« Rendez-nous la messe » : des catholiques réclament la réouverture des églises, des discussions à venir

Le président du Sénat, Gérard Larcher, s’est montré favorable à la réouverture des églises, appelant « au dialogue qui doit commencer demain entre les cultes et l’exécutif ».

Paris, Rennes ou Bordeaux… Des centaines de catholiques à travers la France ont réclamé au cours du week-end la possibilité de célébrer des messes, interdites pendant le confinement. Samedi 14 novembre, quelque deux cent cinquante personnes se sont rassemblées à Rennes. Dimanche matin, ils étaient trois cents devant la cathédrale de Bordeaux, certains entonnant des prières, qui ont valu aux organisateurs une convocation au commissariat. « Rendez-nous la messe », scandaient ceux qui s’étaient rassemblés devant l’église Saint-Sulpice, à Paris, vendredi soir. La préfecture a interdit le rassemblement qui était prévu dimanche sur la même place.

Les messes doivent-elles reprendre ? « A la condition que les conditions sanitaires soient respectées » dans les églises, a plaidé dimanche le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains, LR). « On est là sur une liberté fondamentale et le gouvernement doit y être attentif », a-t-il déclaré, invité du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI », appelant « au dialogue qui doit commencer demain entre les cultes et l’exécutif ».

Gérald Darmanin recevra les représentants des cultes

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, doit recevoir lundi les représentants des principaux cultes afin d’évoquer « les conditions dans lesquelles pourraient se tenir à nouveau des cérémonies dans les lieux de culte, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire ».

Le Conseil d’Etat a maintenu il y a une semaine l’interdiction des cérémonies religieuses avec un large public, telles que la messe dominicale. Le président du Sénat « souhaite que cette position soit revue », car « nous arrivons en effet dans un temps important, notamment pour la communauté chrétienne », l’Avent.

Quant à la mise en garde de M. Darmanin, qui n’hésitera pas, en cas « d’acte répété » et « manifestement contraire aux lois de la République », à « envoyer les policiers et gendarmes verbaliser » les catholiques qui manifesteraient pour la réouverture des églises, le président du Sénat a jugé que ce n’était pas la bonne « réponse » à des fidèles « qui expriment leur attente ».

A l’inverse de M. Larcher, le député (LR) Eric Woerth a pour sa part dit « comprendre » l’interdiction des messes, celles-ci constituant des « rassemblements ». En revanche, « ce serait incompréhensible que les églises ne soient pas ouvertes à Noël », a-t-il mis en garde dans l’émission « Questions politiques ». « Il faut rappeler les règles et il faut laisser les familles fêter dignement et normalement Noël », a encore insisté le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale.

Interrogée sur BFM-TV, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a également plaidé pour la réouverture des lieux de culte, qui sont « en général assez vastes pour permettre le respect des distances ». « Il me paraît que l’exercice du culte est pour un grand nombre de nos compatriotes un soutien important dans un moment de vives tensions, de grandes angoisses », a-t-elle fait valoir.

A l’inverse, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, a, sur France 3, défendu leur fermeture. « Je comprends le désarroi des catholiques, car Noël approche (…) et en plus les catholiques ont été durement touchés par les attentats de la Toussaint », a-t-il souligné. « Mais je m’en tiens à un principe de responsabilité. C’est dur, mais on doit tenir ensemble », a appuyé M. Bayou.

Le Monde / AFP

Face à la nouvelle vague de Corona en Europe, les juifs se rassemblent pour une prière collective

À la lumière de la montée de la morbidité en Europe, la Conférence rabbinique européenne a lancé un rassemblement de prière collectif avec des centaines de rabbins, des milliers de juifs et d’étudiants de yeshiva depuis Zoom et en respectant les consignes de distanciations.

Des milliers de personnes ont assisté hier (dimanche) à un rassemblement de prière de la Conférence rabbinique européenne, pour arrêter l’épidémie et guérir les patients juifs du Corona du monde entier, initié par le président de la conférence, le rabbin Pinchas Goldschmidt.

L’augmentation de la morbidité dans toute l’Europe a amené des milliers d’Européens et avec la participation de centaines de rabbins européens – dirigés par le président du Comité permanent de la Conférence rabbinique européenne et le rabbin Menachem Gelli de Londres, avec le rabbin Yachi Tobol, à prier en urgence. Pour rappel, la communauté juive en France a été fortement touchée par la première vague suite à des rassemblements lors des fêtes de Pourim.

Les étudiants de la yechiva Torat Chaim, dirigés par le directeur rabbinique de la conférence, Rosh Yeshiva Rabbi Moshe Lebel – qui sont en «capsule» depuis la fête de Pourim à la périphérie de Moscou, ont également assisté à la prière.

Le rassemblement, qui a été retransmis en direct à Kikar Hashabbat, a été ouvert par l’initiateur de la prière, président de la Conférence des rabbins européens, le rabbin Pinchas Goldschmidt, qui a apporté les versets du prophète, les psaumes et les articles des sages sur l’importance de nombreuses prières.

« Nous sommes au début de Parashat Vayera dans lequel nous avons enseigné à notre père Avraham l’importance du commandement de l’hospitalité et à notre grande tristesse c’est l’un des commandements qui a été gravement endommagé en raison de la terrible épidémie. »

Le GRP Goldschmidt a demandé aux participants de prier pour la guérison complète du grand rabbin Gaon Hanoch ben Blimla HaCohen Arentroy, gouverneur de l’Europe et du rabbin Yaakov Zvi Ben Liba, un ancien grand rabbin de Grande-Bretagne parmi d’autres patients de la communauté et en Israël.

