Syrie : 126 morts dans un attentat contre des personnes évacuées

68 enfants ont perdu la vie dans l’attentat suicide qui a eu lieu samedi. Il constitue l’une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre.

Le bilan s’alourdit. Une opération d’évacuation d’habitants de localités assiégées en Syrie a tourné au bain de sang samedi : 126 personnes ont trouvé la mort, dont 68 enfants, dans un attentat suicide, l’une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre. Dans sa traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi, le pape François a dénoncé une « ignoble attaque » et appelé à la paix en Syrie, pays « martyrisé » et victime d’une guerre « qui ne cesse de semer horreur et mort ». Déclenché en mars 2011 par la répression dans le sang de manifestations pro-démocratie, le conflit a fait plus de 320 000 morts, des millions de déplacés et de réfugiés, et s’est complexifié avec l’implication d’acteurs internationaux et de groupes djihadistes. Samedi, un kamikaze à lancé sa camionnette piégée contre un convoi de bus transportant des milliers d’habitants évacués de Foua et Kafraya, deux localités pro-régime assiégées par les insurgés dans la province d’Idleb, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’attaque, qui n’a pas été revendiquée, est survenue à Rachidine, une banlieue rebelle de la ville d’Alep, plus au nord, où avait été bloqué pendant plusieurs heures le convoi en raison de désaccords entre belligérants. C’est à côté de ces dizaines de bus à l’arrêt à Rachidine que le kamikaze a fait exploser sa camionnette. Au moins 68 enfants figurent parmi les 126 personnes tuées dans l’attentat, a indiqué dimanche l’OSDH, précisant que le bilan ne cessait de s’alourdir, de nombreuses personnes succombant à leurs blessures. La grande majorité des morts sont des habitants de Foua et Kafraya. Les autres sont des rebelles qui gardaient les bus et des travailleurs humanitaires. Revenu sur le lieu de l’attentat dimanche, le correspondant de l’Agence France-Presse a vu de nombreux cadavres jonchant encore le sol. À côté d’eux, des effets personnels qu’ils avaient emportés : télévisions, assiettes, vêtements.

« La mort vous surprend »

Les bus visés par l’attaque étaient carbonisés et, tout près d’un grand cratère, la camionnette vraisemblablement utilisée dans l’attaque, était complètement détruite. « Il y a eu une énorme explosion », raconte Mayssa al-Aswad, 30 ans, qui était assise dans un bus avec son bébé de six mois et sa fillette de dix ans au moment de l’attaque. « J’ai entendu des cris et des pleurs (…) mon bébé Hadi pleurait beaucoup, ma fillette Narjes me regardait, complètement figée », raconte-t-elle. « La mort peut vous surprendre en quelques minutes. » Quelques heures après l’attaque, les convois des personnes évacuées ont repris la route pour rejoindre leur destination finale. Le régime syrien a accusé les « groupes terroristes », un terme utilisé par le pouvoir pour désigner rebelles et djihadistes. Mais l’influent groupe rebelle Ahrar al-Cham a nié toute implication des insurgés. Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, s’est dit « horrifié » par cette attaque « monstrueuse et lâche ». Ses auteurs « ont fait preuve d’une indifférence éhontée pour la vie humaine ». La France a « fermement » condamné dimanche cette attaque. « Les responsables de ces crimes abjects devront rendre des comptes à la justice », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Poursuite des évacuations ?

L’opération d’évacuation qui concerne également des milliers d’habitants des localités rebelles de Madaya et Zabadani près de Damas, a été lancée vendredi en vertu d’un accord entre le Qatar, soutien de la rébellion, et l’Iran, allié du régime. Plus de 7 000 personnes ont été évacuées vendredi et samedi des quatre localités. Quelque 5 000 personnes de Foua et Kafraya – civils et combattants – ont atteint Alep, d’où elles choisiront leur destination finale. Les 2 200 habitants évacués de Madaya et Zabadani ont rejoint la province d’Idleb contrôlée en grande majorité par les rebelles. Il n’était pas clair si l’opération d’évacuation qui devait concerner plusieurs milliers de personnes supplémentaires se poursuivrait dans l’immédiat. Ces dernières années, et après des mois de siège, le régime a proposé des accords d’évacuation similaires que l’opposition dénonce comme des « transferts forcés » constituant « des crimes contre l’Humanité ». Ailleurs dans le pays en guerre, le groupe djihadiste État islamique (EI) tentait dimanche de repousser une offensive de combattants kurdes et arabes soutenus par les États-Unis, qui cherchent à s’emparer de Tabqa dans le nord syrien. Tabqa est un verrou clé sur la route menant à Raqqa, capitale autoproclamée de l’EI en Syrie et véritable objectif des Forces démocratiques syriennes (FDS).

 

AFP

La neutralité religieuse, à quel prix ?

De suspense en rebondissements, nous sommes maintenant fixés. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu le 14 mars ses décisions sur la religion en entreprise. Elle devait répondre à deux questions, l’une posée par la Cour de cassation belge et l’autre par la Cour de cassation française.

Mais c’est surtout l’affaire belge qui donne le mode d’emploi des politiques de neutralité que les entreprises sont en droit de mener. La loi Travail du 8 août 2016 qui suggérait de telles orientations en ressort confortée. Elle ne devrait plus avoir à craindre les questions prioritaires de constitutionnalité qui ne manqueront pas de se poser au Conseil constitutionnel, lui qui lors de sa saisine initiale n’avait pas souhaité soulever d’office la constitutionnalité de la mesure dans l’attente des arrêts de la CJUE.

