Tunisie : le ministre des Affaires religieuses limogé après avoir lié wahhabisme saoudien et terrorisme

 

« Le chef du gouvernement (Youssef Chahed) a relevé de ses fonctions le ministre des Affaires religieuses Abdeljalil Ben Salem », a indiqué la présidence du gouvernement dans un communiqué publié vendredi 4 novembre. Selon la même source, ses déclarations « ont porté atteinte aux fondamentaux et aux principes de la diplomatie tunisienne ».

Discours polémique

Abdeljalil Ben Salem avait affirmé jeudi, lors d’une audition au Parlement, avoir « osé » interpeller l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Tunis, ainsi que le secrétaire général des ministres de l’Intérieur arabes – un Saoudien -, sur l’influence néfaste du wahhabisme saoudien en tant que « vecteur du terrorisme ».

Dans la soirée, il avait tenté d’éteindre le début de polémique en affirmant, dans un communiqué, que la relation avec Riyad était « pleinement harmonieuse (…), au service de notre religion ». « Sa solidité est telle que rien ne peut la troubler », avait-il ajouté. Nul ne peut mettre en cause les relations « solides » et « profondes » établies entre les deux pays, rappelait le communiqué.

« J’ai dit aux Saoudiens (…), avec audace: ‘Réformez votre école car le terrorisme historiquement vient de là. Je vous dis cela avec amour et modestie », avait déclaré le ministre, selon un enregistrement diffusé par la radio privée Mosaïque FM. « Ce qu’on voit dans le monde islamique comme extrémisme et terrorisme provient de cette école (wahhabite), que ce soit de bonne ou de mauvaise foi (…). Ce genre de pensée, et cette école, ne peuvent qu’engendrer de l’extrémisme », avait-il ajouté.

Intérim du ministre de la Justice

Entré en fonctions fin août au sein du nouveau gouvernement d’union de Youssef Chahed, le ministre des Affaires religieuses répondait à un député du Front populaire (gauche, opposition) sur sa volonté de « combattre la propagande wahhabite en Tunisie ».

Le ministre de la Justice, Ghazi Jeribi, s’est vu confier l’intérim du département des Affaires religieuses, a annoncé le gouvernement, en attendant son remplacement.

 

Jeune Afrique

La Jeunesse ouvrière chrétienne mobilise les paroisses pour « l’emploi digne »

Une enquête de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), rendue publique aujourd’hui, souligne les difficultés croissantes des jeunes à accéder à l’autonomie et à un emploi digne.
Face à la précarisation de leurs situations, le mouvement, qui interpellera en avril les décideurs politiques et sociaux du pays, encourage aussi des initiatives paroissiales locales.

Depuis plusieurs mois, d’intrigants panneaux trônent au fond de l’église Saint-Joseph d’Asnières, de celle du Sacré-Cœur de Colombes ou encore de la paroisse Saint-Paul de Nanterre (Hauts-de-Seine). Parsemés de fiches individuelles, ils recensent les petites annonces professionnelles des jeunes jocistes du département en recherche d’emploi. Cette initiative, portée par l’antenne fédérale de Colombes dans le cadre de la campagne nationale d’action « Dignes et travailleurs, notre défi pour demain », lancée par le mouvement en septembre dernier, est inédite en France.

« Elle aspire à mobiliser tout le réseau paroissial du département autour des attentes professionnelles de ces jeunes », explique Maïlys Benassi, la présidente fédérale de l’antenne Nord-Centre des Hauts-de-Seine. Chaque premier mardi du mois, la jeune femme consigne, avec d’autres accompagnateurs du mouvement, les demandes de « coups de pouce »de ces jeunes – que ce soit pour trouver un stage, un contrat ou une alternance – sur des fiches placardées ensuite dans cinq paroisses des alentours.

Un contrat et un « smiley »

« Outre ces panneaux, qui restent en permanence à la vue de tous les fidèles, nous profitons aussi, tous les deux mois environ, du temps des annonces, à la fin de la messe, pour diffuser à voix haute les demandes professionnelles de nos jocistes »,se réjouit la jeune femme.

Cédric Joilan, 27 ans, en CDD dans un cabinet de comptable, a fait l’expérience de ce systèmequi lui a « mis le pied à l’étrier ». Jociste depuis le lycée, le jeune homme a réussi à obtenir, en partie grâce à cette initiative, un contrat en alternance d’un an, en 2015, chez EDF. C’est en effet après avoir entendu sa petite annonce à la sortie de la messe qu’un paroissien, salarié du géant électrique, s’est décidé à lui proposer son aide. Refonte de son CV, amélioration de sa lettre de motivation, préparation de son entretien… Le jeune homme parvient à décrocher son contrat. Les responsables de son antenne fédérale ont alors accolé un « smiley » à sa fiche, pour signifier publiquement que le bouche-à-oreille avait fonctionné.

C’est ce qui pousse Thomas, 23 ans, à ne pas désespérer. Le jeune homme, un habitué lui aussi de la permanence de Colombes, est à la recherche depuis plusieurs mois d’un contrat en alternance dans le graphisme. Tout en condamnant un système qui marche « beaucoup par pistons », il espère être le prochain sur la liste des jocistes contactés par tel ou tel paroissien. Parce que, résume-t-il, « sans contacts professionnels, pas de boulot ».

 

« Les catholiques devraient se sentir plus concernés par leur situation »

Amer constat qui renforce, aux yeux de la présidente de la JOC Aina Rinà Rajaonary, le rôle de l’Église. « Dans une société qui prend peu en compte les jeunes du milieu ouvrier, les catholiques devraient se sentir plus concernés par leur situation », déplore la jeune femme, élue à la tête du mouvement en mai 2015. Comme elle, plusieurs responsables du mouvement espèrent voir se multiplier, dans d’autres villes de France, l’initiative développée dans les paroisses des Hauts-de-Seine.