En conclusion, le rav Goldschmidt a déclaré : « Nous devons orienter la bénédiction qui vous est offerte vers le succès des équipes médicales et des gouvernements afin que le Créateur envoie les décisions sages et envoie  les bons messagers du Créateur pour faire face à la terrible épidémie. »

Par la suite, le président du Royaume-Uni, le rabbin Ephraim Mirvis, a prononcé un discours. Entre autres choses, il a dit : « Dieu compare le peuple d’Israël aux étoiles et au sable sur le bord de la mer et ces deux entités peuvent être regroupées en un seul bloc. Ainsi, il nous est commandé de faire la parole de Dieu sans aucun doute et de nous unir comme un seul feu dans un seul cœur. «

Le rabbin Mirvis a cité le rabbin Shalom de Belz en disant : «Nos frères d’Israël sont en difficulté. Parce que quand nous voyons tout le peuple d’Israël comme ‘nos frères’, c’est la plus grande heure de la volonté de prier ensemble ».

L’assemblée s’est terminée par les paroles du vice-président de la Conférence et rabbin de France, sur l’importance de la prière dans l’unité et la vertu de celui qui prie pour son ami, puisque tous les habitants du monde ont besoin de cette prière. Le rabbin Korsia a fait une prière pour que Dieu préserve, protège les communautés en Europe en général et en France en particulier, qui a récemment fait face à une vague de terrorisme.

 

Infos. Israël. News

 

Dans un entretien à la chaîne Al-Jazira, Emmanuel Macron dit comprendre que les caricatures puissent « choquer » mais dénonce la violence

Lors d’un entretien avec la chaîne qatarie samedi, le président de la République a jugé « indigne » et « inadmissible » la campagne de boycottage des produits français dans certains pays musulmans après ses propos sur les caricatures.

Face à la colère qui monte dans le monde musulman contre la France, Emmanuel Macron a assuré, dans un entretien à la chaîne qatarie Al-Jazira, diffusé samedi 31 octobre, comprendre que des musulmans puissent être « choqués » par les caricatures de Mahomet mais qu’elles ne justifiaient pas la violence : « Je comprends qu’on puisse être choqué par des caricatures, mais je n’accepterai jamais qu’on puisse justifier la violence. Nos libertés, nos droits, je considère que c’est notre vocation de les protéger. »

Le chef de l’Etat a, par ailleurs, dénoncé les « manipulations » autour de ses propos sur les caricatures de Mahomet, venant « parfois de dirigeants politiques et religieux » qui ont laissé penser que ces dessins seraient « une émanation du gouvernement français » contre l’islam.

« Les réactions du monde musulman ont été dues à beaucoup de mensonges et au fait que les gens ont cru comprendre que moi, j’étais favorable à ces caricatures. (…) Je suis favorable à ce qu’on puisse écrire, penser, dessiner librement dans mon pays parce que je pense que c’est important, que c’est un droit, ce sont nos libertés. »

« Notre pays n’a de problème avec aucune religion »

Dans ce long entretien de près d’une heure, Emmanuel Macron revient sur l’importance du principe de laïcité, « ce terme si compliqué qui donne lieu à tant de malentendus » et qui « fait de la France un pays où nous souhaitons que chacun soit citoyen, quelle que soit sa religion ». « Contrairement à ce que j’ai beaucoup entendu ces derniers jours, notre pays n’a de problème avec aucune religion », et notamment l’islam, affirme-t-il.

Détaillant les « fondements du modèle républicain », il cite aussi la liberté de la presse, soulignant que les caricatures n’ont pas été publiées à l’initiative du gouvernement mais par « des journaux indépendants ». Les caricatures se moquent « des dirigeants politiques », de lui « le premier, et c’est normal, et de toutes les religions », dit-il.

« Dans beaucoup de pays qui ont appelé au boycottage » des produits français, « il n’y a plus de presse libre, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de possibilité de caricaturer, pas seulement le Prophète ou Dieu ou Moïse, mais les dirigeants mêmes du pays », fait-il remarquer.

Revenir sur ce droit en France reviendrait à « instaurer » une « forme d’ordre moral ou d’ordre religieux », avertit Emmanuel Macron, en regrettant que « beaucoup de pays dans le monde » aient « renoncé à la liberté d’expression ces dernières décennies parce qu’il y a eu des polémiques, par la peur, par le chaos des réactions ».

Que les « choses s’apaisent » avec Erdogan

Le président de la République a également jugé « indigne » et « inadmissible » la campagne de boycottage des produits français dans certains pays musulmans où des manifestations ont également eu lieu contre la publication de caricatures du prophète Mahomet. Cette campagne « est faite par certains groupes privés parce qu’ils n’ont pas compris et qu’ils se sont reposés sur les mensonges, sur les caricatures, parfois par d’autres dirigeants », a-t-il affirmé.

Le président a, en outre, estimé que son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, avait un « comportement belliqueux », ajoutant souhaiter que les « choses s’apaisent » et qu’il « ne dise pas de mensonges ». Il a également demandé « que le président turc respecte la France, respecte l’Union européenne, respecte ses valeurs et ne profère pas d’insultes ».

Samedi soir, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a annoncé que Paris allait renvoyer dimanche à Ankara son ambassadeur pour obtenir des « clarifications », une semaine après l’avoir rappelé à la suite des attaques du président Erdogan contre Emmanuel Macron. « On ne peut pas rester à la fois dans les malentendus mais aussi dans les déclarations outrancières et la tentation islamo-nationaliste que développe le président Erdogan », a estimé Jean-Yves Le Drian sur RTL.

La question des caricatures religieuses a ressurgi dans le débat public après l’assassinat, il y a deux semaines, de Samuel Paty, un enseignant d’histoire-géographie qui avait montré à ses élèves des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Lors de l’hommage national rendu à l’enseignant, le chef de l’Etat a défendu la liberté de caricaturer, provoquant la colère de nombreux pays musulmans.