Règlement intérieur
Une entreprise peut-elle adopter un règlement intérieur avec une clause imposant à ses collaborateurs la neutralité religieuse, politique ou philosophique sans se rendre coupable d’une discrimination directe ? Que signifie cette question issue du jargon de l’article 2 de la directive du 27 novembre 2000 sur les discriminations ? Rapportée à la religion, la configuration visée est la suivante : en vertu de cette règle figurant dans le règlement intérieur, la salariée qui porte le voile est-elle traitée de manière moins favorable qu’une collègue « ne l’est, ne l’a été ou ne le serait dans une situation comparable ».
La question est cruciale et a opposé les deux avocates générales lors d’un débat musclé par conclusions interposées. On comprend bien que si la discrimination directe est retenue, les politiques de neutralité sont fortement compromises. Au final, la Cour écarte la discrimination directe, c’est la logique laïque qui l’emporte au détriment d’une application ferme du droit de la non-discrimination. La CJUE a fait ses choix mais signe avec ces décisions un affaiblissement de la protection contre les discriminations. On l’a connue plus rigoureuse et plus stricte sur le sujet.

Contacts avec la clientèle

Il est donc possible de mettre en place une politique de neutralité dans les entreprises, mais la Cour ne leur donne pas un blanc-seing. L’obligation de neutralité doit viser le port visible de tous les signes de convictions politiques, religieuses ou philosophiques, de façon « générale » et « indifférenciée ». Elle doit aussi s’adresser aux seuls salariés en contact avec la clientèle.
La réserve est de taille. De telles clauses, nous explique la Cour, sont admises au nom de la liberté d’entreprendre : « Le souhait d’un employeur d’afficher une image de neutralité à l’égard des clients se rapporte à la liberté d’entreprise, reconnue par l’article 16 de la Charte. » La liberté d’entreprendre à laquelle se réfère de plus en plus souvent la CJUE dans ses arrêts… Reste qu’un règlement intérieur d’une entreprise interdisant purement et simplement le port du voile à ses salariées est promis, même après les arrêts de la CJUE, à une mort juridique certaine.

Et les clients ? Ont-ils leur mot à dire ? C’était l’affaire française, toujours du 14 mars (n° C-188/15) dans laquelle un client avait fait savoir qu’il ne souhaitait plus voir dans ses locaux une ingénieure d’études voilée. « Pas de voile la prochaine fois », avait-il prévenu.La CJUE n’apprécie pas.

En l’absence de règlement intérieur sur le modèle très calibré de l’affaire belge, les desiderata des clients ne passent pas. Leurs exigences sur le port du voile ne constituent pas une « exigence professionnelle essentielle et déterminante », au sens de l’article 4.1 de la Directive précitée, ce qui aurait permis de déroger au principe de non-discrimination.
On ne peut que se réjouir de cette position par ailleurs sans surprise car où s’arrêter eu égard à toutes les attentes des clients ? Après le voile, des exigences sur l’apparence physique ? Il est heureux que les lois économiques de la concurrence ne prévalent pas sur l’égale dignité des personnes humaines.

Enfin, il faut signaler l’ouverture de la CJUE vers ce qu’il est convenu d’appeler une obligation d’« aménagement raisonnable ». Le refus d’une salariée de ne pas porter le voile en contradiction avec le règlement intérieur ne doit pas conduire nécessairement à son licenciement.

Au contraire, la CJUE temporise. « Tout en tenant compte des contraintes inhérentes à l’entreprise », l’employeur doit tenter de lui proposer un autre poste de travail « n’impliquant pas de contact visuel avec ces clients ». Cet apport de l’arrêt, essentiel en pratique, a été insuffisamment souligné.

 

Alternatives économiques

Tunisie : appel au retrait d’une circulaire interdisant aux femmes d’épouser des non-musulmans

Une coalition d’associations tunisiennes a appelé lundi au retrait d’une circulaire interdisant le mariage des Tunisiennes musulmanes avec des non-musulmans, en dénonçant « une aberration » violant la liberté de conscience inscrite dans la Constitution de 2014.

« Il est aujourd’hui inadmissible qu’une simple circulaire, de valeur juridique quasiment nulle (…), commande la vie de milliers » de Tunisiennes, a martelé lors d’une conférence de presse Sana Ben Achour, juriste et présidente de l’association Beity.

Une soixantaine d’associations ont signé l’appel à retirer cette circulaire du ministre de la Justice datant de 1973, qui empêche la célébration du mariage des Tunisiennes musulmanes avec des non-musulmans.

Nécessité d’un certificat de conversion

Un certificat de conversion du futur époux est actuellement exigé pour le mariage de toute Tunisienne considérée comme musulmane et désireuse d’épouser un non-musulman -généralement étranger. Et si une Tunisienne se marie à l’étranger avec un non-musulman sans ce papier, son mariage ne peut être enregistré en Tunisie.

Les hommes tunisiens peuvent, eux, se marier avec une non-musulmane.

Il n’existe pas de statistiques fiables et précises sur le sujet mais ce texte « remet en cause un droit fondamental pour tout être humain : le choix libre du conjoint (…). Cette prohibition est une souffrance pour des milliers de Tunisiennes et leurs familles », qui sont « privées de leur droit fondamental à la sécurité juridique », déplore le collectif dans un communiqué.

Un retrait d’ici novembre 2017 ?

Pour Wahid Ferchichi, de l’Association tunisienne de défense des libertés individuelles (Adli), il est déjà problématique que la circulaire identifie ces Tunisiennes comme étant musulmanes a priori, alors qu’ « aucun certificat ne prouve la religion » en Tunisie.