En attendant, le mouvement continue d’encourager les nombreuses initiatives locales déjà existantes. Parmi les démarches d’aide les plus répandues figurent notamment celles des permanences Temps d’accueil pour la formation et l’emploi (Tafe), et depuis peu, des rendez-vous des Comités jeunes privés d’emploi (CJPE), réunissant des centaines de jeunes à travers la France, pour les aider à rebondir professionnellement : échanges de tuyaux, constitution de réseaux d’aide, soutien pendant de difficiles périodes de chômage, simulation d’entretiens professionnels…

Guillaume Fache, 28 ans, doit à ces temps d’échange « une fière chandelle ». Le jeune homme, qui a commencé à fréquenter la permanence de l’antenne jociste de Lille-Nord alors qu’il était en troisième année de licence d’économie, a réussi à obtenir, en partie grâce à cet accompagnement, un premier stage à la Banque alimentaire. Quelques mois plus tard, « la perm’» l’aide à monter un dossier pour postuler à un master de management stratégique des affaires à Grenoble. Sa candidature est retenue. Diplômé en mars dernier – « une reconnaissance très gratifiante dans ma famille, qui a fait peu d’études », confie-t-il –, il s’apprête, après plusieurs mois d’arrêt liés à un accident de voiture, à reprendre ses recherches. Et espère décrocher, « d’ici un ou deux mois », son premier emploi.

 

La Croix

La laïcité garantit-elle l’égalité femmes-hommes ?

La Délégation aux droits des femmes du Sénat a présenté un rapport sur l’égalité femmes-hommes et la laïcité le 12 janvier. Pointant la dégradation des droits des femmes dans les sphères religieuses, l’institution préconise une série de recommandations pour protéger ces droits.

 

C’est l’un des rapports les plus longs à élaborer auxquels Chantal Jouanno ait participé, confie la sénatrice en début de séance. Après plus d’un an de concertations et trois échanges de vue (au lieu d’un pour les dossiers ordinaires), la présidente de la Délégation aux droits des femmes a présenté un épais corpus réalisé le 12 janvier 2017. Intitulé « La laïcité garantit-elle l’égalité femmes-hommes ? » (téléchargeable ici), il expose un travail de recherche approfondi, riche d’observations de terrain, pointant la dégradation des droits des femmes dans la sphère religieuse en France.

Ces constats ont permis aux sénateurs –la délégation est composée de vingt-cinq femmes et onze hommes – de présenter trois séries de recommandations respectivement destinées au législateur, au gouvernement, et aux acteurs de la vie sociale et politique. Tout en prenant en compte la diversité des croyances et des traditions, avec le « souci constant (…) de ne pas stigmatiser un culte plus qu’un autre », ces propositions ont pour vocation « à aller plus loin dans l’égalité femmes-hommes, sans tenir le religieux à distance », explique Chantal Jouanno.

Les membres de la délégation ont également souhaité réaffirmer les droits sexuels et reproductifs, porter le sujet de la laïcité et de l’égalité dans les grandes instances internationales et « conjurer l’influence des extrémismes religieux ». La publication du rapport final en ce début d’année vise aussi à « interpeller les candidat(e)s à l’élection présidentielle de 2017 », appelés à se prononcer sur les propositions phares du rapport.

Une nouvelle approche de la laïcité

La nécessité de se saisir du sujet de l’égalité femmes-hommes dans la laïcité est apparue à la présidente de la délégation lors d’une rencontre avec le collectif Femmes sans voile d’Aubervilliers. Sa cofondatrice, Nadia Ould-Kaci, lui avait alors présenté une série de photographies prises dans la banlieue est de Paris et montrant des petites filles portant le voile. Ces clichés, présentant une situation à laquelle un enfant ne peut consentir, interrogent alors Chantal Jouanno.

Le climat tendu des derniers mois a également contribué à mettre le sujet de la laïcité et des femmes sur le devant de la scène, notamment avec les débats sur le burkini l’été dernier. Cette atmosphère, faisant des vêtements féminins un objet de débat et un moteur d’animosité, transforme l’actualité en « imaginaire social » défavorable aux droits des femmes, affirme Houria Abdelouahed, psychanalyste et maître de conférences à l’université Paris VII.

La délégation avait déjà soulevé le sujet des droits féminins en 2003, en se penchant sur les mariages forcés et les crimes d’honneurs, et avait amorcé une réflexion générale sur la laïcité en mars 2015. Le débat s’ouvre alors sur ce constat fusionnant les deux thèmes : « On s’aperçoit que la laïcité n’est pas en soi porteuse d’égalité. »

S’amorce alors un long parcours de réflexion. Après une première table ronde en janvier 2016, en présence de douze personnalités investies dans les questions religieuses (dont onze femmes, parmi lesquelles Anne Soupa, Delphine Horvilleur, Hanane Karimi…), auditions et réunions se sont succédé avant de s’accorder sur le contenu du rapport, validé le 3 novembre 2016. La commission du 12 janvier a clos ce processus avec tous les acteurs impliqués dans le projet, lançant une phase de décision plus concrète.

S’emparer de la loi

Si l’intégralité du rapport n’a pas fait consensus, les recommandations jugées prioritaires par la délégation ont été unanimement saluées, voire accueillies avec « gratitude » et « reconnaissance » par les participant(e)s. Parmi ces priorités, la modification de l’article premier de la Constitution, pour y insérer la notion d’égalité femmes-hommes. Le premier alinéa mentionne déjà l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction « d’origine, de race ou de religion », mais il ne mentionne pas l’égalité des sexes. Cet ajout aurait pour effet de soumettre toutes les lois au respect du principe d’égalité entre les femmes et les hommes, car il n’apparaît aujourd’hui que dans le préambule de la loi fondamentale.

La délégation souhaite par ailleurs « créer un délit autonome d’agissement sexiste » afin d’élargir cette notion, qui est pour l’instant cantonnée au code du travail et ne permet de dénoncer les comportements sexistes que dans le cadre professionnel. De même, la commission invite à sanctionner les associations appelant à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison du sexe. Les motifs de plainte pour les femmes victimes d’inégalités sexistes seraient donc étendus.