Vendredi 30 octobre, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté au Pakistan, au Bangladesh ou encore dans les territoires palestiniens pour protester contre le soutien du président français à la liberté de caricaturer le prophète.

« Huile sur le feu »

En France, au lendemain d’un nouvel attentat qui a fait trois morts dans une basilique de Nice, l’archevêque de Toulouse, Robert Le Gall, s’est opposé, sur France Bleu Occitanie, à ces caricatures. « Il me semble qu’on met parfois de l’huile sur le feu », a-t-il déclaré, évoquant la diffusion de ces représentations, qu’il juge « dangereu[se] ».

« On ne se moque pas impunément des religions », a-t-il ajouté, soulignant que, selon lui, la liberté d’expression doit être conciliée avec « la liberté d’être ensemble, de parler ensemble, la liberté d’être des frères ensemble, mais pas de s’invectiver ».

 

Plusieurs personnalités politiques ont rapidement réagi à ces propos. Pour le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, « les digues sautent ». L’archevêque Robert Le Gall « excuse les crimes », a déploré l’ancien candidat à l’élection présidentielle sur Twitter.

Toujours sur ce réseau social, la présidente (PS) de la région Occitanie, Carole Delga, a répondu que « la laïcité, la liberté d’expression et le droit de critiquer toute institution religieuse sont indissociables de notre pacte démocratique et républicain. Ce n’est pas négociable ».

L’évêque de Nice n’est « pas “Charlie” »

L’évêque de Nice, André Marceau, dit quant à lui « ne pas être Charlie », dans un entretien publié samedi par le quotidien Nice-Matin, tout en défendant la liberté d’expression, qu’il estime « sacrée en France ». « Non, je ne suis pas Charlie, je suis André Marceau ! Soyons nous-mêmes avec nos convictions. Ces caricatures, ce n’est pas mon problème. Certes, la liberté d’expression est sacrée en France, mais que chacun s’assume. Il y a des identités qu’on ne peut pas trop bafouer à la légère », explique l’évêque.

« Dans les cercles de l’islam, on doit prendre des mesures, tenir des propos afin d’ouvrir les fidèles à d’autres réalités que celles qui vont jusqu’à l’extrémisme. Les musulmans doivent dire très fort qu’ils ne portent pas cette violence », estime néanmoins André Marceau.

Le Monde/AFP

Propagande islamiste : une enquête ouverte après le piratage de dizaines de sites Internet en France

Des messages de « hackers musulmans contre la France » se sont affichés dimanche 25 octobre sur des dizaines de sites Internet français. Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête sur le sujet.

Le parquet de Paris a ouvert, mardi 27 octobre, une enquête après le piratage de dizaines de petits sites Internet en France sur lesquels se sont affichés des messages de propagande islamiste. L’enquête a été ouverte, selon des informations confirmées au Monde après avoir été publiées dans un premier temps par l’Agence France-Presse (AFP), pour des « atteintes à un système de traitement automatisé de données » et pour « apologie publique d’un acte de terrorisme ».

La procédure a été confiée au centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) de la gendarmerie, qui doit travailler en lien avec plusieurs services d’enquête locaux en France. Selon les précisions données au Monde, le travail de recension et de recherche reste actuellement en cours pour savoir si les piratages de sites, constatés principalement dimanche 25 octobre, ont été, ou non, le résultat d’une attaque coordonnée menée par des acteurs ayant agi avec un même mode opératoire sur divers sites Internet français. Ou s’ils ont eu lieu de la part de plusieurs pirates éparpillés et sans liens entre eux, qui auraient voulu répliquer des piratages observés ailleurs : un tel cas de figure pourrait, dans ce cas, donner lieu à d’autres procédures distinctes de l’enquête ouverte par le parquet de Paris.

Certains des sites français piratés ces dernières heures, recensés sur le site spécialisé Zone-H, semblent, en tout cas, avoir été pris pour cibles par au moins quatre groupes différents, si l’on en croit les images et les messages différents s’y affichant. Les administrateurs d’un groupe Facebook spécialisé en « hacking », basé au Bangladesh et fort de presque deux millions de membres, ont, eux, revendiqué, dimanche, le défacement d’une dizaine de sites français.

« Hackers musulmans »

Ces piratages ont été constatés alors que se multipliaient, le week-end du 24 et 25 octobre, les appels au boycott des produits français dans plusieurs pays musulmans. Des appels qui avaient eu lieu en réaction à la défense par Emmanuel Macron de la liberté de caricaturer Mahomet, réaffirmée lors de la cérémonie en hommage à Samuel Paty – des propos qui ont conduit à de nombreuses tensions depuis, notamment avec la Turquie, et à des manifestations dans plusieurs pays contre la France.

C’est dans ce contexte que des messages tels que « Victoire pour Mohammed, victoire pour l’islam et mort à la France » ou « Opération lancée par des hackers musulmans contre la France pour avoir insulté le prophète Mahomet et profané publiquement l’islam »se sont affichés sur la page d’accueil de plusieurs sites Internet. Au point où, dimanche 25 octobre, le dispositif national d’assistance aux victimes de cybermalveillance lançait une alerte indiquant qu’une « vague de cyberattaques en défiguration » ciblait de « nombreux sites français ». Lundi 26 octobre, l’AFP a pu constater qu’un montage représentant Emmanuel Macron grimé en cochon était visible sur des sites d’associations de retraités, de commerces ou de petites mairies.

Ces attaques d’un faible niveau technique sont généralement réalisées automatiquement grâce à des logiciels qui détectent et exploitent des failles sur des serveurs et sites Web de faible importance et n’ayant pas procédé à toutes les mises à jour de sécurité. En 2015, des milliers de sites français avaient déjà été la cible de dizaines de groupes de hackeurs qui avaient promu la « défense de l’islam » en affichant des messages de revendication à la place des pages d’accueil. Certains s’en prenaient, à l’époque, aux publications des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo.

