organisations et personnalités qui ont manifesté, en novembre 2019, à l’appel du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), dissous début décembre en conseil des ministres.

 

La Croix