Autre point de concorde, les parties prenantes du débat ont collectivement pointé la nécessité «d’interroger le suivi et le contrôle des mesures prises», comme l’a souligné Marie-Thérèse Besson, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France. Le flou juridique ne pourra en effet être levé qu’en fonction de l’aboutissement du rapport, et la manière dont s’en saisissent les acteurs politiques.

Frictions sur le sport, les signes religieux et la loi de 1905

Les institutions publiques – écoles, hôpitaux, communes – et le milieu associatif ont fait l’objet d’une attention particulière. La délégation a pris en compte des situations concrètes relatées dans le rapport, comme des cas d’hommes qui refusent de serrer la main de collègues féminines, ou de femmes qui s’opposent à être soignées par des médecins de sexe masculin. Le groupe de sénateurs appelle à établir des mécanismes de remontée directe pour signaler les incidents aux ministères concernés, sans filtrage hiérarchique.

Il demande par ailleurs la nomination de référents laïcité et d’aumôniers formés aux questions d’égalité femmes-hommes. Lors du débat, cet appel a été appuyé par deux aumônières musulmanes et une aumônière militaire israélite, ainsi qu’une spécialiste de la laïcité en milieu hospitalier, Isabelle Lévy. D’un point de vue plus global, les communes, partis politiques et entreprises ont été invités à adopter des codes de bonne conduite en matière de laïcité et d’égalité des sexes.

Le sport, le port de signes religieux à l’université et le statut de la loi de séparation des Églises et de l’État ont été les seuls points d’achoppement au cours du débat. Bien que les perceptions divergent sur ces thèmes, aucun(e) participant(e) n’a remis en cause la volonté collective de clarifier les limites d’exercice des croyances, athéisme y compris.

Virginie Larousse, rédactrice en chef du Monde des Religions, a notamment rappelé l’importance de « se sentir investi du droit de continuer à critiquer les religions » bien que « s’attaquer aux symboles [soit] souvent perçu comme une entrave à l’intimité ». L’une des dernières intervenantes, Liliane Vana, docteure en sciences des religions et fière d’affirmer son identité de juive orthodoxe, a donné le mot de la fin avec humour : « Dieu merci, la loi de 1905 existe. »

 

Le Monde des Religions

Maroc : les manuels d’éducation islamique créent encore la controverse

Malgré la vaste opération de révision lancée par le ministère de l’Éducation nationale, la refonte des programmes et des manuels d’éducation islamique fait encore parler d’elle. La mobilisation des professeurs de philosophie met à mal une réforme qui peine à convaincre depuis septembre 2016.

Cette semaine, l’Association marocaine des enseignants de philosophie (Amep) a protesté contre un chapitre d’un des manuels de la collection Al Manar qui, selon elle, incrimine cette discipline. Elle a ainsi organisé des sit-in les 21, 22 et 23 décembre durant les pauses de recréation pour discuter de la place de la philosophie dans l’éducation. Les élèves, les parents, et les membres de l’administration sont étaient conviés au débat.
L’association demande par ailleurs le retrait des manuels d’éducation islamique de la première année du cycle du baccalauréat. Elle dénonce un chapitre citant les paroles d’un savant musulman, Ibn Salah Achahzouri, qui disqualifie l’enseignement de la philosophie : « La philosophie est le comble l’insignifiance et de la dépravation. C’est la matière du trouble et de la déperdition. Quiconque recourt à la philosophie sera détourné des bienfaits de la Charia et de ses bons arguments. Quiconque s’en inspire sera possédé par Satan et son cœur ne croira plus à la prophétie de Mahomet. »

Il n’existe pas de sciences « halal » et « haram »

L’association pointe le caractère « dangereux » des manuels réformés.

« Le contenu du programme d’éducation islamique n’a rien de moderne. Il classifie les sciences légitimes et illégitimes, et disqualifie la réflexion philosophique. Mais il n’existe pas de sciences « halal » ou « haram ». Nous en dénonçons le caractère radical, et l’influence wahhabite», a fait savoir Abdelkarim Safir, secrétaire national de l’Amep.

 

Face à ces allégations, Fouad Chafiqi, directeur des programmes scolaires au sein du ministère de l’Éducation nationale, conteste l’immixtion de l’idéologie wahhabite dans les manuels d’éducation islamique. Interrogé au téléphone par Jeune Afrique, il dément aussi une ingérence étrangère dans l’élaboration des manuels et regrette que l’Amep n’adhère pas au projet pédagogique du ministère, lequel promeut « un Islam du juste milieu ».

Malgré la polémique qui perdure, le ministère refuse pour le moment de retirer ses manuels du programme d’éducation islamique.

 

Jeune Afrique

Quand la présence d’une femme voilée déchaîne la haine dans l’émission TPMP[1]

 

 

Cyril Hanouna, choqué par des tweets racistes à l’encontre d’une participante voilée à un jeu de l’émission qu’il anime, découvre avec stupeur une part des violences innombrables que subissent ces femmes dans l’espace public. Il est vrai que la présence de cette femme sur un plateau télé nous rappelle ô combien que ces femmes restent coutumières d’un espace d’invisibilité qu’on leur assigne, dépossédées de toute parole, et que l’on dépeint à longueur de temps comme des individus soumis, privés de libre arbitre. Le voile, qui cristallise cette rencontre entre l’Islam et l’Occident, reste en effet un marqueur puissant d’altérité très clivant en France, où il est érigé en symbole de soumission de la femme et opposerait ainsi irrémédiablement une culture « du corps que l’on couvre » à celle « du corps que l’on montre ».

