Les démocrates de la commission de surveillance de la Chambre des représentants ont ouvert une enquête sur l’entreprise de Jared Kushner, le mari d’Ivanka Trump, après que CNN a révélé ses liens financiers avec plusieurs entreprises d’armement israéliennes.
Comment concilier affaires et politiques au plus haut niveau de l’État ? C’est la question à laquelle le clan Trump est de nouveau confronté depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Si la fortune de tous les membres de la famille n’a cessé de grossir depuis janvier 2025 (notamment grâce à la cryptomonnaie), les accusations de conflits d’intérêt, elles, se multiplient. Cette fois, c’est le gendre du président, Jared Kushner — qui n’est autre que le fils de l’ambassadeur des États-Unis à Paris, Charles Kushner — qui se retrouve au cœur de tous les soupçons.
Et pour cause, le 1er octobre, CNN a publié une longue enquête expliquant comment la guerre à Gaza aurait permis à Jared Kushner de s’enrichir. Le mari d’Ivanka Trump détient à titre exclusif une société de capital-investissement, Affinity Partners. En janvier 2025, cette dernière a doublé sa participation dans l’entreprise Phoenix Financial, une société de services financiers et d’assurance basée à Tel-Aviv, en Israël, devenant son actionnaire majoritaire, avec 7,4 % des parts. Une participation estimée à un milliard de dollars en juillet 2026, poussant le gendre de Donald Trump à qualifier Phoenix de « meilleur investissement » d’Affinity.
Impliqué dans 9 entreprises d’armement
Seulement, en se penchant sur les activités de Phoenix Financial, CNN a découvert que l’entreprise israélienne a investi des centaines de millions de dollars dans Elbit Systems, le plus grand fabricant d’armes d’Israël, et qu’elle détient des participations dans au moins huit autres entreprises fournissant du matériel à l’armée israélienne, allant des drones aux navires de guerre en passant par les engins de démolition. Autant d’entreprises qui ont vu leurs actions augmenter l’an dernier, la guerre à Gaza ayant, de leur propre aveu, stimulé la demande pour leurs produits ou services.
Le problème, c’est que dans le même temps, Jared Kushner a été nommé « émissaire spécial » au Moyen-Orient par Donald Trump avec pour mission de le conseiller et de négocier avec les parties prenantes, dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, pour arriver à un plan de paix. Un rôle que le père de famille endosse sous le statut de « bénévole » (et non comme employé gouvernemental), mais qui pose aujourd’hui question compte tenu de son implication financière.
« Un dialogue très actif »
En septembre 2025, Jared Kushner s’est exprimé dans le podcast « No Priors » sur son investissement dans Phoenix et sur son rôle de médiateur, affirmant que « le profit financier est la meilleure voie vers une paix durable ». « Quand on réunit un Arabe et un Israélien et qu’ils commencent à parler d’une opportunité d’affaires, ils oublient tout le reste et se rendent compte qu’il existe de nombreuses similitudes », a ainsi affirmé le gendre du président. « Mes investisseurs du Moyen-Orient s’intéressent maintenant à Israël et se disent : “Attendez une minute, il y a peut-être un avantage à ce que ces guerres soient terminées”. »
Un avocat de Jared Kushner a néanmoins déclaré à CNN que son client n’avait « jamais participé aux décisions d’investissement de Phoenix ni ne les avait influencées », ajoutant qu’il n’avait « aucunement été impliqué dans la décision d’acheter, de conserver ou de vendre les neuf sociétés » mentionnées par CNN et qu’il n’avait jamais siégé au conseil d’administration de Phoenix. Il a ajouté : « Toute suggestion selon laquelle le travail diplomatique de Jared aurait influencé les investissements de Phoenix dans les sociétés que vous citez, ou inversement, est erronée. » Pourtant, Jared Kushner a déclaré à « Forbes » en septembre dernier qu’il entretenait « un dialogue très actif » avec le groupe financier, rencontrant ses dirigeants toutes les quelques semaines.
« Les activités professionnelles personnelles de Jared Kushner n’ont rien à voir avec ses engagements diplomatiques, qu’il mène bénévolement à la demande du président », a de son côté balayé Anna Kelly, attachée de presse adjointe principale de la Maison Blanche.
Une enquête ouverte par les démocrates
La réponse des démocrates ne s’est néanmoins pas faite attendre. Lundi 5 octobre, le représentant Robert Garcia, membre le plus ancien de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, a envoyé une lettre à Affinity Partners, indiquant que les démocrates de la commission « enquêtaient sur les méthodes sans précédent et dangereuses par lesquelles le président Trump et sa famille ont profité directement de leur accès au pouvoir ». « Je demande des informations détaillées sur vos activités commerciales au Moyen-Orient afin de comprendre si vos gains financiers importants ont été réalisés au détriment de la sécurité des Américains », a écrit le représentant californien, cité par CNN.
Paris Match