Plusieurs procédures pour « apologie »

Cette enquête intervient par ailleurs alors que plusieurs procédures ont lieu en France après des messages postés en ligne en lien avec l’assassinat de Samuel Paty. Mardi 27 octobre, un lycéen de 16 ans a ainsi été mis en examen par le juge d’instruction de Vesoul « pour apologie et provocation à commettre un acte de terroriste », a indiqué l’AFP. Le suspect a reconnu en garde à vue avoir publié le 20 octobre sur un réseau social – sans qu’on sache lequel – un message menaçant « quelconque mécréant souhaitant salir l’islam ».

Vendredi 23 octobre, une étudiante a, de son côté, été condamnée par le tribunal correctionnel de Besançon à quatre mois de prison avec sursis pour « apologie du terrorisme ». Elle avait posté sur Facebook un message affirmant que Samuel Paty « méritait » de mourir.

Mercredi 21 octobre, le parquet de Paris indiquait qu’en tout « une quinzaine d’enquêtes » pour des faits d’« apologie du terrorisme », « menaces de mort » ou « provocation » au crime avaient été ouvertes depuis l’attentat survenu à Conflans Sainte-Honorine.

Le Monde/ AFP

Face à la colère du monde musulman contre Macron, la France demande à ses ressortissants de « faire preuve de vigilance »

La colère contre Emmanuel Macron ne cesse de grandir dans le monde musulman, après que le président français a défendu la liberté de caricaturer le prophète Mahomet, lors d’un hommage national à Samuel Paty – le professeur assassiné dans un attentat islamiste le 16 octobre pour avoir montré de telles représentations en classe.

Ce week-end, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a pris la tête de cette contestation mettant en cause la « santé mentale » de M. Macron, l’accusant de « diriger une campagne de haine » contre les musulmans et comparant le traitement de ces derniers en Europe à celui des juifs avant la deuxième guerre mondiale. Lundi 26 octobre, il a également appelé au boycott des produits français.

Malgré ces accusations, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a défendu mardi la « souveraineté de la France » et sa volonté de lutter contre « un ennemi de l’intérieur ».

  • Paris invite ses ressortissants à la prudence

Paris a invité mardi ses ressortissants à la prudence dans les pays du monde musulman où ont lieu des manifestations contre la France, leur conseillant d’éviter les rassemblements. « Il convient d’éviter les zones où se tiennent ces manifestations, de rester à l’écart de tout rassemblement et de suivre les consignes de l’ambassade de France ou du consulat compétent », écrit le ministère des affaires étrangères sur son site internet.

« Il est recommandé de faire preuve de la plus grande vigilance, en particulier à l’occasion des déplacements, et dans les lieux fréquentés par les touristes et les communautés expatriées. »

  • L’Arabie saoudite condamne les caricatures

Considérée comme une alliée de la France, l’Arabie saoudite a condamné à son tour les représentations jugées offensantes du prophète Mahomet, rapporte l’agence Reuters. Dans un communiqué, un responsable du ministère des affaires étrangères a toutefois déclaré que le royaume condamnait tous les actes terroristes, faisant référence à la décapitation de Samuel Paty par un musulman radicalisé.

« La liberté d’expression et la culture devraient être les phares du respect, de la tolérance et de la paix, rejetant les pratiques et les actes qui engendrent de la haine, de la violence et de l’extrémisme et sont contraires à la coexistence », est-il dit dans ce communiqué repris par les médias saoudiens.

  • Des dizaines de milliers de manifestants au Bangladesh

Au Bangladesh, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mardi à Dacca, appelant au boycott des produits français et brûlant une effigie d’Emmanuel Macron, rapporte de son côté l’Agence France-Presse (AFP). Selon la police, plus de 40 000 personnes ont participé à cette marche organisée par l’Islami Andolan Bangladesh (IAB), l’un des principaux partis islamistes bangladais, qui a été stoppée avant de parvenir près de l’ambassade française dans la capitale.

« Macron fait partie des quelques dirigeants qui adorent Satan », a déclaré à la foule rassemblée à la mosquée Baitul Mukarram un haut responsable de l’IAB, Ataur Rahman. Il a appelé le gouvernement bangladais à « mettre dehors » l’ambassadeur français. Un autre dirigeant islamiste, Hasan Jamal, a pour sa part déclaré que les protestataires allaient « mettre à terre chaque brique » de l’ambassade si l’ambassadeur n’était pas renvoyé.

  • Pour Kadyrov, Macron pousse les musulmans « vers le terrorisme »

Le dirigeant de la république russe de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, a lui aussi violemment critiqué mardi Emmanuel Macron, estimant qu’il pousse les musulmans « vers le terrorisme ».

Comparant M. Macron lui-même à un « terroriste », l’autoritaire dirigeant tchétchène a reproché au président français de « qualifier des actions qui sont offensantes pour près de deux milliards de musulmans du monde de liberté d’expression » et de vouloir « changer leur religion ».

Et de poursuivre dans un long message sur sa chaîne Telegram :

« Je ne sais pas dans quel état se trouvait Macron lorsqu’il a fait cette déclaration, mais les conséquences d’une telle réaction peuvent être très tragiques. »

Les critiques à l’encontre de la France sont particulièrement virulentes au Pakistan, où le Parlement a adopté une résolution non contraignante réclamant le rappel de l’ambassadeur à Paris.

  • Le Conseil des sages musulmans veut poursuivre « Charlie Hebdo »

Le Conseil des sages musulmans, sis à Abou Dhabi, a, de son côté, annoncé son intention de poursuivre Charlie Hebdo. Ce conseil, regroupant des dignitaires musulmans de divers pays, « a décidé de mettre en place un comité de juristes internationaux pour poursuivre en justice Charlie Hebdo », fait savoir un tweet publié mardi sur le compte de l’institution sunnite Al-Azhar, située au Caire. Le conseil, présidé par le grand imam d’Al-Azhar, affirme qu’il envisage également de « poursuivre en justice quiconque offense l’islam et ses symboles sacrés ».