Pourtant, ces femmes voilées sont une composante de la société française dans sa multiplicité et ne véhiculent finalement rien de plus banal que l’image de personnes parfaitement intégrées et participant, de manière tout aussi banale, à un jeu télévisé. Moins banales, par contre, les réactions de certains téléspectateurs de TPMP, dont la violence en arrive à choquer son présentateur vedette, et pousse à se demander (si ce n’était pas encore clair jusque-là) quelle place on souhaite laisser à ces femmes. Les occulter dans l’espace médiatique, et plus largement dans le monde professionnel, ne les fera pas disparaître pour autant de la société dont elles font partie, rappelons-le, car, non, l’islam n’est pas que la religion de l’étranger mais aussi celle de Françaises et de Français qui n’aspirent qu’à une chose, vivre paisiblement dans une société multiconfessionnelle.

Alors, me direz-vous, pourrait-on imaginer un instant une animatrice voilée autour de Cyril Hanouna ? Dans un esprit de normalité, pourquoi pas. D’ailleurs, M. Hanouna n’a-t-il pas déclaré : « Nous acceptons tout le monde, il y a de la place pour tous dans TPMP». Oui, tout le monde, à la condition d’être une spectatrice ou une consommatrice, sûrement pas une actrice. Dans cette société du spectacle, n’est-ce pas aussi à travers la culture que nous ferons évoluer les mentalités ? Si nous avions une femme voilée aussi populaire qu’une Enora Malagré aux côtés de M. Hanouna, ces femmes ne se sentiraient-elles pas appartenir un peu plus à la communauté nationale ? En tout cas, il est certain que notre regard changerait sur la femme voilée et sur les musulmans en général.

Au-delà de tout cela, que nous révèle ce déchaînement de violence à travers les tweets racistes ? Le symbole du voile associé à la soumission de la femme musulmane a fait d’elle une cible commode pour les arguments selon lesquels l’identité française « traditionnelle » serait menacée. Alors, lorsque cette identité « tragique » s’invite chez soi à travers la petite lucarne qu’est la télé et plus seulement dans l’espace public, les bas instincts se révèlent. Nous assistons dès lors à un déferlement de haine à travers les médias sociaux, confortés par un anonymat garantissant toute impunité. Soyons courageux, mais pas trop !

Nous ne nous faisons pas ici le chantre du voile mais pointons une réalité vécue par ces musulmanes au quotidien. Le statut de classe vulnérable dont elles font partie est la conséquence d’un processus lent et insidieux instauré par des médias et une partie de la classe politique depuis de nombreuses années trop occupés à traiter la thématique de l’islam sur le plan anxiogène. Les références récurrentes à la laïcité républicaine sont utilisées comme une défense de l’« identité nationale » judéo-chrétienne face à cet islam visible dans l’espace public. De telles méthodes politiciennes n’ont pour but que d’empêcher une redéfinition élargie de l’identité française en contraignant les musulmans non seulement à s’assimiler mais aussi à adopter une identité plus étroite et rigide. En dépit de tous ces efforts, ce processus auquel la France recourt depuis des dizaines d’années a, semble-t-il, échoué. En effet, la société française n’a jamais été aussi crispée sur le plan identitaire et ce voile tant honni est de plus en plus arboré et de surcroît par des filles de plus en plus jeunes.

Dans un contexte de crise sociale et économique où les politiques ont échoué, la classe politique s’est engouffrée, en particulier lors d’enjeux électoraux, sur le terrain sociétal autour des thèmes d’identité et de sécurité, avec plus ou moins de succès[2]. La France, dans un contexte de mondialisation, dépossédée de sa souveraineté au sein d’une Europe où les décisions majeures sont prises, se cherche une nouvelle identité nationale. Elle tente de redéfinir sa place dans un monde globalisé où son rôle a changé. Ce combat, elle entend le mener contre l’Islam dans un contexte de menaces terroristes au détriment des attentes majeures des Français sur le terrain social et économique.

Les récents propos de M. Fillon à propos de son identité chrétienne nous donnent un aperçu de l’idéologie religieuse comme argument politique, sur fond de laïcité, lors de la prochaine élection présidentielle. Déclarer son identité chrétienne pendant le journal de 20 heures de TF1 n’a bien entendu rien de fortuit et inscrit non pas un simple homme politique mais un candidat au poste de chef de l’Etat français dans la filiation du groupe religieux dominant en France, le Christianisme, là où, ironie, il est demandé aux représentants de l’Etat, en vertu de la laïcité, une neutralité religieuse.

Où est la lutte contre le communautarisme de M. Fillon quand il se déclare être le candidat des chrétiens ? Aurait-il fait part de son appartenance religieuse s’il avait été juif ou musulman? La campagne récente de M. Juppé est à cet égard révélatrice sur les calomnies liées à sa supposée connivence avec certains milieux musulmans, qui lui valurent le surnom d’ « Ali Juppé ». M. Fillon, certain de gagner aux prochaines élections, marque d’entrée sa campagne d’une connotation religieuse forte destinée à conquérir, voire à reconquérir, l’électorat chrétien si précieux à la droite. Mais M. Fillon, la charité chrétienne n’est-elle pas d’aider les plus pauvres là où votre programme risque de les affaiblir davantage ? Mélanger ainsi la politique et le religieux est une faute morale quand on nous rebat les oreilles à longueur de temps sur les valeurs de la laïcité. Si on arrêtait enfin de représenter l’Islam sous le prisme de la menace et de la violence, que resterait-il à la classe politique ? Visiblement pas grand-chose. Son incapacité à régler les problèmes de fond comme le chômage, la précarisation, le mal-logement et le libéralisme sauvage notamment révèlerait une fois de plus la vacuité des programmes de certains candidats à l’élection présidentielle.