Mais surtout, la circulaire est en contradiction avec la Constitution, qui prône la liberté de conscience et l’égalité entre les citoyens, a-t-il souligné.

Le collectif espère son retrait d’ici novembre 2017. Pour cela, il entend sensibiliser l’opinion publique et rencontrer les ministres de la Justice, de l’Intérieur ainsi que le chef du gouvernement. Un colloque est aussi prévu sur ce sujet.

La Tunisie, considérée comme pionnière des droits des femmes dans le monde arabe, a adopté une nouvelle Constitution en 2014, qui stipule que « citoyens et citoyennes sont égaux en droits et devoirs ».

Mais les femmes restent discriminées dans plusieurs cas, notamment en matière d’héritage, et le Code du statut personnel (CSP) désigne toujours le mari comme chef de famille.

 

Jeune Afrique

États-Unis : des juifs s’élèvent contre le lobby pro-israélien

Des centaines de juifs américains ont manifesté dimanche à Washington pour dénoncer le soutien de l’AIPAC à l’occupation israélienne. Une première.

La politique de l’État d’Israël ne fait pas l’unanimité auprès de la communauté juive des États-Unis. Voilà l’un des enseignements inattendus de la conférence annuelle de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le puissant lobby pro-israélien aux États-Unis. Pendant que près de 18 000 personnes – un record – étaient réunies dimanche à l’intérieur du centre de convention de Washington pour appeler au soutien inconditionnel de l’État hébreu, des centaines de jeunes juifs américains étaient massés devant le bâtiment pour manifester leur refus de soutenir l’occupation israélienne en territoire palestinien.

« If not now, when ? (Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?) », scandait une foule de manifestants en marchant vers le centre de conférence, en référence à la déclaration de Hillel Hazaken, dit Hillel l’Ancien, une des plus grandes figures du judaïsme. « Ce n’est pas parce qu’on est juif que notre soutien à Israël doit être inconditionnel », explique au Point Yonah Lieberman, l’un des cofondateurs d’IfNotNow, un mouvement juif américain qui se dit apolitique et à l’origine du rassemblement. « La communauté juive américaine a un rôle-clé dans le soutien à l’occupation. Or celle-ci est un cauchemar pour les Palestiniens et un désastre moral tant pour ceux qui l’administrent que pour ceux qui la soutiennent. »
« Il y a des Israéliens et des juifs qui souhaitent un ordre différent »

Jeunes et enjoués, les manifestants entonnent le refrain « nous construirons ce monde avec de l’amour » en faisant traverser des banderoles bleues censées rappeler la mer Rouge, franchie par Moïse et le peuple juif pour gagner sa liberté. Né à Tel-Aviv, Abraham Gutman est arrivé aux États-Unis à l’âge de 21 ans. « Je me sentais comme un étranger dans les milieux juifs américains, raconte-t-il. Les gens étaient tout excités à l’idée que je sois israélien, mais je les décevais en raison de mes idées politiques (opposées à celles de Netanyahu). »

Abraham Gutman, qui habite aujourd’hui à Philadelphie, n’aurait manqué ce rassemblement à Washington pour rien au monde. « Je manifeste, car l’AIPAC, une organisation de droite et de faucons, affirme parler au nom de tous les juifs. Or, en tant qu’Israélien, il était important à mes yeux de me soulever et de rejeter cette notion. Pour montrer qu’il y a des Israéliens et des juifs qui souhaitent un ordre différent, qui rejettent l’oppression et œuvrent pour la liberté et la dignité de tous. »
« Résistance juive »

La police de Washington a laissé les manifestants accéder au perron de l’édifice, où plusieurs contestataires s’enchaînent devant les portes d’entrée en verre pour en bloquer l’accès. L’un d’entre eux brandit une pancarte sur laquelle est écrit « Réclamez, réinventez, résistez ». Ce sont les mots de Doña Gracia Nasi, qui a utilisé du XVIe siècle sa fortune pour sauver les juifs de l’Inquisition. Postés en direct sur les réseaux sociaux, les clichés sont accompagnés des hashtags #JewishResistance (résistance juive) et #ResistAIPAC (résistez à l’AIPAC).

Devant un tel spectacle, plusieurs militants de l’AIPAC s’arrêtent et prennent les manifestants en photo, qui leur répondent en les saluant de la main. Certains manifestants parviennent alors à pénétrer à l’intérieur du centre de conférence, où ils déploient deux grandes bannières appelant à rejeter l’AIPAC et l’occupation. Reconduits sans ménagement par l’équipe de sécurité, les protestataires entament alors le chant de paix juif « Lo Yisa Goy ».
« Pas assez juif pour l’AIPAC »

Mais la situation s’envenime à l’extérieur, avec l’intervention d’une dizaine de membres de la Jewish Defense League (JDL, Ligue de défense juive). Portant des drapeaux de l’organisation fondée par le rabbin d’extrême droite Meir Kahane, les militants de la JDL s’en prennent, parfois violemment, aux manifestants, forçant la police à intervenir. « Ils sont venus pour nous menacer. Beaucoup d’entre eux avaient le visage couvert », raconte Abraham Gutman. « Et c’est là toute l’ironie. Rien dans le judaïsme ne peut justifier la violence contre un militant pacifiste. Pourtant, la JDL dit agir au nom du judaïsme. Et l’AIPAC affirme que je ne suis pas assez juif, car je ne soutiens pas l’oppression du peuple palestinien et que je critique Israël, qui est aussi mon pays de naissance ! Cela est insensé ! »

Dans le centre de convention, devant le vice-président américain Mike Pence, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer, se félicite que, « pour la première fois depuis de nombreuses années, peut-être des décennies, il n’y (ait) pas de décalage entre Israël et les États-Unis ». Depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, perçu comme un fervent défenseur de l’État hébreu, la colonisation israélienne a, en effet, connu une soudaine accélération malgré l’adoption en décembre d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU rappelant son caractère illégal et appelant à y mettre un terme.

