Le 6 juin prochain, plusieurs églises parisiennes ainsi que la Grande Mosquée de Paris accueilleront la 25e édition de la Nuit Blanche. Au programme : des expositions et installations artistiques réparties dans différents lieux de culte de la capitale, autour du thème de « l’amour », avec des propositions souvent originales, parfois déroutantes.
Une direction artistique déjà controversée depuis les JO de 2024
Au-delà du contenu des expositions, c’est surtout le choix de la directrice artistique de cette édition qui suscite la controverse. Il s’agit en effet de Barbara Butch, connue notamment pour sa participation à une relecture de La Cène de Léonard de Vinci lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024.
Dans cette mise en scène, l’artiste apparaissait auréolée, entourée non des apôtres traditionnels, tels Jean, Pierre ou André, mais de drag queens comme Karl Sanchez (alias Nicky Doll), ainsi que de Philippe Katerine, nu et peint en bleu.
Cette référence au dernier repas du Christ avait provoqué de vives réactions, notamment chez de nombreux fidèles catholiques. L’épiscopat français avait déploré une scène de « dérision et de moquerie du christianisme ». Aujourd’hui, ce choix de direction artistique étonne et fait craindre au regard du caractère sacré des lieux d’expositions.
« L’amour est plus important que jamais »
Le thème retenu cette année, « l’amour », est présenté par les organisateurs comme central dans le projet. Ces derniers expliquent : « Dans le monde difficile et violent dans lequel nous vivons, l’amour est plus important que jamais. Il est même salvateur. » L’artiste et organisateur Gilles ajoute : « L’art fait rêver, mais il amène aussi à réfléchir. Une œuvre réussie est également politique. »
Si ce discours peut sembler consensuel, il est aussi interprété par certains comme un positionnement engagé, notamment en faveur de l’inclusivité et de la célébration des différences. Une lecture qui alimente le débat sur une éventuelle dimension militante de l’événement.
Les millions de la ville de Paris
La question du financement renforce également la polémique. L’événement est en partie soutenu par la mairie de Paris, avec un budget annuel dépassant le million d’euros. En 2022 et 2023, la municipalité avait ainsi versé respectivement 1,2 et 1,3 million d’euros à la Nuit Blanche. Cette année encore, la Ville continue de soutenir l’événement, aux côtés de mécènes tels que l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, LVMH, la RATP ou Radio Nova.
Ce dernier partenariat a d’ailleurs été fragilisé à la suite d’une chronique de l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré, dans laquelle il a tenu des propos violents à l’encontre de Gabriel Attal, allant jusqu’à évoquer un cancer du pancréas. Il s’en est également pris à la chroniqueuse du Point, Sophia Aram, évoquant l’idée qu’elle soit percutée par un véhicule. Dans ce contexte, le député macroniste Sylvain Maillard a appelé la mairie de Paris à rompre son partenariat avec Radio Nova, une demande finalement non suivie d’effet.
Le détournement des églises en lieux d’exposition
Dans plusieurs églises parisiennes, les installations prévues dans le cadre de la Nuit Blanche, comme celles d’Agathe Roger à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois (1er arrondissement) ou de Hacène Sadoune à l’église Saint-Louis d’Antin (9e arrondissement), illustrent une volonté d’investir des lieux de culte comme espaces d’expérimentation artistique contemporaine. Un choix qui interroge sur le respect dû à ces édifices.
« Une église ne peut servir pour un spectacle que si celui-ci n’est pas contradictoire avec son usage sacré, rappelle l’abbé Raffray. Toute utilisation détournée en constitue une forme de profanation. » Il insiste : « Un lieu sacré est réservé à un usage particulier et ne peut être réduit à un simple décor. Les autorités ecclésiastiques doivent pouvoir s’opposer fermement au dévoiement des lieux de culte.»
Dans cette perspective, l’usage des églises pour des installations contemporaines interroge leur signification : « On ne comprend pleinement la valeur d’un édifice sacré que si l’on considère pour quoi il a été construit », souligne-t-il. Selon lui, toute utilisation s’éloignant de cette finalité initiale constitue une rupture de sa destination première.
« Une offense supplémentaire »
Concernant le choix de confier la direction artistique à Barbara Butch, au regard des polémiques de 2024, l’abbé Raffray estime qu’il serait nécessaire que l’Église exprime clairement son désaccord : « non pas au nom de l’institution, mais au nom des chrétiens qui ont été offensés ».
Il considère également que la controverse ne porte pas seulement sur une atteinte à l’Église en tant qu’institution, mais sur le fait que de nombreux fidèles se soient sentis blessés. « Je pense que l’Église et ses autorités doivent prendre en compte que le choix de la mairie de Paris de confier cet événement à cette personne [Barbara Butch, Ndlr] constitue, en soi, une offense supplémentaire faite aux chrétiens », conclut-il.
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