 

Fatima Achouri

 

 

 

 

[1] Touche Pas à Mon Poste

[2] Défaite récente de Mr Sarkozy à la primaire de la droite malgré une campagne axée sur le tout sécuritaire et le tout identitaire

Algérie : fatwas par satellite, buzz et polémiques

«Vénérable cheikh, parlez-nous de l’enfer. » Réponse cinglante du vénérable cheikh : « Tu vis dans un deux-pièces avec cuisine étroite et sombre, tu ne manges pas à ta faim, tu manques de tout et tu veux savoir à quoi ressemble l’enfer ? Eh bien, tu es en plein dedans ! » « Vénérable cheikh, quelle était la race du chien d’Ahl el-Kahf [la légende des Sept Dormants d’Éphèse, relatée dans l’un des versets du Coran] ? » « Malheureux, à quoi cela t’avancera de savoir si c’était un caniche ou un doberman ? » « Cheikh, quelle était la couleur de la chevelure de notre mère Ève ? », « Cheikh, j’ai trompé ma femme à deux reprises mais elle m’a pardonné. Quel est votre avis là-dessus ? »

« Une émission très loin de la langue de bois châtiée dont usent et abusent les imams traditionalistes. »

Une émission qui fait le buzz

Un florilège de questions croustillantes, pertinentes ou complètement farfelues et des réponses toujours dans la même veine, faites de verve et de gouaille, très loin de la langue de bois châtiée dont usent et abusent les imams traditionalistes. Bienvenue à Insahouni (« conseillez-moi »), l’émission religieuse qui bat tous les records d’audience.

Animée par Cheikh Chemseddine Aldjazaïri, la star des téléprédicateurs algériens, elle passe quotidiennement sur la chaîne privée Ennahar TV, et ses meilleurs extraits font régulièrement le buzz sur les réseaux sociaux, quand ils ne deviennent pas des blagues populaires que l’on se raconte au café du coin. La personnalité atypique de ce cheikh est le pivot sur lequel repose le succès phénoménal de l’émission.

À l’opposé de ce personnage truculent, on trouve l’austère Cheikh Abou Abdessalam, vieille figure du prêche cathodique sur la chaîne publique. Entre ces deux extrêmes, une armée d’imams et de prédicateurs qui tentent de se faire une petite place dans le vaste paradis du web et de la télévision par satellite.

Des thèmes éclectiques

Les téléprédicateurs ont un avis sur tout et ne se gênent nullement pour le donner. C’est dans l’actualité sociale ou culturelle, passée à la moulinette de la religion, qu’ils puisent l’objet de leurs prêches et de leurs fatwas. Le mufti émet donc un avis religieux autorisant ou interdisant une pratique ou un fait social ou religieux.

Les thèmes sont très larges : cela peut aller du colorant alimentaire E120 au fait de manger de la viande congelée importée d’Inde, en passant par la question de s’habiller en rouge pendant la prière, de se masturber avec une carotte pour une femme, des histoires de succession et d’héritage, des pratiques commerciales, du jeûne, de la prière, des relations sexuelles ou encore du dernier film sorti en salle ou du dernier album de musique qui vient d’atterrir dans les bacs… Malgré l’embarras du choix, la cible favorite des téléprédicateurs reste encore et toujours la femme, souvent diabolisée et accusée de pousser les hommes vers le grand péché de l’adultère.

Les téléprédicateurs s’expriment sur tous les sujets à l’exception de la politique. Sauf, évidemment, s’il s’agit de donner un petit coup de pouce au pouvoir en place. En 2012, Cheikh Chemseddine, encore lui, a émis une fatwa -décrétant l’obligation de voter aux élections législatives alors que toute l’opposition appelait au boycott.

« Les Algériens sont devenus de très grands consommateurs du fait religieux sous toutes ses formes : livres, films, forums sur le web ou émissions télé ou radio. »

Après la fatwa, l’interprétation islamique des rêves

Face à la multiplication des téléprédicateurs, le citoyen désireux de se conformer à ses convictions religieuses se retrouve noyé sous un déluge de fatwas parfois contradictoires, quelquefois -carrément loufoques ou tragi-comiques. Certaines, telle celle du cheikh marocain Abdelbari Zemzami autorisant un mari éploré à s’accoupler avec le cadavre de sa femme quelques heures après sa mort, ont fait le tour du monde.

Chaque chaîne de télévision a son mufti attitré. À côté de la fatwa, un autre créneau vient de s’ouvrir : l’interprétation islamique des rêves. C’est ce que propose Ennahar TV à travers une émission psycho-religieuse quotidienne intitulée Tafsir al-Ahlam. En plus de ses imams, la chaîne peut également compter sur une armée de prêcheurs free-lance qui s’invitent régulièrement au minbar télévisé.

C’est le cas d’Abdelfatah Hamadache Ziraoui, imam autoproclamé et chef d’un parti qui prône le salafisme. Régulièrement invité sur les plateaux télé, c’est lui qui, en décembre 2014, lançait un appel au meurtre à l’encontre de l’écrivain et journaliste Kamel Daoud pour « hérésie et apostasie ». Drainant derrière lui des milliers d’adeptes et d’admirateurs, Cheikh Mohamed Ali Ferkous, chef de file du néosalafisme, est à lui tout seul une véritable usine à fatwas. Le site de cette grande figure de l’islamisme algérien en répertorie plusieurs milliers classées en catégories bien distinctes.

Vaste supermarché virtuel

Depuis la montée fulgurante de l’islamisme à la fin des années 1980, les Algériens sont devenus de très grands consommateurs du fait religieux sous toutes ses formes : livres, films, forums sur le web ou émissions télé ou radio. Ils représentent encore aujourd’hui une bonne partie des auditeurs qui bombardent de questions les nombreux cheikhs des télévisions satellitaires des pays du Golfe telles qu’Iqraa.

Les fatwas ne se limitent ni aux frontières ni aux nationalités. Chaque citoyen est libre de faire son choix dans ce vaste supermarché virtuel. Tiraillées entre modernité et tradition religieuse, les populations s’interrogent de plus en plus sur la façon de mener leur vie quotidienne. Et c’est dans un texte vieux de quatorze siècles qu’elles pensent trouver des réponses à leurs questions. Pas étonnant que la demande de fatwas explose.

Devant l’agitation médiatique et l’anarchie qui règne dans le domaine de la fatwa, le ministère algérien des Affaires religieuses et des Wakfs tente désespérément de rattraper son retard. Afin de couper l’herbe sous le pied aux téléprédicateurs qui sèment des fatwas à tous vents, il vient d’annoncer la création du Conseil scientifique national (CSN), qui regroupe imams, scientifiques et théologiens chargés d’émettre des fatwas sur toutes les questions qui taraudent la société.