 

Action limitée

Au cours du seul mois de janvier, Israël a annoncé cinq extensions de colonies portant sur plus de 6 000 logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées. Le 6 février, le Parlement israélien a adopté une loi permettant la régularisation de « colonies sauvages » en Cisjordanie, pourtant illégales au regard du droit israélien. S’il est appliqué, ce texte annihilera définitivement sur le terrain tout espoir d’État palestinien. La nouvelle administration américaine a eu beau finir par exprimer son « inquiétude » quant à la poursuite de la colonisation, elle n’a toujours pas défini de position claire sur le sujet, d’autant que le négociateur de Donald Trump sur le Proche-Orient, Jason Greenblatt, ou le nouvel ambassadeur en Israël, David Friedman, sont d’ardents défenseurs de la colonisation.

Toujours officiellement favorable à la solution à deux États, mise à mal par la poursuite effrénée de la colonisation, l’AIPAC demeure murée dans le silence sur le sujet. Mais elle n’hésite pas à fustiger toute critique de la politique israélienne aux États-Unis, et offre l’image d’une organisation œuvrant davantage pour la droite, si ce n’est l’extrême droite, israélienne que pour les intérêts de la communauté juive américaine. Si des organisations juives de gauche, comme JStreet et désormais IfNotNow, ont vu le jour pour contrer la mainmise de l’AIPAC sur leur communauté, leur action reste limitée par rapport à la force de frappe tant financière que politique du principal lobby pro-israélien.

Une réalité qui ne semble pas entamer l’enthousiasme débordant de Yonah Lieberman, de IfNotNow, mouvement qui compte quelque 1 300 membres répartis sur 10 villes. « Il est vrai que nous sommes petits », admet-il. « Mais nous venons d’organiser la plus grande manifestation juive contre l’AIPAC de l’histoire ! Et, avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et les cinquante ans de l’occupation, nous vivons un moment unique qui nous appelle à prendre des actions morales compatibles avec les valeurs juives de liberté et de dignité pour tous les peuples. » Et le jeune juif américain d’insister : « Il ne dépend que de nous de changer le statu quo. »

 

Le Point.fr

« C’est l’arbre qui cache la forêt »

Discrimination à l’embauche : AccorHotels et Courtepaille épinglés
Les deux groupes présentent « un risque élevé de discriminations », a annoncé la ministre du Travail, Myriam El Khomri. Une annonce basée sur un testing.

AccorHotels et Courtepaille ont été épinglés pour leur politique d’embauche. La ministre du Travail Myriam El Khomri a épinglé mardi ces deux groupes comme présentant « un risque élevé de discriminations » à l’embauche et n’ayant pas mis en place un plan d’action « satisfaisant » pour y remédier. La situation du groupe hôtelier et de l’entreprise de restauration « est particulièrement préoccupante », a souligné la ministre, lors d’une conférence sur les discriminations.

Son annonce est basée sur un « testing » sur les discriminations à l’embauche, lancé en 2016, à l’initiative du gouvernement, auprès de 40 entreprises de plus de 1 000 salariés. Douze d’entre elles s’étaient rendues coupables de discriminations envers les candidatures « maghrébines ». Leurs identités n’avaient pas été révélées, le temps de leur donner la possibilité de mettre en place un plan d’action.
« 122 nationalités »

Interrogé par l’Agence France-Presse, le groupe AccorHotels souligne que « 122 nationalités différentes sont représentées » dans ses « 1 635 hôtels en France ». Pour lui, « les résultats de ce testing, qui a porté sur 38 hôtels en France, étaient clairement insuffisants » et « ne reflètent pas » son engagement « en matière de diversité et d’inclusion ». De son côté, Courtepaille s’est dit « surpris d’être cité de cette manière dans ce rapport, car le groupe a été présenté en novembre comme bon élève pour le très bon travail de recrutements et de non-discrimination, notamment au sein du siège ».

 

AFP

Europe : les entreprises peuvent interdire le voile sous conditions

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu son avis mardi concernant les cas de deux femmes musulmanes licenciées en France et en Belgique.


Les entreprises privées ont le droit, sous conditions, d’interdire le port du voile à leurs salariées. Telle est la réponse donnée mardi 14 mars par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Une décision qui ne manquera pas de soulever des débats tant le sujet est sensible dans de nombreux pays européens, en particulier en France.
La Cour de Luxembourg précise néanmoins le cadre dans lequel une telle mesure peut être mise en œuvre sans être discriminatoire. Il faut en premier lieu qu’un règlement intérieur de l’entreprise prévoit l’interdiction pour les salariés de porter sur le lieu du travail des signes visibles de leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses. Il n’est pas question de pouvoir cibler une confession plus qu’une autre. Mais, poursuit la cour, si cette règle aboutit à une « discrimination indirecte », à savoir que seules les femmes musulmanes choisissant de porter le voile sont concernées par la mise en œuvre de cette règle, il faut que cela soit « objectivement justifié par un objectif légitime tel que la poursuite par l’employeur, dans ses relations avec ses clients, d’une politique de neutralité ».