« La liberté d’expression (…) doit respecter les droits d’autrui et ne devrait pas permettre d’utiliser les religions dans les marchés de la politique ou dans la propagande électorale », affirme le conseil.

  • Un boycott des produits français éloignera « encore plus la Turquie de l’UE »

Face au barrage de critiques turques, le président français a toutefois enregistré une série de soutiens en Europe. Bruxelles a notamment prévenu mardi que l’appel au boycott des produits français par le président turc était « contraire à l’esprit » des accords diplomatiques et commerciaux signés par la Turquie avec Bruxelles, et l’« éloignera encore plus » de l’Union européenne. « Les accords de l’UE avec la Turquie prévoient le libre-échange des marchandises. Les obligations bilatérales que la Turquie s’est engagée à respecter dans le cadre de ces accords (…) doivent être pleinement respectées », a affirmé un porte-parole de la Commission européenne.

« Il n’est pas question de céder au chantage », a dénoncé Geoffroy Roux de Bézieux, le chef du Medef, le principal syndicat patronal en France, appelant les entreprises françaises à faire passer leurs « principes » avant les affaires.

D’après le ministre français délégué au commerce extérieur, Franck Riester, le boycott des produits français est « très circonscrit », « limité à un certain nombre de produits alimentaires, mais vraiment de façon très limitée ». Et de détailler :

« Nous sommes évidemment très attentifs. J’ai créé au sein du ministère des affaires étrangères une cellule de suivi de ce qui se passe, pays par pays, en lien avec notre réseau diplomatique et en lien avec les entreprises et les différentes fédérations d’entreprises. »

Le Monde / AFP

Le ministère de l’Intérieur prononce la dissolution de BarakaCity, ce que dit le décret

Le couperet est tombé : l’association BarakaCity a été dissoute, mercredi 28 octobre, en conseil des ministres. Le décret présenté par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, expose les raisons de cette dissolution.

« Nonobstant son objet officiel, l’association BarakaCity propage des idées prônant l’islamisme radical, et que par l’intermédiaire du compte personnel Twitter de son président ainsi que des comptes Facebook et Twitter de l’association, elle diffuse et invite à la diffusion d’idées haineuses, discriminatoires et violentes », explique-on dans le texte officiel.

 

Barakacity « doit être regardée comme provoquant à la haine, à la discrimination et à la violence »

Le décret, qui note que « les comptes personnels Twitter et Facebook de son président Driss Yemmou Sihamedi ainsi que ceux de l’association Barakacity sont étroitement imbriqués, renvoyant les uns vers Ies autres », pointe du doigt leurs messages, à la source « de nombreux commentaires hostiles à l’Occident, à la laiche, aux francs-maçons ou encore aux musulmans qui ne partagent pas la conception de l’islam promue par l’association ».

Or, « l’ensemble des commentaires, engendrés par les messages publiés sur les comptes des réseaux sociaux de l’association Barakacity, constituent par eux-mêmes une provocation à la haine, à la discrimination et à la violence » et sont « toujours accessibles sans que son président, ni aucun autre membre de l’association ne procède ni à leur retrait, ni même à une quelconque modération des propos ainsi diffusés ».

Barakacity « doit être regardée comme provoquant à la haine, à la discrimination et à la violence en raison de l’origine, de l’appartenance à une ethnie, à une race ou à une religion déterminée et comme propageant des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence ».

Le caractère haineux des messages postés n’est pas le seul grief retenu contre la structure. Selon le ministère de l’Intérieur, l’association « doit également être regardée comme se livrant sur le territoire français ou à partir de ce territoire, à des agissements en vue de provoquer des actes de terrorismes en France ou à l’étranger ». Le ministère, qui rappelle le refus de condamner clairement les agissements de Daesh lors de son passage sur Canal + en 2016, indique que « l’antenne turque de l’association est dirigée par Mehmet Uzun, ressortissant franco-turc, ancien délinquant multirécidiviste et figure du salafisme, adepte des préceptes encourageant le djihad en Irak et en Syrie ».

Des messages dangereux pointés du doigt

Plusieurs messages sur les réseaux sociaux sont reprochés à Driss Yemmou Sihamedi, parmi lesquels ceux postés en marge du procès des attentats de janvier 2015.

« Il a publié deux messages condamnant la nouvelle publication des caricatures de Mahomet par ce journal, le premier appelant de ses vœux un châtiment contre les caricatures « Puisse le Seigneur augmenter à 2 000 degrés les flammes de leurs tombes » et le second justifiant clairement les attentats et comprenant des propos qui peuvent être caractérisés comme apologétiques d’actes de terrorisme « Qu’Allah maudisse Charlie et ENFLAMME leurs tombes à la chaleur du soleil !! » », indique le décret.

Par ailleurs, il est reproché à Idriss Sihamedi « des messages incitant à la haine envers certaines personnes en désaccord avec ses positions en n’hésitant pas à publier également leurs photos, leurs coordonnées téléphoniques et leur adresse, dans le but de les exposer à des actes de violence ou de représailles, à l’instar de ce qui s’est passé récemment, s’agissant de l’attentat survenu à Conflans-Sainte-Honorine ».

Aussi, il lui est reproché d’entretenir « des relations avec d’autres associations appartenant à la mouvance islamiste radicale, qu’il s’agisse de structures islamistes en Europe ou de groupes djihadistes, et avec d’ex-membres d’associations aujourd’hui dissoutes pour leur implication dans cette mouvance ».