Le Conseil vient tout juste de se prononcer sur deux questions cruciales qui suscitaient la méfiance d’une large partie de la population : le don d’organes et le prêt bancaire pour l’acquisition d’un logement. Dans la foulée, Mohamed Aïssa, le jeune ministre, a également annoncé la création d’un Observatoire de veille contre le prosélytisme religieux, les dérives sectaires et le terrorisme. Rien de moins. Du coin de l’œil, ce sont « les cheikhs autoproclamés et les prédicateurs non formés » qui sont visés. En attendant que l’ordre se rétablisse dans le domaine, les fatwas continuent de tomber du ciel. Par satellites interposés.

 

Jeune Afrique

Décès de Cheikh Hamza, un des plus grands maîtres soufis du Maroc

La plus importante confrérie soufie du Maroc a perdu son guide spirituel. Cheikh Hamza Ben El Abbas, grand maître de la Tariqa qadirya boutchichia, est décédé, ce mercredi 18 janvier, à Oujda, à l’est du Maroc, à l’âge de 95 ans.

Sa zaouiya, fondée par cheikh Moulay Abdelakder El Jilani (1077- 1166), a des ramifications aussi bien au Maroc, au cœur même du pouvoir, qu’à l’international. Chaque année, à l’occasion de la fête du Mouloud, célébrant la naissance du prophète Mahomet, elle réunit des milliers de disciples venus du monde entier pour recevoir la bénédiction de celui qu’on présente comme un descendant du prophète et pouvoir le toucher tel un dieu vivant.

Le petit village de Madagh, situé à quelques kilomètres de la ville de Berkane, non loin d’Oujda, devient alors la Mecque des Boutchichis, avec des pélerins vêtus de blanc, des camps improvisés et un impressionnant contingent de gendarmes et de mokhaznis (forces auxiliaires), spécialement dépêchés par les autorités locales pour sécuriser les lieux.

Sous l’aile du Palais

Les zaouiyas, une des variantes de l’islam maraboutique africain, sont protégées par le Palais, qui s’appuie sur elles pour asseoir sa légitimité et en faire un rempart contre le salafisme wahhabite venu d’Arabie saoudite. Elles prônent un islam modéré, à forte connotation spirituelle, tourné vers la quête de soi et l’amour de Dieu, dans la même veine que la discipline du mystique persan, Jalal Eddine Rûmi.

Alité depuis plusieurs années, le pape des Boutchichis, Sidi Hamza, continuait de recevoir ses disciples, leur prodiguant conseils et bénédictions. Il a une armée de fidèles autour de lui et sa confrérie est gérée comme une vraie institution, avec des relais régionaux, des levées de fonds périodiques organisées discrètement à la fin des séances de Dikr (chants religieux) dans les villas de la bourgeoisie marocaine. Il n’est pas donné à n’importe qui de devenir Boutchichi ! Comme toute les confréries, il faut qu’il soit coopté par un ancien et prêter allégeance au Cheikh.

Une succession de père en fils

Parmi ses disciples les plus connus, l’actuel ministre des Habous et des affaires islamiques, Ahmed Toufiq, mais aussi des figures internationales, comme le rappeur français Abd al Malik, qui a déclaré son amour pour son guide spirituel dans sa chanson « Ode à l’amour », sortie en 2004 : « J’étais cuivre, tu m’as rendu or, toi l’alchimiste de mon cœur, toi qui a su gommer mes erreurs ».

C’est en 1968, après des études en théologie, que Cheikh Hamza a repris les clés de la zaouiya de son père, Cheikh Abbas, qui les a lui-même héritées de son maître, Cheikh Sidi Abou Mediene. Dans les zaouiyas, la succession se transmet via une autorisation spirituelle entre un maître et un disciple, appelée Sirr (secret initiatique). Mais depuis Cheikh Abbas, elle se transmet via les liens de sang. Avant sa mort, Sidi Hamza avait donc désigné un de ses fils, Sidi Jamal, pour lui succéder. Laquelle succession a été notifiée dans un testament écrit et légalisé auprès des autorités.

Cheikh Yassine, l’autre guide

Parmi les anciens amis de Sidi Hamza, il y a eu Cheikh Yassine, ancien leader de la Jamaâ Al Adl Wal Ihssane (Justice et bienfaisance), le plus important mouvement islamiste d’opposition au Maroc. Les deux hommes sont considérés comme les deux principaux guides religieux dans le pays. Réunis autour des valeurs du soufisme, ils avaient cependant deux visions différentes de l’utilité de ces valeurs pour la société. Autant le maître de Madagh tenait à un soufisme « immobile », loin de toute opinion politique, autant le guide de la Jamaâ poussait pour un soufisme « agissant » afin de changer « une société malade ». Le clash est consommé en 1973 lorsque Cheikh Yassine crée son mouvement et s’engage dans un bras de fer avec le Palais.

En 2011, en plein printemps arabe, Cheikh Hamza ne se gênera cependant pas pour faire de la politique en ordonnant à ses disciples de participer à des marches pro-pouvoir, appelant la population à voter oui lors du référendum constitutionnel.

 

Jeune Afrique

Attentat au Mali : des dizaines de morts et de nombreux blessés

Un véhicule a explosé ce matin dans le nord du Mali, faisant plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés. A Paris, le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux a déploré un “attentat majeur avec une symbolique forte”.

Un attentat à la voiture piégée a fait au moins 37 morts selon l’ONU et de nombreux blessés ce matin dans un camp militaire de Gao, dans le nord du Mali. Le camp abrite des troupes gouvernementales ainsi que les membres de divers groupes armés, qui effectuent ensemble des patrouilles mixtes dans la ville, en vertu d’un accord de paix soutenu par les Nations unies.
Selon un journaliste de l’agence Reuters, arrivé dans le camp peu après l’explosion, des dizaines de corps étaient étendus par terre. Des ambulances ont été envoyées sur place et des hélicoptères survolaient le site.

