L’Etat turc publie la première traduction du Coran en arménien

  « Un pur hasard », comme le reconnaît Yüksel Salman, le directeur des publications religieuses du très officiel Diyanet : la traduction du Coran intervient en plein centenaire de la commémoration de la déportation de 1915 qui a fauché des centaines de milliers d’Arméniens de l’Empire ottoman.

 

L’arménien, 26e langue du Coran

Le labeur aura duré 4 ans. Le Livre saint des musulmans, révélé au 7e siècle, est désormais disponible dans les deux principaux dialectes occidental et oriental arméniens. Le Diyanet, l’autorité suprême de l’islam sunnite en Turquie, avait lancé le chantier des traductions dès la nomination de Mehmet Görmez en 2010.

Après les traductions en géorgien, bulgare, espagnol et kurde, l’arménien est la 26e langue. Récemment, Tayyip Erdogan avait brandi lors d’un meeting le Coran en kurde pour défendre l’utilité du Diyanet face à Selahattin Demirtas, le co-président du HDP (parti démocratique des peuples, pro-kurde) qui promettait de le supprimer.

Yavuz Aydin, un doctorant à l’Université d’Ankara, a traduit le Livre saint à partir de la traduction turque de Elmalili Hamdi Yazir. « Trois équipes ont contrôlé la traduction. Ils étaient formés d’universitaires spécialistes de la langue et de la littérature arméniennes. Après les rédactions scientifiques et littéraires, ce sont des théologiens qui ont examiné le texte et on a décidé de le publier », a indiqué Salman.

« Une information de première main sur l’islam »

Le rédacteur de l’hebdomadaire bilingue turco-aménien Agos, Patrak Estukyan, a été mis à contribution. « Je trouve que la tâche a un sens, elle est importante et spéciale », a estimé celui-ci. Le Coran, qui ne sera pas mis en vente dans un premier temps, sera distribué dans les bibliothèques et les associations. 4000 exemplaires sont prévus.

« En plus de nos citoyens arméniens, nous ne pouvions rester indifférents à l’intérêt manifesté par la diaspora arménienne à apprendre le Coran », a déclaré Salman à l’AFP, « nous avons pris cette décision pour proposer une information de première main sur l’islam », a-t-il ajouté.

Le traducteur Yavuz Aydin a également indiqué qu’il souhaitait « montrer aux Arméniens la beauté et la tolérance de l’islam ». « Notre but avec ce Coran est de fournir un outil pour permettre la conversion d’Arméniens. Si un seul individu devient musulman, c’est déjà une bonne chose pour nous », a-t-il poursuivi.

Le directeur de la maison d’édition, Murat Rumevleklioğlu, a indiqué au journal conservateur Vahdet qu’officiellement, 70 000 Arméniens et officieusement 200 000 Arméniens vivaient en Turquie. « Il y a 15 millions d’Arméniens dans le monde. Nous avons préparé un Coran dans les deux dialectes pour que tous les Arméniens le comprennent. Notre priorité est de faire entrer le Coran dans les foyers des 70 000 Arméniens. Ensuite, nous envisageons de distribuer 300 000 exemplaires », a-t-il confié.

 

Zaman France

 

Fatima Achouri

Sociologue spécialiste de l’islam contemporain.

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