En conséquence, « eu égard aux fonctions de président et fondateur de l’association Barakacity d’ldriss Yemmou Sihamedi, l’ensemble des actes et prises de position, qu’ils émanent de M. ldriss Yemmou Sihamedi ou de l’association Barakacity, doivent être regardés comme formant un tout révélateur des intentions de l’association et lui être imputés ».

Suite à la décision du gouvernement, Idriss Sihamedi a annoncé son intention de porter plainte contre Gérald Darmanin pour diffamation. Il a en outre, demandé à la Turquie « l’asile politique » pour BarakaCity et lui-même, à l’heure où les tensions diplomatiques entre la France et la Turquie sont très vives.

Saphirnews

Attentat de Conflans : la fermeture de la mosquée de Pantin validée pour six mois

Trois jours après l’assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, Gérald Darmanin avait annoncé, lundi 19 octobre, la fermeture de la mosquée de Pantin, en Seine-Saint-Denis.

Cette fermeture, ordonnée deux jours après par la préfecture de Seine-Saint-Denis, a été validée, mardi 27 octobre, par le tribunal administratif de Montreuil pour une durée de six mois.

Le président de la Fédération musulmane de Pantin (FMP), l’association gestionnaire du lieu de culte, M’hammed Henniche, avait relayé le 9 octobre, sur la page Facebook de la mosquée la vidéo du parent d’élève dénonçant le professeur d’histoire pour avoir montré des caricatures du Prophète. Une vidéo à la source d’une polémique sur les réseaux sociaux qui a conduit, par la suite, à l’assassinat de Samuel Paty.

« Il n’apparaît pas, en l’état de l’instruction, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales » en fermant provisoirement le lieu de culte « aux fins de prévenir la réitération de tels actes », sachant que Pantin dispose d’une seconde mosquée où les fidèles peuvent y prier, a fait savoir le tribunal au lendemain de l’audience d’examen du recours déposé par la FMP.

Bien que M’hammed Henniche ait regretté le partage de la vidéo et condamné l’attentat, « il n’en demeure pas moins qu’il a fait preuve, en tout état de cause, d’une négligence incompréhensible, alors que sa position et ses fonctions auraient dû le conduire à plus de retenue ».

La diffusion de la vidéo « s’inscrit, en outre, dans un contexte d’entrisme de la mouvance radicale au sein de la Grande mosquée de Pantin. Il résulte en effet de l’instruction que M. Doucouré, alias Abou Talha, un des imams de la mosquée de Pantin officiant à la prière du vendredi, est impliqué dans la mouvance islamiste radicale d’Ile-de-France », a ajouté le tribunal.

 

Saphirnews

Projet de loi pour renforcer la laïcité et les principes républicains : haro sur la liberté religieuse !

Alors que la France traverse l’une de ses plus graves crises économiques depuis la seconde guerre mondiale à cause notamment du Covid-19, le président Macron, jusque-là plutôt discret sur les questions d’islam et des musulmans, sans doute bousculé par une extrême droite habituée à donner le ton sur cette thématique, a frappé fort lors de son discours aux Mureaux dans les Yvelines le 2 octobre dernier, sur le projet de loi visant à « Renforcer la laïcité et les principes républicains » prévu pour la fin de l’année. Ce projet initialement intitulé « Séparatisme islamiste », considéré comme trop stigmatisant à l’endroit des musulmans, installe le président Macron dans son costume de candidat à la prochaine élection présidentielle. Ou, faut-il y voir le symptôme du déclin des libertés individuelles avec une mesure totalitaire de plus, dans un contexte d’état d’urgence sanitaire dû au Covid-19, qui fait fi, dans ce cas présent, des libertés religieuses. Une fois encore, la maxime du « Diviser pour mieux régner » met au centre d’un programme d’ingénierie sociale bien rôdé depuis des années, les musulmans qui, rappelons-le, dans leur immense majorité, ne remettent pas en cause les principes de la Loi sur la laïcité de 1905. L’État, nous dit Carl Schmitt, est une unité essentiellement politique qui dispose du jus belli, c’est-à-dire de la possibilité effective de désigner l’ennemi, le cas échéant, par une décision qui lui soit propre, et de le combattre. Longtemps déjà, et en particulier depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’islam est désigné comme l’ennemi qu’il faut combattre, accusé de menacer l’ordre républicain. Les musulmans, divisés, atomisés et socialement dominés, sans ancrage politique, menacent-ils vraiment de désintégrer l’État en tant qu’unité politique organisée de l’intérieur ou de l’extérieur ? Le CFCM[1], absent sur cette question et censé représenter les musulmans de France, fait-il le poids face aux mesures décidées par l’État sur les questions du culte musulman ? Organise-t-il à l’instar du CRIF[2] un dîner annuel où toute la classe politique se bouscule pour avoir une table ? Pour de nombreux musulmans, le CFCM est perçu comme un organe fantoche à la solde du Ministère de l’intérieur et d’ États étrangers, qui ne les représente pas.

Avec ce discours, le président Macron foule aux pieds les principes de la Loi sur la laïcité de 1905 en voulant réformer l’islam, et, insulte une religion pratiquée par plus d’un milliard d’individus en affirmant que l’islam vit une crise, une religion des ténèbres qu’il faudrait extirper vers la lumière.  D’ailleurs, le problème ne serait pas lié à l’islam mais relèverait de l’évolution de la place et du rôle de la religion dans les sociétés. En France, la laïcité est politique : elle s’est construite en opposition avec l’Église.