Les islamistes ne contrôlent plus le nord du Mali depuis l’intervention militaire française de janvier 2013. Mais des activistes islamistes continuent d’opérer dans la région et l’insécurité est aggravée par les tensions entre groupes rebelles locaux et milices pro-gouvernementales.

Dans un rapport publié mercredi, l’organisation Human Rights Watch dénonce une recrudescence des abus commis par les groupes islamistes et du banditisme dans la région. “Le climat relatif aux droits humains est devenu de plus en plus précaire en 2016 en raison des exécutions et intimidations des groupes islamistes armés, d’affrontements intercommunautaires sanglants et d’une flambée des crimes violents”, souligne Corinne Dufka, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. “L’incapacité du gouvernement à reprendre le contrôle de la situation et à limiter les abus des forces de sécurité n’a fait que détériorer encore un peu plus la situation.”

La présidence du Mali a décrété 3 jours de deuil national et annoncé que le ministre de la défense se rendait sur le lieux de l’attaque.

 

M6info

Après une année 2015 record, quel bilan des persécutions envers les chrétiens en 2016 ?

L’année 2015 avait été fatale pour plus de 5 747 chrétiens victimes de la répression du christianisme à travers le monde. Si le nombre de morts a fortement baissé en un an, la situation des minorités chrétiennes dans le monde reste alarmante, notamment en Asie. Etat des lieux des persécutions dans le monde.

L’ONG protestante Portes Ouvertes, qui milite en faveurs des chrétiens victimes de persécutions à travers le monde, a publié, mardi 10 janvier, l’édition 2017 de son Index mondial de persécution des chrétiens. Celui-ci recense la situation de 50 pays, qui comptent 215 millions de chrétiens persécutés sur les 650 millions qui y habitent. « Dans 21 des 50 pays de l’Index, le taux de persécution des chrétiens est de 100 % », à savoir que la persécution sous toutes ses formes dans ces pays touche absolument tous les chrétiens, rapporte l’organisation.

Le nombre global de morts a toutefois baissé de 83,5 %, passant de 5 747 tués recensés dans les 50 pays de l’Index en 2015 à 948 en 2016. Avec 695 morts sur les 948, le Nigeria est le pays où la persécution des chrétiens tue le plus. L’important recul du groupe terroriste Boko Haram a permis cependant une baisse très importante du nombre de morts qui s’élevait à 4 000 en 2015.

Dans le même temps, la Corée du Nord continue de truster depuis 16 ans la tête du classement des pays qui réprime le plus les chrétiens. Environ 300 000 personnes vivraient caché leur foi dans le christianisme à cause de l’hostilité du régime de Kim Jong-un envers la religion. « Dans le pays le plus fermé de la planète, des dizaines de milliers de chrétiens sont enfermés dans des camps de travaux forcés. Nombreux sont ceux qui y meurent chaque année mais nous ne pouvons pas en fournir la preuve. C’est la raison pour laquelle le pays ne figure pas dans ces chiffres », explique Portes Ouvertes.

Des persécutions dues à des intégrismes diverses
Au Moyen-Orient, en Irak et en Syrie plus précisément, on constate une baisse des attaques envers les chrétiens mais cela est essentiellement dû à la fuite massive de ceux-ci. L’Irak est ainsi descendu de la seconde à la 7e place du classement, la majorité des chrétiens s’étant réfugiée au Kurdistan irakien pour échapper aux exactions de l’Etat islamique. « Les chrétiens vivent dans ce pays depuis 2000 ans, mais aujourd’hui, ils sont en voie d’extinction », observe Portes ouvertes.

Au Yémen, la situation se détériore en revanche en raison du conflit armé entre les forces gouvernementales et les rebelles houthis. Selon les auteurs du rapport, « tous les chrétiens étrangers ont quitté le pays plongé dans le chaos » et « aucune église n’est autorisée dans la partie nord du pays ».

La situation des chrétiens est de plus en plus préoccupante dans le sous-continent indien avec la montée des intégrismes religieux. Au Pakistan, 76 chrétiens ont été tués lors d’actions anti-chrétiennes, hissant le pays à la 4e position de l’Index. Le 28 mars 2016, un kamikaze s’est fait exploser dans un parc à Lahore durant les festivités du dimanche de Pâques, faisant 72 morts dont 29 enfants et 340 blessés.

En Inde, Portes ouvertes souligne la responsabilité du gouvernement hindou dirigé par Narendra Modi qui a « entraîné une radicalisation de la société et une montée en puissance de l’hindouisme radical ». L’ONG affirme que « des groupes extrémistes ont promis l’éradication du christianisme à l’horizon 2021 » et que « dans six Etats indiens, une législation qui condamne les conversions au christianisme ». Une montée des nationalismes qui amène Portes Ouvertes à s’inquiéter du fait que l’Asie est « en route pour rattraper le Moyen-Orient et l’Afrique ».

 

Saphirnews

Maroc : « La réhabilitation du patrimoine juif générera toujours des résistances »

 

Le jeudi 5 janvier, le roi Mohammed VI a rebaptisé le vieux quartier de Marrakech par son nom juif d’origine ainsi que toutes les petites ruelles qu’il abrite. Le quartier Essalam (« paix » en arabe) va redevenir El mellah (« Sel » en arabe et en hébreu). Au Maroc, le mellah désigne traditionnellement les quartiers où vivaient les juifs dans les grandes villes avant leur départ massif vers Israël ou vers d’autres pays dans les années 1950 et 1960.

Selon les estimations, ils ne seraient que 2 500 juifs à vivre encore au Maroc mais des milliers reviennent annuellement en pèlerinage sur la terre qui a vu vivre leurs ancêtres ou pour visiter le pays. La monarchie marocaine cherche à réhabiliter le patrimoine de ces populations juives avec lesquelles elle a toujours entretenu un lien solide. Elle le fait avec précaution et à dose homéopathique pour ne pas secouer une société marocaine gagnée par le conservatisme. Mais son initiative reste un cas à part dans le monde arabe. Interview de Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc et spécialiste du judaïsme marocain.