C’est par la voix d’une question préjudicielle que la Cour de cassation française et son équivalent belge ont demandé à la CJUE d’interpréter la directive européenne de novembre 2000 sur la lutte contre les discriminations. Selon son article premier, la directive européenne a pour objet d’établir « un cadre général pour lutter contre la discrimination fondée sur la religion ou les convictions, [le] handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle, en ce qui concerne l’emploi et le travail, en vue de mettre en œuvre, dans les Etats membres, le principe de l’égalité de traitement ».
Principe de neutralité de l’entreprise
La Cour européenne donne ainsi raison à la justice belge qui soulevait le cas de Samira A. Elle était salariée comme réceptionniste depuis 2003 par G4S Secure Solutions, une société qui fournit des services d’accueil et de réception. Elle informe en avril 2006 son employeur qu’elle portera désormais le voile au travail. Celui-ci refuse au motif que ce serait contraire à la règle non écrite de neutralité de l’entreprise.
Peu après, G4S Secure Solutions modifie, avec l’accord du comité d’entreprise, son règlement intérieur qui précise : « Il est interdit aux travailleurs de porter sur le lieu de travail des signes visibles de leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses ou d’accomplir tout rite qui en découle ». Samira A. est licenciée. Elle poursuit son employeur pour discrimination, mais est déboutée en première instance comme en appel.
En revanche, le cas français soumis aux juges de Luxembourg était légèrement différent. Asma B., embauchée en 2008 comme ingénieure d’études chez Micropole Univers, avait été licenciée en 2009 sans préavis. Le client chez qui elle intervenait, en l’occurrence l’assureur Groupama à Toulouse, s’était plaint que le voile de la jeune femme « avait gêné un certain nombre de ses collaborateurs », avait justifié la société d’ingénierie et de conseils dans sa lettre de licenciement. Groupama avait notamment demandé « qu’il n’y ait pas de voile la prochaine fois ».

Selon Micropole Univers, il ne s’agissait pas de remettre en cause les convictions religieuses de sa salariée. Mais la société a estimé que port du voile entravait le développement de l’entreprise puisqu’il empêchait la poursuite de l’intervention chez le client. Les prud’hommes puis la cour d’appel ont indemnisé la jeune femme pour l’absence de préavis, mais ont estimé que le licenciement était fondé sur « une cause réelle et sérieuse ».
Référence dans l’ensemble de l’Union
La CJUE considère que rien ne permet de savoir si Micropole Univers impose une règle de neutralité à tous ses salariés. Elle souligne ainsi que « la volonté d’un employeur de tenir compte des souhaits du client de ne plus voir ses services assurés par une travailleuse portant un foulard islamique ne saurait être considérée comme une exigence professionnelle essentielle et déterminante au sens de la directive ». Autrement dit, les prud’hommes et la cour d’appel ont eu tort de valider le licenciement.
Au-delà des deux affaires qui étaient soumises à la CJUE, cette décision de principe servira désormais de référence pour le monde du travail dans l’ensemble de l’Union, en tout cas en ce qui concerne les entreprises privées. Mais, chaque juge national garde une marge d’appréciation, en particulier pour examiner la légitimité de l’objectif de neutralité qu’invoquerait une entreprise pour interdire à ses salariés le port de signes religieux.
Les règles sont différentes dans les entreprises publiques en France. Au nom du principe de laïcité et de neutralité, il est interdit aux travailleurs du secteur public de porter des signes ou vêtements religieux au travail. En Belgique également, les agents de l’Etat sont tenus strictement de respecter le principe de neutralité. En revanche, d’autres Etat de l’UE accordent une plus grande liberté à leurs agents, comme l’Allemagne.

Le Monde.fr

Indre : un professeur des écoles suspendu pour avoir enfreint le principe de laïcité

Un professeur des élèves des écoles de Malicornay, dans l’Indre, a été suspendu par l’inspection académique. Il aurait enfreint le principe de laïcité en abordant avec ses élèves des passages de la Bible, révèle France Bleu Berry jeudi.

Un professeur des écoles de Malicornay, dans l’Indre, a été suspendu par l’inspection académique parce qu’il aurait enfreint le principe de laïcité en abordant avec ses élèves de CM1/CM2 certains passages de la Bible, rapporte jeudi 2 mars France Bleu Berry. Une sanction très rare et très sévère, « disproportionnée », selon les syndicats et les élus des communes concernées par le regroupement pédagogique intercommunal dans lequel cet enseignant exerce.

Décision provisoire

L’affaire ne sera évoquée officiellement avec les services de l’Éducation nationale que lundi prochain, en commission académique paritaire. Mais la suspension temporaire du professeur, qui enseigne depuis deux ans à Malicornay, est déjà effective depuis lundi. Sa classe a été confiée à une remplaçante.

Il lui serait reproché d’avoir commis plusieurs entorses au principe de laïcité en enseignant à ses élèves de CM1/CM2 des passages de la Bible. L’information aurait été communiquée à l’inspection académique via une lettre signée d’un mystérieux collectif de parents d’élèves. Une inspection a été diligentée, à la suite de ce courrier, et a conduit à la suspension sans préavis du professeur. Une décision provisoire mais exceptionnelle.

Une sanction « exceptionnellement sévère »

Elle paraît même disproportionnée aux yeux de François Broggi, le maire de Badecon-le-Pin, l’une des communes du regroupement pédagogique intercommunal. Selon lui, l’enseignant, arrivé à Malicornay l’année précédente, est très apprécié de la quasi-totalité de ses élèves et de leurs parents. Il déplore que ni lui ni son homologue, le maire de Malicornay, la commune où exerce l’instituteur, n’aient été avisés de cette procédure.

L’étude de textes religieux à l’école publique demeure toutefois une démarche extrêmement sensible. Le principe de laïcité exclut l’enseignement religieux. Des passages de livres saints peuvent être étudiés mais de manière très encadrée et en évitant tout prosélytisme.

