Rétro 2025 : le malaise des musulmans de France face à une flambée de la haine islamophobe

Zoom sur une année 2025 plutôt sombre pour la composante musulmane en France, que les disparitions tragiques d’Aboubakar Cissé et de Hichem Miraoui ont lourdement affectées.

Difficile et lourde année que fut 2025 pour les musulmans de France, sur qui l’hostilité politico-médiatique s’est accentuée, tout particulièrement après le grand meeting parisien « contre l’islamisme » en mars et, surtout, la redoutée sortie du rapport gouvernemental sur « l’entrisme islamiste » en mai. Des épisodes parmi d’autres qui ont marqué, selon le politologue Haoues Seniguer, une installation durable de la « logique du soupçon » envers les Français musulmans, « désormais portée par des représentants de l’État au plus haut niveau ». A commencer par le chef de file des Républicain (LR), Bruno Retailleau, qui a reçu même des remontrances d’acteurs du Forum de l’islam de France (Forif)pour ses propos hostiles envers les musulmans alors qu’il était ministre de l’Intérieur. 

La publication du rapport, très critiqué, ne pouvait que plus mal tomber, alors que les musulmans de France étaient encore lourdement marqués par le meurtre, fin avril, du jeune Aboubakar Cissé, à la mosquée de La Grand-Combe (Gard). Un mois après, le meurtre de Hichem Miraoui à Puget-sur-Argens (Var) avait remis une grosse pièce dans l’inquiétude formulée par nombre de musulmans sur leur devenir dans leur propre pays.

Une haine des musulmans plus décomplexée

Ces affaires ne sont la partie immergée de l’iceberg : les signalements d’actes islamophobes se sont multipliés, ce qui présage un bilan noir en 2025 pour les observateurs dont l’Association de lutte contre les actes antimusulmans (ADDAM). Au moins trois mosquées ont été touchées cette année par un incendie criminel, à Jargeau (Loiret), à Uzès (Gard) et à Grenoble (Isère). 

Le dépôt de têtes de cochons devant plusieurs mosquées franciliennes en septembre avait aussi indigné les responsables musulmans. La faute dans cette affaire à une ingérence étrangère, mais qui a aussi été rendu possible du fait d’un contexte très dégradé pour les musulmans. Beaucoup se sentent muselés dans leur expression publique, tant sur des questions intérieures qu’extérieures, notamment concernant le Proche-Orient. S’est en effet accentuée au cours de l’année 2025 une criminalisation du soutien à la cause palestinienne, alors même que l’impunité d’Israël est intenable au regard de ses agissements criminels à Gaza et en Cisjordanie. 

Pour le Défenseur des droits, il ne fait aucun doute que les musulmans sont les principales victimes des discriminations religieuses en France, comme en témoigne son dernier rapport rendu public en décembre. Les femmes portant le voile sont malheureusement les plus touchées, « davantage perçues comme des coupables potentielles que comme d’éventuelles victimes de discriminations ». Des propos attribués à l’anthropologue Hamza Esmili que l’affaire des calots qui agite ces dernières semaines les hôpitaux de Paris illustre malheureusement parfaitement alors que la France célébrait en décembre les 120 ans de la loi de 1905, fondateur du cadre de la laïcité. La chasse au voile, et plus généralement à l’expression religieuse musulmane, a repris de plus belle en 2025, ce qui ne présage rien de bon en 2026, la droite ayant promis de militer pour de nouvelles interdictions promues dans un rapport déconcertant réalisé par des sénateurs.

Une année 2026 qui craint davantage ?

En parallèle, le réseau d’enseignement privé musulman s’est lourdement fragilisé avec la dissolution en septembre de l’IESH de Château-Chinon cette année, qui a vu le scandale Notre-Dame de Bétharram mettre en évidence le deux poids, deux mesures dans les contrôles visant les écoles musulmanes. 

Notons néanmoins des décisions judiciaires importantes qui ont suscité, au sein de la composante musulmane, un nouveau regain de confiance dans les institutions judiciaires : celle, en avril, du lycée Averroès de Lille, qui a célébré ses 20 ans d’existence contre vents et marées ou encore celle, en octobre, du collège Avicenne de Nice. Une issue pour laquelle prie aussi le groupe scolaire Al-Kindi, dans le Rhône, en 2026. 

Alors qu’une nouvelle plénière du Forif pourrait intervenir à l’Elysée au premier trimestre de l’année 2026, les Français musulmans attendent plus que jamais des mesures concrètes pour lutter contre la haine antimusulmane, à quelques mois des élections municipales, en mars 2026, qui promettent en amont d’être fertiles en polémiques politiciennes aux dépens des minorités. 

Saphirnews

F. Achouri

Sociologue et consultante en développement des ressources humaines.

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