Ce n’est pas l’islam qui est en crise, mais plutôt une partie des musulmans qui vit au sein du monde occidental. Dans cette crise de la modernité, le religieux est réinvesti comme moteur de solidarités, de repères aux identités individuelles et collectives. Le post-modernisme voire l’ultra-modernisme qui affecte la crise morale, politique, économique et culturelle que traverse la France, engage l’individu, confronté à un avenir incertain dans une quête identitaire où la religion est un refuge. L’islam fonctionne alors comme un système de sécurité plus que comme un élan métaphysique. Mais dans une société où le changement est constant, la religion peut être aussi l’objet d’une croyance délirante où la culture d’un groupe ne permet plus d’assimiler les croyances religieuses ou mystiques au contenu actuel de l’expérience. La Tradition peut être alors perçue comme une forme d’abstraction et d’aliénation pour le musulman en contexte occidental, et engendrer des déséquilibres cognitifs. Il y a un décalage entre les lois de la République et les lois de Dieu et ceci explique un fossé cognitif entre les deux. Les musulmans oscillent entre une inconscience collective traditionnelle et une conscience collective moderne qui leur posent un problème d’ancrage dans la société française d’où, en partie, l’échec de leur intégration.

L’islam est un mode de vie qui guide le croyant dans tous les domaines profanes. La transmission religieuse est vitale dans les foyers musulmans qui ne veulent pas se laisser emporter par le courant dominant de la sécularisation. Les musulmans sont prisonniers de leur subjectivité, ils n’ont aucun référentiel autre que celui de leur famille, où l’enfance est le moment privilégié de la formation de l’esprit. Ils ont connaissance de la matière mais pas des choses de l’esprit pour reprendre Platon. C’est une des raisons qui explique l’explosion du marché halal et d’un islam identitaire. Dieu ne dit-il pas dans le Coran (Sourate 7, verset 178) « Quiconque Allah guide, voilà le bien guidé. Et quiconque Il égare, voilà les perdants ». Mais que l’État se rassure, dans leur grande majorité, les musulmans ne veulent ni d’une charia, ni d’un Califat. Ils sont conscients d’avoir plus de libertés en France, dont celle du culte, que dans la plupart des pays musulmans. Ils respectent les lois républicaines, mais seraient sommés malgré tout, avec ce projet de loi, de faire passer ces dernières avant les lois de Dieu. Au nom d’une lutte contre l’islamisme, ce projet de loi pédagogique ambitionne de ramener les brebis égarées dans « l’étable républicaine » jusqu’aux enfants déscolarisés qu’il faudra renvoyer à l’école de la République dès la rentrée 2021. Une initiative que nous jugeons positive  pour la minorité d’enfants musulmans déscolarisés et perdus dans les affres du rigorisme.  Par ailleurs, l’État sort complétement du champ d’action de la Loi de 1905, en proposant une labélisation de la formation des imams qui officieront au sein des mosquées pour enseigner un « islam modéré ».

Une telle loi est-elle nécessaire pour une minorité d’individus, alors qu’il existe déjà un arsenal juridique pour lutter contre le radicalisme depuis les attentats de 2015 ? N’y aurait-t-il pas des agencements locaux avec les acteurs ancrés dans le champ social et les représentants de l’État pour lutter contre l’islamisme au lieu de décider d’une loi au niveau national. Cette loi, destinée à renforcer la laïcité, sera perçue une fois encore, comme une valeur de rejet de l’autorité religieuse et considérée comme répressive à l’égard des musulmans, leur rappelant principalement leurs obligations et dans une moindre mesure, leurs droits. Cette situation ne fera qu’augmenter la résistance et la radicalisation des musulmans attaqués dans leur foi et dans leur liberté religieuse, et augmentera leur ressentiment vis-à-vis de l’État. Les pratiquants piétistes qui valorisent les lois de Dieu, n’entendent pas se faire dicter leur culte dans une société qu’ils considèrent décadente. Nous nous trouvons face à un sujet épineux entre l’opposition d’un côté des lois humaines et des lois de Dieu. Par ailleurs, si de nombreux musulmans n’acceptent pas et n’accepteront jamais certaines lois émises par un État qu’ils jugent affaibli, cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne les respectent pas. Majoritairement, les musulmans ne sont pas en accord avec certaines lois républicaines mais s’en accommodent, de même pour les lois divines qu’ils bricolent à leur guise. Le sentiment religieux peut s’associer d’une manière durable à d’autres sentiments, il est souvent plutôt accouplé.

Le concept de liberté, d’égalité et de fraternité, mille fois rebattu, est un instrument idéologique particulièrement utile pour diviser les citoyens, pour désigner l’adversaire en l’occurrence ici les musulmans, accusés de vivre à part, d’être des terroristes, de ne pas se mélanger aux autres, sous-entendu aux mécréants, de ne pas respecter les femmes, d’être antisémites, d’être homophobes, etc.  Les musulmans auront le sentiment du deux poids deux mesures, lorsqu’il s’agit d’émettre des lois exclusives à leur endroit, et des lois inclusives envers les autres minorités. Une fois de plus, le droit est utilisé pour réfuter l’activité des citoyens de confession musulmane, qui mènera notamment à la mort de nombreuses associations qui exerçaient localement une fonction sociale. Ici, l’État voudra contrôler les corps dans les espaces publics, les écoles, les salles de sport, les associations, ailleurs les musulmans seront taxés pendant le pèlerinage, tout en s’assurant que les barbes ne sont pas trop longues, que les femmes ne sont pas trop couvertes dans la rue et que le Coran ne trône pas en nombre sur les étagères d’associations ou d’écoles. Toutes ces mesures, au nom de la lutte contre l’islamisme, dont découlerait le séparatisme géographique, social, culturel, économique…, que l’État français a favorisé et laissé faire pendant plus de quarante ans, avec la complicité de politiques de tout bord.

