« Sale bougnoule », « délinquant », « suspicion permanente »… Un gendarme porte plainte pour harcèlement après « six années de racisme » au sein de la garde républicaine

« J’ai pas envie de te voir en djellaba dans la caserne », « Tu me tombes pas dans les bras pendant le ramadan ». « Je n’ai pas su si je venais de vivre un sketch ou si vraiment, j’allais subir ça dans les prochaines années de ma carrière », se souvient le militaire lorsqu’il raconte le premier rendez-vous avec son commandant. L’avenir penchera malheureusement pour la deuxième option. Le « sketch » s’est vite mué en « suspicion permanente », affirme le jeune homme.

Le 16 décembre dernier, le garde républicain reçoit un courrier dans sa boîte aux lettres : « On est en France ici habille-toi comme tel sale bougnoule », y était-il écrit, faisant référence à une tenue traditionnelle algérienne que Ryan avait portée pour un mariage, en dehors de ses heures de service. Cette lettre l’a poussé à saisir la justice pour dénoncer « six années de racisme ». Après avoir déposé plainte le lendemain, il est entendu par les gendarmes le 21 janvier dernier.

« Je vais te demander de te faire très petit »

Pour le militaire de 29 ans, les six années passées au sein de la Garde républicaineont été une accumulation d’amalgames et de propos racistes et diffamatoires. « T’es de la banlieue, ici, les gens viennent de milieux ruraux », aurait un jour dit son commandant. « C’est des Blancs, ils n’ont pas l’habitude de voir des Arabes du 93 en jogging. En plus, t’es Algérien, ça parle fort, vous avez un ton que les gens connaissent pas trop… » Avant de se permettre de lui livrer un conseil que l’on pourrait interpréter moins amicalement : « Je vais te demander de te faire très petit et de t’acclimater. »

Après l’interpellation d’un assaillant, il raconte que ses collègues lui ont demandé s’il le connaissait « parce qu’il parlait arabe ». Ses proches subissent aussi cette méfiance à la caserne : « Mes visiteurs étaient contrôlés comme des délinquants », se souvient-il.

Il affirme aussi qu’un gradé a cherché à entrer dans son logement en son absence et que sa femme aurait été convoquée pour savoir s’il la violentait : « Chez les rebeus, il y a des violences, c’est normal chez vous », lui aurait-on dit

« Si le racisme frappe jusque-là, il frappe partout »

« Servir la France pendant toutes ces années n’a pas protégé mon client du racisme au sein même de son institution. Si le racisme frappe jusque-là, il frappe partout », s’indigne son avocat Seydi Ba. Contactée par l’AFP, la gendarmerie nationale a confirmé qu’« une enquête est en cours » et rappelle avoir mis en place un plan d’action « tolérance zéro » et un « observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre les discriminations ».

L’Humanité

F. Achouri

Auteure (islam contemporain)- Consultante

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