Mostra de Venise : deux prix en faveur du dialogue interreligieux

Lors de la 70e édition de la Biennale de Venise, début septembre, le film Philomena du britannique Stephen Frears et le documentaire Ana Arabia de l’Israélien Amos Gitaï ont été primés par deux organismes pontificaux et une organisation protestante internationale.

Dans le documentaire « Ana Arabia », le cinéaste Amos Gitaï pénètre l’univers d’un faubourg de la banlieue de Jaffa, où familles juives et arabes cohabitent en harmonie.

 

Le 7 septembre dernier s’est clos la 70e édition de la Mostra à Venise, le plus ancien festival du film international du monde (il a été créé en 1932). La principale récompense attribuée lors de cet événement est le Lion d’Or, dont le nom provient de l’attribut du saint patron de la ville, l’évangéliste Marc. Le jury, présidé par Bernardo Bertolucci, a décerné la principale récompense au documentaire de Gianfranco Rosi pour son film Sacro Gra, sur la vie de la Grande Raccordo Anulare (Gra, « le Grand contournement de Rome », évoquant la rocade qui entoure Rome, et ses usagers).

À la recherche du sens spirituel

Le prix Robert-Bresson est, depuis 2000, une récompense cinématographique remise lors de la Mostra par le conseil pontifical pour la Culture et celui pour les Communications sociales. Il distingue les cinéastes ayant une œuvre « significative par sa sincérité et son intensité en faveur de la recherche du sens spirituel de notre vie ». Cette année, le prix a été décerné au film Ana Arabia de l’Israélien Amos Gitaï, et remis en présence du président de la biennale Paolo Baratta, du directeur de la Mostra Alberto Barbera et de Mgr Claudio-Maria Celli, président du conseil pontifical des Communications sociales.

Amos Gitaï est l’auteur de films et de documentaires se caractérisant par un fort engagement politique et social et qui ont pour objectif de laisser entrevoir des perspectives d’espoir dans des contextes géopolitiques tendus. Ses préoccupations majeures sont la situation au Moyen et Proche-Orient : « La tâche des artistes est de permettre que le Moyen-Orient redevienne ce qu’il a été pendant des siècles : le berceau de la civilisation et non plus celui de la violence et de la brutalité. »

En tant qu’artiste et cinéaste, il suggère ou raconte, à travers les yeux de ses personnages, les douleurs de l’exil et les horreurs de la guerre. Dans Ana Arabia, Gitaï suit une journaliste, Yaël, qui mène une enquête auprès des habitants juifs et arabes d’un faubourg de la banlieue de Jaffa. Initialement pour percer les raisons de la haine ancestrale qui oppose les deux communautés. Au cours de son investigation, la jeune femme découvre que, dans cet ensemble de masures, les familles juives et arabes cohabitent en harmonie. C’est au cœur de ces abris sommaires, parmi les citronniers, dans la pauvreté et la simplicité des ultimi que perce un espoir de paix, selon Gitaï.

Le drame d’une adolescente

Interfilm, organisation protestante internationale du cinéma, a également attribué un prix « pour la promotion du dialogue interreligieux ». Elle a pour mission de récompenser les films qui renforcent la compréhension mutuelle, le respect et la paix entre des peuples de provenance, d’histoire et de religion différentes.

La récompense a été remise cette année à Philomena du Britannique Stephen Frears, un cinéaste auteur de nombreuses œuvres pour le grand écran mais aussi pour la télévision, et qui compte, parmi ses films les plus célèbres, Les Liaisons dangereuses d’après Choderlos de Laclos et, plus récemment, en 2006, The Queen, film ironique et provocateur sur la monarchie britannique.

L’histoire de Philomena, inspirée d’un fait réel, se déroule en Irlande. En 1952, Philomena Lee, une adolescente enceinte, est envoyée au couvent pour y cacher sa grossesse et son infamie. Son enfant lui est enlevé et donné en adoption à un couple d’Américains. Pendant des années, Philomena part à sa recherche. Elle finira par le retrouver au États-Unis, grâce à un journaliste cynique et désabusé, Martin Sixsmith, avec lequel elle nouera une étonnante relation.
Le choix du jury s’est porté sur ce film parce qu’il ne constitue pas une critique morale de mœurs anciennes, ni du comportement cruel de ces religieuses qui arrachent leurs enfants à celles qu’on appelait alors des « filles-mères ». Pas plus qu’il ne s’agit d’une attaque contre l’Église qui, sur ces sujets, a depuis évolué.

Stephan Frears a émis un souhait au cours de sa conférence de presse à Venise. « J’aimerais que le pape voie ce film… » Car ce que souligne cette œuvre, c’est la force, la profondeur de la foi indéfectible d’une jeune femme qui, au milieu des épreuves et des douleurs de la vie, pardonne toujours.

 

Source : Le Monde des Religions.fr

 

F.Achouri

Sociologue spécialiste de l’islam contemporain.

Nos services s'adressent aux organisations publiques et privées désireuses de mieux comprendre leur époque.

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