Face à l’Occident et sa toute puissance, c’est aux écoles de l’islam et non à l’État français que revient la tâche d’accomplir la Réforme consistant à libérer l’esprit du poids de la Tradition accumulé par des siècles d’une lecture strictement littérale et dont le principe était le conformisme avant tout. Avec ce projet de loi, le président Macron presque en campagne présidentielle, semble vouloir donner des gages à l’aile droite de son parti et prendre de l’avance sur le Rassemblement National de Mme Le Pen. Emmanuel Macron ne s’interroge pas sur l’idée de savoir si cette loi est légitime ou pas, si elle tombe au bon moment, alors que notamment plus d’un million de Français ont basculé dans la pauvreté depuis le confinement de mars dernier, et que l’État est pointé du doigt pour sa gestion calamiteuse du Covid-19. Il faut donner en priorité le sentiment aux Français d’un État puissant, omniprésent et qui agit. Le président Macron envisage ce projet de loi surtout pour ses effets dans l’opinion publique en misant sur la stratégie du chaos, du « Diviser pour mieux régner » en opposant les musulmans au reste de la population. Depuis le confinement, sous prétexte d’état d’urgence sanitaire, l’État a basculé dans un excès de souveraineté où la restriction des libertés individuelles est devenue la règle. Des voix s’élèvent au sein des mosquées et sur Internet pour dénoncer ce projet de loi qui porterait atteinte à la liberté religieuse des citoyens musulmans. Des musulmans devenus des identités vulnérables, et qui font les frais dans un contexte Covid-19 d’une loi liberticide, dans un silence assourdissant des instances représentatives de l’islam et de leur complaisance que nous ne pouvons que déplorer.

 

 

Fatima Achouri

 

 

 

 

 

 

[1] Conseil Français du Culte Musulman.

[2] Conseil Représentatif des Institutions Juives de France.

Arabie saoudite: reprise limitée du petit pèlerinage musulman

Des fidèles musulmans sont retournés dimanche à La Mecque pour effectuer la Omra, le petit pèlerinage, entouré de strictes mesures de précaution après sept mois d’interruption en raison de la pandémie de Covid-19.

Par petits groupes encadrés par des soignants veillant au respect du port du masque et des règles de distanciation physique, ces fidèles ont commencé à effectuer le « tawaf », consistant à faire sept fois le tour de la Kaaba, construction cubique vers laquelle se tournent les musulmans pour prier qui trône au milieu du patio de la Grande mosquée de La Mecque.

Le petit pèlerinage ou Omra peut être effectué toute l’année contrairement au hajj, limité dans le temps. Il attire annuellement des millions de fidèles venant du monde entier.

En raison de la pandémie, les autorités saoudiennes ont décidé de relancer le petit pèlerinage en trois étapes avec des mesures destinées à empêcher, comme pendant le hajj organisé fin juillet, toute contamination.

Dans un premier temps, seuls 6.000 Saoudiens et résidents étrangers seront autorisés, chaque jour à partir de dimanche, à effectuer ce pèlerinage.

Les 6.000 fidèles seront divisés en 12 groupes pour permettre la fluidité de mouvement et assurer le respect de la distanciation physique lors des circonvolutions autour de la Kaaba, a expliqué le ministre du Hajj et de la Omra, Mohammed Benten la semaine dernière à la télévision saoudienne.

Le 18 octobre, le nombre de fidèles (Saoudiens et résidents étrangers) autorisés à effectuer le petit pèlerinage sera porté à 15.000 par jour et 40.000 autres seront admis dans la Grande mosquée pour les prières quotidiennes.

Les fidèles venant de l’étranger seront eux autorisés à partir du 1er novembre, quand le nombre de pèlerins admis s’élèvera à 20.000 par jour et celui des personnes autorisées à effectuer les prières à 60.000.

Les pays d’origine des pèlerins étrangers seront sélectionnés par le ministère de la Santé sur la base de l’évolution de la pandémie de Covid-19.

Seuls une dizaine de milliers de fidèles résidant en Arabie saoudite ont pu effectuer le hajj cet été contre 2,5 millions de participants venus du monde entier en 2019.

Cette réduction drastique du nombre de pèlerins et les restrictions sanitaires ont permis aux autorités de proclamer qu’il n’y avait eu aucune contamination lors du grand pèlerinage, qui n’a rien rapporté au royaume alors qu’il génère habituellement des milliards de dollars par an.

AFP

Séparatisme : les syndicats unis pour dénoncer « une loi de stigmatisation » visant les musulmans

« Nous refusons une loi de stigmatisation, de division et une nouvelle attaque des principes de laïcité. » C’est en ces termes que cinq syndicats, la CGT, la FSU, Solidaires, l’Unef et l’UNL, ont dénoncé le projet de loi contre le « séparatisme » sur lequel planche l’exécutif.

Ensemble, « nous ne laisserons pas ainsi diviser, fracturer la société française et plus particulièrement les classes populaires par une nouvelle campagne islamophobe de stigmatisation des populations musulmanes ou perçues comme telles qui sont systématiquement visées dans les propos des ministres et au plus haut sommet de l’État », ont signifié ces organisations dans un communiqué intersyndical paru vendredi 25 septembre.

« Personne n’est dupe : ce sont nos concitoyennes et concitoyens de confession musulmane qui sont visés par ce projet de loi », ont affirmé les syndicats, pour qui le projet de loi « vise à désigner un « ennemi intérieur » ».

« Dupes d’aucune offensive réactionnaire, nos organisations rappellent leur attachement à la laïcité qui permet l’exercice réel de la liberté d’opinion, d’expression et de conscience. Cela impose d’investir massivement dans des services publics », lit-on également.

« Modifier la loi de 1905, comme le projette l’exécutif avec sa loi sur le prétendu « séparatisme » risque de détruire cet équilibre et de renforcer l’instrumentalisation de la laïcité », poursuivent les organisations, appelant l’ensemble des Français « à refuser ces divisions, à se battre ensemble contre tous les racismes, à faire face ensemble pour exiger et construire des réponses aux urgences sociales ».

 

Saphirnews