Les syndicats se montrent donc plutôt prudents face à cette affaire. Un responsable du Snuipp-FSU dans l’Indre estime que si les faits sont avérés, l’enseignant devra être « recadré ». Mais il déplore lui aussi une sanction « exceptionnellement sévère » qui ne viserait qu’à faire un exemple.

 

Franceinfo

Égypte : les voix féminines de l’islam

Les autorités égyptiennes ont nommé 144 prédicatrices dans les mosquées du pays. Leur mission : enseigner l’islam, mais aussi guider les femmes musulmanes.

L’image est inhabituelle en Égypte. Un homme, le ministre des Affaires religieuses, fait face à plus d’une centaine de femmes aux voiles de toutes les couleurs. Lors de cette conférence inédite qui réunit les nouvelles prédicatrices, les cheikhs – ils sont une vingtaine, relégués sur les côtés – font office de figurants.

« Il faut qu’on investisse les universités, les centres de loisirs, les écoles et pas seulement les mosquées pour enseigner le bon islam », interpelle sans détour Nagat Wakail. Cette professeur d’anglais arrive de Sohag, une ville située en Haute-Égypte à plus de cinq heures du Caire. Pour obtenir sa licence de prêche, Nagat Wakail et 143 autres femmes ont réussi l’examen très sélectif d’Al Azhar, l’institution de référence pour les sunnites du monde entier. Elles étaient plusieurs centaines à se présenter aux épreuves d’explication de « hadiths » ( les paroles du prophète Mohammed rapportées par ses compagnons) et de mémorisation des trois parties du Coran concernant les femmes et la famille.
« Je veux changer la société »

Nagat Wakail, smartphone à la main, veut se servir de son nouveau titre religieux comme d’un porte-voix. « Ça m’offre plus de légitimité. Les gens vont mieux accepter mes idées et mes conseils, car ils sont basés sur la religion. » Victime d’excision comme 90 % des Égyptiennes, la nouvelle prédicatrice rappelle régulièrement que le Prophète n’a pas excisé ses filles. « Les Égyptiennes souffrent de nombreux maux comme le harcèlement sexuel et les mariages forcés. Je veux les défendre parce que beaucoup ont peur de leur mari et de leur famille. Je veux changer la société », poursuit-elle.
En nommant 144 prédicatrices, le ministère des Affaires religieuses offre une tribune officielle inédite à un phénomène peu connu. Depuis plusieurs années, quelques femmes ont pris l’initiative d’organiser elles-mêmes des prêches privés dans des maisons et sur des chaînes de télévision par satellite. Désormais, elles seront sous l’autorité du ministère des Affaires religieuses et seront rétribuées, selon leur expérience, entre 10 et 60 euros par mois. « Cette décision change tout, car ils ont sélectionné les plus compétentes et exclu les extrémistes », s’enthousiasme Wafaa Abdel Salam, dont le voile vert fluo contraste avec sa longue robe noire.
Doctrine officielle d’Al Azhar
Pour cette chef d’entreprise qui officie aussi à la télévision, l’enjeu est de permettre aux musulmanes de trouver des réponses à leurs questions les plus intimes, sans craindre le regard de l’imam. Les règles, la grossesse et les problèmes de couple : « Tout a une réponse religieuse », assure Wafaa Abdel Salam. Le divorce ? « La femme peut le demander si son mariage est un échec. » La polygamie ? « Si l’épouse tient bien sa maison et que la vie de couple se passe bien, rien ne justifie la polygamie. En revanche, si elle est malade et ne peut plus satisfaire son mari alors ce dernier peut en épouser une seconde. »
Très loin d’être progressistes, ces propos reflètent la doctrine officielle d’Al Azhar dite « du milieu ». Sans bousculer les traditions, l’institution azharie et le Conseil égyptien de la fatwa (instance qui délivre des avis juridiques en s’appuyant sur les textes islamiques) s’attachent surtout à disqualifier les discours radicaux prônant la violence et la terreur. Tant que les prédicatrices restent dans ce cadre pondéré, les nuances sont autorisées.
Dans une zone rurale du delta du Nil, Mahrosa Zanta veut encourager les parents à laisser leurs enfants décider de leur mariage. Même si cette femme d’une cinquantaine d’années couvre ses cheveux, elle affirme que le foulard n’est pas obligatoire. Dans la vallée du Nil, à Minya, Rajah Edin, serrée dans son pardessus mauve, estime en revanche que les femmes ne peuvent pas travailler si leur mari y est opposé.
Retour au conservatisme

 

« C’est une étape importante » veut croire la féministe Imane Abdelwahed. « Ce tampon d’Al Azhar va encourager d’autres femmes à s’engager et va nous aider à convaincre la jeune génération que les femmes ont des droits dans la religion. » Née dans les années 1950, elle se sent de plus en plus impuissante dans cette société égyptienne redevenue conservatrice.
« Trente ans après on en est toujours à militer pour que les femmes puissent étudier, travailler et sortir dans la rue seule sans être blâmée », déplore cette croyante, qui entoure son visage d’un fin voilage opaque. À la différence qu’aujourd’hui, cette ex-PDG connaît très peu de jeunes femmes sensibles à son combat. Même sa propre fille, diplômée de médecine, préfère être femme au foyer pour « respecter les normes religieuses actuelles de la société ». À travers son ONG, la New woman fondation, Imane Abdelwahed espère nouer des partenariats avec ces nouvelles prédicatrices et véhiculer un discours religieux plus favorable aux femmes.
« Les prédicatrices vont combler un vide »