Jeune Afrique : Que signifie pour vous l’initiative royale consistant à rebaptiser le vieux quartier de Marrakech par son appellation juive d’origine ?

Jamaâ Baida: Je pense que c’est un signal fort qui s’inscrit dans un processus lancé par la Constitution de 2011 qui a mis en avant notre identité plurielle. Le Maroc est juif, chrétien, musulman, amazigh, arabe et africain. On doit en faire un motif de fierté et non en avoir honte. Jusqu’à présent, ce sont surtout les cercles académiques qui avaient appelé à la réhabilitation de l’identité juive dans notre patrimoine architectural. Maintenant, c’est le chef de l’État qui porte cette initiative.

À l’origine, pourquoi le mellah de Marrakech a t-il perdu son nom juif ?

Selon des informations que j’ai recueillies auprès de Jacky Kadosh, chef de la communauté israélite de la région de Marrakech, la décision d’arabiser ce quartier a été prise en 1989, par le conseil municipal de Marrakech. Ce dernier l’a rebaptisé « Essalam ». Il en a profité pour bannir toutes les appellations de ruelles portant les noms de rabbins, d’anciens commerçants juifs, celles tirées du Talmud, de la Torah…

Quel parti politique dirigeait ce conseil municipal à l’époque ?

Selon Jacky Kadosh, c’est le parti de l’Istiqlal qui était aux commandes.

Un fervent défenseur de l’arabisation…

Il ne faut pas s’en étonner. À cette époque, l’arabisation était en vogue et touchait tous les domaines de la société…

Quelle est l’histoire des mellah au Maroc ?

Le mellah n’est pas le ghetto « à la Varsovie » comme on pourrait croire, c’est-à-dire un camp de concentration. Toute traduction qui irait dans ce sens est une aberration. Le premier mellah qui a vu le jour au Maroc, celui de Fès, a été initié sous la dynastie des Mérinides, entre le XIIIème et le XVème siècle, et était accolé au palais du sultan. L’objectif était de protéger une minorité qui, en cas de trouble, se trouvait à la merci de la masse. Voyant l’expérience du quartier de Fès réussir, ce sont les juifs eux-même qui ont voulu la dupliquer sur d’autres régions du Maroc pour préserver leur mode de vie. À tel point que chaque ville et même plusieurs villages du royaume avaient leur quartier juif. Avant 1948 (création de l’État d’Israël), entre 250 000 et 300 000 juifs vivaient au Maroc et la grande majorité se trouvait dans les mellahs.
Comment cette identité juive s’est-elle estompée ?

Les années 1950 et 1960 ont connu une grande vague de départ des juifs (exode massif vers Israël ou vers d’autres pays). Lorsqu’on quitte son lieu d’origine, d’autres cultures s’y installent. Actuellement, ces quartiers sont en majorité habités par les musulmans.

La réhabilitation du patrimoine juif ne risque-t-elle pas d’être confrontée au conservatisme de la société marocaine ?

Il y aura toujours des résistances. Mais je pense que les force vives de la nation ont compris que les Marocains ont tout intérêt à se réconcilier avec leur identité plurielle. Après des décennies d’oubli, le patrimoine amazigh est en train de renaître de ses cendres grâce à l’adoption de l’inscription tifinagh et à l’intégration de la langue amazigh dans l’enseignement. Le film du réalisateur, Kamal Hachkar, « De Tinghir à Jérusalem : les Échos du Mellah », sorti en 2013, a rencontré des résistances, mais de nombreux Marocains l’ont applaudi. Le temps des idéologies totalitaires est révolu.

Comment réhabiliter « le juif en nous » sachant que des générations entières ont été biberonnées au nationalisme arabe, que ce soit à travers les manuels scolaires ou le discours politique ?

Tout passe par l’école. Les responsables du ministère de l’Éducation nationale en sont conscients. Ils sont en train de mettre en place une réforme des manuels scolaires qui va réhabiliter la culture plurielle du Maroc mais aussi d’autres questions relatives aux droits de l’homme comme l’émancipation des femmes et la lutte contre le racisme. Les médias et les réseaux sociaux jouent aussi un rôle majeur dans cet éveil.

Vous parlez des manuels scolaires actuels qui contiennent encore des passages désavouant la philosophie…

Toute atteinte à la philosophie est condamnable. Mais, en toute franchise, je pense que ces passages ont échappé à la vigilance des progressistes de ce pays. Aucun système d’enseignement ne peut prétendre former des générations sur des bases saines sans intégrer la philosophie et les sciences humains. Pendant longtemps, ces deux matières ont été bannies de nos écoles parce qu’elles encouragent l’esprit critique et l’ouverture sur l’autre. Cela n’a fait qu’enfermer la société dans un conservatisme primaire. En 1997, j’avais co-fondé un centre de recherche académique sur le judaïsme marocain. Des obscurantistes nous ont accusé d’œuvrer pour la normalisation avec Israël alors que nous avions une ligne anti-sioniste déclarée et assumée. Il ne faut pas se laisser intimider par les voix de la régression et garder le cap sur la réconciliation avec notre passé.

En tant que directeur des Archives du Maroc, quel intérêt accordez-vous à la réhabilitation du patrimoine juif ?

C’est un sujet d’une extrême importance mais, malheureusement, les fonds qui nous sont alloués sont maigres et ne permettent pas de rassembler ce patrimoine. Les archives de nos compatriotes juifs sont éparpillées à travers le monde. Ceci dit, depuis 2013, nous essayons de récupérer des archives numérisées auprès des Archives diplomatiques de France, de l’alliance israélite de Paris mais aussi auprès du Mémorial de la Shoah avec lequel nous avons signé une convention de partenariat.

 

Jeune Afrique