Radicalisme dans les entreprises publiques : « Halte aux amalgames! »

 

Ce mardi, la secrétaire d’État bruxelloise à la propreté laissait sous-entendre que certaines entreprises bruxelloises n’étaient pas épargnées par le phénomène de radicalisation. La STIB et Bruxelles-Propreté étaient même plus particulièrement visées. Ces allégations ont surpris Younous Lamghari. Il a longuement étudié les pratiques de l’islam dans les entreprises et à la STIB en particulier.

 

Pour lui, il ne faut pas confondre radicalisme et conservatisme religieux. Bien sûr, officiellement, la STIB affiche une neutralité qui interdit toute pratique religieuse au sein de l’entreprise. Mais dans la pratique, une certaine tolérance s’est installée et les chauffeurs reconnaissent prier dans les vestiaires ou lors d’une pause au terminus de la ligne. Younous Lamghari l’a constaté au cours de son enquête : « une partie du personnel jeûne pendant le ramadan, d’autres portent la barbe ou des pantalons coupés, certains vont refuser de serrer la main à une femme, mais ce phénomène n’est pas récent du tout ». Ce chercheur y voit plutôt une forme de conservatisme religieux d’inspiration salafiste. Mais le radicalisme, selon lui, est très différent. « Dans le radicalisme, on trouve le refus du compromis, et une volonté de changement politique. Et cela, je ne l’ai jamais constaté parmi le personnel de la STIB ». D’autant ajoute-t-il, que cette attitude radicale est difficilement compatible avec un travail dans une entreprise publique. « Le radicalisme implique presque toujours une rupture avec le système et avec l’ordre social et politique établi ».

Le chauffeur qui arrête son bus pour prier : une rumeur

Sur les réseaux sociaux, on trouve les témoignages d’usagers de la STIB qui affirment qu’un chauffeur de bus aurait interrompu son trajet pour prier à l’heure prévue. Mais pour Younous Lamghari, rien ne vient étayer cette rumeur. « Ceux que l’on appelle les barbus sont souvent consciencieux et ponctuels. Ils ne veulent pas perturber le service mais réclament plutôt un endroit discret pour prier ».

L’Islam à la STIB, un compromis à la belge!

Ce chercheur conclut son analyse sur une note qui sans être naïvement optimiste, se veut quand-même positive. Au fil des années, la STIB et ses travailleurs musulmans ont trouvé une sorte de compromis : on tolère une pratique religieuse discrète mais les bus et les trams doivent rouler… et cette volonté de trouver des accommodements acceptables est l’inverse du radicalisme qui lui, refuse toute notion de compromis.

 

RTBF.be info

Fatima Achouri

Sociologue spécialiste de l’islam contemporain.

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