Sans provoquer de violentes oppositions, ces nominations ont tout de même suscité des prises de positions essentialistes de quelques imams. Dans la province agricole de Mansoura, au nord du Caire, Mohammed Shawy, surnommé « cheikh » par la population, estime que les femmes sont trop occupées par leurs maris et leurs enfants pour remplir la fonction très prenante de prédicateur. « À cause des grossesses, de l’allaitement, des règles, les femmes sont plus faibles que les hommes et donc encore moins disponibles », précise cet employé du ministère des Affaires religieuses, à la barbe poivre et sel.
Au cœur de la capitale égyptienne, dans la grande mosquée Salah el din, Sara s’étonne de ces critiques. Elle travaille comme médecin avec son niqab gris et trouve au contraire que l’existence des prédicatrices respecte mieux ses préceptes religieux : « Les femmes ne doivent parler aux hommes qu’au travail et de manière limitée. Les prédicatrices vont combler un vide, car nous ne devrions pas avoir de contact avec des hommes dans les moquées. »
Avec 144 femmes face à 53 000 prêcheurs masculins pour toute l’Égypte, le risque de bouleversement reste limité. « C’est une goutte d’eau, mais le symbole peut avoir une avoir une véritable influence y compris à l’étranger », estime Fady el Sawy, journaliste et spécialiste d’Al Azhar pour le site d’information Masr al Arabia (L’Égypte arabe). D’autant qu’il n’y a « pas eu de résistances chez les leaders de l’institution religieuse, unanimement respectée hors d’Égypte », ajoute cet expert des questions religieuses. Si ce premier test s’avère concluant, Mohamed Mokhtar Gomaa, le ministre des Affaires religieuses a promis de multiplier par sept le nombre de prédicatrices.

 

Le Point.fr

Pourquoi l’Arabie saoudite n’est pas visée par le décret anti-immigration de Trump ?

Pourquoi le décret anti-immigration de Trump vise-t-il le Yémen et la Somalie et non l’Arabie saoudite ou le Pakistan ? Aux États-Unis, certains pensent que les intérêts économiques personnels du président américain peuvent expliquer cette décision.

Depuis qu’il a signé le décret exécutif barrant l’accès des États-Unis pendant quatre-vingt-dix jours aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane [Iran, Irak, Yémen, Somalie, Soudan, Syrie et Libye] vus comme des viviers du terrorisme, le président américain Donald Trump se retrouve sous le feu des critiques, mais aussi des soupçons.

Tandis que plusieurs chefs d’État, dont François Hollande et une partie du monde des affaires, notamment la prestigieuse banque Goldman Sachs, ont exprimé leur désapprobation, des grands titres de la presse américaine sont allés plus loin en suggérant que le multimilliardaire aurait pris cette mesure en tenant compte de ses intérêts économiques personnels.

Le New York Times et le Washington Post ont ainsi tous deux fait remarquer que le Yémen, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et l’Irak, tous visés par le décret, ont un point commun assez troublant : ce sont des pays dans lesquels le magnat de l’immobilier n’a aucun, ou très peu, d’intérêts financiers.


Pour étayer ces allégations, le site d’information économique Bloomberg a publié une carte comparant les nations bannies par le décret anti-immigration, et celles où, d’après son enquête, la Trump Organization a des liens commerciaux. La démonstration est édifiante.

Des incohérences et des soupçons

Donald Trump a motivé sa décision par la lutte contre le terrorisme. Mais vu sous ce prisme, le choix des pays visés comporte certaines incohérences qui peuvent nourrir les suspicions.

Interrogé par France 24, Khalil Jahchan, analyste politique et directeur exécutif de l’Arab Center of Washington, un think tank spécialisé dans la recherche sur la diplomatie américaine dans le monde arabe, se dit troublé. « La mesure prise par l’administration Trump n’a aucun rapport avec la réalité de la menace terroriste contre les États-Unis, puisque manifestement, certains États dont sont originaires des terroristes qui ont agi à même le territoire américain ne figurent pas sur cette liste ».

L’Égypte, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, dont des ressortissants figurent parmi les 19 pirates de l’air du 11 septembre 2001, sont ainsi absents de la « liste noire ». Tout comme la Turquie, frappée par une vague terroriste sans précédent depuis plusieurs mois, et visée par une note du département d’État datée du 25 janvier qui invitait les citoyens américains à « évaluer attentivement la nécessité de se rendre dans ce pays actuellement ».

Selon les médias américains, ces « oublis » ne sont pas dus au hasard. La Trump Organization a toujours, ou a eu, des sociétés ou des liens d’affaires dans l’ensemble de ces pays. Alors que le président américain avait annoncé, mi-janvier, qu’il allait céder le contrôle « complet et total » de son empire immobilier à deux de ses fils pour éviter tout soupçon de conflit d’intérêts, le New York Times et Bloomberg ont listé quelques-uns des actifs qu’il possède dans les pays exemptés par le décret, en s’appuyant sur des documents fédéraux officiels.

Il est notamment question de deux immeubles de luxe à Istanbul et d’un parcours de golf pompeux à Dubaï franchisés et qui portent le nom de Trump, deux sociétés inactives en Égypte, et huit SARL en Arabie saoudite, dont la THC Jeddah Hotel Manager Member Corp, mentionnées dans la déclaration du président américain à la commission électorale financière américaine (FEC). Rien qu’en Turquie, ses affaires lui ont rapporté 5 millions de dollars l’année dernière.

Trump botte en touche

Ces incohérences présidentielles n’ont pas seulement soulevé des questions dans les médias. Elles ont également étonné l’élu du Michigan Justin Amash. « Si on s’inquiète du radicalisme/terrorisme, pourquoi pas l’Arabie saoudite, le Pakistan et d’autres? », s’est-il interrogé sur Twitter.
Pour sa défense, la présidence américaine assure que les nations visées par la mesure ont elles-mêmes été qualifiées de pays « à risques » par le Congrès américain et par l’administration Obama, qui les ont précisément pointées du doigt dans le cadre du programme d’exemption de visa, durci en novembre 2015.

D’aucuns avancent l’argument selon lequel le nouveau président aurait cherché, via ce décret, à démontrer qu’il a tenu parole. « Cette démarche, selon moi, peut s’expliquer par la volonté de Donald Trump de tenir certaines promesses électorales énoncées durant la campagne présidentielle », estime Khalil Jahchan. Et ce, à moindres risques pris, tant il est vrai que la mesure concerne des pays avec lesquels les liens économiques des États-Unis sont peu importants, voire inexistants.

Lors d’un entretien accordé à ABC News, Donald Trump, qui n’avait pourtant pas hésité à taper sur l’Arabie saoudite pendant la campagne électorale, en menaçant de ne plus acheter de pétrole à la monarchie wahhabite, a préféré botter en touche. « Nous excluons certains pays, pour les autres, nous allons être extrêmement vigilants et il deviendra plus difficile d’entrer aux États-Unis », a-t-il répondu alors qu’il lui a été demandé pourquoi l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, et le Pakistan n’avaient pas été inscrits sur la liste.

Le président américain, qui s’est défendu ces derniers jours de toute discrimination à l’égard des musulmans, s’est d’ailleurs entretenu au téléphone avec le roi Salmane d’Arabie, dimanche. Aucune mention n’a été faite du décret présidentiel dans le compte-rendu donné par la Maison Blanche.

 

France 24

Israël : le Parlement vote une loi controversée légalisant les colonies dans les territoires occupés

Le Parlement israélien a adopté une loi qui permettrait à Israël de s’approprier des centaines d’hectares de terres palestiniennes en Cisjordanie occupée. Controversée, cette loi pourrait être retoquée par la Cour suprême.

Elle est accusé par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de « légaliser le vol » de terres palestiniennes. La loi controversée qui a été votée, lundi 6 février, par le Parlement israélien permettra à l’État hébreu de s’approprier des centaines d’hectares de terres colonisées en Cisjordanie occupée.

Concrètement, ce texte autorisera désormais à déclarer comme israéliens des terrains privés palestiniens sur lesquels des Israéliens ont construit sans autorisation, soit parce qu’ils ignoraient qu’ils étaient propriétés privées, soit parce que l’État les aurait laissés faire. Les propriétaires palestiniens seraient indemnisés financièrement ou par d’autres terrains.

Un texte « abject » selon le parti travailliste

Quelques heures avant le vote de cette loi, approuvée par 60 députés et rejetée par 52 et adoptée en troisième et dernière lecture, le chef de l’opposition et du parti travailliste, Isaac Herzog, avait dénoncé un texte « abject » qui « annexerait des millions de Palestiniens ».

De son côté, le ministre des Sciences et de la Technologie, Ofir Akounis, du parti de droite Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahou, avait rétorqué que « toute la terre d’Israël appartient au peuple juif. Ce droit est éternel et incontestable ». Ce texte ne divise pas seulement la classe politique israélienne, il est également à l’origine de tensions au sein du gouvernement.

En privé, Benjamin Netanyahou s’est déclaré opposé à ce projet de loi controversé, selon une source citée par Reuters. L’espoir du chef du gouvernement était de le voir enterré lors des débats en commission à la Knesset. Mais le parti d’extrême droite Foyer juif, qui est membre de la coalition gouvernementale, a tout fait pour permettre son adoption, surtout après l’évacuation par la force de 330 colons la semaine dernière à Amona, une colonie emblématique de Cisjordanie.

Une loi retoquée par la Cour suprême israélienne ?

Toujours est-il que, malgré le forcing des colons, l’adoption de cette loi pourrait n’être que symbolique, car elle contreviendrait aux arrêts de la Cour suprême sur la question des droits de propriété. Le procureur général Avichai Mandelblit a estimé que le texte n’était pas conforme à la Constitution et qu’il enfreignait le droit international en autorisant l’expropriation de domaines privés dans les territoires occupés par Israël depuis 1967.

De son côté, Adalah, une ONG défendant les droits des Palestiniens, a déjà fait savoir qu’elle saisirait la Cour suprême. L’OLP a estimé dans un communiqué que « l’entreprise de colonisation d’Israël est une entrave à la paix et à la possibilité d’une solution à deux États ».

De son côté, le coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient, Nikolay Mladenov, s’est dit « inquiet » que le texte ne « réduise grandement les perspectives de paix arabo-israélienne ». Une grande partie de la communauté internationale considère en effet la colonisation israélienne comme un obstacle à la résolution du conflit entre l’État hébreu et les Palestiniens, qui dure depuis près de 70 ans.

Lundi soir, l’administration Trump, présumée plus favorable à la politique du gouvernement Netanyahou que son prédécesseur Barack Obama, a refusé de prendre position sur la démarche du Parlement israélien. La Maison Blanche avait affirmé, la semaine dernière dans un communiqué, que la construction de nouvelles colonies israéliennes dans les territoires occupés palestiniens pourrait « ne pas aider » à établir la paix.

Depuis l’entrée en fonction de Donald Trump le 20 janvier, qui a promis pendant sa campagne de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, le gouvernement Netanyahou a annoncé plusieurs plans de constructions de colonies.

 

France 24- AFP et Reuters